Affichage des articles dont le libellé est Jehan Lanvin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jehan Lanvin. Afficher tous les articles

samedi 17 janvier 2026

Collectages de "Traces" - 1986

publié le 3/9/2009
mise à jour le 25/11/2021 : ajout d'une vidéo
mise à jour 17/1/2026 : ajout des notices complètes 


A l'exception d'un seul (le n° 3), ces enregistrements ont tous été réalisés à l'occasion de ce qu'il est convenu d'appeler des "collectages" et donc par des amateurs en matière de prise de son. Effectués la plupart du temps dans des conditions difficiles, ils peuvent être de qualité discutable ; mais il faut se souvenir qu'il s'agit bien de "sauvetages", de témoignages irremplaçables d'un passé révolu.
Il n'y a pas eu dans le Nord de "quadrillage", de systématisation de la recherche. Les rencontres sont simplement dues au hasard, ou déterminées par la zone de résidence du collecteur. Cette cassette est de plus le résultat de deux démarches de collectage, semblables mais décalées dans le temps et l'espace. La première se situe dans les années 1973 / 76 et se compose d'enregistrements réalisés dans les Ardennes Belges par Rémy DUBOIS et Colette ROBERT. La seconde, plus tardive, est centrée sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais, avec à l'origine des associations comme Mabidon et Marie Grauette créées en 1975 / 76 puis Chantefoire (1978) et la Piposa (1984).
La première de ces démarches ayant presque servi de modèle à la seconde. Enfin vint TRACES pour réunir ces documents.
D'autres recherches menées en Flandre et en Hainaut ont déjà été publiées par différents organismes. Quant au grand trou laissé sur la carte par le sud du département du Nord, certains collectages récents figureront peut-être dans une seconde publication. Pour l'instant, nous voudrions que ces premiers documents, en plus des musiques qu'ils proposent, puissent refléter un aspect des difficultés du collectage, à plus forte raison dans le Nord où les sources sont à la fois si diverses et si éparpillées ; sans compter la prise de conscience qui fut plus tardive que partout ailleurs.
Nous avons tenté de vous livrer ces musiques telles que nous les avons trouvées. Sans y toucher, ou presque ; en conservant les hésitations, les pendules, les chants d'oiseaux, les rires et les bruits de mobylettes.
Et entre ce que nous ressentons à l'écoute de ces musiciens, et les courants toujours variables de l'engouement pour la musique traditionnelle, plusieurs solutions de présentation étaient possibles. Pour cette première édition, nous avons préféré rassembler le maximum d'images, qui puissent être les plus fidèles possibles de notre réalité. Ces témoignages sont en effet considérés par leurs découvreurs comme réellement représentatifs de ce que nous constations être notre musique.
Ces musiciens habitent une vaste région comprise entre la Manche et l'Allemagne, et sur laquelle il est bien difficile de mettre un terme générique. Une sorte de "melting pot", carrefour de plusieurs civilisations, mélange de plusieurs peuples, creuset d'où surgit régulièrement quelque chose de neuf.
Les musiques proviennent donc des Ardennes Belges (provinces de Liège et du Luxembourg) pour la Belgique, et de Flandre, d'Artois et du Bassin minier pour le Nord de la France. Les musiques d'ailleurs y sont également présentes : Pologne, Roumanie, Portugal.
 
 
Cette association regroupe les collecteurs et chercheurs de la région NORD / PAS-DE-CALAIS, ainsi que de BELGIQUE et des PAYS-BAS, qui ont désiré mettre en commun leurs travaux sur les musiques et danses traditionnelles.
Fondé en Janvier 1984, ce collectif international se compose à ce jour d'environ 25 membres, qui travaillent ensemble sur de multiples orientations, telles que l'Accordéon diatonique et chromatiques, le Cistre renaissance, les Luthiers du Nord, la Piposa, les chanteurs, l'épinette du Nord, le Cythre au XVIIème, les musiques de l'immigration, les Violoneux, les manuscrits, la danse, l'iconographie, les musiques mécaniques, etc.
Si les sujets de recherche sont aussi nombreux, c'est que les régions septentrionales sont le théâtre d'énormément d'échanges culturels, et ce à toutes les époques. Notre rôle est de sauver de l'oubli ce très riche passé musical ; car si peu de choses ont été publiées jusqu'ici, comparativement  à l'importance du sujet.
En plus de communications techniques et d'une exposition, déjà disponible, sur les pratiques et les axes du collectage, les membres de TRACES préparent plusieurs ouvrages, dont le premier à paraître devrait être consacré aux Épinettes fabriquées et jouées dans le Nord de la France.
Pour l'heure, le livret (et la cassette) que vous avez entre les mains est notre première publication. Ces documents dormaient depuis des années dans nos archives personnelles. Ils sont désormais votre propriété et nos amis musiciens sont maintenant les vôtres.
 

contenu :
1 Henri SCHMITZ, Maclotte / Scottich "La mandoline" / Maclotte "La Falize"
Violon. CHAMPS (B). Enregistré en 1974.
En 1976, paraissait le disque "Maclottes et Passepîds". Réalisé par Claude Flagel, ce disque fut pour les jeunes musiciens d'alors, en plus d'une découverte, une part supplémentaire de répertoire. Et parmi les danses wallonnes qu'on y trouvait, figuraient des airs empruntés aux répertoires de Henri SCHMITZ et Elisabeth MELCHIOR, musiciens de tradition de Wallonie. Les voici réunis aujourd'hui sur cet enregistrement. C'est le père de Henri SCHMITZ qui apprit le violon à son fils, et ce dès l'âge de dix ans. Ce dernier descend ensuite travailler à LIEGE vers l'âge de 18 ans. A cette époque, il joue déjà, dans les bistrots bien sûr, mais aussi dans les cinémas, en accompagnement direct de l'image. La guerre 40 survient et son violon, celui de son grand-père, disparaît. S'ajoute à cela l'affaiblissement du rôle social du musicien, et Henri SCHMITZ cessera de jouer. C'est le "revival" folk qui le rebranchera, du festival de CHAMPS jusqu'aux U.S.A. Né le 10 août 1904, ardoisier de son métier, Henri SCHMITZ est décédé le 4 octobre 1977. Dernier témoin d'une tradition ancestrale, il représentait la fin de trois générations de ménétriers. Son père avait d'ailleurs connu Constant CHARNEUX (voir n°11), et l'on discerne une filiation entre eux deux, un style commun et des constantes dans le répertoire.
 
2 Basile LIGNIER, Le ramoneur ed'cheminées
Chant. ZERABLES (62). Enregistré le 9 décembre 1983.
C'est suite à des informations émanant de Mr EURIN (voir n°12) que nous nous sommes rendus dans cette petite région particulièrement préservée du Pas-de-Calais, la vallée de la Course. Alfred parlait de vielles et de cornemuses et si l'on en croit sa chanson, cette vallée a du abriter des joueurs de PIPASSA. C'est l'une des micro-régions du Nord/Pas-de-Calais qui devrait apporter le plus de révélations dans les années à venir, si les enquêtes se poursuivent.Une brève rencontre avec Mr Basile LIGNIER nous a permis d'enregistrer deux chansons à caractère érotique, dont la présente version du "ramoneur  ed' cheminées", provenant sans doute du cahier de chansons du grand-père de Basile. Les chansons axées sur le thème érotique du Ramoneur sont nombreuses, et certaines sont assez anciennes. Ainsi Nicollé des Celliers d'HESDIN (de Beauvais, en fait) qui compose vers 1530 une chanson rustique "Ramonez ma cheminée". Vers 1540, on note aussi une "Fantaisie érotique sur le cri du ramoneur" de Pierre de VILLIERS (voir G. DOTTIN, la chanson française de la Renaissance, p. 42 et 48).
 
3 Valentin KLOPOCK, dudy et Ignace KRCZEZINSKI, violon : Deux Okrangwè
Dudy Poznanskie et violon. OIGNIES (62). Enregistrés en 1960. 
Copie communiquée en 1983 par Théodore KLOPOCKI. Les deux airs présentés ici sont extraits d'une bande magnétique réalisée en 1960 par le propre fils du cornemuseux. Théodore KLOPOCKI disposait à l'époque d'un matériel d'enregistrement semi-professionnel, et si l'on tient compte de la date de la prise de son, et du milieu social où eut lieu ce "collectage avant la lettre", on peut qualifier cet enregistrement (tout du moins à l'écoute de la bande mère) de tout à fait exceptionnel, tant par la qualité que par la rareté d'un tel document. Le duo traditionnel DUDY / SKRZYPCE (cornemuse / violon) y est ici pleinement mis en valeur par la virtuosité des instrumentistes et par le contexte : une fête de famille. Manifestation d'une culture transplantée, cette musique appartient à la communauté polonaise installée dans le Nord / Pas-de-Calais depuis les années 20. La pratique de cette cornemuse n'a disparu que depuis peu de temps, car les derniers joueurs de DUDY, qui furent nombreux dans le bassin minier, exerçaient encore vers 1972. En l'attente d'un ouvrage complet sur le sujet, on peut tout de même avancer que les deux danses choisies pour cette cassette doivent être des OKRAGLY (prononcer Okrangwè), nom donné en Grande Pologne à l'OBEREK. La cornemuse est du type BOCK (pied simple à perce cylindrique et anche simple), de petit format type Poznanskie (région de POZNAN) et équipée d'un soufflet à bourdon deux fois replié sur lui-même. Quant au violon, il se joue à l'octave supérieure grâce à un capodastre de fortune placé au niveau du talon. La tenue de l'archet se fait à pleine main. Notons enfin que les similitudes avec certaines danses du centre de la France sont frappantes. 
 
4 Jehan LANVIN, Deux parties de quadrille
Accordéon diatonique. TENEUR (62). Enregistré le 15 septembre 1982, lors du tournage vidéo.
G.D. : "C'est pendant l'hiver 1981 que nous avons pu rencontrer pour la première fois Jehan LANVIN. Il est né en 1906 dans une famille d'accordéoneux, est célibataire et vit avec sa sœur, Mme Yvonne DUCROCQ. Il a appris à jouer avec son père. Aucun d'eux ne connaissait la musique. Jehan le fils a, pour sa part, beaucoup appris à la porte même des bals ; il écoutait puis, rentré chez lui, s'essayait à reproduire, "d'tête", les airs entendus, sur son premier accordéon hérité en 1917 (il a alors 11 ans) de son oncle. Un peu plus tard, il achètera pour 150 F un autre accordéon à MONTREUIL sur MER, et enfin en 1937, un "MAUGEIN" de Tulle, reçu par la poste avec en cadeau la partition de "La chanson des chômeurs". Les occasions de jouer étaient surtout les fêtes locales ou des environs (Anvin, Heuchin, etc…) ; mais de temps en temps, Mr LANVIN et la famille allaient jouer sur les hauteurs, à la sortie du village ; pour le plaisir, quand il faisait bon. "Au carnaval j'ai fait un mariage là, on était à 25, pis on est arrivé à ANVIN, j'ai joué la Polka-marche et pis j'étais en tête et l'bal était plein, quand qu'ils nous ont vu arriver, ya pu personne qui a dansé, on a fait l'tour du bal, on éto à 25 à l'queue leu leu hein, et pis alors ej'jouais la "Scottische". Parmi des airs qu'on peut dater d'entre les deux guerres, et qui étaient très répandus de son "jeune temps", on trouve également dans le répertoire de Mr LANVIN des airs plus anciens qui, selon lui, remontent au moins à la fin du siècle dernier, car son père les jouait avant lui : polkas, mazurkas, schottisches, quadrille, et même quelques compositions de lui-même ou de son père (la valse polonaise, polkas, mazurkas, etc.). Depuis 1981, nous sommes retournés bien souvent rendre visite à nos amis. Nous avons "réajusté" l'accord du Maugein, en respectant, à la demande de Mr LANVIN, "l'ancien ton" de l'instrument ; nous lui avons fourni des copies d'enregistrements ; nous avons dégusté la compote de pommes maison, apprécié "l'tabac d'planteur" et le jambon de pays. Ce qui nous semble plus important dans tout cela, c'est aussi le fait que Mr LANVIN se soit depuis remis à jouer régulièrement." 

 

5 Léopoldine HOCHART,  Trois demoiselles […]/ Trois jeunes filles […]
Chant. VERCHOCQ (62). Enregistrée en septembre 1978.
J.J.R. : "Mme HOCHART fait partie d'une famille de chanteurs et musiciens. Elle chante depuis son plus jeune âge et bon nombre de titres de son répertoire ont été appris auprès de ses oncles et de sa grand-mère. D'autres ont été appris sur partition, ces "feuilles volantes" qui servaient à la diffusion des tubes avant le microsillon, la radio et la télé. Léopoldine HOCHART est dotée d'une excellente mémoire, et son répertoire est essentiellement constitué de chansons réalistes du début du siècle ou plus tardives. Elle connaît aussi quelques comptines, et deux chansons sur le thème des "Trois jeunes filles qui ont tant dansé qu'elles ont usé leurs souliers". Comme souvent, ce fonds traditionnel était relégué au plus profond de sa mémoire, et n'apparaîtra qu'après qu'elle ait "puisé" son répertoire habituel, plus récent. D'où la nécessité de ne pas s'arrêter trop vite dans un collectage sous prétexte que le répertoire est moderne ; les phénomènes de mémorisation sont agencés de telle sorte qu'il faut percer une à une les strates de souvenirs pour parvenir aux chansons traditionnelles (à condition, bien sûr, que l'informateur ait été baigné dans ce répertoire durant son enfance)."

 

6 Robert LAPOTRE, Deux airs
Epinette. FESTUBERT (62). Enregistré le 7 août 1981.
Les joueurs d'épinette étaient, semble-t-il, très nombreux dans le Nord, si l'on en juge par les instruments retrouvés, bien souvent usagés. Mais il est rare de rencontrer quelqu'un pratiquant toujours cet instrument. Pour la plupart de ces musiciens, et comme le confirment les méthodes de l'époque, le répertoire se composait essentiellement d'airs à la mode, de pièces extraites d'opérettes ou du répertoire lyrique, de valses de Vienne, etc. On retrouve fréquemment des titres tels que "Les millions d'Arlequin", "La sérénade de Tosselli", "Les Saltimbanques" ou "Je t'ai donné mon cœur ». C’est le cas du père de Mr Lapôtre, qui, né en 1895, jouait déjà très jeune (dès l'âge de 7 ans). A 12 ans, sa mère lui achètera, à LILLE, sa première épinette, alors qu'il travaille déjà "au fond". Une COUPLEUX sur laquelle, en plus du répertoire cité plus haut, il jouait pour faire danser, au point d'être invité dans les mariages. C'est avec cet instrument que Robert LAPOTRE, fils du précédent, joue ici deux airs que nous n'avons pas complètement identifiés (encore que les paroles de la première parlent de "la ruelle de nos amours"). Précisons que Mr LAPOTRE accorde son épinette en Do majeur, l'accord parfait comme il le dit lui-même. Un ouvrage important sur les épinettes du Nord est en préparation et apportera bientôt des informations supplémentaires concernant l'histoire de cet instrument populaire, sa facture et sa pratique.
 

7 Raymond DECLERCK, Il a perdu son Katchoula (voir la vidéo plus bas)
Harmonica. DUNKERQUE (59). Enregistré le 26 mai 1985.
Raymond DECLERCK est né en 1925 à Cappelle la Grande. Il joue de l'HARMONICA et chante depuis son enfance. Sans discontinuer, il anime toujours les réunions de famille. Dans sa jeunesse, il a participé à de nombreux "CROCHETS" (concours de chant), et depuis le début de sa retraite, il a commencé une "carrière" de chanteur flamand, sa langue maternelle. "Il a perdu son Katchoula" est une mélodie roumaine que jouait son père Marcel, lui aussi harmoniciste. Il l'avait apprise durant la guerre des Dardanelles, entre 1915 et 1918. 
 
8 Mr BEKER, Chant de quête
Chant et rommelpot. SOIRON (B). Enregistré entre 1973 et 1976.
Un "ROMMELPOT" se fabriquait avec une vessie de cochon et un pot à beurre. On ne racontera pas une nouvelle fois comment cet instrument fonctionne, toujours est-il que ce procédé de construction était encore connu au temps de la jeunesse de Mr BEKER. Au moment de l'enregistrement, il est agriculteur à AUBEL. Du point de vue linguistique, la région d'AUBEL (voir carte, n° 21)  est une zone frontalière, où l'on parle à la fois le français et le flamand. Le patois d'AUBEL qu'on entendra ici est un mélange de ces deux langues. Il s'agit d'un chant de quête, que les enfants chantaient à l’Épiphanie en s'accompagnant du rommelpot, tandis que les gens leur donnaient des "friandises" (bouts de lard, de pain, de fromage).
 
9 Elisabeth MELCHIOR, Scottisch / Polka / Valse
Accordéon diatonique. WALQUES (B). Enregistrée vers 1974.
Tout comme pour Henri SCHMITZ, cet enregistrement se situe à l'époque des premiers stages en Belgique, de la découverte de ces musiciens, et parfois même de leur participation à ces stages. Leur implication dans le renouveau Folk débouchera même sur certains voyages, jusque dans le Wisconsin ! La pratique de leur instrument avait pourtant été interrompue pendant de longues années ; dans le cas de Mme MELCHIOR, ce n'est qu'à l'époque de l'enquête de Françoise LEMPEREUR dans le pays de MALMEDY qu'elle s'était remise au diatonique. Mme MELCHIOR avait elle aussi appris de son grand-père ; lui aussi était ménétrier professionnel. Et comme dit Rémy DUBOIS : "Il y a chez les vieux musiciens ce "truc en plus" que tu ne pourras jamais leur piquer". 
 
10 Victor BETREMIEUX, Feux d'artifice
Mandoline. BIACHE St VAAST (62). Enregistré le 23 novembre 1983.
Difficile de réunir des témoignages de musiciens du Nord sans y inclure un petit air de mandoline. Cet instrument très à la mode au début du XXe siècle est encore très pratiqué au sein des orchestres polonais. Certains ensembles sont d'ailleurs exclusivement composés de mandolinistes. Au contraire, l'air que nous interprète ici Mr BETREMIEUX ("feux d'artifice", sans doute) appartient au répertoire français. Mr BETREMIEUX joue également du BANJO mais préfère sa mandoline. Il est né en 1913, et bien qu'il connaisse la musique et s'en soit servi comme système de mémorisation, il a appris ce morceau d'oreille d'après un chant. 
 
11 Constant CHARNEUX, violon à buzette et Mme GENOTTE, acc. chromatique : Valse (allemande de Burnontige) / Maclotte / Scottich
Hemroulle (B) et Jupille (B), enregistrés en 1973
Mr CHARNEUX, ouvrier agricole de profession, était violonneux. Il animait les bals, d'abord au violon puis plus tard avec sa "sirène d'amour", autrement dit son violon à pavillon. Constant CHARNEUX était né en 1884, et son père était également ménétrier ; or, c'est pratiquement dans cette même région des Ardennes qu'exerça le ménétrier et maître à danser Jean Guillaume HOUSSA, originaire de SOY (voir carte, n° 20). Son cahier, partiellement daté de 1848, est conservé au musée d'Arlon.  Mr CHARNEUX est décédé en 1975, à l'âge de 91 ans, mais il avait beaucoup voyagé, et vers la fin de sa vie, il avait rencontré Mr et Mme GENOTTE qui s'occupaient d'un groupe folklorique près de LIÈGE. Leur répertoire s'inspirera alors pour une petite partie de celui de Constant, qui jouera d'ailleurs avec eux dans l'animation musicale du groupe. Lors de cet enregistrement, Mme GENOTTE était âgée de 70 ans et on l'entend ici à l'accordéon chromatique.
 

12 Alfred EURIN, Quand j'allos m'ner m'vaqu' al pâture
Chant. HAMBLIN LES PRES (62). Enregistré le 7 décembre 1983.
C. E. : "Alfred EURIN, 77 ans, a appris cette chanson de Jules LIGNIER, son auteur avec qui il fut berger à Bezinghem, près de Montreuil sur mer. Il se souvient des nombreux musiciens de sa région, de "Baudet" le joueur de tambour et sa grelottière, d'un vielleux à Preures, des joueurs de piston et d'accordéon, des violoneux "des bas", Léon VALOIS et Jules LIGNIER. Ce dernier semble avoir été un musicien réputé : chansons, violon, accordéon, et bricoleur d'instruments, telle une certaine "Flahute" aménagée d'une vessie de porc" On notera l'allusion, dans le 10e couplet, à la PIPASSA, cornemuse régionale qui n'a pas encore été retrouvée. Mais le fait que ce chant ait été composé par Jules LIGNIER rend cette référence encore plus actuelle. Dans le Nord / Pas-de-Calais, le patois variant constamment d'un village à l'autre, il nous est souvent très difficile, même étant originaires de la région, de comprendre absolument tout ce que disent les vieilles personnes.
 
13 Achille MATTO, Amoureuse
Saxophone. XHORIS (B). Enregistré entre 1973 et 76.
Dans sa jeunesse, Mr MATTO avait appris la clarinette ; mais très vite, il abandonnera cet instrument pour se mettre au SAXOPHONE, plus adapté à la musique des années 20 (fox-trot, etc.). Son grand-père jouait déjà (de l'accordéon) et c'est de lui qu'il apprendra quelques danses de bal, y compris ce qu'on appelle les "petites danses", AMOUREUSES, MACLOTTES, PASSEPIEDS, etc., suites de danses qui, à un moment donné du bal, étaient dansées par les vieux en costume. C'est cette atmosphère et cette époque que Mr Achille MATTO évoque ici avec nostalgie, entre deux reprises d'une "Amoureuse";
 

14 Jean CORNU, Valse tyrolienne / Marche
Accordéon diatonique. FRUGES (62). Enregistré le 30 octobre 1983.
L'enregistrement présent a été réalisé presque au pied levé, pendant le concert donné au théâtre d'ARRAS en octobre 1983, lors des rencontres de collecteurs. Instant mémorable, car Jean ne nous avait pas donné confirmation de sa participation, ce qui explique le caractère un peu improvisé de la prise de son. Mr CORNU, né en 1925 à Créquy, est normalement batteur dans une petite formation locale. S'il jouait du diatonique, c'était juste pour s'amuser. Et pourtant, son jeu illustre bien la virtuosité des accordéonistes du Nord, alors que lui ne joue en fait que sur un tout petit 2 rangs "Gallota". Son père qui était colporteur jouait lui aussi du diatonique, mais à une rangée, tandis que Jean joue presque constamment en "croisé". Nous nous étions rencontrés par hasard en octobre 82, lors d'un bal folk, et depuis, Mr CORNU a participé à diverses animations, au Festival International d'accordéon de la COURNEUVE (juin 83), à une télé (FR3, mars 84) et à ce concert d'ARRAS dont sont extraites la Valse tyrolienne (de sa composition) et la marche qu'on entend ici. C'est Daniel OGER qui l'accompagne à la guitare.
 
15 Toussaint CARON, Ech' tiot bossu
Chant. CANTIN (59). Enregistré le 12 juin 1983.
J.J.R. : "Lors de ce banquet, Toussaint CARON était âgé de 58 ans. A chaque mariage ou occasion du même genre, il gratifie l'assemblée de son "tube", le "p'tiot bossu", chanson qu'il a apprise de Nicolas PUVOST, ouvrier verrier à ANICHE, qui lui-même la tenait de tradition familiale. Toussaint fait partie de cette catégorie de chanteurs au répertoire très restreint, une ou deux chansons dont ils sont les détenteurs et interprètes exclusifs : personne d'autre n'aurait l'idée de la chanter à leur place parmi l'auditoire qui, bien souvent, connaît les paroles par cœur. Et on leur réclame ce truc là (et pas un autre) dans les occasions qui s'y prêtent. C'est une tradition encore vivace dans les familles de la région, mais il est rare que le "tube" en question soit une authentique chanson traditionnelle, comme c'est le cas ici. (De plus, il ne s'agit même pas d'une chanson paillarde.)". Le procédé de cette chanson consiste, entre autres, à modifier la syntaxe et la conjugaison afin que la rime en "U" soit conservée. Quant à la formule mélodique à la quarte descendante, on la multiplie ou on l'abrège autant de fois qu'il est nécessaire pour pouvoir caser toute la phrase. La moyenne est de 2 fois, mais ce système varie de 1 à 5 fois. Le refrain, repris en cœur, autorise bien sûr une autre fin de phrase.
 

16 Marcel LEEUWERCK, La maladie d'amour
Epinette. BAILLEUL (59). Enregistré le 9 avril 1983.
J.J.R. : "Marcel LEEUWERCK est âgé de 72 ans lors de notre rencontre. C'est un flamand du Westhoek. Il nomme son instrument "épinet" et ne lui connaît pas d'autre appellation ; il joue avec un noteur et un plectre, en trémolo. Les cordes sont des câbles de frein de vélo, qu'il détord pour en obtenir les brins les plus fins ; les cordes sont sous-tendues, ce qui donne un son assez caractéristique. Le premier instrument qu'il ait possédé (vers l'âge de 12-13 ans) avait une caisse chantournée et était, nous dit-il, "très bien faite". Cette épinette a été perdue lors de sa captivité en Allemagne. Les trois instruments qu'il possède actuellement sont de facture rudimentaire (contreplaqué) et comportent un clavier diatonique avec deux degrés supplémentaires (FA dièse et DO dièse). Ils sont munis de trois chanterelles. Une seule des trois épinettes possède deux bourdons". La fonction première de l'épinette est ici parfaitement évidente : instrument populaire par excellence sur lequel même les chansons les plus récentes peuvent être interprétées, comme cette "Maladie d'amour" bien connue.
 
17 Désiré EVRARD, Valse
Harmonica. LILLERS (62). Enregistré en décembre 1985.
C.E. : "Désiré EVRARD, 75 ans, passe toute sa jeunesse à MERVILLE (Nord). Durant cette période, son père, joueur d'accordéon diatonique, l'initie à cet instrument. Il en joue jusqu'à la guerre. Son répertoire : les vieux airs de son père, valses, polkas, schottisches, mazurkas et les airs à la mode qu'il joue tous d'oreille et pour le plaisir. Il est très connu pour son caractère de boute-en-train et de bon danseur. Parallèlement, il joue de l'HARMONICA -ici du HOHNER chromatique- et de quelle façon ! Il anime encore le club des aînés. Il a appris cette valse en captivité pendant la guerre et … sur partition ! mais ne se souvient plus du titre."  Il s'agit peut-être du collectage le plus inattendu de cette cassette, car cette valse jouée ici par Mr EVRARD, hormis le fait qu'elle ait été enregistrée très récemment, était déjà bien connue des amateurs de bal folk dans le Nord, par une version quasiment identique apprise de nos amis du Centre.
 
18 Mr VINCENT, Deux valses
Accordéon. DEIGNE-REMOUCHAMPS (B). Enregistré entre 1973 et 76.
Mr VINCENT jouait de l'accordéon diatonique à Deigné mais n'a jamais fait de bal au sens professionnel du terme. Lorsque les "pros" venaient, que ce soit l'accordéoniste de métier ou l'orchestre de cuivres, lui ne jouait pas. Par contre, il animait les "bals de village", ces petites réunions entre soi, à dix personnes, dans l'arrière salle du café. Il jouait sur un SOPRANI trois rangées diatoniques à basses chromatiques. Il est plus que probable que la seconde des deux valses qu'on entend ici soit d'origine portugaise.
 
19 Marie-Thérèse MENÉ (1823-1992), Les surnoms du Fort Ph'lippe
Chant. GRAND FORT PHILIPPE (59). Enregistrée le 10 janvier 1986.
C'est l'enregistrement le plus récent de ce recueil, preuve s'il en fallait de l'intérêt et de la nécessité du collectage aujourd'hui. Mme MENÉ interprète une chanson "sur l'air de…" et le "timbre" est celui du Mirliton que chantait Maurice CHEVALIER. Les paroles, d'un auteur inconnu, sont consacrées aux surnoms que se donnaient les habitants de Grand Fort Philippe, un port de pêche autrefois très actif près de GRAVELINES. Mme MENÉ n'est d'ailleurs pas épargnée par cette tradition des surnoms, car celui de sa propre famille, c'est BOSSU. Mme MENÉ a elle-même composé nombre de chansons en patois pour les carnavals (elles ont été relevées par Mr DUPAS, qui réalise un ouvrage sur le sujet). Et laissons à Marie-Thérèse MENÉ le soin de conclure : "Pourtant c'est ça qui fait l'charme ed'nous pays, ca prouve in tout cas qu'ou z'avons ben d'l'esprit."

Les enquêtes et enregistrements ont été réalisés par :
Rémy DUBOIS et Colette ROBERT (n° 1, 8, 9, 11, 13 et 18) ; Jean-Jacques REVILLION† (n° 5, 15 et 16) ; Gaby DELASSUS et Patrick DELAVAL (n° 2 et 4) ; Patrick DELAVAL et Jean-Marc KLAJNY (n° 3) ; Christian EVRARD† (n° 10, 12 et 17) ; Gaby DELASSUS et Roland DELASSUS (n° 6) ; Christian DECLERCK (n° 7 et 19).

Photo de la couverture : Musiciens pour rire, TENEUR, Pas-de-Calais. (Prêt de Mr Lanvin).

pour télécharger c'est ICI

168 téléchargements au 1/6/2013

*****

Quelques informations complémentaires sur le violoneux wallon Constant Charneux, transmis par Agnès et Bruno :

- Deux photos ici et ici : la première photo est en fait la photo qui a servi à illustrer la pochette du LP Champs 73 , ainsi que de l'affiche de Champs 74, avec au programme sa participation "s'il n'est pas trop fatigué"
En fouinant un peu, j'ai trouvé sur le blog de son petit neveu, écrivain, un enregistrement : la maclotte de Bastogne au violon busette très certainement 
Et autrement, un lien qui atteste de la présence d'autres violons à busette dans la région de Liège.


*****

J'ai retrouvé  cette interprétation familiale de Il a perdu son katchoula par Raymond, Michèle et Christian Declerck.


plus d'infos ICI



Maurits Cornelis Escher


lundi 1 février 2016

Jehan Lanvin, musicien de bal en Artois

à Teneur (Pas de Calais)


photo Chantefoire

Article rédigé par Gaby Delassus en décembre 1982, après quelques enquêtes réalisées avec Patrick Delaval, et qui parut d’abord dans la revue créée par Roland Delassus « Le Tambourineur », qui préfigura la naissance de la revue « Trad Magazine ». Tous trois étaient musiciens et membres du « Collectif d’Expression Musicale CHANTEFOIRE ».


C’est pendant l’hiver 1981, au cours d’une enquête consacrée aux « traces d’existence d’une cornemuse régionale en Artois » (recherches d’écrits et de témoignages que nous effectuons Patrick Delaval et moi-même depuis près de deux ans, et dont nous vous rendrons compte un de ces jours ; rassurez-vous, et pour couper court à tout bruit « erronément optimiste », nous n’avons toujours pas retrouvé de bouts de tuyau pouvant être assimilés à la cornemuse).

Alors voilà, un soir au cours d’une visite chez un historien local, nous apprenons l’existence de Monsieur Jehan Lanvin, joueur d’accordéon diatonique. Monsieur Lanvin est né en 1906, il est célibataire et vit avec sa sœur, madame Yvonne Ducrocq.

Il a appris à jouer avec son père (qui jouait également l’accordéon diatonique). Mais aucun d’eux ne connaissait la musique. Jehan le fils, pour sa part, a beaucoup appris à la porte même des bals ; il écoutait puis, rentré chez lui, s’essayait à reproduire, « d’tête », les airs entendus, sur son premier accordéon hérité en 1917 (il a alors 11 ans) de son oncle, qui jouait en duo avec son frère (le père de Jehan).

Un peu plus tard, il achètera pour 150 F un autre accordéon, à Montreuil sur Mer. Puis ce sera l’acquisition en 1934 d’un accordéon « Maugein », de Tulle, reçu par la poste, avec en cadeau la partition de « La chanson des chômeurs » (déjà ?).

Les occasions de jouer étaient surtout les fêtes locales ou des environs (Anvin, Heuchin, etc…) ; mais de temps à autre, Monsieur Lanvin et la famille allait jouer sur les hauteurs, à la sortie du village, pour le plaisir, quand il faisait bon.

« Au carnaval j’ai fait un mariage là, on était à 25 pis on est arrivé à Anvin, j’ai joué la polka-marche et pis j’étais en tête et l’bal était plein, quand qu’i nous ont vu arriver, y a pu personne qui a dansé, on a fait l’tour du bal, on étot 25 à l’queue leu leu hein, et pis là alors ej’ jouais l’scottiche ».

Parmi les airs qu’on peut dater d’entre les deux guerres, et qui étaient très répandus de son « jeune temps » (« Le trompette en bois », « Le 14 juillet à Paris », la chanson « à Bourvil », « La Mère Angot », « Les fraises et les framboises », « Passes la main, tire mon machin », etc…) on trouve également dans le répertoire de Monsieur Lanvin des airs plus anciens qui, d’après lui, remontent au moins à la fin du siècle dernier, car son père les jouait avant lui (polkas, mazurkas, scottiches, le quadrille) et même quelques compositions de lui ou de son père (la valse polonaise, polkas, mazurkas, etc…).

Depuis un an, nous sommes retournés de nombreuses fois rendre visite à nos amis. Patrick a « réajusté » l’accord du Maugein, à la demande de Monsieur Lanvin, en respectant « l’ancien ton » de l’instrument ; nous lui avons fourni des copies des enregistrements ; nous avons dégusté la compote de pommes maison, apprécié « l’tabac d’planteur » et le jambon d’pays.

Samedi 11 décembre 1982, dans le cadre de la réunion à propos du collectage dans le Nord/Pas de calais à Hazebrouck, nous aurons l’occasion de vous présenter Jehan Lanvin dans un documentaire que nous avons réalisé avec l’aide du Syndicat Mixte d’Aménagement du Bas-Pays, de la Direction Départementale du Temps Libre et du Centre Départemental de Documentation Pédagogique du Pas de Calais.

Un peu plus tard, début 1983, une plaquette comportant des commentaires, et des partitions du répertoire de Monsieur Lanvin sera disponible. Ce qui nous semble le plus important dans tout cela, ce n’est pas seulement que des groupes vont pouvoir, s’ils le désirent, faire revivre ces morceaux en les rejouant dans les bals, mais c’est aussi le fait que Monsieur Lanvin se soit remis à jouer régulièrement.

Sa sœur et lui se sont acheté un petit magnétophone et depuis notre dernière visite, Monsieur Lanvin nous a enregistré 5 cassettes d’airs qu’il s’est remémoré. De bons rendez-vous encore en perspective. On vous tiendra au courant, bien entendu.


Gaby Delassus, Patrick Delaval
musiciens et membres
du Collectif d’Expression Musicale Chantefoire





*******

Jehan Charlemagne Lanvin est né à Teneur le 24 janvier 1906, fils de Félix Lucien (1873-1941) et Jeanne Portemont (1880-1941). Au décès de son oncle François, en 1917, il hérite de son l'accordéon. Jehan décède en 1992, comme l'indique sa tombe qui est au cimetière de Teneur, sa sœur Yvonne est décédée à Campagne les Hesdin le 24 janvier 1998, veuve depuis 1980 d'Alfred Charlemagne Ducrocq.
En complément :
- Un enregistrement de J. Lanvin publié par Traces ici
- Une mazurka jouée par J. Lanvin, interprétée par le groupe Chantefoire ici
- Un article publié dans la revue Tutti ici

Christian Declerck
merci à Alain Basset pour ces données généalogiques



samedi 10 octobre 2015

Traces

publié le 10/10/2015
mise à jour le 20/1/2026 : ajout de la revue Trac' Mad
  


Trace existait avant sa création.
Celles et ceux qui décidèrent, en 1984, de fonder cette association de chercheurs, travaillaient déjà à la recherche, au collectage, à l'apprentissage des instruments de musique et d'autres choses encore. Ils avaient plus ou moins la trentaine, du boulot, ainsi qu'une passion pour la musique et tout ce qui s'y rattache. Presque tous étaient musiciens ou danseurs, et le sont toujours (à mettre au féminin bien sûr).
Les premières années furent consacrées à une sorte de débroussaillage ; l'idée de départ était de mettre à plat et en commun tout ce que nous avions trouvé à droite et à gauche, dans cette grande région très peuplée qu'est le Nord de la France - Et peut-être de trouver un fil conducteur. Or, nous ne nous attendions pas à découvrir autant de choses. Et depuis, suite à trente années d'existence présenter TRACES et ses acteurs n'est pas une mince affaire…

Une question qui se pose : d'où nous est venue cette envie de savoir ? Cela reste à creuser, mais il est certain que les recherches menées en France, un peu partout en Europe et en Belgique nous ont servi de modèles. En tout cas il y eut très vite le désir de communiquer et de mettre en commun ce qui pouvait déjà l'être, comme par exemple cette vingtaine d'enregistrements de collectage, réalisés en Flandres, en Artois, en Wallonie à partir des années 60/70. Réunis sous le titre "Musiciens et Chanteurs" sur une cassette audio (à l'époque on disait K7) les pièces proviennent donc de France et de Belgique, ce qui en soi est déjà novateur, mais illustrent aussi des musiques provenant de Pologne. Roumanie et Portugal. C'est bien cela, la région Nord/Pas-de-Calais : une terre de passages, de mélanges, de fusions. De virtuoses aussi.

La suite est une longue série de colloques, conférence, manifestations et fêtes, bourses aux instruments, et dépannages… Les recherches ne se limitent pas à la région et dépassent même les frontières. Plusieurs expositions iconographiques et photos sont élaborées, en fonction des découvertes, des demandes et parfois aussi des problèmes rencontrés, par exemple en ce qui concerne les problèmes photographiques. On parle aussi de la restauration d'instruments de musique, émissions hebdomadaires de radio, d'interventions télé, de bourses aux instruments (Cassel Cornemuses, 16 édition en 2014).
Les collecteurs, rats d'archives, collectionneurs, journalistes vont déployer leurs talents, tout comme les enseignants, danseurs, médecins, luthiers. Epaulés par les rédacteurs (chef), tourneurs de haute précision, artisans, documentalistes, formateurs, secrétaires. Sans oublier les danseurs(ses), informaticiens, chercheurs, animateurs, et ceux dont j'ai oublié le métier.
Chacun à sa façon va contribuer à la sauvegarde du patrimoine : création et circulation des exposé, archivages des documents, enquêtes photographiques, concerts et bals, dépiautages d'archives, traductions… Il y aura ainsi les enquêtes en musées, instrumentaux ou autres, qui elles aussi dépasseront les frontières. L'une d'elles à Dunkerque, à la fin des années 80, révélera l'existence de ce magnifique Hommel de 1,64 m, conservé là depuis 1840.

Citons également plusieurs collaborations à certains projets régionaux avec l'ASSECARM, l'IMTAC, l'ARM, des institutions musicales aux sigles rébarbatifs mais familiers à l'époque, la participation au bicentenaire de 1789, les collaborations aux réalisations des films Germinal et Le brasier (1989).
Les découvertes furent souvent surprenantes, voire inattendues. Ainsi ces épinettes dites vosgiennes. Certes elles le sont, mais le Nord disposait lui aussi de ses centres de fabrication : l'agglomération lilloise, les Flandres, et le Cambrésis. Le dernier inventaire (2012° fait état de 150 instruments identifiés et localisés (dont 3 aux USA !). La facture de cistres au XVIIIe siècle à Lille, Dunkerque ou encore Arras, qui s'avère l'une des plus raffinée qui soit. La rencontre de M. Lanvin, joueur de diatonique, et puis plus tard de M. Cornu. (Des vidéos seront réalisées).

Il faudrait parler des trouvailles moins spectaculaires mais tout aussi fondamentales. Il est très possible de consulter tout ce qui a pu être écrit à ce sujet à travers les nombreuses articles parus dans Tutti, Modal, et surtout dans Le Tambourineur à partir de 1981 (78 numéros) et par la suite TRAD magazine (fin 88). D'autres textes ont été publiés dans le magazine interne à l'association TRAC'mad (12 numéros de 1991 à 93), et enfin le périodique belge Carnet de notes à compter de l'an 2000 (18 numéros à ce jour). Actuellement, c'est le site dunkerquois Mémoire du folk 59/62 qu'il faut absolument consulter.
A partir de 1997, le dynamique Centre Socio-Educatif d'Hazebrouck et son festival Folk en mai y ajoute l'idée d'une exposition thématique consacrée aux musiques traditionnelles. Mais à l'inverse des précédentes expos de TRACES qui étaient purement iconographiques, il s'agit cette fois de réunir des instruments "en chair et en os" dans une présentation "qualité musée". Pari tenu. Cette première sera consacrée aux épinette du Nord. Un gros succès, qui sera accompagné de la sortie du livre du même nom (désormais une référence : 160 pages, une centaine de photos, des plans et illustrations. Un additif de 32s pages a été publié dix ans plus tard. Cette réussite sera suivie des accordéons, khans et autres harmoniflûtes (1998), violons et autres cordes frottées en 1999, une collection privée multi-ethnique en 2000 ; puis les cornemuses l'année suivante, guitares et cistres en 2002, musique flamandes pour l'année 2003, suivie un an plus tard de violons spéciaux, et de vielles à roue en 2005, etc… par leur régularité, leur éclectisme, les participations des collections privées et des musées nationaux, ces manifestations n'ont pas d'équivalent.


TRACES et la cornemuse

Ce fut le sujet de prédilection. Les anciens Pays-Bas regorgeaient de cornemuses de toutes sortes, et dès le XIIIe siècle, les œuvres d'art fourmillent d'illustrations, souvent d'une grande précision, ce qui permit en Belgique des reconstitutions très fidèles. Une autre forme de cornemuse fut pratiquée dans ce pays, mais cette fois des instruments furent retrouvés, ainsi que des témoignages et photos. Ces cornemuses étaient très proches de celles rencontrées dans le centre de la France, c'est à dire le petit bourdon situé à côté du chalumeau. En 1983 parût l'ouvrage d'Hubert Boone, une référence dans ce domaine, qui fit le point sur les recherches en Belgique. Et puis Rémy Dubois, l'inspirateur, celui qui a donné à tous l'envie d'en jouer.

Côté français, nous savions par d'anciens textes que l'instrument était encore pratiqué en XXe par les bergers, dans le Boulonnais et ailleurs. des enquêtes ont démarré en 1981 à Valhuon et environs, là où se déroulaient des mâtines de bergers. Sans résultat probants. Ce qui n'a pas empêché ceux qui voulaient souffler de souffler, la création de La Piposa (1984) en est l'illustration.
Et puis il y eut les cornemuses d'étude, la "Méthode de Boul'", la collaboration aux travaux de J.-L. Matte, des questions à propos du boitier "Lobidel" et de la cornemuse Petyt. (Cette dernière fut exposée à Hazebrouck en 2000). Citons en outre une série d'articles dans la série Piposo story.
En marge on découvre en 1983 une tradition de cornemuse polonaise dans le bassin minier ; un livre de 140 pages accompagné d'une K7 audio de 45 minutes est achevé en 1986 (mais nécessite aujourd'hui une réécriture et des additifs avant publication).
La trouvaille la plus récente s'est faites à Rebreuve Ranchicourt en 1995 : une tradition relative à Saint Druon, immortalisée par un artiste local qui observa et illustra les cornemuseux présents (voir Trad magazine n°50), une reconstitution in situ eu lieu l'année suivante avec des nombreux coups de main dont la Piposa, les moutons et les porteurs de la statue. Une copie gravée du dessin a été diffusée en 2007. Enfin ceux qui le désirent peuvent se rendre à Carvin (62), il paraît que l'église conserve dix tableaux retraçant la vie de ce Saint. Peut-être y voit-on la ¨Piposo" ?

En trois décennies, TRACES est maintenant à la fois jeune et mature. Préservation, classement, recoupement, publications n'ont jusqu'ici pas posé de gros problèmes. Par contre, en ce qui concerne les archives, les membres de l'association sont à la fois nombreux, mais aussi assez éloignés les uns des autres. Difficile dans cette circonstance d'imaginer un lieu qui soit accessible à tous. Les documents, enregistrements, instruments, etc… sont donc conservés par les membres eux-mêmes. Certains dossiers ont toutefois été déposés au siège de l'association. mais reste à savoir ce que les années à venir nous réservent. Comme nouvelles découvertes bien sûr, mais aussi comme relève.

Les membres de TRACES, plus d'une centaine de personnes je pense, se reconnaîtront dans ces quelques lignes. Ils se connaissent tous et n'ont pas besoin d'être cités. Ce serait trop long. Leurs noms et parcours sont sur [ce blog], une merveille de la technologie.

Pour TRACES, le président

Texte extrait du remarquable livret accompagnant le double CD "Cornemuse Picarde"

---***---

Complément sur l'origine de la création de ce "Collectif de recherches sur les musique et danses traditionnelles des régions septentrionales".
TRACES est le résultat d'une prise de conscience et d'une sollicitation de membres de la fédération des Musiciens Routiniers rencontrés lors des Rencontres d'Arras en 1983. Deux réunions de réflexions ont eu lieu. La première à Arras pendant les Rencontres le 31 octobre 1983, à laquelle ont assisté André Ricros et Olivier Durif (membres des Musiciens Routiniers), puis une seconde à Boeschepe à l'estaminet De Vierpot, le 17 décembre 1983.
L'assemblée générale constitutive s'est tenue à Boeschepe le 21 janvier 1984. Sont présents à cette AG : Christophe Declercq†, Patrick Delaval, Hélène Casteleyn, Camille Duhamel, Christian Evrard†, Philippe Oger, Alain Delpierre, Patricia Gringoire, Jacqueline Ivain, Eric Hurtrez, Pierre Talaga, Sylvie Mohr, Monique Pirez, Gaby Delassus, Christine Pruvot, Christian Declerck, Jacques Leininger, Carine Thomas, Michel Lebreton, Bernard Boulanger, Luc Allemersch, Marc Debrock, Dominique Binault, Martial Waeghemacker, Roland Delassus, Marie Wojkiewicz, Daniel Bailleul, Jean Claude Chauveau, Marie France Chauveau. Excusés, Marie Aude Pradeau†, Loïc Louchez, Patrice Gilbert, Corinne Polanski, Rémy Dubois, Nicole Fontaine, Lucette Spinoit, Félicie Verbruggen, Martin Swart, Jean Jacques Révillion†, Martine Beuraert, Gérald Ryckeboer, Michèle Coupez.

Quelque jours après, le 21 décembre 1983, la sortie du film de Bernard Favre et Bertrand Tavernier La Trace.


Pour TRACES, le secrétaire perpétuel…



vendredi 22 juillet 2011

Tutti, spécial accordéon

Tutti n° 20 - Spécial accordéon - mars 1984




- Quarante-sept siècles… et toutes ses anches, par Patrick Delaval
- Visite chez le Steinway de l’accordéon : la maison Cavagnolo, par Paul Défosseux
- Le bal musette n’est pas mort au Gaity, chez Stéphane Kubiak, par Paul Défosseux
- "Embrassez vos dames sans rire" : Jehan Lanvin, accordéoneux de Teneur en Artois, par le C.E.M. Chantefoire
- Adolphe Deprince ou l’âge d’or de l’accordéon, propos recueillis par Paul Défosseux
- Impressions discographiques : Max Bonnay, Marcel Azzola, Joss Baselli, par Paul Desfosseux
- Trois journées à l’écoute des musiques traditionnelles : interventions de Bernard Lepers, Pierre Host, Marc Bleuse et Bernard Lortat-Jacob. Compte-rendu des "rencontres d’Arras", par Roland Delassus




téléchargez ce numéro ici
55 téléchargements au 1/6/2013

autre n° de Tutti ici

à propos des Rencontres Nationales des associations, musiciens et collecteurs de musique Traditionnelles, qui c'étaient tenues à Arras en 1983, cet article paru dans la Voix du Nord
cliquez pour agrandir







samedi 15 mai 2010

Chantefoire

Chantefoire - Ambiance de bals et concerts - 1981-1984



Chantefoire a "sévi" pendant près de dix années dans le Nord Pas-de-Calais, proposant bals et concerts, et cette compilation se veut surtout un témoignage de ce que l’ambiance a pu être ces soirs-là avec le groupe et les danseurs.


Auchel, 07/10/1984 :
1-Valse corrézienne
2-Polka du Grand Rouge
3-La Piémontaise de Philippe Prieur
4-La spéciale, mazurka de Jehan Lanvin

Boeschepe, 22/04/1984 :
5-Le Guignolot d’ St-Lazo
6-La méchante mère/Quadrille de Banneix
7-Rondeau de Gascogne/Complainte (Centre France)/Quadrille de Giorgianna Audet

Lille, 30/05/1981 :
8-Suite de branles doubles
9-Les trois maçons jolis/Bourrée à 3 temps
10-La Rude/Bourrée de Plaimpied/La Dégagée
11-Suite amnésique internationale (musiques traditionnelles bulgare et hongroise)

Avion, 27/05/1981 :
12-Suite de branles doubles

Lillers, 03/06/1983 :
13-Bourrées corréziennes
14-La scottische du crassier
15-Marjolaine/Complainte/Suite pour cornemuse (Trad/trad/ Bernard Boulanger )
16-Tarentelle d’Eric Montbel

Arras, 31/05/1983 :
17-Berçeuse bourbonnaise/Marche
18-Branle de Francisque

Tous arrangements Chantefoire. Certaines mélodies sont dues à l’inspiration des membres du groupe.

Bernard BOULANGER : cornemuses, flûtes, chant
Patrick DELAVAL : accordéon diatonique, violon, cistre, harmoniflûte, chant
Roland DELASSUS : vielle à roue, dulcimer, chant
Alain DELASSUS : contrebasse, percussions, chant
Gaby DELASSUS : violon, cornemuse (sur les 12 et 15), chant
Daniel OGER : guitares, banjo, violon, percussions, guimbarde, chant

Enregistrements réalisés entre 1981 et 1984 le plus souvent en prise directe sur la console de notre sonorisateur préféré, Jean-Michel Dutailly, compilation réalisée en décembre 2000 par Gaby Delassus
Matériels utilisés par Gaby : Nakamichi 550 et Aiwa F990



Téléchargez ici
247 téléchargements au 1/6/2013



Polka du Grand Rouge






en concert au folk-club de l'Abattoir, à Lillers, en 1978
photo Jean-Pierre Van Hees
in Cornemuse, un infini sonore