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mardi 25 août 2026

La muzelzak par Pol Ranson

 La Muzelzak 

Huit siècles de bergers et de cornemuseux
en Flandre et en Picardie
 


 
La tradition oubliée de la cornemuse redécouverte, la version néerlandaise sera disponible bientôt.
Plusieurs amis et passionnés m'ont demandé si une édition française de De Muzel était prévue. Je suis heureux de confirmer qu'une traduction française est envisagée après la publication de l'édition néerlandaise.

envoyez votre nom et adresse à pol.ranson@gmail.com
Il ne s'agit pas d'une précommande. Je souhaite simplement évaluer l'intérêt.
 

 
 
 

mardi 4 février 2025

Cassel Cornemuses 2002 et 2003

Créé par Patrice Heuguebart et le CEM Smitlap en 1995, sur le Mont des Cats dans le parc de la villa Marguerite Yourcenar, le festival déménage à Cassel en 2000 à la demande du Conseil Général, qui a d'autres projets pour ce lieu emblématique.

illustration de Marc Lequenne (1948-2008)

Deux vidéos : filmeur Dominique Bommel

En 2002




Escavèche : 
Vincent BRUNEL : mandoline, chant
Pierre GOETGHELUCK : cornemuse, chant
Didier GRENON : accordéon diatonqiue
Gabriel LENOIR : cistre, chant


Mouchafou :
Caroline AIELLO : accordéon diatonique
Julien BIGET : guitare, bouzouki
Christophe DECLERCQ : violon
Fabien DUBARRE : cornemuse 

et aussi :
La Piposa (mené par Bernard Boulanger) ; 't Kliekske (mené par Herman Dewitt) ; The Red Ackel Pipe Band ; Ti Jaz
 

*****

En 2003

Trad Magazine n°89

 




 
Harpazel :
Neele Claeys : harpe
Camille Vandenberghe : harpe
Claire Vandenberghe : harpe 

et aussi :
Contrabanda ; Speelmanslag (mené par Jacques Leininger) ; La Fraternelle des Cornemuses du Centre ; Sac et Refrappe (mené par Michel Lebreton) ; Duo Bertrand avec Anne-Lise Foy

Les photos sur le site de Jean-Luc Matte





samedi 1 février 2025

samedi 5 octobre 2024

Une cornemuse berguoise ?

 La cornemuse PETYT

photo perso, expo Hazebrouck, 2000

Elle est signée FECIT PER ME JOHANNES STEPHANE PETYT, précisément. Elle a été découverte par l'antiquaire Jean-Michel Renard et fait maintenant partie des collections du MUPOP. Si son origine septentrionale ne fait aucun doute, la localisation du facteur fait toujours débat.

Une autre mention porte "APPARTIENT A CHARLES PETIT 1782".

Une recherche récente me fait découvrir un certain Jean PETYT, tourneur sur bois de son métier, né à Ghyvelde vers 1739 (ce registre des baptêmes a disparu) et mort à Bergues le 11 novembre 1800. Sur l'acte de mariage, à Furnes en 1767, avec Marie DELORGE, il est se prénomme Johannes, en latin, comme cela se fait toujours en Belgique.

Johannes PETYT, tourneur sur bois… il a 40 ans environ en 1782…

Mais où a-t-il appris à tourner un instrument de musique ? probablement tout près (8 km), à Dunkerque, il y avait un maître tourneur-tablettier, facteur de flûtes : François BOSSU, né à Lille en 1729, mort à Dunkerque en 1790.

Ce ne sont que des indices, des hypothèses… en attendant d'autres plus convaincantes.

Rémy Dubois trouve cette cornemuse extraordinaire : "Cette cornemuse est un OVNI ! Cet instrument est unique, et son principe fonctionne, […] Quel joli son, cette puissance sonore, et différence énorme, ça sonne en si, et ça n'a pas d'agressivité. Ce qui est important, c'est que les bourdons rentrent parfaitement dans les accords, ils sont sonores, tu es dans les bourdons, c'est un instrument à bourdons" (Cornemuse Picarde, entretiens avec Rémy Dubois) p.107

photos perso, expo Hazebrouck 2000

photos preso, expo Hazebrouck 2000


Source

Source


lundi 16 septembre 2024

Les Auvergnats du Nord, une « intelligente initiative » lilloise #2

Musique vivante et relais médiatiques

Les Auvergnats du Nord font aussi appel à des musiciens réputés de Paris qui contribuent à la publicité et au succès de leurs fêtes. François Guillaume est le premier à se produire avec son orchestre lors du banquet suivi d’un bal en mai 1929 (ci-contre : photo extraite du Grand Echo du Nord le 6 mai 1929, source Gallica). Ce « maître cabrettaire » d’origine cantalienne joue dans des amicales en Île de France, en particulier celle de Saint-Maur, ainsi qu’au sein de La Bourrée, société artistique affiliée à la Ligue auvergnate qui regroupe des danseurs et des chœurs en costumes.
Guillaume est rejoint à la fête lilloise du mois de novembre par Martin Cayla, « surnommé à juste titre le ‘roi de la cabrette’ » selon la presse locale, et le vielleux Sertin (L’Auvergnat de Paris du 9 novembre 1929) qui remplace Léon Guéniffet précédemment annoncé dans Le Grand Écho du Nord de la France (n° du 8 octobre).
 
 
GEdNF 4/11/1929, source Gallica

Guéniffet et Cayla sont au même titre que Guillaume des musiciens officiels de La Bourrée. Tous trois enregistrent des disques de musique instrumentale édités par ce label quelques mois plus tard, notamment La Bourrée de la Corrèze.
À la fin de l’année 1930, ce sont Henri Momboisse, « artiste incomparable de l’accordéon », et Marcel Bernard « qui joue de la cabrette avec art » qui prêtent leur concours à l’association du Nord, devenue la société amicale des originaires du Massif central (revue Minerva du 23 novembre 1930). On peut par exemple écouter le jeu de Momboisse dans la valse Lo Grondo, enregistrée sur disque Perfectaphone en 1929, en suivant le lien : ICI
 
 
Henri Momboisse

Cayla / Gueniffet / Bernard

Une formation plus complète réunit en 1933 Martin Cayla, sans doute à la cabrette, le vielleux Guéniffet, l’accordéoniste Géo Garrigoux et le jazz Brasseur. Ce dernier anime le banquet de la Ligue à Paris un mois plus tard en compagnie de ses camarades (L’Auvergnat de Paris du 25 novembre 1933). Garrigoux joue par ailleurs dans la capitale et en tournées avec Fredo Gardoni, l’une des stars du musette.
Exception notable à ce recrutement très parisien, le cabrettaire Émile Fruquière : domicilié à Ayrens dans le Cantal, « Milou » est un ancien camarade d’école de Jean Cibié que celui-ci fait venir spécialement au banquet de 1935 (Le Grand Écho du Nord de la France du 28 octobre 1935), mais aussi dans l’après-guerre.
     
La Presse 24/11/1951, source Gallica

Dans le même temps, l’animation musicale est partagée avec des amicalistes amateurs, encouragés à chanter de « vieilles chansons du terroir » et à danser les « traditionnelles bourrées » (L’Auvergnat de Paris du 27 avril 1929), danse qui ouvre le bal inaugural de l’amicale. Tandis que M. Garde chante en « langue du pays » au premier banquet, une chorale locale de jeunes gens dirigés par Mme Roux voit bientôt le jour. À l’instar des chœurs de La Bourrée, cette formation interprète des chants traditionnels tels que le Regret de Lisou et Lo Grondo en novembre 1929, ainsi que des compositions dont L’Hymne ou Chant en l’honneur de Louis Bonnet, chanté pour l’inauguration de la rue Louis Bonnet en 1927 à Paris.
 
Certaines interprétations bénéficient en plus d’une retransmission par TSF. La station Radio PTT Nord de Lille prévoit en effet de diffuser le concert donné salle de l’Orphéon avant le bal de l’amicale le 19 octobre 1930, vers 17 heures. Le programme de la matinée publié dans Le Grand Écho du Nord alterne musique instrumentale, poèmes et chant choral. Pour la partie musicale, c’est une bourrée à 3 temps qui doit inaugurer la séquence, Ten te redde (Tiens-toi droit) jouée par Henri Momboisse en solo à l’accordéon, mélodie enregistrée par ailleurs sous la marque Le Soleil, édition Martin Cayla (disque à saphir n° 54). Une série d’airs auvergnats interprété par Marcel Bernard à la cabrette doit suivre, ainsi qu’un duo des deux musiciens sur l’air de La Yoyette, marche célèbre du répertoire traditionnel.
Quant à la chorale, elle est attendue dans l’interprétation de la valse Lous esclops (Les sabots) puis de La Chanson des sept pays, créée en 1928 sur des paroles de Camille Gandilhon Gens-d’Armes, chroniqueur littéraire à L’Auvergnat de Paris, et une musique de Joseph Canteloube, musicien et directeur artistique de La Bourrée (Recueil de La Bourrée, 4e édition, p.16-18). Chaque couplet célèbre tour à tour les attraits de la Basse et Haute-Auvergne, du Gévaudan, Limousin, Quercy, Rouergue et Velay, noms des « anciens pays » correspondant aux départements intégrés à l’amicale.
Quel meilleur moyen de conclure, pour ces Auvergnats du Nord, que d’exalter leur solidarité sans frontières à travers ce refrain :
« Des bords du Lot à la Limagne,
De Brive au Puy,
Nous sommes fils de la Montagne ;
Et loin des puys,
Nous sentant frères,
Nous écoutons la voix du sang
Et nous chantons d’un même accent
Nos vieilles terres. »
 

 

samedi 18 mai 2024

Le dernier cornemuseux en Flandre ?

mise en ligne le 30/7/2014
mise à jour le 12/2/2021 : ajout du décès de G Dilly, et nouveau lien bio Langlade BNF
mise à jour le 18/5/2024 : une autre version de l'aveugle de Dilly


Hubert Boone, dans son dernier livre sur La tradition de la cornemuse en Belgique nous fait découvrir l'existence d'un tableau de Georges Dilly :


Au pays flamand, l'aveugle 
collection personnelle

Ce tableau est exposé au salon de 1909, mais il n'est pas parvenu à en retrouver le lieu de conservation, il nous est connu grâce à cette carte postale. Par contre j'ai une hypothèse pour la localisation de cette scène de marché ; la tour que l'on aperçoit au fond, ressemble beaucoup à l'église St Nicolas, à Furnes. Il y a plusieurs places de marché autour de cette église : le marché au bétail, le marché au bois et le vieux marché qui ont toutes en arrière plan cette tour.

En 1906 ce peintre a obtenu à Lille le prix WICAR pour son tableau Dernière heure en Flandre :

Dernière heure en Flandre
collection personnelle

Ce prix lui permet de séjourner à Rome durant quatre années, il est domicilié 7, via del Vantaggio. Il reçoit également une bourse de voyage de l'Etat avec laquelle il visitera la Belgique et la Hollande.

On connait de lui une autre représentation d'un musicien, un accordéoniste, exposée au salon de 1908 :

Au bord d'un quai en Flandre
carte postale, collection personnelle

Peut-être s'agit-il du tableau conservé au musée de Philadelphie sous le titre Le joueur d'accordéon, à moins que ce soit un autre tableau sur le même sujet. (cf Emile Langlade)


Georges H. Dilly, auto-portrait 1909
publié dans le Nord Illustré, mars 1910
Georges Hippolyte DILLY est né à Lille le 16 juin 1874 dans la rue de La Bassée. Il est le fils d'Emile Eugène, peintre décorateur et Mathilde Flore Hennion, tous les deux nés à Lille. Son grand-père, Jean Baptiste, était ouvrier aux tabacs, époux d'une journalière, Emélie Ghesquières. Le père de Georges, décorateur de plafonds (théâtre et châteaux), lui communique très tôt sa passion pour la peinture. Georges s'inscrit à l'école Catholique des Arts et Métiers, située au bout de la rue de La Bassée, puis son père le fait rentrer à l'atelier du peintre Pharaon De Winter à l'école des Beaux Arts de Lille, où il obtient le premier prix de dessin et le premier prix de peinture de sa promotion. Encouragé par son maître et soutenu par ses parents il part pour la capitale et entre à l'école Nationale de Paris. Sa fiche matricule militaire mentionne deux adresses : en 1897 il est 58, rue de Rennes, puis en 1898 4, rue de la Grande Chaumière. Son atelier de peinture, situé rue Denfert Rochereau, est accolé à celui du sculpteur Belmondo. En 1899 il s'inscrit au Salon des Artistes Français et y obtient une médaille d'or. Après de nombreux succès il se présente hors concours aux expositions internationales de Gand en 1906, Rome en 1907 et en 1910 à Londres et Tourcoing. Entre temps il est retourné à Lille, car il signale son déménagement à l'autorité militaire le 15 juillet 1899 au 24 rue des Ponts de Comines.
Ceci pour situer le contexte de cette période pendant laquelle le peintre s'est intéressé aux musiciens populaires. La suite est dans la petite biographie écrite par Marc Wallerand.
Il est mort à Châtel-Guyon (63) le 2 mai 1941, villa La Ruche, route de Chazeron, chez sa nièce et filleule Georgette Aldebert.

Christian Declerck

source : Marc Wallerand, Georges Dilly, un peintre flamand, Chabeuil, 2003, 48 pages


*****
Paul Ranson a publié sur son site des Muchosas un résumé récent de ses recherches sur cette cornemuse et ces cousines régionales. Il a découvert, en 2022, un tableau inconnu de G.-H. DILLY qui avait été vendu (230 €) l'année précédente sur un site d'enchères allemand. Ce tableau représente le même cornemuseux aveugle, seul, dans la rue d'un village, mais sa cornemuse est différente, elle n'a qu'un seul bourdon sur l'épaule, ce qui d'après lui la rapproche fortement de la cornemuse wallonne, la Muchosa. Merci à lui de m'avoir fait parvenir la photo de ce tableau qui, hélas, n'a pas enrichi une collection publique.





pour compléter : cette biographie, par Emile Langlade, parue dans les années 1920, où l'on apprend que Georges Dilly était aussi musicien.




et cet article paru dans le Nord Illustré de mars 1910

 



vendredi 18 août 2023

P.-F. Muselet, cornemuseux du Boulonnais

mis en ligne le 14/12/2009
mise à jour le 18/8/2023




Pierre-François Muselet, cornemuseux du Boulonnais (1835-1915)

J’ai appris l’existence de Pierre François Muselet de mon grand-père maternel [Louis COUVOIS] qui me raconta un jour que son propre grand-père avait exercé, entre autres, le métier de berger et qu’il jouait de la cornemuse (mon grand-père appelait ça un "biniou"). C’est ainsi que j’ai appris avec stupéfaction que j’avais un ancêtre cornemuseux ! Après cette révélation je restai sur ma faim. Une visite à l’une des sœurs de mon grand-père me permit d’en savoir un peu plus.
J’ai bien dit "un peu" plus, ceux qui me voyaient déjà révéler l’existence d’un instrument complet en état de marche avec tout un répertoire soigneusement noté sur un carnet seront déçus ! Ce ne sont que quelques souvenirs de famille, mais ils confirment la pratique de la cornemuse dans le Boulonnais et le lien qui existait avec le métier de berger.
Pierre-François Muselet est né à Equihen (alors commune d’Outreau) le 23 novembre 1835. Durant sa vie il a pratiqué de nombreux métiers, non pas successivement, mais simultanément, selon les saisons et les occasions. Berger (une ferme située près de la fourche des routes d’Outreau et du Portel possédait des moutons), il savait aussi tondre les moutons et offrait ses services dans de nombreuses fermes, jusqu’au-delà de la Liane. Un jour, en revenant de tonte, il est même, paraît-il, tombé dans la rivière. Cette anecdote me fut racontée sur un ton entendu qui suggérait que notre berger n’était pas totalement sobre.
Son principal métier semble avoir été cordonnier et il proposait ses services un peu partout. Il savait également rempailler les chaises et occasionnellement, l’hiver, allait en mer pêcher le hareng. Pendant 35 des dernières années de sa vie il fut bedaud et faisait aussi office de fossoyeur.
Lorsqu’il était berger il jouait de la cornemuse et ma grand-tante se rappelle bien avoir entendu mentionner le terme de pipossa* dans sa famille. Il jouait entre autres pendant la messe de minuit avec d'autres bergers. Cela devait se passer dans les années 1860, puisqu’on sait que c’est la période pendant laquelle il a été berger, sans pouvoir donner plus de précisions.
Il y avait sur la place d’Equihen un débit de tabac tenu par un certain Fourquet à la réputation d’alcoolique. Ce Fourquet invitait souvent Pierre-François Muselet à venir jouer dans son café en échange d’un coup à boire. Ce que n’appréciait pas sa femme [Sophie Eléonore CAZIN], si bien qu’un jour, lassée de ces beuveries ; elle perça le sac de sa cornemuse pour qu’il ne puisse donc plus se faire inviter au café. Elle lui fit croire, dit-on, que c’était une souris qui avait fait le coup, mais il ne fut pas dupe ! Étant cordonnier il aurait bien pu réparer le sac, mais à partir d’ici l’histoire ne mentionne plus de cornemuse. Peut-être a-t-il préféré arrêter de jouer pour éviter d’autres scènes de ménage. Tant mieux pour son couple, tant pis pour nous qui recherchons les traces de cet instrument. Bref, à partir de ce jour, on ne sait plus rien de la cornemuse de grand-père Muselet. Personne n’a pu me dire ce qu’elle était devenue.

Patrice Gilbert (décembre 1992)

[Pierre François Muselet est décédé à Outreau (quartier d'Equihen) le 7 novembre 1915] généalogie


*Pipossa (pipe au sac) : Cornemuse des bergers boulonnais. Les bons joueurs de cet instrument deviennent rares. Autrefois, lors de la Saint-Jean d'été, à l'époque de la tondison des brebis, tous les bergers d'un village et des environs se réunissaient et formaient une espèce de concours où l'on pouvait juger le plus habile sonneur de pipossa.
In Curiosités de l'histoire du Pays Boulonnais, Ernest Deseille, 1884





Extrait de : Le patois Boulonnais comparé avec les patois du Nord de la France, par le chanoine Haigneré, paru dans les Mémoires de la Société Académique de l'arrondissement de Boulogne sur Mer en 1903


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En complément voici peut-être une piste sur un facteur de cornemuse ?
J'ai relevé le mariage de Pierre Marie Augustin BOUCHEZ, né à Desvres le 13 décembre 1805, il épouse Marie Josèphe Rosalie CROQUELOIS à Boulogne sur Mer le 29 avril 1830 et il déclare la profession de "tourneur luthier". Je n'ai pas trouvé de descendance, il est mort à Boulogne en 1887, 6 rue Damrémont, il est dit mécanicien. Son épouse était décédée l'année précédente 1 rue du Lalot. C.D.

mardi 8 mars 2022

Bouscatel à Dunkerque

mise à jour le 5/3/2022 : ajout d'un article, une photo et un lien
mise à jour 16/9/2021 : ajout d'un lien vers la collection d'Eric Montbel
mise à jour 11 septembre 2019 : ajout d'une référence La Musette
mise en ligne : 2 mars 2016
 
source : Du bouge au conservatoire

Le musicien populaire est en visite chez les bourgeois dunkerquois comme en témoigne ces trois extraits de presse.

Le Nord Maritime
2 juillet 1912 : « Le banquet de la Musette – Il y a un an, les originaires du Massif Central, inauguraient par un magnifique banquet la fondation de leur société La Musette. Depuis le groupement a prospéré et le deuxième dîner de la Musette qui a eu lieu hier soir, dans les salons du casino, réunissait de nombreux invités. Autour de M. Bonhoure, sous préfet, qui avait accepté de présider cette fête […] Etienne Monnet*, président ; Boutaric, vice-président ; Bussière, secrétaire et Jallat, trésorier de la Musette […]. On entendit ensuite un virtuose jouer sur la musette des airs populaires d’Auvergne, l’orchestre du Casino exécuta la Ronde de la Musette de M. Burgairolles**, Mlle Jane Colombel la délicieuse divette détailla quelques chansons de son joli répertoire et M. Vaquier acheva de provoquer l’hilarité de l’assistance. Des invités ont encore chanté et dansé la Bourrée. Bref ce fut parfait »

collection personnelle


Compte-rendu plus précis "au pays" :
La Semaine Auvergnate (Archives du Cantal)
11 juillet 1912 : « […] c’est cette progression rapide [des membres] qui était fêtée dans un second banquet qui eut lieu au Casino de Malo les Bains, sous la présidence de M. Bonhoure, sous préfet, ancien secrétaire général du département du Puy de Dôme. Au côté de M. Bonhoure et de M. Etienne Monnet, l’aimable président de la Société, nous avons remarqué M. Terquem, maire de Dunkerque, les représentants de la Musette de Paris, Amédée Bussière, le sympathique secrétaire particulier du sous préfet de Dunkerque […]. Un virtuose, M. Bouscatel, joua sur une musette, durant le repas, des airs populaires d’Auvergne. […] M. Espinasse chanta en patois ; M. Tête se fit applaudir dans plusieurs chansonnette ; Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette, charma l’assistance, et M. Vaquier, le désopilant comique du Casino, provoqua son hilarité. Cette belle fête ne se termina que très tard dans la nuit, sur des airs de bourrées dansées élégamment par nos compatriotes. »

Merci à Olivier Durif de m'avoir communiqué ce document

Merci également à Agnès Unterberger pour deux articles complémentaires parus les 27 mars et le 3 juillet 1913 dans le même journal.
"Dans les salons du Café Franco-Russe [qui devint la Taverne Charles], la Musette de Dunkerque avait convié ses membres honoraires et actifs à une Poule d'Honneur offerte par son président M. Jalenques" sans mention de chants ni de cabrette en mars, mais on cite la présence de M. Eugène Lintilhac, sénateur du Cantal, en juillet "Point n'est besoin de dire avec quel charme vigoureux M. Lintilhac a glorifié sa chère Auvergne et avec quelle délicatesse il a remercié les amis dunkerquois de ses concitoyens. […] Et la fête s'est terminée par des chants. M. Lintyilhac a tenu le rôle de barde arverne et d'une voix vibrante a traduit magnifiquement le chant du pâtre qui enchante les solitudes du Massif […]"

Agnès me précise : "On peut écouter la "voix vibrante" d'Eugène Lintilhac sur un disque des Archives de la Parole (I.84), consultable en ligne sur Gallica-BnF. Cet enregistrement en "patois d'Auvergne" avait été réalisé un an plus tôt à Paris à la Sorbonne, le 2 juillet 1912, dans le cadre du projet du linguiste Ferdinand Brunot."


au pied du beffroi
la Taverne Franco-Russe


La Musette, revue artistique et littéraire des originaires du Massif central
Juillet-août-septembre 1912
[…] Le banquet est terminé, mais qu'entends-je ? Quelle émotion étreint tous les cœurs ! Des yeux se mouillent. Ces yeux étincellent. Quelle douce musique se fait entendre qui rappelle les libres espaces, les grandioses paysages des volcans morts et des sapins funèbres ! Au pays des carillons, c'est la musette, la douce musette de nos bergers qui vient demander droit de cité. Alors, c'est du délire, tout est oublié, le sérieux des situations, la gravité des fonctions et tout le monde danse la bourrée et l'auvergnate, martelées par le grand musettiste qu'est M. Bouscatel. N'a-t-on point même chanté en patois ? 
Enfin, Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette et M. Vaquier, le comique impayable du Casino, viennent clore cette fête qui fut en tous points cordiale et magnifique. Un Vieux Clermontois.


* Etienne Jean MONNET (1880-1926) et Léon Etienne MONNET (1886-1961), directeurs du Casino de Malo les Bains, sont nés à Clermont-Ferrant

** Georges BURGAIROLLES  (1856-1939)
Fils de Guillaume Auguste, officier d’administration, et petit-fils d’un contrebassiste apparenté à la famille de musiciens et chefs d’orchestre parisiens ARTUS. Il est chef d’orchestre au théâtre des Bouffes du Nord (1888) et aux Folies Parisiennes (1893) à Paris. De 1896 à 1913 il dirige l’orchestre du Théâtre-Concert des Variétés à Lille et, durant la saison balnéaire, l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains, dont il est aussi le directeur artistique. Très apprécié  à Dunkerque comme le précise la revue Paris Musical et Dramatique de 1906 : « Parmi les Casinos qui promettent d'offrir le plus d'attraction cette année, citons celui de Malo-les-Bains. Du reste, le nom de M. Burgairolles est à lui seul une garantie du succès, M. Burgairolles n'est pas, en effet, seulement un chef d'orchestre remarquable, mais il a au suprême degré ce que l'on peut appeler l'intelligence artistique et sait donner aux programmes un attrait vraiment surprenant, et plus que jamais les baigneurs de Malo-les-Bains trouveront cette année les distractions les plus variées. » Pendant son séjour il compose Jean-Bart (1906), marche et en 1912 La Ronde de la Musette, marche dédiée à l’association éponyme regroupant les Auvergnats de Dunkerque. Après la guerre, en 1920, il reprend la direction de l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains : « Le Kursaal n'étant plus utilisable, on songe à le reconstruire pour l'année prochaine. Le Casino, très fortement endommagé, a néanmoins ouvert ses portes. La superbe salle de spectacles, de même que les salons de jeux, sont très fréquentés. On applaudit en ce moment les vedettes parisiennes de nos meilleurs music-halls, qui sont renouvelées chaque vendredi. La direction a traité avec les tournées théâtrales les plus en vogue, à raison de deux par semaine. Un orchestre comprenant, entre autres musiciens, les solistes des Concerts Pasdeloup et de Monte-Carlo, sous la direction de M. Burgairolles, directeur artistique, donne des auditions très goûtées. ». C.D.

[extrait du Dictionnaire Biographique Dunkerquois, SDHA, 2015]


une page consacrée au roi de la cabrette

trois enregistrements de "musique ethnique" comme ils disent à la BNF

une émission sur France culture

Clément Bonhoure, sous-préfet, né à Limoges













samedi 19 février 2022

La planche n°14

Dans les années 1980, Patrick Delaval a entrepris un travail musicologique d'envergure. La publication sous forme de planches iconographiques, du résultat de ses recherches sur les instruments de musique populaire à travers les siècles.

Ces planches, tirées sur vélin pur chiffon, sont dessinées d'après des gravures d'époque, documents photographiques, etc. Elles représentent une tentative de regroupement visuel de nombreux modèles d'instruments, très souvent éparpillés d'ouvrage en ouvrage, et parfois même, négligés selon les auteurs. D'autre part, ce regroupement systématique du plus grand nombre de modèles possible dans un même type permet de déterminer la fréquence de tel instruments par rapport à tel autre. En conséquence, le classement organologique s'en trouve parfois modifié, telle la cornemuse qui, par sa variété, représente à elle seule, une catégorie très importante.
Le dessin à l'encre a été choisi car il permet une clarification de documents souvent flous, ainsi que la suppression d'ombres propres ou portées qui nuisent à la bonne compréhension de l'instrument. Néanmoins, dans le cas de gravures anciennes, le graphisme d'origine a été respecté, ainsi que la disposition de l'instrument dans l'œuvre, ce qui explique que certains dessins soient présentés en biais, ou tête-bêche, par exemple.

Parmi ces planches (280 sont annoncées ! et d'autres sont en préparation) on trouve LA planche n°14 qui nous concerne plus particulièrement. Intitulée Mouchafou ou Moezelzack, zone linguistique picarde et anciens Pays-Bas, elle nous présente ses recherches sur la cornemuse locale et les liens avec celles des régions frontalières.
Certains d'entre vous ont sans doute acheté cette planche (combien l'ont conservée ?) et qui sait où il a rangé le texte d'accompagnement, riche d'informations inédites ? A la faveur d'un rangement, je viens de retrouver le mien et je vous en livre le contenu : 
"Mouchafou (muse au sac, muschosa, piposa, etc.), Moezelzak (moechasak, moezelken, muzelken, etc.). Ce double titre (Picard et Flamand) désigne une cornemuse qui se rattache au groupe des cornemuses françaises par son petit bourdon parallèle au chalumeau, mais dont les seuls exemplaires retrouvés à ce jour proviennent de Belgique. La piposo pratiquée au moins jusqu'au début du XIXe siècle en Artois appartenait-elle au même type d'instruments ? l'avenir et les recherches en cours nous le diront.
Mis à part le dessin n°1, ces cornemuses possèdent en commun deux détails organologiques très évidents, qui ne sont pas sans rappeler la chabrette limousine : un pavillon amovible au chalumeau, et une section centrale de grand bourdon très fine, faisant plutôt office de raccord entre les deux principaux segments, comme la conelha de la chabrette.
Curieusement, les exemplaires qui ont survécu semblent tous avoir été construits pour des gauchers, tout du moins l'arrangement chalumeau/petit bourdon qui est inversé par rapport à la disposition habituelle ; paradoxalement c'est cet arrangement traditionnel qui apparaît sur le document représentant Alphonse GHEUX. De nombreux types de cornemuses ont existé dans cette région, mais aucun autre modèle semble n'avoir survécu. On trouvera leur description dans le chapitre "Histoire".

  • 1) Cornemuse Picarde, musée de Bruxelles, cote M1. Il s'agit ici d'un modèle différent des suivants, en cela qu'il se rapproche des modèles classiques français, surtout dans la conception du grand bourdon, dont les trois sections de même tournage augmentent progressivement de taille vers l'extrémité. Malgré cela, cette cornemuse peut représenter un type particulier ayant existé au Nord, par certains détails comme la frange, le boitier sculpté, la manière de tournage, le pavillon amovible. A noter l'extrémité de ce pavillon en résonnateur, caractéristique rencontrée surtout dans les bourdons de cornemuses celtes.




  • 2) Cette photo d'Alphonse GHEUX (berger né à Saint Sauveur en 1850, mort en 1936 à Arc Ainières), prise vers 1882, pose le problème de la plupart des documents de cette époque : une grande imprécision dans les détails, source d'erreur accentuée par la présence de retouches. Dans le cas présent, le dessin a été réalisé après suppression de la retouche grâce à Rémi DUBOIS. Cet artifice supprimait le boitier et prolongeait le petit bourdon jusqu'à l'extrémité du chalumeau ! On remarquera que le grand bourdon possède la fine petite section centrale si caractéristique.




  • 3 et 4) Retrouvée à Escanafle, dans le Nord-Hainaut, par Rémi DUBOIS, cette cornemuse présente les caractéristiques communes aux n°2, 6 et 7, mais semble d'une facture beaucoup plus rustique, particulièrement dans la décoration du grand bourdon, très peu tourné mais sculpté à la gouge. La dernière section est ornée d'une église et de lettres et chiffres en pointillé. Un élément rare : le boitier sculpté en tête de bélier, dont on ne trouve l'équivalent à l'heure actuelle qu'en Europe Centrale. (Elle se trouve également au musée de Bruxelles)






  • 5) Ce boitier, que l'on a pu observer lors de l'exposition du Musée des A. T. P. L'instrument de musique populaire, usages et symbole figure dans cette planche car il présente certaines affinités avec les cornemuses traitées ici. Certes, les boitiers sculptés sont rares, mais la cornemuse 3-4 en est un autre exemple. D'autres part les coins à pans (ici en zig-zag), la frange, et le fait que cette frange ne provient peut-être pas de la poche, mais est sans doute rajoutée (comme sur le n°6 et peut-être le n°2) incite à penser qu'il s'agit ici d'un boitier picard ou flamand. (Paris, Musée des Arts et Traditions Populaires, n°58.57.21) [plus d'infos à propos de ce boitier ICI]



  • 6 et 7) Ces deux cornemuses, toutes deux au musée de Bruxelles, sont pratiquement identiques, et sans doute du même luthier. Elle semblent avoir été construites pour des gauchers, à moins que la position des mains fût inversée sous nos latitudes… Sur le n°6, la frange est rajoutée, et l'on note une bague de corne au grand bourdon. Le n°7 a la poche manquante. Les deux boitiers sont décorés d'étoiles gravées en creux.





  • 8) Cette reconstruction est l'œuvre de Rémi DUBOIS, luthier à Verviers, près de Liège, qui réalise de magnifiques cornemuses et que je remercie pour son son aide, ses documents et ses conseils dans l'élaboration de cette planche.




Patrick DELAVAL




Une présentation de cette planche a déjà été publiée ICI