vendredi 15 mars 2019

Fête de Radio Uylenspiegel en 1988


photo : Christian Lebon


Une partie du concert du 10e anniversaire de la radio à Bollezeele en octobre 1988.

01 - L'oiseau migrateur (paroles et musique Jacques Yvart)
02 - Nous sommes en Flandre (paroles et musique Jacques Yvart)
03 - Anne Marie
04 - Den hoven
05 - Chanson de la côte (paroles et musique Jacques Yvart)
06 - Branle gay / Jan mynen man / Cuvée 83 (trad/trad/Christian Declerck)
07 - Fermoy lasses / Lady on the Island / Drowsy Maggie Reels
08 - Land en zeeman
09 - Hoe vrolyk is 't op zee te waeren
10 - Daer was e kee e meisje loos
11 - Matelotte de Vandembrille
12 - Reys naer Island
13 - Zeemansleven
14 - Pot pourri de chansons flamandes
15 - Matelotte de Dupont

télécharger ICI

Gérald, Jacques, Klerktje, Joël, Catherine et Christian
en concert en 1994

Christian Declerck : violon
Raymond Declerck, dit Klerktje : harmonica, chant
Catherine Delavier : flûte traversière, cornemuse
Joël Devos : clarinette, guitare, chant
Gérald Ryckeboer : cornemuses, bouzouki, chant
Jacques Yvart : guitare, percussion, chant



un extrait : Nous sommes en flandre





Jacques Yvart et Klerktje






samedi 9 mars 2019

Roubaix qui danse

Dominique, Philémon et Cie 

chromolithographie : Manicour (A. Desrousseaux)
Collection personnelle
Ce n'est pas dans les salons aristocratiques du Cercle du Commerce, ni dans ceux des splendides hôtels du boulevard de Paris que j'ai l'intention de conduire mes bienveillants lecteurs ; j'estime que l'étiquette qui règne dans ces réunions ne fournirait à ma chronique qu'un médiocre élément d'intérêt. Chez Dominique, où je vais vous faire entrer, on se bouscule un peu, on gambade sans souci de chiffonner son plastron, et, plus souvent peut-être que de raison, on embrasse sa danseuse, qui, d'ailleurs, ne s'en plaint pas. 
La clôture des bals d'hiver m'a inspiré l’idée d'une causerie sur la danse à Roubaix, et je vous la donne. Est-ce bien ou plutôt est-ce encore la grisette chère au cœur de Paul de Kock, qu’on rencontre chez Dominique, et en sommes-nous toujours au temps où une robe de laine de 3 fr. 50 était considérée comme un cadeau princier, à l'époque où, à la suite d'un frugal souper, on s'en allait, bras dessus bras dessous, à la ducasse du Noir-Bonnet ou à toute autre, pour revenir bien éreinté, « mais le cœur à l’aise », après avoir bravement dansé aux accords dissonants d'un piston criard et d'une clarinette en fausset ? Mon Dieu, à présent, la robe est encore acceptée, et avec reconnaissance, n'en doutez pas, et on va bien encore au Noir-Bonnet ; mais la pimpante piqûrière, la grisette des Roubaisiens, est quelque peu devenue la femme « paroistre », comme disait le vieux Montaigne, et les jeunes gens d'aujourd'hui veulent avoir au bras une femme qui les flatte. Ce sont eux qui changent les allures des grisettes naïves du temps jadis.
Il y a deux ans, je vous signalais déjà cette métamorphose. Ont-il tort les jeunes gens je n'en sais rien; ils ne sont peut-être ni meilleurs ni pires que leurs devanciers, ils sont autres, voilà tout, et s'ils me suggèrent des réflexions quelque peu amères, c'est sans doute que ma montre retarde un peu sur la leur : ainsi va le monde.
L'histoire de la danse n'est pas dans mon cadre, vous le comprendrez ; et s'il y a, comme on le prétend, près de dix siècles qu'on saute en France au son de la musique, je serais fort embarrassé de rechercher dans les archives de ma ville natale, si mes aïeux dansaient le menuet, la tarentelle ou tout autre pas. Je veux tout bonnement vous donner une simple idée de ce que sont, à Roubaix, les bals où l'on s'amuse. 
Je glisse rapidement sur les bals des sociétés ; celui du Dauphin est un des plus fêtés, et on sait que le Dauphin remplace l'ancien cabaret des Trois-Tulipes, où l'on dansait beaucoup aussi, à l'heure où Beaurepaire, votre serviteur, était encore pour de beaux jours dans les choux rouges ; le bal du Palais, au Pile, où se réunissaient surtout les fermiers, il y a un demi-siècle ; le bal du Galon-d'Eau, très couru encore il y a vingt ans, et d'autres et d’autres…
Je n'apprendrai rien aux Roubaisiens en leur rappelant les fameux bals à sabots qui se donnaient dans la grande salle des Arts, à l'angle des rues des Arts et des Fleurs : sabots mignons, festonnés, guillochés, sabots enrubannés, de toutes nuances et de toutes tailles, depuis les sabots-bottes des teinturiers jusqu’à la légère feuille de bois coquettement tournée et découvrant une fine cheville et un joli bas de jambe. Le drôle de clic-clac que sonnait cette orgie de sabots dansant un pittoresque quadrille ! Inutile d'ajouter qu'il y avait des Médailles et des bouquets pour les sabots qu’un jury compétent — jury de sabotiers ou jury de danseurs ? — jugeait les plus ornés, les plus artistiques ou les plus originaux. Cette coutume est à peu près tombée en désuétude.


Collection personnelle
La valse flamande, au rythme grave et cadencé, est encore en honneur dans certains rares estaminets, le dimanche soir : les danseurs se meuvent lentement, mais avec une régularité automatique, les mains sur les épaules de leurs, danseuses. L’accompagnement orchestral se compose, ici, d'un piano, là, et c’est plus souvent le cas, d'un accordéon aux miaulements langoureusement plaintifs, tandis que les pas des couples glissent en cadence sur le parquet enduit de sable. Les vieux, qui font galerie, sucent gravement le saucisson noir de Gand ou l'odorant stockfisch.

Vous souvenez-vous de l'Alcazar, ce grand bâtiment si triste qui se voit encore à l’angle des rues de Lannoy et des Longues-Haies ? Il y a vingt ans, la danse y valait un sou, et les Flamands formaient le principal contingent du bal. Je vous parlerai aussi pour mémoire du Carillon de Dunkerque, qui était la concurrence, inférieure d'ailleurs, de l’Alcazar. Malheureux Alcazar, il en a vu de toutes les couleurs. Il a servi de salle de réunions, de café-concert, de salle de danse, et voilà qu'on vient de lui donner une affectation moins frivole : il abrite des chers frères. Quantum mutatus !
Où l'on dansait encore ? Mais partout, mes bons amis : On dansait au Pré-Catelan, bals souscrits à 2 fr. 50 par couple, bière à volonté au Chinois ; à la Ville-de-Bradford, bals gratuits au piano ; au Blanc-Four, rue de Lannoy ; au Calvaire, bal Delerue, actuellement Lepoutre ; à l'Empereur, rue de la Lys ; aux Armes-de-Gand, rue de Lannoy ; au Cœur-Joyeux, le jour de « l'ducasse à pourcheaux » alors que le Trichon était encore peu ou point bâti ; à l'Alouette; à l'Estaminet-Lillois, mais cette énumération me mènerait loin…
Vous parlerai-je des Champs-Elysées, et des nombreux autres bals qui se donnent un peu partout ? Non, car je n'en finirais plus. Je mentionnerai pourtant les bals socialistes de la rue Vallon, et ceux du Bas-Rouge, où nos terribles anarchistes oublient pour quelques heures leurs fougueuses doctrines, pour accorder l'accolade fraternelle aux citoyennes, lesquelles ne sont mie coiffées du bonnet phrygien, comme vous pourriez vous le figurer. Encore vous citerai-je, au hasard des souvenirs, Ma Campagne, la Ducquenie, le Veau-d'Or, dont l'ancienne gloire — dérisoire, si vous voulez parler comme dans Faust — a été il y a deux ans la proie des démolisseurs, mais qui est rebâti — le Veau-d'Or est toujours debout ! — et d'autres encore, par boisseaux ! Qui donc a dit qu'on ne s'amuse pas à Roubaix ?...
On y danse encore sur l'herbette, mais les villages des environs auront bientôt le monopole de ces amusements, qui ont leur saveur spéciale. Que n'a-t-on dit et écrit des bals champêtres ? Le sujet n'a-t-il pas été le thème de tous les rimeurs ? Les mirlitons sont pleins d'herbette, de coudrette, de fillette, de frais gazons, de clairs ruisseaux et d'épais bocages.
Mais il y a chez nous un nom dans lequel est pour ainsi dire incarné l'art chorégraphique. Le non de Dominique Rousseau évoque la mémoire des Roubaisiens un souvenir, d'ailleurs assez récent, que le temps n'est pas près d'effacer. Ce brave père Dominique, il me semble le voir encore, à la Sainte-Union, à la Sagesse, au Collège, avec son petit crin-crin, tout petit  comme lui, — nous morigénant, faisant son cours en conscience, nous donnant, de son archet, de petits coups secs sur les jarrets, qu'obstinément nous tenions raides, tandis qu'il les fallait plier un tantinet ; mais allez demander d'être gracieux aux gavroches de dix à douze ans, que nous étions. Nous ne cherchions qu'à fourrer des souris crevées dans sa boite à violon, et alors ce qu'il était furieux, le bon père Dominique ! Cet âge est sans pitié, le fabuliste avait raison.


Collection personnelle
Très estimé à Roubaix, reçu comme professeur da danse et de maintien dans toutes les grandes familles, Dominique Rousseau dansa la polka sur la scène du Grand-Théâtre de Lille, en 1848. avec un Lillois du nom de Dervaux. On en parla beaucoup, car c'était la première fois que cette danse — importée de Pologne en France trois ans auparavant seulement  était exécutée dans notre  région. Ce fut une révélation. On sait la vogue qu'obtint depuis lors la polka : ceux-là même qui sont les plus réfractaires à l'art chorégraphique, connaissent au moins les deux temps qui la caractérisent, et savent la danser. C’est l'alpha de l'art. Il y a trente ans, il ouvrit sa grande salle de danse de la rue de l'Alouette. Déjà dans plusieurs correspondances j'ai tâché de vous donner une idée des bals Dominique, et je ne suis pas encore en âge de radoter. Une concurrence lui vient en ce moment : les bals Philémon, rue Pierre-Motte, qui font salle comble tous les dimanches. Mais est-ce bien une concurrence ? Non, car il y a bien assez de danseurs à Roubaix et un bal de plus ou de moins n’est pas fait pour compromettre le succès des autres. Donc, Dominique for ever.
Les professeurs de danse les plus connus des Roubaisiens sont morts : Dominique Rousseau, depuis quinze ans, Clarisse, bien auparavant encore ; Wueghs, un Lillois ; J. B. Catteau, et quelques autres, tous sont morts. Il n'y a plus de professeur de danse connu à Roubaix, mais l'œuvre des Dominique et autres n’est pas près de tomber, et les mollets des jeunes filles frétilleront toujours à l'évocation magique d'une sauterie sans façon.

BEAUREPAIRE.

source: Le Grand Écho du Nord et du Pas de Calais, 29 mai 1891 (Gallica)

*****

Dominique ROUSSEAUX est né à Lille en 1804, il est le fils de Dominique, fripier, originaire de Willems (59) et Rosalie ROUSSELLE née à Ascq (59). Il épouse Catherine COGET à Roubaix en 1876, elle a 23 ans, née à Orchies, elle est repasseuse. Dominique, artiste chorégraphe, meurt en 1876, son épouse continuera de gérer la salle qui sert à toutes sortes de manifestations : bals, réunions politiques, combats de coq, etc. Cette salle devient après guerre un magasin de meubles, Au Bon Génie.




mardi 5 mars 2019

La naissance du P'tit Quinquin


Voulez-vous savoir comment naquit le P'tit Quinquin ? En 1853, Desrousseaux habitait avec sa mère dans la cour dont le nom scandalise aujourd'hui quelques raffinés, la cour Jeannette-à-Vaques. Sa proche voisine était une dentellière. Un soir, afin de terminer son travail, elle couche son enfant de bonne heure. Mais le petit bébé s'éveille, pleure et crie. La maman le prend sur ses genoux, lui promet des jouets, des friandises. Vains efforts et vaines promesses ! Et la nuit passe, le jour va venir. La pauvre femme ne pourra terminer la pièce attendue. Elle a une idée : elle menace son petit garçon du fouet de Saint Nicolas. Il a peur, cette fois, il se tait et s'endort… Et, pendant ce temps là, Desrousseaux est à sa fenêtre ; il écoute, il prend peut-être des notes. A coup sûr, il ne perd pas un mot de ce que dit la maman. Et, le lendemain, cette scène nocturne deviendra une ravissante berceuse. A. Desrousseaux a écrit, sous la dictée d'une femme du peuple, ces couplets de tendresse et de mélancolie exquises. […]

la cour Jeannette à Vaches
l'entrée est face à l'église Siant-Sauveur


Alexandre DESROUSSEAUX

[…] Son père, qui fut jadis un soldat de la République, se repose du maniement des armes avec l'archet des violoneux. Le brave homme est pauvre ; il doit mettre son jeune fils à l'apprentissage. Le premier patron est un tisserand, mais un tisserand qui ressemble au savetier de La Fontaine : il est fou de chansons, il en achète à tous les ménestrels de la rue. Parfois, on n'a que les paroles, la musique manque, et c'est le petit apprenti qui est chargé de l'improviser. Le second patron est tailleur en chambre, mais il fut jadis souffleur dans un théâtre. Accroupi sur la table, comme un pacha turc, il fredonne des airs d'opéra ou un couplet de Béranger. Et l'enfant écoute, répète ou va au refrain. Il grandit ainsi, l'oreille ouverte aux phrases musicales, aux roulades naïves du foyer et de l'atelier. A quinze ans, il savait tout juste lire et écrire ; mais la gamme n'avait plus de secrets pour lui.


De l'atelier, A. Desrousseaux ne fait qu'un pas dans la rue sonore et rieuse, qui restera son vrai domaine. En 1838, au carnaval de Lille, une voiture découverte roule sur les boulevards de Lille. Un groupe de compères costumés y chante à pleine tête des refrains nouveaux, écrits dans le patois local, accompagnées de mélodies simples, si bien appropriées à la langue qu'on se figure les savoirs de toujours. Un jeune homme, debout, bat la mesure et offre aux passants les feuilles imprimées. Le maître du chœur est A. Desrousseaux ; ces chansons sont sa première œuvre. Le poète est né et il se révèle, ce jour-là, tel qu'il sera toujours : le trouvère des fêtes populaires, un barde de plein air et de franche gaité, puisant à même la foule, sa langue, ses airs, ses sujets, et recueillant en retour cet enthousiasme mêlé d'affection dont nous portons mal le deuil sous nos froides ironies.
Le talent de Desrousseaux fut de rester fidèle à ses origines. Il était de Lille, il resta Lillois ; il était du peuple, il resta peuple. Il ne lui vint pas à l'idée qu'il pouvait apprendre la langue des académies et la prosodie des cénacles, qu'il devait abdiquer ses originalités primitives pour courir les risques d'une popularité banale, universelle. Son horizon était limité, il n'essaya point de le franchir ; son idiome n'était que la langue d'une ville, d'un quartier, il n'en voulut point d'autre, et, cinquante années durant, il mit sur les lèvres de ses concitoyens une chanson savoureuse qui peut-être ne se taira jamais. […]

le 18 septembre 1909

extrait de Ceux de chez nous, Constantin Lecigne (1864-1915)

Alexandre Desrousseaux a écrit une chanson sur l'histoire de son violon


En 1927, la chorale Desrousseaux interprète le P'tit Quinquin
pour Gaston Doumergue et Roger Salengro
devant l'église Saint Sauveur
collection personnelle





mercredi 27 février 2019

La voix d'André Biébuyck


collection particulière
C'est un enregistrement rare, découvert récemment par des amis, qui nous fait entendre la voix de ce régionaliste flamand. On sait, grâce à Jean Pascal Vanhove(1), son implication dans la société théâtrale l'Orphéon d'Hazebrouck dès 1906, mais on connait moins son action en faveur du folklore flamand dès les années 1930.

André Biébuyck a d'abord été un artiste, un chanteur comique. Sa première prestation relevée dans la presse(2) se fait à une fête de charité du collège de Cassel, en mars 1909, il est alors étudiant à la faculté de Lille, il y obtient sa licence de droit en 1911. En 1912 il se produit, avec Auguste Labbe, à une soirée littéraire et chantante de la société Les Fils des Trouvères. Cette société, fondée en 1890 par Alexandre Desrousseaux, Gustave Nadaud et Louis Debuire Dubuc, compte parmi ses membres la fine fleur des poètes lillois, dont les auteurs patoisants. André Biébuyck, élu au bureau du comité en 1913, comme directeur artistique, participe régulièrement aux soirées organisées par cette société très active.

Le Grand Echo du Nord, 7 août 1933
Au début des années 1930, André Biébuyck et Joseph Pattein composent plusieurs chansons régionales : La Chanson de la Dentellière, Chapelle en Flandre, La mort du Moulin, Dans la Houblonnière, C'est la Moisson et la Marche du Géant Roland. Ils écriront plus tard La Chanson de Tisje Tasje pour le carnaval d'Hazebrouck de 1947.

C'est en août 1933, au Congrès du Carillon Flamand, organisé par le Comité Flamand de France, qui se tient à Bourbourg, qu'André Biébuyck expose son projet de régionalisme sonore, ou pour employer une formule plus claire sur les possibilités d'enregistrement en disques phonographiques des vieux airs de chez nous. Il fait entendre aux congressistes le Reuzelied et La Marche du Géant Roland, un disque 78 tours qui vient de sortir chez La Voix de son Maître. Lors de la même journée on écoute aussi un disque de carillon enregistré à Malines par Jef Denijn, ainsi qu'un enregistrement du Pardon de Notre Dame de Folgöet en Bretagne.
En août 1937, au XIVe congrès du Comité Flamand de France, André Biébuyck présente un rapport sur la chanson flamande. Il n'y aura pas de suite, la guerre est proche et les choix politiques de certains de ses amis seront sans doute pour beaucoup dans l'abandon de ses projets. Il décède en 1954, son ami Joseph Pattein meurt cinq ans plus tard.

La seconde face de ce disque, Carnaval de Cassel, est une interprétation de la musique du Reuze, par l'orchestre  parisien d'Edouard Bervily-Itasse, le couplet en flamand est interprété par Robert Mysoot (1897-1977) chanteur de l'Orphéon d'Hazebrouck.

Christian Declerck

(1) Ce que racontent les rues d'Hazebrouck, p. 111









vendredi 22 février 2019

La dernière Gilde de Flandre


Dans un coin ignoré de la Flandre, dans un tout petit village, existe une très vieille société. Ce petit village, c'est Eecke, à quelques kilomètres d'Hazebrouck, et cette société c'est la Gilde. La Gilde, voilà un mot auquel nous ne sommes plus habitués, et qui nous reporte à plusieurs siècles en arrière.
Les gildes se constituèrent, en effet, aux XIVe et XVe siècles. C'étaient des sociétés littéraires, qui se consacraient spécialement à la composition ou à la représentation des pièces dramatiques, qu'on appelait mystères, moralités ou sotties, sous le nom de Chambres de Rhétorique. Il faudrait un volume pour en raconter l'histoire. Elles ont, d'ailleurs, toutes disparu ; les dernières, pendant le XIXe siècle. Une seule a survécu, celle d'Eecke.
Et il est intéressant, en notre siècle trépidant et agité, de rencontrer ces organismes aux formes surannées, ce spécimen encore vivant d'une espèce disparue. La gilde d'Eecke a près de quatre siècles d'existence. Les "rhétoriciens" de ce village reçurent leurs lettres d'agrégation de la société maîtresse d'Ypres, le 19 mai 1542, et furent dénommées "Verblyders in het' Cruys" (se réjouissant dans la croix). Leur bannière porte cette dénomination sous une forme curieuse. On y voit une croix, dans laquelle on peut lire "Verblyder" ; à gauche, un van ; à droite, un chêne. Ce qu'on pourrait prendre pour des objets symboliques est tout simplement un rébus. "Verblyders" se trouve "dans la croix" ; donc en flamand, "Verblyders in het' cruys". Le van se traduit Wan, qui signie également "de". Enfin, le chêne se dit "Eycke". En tout : "Verblyders in het' cruys van Eecke"

La gilde d'Eecke, à l'heure actuelle, comprend une trentaine de membres. Elle a à sa tête un "prince", un "doyen" et un "gouverneur" ; ces titres sont plutôt honorifiques, car leur rôle se borne à fort peu de chose. Ils président les réunions qui ont lieu cinq fois par an, à des dates déterminées par de très anciens statuts ; le dimanche avant le jour de sainte Dorothée, le 3e jour de mai, le jour du Saint Sacrement, le jour de l'Assomption, le mercredi de la kermesse. Ces réunions ont lieu au siège de la Société, à la "Chambre de rhétorique". C'est une modeste salle au premier étage de l'estaminet de la Maison Commune. Les murs, blanchis à la chaux, s'adornent de cadres où jaunissent lentement, sous le verre, les discours prononcés sur la tombe des anciens présidents. Au bout de la table, trois fauteuils de chêne sculpté, garnis de cuir et de clous de cuivre. C'est là que siègent le prince, le doyen et le gouverneur, aux jours d'assemblée. Ces jours-là, tous les "confrères rhétoriciens" assistent à une messe célébrée à leur intention. On peut les voir se rendant, de bon matin, à l'église, en file indienne, gravement, précédés du porte-bannière. Ceux-ci ont conservé d'un costume qui fut autrefois luxueux, un bicorne agrémenté d'un majestueux plumet blanc. Et rien n'est plus curieux que le défilé en monôme, dans le brouillard matinal, de ces braves gens, qui ont l'air accomplir un rite sacré.
Après la messe, les "rhétoriciens" s'en vont à leurs occupations journalières et se retrouvent, à trois heures, à la "Maison Commune". Alors commencent les "divertissements". On joue aux cartes ou aux boules. L'enjeu est fixé statutairement à un sou la partie. Nous sommes loin du baccarat ou du poker. A six heures, les jeux cessent. Les "gildebrœders" se rendent à la salle qui leur est réservée. C'est ici qu'apparaissent les amusements… littéraires. Je me suis laissé conter qu'il y avait autrefois d'excellents poètes à la gilde. Leurs œuvres, conservées dans les archives, après des aventures variées, ont fini par disparaître. Il n'y a plus de compositeurs aujourd'hui. Les vieux chantent les chansons qu'ils ont apprises dans leur jeunesse, de vieux lieds flamands aux airs doux et mélancoliques. Quant aux jeunes, on tolère qu'ils chantent en français, chose qui était strictement défendues, il y a quelques années encore. La "Valse brune" et la "Baya" remplace "l'Histoire des deux enfant de roi" et la "Légende du Reuze Halewyn".

Il y avait naguère, à la gilde, un fou, ou bouffon (den sot van de gilde). On conserve pieusement ses reliques : un habit aux losanges rouges et jaunes, où tintent des grelots, et la batte de cuir, qui pend mélancoliquement à un clou, aujourd'hui. Ne fait pas partie qui veut de la gilde. Quand un nouveau membre se présente, on discute ferme, en assemblée, l'opportunité de son admission. L'imprétrant attend avec anxiété, dans la salle de l'estaminet, qu'on ait statué sur son sort. Après discussion, on procède au vote, qui se fait d'originale façon. On donne à chaque membre deux haricots, un blanc, un noir. Puis on passe deux assiettes, qui forment l'urne. Chacun y dépose le haricot de son choix. S'il y a majorité de blancs, le postulant est admis; auquel cas le garçon de la société, le "knaep", va le chercher, et arrivé au seuil de la chambre, lui cire les chaussures, tandis qu'un des "rhétoriciens" lui frappe le dos avec la batte du fou. Ce sont là des symboles dont on ne voit plus aujourd'hui que le côté amusant, mais qui viennent, sans doute, des épreuves d'entrée d'autrefois.
Telle qu'elle est aujourd'hui, la "Rhétorique" est bien déchue de sa splendeur de jadis. Nous sommes loin des tournois poétiques, des "prys-kampf" qui faisaient accourir tout un peuple. Le mombre des "rhétoriciens" diminue d'année en année, et, bientôt, sans doute, la dernière gilde de Flandre aura vécu.

André Biebuyck

Le Grand Echo du Nord et du Pas de Calais, 16 juin 1913
source Gallica





lundi 18 février 2019

Le recueil de Constant Ourdouille

Conservé précieusement dans ma collection depuis des années, je n'ai fait le lien avec notre région que depuis peu. Cela reste à confirmer, mais je crois qu'on peut supposer que ce cahier a appartenu à Sylvain Constant OURDOUILLE.


Sylvain Constant Ourdouille, qui signe C Ourdouille sur tous les actes d'état civil, est né à Estaires (Nord) le 30 mars 1834, fils de Silvain (cordonnier) et Adélaïde Boulinguiez. Il est domicilié, rue de Dunkerque, à Saint Omer en 1869 quand il épouse, à Saint Martin au Laer, Malvina Henriette Lemaire. Ils auront deux filles : Maria (1871-1950) et Julia Sophie (1874-1951). Il est employé de commerce quand il décède à Saint Omer le 17 juin 1875, 6 rue des Corroyeurs.
Rien ne permet d'affirmer qu'il est à Melun en 1856, mais cette commune étant une ville de garnison où séjournent de nombreux régiments, il est fort possible qu'il y soit pour effectuer ses années de conscription.








la couverture
Livre 1er fait en 1856 à Melun


Sommaire :
page - titre
1 - Prends garde à ton cœur, chansonnette
2 - Rendez-moi mes seize ans
3 - Le Corse
5 - Le retour du soldat
6 - Le mineur, romance dramatique
7 - Jean Jean la loupe en coquette, air : de la varsovianna
8 - Le retour du zouave*
9 - Le pauvre petit, romance*
11 - Faites le bien, air : des fraises
14 - La cavalerie
15 - L'amour du cœur ne se vend pas, air : Ne grandis pas
17 - Il est parti, romance, air : Demoiselle et grisette
18 - Les mots à la mode du gamin de Paris, air : Drin drin
19 - La négresse et l'homme civilisé, air : du prolétaire
21 - Le voyageur
22 - Le pâtre, romance
23 - C'est toi qui m'aime, romance
24 - Aime moi bien, romance
25 - Le cavaler d'Adjout
26 - Le ramoneur
28 - Barcarolle
31 - Huit ans d'absence
33 - "Vous l'avez dit o ma chérie", romance
34 - "Au point du jour dans sa chambrette", romance
36 - Perinette
38 - Les deux grenadiers
40 - Le petit lapin de ma cousine
42 - "Que cherche tu sur cette terre étrnage", romance
44 - Vers de Biron
44 - Le berger
45 - La servante
47 - Le rossignol, romance
48 - Ma blonde
51 - Le palais des Papes
53 - Victoire
54 - Les trois baisers
56 - Pensez à moi, air : du premier pas
57 - L'enfants de la montagne
58 - Loin d'elle et près d'elle, romance
60 - Le retour, romance
60 - Le premier mot, air : du premier pas
61 - Mon dernier mot, romance
62 - le gentil troubadour, romance
63 - La lettre, romance
64 - Le plaisir
65 - Le premier jour, air : gloire à l'âge de quinze ans
66 - Chanson italienne
67 - Les adieux de Julien
67 - La poitrinaire, romance
69 - "Homme chéri de l'aveugle fortune" romance
70 - "Aimons nous le temps presse", romance
70 - Le masque de fer
71 - La confession d'une jeune fille
73 - Caïn, romance
75 - La marchande fleurs, air : du marchand de chanson
76 - D'où viens-tu beau mage, rêverie
77 - Colère de Madame Framboisy, chansonnette
79 - Le sire de Franmboisy, légende du moyen a^ge
80 - Le fils de M et Mme Framboisy, avant et après la prise de la tour Malakof
82 - L'absence d'un héros, air : de l'ouvrier
83 - La jeune fille à l'éventail
85 - Le marchand de blé repassé par la lingère, air : du tra la la
87 - Madame de… à son époux, air, O ma Zélie
88 - Réponse de M. de… à son épouse
89 - Bientôt l'heure du départ va sonner
90 - Messieurs les amateurs de la méthode chifon



les pages manquantes