le 19 octobre 1986
Dans
les archives de mon père, j'ai retrouvé cet entretien réalisé par Eric
Debril le 19 octobre 1986, pour la Radio Uylenspiegel, diffusé dans son
émission Slaet op den trommele. Il avait enregistré le concert de Joël en Klerktje au café/folk-club Au Bier Buck
tenu par Michel Nave†, à Coudekerque-Branche, je ne sais s'il a
interviewé mon père ce jour là ou après. Mais il a monté les deux
enregistrements pour le diffuser sur la radio. L'intégralité de
l'émission est ICI, j'en ai fait la transcription.
Horlepiep / ? valse
Klein ventje van Elverdinge
- Eric Debril : On va reprendre l'interview de Raymond, Klerktje, en français cette fois ci. Alors ce soir c'est un spectacle de Joël [en Klerktje] au Bier Buck de Coudekerque-Branche. Je te demandais tout à l'heure en flamand,
quel était ton répertoire ?
-
Raymond Declerck : mon répertoire c'est surtout le répertoire d'Edmond
de Coussemaker, pas mal de chansons que d'autres groupes a repris avant
moi, mais il y a aussi beaucoup de chanson de Willem Vermandere
évidemment parce que par ici on est en Flandre Française, il n'y a plus
beaucoup d'auteurs-compositeurs, donc on est bien obligé de puiser dans
le répertoire de l'autre côté de la frontière, et puis on n'est quand
même pas si loin de Dunkerque.
- ED : surtout que c'est le même dialecte il n'y a pas de problème
-
RD : oh moi avec Willem je n'ai jamais de problème, pas plus avec
Willem qu'avec tous les gens qui habitent la frontière. On peut quand
même aller jusque Bruges, Ypres, sans avoir de problèmes, c'est toujours
le même dialecte que chez nous. Après quand s'en va plus loin, Anvers,
Courtrai, ça change un peu.
- ED : quels sont les thèmes abordés dans ces chansons de Willem Vermandere ? ce sont surtout des chansons actuelles je crois ?
- RD : oui, il y a pas mal de chansons actuelles, mais il y a aussi pas mal de chansons qu'il a repris dans des vieux livres de Djoos Utendoale, Westhoekse poëzie,
c'est à dire des poèmes qui avaient été écrits par Joris Declercq,
Djoos Utendoale étant Joris Declercq pour ceux qui ne le savent pas, et
donc Willem a mis ces poèmes en musique et ça a donné de très jolies
chansons.
Cécilia
Alle die willen naer Island gaen
Lat mie mar lopen
- ED : Raymond je pense que tu es de langue maternelle flamande
-
RD : et oui… quand je suis allé à l'école, je ne parlais quasiment pas
un mot de français, je ne parlais que le flamand et j'ai continué à
parler le flamand jusqu'à l'âge de vingt ans, tous mes voisins, toute ma
famille parlaient flamand, enfin tout le monde quoi.
- ED : tu es originaire de où ?
- RD : de Cappelle la Grande
- ED : une commune flamande, il y a encore beaucoup de flamands, je crois, à Cappelle
- RD : je crois qu'il y a en plus qu'à Coudekerque Branche
- ED : et pourquoi tu t'es mis à chanter et à chanter en flamand ?
-
RD : déjà à l'âge de vingt ans il fallait pas me pousser beaucoup pour
me faire sauter sur le podium et pousser la chansonnette, et puis je me
suis marié il y eu toute une période où je n'ai pratiquement plus
chanté, sauf à l'occasion de réunions de famille, mais en français
toujours, l'harmonica c'est pareil, j'ai commencé à jouer de l'harmonica
j'avais treize ans, je fauchais en douce l'harmonica de mon père, pour
m'entrainer un petit peu et là aussi l'harmonica j'ai laissé tomber
pendant pas mal d'années, et puis un beau jour Radio Uylenspiegel ça été
pour moi une révélation. La première émission de RU, ça devait être en
janvier 1978, j'ai entendu cette chanson de Willem Vermandere qui
terminait l'émission Nee’w! Me gaon nuus Vlams nie loat’n [paroles J. Declercq, musique W. Vermandere], c'était une révélation si je puis dire.
C'est
ça qui m'a fait une prise de conscience, ça c'est quand quand du
flamand tel que je le comprends moi, tel que je peux le faire, moi,
pourquoi j'essaierai pas aussi de chanter en flamand ? alors mon fils
qui en faisait partie à l'époque de RU, ça a même été le premier…
disons…
- ED : initiateur
-
RD : initiateur si on veut, mais le premier qui a eu des problèmes,
disons. Comme il a vu que cette chanson me plaisait beaucoup il m'a
offert le disque de Willem V. alors, évidemment, il n'y avait pas que Nee’w! Me gaon nuus Vlams nie loat’n
il y avait un tas d'autres chansons, et j'ai été un petit peu emballé
par ce disque et puis j'en ai acheté d'autres par la suite et j'ai fait
une petite sélection de chansons que j'ai mise à mon répertoire. C'est
comme ça que j'ai commencé.
Den hoven
Carillon de Dunkerque
Danse de l'ours / Ma seurtje / Lire boulire
Blanche en zijn peird
-
ED : tu disais Raymond que RU avait le détonateur de ta prise de
conscience flamande, mais y a-t-il eu autre chose qui t'a permis de
découvrir la Flandre ?-
RD : oui, je peux même dire que j'ai découvert deux choses en même
temps. J'ai découvert le chant en flamand et j'ai découvert aussi le
chant choral, parce que j'ai fait partie d'Het Reuzekoor, je ne me
souviens plus exactement en quelle année c'était, à HR il y avait pas
mal de chant en flamand aussi.
- ED : et puis vous êtes sollicités de par et d'autre de la frontière pour faire des prestations
-
RD : ben oui, Joël et moi on n'a pas à se plaindre, on vadrouille des
deux côtés de la frontière sans aucun problème, d'ailleurs cette
frontière elle n'existe pas, elle n'est pas là quoi. C'est la Flandre
des deux côtés. Alors évidemment ça va quelques fois plus loin que la
frontière, jusqu'à Anvers, ou Courtrai, ou Bruges, c'est toujours
flamand, c'est pas un problème.
- ED : et le plus loin où tu t'es produit en dehors de la Flandre du sud, c'est où ?
-
RD : c'est la Flandre de l'extrême Nord, je ne sais pas si ça s'appelle
encore la Flandre, puisque c'était en Frise en septembre dernier avec
Gérald et Katrien.
- ED : et tu t'es produit dans quel cadre en Frise ?
-
RD : c'était les Eurolympiades, les jeux olympiques des peuples
minoritaires, alors il y avait une partie sports comme tout jeux
olympiques qui se respectent et une autre partie spectacle.
- ED : sinon dans la Flandre du sud tu te produis dans quel cadre ? les estaminets culturels flamands mais aussi ailleurs ?
-
RD : aussi ailleurs pour les festivités du 11 juillet bien sûr [fête
nationale de la Belgique Flamande], ça tous les ans on est pris, l'année
dernière on était à Furnes et Kockelaere, l'année dernière on était à
Anvers et Courtrai.
-
ED : et comment le groupe est perçu au niveau de la Flandre du Nord ?
en Flandre Belge ?, là-bas il y a beaucoup de sympathie ou avec un peu
d'amusement ? comment êtes-vous perçu là-bas ?
-
RD : pas du tout d'amusement, avec beaucoup de sympathie et un accueil
vraiment formidable, partout où l'on va, dans n'importe quelle ville
belge où j'ai chanté avec Joël et avec Bart au début, puisque j'ai
commencé avec Bart il ne faut pas l'oublier non plus. Mais partout on a
toujours été très très bien reçu. et pas du tout un public amusé, au
contraire, des gens vraiment concernés. Ils sont tous heureux de se
rendre compte que par ici on parle encore le flamand et on chante encore
le flamand surtout.
- ED : et penses-tu que tes prestations puisse faire connaître aux flamands du Nord que la Flandre Française existe ?
-
RD : en oui ! c'est pour ça qu'on y va d'ailleurs, c'est pas uniquement
pour le plaisir de chanter et boire un pintje ! c'est pour qu'ils se
rendent compte que ce côté ci de la frontière il y a encore des
flamands, beaucoup plus qu'ils le croient.
- ED : vous êtes un peu les ambassadeurs, les troubadours de la culture de la Flandre du sud alors ?
- RD : oui, troubadours c'est un mot qui a été repris sur une affiche à Wervik il y quelques années.
- ED : Raymond, Joël n'est pas présent ici tout de suite. Tu peux nous dire qui est Joël ?
-
RD : Joël c'est d'abord un excellent musicien, puisqu'il a fait 7
années à l'harmonie de Coudekerque Branche, alors la musique il en
connait un bout, moi je ne connais pas une note, mais lui il connait
pour moi. Et puis Joël est aussi pris dans l'engrenage, maintenant il
est mordu, comme moi je suis mordu, il ne parle pas le flamand, mais il
commence à très bien le comprendre
- ED : et je crois que pour le spectacle, Joël s'est électrifié au niveau de sa guitare, c'est bien ça ?
-
RD : c'est à dire que Joël, avant de m'accompagner, il a fait beaucoup
de groupe pour animer les bals et tout ça, dans la région, il a fait
partie de plusieurs orchestres et il avait évidemment sa guitare
électrique qu'il a toujours conservée, et puis un beau jour il s'est dit
pourquoi ne pas essayer la guitare électrique sur certaines chansons ?
et ma foi on s'est aperçu que ça marchait très bien, je prends l'exemple
de Cécilia, accompagné à la guitare électrique c'est quand même
différent.
- ED : est-ce que tu peux nous dire, Raymond, où est-ce que tu as rencontré Joël ?
-
RD : je l'ai rencontré le plus simplement du monde, parce que Joël
c'est quand même mon neveu, donc Joël je l'ai vu venir sur terre ! je le
connais depuis toujours. On a eu quelques fois l'occasion avec Joël et
avec Christian il y a de très nombreuses années, de faire quelques fois
des petites soirées musicales mais c'était en français à l'époque, soit
chez moi, soit chez sa maman qui est ma sœur.
- ED : une famille de musiciens ? alors
-
RD : toute la famille oui, puis que le frère de Joël est musicien, sa
sœur fait de la musique à l'Harmonie de Coudekerque, donc là c'est toute
la famille.