jeudi 17 janvier 2019

Chant maritime du XVIIe siècle

Chant de victoire à l'occasion de la prise du "Dunkerque" avec 136 hommes et 13 pièces de tir, de la jauge de 100 lasts — Victoire remportée par les valeureux capitaines Jean Van Galen et Goyer, — dont les prisonniers furent conduits à Amsterdam le 13 octobre 1634.
Air : Des Fils d'Accepte, etc.

Victorie liedt over het innemen van den Duynkercker met 136 coppen ende 13 stucken, groot 100 last ver (kriegen by) de manhafflighe capiteyn Jan Galen ende den Goyer met zyn Haentyen gebracht lot Amsterdam den 13 october 1634
Stemme : Van Acceptenaers soon, etc.

source : Gallica


"Ce document hollandais en caractères gothiques provient de la collection A. Van Stolk, de Rotterdam ; il nous montre premièrement les espérances des vaillants corsaires dunkerquois, puis leur lutte avec les capitaines hollandais Van Gallen et Goyer ; il se termine par un chant de triomphe en l'honneur de ces derniers."
Henri Durin

le texte complet et la traduction sur Gallica

lundi 14 janvier 2019

La fête des rois en Flandre

mise à jour 25 octobre 2018 : deux photos signée Biebuyck 
mise à jour 16 décembre 2018 : photos de 1951, 1991 et 2009
mise à jour 14 janvier 2019 : deux vidéos






filmés par Antoine Quaghebeur le 6 janvier 2019 à Saint Jans Cappel





un entretien avec les mêmes Rois et le témoignage de Maria Lapanne
qui a appris la chanson en suivant son père Maurice,
un des rois mages de Saint Jans Cappel, dans les années 1960.


le fichier son est ICI




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Article paru dans Le Nord Illustré du 15 janvier 1910


"C’est une fête particulièrement populaire dans notre région où, malgré quarante ans de République, on tire encore les rois… Nous disons "malgré quarante ans de République" car sous l’Empire les billets du roi étaient jugés suspects, s’il faut en croire les très curieux "billets de l’Empereur" qu’il nous a été donné de voir récemment dans la collection de M. Pierre Decroix. On goûtera donc ce récit d’une des formes pittoresques sous lesquelles se présente la fête des rois en Flandre. Il est écrit par M. André Biébuyck, fils du distingué maire de Vieux-Berquin, et par conséquent bien placé pour connaître cette région fertile en vieilles coutumes.

Les Rois Mages à Meteren

Elles s’en vont, elles disparaissent, les bonnes vieilles coutumes qui firent la joie de nos pères. Le progrès les chasse, et bientôt elles n’existeront plus même à l’état de souvenir. En certains coins de Flandre pourtant, où la langue française n’a pas encore réussi à s’implanter complètement, il en subsiste quelques unes, derniers vestiges d’une époque moins prosaïque que la nôtre.
L’une d’entre elles se pratique encore annuellement lors de la fête de l’Epiphanie.
Ce jour là, le jour des Rois, s’en vont dans certains villages du canton de Bailleul, des jeunes gens aux costumes inattendus. Tout de blanc habillés, pantalon et chemise constellés d’étoiles de papier multicolores, coiffés d’un chapeau décoré de même et autour duquel pendent des dentelles, ce sont les "Rois Mages" qui s’en vont de porte en porte chanter l’antique complainte de l’Etoile de Bethléem. L’un d’eux tient au bout d’un bâton une roue ornée de fleurs et de rubans, qu’il fait tourner, à la grande joie des gamins qui les accompagnent. On les accueille avec plaisir les "Sterreken", et il n’est pas de maison, où ils ne reçoivent du pain, des gâteaux ou quelques sous. Ce qu’ils racontent, c’est l’histoire de la nativité et de l’arrivée à Bethléem des Mages conduits par l’étoile miraculeuse.

Avec l’étoile arrivèrent trois rois
De terres étrangères, de très loin

La traduction ne pourrait rendre que très imparfaitement la charmante simplicité de cette chanson. Certains couplets sont d’une naïveté délicieuse. Dans la crèche, la Vierge avec l’Enfant Jésus et Saint-Joseph sont mourants de faim alors…

Marie va dans la boulangerie
Achète un petit pain et le partage en trois

Et cela se chante sur un vieil air, composé en même temps que les paroles par quelque Liedzanger inconnu.

Aussi la traduction française ne s’adapte-t-elle que très imparfaitement à cette mélodie qu’il faut avoir entendu avec les accentuations rudes et gutturales d’une langue germanique pour en goûter tout le charme étrange.
Combien d’années encore verrons-nous les "Rois Mages" Le français gagne de jour en jour. Le flamand s’en va et avec lui les vieux usages qui y étaient trop intimement liés pour pouvoir vivre sans lui.
Si vous voulez voir les "Sterreken" allez à Meteren en Flandre le jour des rois."

Texte et photographie d’André Biébuyck

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J'ajoute ces deux photos signée Biébuyck, parues dans La France à Table, juillet 1951.



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Une autre image, capture d'écran de la télévision, de mauvaise qualité hélas, lors d'une série de diffusion de documents des années 1960 sur la télé régionale France3



les même rois mages que l'on retrouve en situation sur la route de Bailleul, en direction d'un lieu-dit prédestiné

collection Stéphane Verstaevel



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En 1991, Stéphane Deheegher, Alain et Claude Belpalme, "les derniers rois mages de Flandre flançaise" avaient repris le flambeau en 1985

Le Nouveau Nord, décembre 1991


En 2000, César Storet et ses amis de l'association De Katjebei relancent la tradition autour de Saint Jans Cappel

François, Florent et César
La Voix du Nord 29 décembre 2009


Une étude sur les chant des Rois Mages par Florimond Van Duyse (en néerlandais)





L'accordéon du mineur

Faute de renseignements sur le mineur accordéoniste de Sin le Noble, son instrument parlera-t-il ?


Source : Médiapart

En zoomant, on peut lire la marque de son accordéon, ainsi qu'une adresse : A Schenardi, 22 R Labois Rouillon, Paris-Villette.



Le Musée National de l'Histoire de l'Immigration présente Antoine Schenardi, facteur d'accordéons né à 1856 à Plaisance (Italie), comme l'exemple d'entrepreneur italien porteur d'un savoir-faire familial. Il crée à son arrivée à Paris en 1913 une manufacture d'accordéons. Si son nom est absent de l'édition 1913 du répertoire Musique-Adresses, il apparait dans celle de 1921, domicilié au 68 rue de Flandre, accompagné d'un encart publicitaire. Au n° 59 s'était installé quelques années plus tôt un autre facteur d'accordéon, Felix Peguri dans cette rue pour le moins "musicale" puisqu'elle accueillait aussi la fabrique de pianos Erard, depuis 1864.

Source : Jean-Luc Matte
Antoine Schenardi travailla à Paris en étroite collaboration avec Giovanni Gagliardi, italien émigré lui aussi, qui s'était fait particulièrement remarquer en donnant en 1909 un récital de musique classique à l'accordéon, et qui dépose en 1910 un brevet. L'objectif revendiqué des deux hommes est alors d'arriver à un instrument capable de jouer la musique classique telle qu'elle est écrite, l'accordéon gagnant sa place comme véritable instrument de concert. La collaboration est stoppée par la guerre, et Gagliardi, de retour en Italie, est interné pour objection de conscience.
Une carte postale, publiée sur le site consacré au maître italien, datée de 1909, immortalise Gagliardi avec un groupe d'élèves, localisant la vue dans la fabrique Schenardi.

Source : Giovanni Cagliardi (1882-1964), Fisarmincista Compositore
Si des courriers d'élève et de la fille d'Antoine Schenardi, étayent cet accueil avant la guerre, la localisation au sein de la fabrique Schenardi dès 1909 interroge cependant : l'Annuaire des Artistes et de l'enseignement dramatique et musical 1909 ne fait mention de cette dernière, ni 22 rue Labois-Rouillon, ni 68 rue de Flandre.
La publicité de 1921 vante "la fabrication soignée de tous modèles (petits et grands)". Ce premier quart de siècle signe la place incontournable de l'accordéon dans les bals, et l'essor des recherches pour en faire un instrument musicalement "complet". Ces qualificatifs, petits et grands, s'appliquent-ils alors aux accordéons diatoniques et chromatiques ?
Antoine Schenardi s'est-il d'abord installé en 1913 modestement rue Labois-Rouillon, commercialisant sous son nom des accordéons diatoniques peut-être importés ? C'est une hypothèse envisagée par Jean-François Régis, accordéoniste et collectionneur, qui possède différents accordéons, chromatiques ou mixtes sortis de la fabrique Shenardi, dont tous, datant des années 20, portent l'adresse de la rue de Flandre. C'est là que la firme se développe. Au décès d'Antoine en 1932, sa fille poursuivant l'activité avec son époux Céleste Costa, 

Source : Giovanni Cagliardi (1882-1964), Fisarmincista Compositore

puis, après le décès de Céleste en 1934, avec son fils. L'entreprise Costa, ancienne maison Schenardi, fermera définitivement ses portes en 1999.

Source : Musée national de l'Immigration

L'accordéon du mineur, entrebâillant les portes de la fabrique Schenardi, garde tout son mystère. Mais il nous aura plongé, partant de l'intérieur d'un estaminet de Sin le Noble, dans les mouvements migratoires et musicaux du début du XXe siècle.

Agnès M. 


Les objets et documents présentés au Musée National de l'Histoire de l'Immigration font partie des collections du MUCEM.

Un accordéoniste en pays minier

Parfois l'étrangeté saute aux yeux [voir la photo du violoneux], parfois c'est plus ténu, mais tout aussi entêtant. Au titre des énigmes, voici une autre photographie de musicien, découverte en feuilletant un porte-folio publié par Médiapart, consacré à François Kollar, dans le cadre d'une exposition organisée en 2017 par la Maison de l'Image Documentaire (Sète). Elle porte la légende "Mineurs. Joueur dʼaccordéon. Sin-le-Noble (Nord, 59). 1931-1934".

source : Médiapart
François Kollar quitte sa Hongrie natale pour Paris à l'âge de 20 ans, il rêve d'être photographe. Après avoir travaillé aux usines Renault, puis comme chef de studio chez un imprimeur, il ouvre son premier studio en 1930.
Vite remarqué pour sa maîtrise technique, sa sensibilité et son art de la composition, il se voit confier une commande en vue de l'édition d'une série destinée à mettre en valeur la France au moment de la crise économique des années 30. Le photographe parcourt le pays et dresse alors un inventaire des activités industrielles, artisanales et rurales. Les Editions Horizons de France éditent plus de 1.300 de ses clichés entre 1931 et 1934, sous la forme de 15 fascicules thématiques.
Le premier, consacré aux mineurs, a été réalisé dans les mines de Lens, Waziers, Merlebach, Sarre, St Etienne. Il témoigne des gestes du travail de la mine, mais aussi du cadre de vie des mineurs, intégrant des images des familles dans les activités domestiques et sociales. 
Notre accordéoniste fait partie d'une suite de 4 photographies prises à Sin-le-Noble (Nord), sans doute dans le même estaminet, au vu du papier peint visible sur deux des images. Kollar y saisit ces mineurs lors de moments de détente : joueurs de javelot, tireur à l'arc, joueurs de dés, musicien. 
François Kollar s'attache aux gestes tout autant qu'au cadre, avec des compositions qui fourmillent de détails, donnant à voir tout à la fois l'étagère dans laquelle sont fichés les javelots en attente d'une partie que l'affiche vantant les mérites d'une machine à laver, le poêle à charbon allumé, avec sa bassine d'eau et ses serviettes.
Dans la salle d'estaminet, le musicien, qui joue d'un accordéon diatonique 21 touches / 8 basses, occupe la place centrale. Il est concentré sur son instrument, comme le sont les joueurs de dés au second plan sur leur jeu. L'atmosphère est paisible. Pourtant se dégage un sentiment d'étrangeté ! Le musicien tient son accordéon clavier mélodique à la main gauche ! Excluons l'hypothèse d'un figurant néophyte tenant un accordéon sur demande du photographe, cela ne correspond pas au travail de François Kollar durant ses 4 années de reportage. Le tirage aurait-il été inversé par erreur ? On peut exclure cette explication, c'est le même tirage qui est présent sur le site de la bibliothèque Forney (Paris), dépositaire des originaux, ainsi que celui de  Roger Viollet La Parisienne de Photo qui en gère les droits.
Alors, reste l'explication que notre mineur, gaucher, aurait inversé le sens de tenue de l'instrument. Pour autant, les notes aigües se retrouvent en bas de clavier, et les graves en haut. Quant au mécanisme de gestion de l'air du soufflet, accessible avec le pouce, il se situe du fait de ce retournement, au niveau du petit doigt, ce qui parait bien peu pratique. Notre mineur sinois aurait-t-il bidouillé lui-même son instrument pour le rendre jouable ainsi ?
On aimerait bien sûr en savoir plus sur lui, sur son instrument. A la différence de son contemporain américain Walker Evans, François Kollar ne donne pas d'identité à ses sujets, se limitant à leur localisation. Pas d'information non plus sur l'estaminet dans lequel a été prise la photographie. 
Le mineur de Sin-le-Noble, immortalisé par François Kollar, en dépit de toutes les questions laissées sans réponse, offre cependant une trace sensible de pratique musicale individuelle, populaire, inscrite dans un lieu de convivialité du pays minier.

Agnès M.

suite : L'accordéon du mineur



source Bibliothèque Forney

dimanche 13 janvier 2019

Line DARIEL (1888-1956), les débuts

Line DARIEL est née à Molenbeek-Saint-Jean le 16 avril 1888, de son nom véritable Jeanne Vercammen. Sa mère est belge, son père, Charles, également, bien qu'il soit né, un peu par hasard à Düsseldorf ; son propre père, charpentier, emmenait avec lui toute sa famille sur les chantiers où il travaillait. Charles est tailleur de son état.
Elle a donc près de 15 ans lorsque naît le petit Léopold Simons. Mais la petite Jeanne est déjà Lilloise, car elle est venue avec ses parents, quelques temps après sa naissance [vers 1890], habiter le quartier des Dondaines à Fives-Lille. Le père, accidenté, traînera, non sans force et humour, une jambe de bois.
La famille tiendra fabrique et commerce de limonades. Tout ce petit monde parle, avec des variantes individuelles, le néerlandais et le français. Le patois de Lille sera leur environnement dans ce quartier, et viendra agrémenter probablement leur langage. Inscrite au Conservatoire de Lille, Jeanne y accumule les prix : 1er prix de solfège en 1902, 1er prix de déclamation en 1906… tout en aidant à la fabrique. Elle promet une carrière artisitique certaine. Il est vrai que la fibre théâtrale, constitue le lien de toute la famille prompte à la représentation. Jeanne en est le premier maillon.






En 1910, Jeanne Vercammen épouse Fernand Pennequin qui tient un magasin de mode et layette 196 rue de Paris, sous l'enseigne "A Parisiana", tout près de l'Hospice Gantois. Ils auront un fils, Jules, qui deviendra médecin pédiatre à Saint Quentin.
(sur ses relations avec son époux voir les confidences de Line Dariel)







Avant de rencontrer Simons, Mme Dariel est déjà reconnue comme artiste lyrique et se produit sur scène à Lille, dans les productions de Maurice Daudelin et Jean Boulcourt, et ailleurs, à la Scala de Bordeaux notamment. Sur la Radio PTT Nord elle est Bécassine dans les émissions enfantines de Grand Papa Léon.

 




à suivre…


Sources : Simons 1901-1979, Lille, 1999. Revue Toudis 2009. Revue Pays du Nord. Documents personnels : partitions, livres, almanach, programmes, affiche, journaux et revues.




dimanche 6 janvier 2019

Léopold SIMONS (1901-1979), le théâtre

Simons débute en 1926 au théâtre universitaire, en chantant des chansons de sa composition dans la Revue Forcep…tique d'André Hornez, dont il fait aussi la mise en scène.





En mars 1927 il fait une illustration pour le programme de la revue Ça ! c'est Lille, écrite par ses amis Pierre Manaut et André Hornez. L'année suivante il propose le fameux monologue en patois Victime du poste à galène, interprété par Line Dariel dans la revue Perds pas l'Nord !.




Sa première pièce, une "opérette-vaudeville, comédie-bouffe en 3 actes", serait Zulma, sur la musique de Jean Bol en 1931. La première scène se passe au cabaret le 421, tenu par Line Dariel. En 1932 Simons participe, avec Pierre Manaut et Marcel Dambrine, à la Revue Radio PTT Nord, créée à l'occasion de l'inscription du 15.000ème membre ; 3 représentations, en mars 1932 à l'Hippodrome Lillois, retransmises en direct sur la radio. Le 3e tableau est Zulma au tribunal, de L. Simons


 


Suivront plus d'une trentaine de revues, vaudevilles et évocations historiques, joués sur les scènes régionales, dont par exemple :





les Congés payés




à suivre…

Sources : Simons 1901-1979, Lille, 1999. Revue Toudis 2009. Revue Pays du Nord. Documents personnels : partitions, livres, almanach, programmes, affiche, journaux et revues.