samedi 29 août 2026

Les épinettes Révillion

mise en ligne le 21/08/2026 
mise à jour le 29/08/2026 : un complément de J Leininger
 
 On les croisera un jour sur une brocante, elles aussi font désormais partie de l'histoire de l'épinette du Nord
Merci Christophe et Jacques
 

Jean-Jacques Révillion était musicien, chanteur, collectionneur... Il était aussi passionné de lutherie. Durant une conversation au début des années 2000, probablement le jour de la brocante musicale de Cassel Cornemuses, il m’avait invité à venir chez lui voir ses trouvailles de brocante.
C’est au retour d’un déplacement à Douai que l’occasion s’est présentée pour moi (Jean-Jacques habitait dans le Pévèle, entre Lille et Douai). Après avoir repris contact, je suis arrivé chez Jean-Jacques, un soir. Il m’a accueilli, puis m’a vite emmené dans son antre : une pièce de sa maison, remplie d’instruments chinés, à cordes, de bois, de cuivre, des percussions, des vents, parfois en bon état, parfois bien endommagés, réparables ou pas. Mais aussi d’autres objets relatifs à la musique : des livres, bien sûr, et des objets de décoration avec des motifs de musique. 
Puis il m’a montré un lot de planches. Elles séchaient depuis longtemps, attendant d’être découpées. Il m’a expliqué qu’il allait se lancer dans la fabrication d’une petite série d’épinettes, des copies d’épinettes du Cambrésis. Pour qui ? Pour celui qui en fera la demande. Ça m’intéressait, donc il m’en a réservé une. Cette épinette porte une étiquette avec la date :  03/2003. Combien en a-t-il fabriqué ? Je l’ignore.  Elle est inspirée des modèles que l’on trouve dans le livre « l’épinette du Nord » édité par le CSE d’Hazebrouck en 1997 (chapitre IV, pages 77 à 95).
Longueur : 83 cm
Longueur entre sillet et chevalet : 62 cm 
Largeur côté chevalet : 12,5 cm
Largeur côté sillet : 8,5 cm
Épaisseur : 4 cm
3 chanterelles accordées en sol, + 3 bourdons accordées en sol (même hauteur que les chanterelles) - en do - sol (octave inférieure)
Le frettage est à la fois diatonique et chromatique (avec des demi-frettes pour les demi-tons). Les frettes sont positionnées sur une latte collée à la table.  Les cordes sont tenues pas des mécaniques de guitare, à bain d’huile.
23 ans plus tard, l’instrument n’a pas bougé et reste parfaitement jouable.
Christophe Plovier
21/8/2026
 


j'ajoute ce petit article biographique paru en septembre 2005 dans La Voix du Nord


 

Jacques Leininger nous rappelle en commentaire que Jean-Jacques a aussi fabriqué un autre modèle d'épinette du Nord
 
photo J. Leininger

 Jean-Jacques a repris le modèle mis au point par Thierry Doison, au début des 90's. J'en ai vu plusieurs, dont une jouée par Myriam Allard qui animait l'atelier Épinette à La Piposa.
Mais Jean-Jacques a aussi développé un modèle unique
[photo ci-dessus], dans le même esprit que Robert Rongier dans les 70's, à savoir un agrandissement au 7/5 d'une épinette Coupleux à double caisse.
Elle est jouée ici par Pierre Laloyaux, exemplaire personnalisé pour un gaucher.
 

 

 

Recueil manuscrit de danses

mise en ligne le 24/09/2012
mise à jour le 29/08/2026 : ajout du décès d'Alphonse Nevet
 
Recueil ayant appartenu à Alphonse NEVET et Victor CORMONT (collection personnelle)





Alphonse Gustave NEVET est né à Douai le 19 février 1854. Au moment de la conscription il exerce le métier de vitrier, comme son grand-père Louis. Son père était peintre en bâtiment à Douai où il avait épousé, en 1845, Catherine NOLAND dit CONDAT, née à Brie Comte Robert (Seine et Marne).
Conscrit de 1874, matricule 1833, il fera son service militaire dans les services auxiliaires, pour cause de petite taille, il mesure 1,53 m, à cette date il est domicilié à Saint Pierre les Calais, route de Dunkerque. Il devient réserviste en 1880. En 1897 il est en Normandie, où il est condamné par le tribunal civil de Caen à 6 jour de prison pour vol. Ensuite on perd sa trace.
 
Que je retrouve aujourd'hui 29 août 2026. D'abord à La Celle Cloud (78) en 1901, il est pensionnaire chez Léon FRADE, marchand de vins 33 place de l'église, il exerce la profession de peintre. La dernière, signalant sa mort tragique dans la fosse à pulpe de l'usine où il travaillait à Fouquerolles (60). 
Le 13 janvier 1906, il y tombe nuitamment et y meurt de congestion, comme le précise la presse. Presque anonymement, la mairie n'ayant pas réussi à l'identifier, mais il se disait originaire de Douai, sans doute par le témoignage de son employeur ou de ses collègues.
 
 
 
 
il est peut-être présent sur cette CP
photo prise un peu avant 1908 

 
La Croix du 17 janvier 1906

Son frère Louis Alfred (1852-1916) suit une carrière différente. Il s'engage en 1873 dans le 115e RI et monte en grade jusqu'à devenir capitaine en 1891. En 1898 il reçoit la Légion d'Honneur. En 1903, il est au 110e RI à Dunkerque, il prend sa retraite et se retire à Armbouts-Cappel, au hameau du Pont de Petite-Synthe, villa Jeanne d'Arc.

Vers 1879 le recueil passe entre les mains de Victor CORMONT, musicien à la fanfare du 16e bataillon de chasseurs à pied alors en garnison à Lille.

Ce recueil de 142 danses contient essentiellement des quadrilles (42), des valses (24), des polkas (22), des scottiches (16) et des mazurkas (13). Mais aussi 7 varsoviannas et 2 rédowas.

Polka
Valse
Polka
Valse
Les Calabres, quadrille
Souvenir, valse
Mina, polka
Le caprice de mon oncle, quadrille
Les chansons de mon parrain, quadrille
Le petit lutin, quadrille
La langoureuse, schottisch
Nicette, polka
La gaîté champêtre, quadrille
Martha, mazurka
Gabrielle, valse
Les rose, vasovianna
Martine, polka
Le villageois, quadrille
La flamande, schottisch
Eléonore, valse
Le retour du printemps, quadrille
Anna, polka
La tour de Malakof, quadrille
Agathe, schottisch
La grande duchesse, quadrille
Mariette, schottisch
La belle allemande, polka
Marie, mazurka
Victorine, schottisch
Le Breton, quadrille
Angélique, mazurka
Le chasseur à pied, quadrille
Seule isaloée, valse
Le dégourdi, quadrille
Le -?- Latie, valse
L’astre du soir, schottisch
Vive le vin, quadrille
Le Mexique, quadrille
La petite rochelaise, vasle
Les frais moutards de Paris, quadrile
Julie, schottisch
La mode, quadrille
Le vandangeur, quadrille
La vie parisienne, quadrille
La belle Hélène, quadrille
Les petits sabots, quadrille
Augustine, valse
La belle sultane, polka
La brune, mazurka
Souvenir de Berlin, valse
L’élégante, valse
Angèle, polka
Le fou d’Amour, quadrille
Rita, polka
Belle rose, polka
Judith, polka
Hortence, polka
Lise, varsovianna
Rosine, mazurka
Eugénie, schottisch
Ursule, schottisch
Forlina, schottisch
Brunella, redova
Villa Sophie, varsovianna
Une récréation d’artiste, quadrille
Léontine, schottisch
Louise, mazurka
Base enchantée, valse



La jolie Flamande, valse
Le Bordelais, quadrille
Céline, mazurka
Pauline, valse
Le piston encanté, quadrille
Ladiska Lodoisko, valse
La perruque, quadrille
Les roses blanches, valse
Le nègre, quadrille
Le Postillon, polka
Les grisettes, polka
Louisa, polka
L’élégante, schottisch
Les roses, valse
Valse allemande, valse
La danseuse, valse
La Flamande, valse
Les pompiers de Nantes, quadrille
L’écho des fanfares, quadrille
Vois donc comme j’ai le nez froid, quadrille
Le chapeau de Marguerite, quadrille
Caroline, schottisch
L’étrenne, polka
Louise, valse
L’innocence, valse
Les villageois, quadrille
L’entrainante, varsovianna
Les adieux d’un soldat, quadrille
Ma Lucie, varsovianna
Le chien enragé, polka
Souvenir du caporal Fink, valse
Léonie, valse
Mathilde, polka
Marthe, schottisch
Le petit quinquin, quadrille
La Douaisienne, mazurka
Eugénie, mazurka
Sans titre, quadrille
Sans titre, quadrille
Sans titre, mazurka
Sans titre, polka
Sans titre, schottisch
Sans titre, polka
Les petits Piémontais, quadrille
La petite bouquetière, quadrille
La distribution des prix, quadrille



Souvenirs de Compiègne, quadrille
L’héritage d’un comédien, quadrille
Boule de neige, schottisch
La tragédienne, valse
Henriette, varsovianna
Lucida, polka mazurka
Mal d’aplomb, quadrille
Fleur animée, varsovianna
Une pensée, redowa
La croix d’honneur, fantaisie
Fantaisie sur Le domino noir, fantaisie
Fantaisie sur La part du diable, fantaisie
Ladige, tyrolienne
Le rendez-vous de chasse, mélodie
Salmigondis, fantaisie, pot-pourris
La rose, ouverture
Boléro, fantaisie
La Brabançonne, marche
La danse des écus, polka
La coquette, polka
La reine Berthe, ouverture
Les dragons de la Reine, ouverture
Marche indienne marche
Louisia, polka
La violette, mazurka
Fleur préférée, valse
Antelma, mazurka
Paquerette, mazurka
Le réveil de l’orient, mélodie
Une soirée près du lac, fantaisie mazurka
Haydée, fantaisie
L’enchanteresse, fantaisie
Fradiavolo, mélodie

mardi 25 août 2026

La muzelzak par Pol Ranson

 La Muzelzak 

Huit siècles de bergers et de cornemuseux
en Flandre et en Picardie
 


 
La tradition oubliée de la cornemuse redécouverte, la version néerlandaise sera disponible bientôt.
Plusieurs amis et passionnés m'ont demandé si une édition française de De Muzel était prévue. Je suis heureux de confirmer qu'une traduction française est envisagée après la publication de l'édition néerlandaise.

envoyez votre nom et adresse à pol.ranson@gmail.com
Il ne s'agit pas d'une précommande. Je souhaite simplement évaluer l'intérêt.
 

 
 
 

mardi 18 août 2026

Une épinette Rouzet

publication : 15/8/2026
mise à jour : 18/8/2026, ajout des cotes 

Les échanges autour de l'épinette "messine" ont réveillé la mémoire de Christophe Plovier qui nous a fait part d'une trouvaille ancienne d'il y a une vingtaine d'années.

Je vais au traditionnel "marché aux puces" de Dunkerque (chaque jeudi de l'ascension) et, sur le stand d'un antiquaire, je vois une épinette. Feignant l'ignorance, je demande : 
- Quel est cet instrument bizarre ?
- C'est une épinette des Vosges
- Ah, c'est surprenant, le décor fait plutôt penser à la Flandre, avec les moulins à vent.
- Oui, c'est parce que le précédent propriétaire l'a redécoré à son goût !


Pas convaincu, mais persuadé d'avoir trouvé la perle rare, j'achète l'instrument.
Je m'empresse de consulter le livre "l'épinette du Nord", édité par le CSE d'Hazebrouck. Rien qui ne ressemble à cette épinette. Je fais encore d'autres recherches, pour trouver un modèle similaire. Sans succès.
Quelques semaines se passent et je réexamine l'instrument. Je décèle une signature peu lisible, mais je déchiffre : A. Rouzet !
 
 
Non ? André Rouzet (dit Bart, du groupe Marieke en Bart) est le facteur de cette épinette.
Quelques années plus tard, j'ai questionné André (qui habite à 2 km de chez moi) sur cette épinette. Il m'a expliqué qu'il en avait fabriqué quelques-unes, mais faute de résultats concluants, il avait abandonné. Trop de bois, peut-être. L'instrument fait son poids !
N'empêche, c'est aussi une Épinette du Nord !

 Christophe Plovier
14 août 2026 

 

 dimensions

hauteur 50 mm

 




ne pas confondre avec les épinettes Houzet ICI



jeudi 13 août 2026

Le centre de documentation Cyriel Moeyaert

 


Le centre de documentation Cyriel Moeyaert sur la Flandre française est ouvert : « C’est un magnifique hommage »
Mark Ingelaere (69 ans) d'Hondschoote a ouvert à Stavele un centre de documentation consacré à l'œuvre de son grand modèle : le prêtre-enseignant et linguiste Cyriel Moeyaert. Cyriel est décédé en 2020 à l'âge de 100 ans et est considéré comme une figure clé dans l'étude de la Flandre française. « Lors de notre dernier trajet en voiture, je lui ai promis de préserver et de rendre accessible son œuvre de toute une vie. Avec ce centre de documentation, je peux déjà réaliser une grande partie de ma promesse », déclare Mark Ingelaere.
Par Anne Bovyn 
« J’ai rencontré Cyriel il y a 20 ans lors d’une célébration du 11 juillet quelque part en Flandre française », raconte Mark Ingelaere. « Il était alors déjà à un âge avancé. Dès cette première rencontre, une amitié sincère et un profond respect mutuel ont grandi entre nous. Cyriel est généralement considéré comme une figure clé dans l’étude de la Flandre française. Son plus grand mérite réside dans son travail acharné pour préserver l’histoire, la culture, mais surtout la langue régionale de la région. Il se rendait régulièrement de l'autre côté de la frontière, visitait les personnes parlant encore le flamand de France, écoutait leurs récits et notait tout avec précision. Grâce à ces rencontres personnelles et à ses nombreuses publications, il a accumulé une mine inestimable de connaissances sur le flamand de France et la culture du Westhoek français. Comme nous en parlions il y a 300 ans, on parle encore le flamand de France aujourd'hui. »
Dialecte traditionnel
« L’œuvre de Cyriel était en premier lieu consacrée au patrimoine linguistique de la région, le Vlaemsch van Vrankryk (le flamand de France), le dialecte traditionnel de la Flandre française », poursuit Mark. « Il a collecté de vieux mots, des expressions et a étudié des sources historiques. Le couronnement de son œuvre linguistique fut le Woordenboek van het Frans-Vlaams (Dictionnaire du flamand de France) en 2005, qui fait toujours autorité comme ouvrage de référence sur notre langue régionale. » 
« Sa maison, le presbytère de Sint-Jan-ter-Biezen, était un véritable trésor. Je m'y rendais régulièrement et je me sentais à chaque fois replongé dans la riche histoire de la région. Cet endroit particulier, et surtout les nombreuses conversations avec Cyriel, m'ont profondément inspiré. Chaque fois que je lui demandais le week-end s'il voulait m'accompagner pour faire un tour en voiture à travers les nombreux villages de Flandre française qu'il connaissait, l'étincelle jaillissait immédiatement. Notre tout dernier trajet vers la Flandre française reste gravé dans ma mémoire. Nous avons roulé vers Oudezele. Cyriel avait alors presque cent ans. Il sentait sa fin approcher et sa plus grande préoccupation était ce qu'il adviendrait de son travail. Surtout parce que Cyriel voulait que son œuvre de toute une vie reste proche du Westhoek. C'est lors de ce dernier trajet que je lui ai promis de veiller sur son héritage après sa mort, de le conserver, de le rendre accessible et de le diffuser. Par son testament, il m'a légué sa bibliothèque. Ici, à Stavele, tout trouve sa place définitive. J'ai pu acheter un morceau de terrain du CPAS et j'y ai fait construire ce bâtiment. Quand je feuillette aujourd'hui ses carnets de notes, j'ai parfois l'impression que Cyriel est encore présent. Chaque note, chaque coup de crayon et chaque document témoignent de son amour indéfectible pour la région. Les archives ne montrent pas seulement le spécialiste de la langue, mais aussi l'homme derrière l'œuvre. »
Bureau
Pendant la collecte des archives, j'ai fait la connaissance de la famille de Cyriel, en particulier de son neveu Dirk Moeyaert et de son épouse Martine. Grâce à leur confiance, le bureau de Cyriel a également été transféré à Stavele. C’est l’endroit où il a passé des milliers d’heures à lire, écrire, réfléchir et correspondre. Pour moi, c’est bien plus qu’un meuble. C’est un souvenir tangible d’un homme qui a mis toute sa vie au service de la langue, de la culture et des gens de la Flandre française.
Doctorat
Il y a environ un an, le chercheur dunkerquois Jérôme Vanstaevel a pris contact avec Mark Ingelaere. Jérôme est professeur de néerlandais et a obtenu son doctorat à l’Université de Metz. Jérôme écrivait déjà deux thèses sur le Westhoek, français et belge, et il cherchait un sujet pour un doctorat. Après consultation avec son promoteur de l’Université de Rijsel (Lille), le choix s’est finalement porté sur les archives de Cyriel Moeyaert. « Pour moi, ce fut un moment magique », déclare Mark. « Cela signifie que l’œuvre de Cyriel sera non seulement préservée, mais aussi étudiée, analysée et approfondie par des universitaires. Son œuvre inspirera ainsi également les futures générations de chercheurs. C’est sans doute la plus belle manière d’honorer son œuvre de toute une vie. » 
13 août 2026 
(traduit par IA) 

mercredi 5 août 2026

Chants et danses au camp de Boulogne (1803-1805)

Un texte relevé dans Napoléon au camp de Boulogne, par Fernand Nicolay (1905).  Je n'ai pas retrouvé ces chansons dans les recueils de Michel Lefèvre.
 
Le camp de Boulogne, source Gallica

 
Fils d’un boulonnais, propriétaire des terrains historiques illustrés par la présence de Bonaparte et de l’amiral Bruix, je possédais de nombreux documents inédits concernant le camp de Boulogne. De plus, durant de longues années passées précisément au plateau d’Odre dans la propriété paternelle, j'ai recueilli sur place, les témoignages circonstanciés, les souvenirs fidèles de plusieurs vieillards, qui avaient vu, approché et servi Napoléon, ou avaient conféré avec lui. Telles sont les particularités qui m’ont décidé à publier ce livre.  
 
 […]
LES DISTRACTIONS DE LA GRANDE ARMÉE
Jeux divers, chansons de route, refrains boulonnais, danses... — Bal improvisé. — Marche du camp de Boulogne par les musiques militaires.
 
Non seulement on jouait quelquefois la comédie au camp, mais on dansait, on se distrayait, on chantait, soit entre les manœuvres, soit après les travaux de fortification, soit dans les marches militaires ; « et les vieux briscards », aussi bien que les jeunes recrues, s’en donnaient à cœur joie. Commençons par citer, comme spécimens de Chansons de route, quelques couplets typiques, tout en regrettant de ne pouvoir donner que des fragments, ou des strophes tronquées. En les lisant, on aura raison de ne pas trop se souvenir des règles du Parnasse :
Air : La boulangère a des écus

D'Mont-Lambert, mais pas du Tape-Cul (hameau de la forêt de Boulogne)
On voit bien l’Angleterre,
Oui on la voit, car je l’ai vue
J'ai bien vu l’Angleterre, j’ai vu.
J’ai bien vu l’Angleterre.
 
D’l’Angleterre z’orons les écus
Qui ne nous cout’rons guère
Oui elle en a plus que d’obus :
Partons tous pour la guerre, partons,
Partons tous pour la guerre !.
D’Bonaparte on voit les soldats
Couvrir toutes les terres, etc. 
 
Et les chansons de route se poursuivaient en une sorte de « scie » musicale, où figurent, à la manière de monorimes, les noms caractéristiques des villages boulonnais, formant d’originales cadences :

Vont à Alincthun
Et à Olincthun ;
Sont à Raventhun
Et puis à Baincthun,
S’en vont à Paincthun
Et à Florincthun ;
Passent à Raventhun
Et à Tourlincthun;
Vont à Terlincthun
Et à Godincthun ;
Puis à Verlincthun,
Etc

Sur l’air de « Il pleut bergère » se chantait l’espèce de litanie suivante :

Maninghen
Echinghen, 
Bouquinghen
Wacquinghen, 
Lédinghen,
Hardinghen
Lattinghen,
Tardinghen

Puis encore, toujours comme cadence rythmant le pas :

Conteville
Et Wimille,
Menneville 
Billeauville,
Cuverville
Bournonville...

Ou bien enfin : 

Watrezelle
Framezelle, 
Haringzelle
Waringzelle,
Etc

Bellebrune 
Valembrune,
Lozembrune
Gastebrune..

N’oublions pas un amusant refrain où un calembour, très fameux dans la région, était mis en œuvre en ces termes :

Wimille, Wissant, Neuville (8,809 villes),
S’arment en guerre,
Contr' Angleterre etc...   

La suite ICI 

[…]

La DANSE

Enfin on dansait au camp de « droite » et au camp de « gauche », sur le plateau d’Odre, aussi bien qu’à Châtillon et ailleurs encore. Non seulement les chefs le permettaient, mais ils y incitaient les soldats pour les tenir en activité et aussi en belle humeur. Un bonnet de matelote, un madras noué « à la poissarde » sur la tête d’un jeune guerrier distinguaient les « dames » des cavaliers... : et ce devait être la seule distinction (?) de ces danseuses improvisées, dont la chorégraphie ne se signalait vraisemblablement ni par la légèreté, ni par la grâce... N’importe! les quadrilles n’en avaient que plus d’originalité, et les galops se déroulaient dans un tourbillon vertigineux […]
La suite ICI 
 
source Gallica