dimanche 15 février 2026

Pierre Sonneville, alias Jacky Delson, compositeur, éditeur

 
en 1997

Sur les brocantes et marchés aux puces régionaux, je trouvais régulièrement des partitions éditées à Malo-les-Bains par un mystérieux Jacky Delson, que je n'arrivais pas à identifier. Les adresses ne correspondaient à rien dans les annuaires. Enfin un jour, sur un moteur de recherche je trouve ce commentaire sur un site (d'un ancien élève du collège d'Autun) maintenant disparu : Pierre Sonneville•, dit "BLAIR". On ne présente plus ce chef de musique émérite. Hélas pour lui, chargé des cours de solfège, il n'a jamais pu dépasser la première page du manuel. Grand adepte du magnétophone grâce auquel il s'évertuait vainement à faire aimer la musique classique. On raconte qu'il aurait composé la mélodie du succès international "un oranger sur le sol irlandais" (attribuée à Emile Stern). Selon d'autres sources, il composait des "twist" et des "madison" en se cachant sous le pseudonyme de "Jacky Delson" pour ne pas éveiller les soupçons de sa hiérarchie. Je contacte l'auteur [Bernard Mir] qui transmet mon message à Pierre Sonneville. Quelques mois plus tard, en 2006, j'ai pu échanger quelques mails avec ce compositeur : 
 
Mon père• était musicien amateur, violon et mandoline, ma mère a toujours rêvé de faire de la musique mais n'a pu réaliser son rêve donc tous deux ont reporté leur passion sur ma sœur et moi-même.  J'ai commencé par l'accordéon avec Abel LAMOTE comme professeur, j'étais très copain avec son frère Raymond LAMOTE, nous avions le même âge.  Puis ma sœur• et moi avons eu des cours par Mr Vandecastel
[Vandecasteele].  Ensuite j'ai étudié le saxophone au Conservatoire de Lille où j'ai obtenu un premier prix de solfège et deuxième prix de saxophone. La suite, service militaire en Allemagne où j'ai eu la chance d'avoir un sous-chef formidable qui m'a enseigné l'harmonie et encouragé à faire carrière, grâce a lui, concours de sous-chef réussi en 1950, me voilà donc affecté à Tunis au 4e régiment de Zouaves avec un patron d'une extrême gentillesse, c'est avec lui que j'ai "pondu" quelques "saucissons" comme on dit, son nom, Raymond RICHARD dit RICHARD de L'ILE•.
En 1957, affecté à l'EMP à Autun où je suis resté 11 ans. J’étais à Tunis lors des évènements pour l’indépendance, rien à voir avec le drame de l’Algérie,  les tunisiens manifestaient dans la rue et scandaient   « Ha-bib Bourguiba » sur l’air des lampions, c’est à dire deux longues syllabes  « Ha - - - Bib  - - - et trois courtes Bourguiba . . . ce rythme m’a inspiré et j’ai « pondu » un quatuor pour saxophone en mettant en application ce que j’avais appris en harmonie et contrepoint, je dois vous dire que c’est la seule composition que je trouve intéressante, malheureusement égarée au cours de mes nombreux déménagements, avec ce quatuor j’ai obtenu le premier prix des Rosati de Flandres vers 1956/57. Après Autun j’ai été affecté à Djibouti, reçu au concours de chef de musique, affecté à Amiens, puis à Rennes et enfin en Allemagne à Rastatt, près de Baden Baden où j’ai terminé ma carrière en 1980. 
 
Avec ce message il joint une photo et une coupure de presse parue en 1938 : " Jeunes prodiges à Saint Pol sur Mer - Deux accordéonistes de 6 ans et demi et 11 ans. — Dimanche dernier a eu lieu à Avion un grand concours international d'accordéon qui groupait 1.000 exécutants. Au cours de ce festival, deux jeunes, tout jeunes, Saint-Polois ont reçu deux premiers prix. Nous avons voulu aller voir et entendre ces jeunes prodiges et, conduits par M. Vandecastel [Vandecasteele], fils du chef de la jeune société l'Etoile dont les deux enfants sont membres, nous nous sommes rendu dans la coquette maison blanche où ils habitent chez leurs parents. M. Sonneville est chauffeur aux Ponts et Chaussée. Dès le seuil, la musique d’accordéon nous parvient et nous voyons le petit Pierre Sonneville qui, courageusement, à l’heure où d’autres enfants dorment ou jouent sur la plage, s’appliquait à faire sortir de façon impeccable les gammes et les accords difficiles d’une méthode presque aussi lourde que son instrument. La petite Josiane arrive bientôt, mignonne petit fille aux boucles blondes frisées, la figure souriante et pétillante d’intelligence. Elle est un peu timide, elle a laissé sa langue dans sa chambre, mais dès que nous lui demandons un morceau elle a perdu toute réserve, et son instrument se met à jouer "Simone", une valse à variation qui lui a valu son prix. Certes son jeu n’a pas toute la précision, mais ses accords et la recherche des effets font honneur à son maître M. Dehon, professeur de musique. Comme beaucoup ont pu la voir au cours de ses sorties, malgré la petitesse de l’instrument dont elle se sert, elle doit lever la tête pour pouvoir lire sa partition. Nous lui demandons son âge. Elle est née à Rosendael, le 15 novembre 1931 et ne joue de l’accordéon que depuis [?], elle est titulaire d’un 1er prix avec médaille et distinction de la 4e division A (enfants de moins de 9 ans) elle est d’ailleurs la plus jeune [??]. Mais petit Pierre, nous regarde un peu jaloux d’être oublié pourtant il ne le mérite pas car ses mérites sont au moins aussi grands que ceux de sa sœur. Il a 11 ans, étant né le 7 août 1927, à Rosendael, voici un an au mois de mai qu’il s’adonne à l’accordéon, son jeu de basses et la sureté de son exécution sont en tout point remarquables. Il travaille sur un magnifique instrument italien qui prouve combien les parents aiment la musique et ont confiance en les talents de leurs enfants. Il ne faut oublier qu’un accordéon coûte autour de 6.000 francs. C’est une somme et quand il y a deux musiciens dans la maison… Pierre Sonneville a remporté, à Avion, deux prix de 4e division B (enfants de moins de 12 ans), deux premiers prix l’un d’exécution et l’autre de lecture à vue, tous les deux remis à l’unanimité des membres du jury. Nous demandons à Madame Sonneville si elle a encore d’autres enfants. Certes non, car il aurait encore des accordéonistes dans la maison, avoue-t-elle en riant. Comme nous apercevons un poste de TSF, dans un coin de la salle à manger, nous nous étonnons qu’elle ait encore le temps d’écouter la radio avec une telle famille de musiciens. « C’est pour changer, nous écoutons de l’orchestre symphonique », pas le chant car la petite Josiane chante aussi, ou plutôt elle ne chante que les notes… nous quittons cette jeune famille d’ « artistes » en herbe, enchanté de la petite aubade et de l’excellent accueil qui nous fut réservé. 

• Pierre Sonneville est né à Rosendael 7 rue Marceau, fils de Jules Désiré, serrurier puis chauffeur aux Ponts et Chaussées, originaire de Sains en Gohelle et Raymonde Fossaert née aux Moeres. En 1951 il épouse Renée Andrée Ségui née à Alger en 1930, décédée à La Turbie en 2011, je n'ai pas encore relevé le décès de Pierre.
• Sa sœur Josiane est née également à Rosendael, en 1931, elle est accordéoniste, mais on la retrouve à Malo les Bains sur un programme de 1943 où elle se produit dans un numéro de danse de claquettes et acrobaties lors d'un concert de bienfaisance pour l'entraide des prisonniers rapatriés. Elle décède à Saint Martin les Boulogne en 2018.
• Raymond RICHARD, alias Richard de L'Ile, c'est un chef de musique, né à Paris  en 1911, décédé en 2005, il a dirigé la batterie-fanfare de la Garde Républicaine en 1947, puis il est chef adjoint de la Musique de la Garde Républicaine de 1965 à 1969, il en est le chef de 1969 à 1972, il termine sa carrière musicale, à Bois Colombes où il dirige le Conservatoire Municipal. Mais la SACEM nous apprend qu'il a également composé sous le pseudonyme de Rey CHARRYS ! avant 1960. Ce compositeur est très présent sur l'internet, pour de nombreuses chansons populaires et musique de danse, par exemple : C'est Bibi, java, interprétée par Rey Charrys et son orchestre musette ; Personne, chantée par Rose Avril ;  La Java à Milo, jouée par Maurice ALEXANDER ; Ce qu'on écrit sur le sable, chantée par Jean LUMIÈRE ; Nid d'amour, valse musette, jouée par Adolphe DEPRINCE ; Ma Nénette, valse musette, jouée par Ferrari, etc.
 
 
Richard De L'Ile édité par Jacky Delson

Les Editions Jacky Delson ont publié de 1952 à 1968, environ 50 partitions, imprimées à 1000 exemplaires chacune. L'adresse indiquée : 36 rue François Tixier à Malo les Bains jusqu'en 1962, puis 29 rue Jean Jaurès à Sains en Gohelle, est celle des parents du compositeur.
 
Catalogue
A la manouba, rumba boléro. Amoroso, tango. Andante et Scherzo, pour quatuor de saxophone (1956). Amour, valse. Au fil de l'eau, valse musette. Amour tendre, slow rock, musique de Pierre Sonneville, créé par Arthur Briggs, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1965). Baby, valse. Un baiser, une caresse, slow rock, musique de Jacky Delson, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1965). Balade en Toscane, paso doble (1958). Le balochard, java. Barque fleurie, boléro (1958). Bigre, java. Biloute, madison. Blairos, cha cha. Carnaval de Dunkerque, recueilli par P. Sonneville, enregistré par Ernest Vernet et son orchestre. Ce n'était qu'un jeu, tango. C’est ma grand-mère, valse musette. Le chat de la reine, paso. Chérinette, valse à variations. Le chevelu, jerk, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1966). Chez Amar, marche, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Ciel de feu, paso doble. Cœur frivole. Depuis longtemps, tango. Dis-moi, tango chanté. Douillette, valse à variations. El fulminante, tango. Épineuse, valse à variations. Esperandote, tango, une création d’Angelica, à la radio et à la télévision, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1966). Extrême orient, samba. Francette, valse à variations. Gaga-zogène, fox New Orleans. Ile de rêve. Insouciance, valse à variations. Je rêve de toi, boléro. Je ris, valse. Joli boléro (1958). Joli nuage, boléro, musique de Pierre Sonneville. Joyeux musicien, (le) musique P. Sonneville. Lointain rivage, boléro (1958). Kis Kiss, letkiss, musique de Pierre Sonneville. Loco paso. Ma loute, tango (1965). Ma mie chérie, valse. Ma parole, cha cha cha. Ma petite femme, boléro (1958). Mam’zelle letkiss, letkiss. Mon pays lointain. Musi-musette, valse, musique de Jean De Wilde et Jacky Delson (1957). Ne dit rien, tango. Noix de coco, cha cha cha. Nounous, Nuevo cha cha cha, musique de Bernard Stork* et Jacky Delson. Nuit bleue, tango. Nuit exotique, boléro (1958), Oasis, boléro (1958). Octobre, valse. Of the king, madison. On attaque, un indicatif du tonnerre, musique de Pierre Sonneville. Pichounette, tango (1965). Petite Henriette, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Pleureuse, valse à variations. Plus jamais, tango. Pour t'aimer, boléro (1958). Pour un baiser, boléro, musique de Sonneville*. Prix orange, cha cha, paroles de Bernard Storck, musique de Bernard Stork et Jacky Delson. Quelqu'un m'a dit, boléro (1958). Reniflard (le), tango(1965). Rêve oriental, boléro(1958). Reviens chérie, rumba boléro. Reviens moi, tango. Rock-Folie, rock, musique de Jacky Delson, Le Creusot, Edit. France Accordéon(1965). Rosette amour adoré, valse. Sables d'or, valse à variations. Sans bavure, paso doble, musique de Pierre Sonneville. Sans espoir, boléro, musique de Pierre Sonneville. Sans rivale, rumba boléro. Sinovia, paso doble, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Sois pas méchant, boléro, musique de Pierre Sonneville. Songe d'amour, boléro (1958). Souris à l’amour, slow rock, musique de Pierre Sonneville. Souvenir d’un jour, tango. Stop musette, valse, musique de Besson. Suenos pasados, paso doble (1958). Sur les bords de la Saône, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Tant je vous aime, tango. Tchaô, paso doble, musique de Pierre Sonneville. The hippies. Ton pays lointain, boléro, musique de Pierre Sonneville. Totoche, java. Tu me dégoûtes, boléro (1958). Une femme, boléro. Vas-y Louis. Viejos amigos, musique de Jacky Delson et Richard de L’Ile(1958). Yé-la !, cha cha cha musique de Pierre Sonneville. Zouzou, java.

 

dimanche 8 février 2026

Un fabricant d'accordéons à Lens

mise en ligne le 21/12/2015
mise à jour le 8/2/2026 ajout de CP
 
On trouve régulièrement sur des sites spécialisés ou sur des documents (photos ou partitions) des accordéons de la marque France-Accordéons : Roberti ou Bellini, avec l'adresse 111 boulevard Beaumarchais à Paris.
Ces instruments étaient fabriqués (peut-être seulement assemblés) dans des ateliers situés à Lens, 64 rue de Lille.


Henri Robert Lévi, né à Paris en 1896, est le fils de Léon, voyageur de commerce parisien, et Albertine Normandel, fleuriste d'origine normande. En 1916, sur sa fiche matricule, il déclare la profession de mécanicien, ensuite la mention "négociant en cycles", non datée, est ajoutée. Il s'inscrit au registre du commerce de Béthune en mars 1924 comme fabriquant d'instruments de musique et de… machine à laver. Son domicile est alors 32 rue de Paris à Montreuil sous Bois, et son adresse lensoise, 64 rue de Lille est mentionnée comme succursale. En 1935 il fait une modification de domiciliation, son adresse personnelle devient celle de Lens et la succursale est à Paris, 111 boulevard Beaumarchais. Il demande sa radiation du registre du commerce en février 1949. Il décède à Coimbra (Portugal) en 1956.

toutes les illustrations col. perso. sauf mention

On retrouve ces accordéons entre les mains de nombreux accordéonistes de la région. L'accordéoniste et compositeur dunkerquois Julien Christiaens jouait également sur un Roberti.



Georges Lefebvre (1919-1980) à Billy Montigny, avant de devenir le Parisien Jo Lefèvre.



Henri Dupont (1921-2021) a débuté sur un Roberti,



Camille Polfiet aussi, ici avec son Trio Swing, Pierre Duhautois à la clarinette et Ronnie Kerr à la guitare, sur une partition de Gilbert Faidherbe à Arras.





Roland Monnier (° 1922) de Loos en Gohelle avec son Roberti, en couverture de la revue Anche Libre, éditée par Philippe Krümm.

dessin de Patrick Delaval



Jazz enfantin Yvonne Rané et Maurice Vautier
lieu inconnu

André Sobry (1908-2000) et Lucienne Vandegeyrichte (1910-1982) vers 1930-1940 à Lens, rue Emile Zola

M. et Mme Sobry, Lens

Carlo Compagnoni, Denain (1940) puis Dunkerque 
collection Robert Santiago 

 
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Parmi les plaques photographiques dénichées à Harnes, il y a ces deux belles photos : le jeune Simon Druelle et son accordéon Roberti flambant neuf pose avec le Jaz Populaire Vendinois (1928-1937), à Vendin le Vieil et une école de musique non identifiée.






Ces trois accordéons étaient en vente à Roubaix en octobre 2005







jeudi 5 février 2026

La fête des rois en Flandre

mise à jour 25 octobre 2018 : deux photos signée Biebuyck 
mise à jour 16 décembre 2018 : photos de 1951, 1991 et 2009
mise à jour 14 janvier 2019 : deux vidéos
mise à jour 1 novembre 2020 : lien Rois Mages
mise à jour 2 janvier 2021 : Méteren 1947
mise à jour 9 janvier 2025 : à Dunkerque
mise à jour 5 février 2026 : en Flandre, 1978



filmés par Antoine Quaghebeur le 6 janvier 2019 à Saint Jans Cappel





un entretien avec les mêmes Rois et le témoignage de Maria Lapanne
qui a appris la chanson en suivant son père Maurice,
un des rois mages de Saint Jans Cappel, dans les années 1960.


 le fichier son est ICI




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Article paru dans Le Nord Illustré du 15 janvier 1910


"C’est une fête particulièrement populaire dans notre région où, malgré quarante ans de République, on tire encore les rois… Nous disons "malgré quarante ans de République" car sous l’Empire les billets du roi étaient jugés suspects, s’il faut en croire les très curieux "billets de l’Empereur" qu’il nous a été donné de voir récemment dans la collection de M. Pierre Decroix. On goûtera donc ce récit d’une des formes pittoresques sous lesquelles se présente la fête des rois en Flandre. Il est écrit par M. André Biébuyck, fils du distingué maire de Vieux-Berquin, et par conséquent bien placé pour connaître cette région fertile en vieilles coutumes.

Les Rois Mages à Meteren
Elles s’en vont, elles disparaissent, les bonnes vieilles coutumes qui firent la joie de nos pères. Le progrès les chasse, et bientôt elles n’existeront plus même à l’état de souvenir. En certains coins de Flandre pourtant, où la langue française n’a pas encore réussi à s’implanter complètement, il en subsiste quelques unes, derniers vestiges d’une époque moins prosaïque que la nôtre.
L’une d’entre elles se pratique encore annuellement lors de la fête de l’Epiphanie.
Ce jour là, le jour des Rois, s’en vont dans certains villages du canton de Bailleul, des jeunes gens aux costumes inattendus. Tout de blanc habillés, pantalon et chemise constellés d’étoiles de papier multicolores, coiffés d’un chapeau décoré de même et autour duquel pendent des dentelles, ce sont les "Rois Mages" qui s’en vont de porte en porte chanter l’antique complainte de l’Etoile de Bethléem. L’un d’eux tient au bout d’un bâton une roue ornée de fleurs et de rubans, qu’il fait tourner, à la grande joie des gamins qui les accompagnent. On les accueille avec plaisir les "Sterreken", et il n’est pas de maison, où ils ne reçoivent du pain, des gâteaux ou quelques sous. Ce qu’ils racontent, c’est l’histoire de la nativité et de l’arrivée à Bethléem des Mages conduits par l’étoile miraculeuse.

Avec l’étoile arrivèrent trois rois
De terres étrangères, de très loin

La traduction ne pourrait rendre que très imparfaitement la charmante simplicité de cette chanson. Certains couplets sont d’une naïveté délicieuse. Dans la crèche, la Vierge avec l’Enfant Jésus et Saint-Joseph sont mourants de faim alors…

Marie va dans la boulangerie
Achète un petit pain et le partage en trois

Et cela se chante sur un vieil air, composé en même temps que les paroles par quelque Liedzanger inconnu.
 

Aussi la traduction française ne s’adapte-t-elle que très imparfaitement à cette mélodie qu’il faut avoir entendu avec les accentuations rudes et gutturales d’une langue germanique pour en goûter tout le charme étrange.
Combien d’années encore verrons-nous les "Rois Mages" Le français gagne de jour en jour. Le flamand s’en va et avec lui les vieux usages qui y étaient trop intimement liés pour pouvoir vivre sans lui. Si vous voulez voir les "Sterreken" allez à Meteren en Flandre le jour des rois."

Texte et photographie d’André Biébuyck

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J'ajoute ces deux photos signée Biébuyck, parues dans La France à Table, juillet 1951.


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Une autre image, capture d'écran de la télévision, de mauvaise qualité hélas, lors d'une série de diffusion de documents des années 1960 sur la télé régionale France3



les même rois mages que l'on retrouve en situation sur la route de Bailleul, en direction d'un lieu-dit prédestiné

collection Stéphane Verstaevel

Le CNRS a mis en ligne récemment un film réalisé le 6 janvier 1978 par Jean Dominique Lajoux, "en Flandre" sans donner la localisation. Mentionnés : Alphonse Dormieu et Jean-Marie et Christian Plamon. Merci à Agnès qui m'a transmis le lien : ICI
 

J'ajoute ces deux photos extraites du documentaire, non localisées et non datées.
 

  
 
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En 1991, Stéphane Deheegher, Alain et Claude Belpalme, "les derniers rois mages de Flandre flançaise" avaient repris le flambeau en 1985

Le Nouveau Nord, décembre 1991


En 2000, César Storet et ses amis de l'association De Katjebei relancent la tradition autour de Saint Jans Cappel

François, Florent et César
La Voix du Nord 29 décembre 2009


Une étude sur les chant des Rois Mages par Florimond Van Duyse (en néerlandais)

la tradition est aussi présente en Flandre Belge

source

collection personnelle

et à Bruxelles



cette année pas de quête pour les rois mages
la Voix du Nord, 3/1/2021

 
vu par Simons

 
 
 
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C'est aussi le temps de la galette
 
à Dunkerque, deux témoignages :
Jan des Dunes, dans le Nord Maritime du 9 janvier 1922, nous dit que le Koeningkoeke était offert gracieusement par le boulanger à sa clientèle régulière.


autre témoignage dunkerquois : l'arrivée des galettes feuilletées parisiennes en janvier 1922 et leur diffusion grâce à une "femme légère". Merci à Colette pour ce partage



mardi 27 janvier 2026

Bart en Klerktje

mise en ligne 29/12/2009
mise à jour 27/1/2026 : ajout de deux enregistrements, nouveau fichier
 
Bart en Klerktje – Brugge – 1981
Concert au théâtre de Bruges le 3 octobre 1981



02-De twaef glaezen (trad)
03-De schooiere (Joris Declercq/Willem Vermandere)
06-Klein wentje van Elverdinge (Willem Vermandere)
08-Vertrek naer Island (trad)
10-Drinke liedtje (trad)
11-Cécilia (trad)
13-De wonderbare genezing (Willem Vermandere)
15-Pot pourri (trad)
16-De barmhartige samaritaan (Rossey/Willem Vermandere)
18-Nee'w we goan nus vlams nie laot'n (Joris Declercq/Willem Vermandere)

Raymond Declerck, dit Kerktje : chant, harmonica
André Rouzet, dit Bart : chant, guitare
Photo : Christian Declerck

Klein wentje van Elverdinge


téléchargez  ici

162 téléchargements au 1/6/1013



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Dans les archives d'Het Reuzekoor il y a ces enregistrements de mon père :
• Duo a cappella Bart/Kerktje : Nee'w we goan nus vlams nie laot'n
• Solo a cappella Klerktje : Pot pourri, Jalousie, Pour Vivre, Romance de Maître Pathelin
téléchargez ICI nouveau fichier
 
 

vendredi 23 janvier 2026

Collectages en Flandre Française

mise en ligne le 6/1/2010
mise à jour le 23/1/2026
 
Troisième cassette des collectages mis en dépôt voir détails ici, celui du Collectif de chant flamand d'Hazebrouck, ce n’est sans doute qu'un extrait du collectage car les numéros de chansons annoncés vont de 1 à 15 et de 65 à 88. Ce collectage a été fait par Martial Waeghemaecker et André Marie Despringre.

Soit 39 chants, dont je ne me risque pas à vous donner les titres, si un flamandophone veux bien contribuer. On peut sans doute en trouver une partie au bas de la page.

téléchargez ici

402 téléchargements au 1/6/2013

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J’ajoute un enregistrement trouvé dans la discothèque de Klerktje décédé en 2005. C’est une cassette avec cette mention « collectage vlaemsch ». Elle contient une dizaine de chansons, les neuf premières sont interprétées par Andréa Lambrecht-Vansynghel (1914-2006), berguoise, mère de Marie-Christine Lambrecht, présidente de l’association Het Reuzekoor. Je n’ai pas encore pu identifier le chanteur de la 10e chanson. Merci à Edmonde Vanhille pour l'identification des titres.


01 En als ze moste dood gaen
02 En boven de lucht
03 Kleen kreukelgatje
04 'T was een kindje evaellen
05 Wien gaet er mei
06 Overal overael, waerdan de meisjes zyn
07 Ze 'n is niet ziek
08 Melle, Melle met je vuule dikke bille
09 Eenen fraeyen man
10 Den eersten maend van't jaer

téléchargez  ici

130 téléchargements au 1/6/2013

Une transcription/traduction et une étude sur la dernière chanson est disponible sur le blog de Philippe Simon

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J'ajoute les partitions de collectage publiées par Jean-Paul Sepieter dans Musique du peuple flamand. Collectage réalisé par le Collectif Chants de Flandre créé en 1978 lors de l'Université populaire flamande, dirigé par Martial Waeghemagher, avec le soutien d'André-Marie Despringre.
 
Tisje-Tasje, par André Debruyne, Abeele (B), collectage. M. Waeghemaker 1976
Myne man komt thuus, par Mme Justine Luyssen, Boeschepe, Le Key, coll. André Cheroutre, 1978
O ratten en muizen, par M. Faveeuw, Houtkerque, coll. Bachten de kupe, 1968 
Veulemoeye, par J. Luyssen, Boeschepe, Le Key, coll. André Cheroutre, 1978
't was een aapje, par M. Stoffaes, Eecke, coll. Vandenberghe, transcription Despringre
Den haring, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker, 1976
Metje Metje, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker, 1976
Speutevink, par Mme Justine Luyssen, Boeschepe, Le Key, coll. André Cheroutre, 1979
Liedeken van het Geitje, par Mme Justine Luyssen, Boeschepe, Le Key, coll. André Cheroutre, 1978
Den strond, par Mme Justine Luyssen, Boeschepe, Le Key, coll. André Cheroutre, 1978
Moeder duud open, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker, 1976
Mitje Kapoen, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker, 1976
Zim ma boema, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker, 1976 
Wy zyn allen muzikanten, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker 1976
Overal, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker 1976
Jan Smet, par M. Debruyne, Abeele (B), coll. M. Waeghemaker 1976 

 

jeudi 22 janvier 2026

le Géant du Nord

mise en ligne le 8/2/2022
mise à jour le  22/1/2026 : ajout d'infos sur la dédicataire

ou Le Carnaval de Dunkerque


C'est le titre d'une composition de Joseph Bernard WOETS, qui vient de faire l'objet d'un article dans une publication distribuée dans les boîtes aux lettres dunkerquoises ICI. J'y suis plusieurs fois cité, le journaliste m'avait contacté à propos du compositeur, que je connais bien, mais je n'avais pas vu la partition. Par chance au même moment elle était en vente chez un bouquiniste sur internet, la voici désormais dans ma collection, à côté des autres œuvres de ce compositeur dunkerquois méconnu.

La partition
Je connaissais le titre par une mention dans le Journal Général d'Annonces des Œuvres de Musique de 1827. Il n'y a pas d'exemplaire déposé au dépôt légal, elle est donc absente des collections de la BNF. C'est une série de huit variations sur un air bien connu, le Reuzelied, la chanson du géant de Cassel. La lithographie est censée évoquer Dunkerque, on y devine le beffroi et l'église Saint Eloi, que l'on reconnait grâce à son péristyle à la grecque, œuvre de l'architecte Victor Louis, construit en 1783. S'ajoutent quelques personnages costumés en arlequin, pierrot, polichinelle, etc. qui suggèrent la période du carnaval. Et l'on remarque un géant costumé à la turque, qui ne ressemble en rien au Reuze dunkerquois. Joseph Bernard n'a jamais vu le Reuze, il est né en 1783, 9 ans après sa dernière sortie. Le géant ne ressortira que bien plus tard, en 1840, pour des œuvres de bienfaisance.

Le compositeur

Joseph Bernard WOETS (1783-1878) est le fils de Guillaume, maître de clavecin et organiste de l'église Saint Eloi, qui lui donne ses premières leçons de musique et de piano. Par sa mère, Thérèse Sabrié dite Naudy, il est le cousin de Bernard Coppens d'Hondschoote, époux de Marie de Lamartine, sœur du poète. En 1800, il est admis au Conservatoire de Paris où il reçoit les lecons de piano de François Adrien Boïeldieu et d'harmonie par Henri Montan Berton. En 1801, à 17 ans, il interprète une sonate de sa composition dont les idées neuves et la délicatesse de l'exécution le font remarquer de ses concitoyens. De 1806 à 1808, il agrémente des compositions les séances publiques de la nouvelle Société d'amateurs des sciences et des arts de Lille. Après ses études, il enseigne le piano à Rouen, puis à Gand où il épouse, en 1818, Flavienne Gras, sœur de Victor, premier violon à l'Opéra et futur époux de Julie Dorus, célèbre cantatrice du milieu du XIXe siècle.  En 1819, il revient à Paris et donne plusieurs concerts, notamment le 1er avril 1823 où il crée son 3e concerto pour piano opus 40. Il a parmi ses élèves parisiens la jeune Maria Garcia qui deviendra la grande cantatrice Maria Malibran. Les critiques de ses concerts sont louangeuses : Il est du petit nombre de ceux qui ont fait ressortir leur nom du groupe des artistes, la hardiesse et le fini de son exécution l'ont toujours rapproché de Kalkbrenner [source]. En 1835, il a déjà publié 98 ouvrages. C'est à cette époque qu'il s'établit à Tours pour enseigner la musique au Collège royal. Il anime la vie musicale de la ville durant plus de quarante ans, continuant de composer et donner de nombreux concerts. Son épouse étant décédée peu après son arrivée, il se remarie en 1840 avec Laure Foissey, de Watten, professeur de piano et petite fille de l'ancien chef d'orchestre du théâtre de Dunkerque, Jean Baptiste Ponsignon. Il a laissé de nombreuses compositions dont plusieurs concertos pour piano-forte, des sonates, beaucoup de rondeaux, fantaisies, divertissements, airs variés et de nombreuses romances ; plus de 80 partitions de ses œuvres sont conservées à la Bibliothèque Nationale de France.
 
La dédicataire 
Le compositeur a dédié sa composition à Mademoiselle Octavie PLACE. Sur les sites de généalogie on trouve plusieurs personnes portant ce prénom avec ce nom, mais peu ayant vécu avant 1850, et je n'en ai trouvé qu'une pour le début du XIXe siècle. La seule qui correspond aux critères : être parisienne, née bien avant 1827 et dans un milieu bourgeois : c'est Philippine Octavie PLACÉ, qui est née à Paris, paroisse Saint Sulpice le 30 octobre 1808. Son père Jean-Louis Samuel Henri est professeur de dessin, mais sa mère Louise SÉJEAN, gérante d'un institution d'éducation de jeunes filles, est très intéressante, elle est la fille de l'organiste renommé Nicolas SÉJEAN 1745-1819. Organiste de la Chapelle du Roi, de la Chapelle Royale et de St Sulpice, neveu du compositeur et organiste Nicolas FORQUERAY, il fait l'objet d'une importante notice dans la base Musefrem. Ce qui confirme mon hypothèse sur la personnalité de la dédicataire. Octavie meurt l'année suivante de la parution de la partition, le 29 novembre 1828. Elle est inhumée au cimetière de Montparnasse,  le 1er décembre.
 
 Christian Declerck

Merci à Roch Vandromme pour le déchiffrage, et à Christophe Plovier pour le scan du journal gratuit