mercredi 30 novembre 2022

La famille Reubrecht

Fernand Verstraete est le seul à mentionner cette famille d'accordéonistes dans son indispensable livre De l'accordéon au trombone. Il nous donne des informations inédites recueillies, certainement, auprès de ces musiciens.


source : De l'accordéon au trombone

Vers 1900, arriva à Roubaix, Alexandre Reubrecht, né à Ploesteert (B) [sic, en fait Ploegsteert, mais Alexandre est né à Wulvergem en 1841] […] Les trois fils [François, Léon et Jules] pratiquent l'accordéon diatonique et adhèrent à la célèbre société chez Florimond [Verleyen]. Après quoi, vers 1913, ils passèrent à l'accordéon chromatique.

source : De l'accordéon au trombone

François Reubrecht, qui est le plus doué, interprète des valses de Strauss, de Waldteufel et les airs de 1900. En 1924, François va s'installer à Calais où il ouvre un café-restaurant-dancing [Le Moderne, 22 rue des Thermes]. Et il innove, les cinq musiciens jouent des airs à la commande, les tarifs étant sur chaque table. Une ouverture (opéra ou fantaisie) coûte 0,75 F, une fantaisie sélection 0,30 F, une grande valse 0,50 F, un boston, une sérénade, une polka 0,40 F, un fox trot, un one-step, un paso-doble, une marche 0,30 F. Les musiciens alternent avec un grand orgue de foire.

le café Le Moderne à Calais vers 1925
collection personnelle

Café Le Moderne, quelques années plus tard
collection personnelle

François Reubrecht fils, après de sérieuses études musicales, réputé comme pianiste, n'hésitera pas à se tourner vers l'accordéon, interprétant dans un style moderne les succès anglo-américians des années 20. En 1945, il fut nommé professeur de musique et d'accordéon à Calais, puis à Boulogne sur Mer jusqu'à sa retraite, [dans les années 1950-60 il jouait au Portel, dans le dancing l'Alhambra]

Léon Reubrecht, deuxième fils d'Alexandre, s'inscrivit dans la lignée ; il interprétait les morceaux de bravoure de l'époque, tels que Perles de Cristal, Galants Bavardages et autres soli, écrits pour trompette ou flûte. En 1925, il reprit, lui aussi à Calais, près de l'hôtel de ville, un café où l'animation était fournie par un orgue à rouleaux de fabrication britannique. Léon l'accompagnait avec son accordéon et son jazz [voir la machine infernale]. Ce duo insolite attirait la clientèle.




Jules Reubrecht, le benjamin, techniquement moins doué que ses frères, connaissait parfaitement le répertoire populaire : Nuit de Chine, Griserie, Cordioneux [sic]. Instable ou itinérant ? en 1925, il reprit, à Roubaix, l'estaminet Aux Cloches de Corneville, à l'angle des rues d'Arcole et du Fontenoy. Deux ans plus tard, le voilà à Lille, place Casquette. L'année suivante, il s'installe à Petit-Fort-Philippe, près de Gravelines. Enfin, en 1934, Paris le tente. Mais il n'a pas le style musette ; les cachets se faisant rares, il devient vendeur de chansons de rue, son fils Albert l'accompagnant pour pousser la romance. En 1939 la guerre, la guerre mit fin à sa carrière.

Albert Reubrecht, son fils, le dernier Reubrecht, est né au Blanc-Seau, à Tourcoing, le 24 juillet 1920. Sa voix ne répondait pas à ses espoirs d'une carrière de chanteur ; en autodidacte, il se tourna vers l'accordéon sous l'influence des musiques américaines et françaises et il reprend, cette fois comme accordéoniste, la vente de chansons de rue à travers toute la France. Il composa quelques morceaux, mais ne put les transcrire faute d'études musicales. Conseillé par son cousin [par alliance], Adolphe Deprince, il se décida à apprendre le solfège ce qui lui ouvrit, par examens réussis, en 1945, les portes de la SACEM. Humant l'air du temps, il américanisa son nom et signa, désormais, Francis Baxter. Avec André Verschuren, il fonda l'Edition Présence qui sera en contrat avec beaucoup d'accordéonistes du Nord : Deprince, Aimable, Emile Decotty, Edouard Duleu, Maurice Larcange, Jo Lefebvre, V. Marceau, Fred Alban. Et aussi, des compositeurs roubaisiens : Georges Ghestem et le député communiste Florimond Bonte.
Dans son catalogue, des titres sentent bien notre terroir : Les Roubaignos, C'est parti mon ch'timi, Braderie-Polka, Nord-Polka, Le Gros Quinquin.  Une de ses chansons, Printemps Avril Carillonne, paroles de Guy Favereau, fut sélectionnée pour représenter la France, en 1961, [chantée par Jean-Paul Mauric] au Concours de l'Eurovision. Elle se classa quatrième.

Charles Vertraete, extrait de De l'accordéon au trombone, 2000

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Dans son énumération, Charles Vertraete oublie de mentionner une fille de François, Adèle Reubrecht, la joueuse de batterie qu'on voit sur les deux photos prises au café Le Moderne. Elle épouse à Calais en 1924 l'accordéoniste qui est à ses côtés, Adolphe Deprince, et devient parolière sous le pseudonyme de Darly.

Informations généalogiques : Pierre Alexandre Reubrecht, le grand-père, né à Wulvergem le 13 juillet 1841, scieur de long, puis affuteur de scies, s'établit d'abord à Armentières en 1887, puis habite à Warneton en 1889, Nieppe en 1890, retourne à Ploegsteert en 1892 et enfin à Roubaix en 1906. Il épouse Idalie Pauline Dekeirel à Ploegsteert en 1883 et meurt à Calais, 34 rue Royale le 27 novembre 1923.
François Alexis, né à Ploegsteert le 19 mars 1884, épouse à Roubaix le 7 juin 1904, Maria Clémentine Poignie, il exerce les professions de voilier, cabaretier, hôtelier à Calais pour terminer comme marchand de poissons à Guines, rue Georges Clémenceau. Son épouse meurt à Landrethun-le-Nord le 11 juillet 1969. Ils ont quatre enfants, François Pierre (voir plus haut) né à Roubaix le 29 octobre 1904, décédé à Condette le 16 octobre 1973, Adèle Clémentine née à Roubaix le 12 janvier 1906, décédée le 12 janvier 1976 à Montreuil-sous-Bois (voir ci-dessus). et deux autres filles, Florence et Angèle qui n'ont pas d'activité musicale à ma connaissance.
Léon Pierre est né à Armentières le 6 février 1887, il est mort à Calais le 13 janvier 1969. Il est domicilié à  Armentières 182 rue de Fontenoy en 1906, il est apprêteur, en 1925 à Calais et en 1931 à Calais 2 rue Paul Bert, il est cafetier. Pas d'union connue.
Sur Jules Alexis Reubrecht, né à Ploegsteert le 27 décembre 1892, mort à Draveil le 30 juillet 1972, époux de Clemence Vermeire (1890-1952),  je n'ai pas plus d'information que Charles Verstraete (voir plus haut).


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deux partitions éditées par Albert Reubrecht
dont une composition d'Adrien Marès
collection personnelle


Printemps, Avril Carillonne
Concours Eurovision 1961







vendredi 25 novembre 2022

Louis Vermesse (1837-1865), lexicographe

publié le 16/11/2022
mise à jour le 25/11/2022 : ajout d'un lien vers L'amusement d'un Lillois

source


Louis VERMESSE est né à Lille le 6 septembre 1837. Ses parents tenaient une boutique d’épicerie* et de liquides dans un quartier habité, en grande partie, par des ouvriers parlant habituellement le patois de Lille. Enfant, il était employé à ce petit commerce. Cette circonstance a, sans nul doute, contribué puissamment à faire de Vermesse un écrivain, un lexicographe. Il était d’un caractère peu ouvert, craintif même, mais observateur. Il écoutait beaucoup, parlait peu et puisait dans les conversations de ses clients de précieux matériaux pour la composition de l’ouvrage auquel il a consacré plus tard plusieurs années de travail. Peu à peu, il se fit connaître par des articles insérés dans les journaux du Nord de la France et de la Belgique, et dans lesquels il s’occupait des mœurs et du langage du pays. Il écrivit aussi nombre de comptes-rendus de concerts et de concours de musique et fut, pendant quelque temps, le correspondant de plusieurs journaux de Paris, notamment de L'Orphéon et de la France Chorale. Il a publié à l’âge de dix-sept ans, une petite brochure devenue rare et intitulée : L’amusement d’un Lillois. C’était une collection d’articles traitant des coutumes de l’ouvrier de Lille, de ses fêtes, de ses chansons, de son idiome. Sa Lettre sur le Patois, qui a eu un certain succès, prouva qu’il connaissait à fond le vieux langage lillois. Il composa, en outre, une biographie complète du chansonnier populaire de Lille, connu sous le sobriquet de Brûle-Maison. Cet opuscule est fort intéressant, mais ce qui, surtout, le rend curieux, c’est que l’auteur établit que tous les écrivains qui se sont occupés du vieux trouvère l’ont, par erreur, appelé de Cottignies ou Decottignies, alors qu’il résulte de ses actes de baptême et de mariage que son vrai nom est : Cotigny. Il paraît que cette erreur a été primitivement faite par André-Joseph Panckoucke, célèbre imprimeur qui, sous le pseudonyme de Platiau, publia, en 1745, un poème héroïque en vers burlesques sur la bataille de Fontenoy, et dans lequel il a donné des notes biographiques sur Brûle-Maison. Le Vocabulaire du Patois Lillois parut en 1861. […]

La suite ICI


source

* Je n'ai pas trouvé de mention de la profession d'épicier de ses parents. Son père, Jean Baptiste (1794-1857) est brigadier chef de la police à son décès, sa mère, Henriette Flore Joseph Debachy (1809-1848)  n'a pas de profession déclarée. Ils sont domiciliés rue Saint Genois ; c'est dans cette rue qu'est né Louis et c'est au n°13 de la même rue qu'il est mort, il est alors marchand de lingerie. Il épouse Angélique Joseph Morelle à Ronchin le 9 février 1859, il déclare la profession de commis, sans précision.



source BNF


- Le Broquelet d'autrefois et le Broquelet d'aujourd'hui
- Le plat à barbe lillois (le perruquier Maes-Hennion)
- La braderie
- Le moulin de Lesquin
- le théâtre des jeunes Lillois, ou une représentation de Joseph vendu par ses frères
- Le lundi de Pâques
- Brûle-Maison
- Le tir au canard



lundi 7 novembre 2022

Le père Lachique, marionnettiste à Arras

Dans une page précédente, concernant Léopold THOMAS, j'ai mentionné un texte en patois où il décrit une séance de marionnettes à Arras pendant son enfance, dans les années 1870.




La mémoire de Léopold fait défaut, le père Lachique se nommait MANEUVRE François Joseph, né à Arras en 1803, époux d'Adèle LEQUIEN, cordonnier de son état. Il a eu deux fils prénommé Paul, l'un né en 1834 et mort célibataire en 1895, qui était peut-être aussi marionnettiste et Paul Théodore, né en 1844 et mort en 1912 à Angres. En tout cas, François MANEUVRE était bien domicilié "au numéro quanrant' quatr' dé l'rue des Traus-Visages" comme le mentionne son acte de décès en 1875.

source


Léopold THOMAS, poète patoisant (1869-1939)

 

La chanson des pontonniers (1925)
collection personnelle

Le journal Le Beffroi d'Arras publié régulièrement ses œuvres. J'ai rassemblé les chansons et les poésies patoises. mais il y a aussi plusieurs chroniques et autres textes en patois et en français que je vous laisse découvrir ICI

En juin 1925, il reçoit une triple récompense des Rosati : "Notre concitoyen Léopold Thomas, poète patoisant, chansonnier arrageois, officier d'académie, vient d'obtenir, au concours des Rosati de Flandre, Artois et Picadie, les récompenses suivantes : Une mention pour son Etude sur un patois ; une mention pour son envoi L'avenir du patois ; une mention pour sa poésie patoise Promesse de mariage. En outre, le jury du concours a retenu, pour le concours des Pagi du Nord de la France, un sonnet intitulé : Les Cloches du Carillon."



Sommaire

A min député
Arras, tour ed Babel, air connu
Arrosseuss’, laveuss', balayeuss', air Savez-vous le shimmy ?
Au chalet de nécessité, air J'irai voir ma Normandie
Ch'panier à quiens
Chau qu' j'ai vu aux courses
Chervell’s d’ojeux
Cinéma à l’eul, air Cadet Rousselle
Contre la chaleur
Debout le Nord
Des rêves, air Le plus joli des rêves
Dos min Jacques (pour son petit fils), air De t'éveiller il n'est pas l'heure encore
Duvet et diabète
Et nous canons
Faut d'l'argent
In v’là des vœux
J'ai dégoté in log'mint, air Mon appartement
J’ai des leunett’ in écalle
J'cache in horloche, air Le régiment moderne
Je suis piqué, air Au bal de l'hôtel de ville
L’align’mint, air A la façon de Babari
L’langue Huronne
L’passerelle, air Les pioupious d'Auvergne
L’romance dé ch’légouttier
L'sirène au fu, air Je suis pompier
L’tomberau automobile, air connu
L'ville sans leumière
La leçon de Landru
La moto-pompe, air En r'venant de Longchamps
Le 33e défile, air Lisette, Lison
Le bâton des agents
Le cheval empaillé
Le long du Crinchon, air Tout le long de la Tamise
Le rire se meurt
Les bustes en ballade, air Le lilas blanc
Les lanciers du préfet, air connu
Les pompiers d’nou païs, air connu
Lettre à un proprio, air Envoi de fleurs
Marchand d’frites, air Marchande de marée (La fille de Mme Ango)
Matinée au orphéonisses, air Avec l'ami Bidasse
Min tiot pat’lin, air Ça vous fait tout de même quéqu' chose
Minteux attintion
Rein’s d’Arras
Sérénade à la poubelle, air Sérénade de Toselli
Souhaits et désirs pour 1922
Stances à min beffroi (1910)
Totos et mercantis, air connu
V'là les douches, air Ah ! j'attends


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Choses et gens de chez nous
dédié à son ami Paul Ardaens (Petite-Synthe 1899, Arras 1984) directeur de La Vie Arrageoise

publié en 1911
collection personnelle

Sommaire

L' ju d' jav'lot
Les comètes (18 mai 1910)
L' jour ed' l'an
L' conseil ed' révision
Andouillettes et Cœurs d'Arras
Tout rinquérit
L' départ ed' la classe
Anastase à l' foire (1910)
In' tournée aux frit's et marrons
A l'port' du théâtre, Les mégotiers
Les figurants au théâtre, saison 1909-1910
Ch' marquer à tiens et à ojeux, inauguration 7 mars 1909, air Le P'tit Quinquin
Les guetteux d'Arras
Les fêtes de quartier, place du théâtre, air du Carillon de Midi
A min beffroi, léchafaudage est enlevé, 1910
In représentation chez "Lachique" (Paul Manœuvre [sic], montreur de marionnettes)
Saint Nicolas
A mes anciens maîtres, cantate (1910)
Le départ du p'tit Château (expususion des habitants du T'tit Château), air le Chant du Départ
Un nouvieu-né, pour le premier numéro de la Vie Arrageoise, 10 janvier 1910
Les liquidateurs, air Les commis voyageurs
Guilain chez Ripolin, scène chez le dentiste
Y-a trinte ans, aux anciens du quartier Mouff'tard
Les rues d'Arras in canchons, air Le pendu de Saint Germain
Aux jouteurs arrageois, joûtes de 1909
Les tramways à Arras, air Cadet Rousselle
In' pluie d' candidats, élections législatives du 24 avril 1910
Les malédictions d'un blackboulé
Ouvrier et député, air Ça vous fait tout de même quéqu' chose

lundi 31 octobre 2022

Un collectage de 1916

Pendant la guerre 14-18, des linguistes allemands ont collecté des prisonniers de toutes origines. Les enregistrements, qui ont échappé aux destructions de 1940-45, sont conservés à la Humbold Universitad.


extrait de la conférence ci-dessous


Une conférence de Jean-Luc Vigneux donnée le 16 novembre 2019 au Théâtre d'Animation Picard Chés Cabotans d'Amiens.
Les plus anciens enregistrements en langue picarde qui nous sont parvenus ont été gravés en 1916. La chose est établie, documentée et dûment archivée… à Berlin ! En ouvrant récemment ses archives sonores, Humboldt Universität a permis à une multitude de langues ou dialectes du monde entier de découvrir nombre de témoignages oraux jusqu’alors inconnus. Arménien et hindou, ou basque et franc-comtois, sont du lot. Le wallon et le picard en sont aussi ! Remonter dans le temps ne serait qu’anecdotique si ces sillons picards n’apportaient rien sur la langue et son évolution. Ce n’est assurément pas le cas : à l’écoute des documents, nous découvrons la prononciation réelle et nous interprétons mieux sa transcription d’époque. Nous notons aussi que cette connaissance s’inscrit dans la naissance de la tradition folklorique régionale. Mais au fait, dans quelles conditions furent réalisés ces enregistrements ? En pleine guerre mondiale, comment les aspects populaires et scientifiques prenaient-ils le pas sur les stratégies militaires ? À quoi peuvent aujourd’hui servir de tels documents ? Jean-Luc Vigneux tâchera de donner des amorces de réponse à ces questions lors d’une conférence illustrée par l’écoute d’extraits d’enregistrements picards plus que centenaires. En filigrane demeure une interrogation : sont-ce bien là les toutes premières traces orales du picard ?… La question ne sera pas éludée.
[…]




chanson collectée, lue à 45'50"
et chantée ici


mais le premier enregistrement en langue picarde serait les 17 faces de Félicien Drumez, dont on cherche toujours la trace.

mentionné à la fin de la conférence
la source des photos est sur ce blog


dimanche 30 octobre 2022

Le curé de Millam n'aime pas les joueurs de violon





Watten le 19 novembre 1833
A Son Excellence M. le comte d'Argout, Pair de France, Ministre de l'Intérieur et des Cultes, à Paris. 
MONSIEUR, Sans doute il a toujours été dans les intentions de votre Excellence que les curés desservans de la religion catholique employés dans cet état soient honnêtes envers le public ; mais cette volonté de Votre Excellence n'a pas été remplie à mon égard de la part de M. Deschodt, desservant de la commune de Millam.
Le 9 du présent mois de novembre, je me suis présenté à sa maison accompagné de la Dlle Mélanie Nédonsel, ma future épouse, pour demander à cet ecclésiastique de vouloir bien publier au prône de la messe paroissiale les dimanches 10, 17 et 24 du présent mois, nos promesses de mariage vulgairement dits bans. C'est avec une brutalité sans exemple que nous avons été accueillis d'abord, et ensuite ce ne fut que par des paroles grossières et malhonnêtes que la demande que nous faisions fut rejetée.
Cet ecclésiastique, monsieur, nous a refusé son ministère pour seule cause que je professe l'état de musicien et joueur de violon. 
Le 12 du courant ce même ecclésiastique a fait appeler à son domicile ma future épouse Mélanie Nédonsel, pour l'interroger sur quelques points de notre religion ; c'est alors qu'il a tenu un discours audacieux à ma charge conçu en ces termes : « Ma fille, vous proposez-vous absolument de vous marier avec Denis Gugelot ? » Après une réponse affirmative, il s'écria en disant : « J'aimerais mieux, si j'étais à votre place, me coucher à côté d'un « diable, oui à côté d'un serpent et des animaux les plus monstrueux et dévorans qui existent sur la terre et dans l'enfer, en ajoutant qu'un tel musicien ne peut être absous d'aucun confesseur, pas même au moment le plus périlleux de sa vie, et par conséquent son âme est damnée ainsi que la vôtre si vous contractez mariage, ainsi que vos enfans qui naîtront. » 
Je dois vous observer, monsieur, que d'après ces discours infâmes ma prétendue est sur le point de rompre et de briser les promesses qu'elle m'a faites. C'est cette conduite de ce curé envers moi qui me porte, monsieur, à adresser directement ma plainte à Votre Excellence et de la prier de vouloir bien mettre fin à toutes ces vexations. — Dans l'espoir , etc. 
Signé Denis GUGELOT, âgé de 35 ans.

Lettre publiée dans Le Mémorial Artésien du 19 février 1835, pour compléter un échange de courriers entre la rédaction du journal, le maire de Millam, Antoine Pelerein et le curé L. Deschodt, qu'on peut lire 

ICI



Epilogue :
Martin Louis Denis GUGELOT, né à Watten le 11 novembre 1798 épouse Mélanie Virginie NÉDONSEL à Millam le 27 novembre 1833. Je ne sais pas s'ils ont trouvé un prêtre pour le mariage religieux. Denis meurt à Watten en 1851, Mélanie en 1847 dans la même commune.


Source