mardi 3 août 2021

Auguste Labbe, dit César La Tulupe, 1867-1947

mise à jour le 3/8/2021 : ajout tombe de Victor Absalon
mise à jour le 3/10/2019 : ajout du recueil de Chansons rosses
page mise en ligne le 8/8/2014

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à la demande d'Agnès, fidèle lectrice de ce blog.


Auguste Labbe
collection personnelle

Auguste Labbe est l'auteur de chansons restées dans la mémoire des Lillois : L'carette à quiensSi j'avos su j'aros resté garchon et aussi Les camanettes. Il est né le 10 mars 1867 à Lille, 21 rue des Robleds, dans le quartier Saint Sauveur. Il est le fils d'Auguste César, menuisier et Constance Henriette DUROT, cartonnière, tous les deux nés à Lille. Il fait son service militaire dans les services auxiliaires pour cause de faiblesse et sa fiche matricule nous apprend qu'il est toujours domicilié rue des Robleds en 1887, il est alors papetier ou relieur, comme il l'indique lors du mariage de son frère Henri en 1890.

signature d'A. Labbe sur son acte de mariage

Sur son acte de mariage de la même année on apprend qu'il a résidé quelques temps à Paris où il a sans doute connu sa première épouse. En 1900 il signale son déménagement à Paris, 121 rue de Vaugirard, mais revient à Lille en 1902. Il participe, en 1906 à Roubaix, au concours organisé par La Muse Nadaud,  En 1908 il emménage 4 rue Saint-Sauveur. Pendant l'occupation il écrit des chansons satiriques qui lui occasionnent quelques tracas avec la police allemande. En 1915, à la suite d'une dénonciation, il est arrêté pour s'être occupé de soldats français restés à Lille. Il est incarcéré à la Citadelle de Lille, au secret, puis traduit devant le conseil de guerre qui le condamne à neuf mois de prison. Il est emmené en captivité au bagne d'Aurath, puis il est transféré au camp d'Holzminden. Il est rapatrié à Lille en octobre 1917. Avant sa captivité il avait pris soin de mettre à l'abri ses textes chez des amis imprimeurs (Nuez et Carron) et en 1919 il publie 45 textes (chansons, pasquilles et sonnets) sous le titre A la guerre comme à la guerre, Les boches à Lille avec une préface de l'artiste peintre Joseph Chauleur.

collection personnelle
Il s'est marié quatre fois : en 1890 à Lille avec Mathilde DELEPLANQUE, en 1918 à Paris avec Angèle PLOVIER, puis avec Victoria CORROYER et en 1934 à Lille avec Hélène DELAFORTERIE. Il décède à Mons-en-Barœul le 20 mai 1947, huit jours avant le chansonnier tourquennois, Jules WATTEEUW. Je ne sais pas si les couples ont eut une descendance.
Sa vie de poète nous est peu connue. Sa première prestation, il a 24 ans, semble être sa participation à un concert de bienfaisance organisé par le Club des Dauphins Lillois, à la Scala de Lille en décembre 1891. On sait aussi qu'il a été plusieurs fois lauréat dans des concours et qu'il a écrit régulièrement des articles et des poèmes pour le journal La Vaclette et après la guerre dans le Réveil Illustré. En 1905 il participe à la création et anime le Caveau Lillois, association de chansonniers patoisants. En 1911 il participe à la revue Lille-Chansons, revue costumée des œuvres patoisantes des chansonniers lillois : Desrousseaux, Auguste Labbe, Emile Drumez, Henri Fournier, Delory, etc, etc. [sic] l'arrangement est de Félicien Drumez, l'ouverture et la musique de scène de Gustave Gabelles (1883-1969). Le lieu des représentations n'est pas indiquée sur le document que je possède, mais l'association organisatrice, L'Association Philanthropique du Nord, a son siège social sur la place du Théâtre. La première a lieu le 7 juillet 1911, le livret et les textes des chansons ont paru dans la revue Les Echos Sportifs et Mondains de septembre 1911.
Il semble avoir eu une production importante, car la revue Toudis mentionne quelques uns des titres de ses œuvres, parmi les 4.000 ! connues, que sont-elles devenues ?

Dans ma collection :
- 14 juillet 1915, sonnet
- A l'increvable Franços-Joseph (1915)
- A l' poubelle les paillasses à boches (1915)
- A l' première hirondelle de r'tour à Lille (1915)
- Les Allemands sont amateurs… d'écus, sur l'air L'académie à moi, c'est ma maison (sd)
- Les All'mands à Lille, sur l'air Célina, Célina c'est comme ça que j' t'aime (1915)
- L'angelus du 75, sur l'air L'angelus de la mer (1915)
- Anniversaire du bombardement d'Lille, sonnet (1915)
- L'bailleu, sur l'air On dit que je suis sans malice ou Une fille comme il faut (1903)
- Les balafrés, parodie de Cyrano de Bergerac (1915)
- Baptême du petit Lydéric, musique de H. et G. Gadenne (1905)
- La bière,  air D'la braise, dédiée à M. Debuire Du Buc, parue dans la Vaclette du 19 juillet 1892
- Les bochartes, sur l'air Ah, mad'moiselle Rose, j'ai un petit objet à vous offrir (1915)
- Le boléro du balayeux dans la revue Lille-Chansons (1911)
- L'bombardement d' Lille par les Allemands (1914)
- Les Bords des élites, sur l'air Au temps des noisettes (1903), puis mis en musique par V. Absalon
- L'buveux et l'cabarétière, monologue (1903)
- Les camanettes, musique V. Absalon
- L' camp d'Holzminden, sonnet (1918)
- L'canon de l' Grand'Place, sur l'air Tout le long, le long du Missouri (1914)
- L'carette à quiens, musique V. Absalon
- Cha dot faire enn' séquoi tout d'même !!!, air : Ça vous fait tout de même quelque chose (1896)
- L'chenil des laichez-passer, sur l'air La mère Angot (1915)
- Chin qu'on vo' pendant la guerre, sur l'air Vous voyez bien qu'elle est rosière (1914)
- Les commodités lilloises, sur l'air La chasse (1905)
- Consignation d' bicyclettes à Lille, sur l'air L'étoile d'Amour (1915
- L' crox-Rouge allemande et l' bos d' Boulonne, sur l'air Au bois de Boulogne (1915)
- L'déménag'mint du paufe, monologue (1903)
- L' démolition de l'façade du Café Jean, sur l'air Un bal à l'Hôtel de Ville (1915)
- Dins les Dondaines, sur l'air A la Roquette (1903), publiée d'abord dans La Vaclette du 24 juillet 1892, puis mis en musique de V. Absalon
- L'éclipse, souvenir du 30 août 1905, sur l'air L'anatomie


collection personnelle


- L'étoffe, pasquille (1903)
- Eun' bonne réplique, pasquille (1915)
- Eun' noce à Lille, monologue
- Faut pas s'en faire, musique de Jules Dupriez, de l'opérette L'étroit mousquetaire (1924)
- Les fiêtes de Lille pindant l'occupation allemande, sonnet (1915)
- Les floralies, sur l'air J'ai trouvé Paris
- Les fourneaux économiques et la guerre, sur l'air L'café (1915)
- Honni soit qui mal y pense sur l'air Il est tout mince (1905)
- I' fait noir à Lille, sur l'air Madelon
- Lamintations d'ma tante à quiens, sur l'air du Fiacre 113 (1903)
- Lettre ouverte à l'Imp'reur des Boches Guillaume II (1918)
- L'lard du Kronpriz, souvenir de l'Argonne, pasquille lilloise (1915)
- Un Lillois à Madagascar, sur l'air Un mariage à Pékin (1903)
- Lillos, rappelez-vous, musique V. Absalon et Robert Solry, du film En avant la musique
- Marche des Balyeux, musique de E. Carbonnel, parue dans La Vaclette du 6 décembre 1891

Collection personnelle

- L'martiau, musique de Victor Absalon
- Mentalité Boche, sonnet (1914)
- Minteux !. minteux !… minteux !… (1914)
- Mintiries boches, sur l'air Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans (1915)
- L'molin à café de m' gra-mère, monologue (1903)
- L' Mont Blanc (sd)
- Musette, musique d'Auguste Paulvaiche
- Nos aéros à Lille…… et les boches, sur l'air Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine (1915)
- Notre réponse à Kleeberg (1915)
- Les nouviaux riches, sur l'air Froufrou, froufrou
- Nouviell's du front (sd)
- L'nouviell' "Kulture", sur l'air L'habit d'min vieux grand-père (1915)
- Ohé ! mirliton, musique de G. Gadenne
- La parate, sur l'air La r'traite in musique (1915)
- Passage d'une troupe de civils allemands à Lille le 9 août 1915
- L'patois d'Lille et l'argot parisien, sur l'air J'ai pas l'habitude de fumer
- Pendant le carême, monologue grivois (1903)
- Les pessimistes (1915)
- Pour les soldats morts pour la patrie, tombés sur les remparts de Lille les 11 - 12 octobre 1914
- L'punache, musique de V. Absalon
- L'queminch'mint d' la fin, sur l'air Quand on n' a pas d'cheveux (1915)
- La queue des sans toubac, sur l'air Le petit panier
- Les queues à Lille, sur l'air Elle avait une jambe de bois
- L'rassi, pasquille (1905)
- Les rêves d'un balyeux, air à Saint Lazare, d'Aristide Bruant, parue dans La Vaclette du 27 mars 1892
- Roman d'amour, musique de V. Absalon
- Si j'avos su, j'aros resté garchon !, musique de V. Absalon
- Siscat et sin z'oiseau, musique de V. Absalon
- Souv'nir de l' messe de Pâques in l'églche Saint-Pierre Saint-Paul, à Lille l' 4 avril 1915, pindant l'occupation all'mande
- Souvenir des pigeons de l'grand'place de Lille (1917)
- Les statues de Lille en goguette, musique de E. Carbonnel, dans la revue Lille-Chansons (1911)
- Tac au tac, sur l'air Le Pendu (1905)
- Le triomphe de la paix, sur l'air Quand Madelon
- Uch' que j' sus-t-ichi ? (après mon arrestation) écrite à la citadelle de Lille, château d'Anvers le 30 octobre 1915
- Un grand cambriolage à Lille, sonnet (1915)
- Un Lillos précoce, pasquille lilloise (sd)
- La vie au camp d'Holzminden, sur l'air L'habit d'min vieux grand-père (1917)
- La vie chère, sur l'air Quand on revient de permission
- L'viell' fille, air : La cocotte (1897)
- Vive l' brad'rie !, sur l'air Choisis Lison

Les textes datés de 1903 proviennent du recueil La muse patoise, édité par J. Hullain, imprimeur 3 rue des Brigittines à Lille, qui est également l'imprimeur du journal La Vaclette. Ce recueil est constitué de sept très petits formats (13,5 x 21 cm) simplement assemblés par un point de colle. On y trouve les premières éditions de L'carette à quiens sous le titre Lamintations d'ma tante à quiens et Dins les Dondaines et Les bords des élites qui se chantaient sur d'autres musiques.


collection personnelle


Auguste Labbe, à 30 ans
collection personnelle


La BNF et la Bibliothèque de Lille possèdent : Les boulingers de Ronchin (1895), Les laitiers de Ronchin, Un drôle de ménage (1896), etc, et les recueils : L'infant d'Lille (1900), l'Armena drôlatique (1922) et les Boches à Lille cité plus haut.



Victor ABSALON, le compositeur


Victor Sylvain ABSALON
collection personnelle

Dans les années 1920, la musique de ses chansons est souvent composée par Victor ABSALON, violoncelliste, professeur de musique, né à Mons en 1886, fils de Florimond, ouvrier au chemin de fer et Rose SMELSER, ouvrière couturière. Suivant l'exemple de son oncle Mathieu ABSALON, ancien professeur de violoncelle à l'académie de Valenciennes, il étudie cet instrument à Bruxelles où il obtient un premier prix au Conservatoire. Il est domicilié à Tournai après 1911, puis on le retrouve à Lille vers 1924. En 1926 il est chef d'orchestre à l'ouverture de l'hôtel Carlton. A la fin des années '20 et au début des années '30, la radio de Lille PTT-Nord met fréquemment au programme des œuvres de ce compositeur et il est souvent sollicité pour jouer pendant les messes de mariage de la bourgeoisie lilloise et alentours. Compositeur habituel des chansons d'Auguste LABBE, en 1927 il compose la musique de la chanson D'siré ou t'as cassé l'cruche de la revue loclcale Ça… c'est Lille, écrite par Pierre MANAUT et André HORNEZ. En 1928 il est promu officier d'Académie, la presse nous apprend qu'il a été violoncelle solo à l'orchestre du Théâtre de la Monnaie et à l'orchestre Louis Ganne de Monte Carlo.
En 1928, il divorce de Marie VANDENBOSSCHE pour épouser une Coudekerquoise, Jeanne LEBECQUE à Lille en 1929, sa future épouse est alors domiciliée à Boulogne sur Mer, 37 rue Faidherbe. Il décède à Lille en 1962 et son épouse en 1984. Le couple est inhumé au cimetière de Coudekerque-Branche dans le caveau de la famille Lebecque.

Christian Declerck

Sources : revue Toudis, n° 6, août 1998,  Bulletin des réfugiés du département du Nord, Journal de Roubaix, L'Egalité de Roubaix-Tourcoing, Le Grand Echo du Nord  et collection personnelle.


la tombe de Victor Absalon
et Jeanne Lebecque



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Annexes

une des premières chansons d'Auguste Labbe, datée de 1894

A Molins-Lille : chanson-type en patois de Lille / par Auguste Labbe...
source : Gallica


D'autres chansons publiées pendant la Grande Guerre dans le Bulletin des réfugiés du département du Nord :

L'quinze août à Cambrai, sur l'air de Martin Martine 

Bulletin des réfugiés du département du Nord : paraissant deux fois par semaine...
source : Gallica


L'timbre rabais

Bulletin des réfugiés du département du Nord : paraissant deux fois par semaine...
source : Gallica


Point méchante

Bulletin des réfugiés du département du Nord : paraissant deux fois par semaine...
source : Gallica



Une interprétation par Bertal de deux chansons d'Auguste Labbe et Victor Absalon : Les camanettes et L'carette à Quiens

Les deux chansons en entier sont ici



Albert Demeulemeester, 
dit Bertal (1897-1960)
collection personnelle


mardi 27 juillet 2021

't Kliekske à la MJC de Rosendael

les archives de Jean-Louis Montagut, suite

Le premier concert en France du groupe flamand 't Kliekske le 8 mai 1975.

Dans la continuité de ses activités folk à la MJC (voir ici, ici et ici), Jean-Louis organise le second concert de musique flamande à Dunkerque, le 1er avait été celui d'Alfred Den Ouden en février.


affiche de Nicole Dewaele


Rosita Tahon : chant, vielle à roue, trombone, rommelpot

Herman Dewit : chant, vielle à roue, muse au sac, pipsac, galoubet, cuillères, guimbarde

Oswald Tahon : chant, clarinette, galoubet, flûte à bec, vielle, chalumeau, pipsac 

Wilfrid Moonen † : chant, harmonica, accordéon, cromorne, galoubet, violon


't Kliekske en 1976


80 mn avec les présentations en français et l'ambiance de l'époque

téléchargez ICI

la Maison des Jeunes et la Culture de Rosendael en 1975
la salle de concert est au 1er étage


la rue Robert Vangheluwe, où se situait la MJC


les sites d'Herman Dewit

- musicien

- aquarelliste

vendredi 23 juillet 2021

Mabidon sur France Inter



Claude Villers et Patrice Blanc-Francart pour leur l'émission Marche ou rêve, visitent le Nord en 1976. La première de la série se fait à Lille, et c'est Mabidon la vedette en direct de la Vieille Bourse.

On y retrouve Christophe Declercq, Jean Pierre Goudrand, Michel Lebreton et Jean-Jacques Révillion, l'accordéoniste absent est Jean-Marie Befve.

ça dure 25 minutes avec les bavardages et c'est ICI




Une archive conservée par Jean-Louis Montagut qui nous permet de remonter le temps il y a 45 ans. Merci à lui pour le partage. D'autres enregistrements suivront.

mercredi 7 juillet 2021

La Hotte du Colporteur 1976

Une K7 audio retrouvée parmi d'autres trésors à venir

source

Une Hotte du Colporteur spéciale, pour la sainte Catherine 1976, au sommaire :

1ère partie :

- La haut sur cette montagne (Les misères du mariage) par Philomène Ghelen, chanteuse de Wallonie 

Philomène Ghelen
photo Françoise Lempereur
source

- Le martyr de Ste Catherine : une version artésienne lue par Pierre Dubois et Catherine Claeys

La fille de Lyon par Catherine Perrier

- Pierre Dubois raconte la vie de Ste Catherine et l'origine de la tradition de "coiffer Ste Catherine"

- Depuis l'temps que j'attends mon princ' charmant par Anne Sylvestre et Bobby Lapointe

2e partie : 

Un entretien avec le chanteur et musicien John Lundström à Anvers, qui présente sa collection d'instruments populaires



Télécharger ICI

lundi 14 juin 2021

Annonce

dernière nouvelle de FeedBurner :

À partir de juillet 2021, FeedBurner passera en mode maintenance. Les flux existants continueront de servir indéfiniment, et les utilisateurs existants peuvent télécharger les statistiques d'utilisation passées et les abonnements par e-mail. Les utilisateurs pourront toujours créer de nouveaux comptes et graver de nouveaux flux. Cependant, certaines fonctionnalités existantes, telles que les abonnements par e-mail et les analyses détaillées, ne seront plus prises en charge

a priori, sur ce blog, cela ne concerne que 5 abonnés, les 115 autres sont avertis par d'autres canaux, ou bien viennent faire une visite régulière

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Annonce à laquelle je ne comprends rien, si ce n'est que vous n'allez plus être prévenu des nouvelles pages.

Le widget "Suivre les mises à jour par e-mail" (FeedBurner) va disparaître 
Cette notification vous a été envoyée, car votre blog utilise le widget "Suivre les mises à jour par e-mail" (FeedBurner). 
Lors d'une récente annonce concernant la mise à jour du système, l'équipe FeedBurner a indiqué que service d'abonnement par e-mail disparaîtra en juillet 2021. 
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vendredi 11 juin 2021

Si j’ai bonne mémoire

Maurice Vanwaelfelghem fils
1920-1986
photo : Desreumaux, Malo-les-Bains


Je suis né à Dunkerque le 21 décembre 1920. Mon père [Maurice également, alias Scarly] jouant du piano dans les bals régionaux et chantant dans les concerts, ce qui se faisait beaucoup à l’époque (il était comique-troupier), je fus amené très vite à étudier la musique (saxo et piano) et, dès l’âge de 13 ans, je l’accompagnais au piano dans son répertoire ainsi que ses copains chanteurs eux aussi. J’appris très jeune l’accompagnement ce qui n’est pas toujours drôle, c’est à cause de cela que j’ai en tête pas mal de chansons et musique. En 1939, ayant appris qu’une musique militaire se formait au 8e génie de Versailles, je m’engageai pour 3 ans comme saxophoniste dans l’intention de me rapprocher de Paris et de préparer le concours de sous-chef de musique. Nous étions en juillet 1939 et en fait de musique je me suis bien vite retrouvé dans une compagnie devant assister aux cours de Radio et chauffeur poids lourds. Nous fûmes ensuite affectés dans une Compagnie de Transmission Divisionnaire et nous partîmes vers l’Est. Le 10 mai 1940 nous étions près de Rethel dans les Ardennes. Je fus fait prisonnier près de Saulieu et par petites étapes (à pieds) je me retrouvai à La Fère dans l’Aisne. Là ayant appris que les Allemands cherchaient 10 boulangers pour mettre en marche l’intendance de La Fère, je me présentai bien que ne connaissant rien du métier de boulanger. Je me disais que sur les dix prisonniers recrutés il y en aurait bien quelques uns qui connaîtraient le métier et cela marcha. Il faut dire que les gars de mon âge, c’est à dire nés en décembre 1920, n’ont pas été mobilisé. J’étais donc dans le pétrin, c’est le cas de le dire, à cause de la musique qui m’avait fait prendre un engagement de trois ans. Deux mois avant la déclaration de guerre. Mais encore une fois la musique me tira d’affaires car l’intendance était en dehors de la ville et les prisonniers, pour qui nous faisions le pain, étaient dans la caserne de La Fère, en ville. Ces prisonniers ayant monté, pour la fin de l’année 1940, un spectacle il leur fallait un pianiste. Aussitôt je fis mes offres de service, ce qui me permit d’obtenir des Allemands un laissez-passer permanent afin d’assister aux répétitions. C’est d’ailleurs ce même laissez-passer qui, en janvier 1941, me servit pour m’évader. Je rejoignais Dunkerque le plus vite possible, et, après deux semaines de planque, je rentrai chez moi. Je repris la vie normale de l’époque avec ce qu’elle comportait c’est à dire : bombardements anglais et restrictions. La semaine je conduisais (je n’étais donc pas déclaré puisque prisonnier évadé) et le dimanche c’était le café-concert pour Français et Allemands, les dancings étant interdits par les occupants. J’accompagnai une jeune chanteuse dunkerquoise qui avait à son répertoire Le Rêve passe, repris en chœur par tous les Français présents, de quoi se retrouver en prison. La direction faisait venir, les dimanches et jours de fête 2 ou 3 artistes professionnels, qu’elle choisissait parmi ceux proposés par l’agence de spectacles BERTAL de Lille. Pendant trois ans j’ai donc accompagné pas mal d’artistes, dont une certaine Jacqueline RAY [Jacqueline ENTE, qui deviendra Line RENAUD], toute jeune et bien mignonne mais très bien gardée par sa Tata qui ne la quittait pas d’une semelle. Je crois avoir aussi accompagné SIM qui devait débuter à l’époque. En septembre 1944 deuxième évacuation de la poche de Dunkerque tenue par les Allemands. Je me rendis à Lille pour essayer de trouver du travail dans la musique et tout naturellement je m’adressai à l’agence BERTAL qui maintenant me connaissait bien surtout comme pianiste accompagnateur. Une chance, 2 jours plus tard j’étais convoqué à l’Agence. Une troupe de Paris cherchait un pianiste le sien venant d’être victime d’une appendicite. Je partis donc avec cette Troupe pour finir la tournée et revins avec elle à Paris. Je trouvais à me loger Passage de l’Industrie, pas pour longtemps car au café Batifol où je me rendais régulièrement, je fus bien vite engagé pour une autre Revue mais là c’était pour le midi de la France [sur son agenda de 1947 on retrouve les dates et lieux, en tout plus de 70 prestations du 10 janvier au 8 avril]. J’étais seul comme pianiste et à chaque représentation des musiciens locaux m’attendaient ce qui m’obligeait à des répétitions presque quotidiennes. Puis ce fut le départ pour une troisième revue mais là dans le Nord, toujours comme pianiste [une trentaine de dates du 3 mai au 7 juin]. Le Directeur ayant appris, je ne sais comment, que j’étais aussi chauffeur, il me demanda de conduire le camion car toutes ces tournées se faisaient en camion avec les bagages dans le fond, les artistes s’installant tant bien que mal car, à cette époque, il n’était pas question de cars. Et ainsi, chauffeur le jour, pianiste le soir, j’achevai cette tournée à Lille presque le jour de l’Armistice. Comme il n’était pas question de rentrer à Dunkerque tout de suite, je travaillais à Lille dans différents dancings et music-halls
et je devenais l’accompagnateur de BERTAL qui était un chanteur très populaire dans la région du Nord. Fin juin 1945, retour à Dunkerque. J’obtins une place de chauffeur aux Ponts et Chaussées – Service Maritime (Parc Autos), place que j’ai gardée pendant 35 ans. Naturellement il n’était pas question, pour moi, d’abandonner la musique, bien au contraire. Les Allemands étaient partis, la danse reprenait ses droits. Un jour la musique me fit rencontrer celle qui devait devenir ma compagne des bons et mauvais jours. Cela se passait dans un crochet radiophonique, très en vogue à l’époque. Une jeune fille, dont les parents étaient de passage à Dunkerque avec leur péniche, se présenta et je l’accompagnai, elle avait d’ailleurs une très jolie voix. Évidemment elle ne fut pas crochetée mais le pianiste lui le fut et voilà 39 ans que cela dure. De notre union naquit d’ailleurs trois enfants, aujourd’hui mariés et qui nous ont donné des petits enfants. Pendant toutes ces années, je fus très content de faire de la musique, samedis et dimanches, soit dans les bals, les kermesses, les banquets, etc. Elle contribua à élever nos trois enfants. J’ai donc arrêté la musique à la venue du Rock, dans les années 1960. Maintenant à la retraite, j’assiste mes petits enfants qui tous font des études musicales. C’est là l’histoire toute simple de ma vie dans laquelle, vous avez pu le constater, la musique a joué un très grand rôle. Elle m’a souvent permis de me tirer d’embarras.

Maurice VANWAELFELGHEM

St Pol sur Mer, le 12 novembre 1984

 


Quelques orchestres dunkerquois auxquels ont participé Maurice père et fils


Maurice père et son frère Paul
à Saint Pol sur Mer, en 1926


orchestres d'Edmond Bertein
1952 et 1954


orchestre "Jazz" vers 1950/60

Mes remerciement à Annick Lefebvre-Vanwaelfelghem, fille de Maurice, qui m'a permis de reproduire ces documents familiaux et de les diffuser.

jeudi 27 mai 2021

V. Marceau, les débuts à Lille

Marceau Vershueren en 1909
pastel ? de P. Roelens en 1921
coll. Eric Verchueren


Il est connu sous ce pseudonyme, V. Marceau et certains, mal informés, l'appelle même Victor. Mais son prénom est bien Marceau, né Marceau Georges Verschueren à Liévin en 1902, cité du n°11. Ses parents ont des origines flamandes entre Gand et Anvers. Le père, Alexandre Louis, est né à Lille en 1869, fils naturel de Stéphanie née à Lokeren et sa mère Maria Strobbe est née en 1877 dans un petit village très proche, Sinaai. Ils se sont mariés à Lokeren en 1901, lui est cordonnier, elle est ouvrière de fabrique, ils résident tous les deux à Lokeren. Qu'est-ce qui a poussé Alexandre à quitter son pays pour s'installer à Liévin l'année suivante ? je ne sais pas.

En ce début de siècle l'accordéon est en plein développement, autour de Roubaix, Lille ; de nombreux musiciens apprennent cet instrument populaire qui semble si facile, des orchestres et des harmonies se forment, Charles Verstraete en a fait l'historique dans un superbe livre, très bien documenté où l'on découvre Alexandre jouant sur un superbe Solari posant avec son fils en 1910 (photo). C'est avec ce diatonique allemand, que dès 7 ans et demi, il va accompagner les marionnettes de Louis De Budt, alias Louis Poire Cuite, mais très vite on lui offre un meilleur instrument. On découvre sur ces photos (voir en bas de page) les différents accordéons de Marceau, je remercie Eric Verschueren, petit-fils de Marceau, qui m'a autorisé à diffuser ces rares photos de sa collection familiale. Heureusement Marceau avait l'esprit collectionneur, il a conservé ces documents, les a datés, et certains sont commentés. Comme celui où il pose avec un groupe de musiciens des rues, un épisode totalement inconnu du parcours musical de Marceau. Grace à ses notes on connait leurs noms, et j'ai pu retrouver ces musiciens, dont trois sont membres de la même famille, l'aîné est Henri Lestarquit (né en 1890), il est le frère de Jules déjà étudié ici, à gauche son demi-frère Léon (1907-1979) et sa demi-sœur Martha (1898-1981) Van Neder. Je n'ai pas encore identifié la chanteuse Marthe Delzenne. C'est en 1924 que cesse sa participation au groupe, c'est aussi l'année du mariage de Martha et celle du second mariage d'Henri, ce n'est sans doute pas une coïncidence.

collection Eric Vershueren

Avant de jouer avec ces musiciens de rue, Marceau s'est distingué dans de nombreux concours. En 1914 il obtient une mention spéciale au concours de Denain, on apprend par la presse qu'il est alors domicilié à Fives, il obtient aussi des médailles à Mons et à Iseghem. En 1923 il obtient une "haute distinction" au concours de Liège. Au début des années 1920 il s'équipe d'une basse aux pieds, fabriquée par Solari à Bruxelles, toujours conservée dans la famille.

L'arrêt du groupe de musiciens ambulants le pousse certainement à chercher d'autres moyens de subsistance. Le 28 janvier 1924 il se produit en soliste parmi des attractions au Théâtre des Ambassadeurs (l'ex Palais d'Eté) situé à Lille au milieu du square Dutilleul, près du quai du Wault. L'année 1925 marque ses vrai débuts professionnels, à la Taverne Lilloise (photo), rue de Béthune, avec son orchestre, il y rencontre une jeune dactylo et l'année suivante Marceau épouse Paule Hennebois, née à Lille en 1903, fille d'un employé de la Bibliothèque Universitaire. Elle sera sa parolière sous le pseudonyme de Paule Delyl. En 1927 il continue, toujours dans la rue de Béthune, à la brasserie du Théâtre des Variétés, au n°21. La même année son premier grand prix d'honneur au concours de Wasmes est remarqué par le Grand Echo du Nord, ce qui le fera sans doute entrer dans le monde artistique lillois, car en février 1928 il participe à la revue Perd pas l'Nord, présentée à l'Alhambra, toujours dans la rue de Béthune. il y joue le rôle d'un poilu accordéoniste dans une scène du deuxième acte Les gars du Nord aux tranchées avec, entre autres, Clérouc, le scénariste de la revue et déjà Bertal, le chanteur lillois alors débutant. C'est probablement grâce à sa participation à cette revue qu'il fait la connaissance de Léopold Simons qui a écrit une scène pour le premier acte : Victime du poste à galène, jouée par Line Dariel. Ce sera le début d'une longue amitié entre les deux artistes. Ils se retrouveront sur scène en 1933 pour la pièce de théâtre écrite par Simons Le mystère du 421. En juillet 1928, le chanteur et auteur lillois Pierre Manaut passe sur l'antenne de Radio P.T.T. Nord, il chante sa chanson Moi aussi, "musique de notre concitoyen le compositeur Marceau Verschueren." précise Le Grand Echo. En 1930, l'orchestre de Marceau se compose de Germaine Van Caillie-Giblet au piano,  Gustave Van Caillie au violon, son époux  et André Francens au jazz.

collection Eric Vershueren


A la même époque, Marceau ne se contente plus de jouer, il est aussi compositeur et naturellement il édite ses partitions qui sont illustrées par son ami Simons. Voient ainsi le jour les futurs succès : La Marche des accordéonistes Lyonnais, Volupta, Tarragone, Ça Gaze, etc. Deux adresses sont mentionnées pour ces premières éditions Marceau : 33 rue des Tanneurs et 2 rue Roland. on peut les dater entre 1928 et 1933 d'après les signatures de l'illustrateur. Leurs dédicaces nous révèlent les amitiés de Marceau : Henri Lestarquit, le chanteur populaire, compagnon des temps difficiles ; Harry Revertégat, le chef d'orchestre du Casino de Lille ; Lucien Gautier, violoniste ; Mr et Mme Rucart, les chanteurs lillois ; Graziella Sabatier, accordéoniste ; Maurice Desmet, accordéoniste ; Marius Brusorio, chef d'orchestre ; Gustave Xallez, trompettiste et drummer ; Maurice Frangville, aussi drummer ; Emile Huet, président de l'Etoile Lyrique de Bruay ; Auguste Allerad, accordéoniste et bien entendu Marcel Wiedaghe, l'accordéoniste attitré de Radio P.T.T. Nord. 1928 c'est aussi l'année de ses premiers disques qu'il enregistre sous le label F. Henry vers septembre/octobre deux 78 tours : Au pays de l'Indoustan / Tarragone, et Moi aussi / Miss Columbia, accompagné par un joueur de banjo inconnu nommé Jeangot, qui sera plus connu comme guitariste de jazz par la suite : Django Reinhardt. Les disques sont mis sous presse par Pathé les 5 et 12 décembre 1928.

source Gallica

Le 31 mai 1929, un article paru dans le Grand Echo du Nord nous annonce la venue à Lille du compositeur du grand succès de l'époque : Sur un marché persan. Albert  Ketèlbey est invité par Léon Coupleux et l'association de Radiophonie du Nord pour un concert où il dirige ses œuvres. Parmi les personnalités citées dans l'article, Marceau Verchueren est conseiller technique de la commission artistique chargée d'accueillir le compositeur. En 1930, d'après Roland Manoury, Marceau est appelé à Paris par la société Odéon pour enregistrer Ça gaze et Volupta. Marceau est encore lillois pendant quelques années. Il continue de jouer dans la rue de Béthune, notamment au Capitole, avec son ami Gustave Van Caillie. Cela dure pendant deux ou trois ans puis Marceau décide de quitter sa région pour la capitale, où les opportunités professionnelles seront plus nombreuses, mais cela déborde du cadre de ce blog.

Christian Declerck
27 mai 2021


Quelques unes des photos de la collection d'Eric Verschueren :










1925 - 1926 - 1927


Quelques exemple des éditions lilloises de V. Marceau


collection personnelle

et chez Eden Editions





lundi 17 mai 2021

Faits et usages des flamands de France

Par Raymond de Bertrand (1802-1864)


"Cette étude, écrite en 1863, est pour ainsi dire inédite, car nous ne croyons pas qu'elle ait jamais parue en livre ou en fascicule ; les détails qui nous sont donnés sur la vie d'autrefois seront certainement bien accueillis par les Dunkerquois de nos jours" (Bulletin de l'Union Faulconnier, 1906)






Sommaire
- Disparition du flamand
- Les clinqueurs
- Les pannekoeken
- Les koeke-baks à Lille, Roubaix, Tourcoing
- Les pannecouques à Gravelines
- Derniers fabricants de pannekoeken à Dunkerque
- Les tablettes de sucre
- Dernières annonces en flamand
- Affiches électorales en flamand
- Enseignes flamandes à Dunkerque
- Enseignes bizarres à Dunkerque
- Les jeux à Dunkerque
- Ecoles françaises
- Cris de la rue en flamand
- Utilité du flamand
- Comité Flamand de France
- Danse flamande à Dunkerque — Le Roosenhoed [chanson utilisée par Jules Massenet dans son œuvre Rosati, divertissement pour orchestre composé en 1901]
- Disparition des chansons flamandes
- Le jeu à la corde
- Les minnen
- Carnaval
- Chanson des corsaires
- Chanson flamande contre Napoléon
- Les chansons du carnaval (suite)
- Carnaval de 1840
- Carnaval de 1847
- Fêtes de 1848 [inauguration du chemin de fer]

Les fêtes de septembre 1848

- Carnaval de 1854 — Docteur Salvalavita
- Carnaval de 1856
- Carnaval de 1857
- Carnaval de 1861
- Le jeu au temps du Carnaval
- La mendicité à Dunkerque vers 1820
- Sœurs de l'Enfant Jésus (1828)
- Caisse d'Epargne (1834) — Salle d'asiles (1834-1835)
- [Sociétés charitables]
- Carnaval de 1863
- Classe ouvrière à Dunkerque
- Les cabarets
- Dernières pancartes flamandes à Dunkerque
- Canneel-kouke
- La folhuys
- Papiere lanterne [cabaret]
- Bottes de paille devant les maisons mortuaires
- Tentures mortuaires en 1855 — Premier corbillard (1857)
- Toilettes des deuillants — Chapeaux et manteaux
- Enterrement des décorés — Décharges de mousqueterie
- Sonnerie des cloches aux fêtes des doyens
- Service pour enfants de la classe aisée
- Billets de morts
- La Saint-Martin
- Petites lanternes — Allumettes chimiques
- Superstitions :
- Le fer à cheval
- Le vendredi
- Le numéro 13
- Le collier d'olives d'ivoire
- Treize à table
- Objets en croix
- Jour néfastes
- Le feu qui siffle — La chandelle qui forme un rond
- Le loup-garou [den nikker]