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jeudi 30 juillet 2026

Expo : Roubaix Photo

 On distingue à peine à contre-jour les musiciens à l'arrière plan, un accordéoniste et un jazz-bandiste, comme on disait avant guerre. Les derniers sursauts de la présence de la musique populaire dans les cafés et les estaminets de la région, avant l'arrivée de la déferlante rock & roll. Une photo faite à la fin des années 50, qui aurait pu être prise dans les années 20/30, à l'identique.

Dimanche au café de la Halle
(photo J.-P. Charbonnier) 1958

Plus d’un siècle d’images, d’usages et de regards à travers les collections de La Piscine.

Depuis une trentaine d’années, la photographie connaît une reconnaissance institutionnelle croissante qui l’affirme comme un art à part entière. Autrefois considérée comme un médium secondaire, associée au reportage, à la documentation ou à l’amateurisme, elle a progressivement trouvé sa place dans les collections publiques, les programmations d’expositions et le marché de l’art contemporain. L’exposition propose de retracer l’histoire de la photographie à Roubaix à travers les collections du musée La Piscine, en s’intéressant autant à ses usages sociaux qu’à ses formes artistiques. Du tirage argentique aux expérimentations numériques, de la photographie humaniste à la mise en scène conceptuelle, du cliché vernaculaire à la création plasticienne, elle offre un panorama pluriel et sensible du médium. À travers des œuvres historiques et contemporaines, des fonds documentaires et des séries d’artistes, cet accrochage révèle la richesse du fonds roubaisien et la diversité des regards photographiques qu’il conserve — portraits d’artistes, scènes de vie ouvrière, patrimoine textile. Dans une approche transversale fidèle à l’esprit du musée, où les disciplines se rencontrent et se répondent, l’exposition fait dialoguer la photographie avec d’autres formes d’expression (peinture, sculpture, arts graphiques, céramique, haute couture) et interroge les enjeux culturels, sociaux et esthétiques de notre rapport au réel et à la mémoire collective.

Cette exposition préfigure les célébrations du bicentenaire de la photographie, organisées de septembre 2026 à septembre 2027 par le ministère de la Culture.

Visites guidées de l’exposition – Chaque samedi de 16h15 à 17h15 du 11 juillet au 05 septembre 2026

voir 

dimanche 15 février 2026

Pierre Sonneville, alias Jacky Delson, compositeur, éditeur

 
en 1997

Sur les brocantes et marchés aux puces régionaux, je trouvais régulièrement des partitions éditées à Malo-les-Bains par un mystérieux Jacky Delson, que je n'arrivais pas à identifier. Les adresses ne correspondaient à rien dans les annuaires. Enfin un jour, sur un moteur de recherche je trouve ce commentaire sur un site (d'un ancien élève du collège d'Autun) maintenant disparu : Pierre Sonneville•, dit "BLAIR". On ne présente plus ce chef de musique émérite. Hélas pour lui, chargé des cours de solfège, il n'a jamais pu dépasser la première page du manuel. Grand adepte du magnétophone grâce auquel il s'évertuait vainement à faire aimer la musique classique. On raconte qu'il aurait composé la mélodie du succès international "un oranger sur le sol irlandais" (attribuée à Emile Stern). Selon d'autres sources, il composait des "twist" et des "madison" en se cachant sous le pseudonyme de "Jacky Delson" pour ne pas éveiller les soupçons de sa hiérarchie. Je contacte l'auteur [Bernard Mir] qui transmet mon message à Pierre Sonneville. Quelques mois plus tard, en 2006, j'ai pu échanger quelques mails avec ce compositeur : 
 
Mon père• était musicien amateur, violon et mandoline, ma mère a toujours rêvé de faire de la musique mais n'a pu réaliser son rêve donc tous deux ont reporté leur passion sur ma sœur et moi-même.  J'ai commencé par l'accordéon avec Abel LAMOTE comme professeur, j'étais très copain avec son frère Raymond LAMOTE, nous avions le même âge.  Puis ma sœur• et moi avons eu des cours par Mr Vandecastel
[Vandecasteele].  Ensuite j'ai étudié le saxophone au Conservatoire de Lille où j'ai obtenu un premier prix de solfège et deuxième prix de saxophone. La suite, service militaire en Allemagne où j'ai eu la chance d'avoir un sous-chef formidable qui m'a enseigné l'harmonie et encouragé à faire carrière, grâce a lui, concours de sous-chef réussi en 1950, me voilà donc affecté à Tunis au 4e régiment de Zouaves avec un patron d'une extrême gentillesse, c'est avec lui que j'ai "pondu" quelques "saucissons" comme on dit, son nom, Raymond RICHARD dit RICHARD de L'ILE•.
En 1957, affecté à l'EMP à Autun où je suis resté 11 ans. J’étais à Tunis lors des évènements pour l’indépendance, rien à voir avec le drame de l’Algérie,  les tunisiens manifestaient dans la rue et scandaient   « Ha-bib Bourguiba » sur l’air des lampions, c’est à dire deux longues syllabes  « Ha - - - Bib  - - - et trois courtes Bourguiba . . . ce rythme m’a inspiré et j’ai « pondu » un quatuor pour saxophone
[Andante et scherzo] en mettant en application ce que j’avais appris en harmonie et contrepoint, je dois vous dire que c’est la seule composition que je trouve intéressante, malheureusement égarée au cours de mes nombreux déménagements, avec ce quatuor j’ai obtenu le premier prix des Rosati de Flandres vers 1956/57. Après Autun j’ai été affecté à Djibouti, reçu au concours de chef de musique, affecté à Amiens, puis à Rennes et enfin en Allemagne à Rastatt, près de Baden Baden où j’ai terminé ma carrière en 1980. 
 
Avec ce message il joint une photo et une coupure de presse parue en 1938 : " Jeunes prodiges à Saint Pol sur Mer - Deux accordéonistes de 6 ans et demi et 11 ans. — Dimanche dernier a eu lieu à Avion un grand concours international d'accordéon qui groupait 1.000 exécutants. Au cours de ce festival, deux jeunes, tout jeunes, Saint-Polois ont reçu deux premiers prix. Nous avons voulu aller voir et entendre ces jeunes prodiges et, conduits par M. Vandecastel [Vandecasteele], fils du chef de la jeune société l'Etoile dont les deux enfants sont membres, nous nous sommes rendu dans la coquette maison blanche où ils habitent chez leurs parents. M. Sonneville est chauffeur aux Ponts et Chaussée. Dès le seuil, la musique d’accordéon nous parvient et nous voyons le petit Pierre Sonneville qui, courageusement, à l’heure où d’autres enfants dorment ou jouent sur la plage, s’appliquait à faire sortir de façon impeccable les gammes et les accords difficiles d’une méthode presque aussi lourde que son instrument. La petite Josiane arrive bientôt, mignonne petit fille aux boucles blondes frisées, la figure souriante et pétillante d’intelligence. Elle est un peu timide, elle a laissé sa langue dans sa chambre, mais dès que nous lui demandons un morceau elle a perdu toute réserve, et son instrument se met à jouer "Simone", une valse à variation qui lui a valu son prix. Certes son jeu n’a pas toute la précision, mais ses accords et la recherche des effets font honneur à son maître M. Dehon, professeur de musique. Comme beaucoup ont pu la voir au cours de ses sorties, malgré la petitesse de l’instrument dont elle se sert, elle doit lever la tête pour pouvoir lire sa partition. Nous lui demandons son âge. Elle est née à Rosendael, le 15 novembre 1931 et ne joue de l’accordéon que depuis [?], elle est titulaire d’un 1er prix avec médaille et distinction de la 4e division A (enfants de moins de 9 ans) elle est d’ailleurs la plus jeune [??]. Mais petit Pierre, nous regarde un peu jaloux d’être oublié pourtant il ne le mérite pas car ses mérites sont au moins aussi grands que ceux de sa sœur. Il a 11 ans, étant né le 7 août 1927, à Rosendael, voici un an au mois de mai qu’il s’adonne à l’accordéon, son jeu de basses et la sureté de son exécution sont en tout point remarquables. Il travaille sur un magnifique instrument italien qui prouve combien les parents aiment la musique et ont confiance en les talents de leurs enfants. Il ne faut oublier qu’un accordéon coûte autour de 6.000 francs. C’est une somme et quand il y a deux musiciens dans la maison… Pierre Sonneville a remporté, à Avion, deux prix de 4e division B (enfants de moins de 12 ans), deux premiers prix l’un d’exécution et l’autre de lecture à vue, tous les deux remis à l’unanimité des membres du jury. Nous demandons à Madame Sonneville si elle a encore d’autres enfants. Certes non, car il aurait encore des accordéonistes dans la maison, avoue-t-elle en riant. Comme nous apercevons un poste de TSF, dans un coin de la salle à manger, nous nous étonnons qu’elle ait encore le temps d’écouter la radio avec une telle famille de musiciens. « C’est pour changer, nous écoutons de l’orchestre symphonique », pas le chant car la petite Josiane chante aussi, ou plutôt elle ne chante que les notes… nous quittons cette jeune famille d’ « artistes » en herbe, enchanté de la petite aubade et de l’excellent accueil qui nous fut réservé. 

• Pierre Sonneville est né à Rosendael 7 rue Marceau, fils de Jules Désiré, serrurier puis chauffeur aux Ponts et Chaussées, originaire de Sains en Gohelle et Raymonde Fossaert née aux Moeres. En 1951 il épouse Renée Andrée Ségui née à Alger en 1930, décédée à La Turbie en 2011, Pierre est décédé en 2014 la date précise n'est pas connue de l'état civil de Rosendael.
• Sa sœur Josiane est née également à Rosendael, en 1931, elle est accordéoniste, mais on la retrouve à Malo les Bains sur un programme de 1943 où elle se produit dans un numéro de danse de claquettes et acrobaties lors d'un concert de bienfaisance pour l'entraide des prisonniers rapatriés. Elle décède à Saint Martin les Boulogne en 2018.
 
photo De Gryse à Rosendael

 
• Raymond RICHARD, alias Richard de L'Ile, c'est un chef de musique, né à Paris  en 1911, décédé en 2005, il a dirigé la batterie-fanfare de la Garde Républicaine en 1947, puis il est chef adjoint de la Musique de la Garde Républicaine de 1965 à 1969, il en est le chef de 1969 à 1972, il termine sa carrière musicale, à Bois Colombes où il dirige le Conservatoire Municipal. Mais la SACEM nous apprend qu'il a également composé sous le pseudonyme de Rey CHARRYS ! avant 1960. Ce compositeur est très présent sur l'internet, pour de nombreuses chansons populaires et musique de danse, par exemple : C'est Bibi, java, interprétée par Rey Charrys et son orchestre musette ; Personne, chantée par Rose Avril ;  La Java à Milo, jouée par Maurice ALEXANDER ; Ce qu'on écrit sur le sable, chantée par Jean LUMIÈRE ; Nid d'amour, valse musette, jouée par Adolphe DEPRINCE ; Ma Nénette, valse musette, jouée par Ferrari, etc.
 
 
Richard De L'Ile édité par Jacky Delson

Les Editions Jacky Delson ont publié de 1952 à 1968, environ 50 partitions, imprimées à 1000 exemplaires chacune. L'adresse indiquée : 36 rue François Tixier à Malo les Bains jusqu'en 1966 est celle des parents du compositeur, puis 29 rue Jean Jaurès à Sains en Gohelle, chez une tante.
 
Catalogue
A la manouba, rumba boléro. Amoroso, tango. Andante et Scherzo, pour quatuor de saxophone (1956). Amour, valse. Au fil de l'eau, valse musette. Amour tendre, slow rock, musique de Pierre Sonneville, créé par Arthur Briggs, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1965). Baby, valse. Un baiser, une caresse, slow rock, musique de Jacky Delson, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1965). Balade en Toscane, paso doble (1958). Le balochard, java. Barque fleurie, boléro (1958). Bigre, java. Biloute, madison. Blairos, cha cha. Carnaval de Dunkerque, recueilli par P. Sonneville, enregistré par Ernest Vernet et son orchestre. Ce n'était qu'un jeu, tango. C’est ma grand-mère, valse musette. Le chat de la reine, paso. Chérinette, valse à variations. Le chevelu, jerk, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1966). Chez Amar, marche, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Ciel de feu, paso doble. Cœur frivole. Depuis longtemps, tango. Dis-moi, tango chanté. Douillette, valse à variations. El fulminante, tango. Épineuse, valse à variations. Esperandote, tango, une création d’Angelica, à la radio et à la télévision, Le Creusot, Edit. France Accordéon (1966). Extrême orient, samba. Francette, valse à variations. Gaga-zogène, fox New Orleans. Ile de rêve. Insouciance, valse à variations. Je rêve de toi, boléro. Je ris, valse. Joli boléro (1958). Joli nuage, boléro, musique de Pierre Sonneville. Joyeux musicien, (le) musique P. Sonneville. Lointain rivage, boléro (1958). Kis Kiss, letkiss, musique de Pierre Sonneville. Loco paso. Ma loute, tango (1965). Ma mie chérie, valse. Ma parole, cha cha cha. Ma petite femme, boléro (1958). Mam’zelle letkiss, letkiss. Mon pays lointain. Musi-musette, valse, musique de Jean De Wilde et Jacky Delson (1957). Ne dit rien, tango. Noix de coco, cha cha cha. Nounous, Nuevo cha cha cha, musique de Bernard Stork* et Jacky Delson. Nuit bleue, tango. Nuit exotique, boléro (1958), Oasis, boléro (1958). Octobre, valse. Of the king, madison. On attaque, un indicatif du tonnerre, musique de Pierre Sonneville. Pichounette, tango (1965). Petite Henriette, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Pleureuse, valse à variations. Plus jamais, tango. Pour t'aimer, boléro (1958). Pour un baiser, boléro, musique de Sonneville*. Prix orange, cha cha, paroles de Bernard Storck, musique de Bernard Stork et Jacky Delson. Quelqu'un m'a dit, boléro (1958). Reniflard (le), tango(1965). Rêve oriental, boléro(1958). Reviens chérie, rumba boléro. Reviens moi, tango. Rock-Folie, rock, musique de Jacky Delson, Le Creusot, Edit. France Accordéon(1965). Rosette amour adoré, valse. Sables d'or, valse à variations. Sans bavure, paso doble, musique de Pierre Sonneville. Sans espoir, boléro, musique de Pierre Sonneville. Sans rivale, rumba boléro. Sinovia, paso doble, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Sois pas méchant, boléro, musique de Pierre Sonneville. Songe d'amour, boléro (1958). Souris à l’amour, slow rock, musique de Pierre Sonneville. Souvenir d’un jour, tango. Stop musette, valse, musique de Besson. Suenos pasados, paso doble (1958). Sur les bords de la Saône, musique de Richard de L’Ile et Jacky Delson. Tant je vous aime, tango. Tchaô, paso doble, musique de Pierre Sonneville. The hippies. Ton pays lointain, boléro, musique de Pierre Sonneville. Totoche, java. Tu me dégoûtes, boléro (1958). Une femme, boléro. Vas-y Louis. Viejos amigos, musique de Jacky Delson et Richard de L’Ile(1958). Yé-la !, cha cha cha musique de Pierre Sonneville. Zouzou, java.

 

dimanche 8 février 2026

Un fabricant d'accordéons à Lens

mise en ligne le 21/12/2015
mise à jour le 8/2/2026 ajout de CP
 
On trouve régulièrement sur des sites spécialisés ou sur des documents (photos ou partitions) des accordéons de la marque France-Accordéons : Roberti ou Bellini, avec l'adresse 111 boulevard Beaumarchais à Paris.
Ces instruments étaient fabriqués (peut-être seulement assemblés) dans des ateliers situés à Lens, 64 rue de Lille.


Henri Robert Lévi, né à Paris en 1896, est le fils de Léon, voyageur de commerce parisien, et Albertine Normandel, fleuriste d'origine normande. En 1916, sur sa fiche matricule, il déclare la profession de mécanicien, ensuite la mention "négociant en cycles", non datée, est ajoutée. Il s'inscrit au registre du commerce de Béthune en mars 1924 comme fabriquant d'instruments de musique et de… machine à laver. Son domicile est alors 32 rue de Paris à Montreuil sous Bois, et son adresse lensoise, 64 rue de Lille est mentionnée comme succursale. En 1935 il fait une modification de domiciliation, son adresse personnelle devient celle de Lens et la succursale est à Paris, 111 boulevard Beaumarchais. Il demande sa radiation du registre du commerce en février 1949. Il décède à Coimbra (Portugal) en 1956.

toutes les illustrations col. perso. sauf mention

On retrouve ces accordéons entre les mains de nombreux accordéonistes de la région. L'accordéoniste et compositeur dunkerquois Julien Christiaens jouait également sur un Roberti.



Georges Lefebvre (1919-1980) à Billy Montigny, avant de devenir le Parisien Jo Lefèvre.



Henri Dupont (1921-2021) a débuté sur un Roberti,



Camille Polfiet aussi, ici avec son Trio Swing, Pierre Duhautois à la clarinette et Ronnie Kerr à la guitare, sur une partition de Gilbert Faidherbe à Arras.





Roland Monnier (° 1922) de Loos en Gohelle avec son Roberti, en couverture de la revue Anche Libre, éditée par Philippe Krümm.

dessin de Patrick Delaval



Jazz enfantin Yvonne Rané et Maurice Vautier
lieu inconnu

André Sobry (1908-2000) et Lucienne Vandegeyrichte (1910-1982) vers 1930-1940 à Lens, rue Emile Zola

M. et Mme Sobry, Lens

Carlo Compagnoni, Denain (1940) puis Dunkerque 
collection Robert Santiago 

 
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Parmi les plaques photographiques dénichées à Harnes, il y a ces deux belles photos : le jeune Simon Druelle et son accordéon Roberti flambant neuf pose avec le Jaz Populaire Vendinois (1928-1937), à Vendin le Vieil et une école de musique non identifiée.






Ces trois accordéons étaient en vente à Roubaix en octobre 2005







mardi 17 juin 2025

La machine infernale

publié le 22/5/2020
mis à jour le 28/5/2020, ajout de la description du double jazz-band et des infos généalogiques
mise à jour le 18/6/2020, ajout d'une photo de Paul Vandeputte
mise à jour le 17/6/2025, ajout d'un photo et vente d'un tambour Blomme

pour Thierry

C'est le nom que donne Charles Verstraete à un système de percussions avec commandes aux pieds utilisé principalement dans la région du Nord autour de Roubaix et Tourcoing. Il nous en donne un témoignage vécu :



Riton Jazz, Arras
collection personnelle
Vers 1900, certains accordéonistes du Nord de la France se servaient d'une basse aux pieds, inventée en Belgique. Les accordéonistes de bals se faisant souvent accompagner par un batteur (grosse caisse, tambour et cymbales). Mais, estimant que deux hommes étaient encombrants dans les cafés et aussi plus chers, quelqu'un imagina le "jazz aux pieds" et quand l'accordéoniste était le patron, l'économie était substantielle.
Les premiers à construire ces jazz aux pieds furent Octave Créteur(1), 81 rue de l'Epeule et surtout Charles Blomme(2), tous les deux nés à Roubaix en 1885. […]
L'ampleur de la grosse caisse et du tambour ajoutait de la puissance au son. Sur les premiers modèles, les commandes étaient déclenchées par des ficelles. Par la suite, on adopta une soufflerie. L'engin était démontable pour permettre au musicien de se déplacer avec sa batterie, notamment lorsqu'il faisait une tournée. Puis vint l'électricité qui allégea l'ensemble en donnant cependant plus d'importance au ponton à commande sur lequel était installé l'artiste. Son genou droit actionnait le roulement de tambour, le gauche les castagnettes, les pieds donnant le coup de cymbales et déclenchant diverses combinaisons. Pour m'en être servi, je puis assurer qu'il fallait sortir autant de l'école de Joinville que du conservatoire de musique !
Mon père, qui débordait toujours d'initiatives et dont l'esprit inventif était toujours aiguisé, s'avisa de demander à Charles Blomme, un jazz pour deux accordéonistes avec, donc, deux pontons à commandes, agrémentés - et là était le génie - d'ampoules de couleurs variées, synchronisées avec les pédaliers et les roulements qui étaient reliés - mon père était un perfectionniste - aux éclairages de la vitrine du café. Ainsi, qu'on fut au pont Morel ou à la Fosse-aux-Chênes, la lumière était visible, signifiant qu'on jouait "chez Verstraete". Ce jazz, une machine infernale, fut le dernier chef-d'œuvre de Charles Blomme.
Raymond Verschuren, qui possédait aussi un jazz Blomme (classique) avec lequel, dans l'Oise, il faisait les bals ambulants dits "parquets", se vit offrir un jour par son fils André, la fameuse "machine infernale" rachetée à mon père. Au décès de Raymond, André la trouva dans l'héritage, avec le classique. Au cours d'une rencontre, à l'occasion d'une émission au Théâtre de l'Empire, à Paris, je suggérai à André d'en faire des reliques que Roubaix serait heureux d'accueillir. Avec Bruno Gaudichon, conservateur du Musée d'Art et d'Industrie, nous nous retrouvâmes à Creil, en 1995, pour récupérer ce don. […]

De l'Accordéon au trombone, Charles Verstraete, 2000




collection Charles Verstraete




(1) Octave Créteur : fils d'un tisserand et d'une bobineuse, il a exercé les professions de menuisier et cafetier. Sa fiche matricule nous donne plusieurs adresses, 1905 : 62 rue de l'Industrie ; 1911 : 112 rue de Soubise ; 1906, 106 rue des Longues Haies ; 1920 : 81 rue de l'Epeule (photo de son café sur le site de la médiathèque de Roubaix) ; 1928, Orroir (B), place de l'Enclus ; 1934, Mouscron (B), 164 chaussée de Lille ; en 1934 il est mentionné à Ostende. Il est mort à Mouscron en 1976.

(2) Charles Blomme : ses parents sont Belges, son père est né à Bruges, il sera soigneur dans une filature comme lui, c'est la profession que l'on relève sur ses deux actes de mariages en 1904 et en 1912 et les naissances de ses quatre enfants jusqu'en 1914. Exempté de service militaire pour faiblesse générale, c'est dans les divers actes de naissances et mariages que j'ai relevé ses adresses à Roubaix, ainsi que ses professions : 1905, rue d’Alger ; 1907, rue du Vieux Hutin ; 1914, rue de Beaurewaert ; 1919, 5 boulevard de Belfort, luthier ; 1926, Roubaix, ouvrier luthier ; 1930, 185 rue de Cartigny musicien.  Il meurt à Herseaux (B) en 1970. Son  deuxième fils, Charles (1907-1972) se déclare violoniste lors de son mariage, il est alors domicilié à Colmar. J'ai relevé que sa seconde épouse, Clémence Platteau est décédée en 2017 à Wattrelos, elle aurait pu apporter son témoignage.


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Le jazz-band Blomme du Musée de Roubaix

1. Présentation historique
Le projet de restauration du jazz-band a été lié à l'origine au don de l'instrument au musée de Roubaix en 1993. Le donateur, accordéoniste professionnel, avait en effet exprimé le souhait que la fonction sonore du jazz-band puisse être rétablie en vue de le faire rejouer dans le cadre de manifestations culturelles, renouant ainsi avec la tradition locale d'animation des cafés de Roubaix au début du siècle. Il faut savoir, en effet, que les jazz-bands à cette époque contribuaient largement à l'animation des cafés, établissements très populaires fréquentés par la classe ouvrière, l'histoire des cafés dans les villes du nord étant elle-même très liée à l'essor de l'industrie textile. A ce titre il constitue un témoignage exemplaire d'un type de vie sociale très représentative du contexte économique de la région. Le jazz-band donné au musée faisait lui-même partie du mobilier d'un café de Roubaix, le café Verstraete ; l'intérêt qu'il représente sur le plan sociologique et le fait qu'il a été produit par une fabrique locale justifiait pleinement sa présentation et sa mise en valeur dans les collections du musée.
Le jazz-band provient de la fabrique Blomme, comme l'indique une inscription sur la peau de la grosse caisse. Cette fabrique, qui était située rue de Lannoy à Roubaix, a dû produire un certain nombre d'instruments comparables à celui-ci, mais nous n'en connaissons actuellement qu'un très petit nombre d'exemplaires. Nous manquons également d'informations concernant sa date de fabrication. Le style du décor ainsi qu'une photographie ancienne du jazz-band devant la fabrique Blomme permettent de situer sa construction aux alentours de 1914.

2. Description

Le jazz-band se compose d'un corps central et de deux estrades placées de chaque côté. Le corps central présente une structure en bois peint de forme pyramidale couronnée d'une lyre décorative. Plusieurs éléments acoustiques de type percussions occupent des différents niveaux : sur la partie inférieure un woodblock encadré de deux soufflet comportant chacun six grelots. Au-dessus une grosse caisse caisse dont la peau, côté face, est recouverte d'un décor peint représentant une figure féminine jouant de la harpe et entourée de l'inscription "Charles Blomme - constructeur - Roubaix". Sur l'un des deux batteurs en bois, au revers de la grosse caisse, sont fixés quatre disques métalliques rappelant ceux des tambourins à sonnailles et un grelot. Au-dessus de la grosse caisse une cymbale ornée au centre d'un gros cabochon en verre facetté de couleur rouge évoquant un rubis. La cymbale est encadrée de deux castagnettes. Au niveau supérieur, une caisse claire surmontée d'un triangle suspendu à un crochet en métal fixé au sommet de la lyre complète cet ensemble qui repose sur un socle en bois peint sur lequel figure l'inscription "jazz-band idéal accordéoniste". Ce socle contient un dispositif pneumatique comprenant des tuyaux en caoutchouc reliés aux soufflets des différents éléments acoustiques, ainsi qu'un système électrique permettant l'allumage intermittent des ampoules placées à divers endroits du jazz-band : quatre ampoules à l'intérieur de la grosse caisse, une ampoule située à l'intérieur du cabochon de la cymbale, douze ampoules décoratives de couleur rouge disposées sur le pourtour du jazz-band.
Les estrades sont également en bois peint et comportent à l'avant une série de douze pédales rondes disposées sur deux rangées (une rangée de sept pédales au bord, une rangée de cinq pédales plus en retrait). Sur chaque côté des estrades, à l'avant, se dressent deux montants comportant un bouton contact électrique à chaque extrémité sur leur face interne. Les quatre boutons, avaient tous disparus et ont du être refaits. Douze soufflets sont placés à l'intérieur de chacune des estrades ainsi que des contacts électriques. Sur ces estrades s'installaient deux accordéonistes qui, tout en jouant, actionnaient la soufflerie en appuyant avec les pieds sur les pédales du plancher, mettant ainsi en marche simultanément les dispositifs acoustique et électrique du jazz-band. Le frappement de la grosse caisse entraînaient automatiquement l'éclairage de celle-ci et l'impulsion donnée avec les genoux sur les deux boutons contacts des montants latéraux permettait d'obtenir un effet acoustique particulier, différent de celui obtenu par les soufflets (roulement répétitif sur le woodblock et la caisse claire). Chaque estrade est reliée à la partie acoustique du jazz-band par douze tuyaux en caoutchouc assurant la transmission pneumatique et par des branchements électriques. Notons que deux circuits électriques distincts sont intégrés dans le jazz-band : l'un fonctionne avec le courant normal et permet les différents effets lumineux, le second correspond aux contacts genoux et fonctionne avec un courant à basse tension obtenu grâce à deux transformateurs.
Il convient de souligner que ce jazz-band n'entre pas dans la catégorie des instruments de musique mécanique automatiques comme la plupart des jazz-bands connus puisqu'il fonctionne uniquement par l'intervention des musiciens accordéonistes pour lesquels il fait office d'accompagnement et constitue en quelque sorte un petit orchestre intégré. […]

extrait de :
La restauration des jazz-bands du musée d'art et d'industrie de Roubaix. par Claire Combe et Douglas Heffer
in :


merci à Philippe Nasse qui m'a transmis ce document


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Agnès, lectrice fidèle, m'a signalé cette photo publiée dans le livre d'Hubert Boone L'Accordéon et la basse aux pieds en Belgique, éditions Peeters, Louvain, 1993. On y voit  Paul Vandeputte, de Moorsele (Flandre Occidentale), photographié en 1988 avec son accordéon bisonore Callewaert et son Jazz Band Idéal, fabriqué par Charles Blomme à Roubaix.





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Jeannot Perret (1928-2021) accordéoniste et grand collectionneur d'accordéons, nous a quitté en novembre 2021. On le voit ici poser à côté de son jazz-band Charles Blomme. 


photo Vicky Michaud

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aperçus sur FB : deux jazz-band aux pieds dans le Pas-de-Calais  
 
Oignies : Léon Tartare 1883-1959

Marquise : Georges Fasquelle 1918-2006
 
 
On me propose ce tambour provenant d'une basse au pied fabriquée par Charles Blomme, tranformée en lampe
le vendeur est à Lille :  07 69 50 02 45 
 

 

jeudi 8 mai 2025

Joseph Agostini, accordéoniste, 1894-1949

 
collection personnelle

 Il est né en 1894 à Mercatello, dans les Marches (Italie), fils d'un charbonnier. Enfant, il se promène souvent dans les cafés du village avec son petit accordéon diatonique et joue aussi pour les mariages. Il rencontre Philomène Dini et l'épouse en 1918. Le contexte politique et économique d'après guerre bouleverse la petite famille et les pousse à l'exil. Les mines du Nord et du Pas de Calais embauche, il arrive seul à Dechy vers 1922 et trouve du travail à la fosse Bonnel à Lallaing. L'année suivante il fait venir son épouse et ses enfants Louis et Dante, âgés de 2 ans et un an dans un coron, 32 rue Voltaire. Pour oublier la mine, qui le terrifie, il reprend son accordéon et part souvent jouer dans les cafés à Douai et même dans les bordels de Lille. Après avoir fait un petit pécule il déménage à Sin Le Noble vers 1929 rue Arthur Lamendin.
 
source : Une vie tambour battant

Joseph ouvre un estaminet A l'Espérance, avec une salle de bal. Il joue dans son café seul au début, puis très vite rejoint par ses aînés, Louis et Dante. Après quelques années la famille déménage sur la Grand place et Joseph ouvre une école d'accordéon puis un magasin de vente et de réparations d'accordéons.
 
Louis est très doué pour la musique, à 13 ans il obtient deux premier prix de solfège au Conservatoire de Douai, puis il est invité régulièrement à la Radio PTT Nord dans l'émission Le quart d'heure d'accordéon. En 1934 il participe au Concours international d'accordéons de Liège. Il y remporte le premier prix en division d'excellence. Il est vite remarqué par les professionnels et signe un contrat avec l'orchestre de Ray Ventura.  Il voyage beaucoup et découvre le jazz qu'il montre à son frère Dante, plus attiré par la batterie.
Louis meurt quelques jours avant l'armistice, le 17 juin 1940, lors d'un combat dans la Moselle. Son frère Dante deviendra une référence de la batterie de jazz, mais c'est une autre histoire que vous pouvez découvrir dans l'hommage que lui a fait sa fille dans son livre Dante Agostini, une vie tambour battant paru en 2019 aux Editions du Layeur.

Christian Declerck
8 mai 2025

sources : Dante Agostini, une vie tambour battant par Anne Agostini-Basseporte & Daniel Dumoulin, Le Grand Echo du Nord du 11 février 1934.

Cartes postales publicitaires de ma collection
 

 
Adolphe RICCI et Dante AGOSTINI

Jazz-Band Infernal, les as de Dechy


jeudi 27 mars 2025

Enrico Gamberi, accordéoniste

 

coll. G Lecomte

 
J'ai découvert Enrico GAMBERI par son séjour à Dunkerque en 1896, il est mentionné musicien sur le recensement au 19 de la rue du Moulin à Poudre. Une rue des quartiers Est de Dunkerque qui borde la caserne Jean-Bart, et qui mène à la rue des Casernes de la Marine (la fameuse rue des P'tit's Jup's), réputée pour ses bars très accueillants. Je parle de ces bars parce qu'Enrico arrive d'Anvers où il s'est fait expulsé en 1893 après un rapport de police l'accusant d'être le souteneur d'une fille éparse.
 
Dunkerque vers 1903

 
Enrico Gamberi est né en Italie à Spilamberto dépendant de Marano Sul Panaro, entre Modène et Bologne, le 23 juillet 1865. Son dossier d'immigration à Anvers nous apprend qu'il était passé par Bâle (Suisse), où il avait pris un passeport au consulat d'Italie en 1888. On le retrouve ensuite à Bruxelles l'année suivante, 3 rue d'Or, puis à Anvers où il arrive en 1890, 43 rue de l'Escaut. Après un séjour à Rotterdam en 1891, 35 rue du Brésil, il revient à Bruxelles, 15 rue du Temple en 1892. Il demeure 33 rue de la Fabrique à Anvers quand il est repéré par la police qui l'accuse de cacher son activité de souteneur en déclarant un travail de colporteur d'objets en plâtre. Après son séjour à Dunkerque, je le retrouve quelques années plus tard en 1906 au Hâvre, 59 rue Dauphine, il est débitant de boisson. Il vit en concubinage avec Jeanne VIGON, née en 1864. En 1921 il est toujours au Hâvre, 2 avenue Rouget de l'Isle, en couple avec Gabrielle HERRY, née en 1886, qui lui donnera 3 enfants en 1915, 1917 et 1919. Il meurt au Hâvre en 1932, il a gagné suffisamment sa vie pour acheter l'immeuble de son café Le Royal Bar, quartier Saint François (la photo ci dessous), qu'il revend le fonds de commerce du café/bar/dancing en 1918 mais qu'il a continué de l'animer avec son accordéon.
 
coll. G. Lecomte

Je remercie Grégory Lecomte qui m'a contacté après avoir trouvé la mention de son ancêtre dans ma base de données sur le site Généanet. Il m'a donné cette photo d'Enrico et d'autres documents, dont ces partitions manuscrites qui appartenait au musicien, et qui sont sans doute une partie de son répertoire. Sa famille les a conservées précieusement, il s'agit de musiques de danse : mazurka, polka, valses, certaines assez connues.
 
- Espoirs perdus, valse d'Alessandro Morelli
- Fremito d'amore
- Fremito d'amore, valse lente d'Alfredo Barbirolli
- Mazurka
- Polka
 
Christian Declerck
27 mars 2025

lundi 16 septembre 2024

Les Auvergnats du Nord, une « intelligente initiative » lilloise #2

Musique vivante et relais médiatiques

Les Auvergnats du Nord font aussi appel à des musiciens réputés de Paris qui contribuent à la publicité et au succès de leurs fêtes. François Guillaume est le premier à se produire avec son orchestre lors du banquet suivi d’un bal en mai 1929 (ci-contre : photo extraite du Grand Echo du Nord le 6 mai 1929, source Gallica). Ce « maître cabrettaire » d’origine cantalienne joue dans des amicales en Île de France, en particulier celle de Saint-Maur, ainsi qu’au sein de La Bourrée, société artistique affiliée à la Ligue auvergnate qui regroupe des danseurs et des chœurs en costumes.
Guillaume est rejoint à la fête lilloise du mois de novembre par Martin Cayla, « surnommé à juste titre le ‘roi de la cabrette’ » selon la presse locale, et le vielleux Sertin (L’Auvergnat de Paris du 9 novembre 1929) qui remplace Léon Guéniffet précédemment annoncé dans Le Grand Écho du Nord de la France (n° du 8 octobre).
 
 
GEdNF 4/11/1929, source Gallica

Guéniffet et Cayla sont au même titre que Guillaume des musiciens officiels de La Bourrée. Tous trois enregistrent des disques de musique instrumentale édités par ce label quelques mois plus tard, notamment La Bourrée de la Corrèze.
À la fin de l’année 1930, ce sont Henri Momboisse, « artiste incomparable de l’accordéon », et Marcel Bernard « qui joue de la cabrette avec art » qui prêtent leur concours à l’association du Nord, devenue la société amicale des originaires du Massif central (revue Minerva du 23 novembre 1930). On peut par exemple écouter le jeu de Momboisse dans la valse Lo Grondo, enregistrée sur disque Perfectaphone en 1929, en suivant le lien : ICI
 
 
Henri Momboisse

Cayla / Gueniffet / Bernard

Une formation plus complète réunit en 1933 Martin Cayla, sans doute à la cabrette, le vielleux Guéniffet, l’accordéoniste Géo Garrigoux et le jazz Brasseur. Ce dernier anime le banquet de la Ligue à Paris un mois plus tard en compagnie de ses camarades (L’Auvergnat de Paris du 25 novembre 1933). Garrigoux joue par ailleurs dans la capitale et en tournées avec Fredo Gardoni, l’une des stars du musette.
Exception notable à ce recrutement très parisien, le cabrettaire Émile Fruquière : domicilié à Ayrens dans le Cantal, « Milou » est un ancien camarade d’école de Jean Cibié que celui-ci fait venir spécialement au banquet de 1935 (Le Grand Écho du Nord de la France du 28 octobre 1935), mais aussi dans l’après-guerre.
     
La Presse 24/11/1951, source Gallica

Dans le même temps, l’animation musicale est partagée avec des amicalistes amateurs, encouragés à chanter de « vieilles chansons du terroir » et à danser les « traditionnelles bourrées » (L’Auvergnat de Paris du 27 avril 1929), danse qui ouvre le bal inaugural de l’amicale. Tandis que M. Garde chante en « langue du pays » au premier banquet, une chorale locale de jeunes gens dirigés par Mme Roux voit bientôt le jour. À l’instar des chœurs de La Bourrée, cette formation interprète des chants traditionnels tels que le Regret de Lisou et Lo Grondo en novembre 1929, ainsi que des compositions dont L’Hymne ou Chant en l’honneur de Louis Bonnet, chanté pour l’inauguration de la rue Louis Bonnet en 1927 à Paris.
 
Certaines interprétations bénéficient en plus d’une retransmission par TSF. La station Radio PTT Nord de Lille prévoit en effet de diffuser le concert donné salle de l’Orphéon avant le bal de l’amicale le 19 octobre 1930, vers 17 heures. Le programme de la matinée publié dans Le Grand Écho du Nord alterne musique instrumentale, poèmes et chant choral. Pour la partie musicale, c’est une bourrée à 3 temps qui doit inaugurer la séquence, Ten te redde (Tiens-toi droit) jouée par Henri Momboisse en solo à l’accordéon, mélodie enregistrée par ailleurs sous la marque Le Soleil, édition Martin Cayla (disque à saphir n° 54). Une série d’airs auvergnats interprété par Marcel Bernard à la cabrette doit suivre, ainsi qu’un duo des deux musiciens sur l’air de La Yoyette, marche célèbre du répertoire traditionnel.
Quant à la chorale, elle est attendue dans l’interprétation de la valse Lous esclops (Les sabots) puis de La Chanson des sept pays, créée en 1928 sur des paroles de Camille Gandilhon Gens-d’Armes, chroniqueur littéraire à L’Auvergnat de Paris, et une musique de Joseph Canteloube, musicien et directeur artistique de La Bourrée (Recueil de La Bourrée, 4e édition, p.16-18). Chaque couplet célèbre tour à tour les attraits de la Basse et Haute-Auvergne, du Gévaudan, Limousin, Quercy, Rouergue et Velay, noms des « anciens pays » correspondant aux départements intégrés à l’amicale.
Quel meilleur moyen de conclure, pour ces Auvergnats du Nord, que d’exalter leur solidarité sans frontières à travers ce refrain :
« Des bords du Lot à la Limagne,
De Brive au Puy,
Nous sommes fils de la Montagne ;
Et loin des puys,
Nous sentant frères,
Nous écoutons la voix du sang
Et nous chantons d’un même accent
Nos vieilles terres. »