lundi 14 mars 2022

Victor Capart (1839-1908), chansonnier socialiste et indicateur de police

source Gallica


Beaucoup de Tourquennois connaissent la rue Victor Capart mais lorsqu’on leur demande s’ils savent qui est ce personnage la réponse est généralement négative. Il est né en 1839, sous la monarchie de Juillet. Ses parents, ouvriers belges, l’appellent Victor-Joseph. Lui se fera appeler Victor. Peut-être la connotation religieuse de son prénom ne plaît-elle pas à ce futur chansonnier qui diffusera au cours de sa vie de nombreux messages anticléricaux. Victor va quelques années à l’école primaire. Comme beaucoup d’enfants de son milieu, il arrête très tôt sa scolarité pour travailler, ce qui explique sa mauvaise orthographe et ses problèmes de syntaxe comme le confirment les passages cités infra. Il épouse Clémence Dubois qui lui donnera onze enfants. Initialement tapisseur, il devient contremaître dans une entreprise de tissage. Après avoir demandé à son patron une augmentation de salaire pour lui et ses compagnons, il obtient remerciement et inscription à l’encre rouge sur le registre du travail, ce qui l’oblige à se rabattre sur de petits métiers indépendants.
Victor Capart se met alors à écrire et devient chansonnier patoisant, puisant son inspiration dans le quotidien des ouvriers tourquennois. Ses propos restent mesurés sous l’Empire mais, sous la République, il pense pouvoir s’exprimer librement. La ville de Tourcoing n’a, à l’époque, qu’un seul journal : un hebdomadaire appelé L’indicateur dont le propriétaire est l’imprimeur Mathon. D’après Jacques Ameye, Victor Capart aurait appelé L’indicateur « l’maudit journal matonné ». Il est condamné à plusieurs mois de prison et doit s’exiler en 1877. Il ne part toutefois pas très loin : il passe la frontière franco-belge et ouvre un estaminet à Mouscron, dans le quartier du Mont-à-Leux. […] la suite ICI

extrait de :
Dhalluin, Sébastien. « Victor Capart, le chansonnier aux deux visages (1839-1908) », Revue du Nord, vol. 395, no. 2, 2012, pp. 473-502.



Les feuillets de chansons conservés à la BNF









Les liens correspondants (l'intégration fournie par Gallica n'est pas parfaite)

- L'canton du qu'min des Mottes air du Cabaret Mouton
- Le crime de Faugères, air Mon pauvre gosse
- Le nouveau ramonneu, air Du bonheur su c'monde
- Les buveurs à l'œil, air du Méd'cin des pauvres
- Les buvoires de g'nève, air des Révélations d'grand-mère
- Un voile à l'Exposition, air Au clair de la Lune
+
- La Justice Bourgeoise, air Vive la Gymnastique (Bn Roubaix)
et autres ICI













mercredi 9 mars 2022

Blootland - Brest 92



Le dossier de presse annonce plus de 1.500 bateaux, 12.000 marins de 20 pays. 8 jours de fêtes à Brest du 11 au 14 juillet, puis à Douarnenez du 15 au 18 juillet, avec près de 1.500 musiciens. Blootland ne pouvait pas rater cet évènement. On y était, avec d'autres Dunkerquois.

Laurent Claeys et André Rouzet
à Douarnemez


Avant cela un concert de rodage est organisé à Godewaersvelde, le 12 juillet. Il a été filmé en vidéo par Max Deswarte, habitué de l'estaminet Het Blauwershof. J'ai retrouvé la cassette VHS il y a quelques années, je l'avais donnée à Archipop pour une numérisation et conservation, 5 ans plus tard… c'est fait. Voici un extrait de quelques minutes, la vidéo originale fait 1h 17mn.






mardi 8 mars 2022

Bouscatel à Dunkerque

mise à jour le 5/3/2022 : ajout d'un article, une photo et un lien
mise à jour 16/9/2021 : ajout d'un lien vers la collection d'Eric Montbel
mise à jour 11 septembre 2019 : ajout d'une référence La Musette
mise en ligne : 2 mars 2016
 
source : Du bouge au conservatoire

Le musicien populaire est en visite chez les bourgeois dunkerquois comme en témoigne ces trois extraits de presse.

Le Nord Maritime
2 juillet 1912 : « Le banquet de la Musette – Il y a un an, les originaires du Massif Central, inauguraient par un magnifique banquet la fondation de leur société La Musette. Depuis le groupement a prospéré et le deuxième dîner de la Musette qui a eu lieu hier soir, dans les salons du casino, réunissait de nombreux invités. Autour de M. Bonhoure, sous préfet, qui avait accepté de présider cette fête […] Etienne Monnet*, président ; Boutaric, vice-président ; Bussière, secrétaire et Jallat, trésorier de la Musette […]. On entendit ensuite un virtuose jouer sur la musette des airs populaires d’Auvergne, l’orchestre du Casino exécuta la Ronde de la Musette de M. Burgairolles**, Mlle Jane Colombel la délicieuse divette détailla quelques chansons de son joli répertoire et M. Vaquier acheva de provoquer l’hilarité de l’assistance. Des invités ont encore chanté et dansé la Bourrée. Bref ce fut parfait »

collection personnelle


Compte-rendu plus précis "au pays" :
La Semaine Auvergnate (Archives du Cantal)
11 juillet 1912 : « […] c’est cette progression rapide [des membres] qui était fêtée dans un second banquet qui eut lieu au Casino de Malo les Bains, sous la présidence de M. Bonhoure, sous préfet, ancien secrétaire général du département du Puy de Dôme. Au côté de M. Bonhoure et de M. Etienne Monnet, l’aimable président de la Société, nous avons remarqué M. Terquem, maire de Dunkerque, les représentants de la Musette de Paris, Amédée Bussière, le sympathique secrétaire particulier du sous préfet de Dunkerque […]. Un virtuose, M. Bouscatel, joua sur une musette, durant le repas, des airs populaires d’Auvergne. […] M. Espinasse chanta en patois ; M. Tête se fit applaudir dans plusieurs chansonnette ; Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette, charma l’assistance, et M. Vaquier, le désopilant comique du Casino, provoqua son hilarité. Cette belle fête ne se termina que très tard dans la nuit, sur des airs de bourrées dansées élégamment par nos compatriotes. »

Merci à Olivier Durif de m'avoir communiqué ce document

Merci également à Agnès Unterberger pour deux articles complémentaires parus les 27 mars et le 3 juillet 1913 dans le même journal.
"Dans les salons du Café Franco-Russe [qui devint la Taverne Charles], la Musette de Dunkerque avait convié ses membres honoraires et actifs à une Poule d'Honneur offerte par son président M. Jalenques" sans mention de chants ni de cabrette en mars, mais on cite la présence de M. Eugène Lintilhac, sénateur du Cantal, en juillet "Point n'est besoin de dire avec quel charme vigoureux M. Lintilhac a glorifié sa chère Auvergne et avec quelle délicatesse il a remercié les amis dunkerquois de ses concitoyens. […] Et la fête s'est terminée par des chants. M. Lintyilhac a tenu le rôle de barde arverne et d'une voix vibrante a traduit magnifiquement le chant du pâtre qui enchante les solitudes du Massif […]"

Agnès me précise : "On peut écouter la "voix vibrante" d'Eugène Lintilhac sur un disque des Archives de la Parole (I.84), consultable en ligne sur Gallica-BnF. Cet enregistrement en "patois d'Auvergne" avait été réalisé un an plus tôt à Paris à la Sorbonne, le 2 juillet 1912, dans le cadre du projet du linguiste Ferdinand Brunot."


au pied du beffroi
la Taverne Franco-Russe


La Musette, revue artistique et littéraire des originaires du Massif central
Juillet-août-septembre 1912
[…] Le banquet est terminé, mais qu'entends-je ? Quelle émotion étreint tous les cœurs ! Des yeux se mouillent. Ces yeux étincellent. Quelle douce musique se fait entendre qui rappelle les libres espaces, les grandioses paysages des volcans morts et des sapins funèbres ! Au pays des carillons, c'est la musette, la douce musette de nos bergers qui vient demander droit de cité. Alors, c'est du délire, tout est oublié, le sérieux des situations, la gravité des fonctions et tout le monde danse la bourrée et l'auvergnate, martelées par le grand musettiste qu'est M. Bouscatel. N'a-t-on point même chanté en patois ? 
Enfin, Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette et M. Vaquier, le comique impayable du Casino, viennent clore cette fête qui fut en tous points cordiale et magnifique. Un Vieux Clermontois.


* Etienne Jean MONNET (1880-1926) et Léon Etienne MONNET (1886-1961), directeurs du Casino de Malo les Bains, sont nés à Clermont-Ferrant

** Georges BURGAIROLLES  (1856-1939)
Fils de Guillaume Auguste, officier d’administration, et petit-fils d’un contrebassiste apparenté à la famille de musiciens et chefs d’orchestre parisiens ARTUS. Il est chef d’orchestre au théâtre des Bouffes du Nord (1888) et aux Folies Parisiennes (1893) à Paris. De 1896 à 1913 il dirige l’orchestre du Théâtre-Concert des Variétés à Lille et, durant la saison balnéaire, l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains, dont il est aussi le directeur artistique. Très apprécié  à Dunkerque comme le précise la revue Paris Musical et Dramatique de 1906 : « Parmi les Casinos qui promettent d'offrir le plus d'attraction cette année, citons celui de Malo-les-Bains. Du reste, le nom de M. Burgairolles est à lui seul une garantie du succès, M. Burgairolles n'est pas, en effet, seulement un chef d'orchestre remarquable, mais il a au suprême degré ce que l'on peut appeler l'intelligence artistique et sait donner aux programmes un attrait vraiment surprenant, et plus que jamais les baigneurs de Malo-les-Bains trouveront cette année les distractions les plus variées. » Pendant son séjour il compose Jean-Bart (1906), marche et en 1912 La Ronde de la Musette, marche dédiée à l’association éponyme regroupant les Auvergnats de Dunkerque. Après la guerre, en 1920, il reprend la direction de l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains : « Le Kursaal n'étant plus utilisable, on songe à le reconstruire pour l'année prochaine. Le Casino, très fortement endommagé, a néanmoins ouvert ses portes. La superbe salle de spectacles, de même que les salons de jeux, sont très fréquentés. On applaudit en ce moment les vedettes parisiennes de nos meilleurs music-halls, qui sont renouvelées chaque vendredi. La direction a traité avec les tournées théâtrales les plus en vogue, à raison de deux par semaine. Un orchestre comprenant, entre autres musiciens, les solistes des Concerts Pasdeloup et de Monte-Carlo, sous la direction de M. Burgairolles, directeur artistique, donne des auditions très goûtées. ». C.D.

[extrait du Dictionnaire Biographique Dunkerquois, SDHA, 2015]


une page consacrée au roi de la cabrette

trois enregistrements de "musique ethnique" comme ils disent à la BNF

une émission sur France culture

Clément Bonhoure, sous-préfet, né à Limoges













samedi 19 février 2022

La planche n°14

Dans les années 1980, Patrick Delaval a entrepris un travail musicologique d'envergure. La publication sous forme de planches iconographiques, du résultat de ses recherches sur les instruments de musique populaire à travers les siècles.

Ces planches, tirées sur vélin pur chiffon, sont dessinées d'après des gravures d'époque, documents photographiques, etc. Elles représentent une tentative de regroupement visuel de nombreux modèles d'instruments, très souvent éparpillés d'ouvrage en ouvrage, et parfois même, négligés selon les auteurs. D'autre part, ce regroupement systématique du plus grand nombre de modèles possible dans un même type permet de déterminer la fréquence de tel instruments par rapport à tel autre. En conséquence, le classement organologique s'en trouve parfois modifié, telle la cornemuse qui, par sa variété, représente à elle seule, une catégorie très importante.
Le dessin à l'encre a été choisi car il permet une clarification de documents souvent flous, ainsi que la suppression d'ombres propres ou portées qui nuisent à la bonne compréhension de l'instrument. Néanmoins, dans le cas de gravures anciennes, le graphisme d'origine a été respecté, ainsi que la disposition de l'instrument dans l'œuvre, ce qui explique que certains dessins soient présentés en biais, ou tête-bêche, par exemple.

Parmi ces planches (280 sont annoncées ! et d'autres sont en préparation) on trouve LA planche n°14 qui nous concerne plus particulièrement. Intitulée Mouchafou ou Moezelzack, zone linguistique picarde et anciens Pays-Bas, elle nous présente ses recherches sur la cornemuse locale et les liens avec celles des régions frontalières.
Certains d'entre vous ont sans doute acheté cette planche (combien l'ont conservée ?) et qui sait où il a rangé le texte d'accompagnement, riche d'informations inédites ? A la faveur d'un rangement, je viens de retrouver le mien et je vous en livre le contenu : 
"Mouchafou (muse au sac, muschosa, piposa, etc.), Moezelzak (moechasak, moezelken, muzelken, etc.). Ce double titre (Picard et Flamand) désigne une cornemuse qui se rattache au groupe des cornemuses françaises par son petit bourdon parallèle au chalumeau, mais dont les seuls exemplaires retrouvés à ce jour proviennent de Belgique. La piposo pratiquée au moins jusqu'au début du XIXe siècle en Artois appartenait-elle au même type d'instruments ? l'avenir et les recherches en cours nous le diront.
Mis à part le dessin n°1, ces cornemuses possèdent en commun deux détails organologiques très évidents, qui ne sont pas sans rappeler la chabrette limousine : un pavillon amovible au chalumeau, et une section centrale de grand bourdon très fine, faisant plutôt office de raccord entre les deux principaux segments, comme la conelha de la chabrette.
Curieusement, les exemplaires qui ont survécu semblent tous avoir été construits pour des gauchers, tout du moins l'arrangement chalumeau/petit bourdon qui est inversé par rapport à la disposition habituelle ; paradoxalement c'est cet arrangement traditionnel qui apparaît sur le document représentant Alphonse GHEUX. De nombreux types de cornemuses ont existé dans cette région, mais aucun autre modèle semble n'avoir survécu. On trouvera leur description dans le chapitre "Histoire".

  • 1) Cornemuse Picarde, musée de Bruxelles, cote M1. Il s'agit ici d'un modèle différent des suivants, en cela qu'il se rapproche des modèles classiques français, surtout dans la conception du grand bourdon, dont les trois sections de même tournage augmentent progressivement de taille vers l'extrémité. Malgré cela, cette cornemuse peut représenter un type particulier ayant existé au Nord, par certains détails comme la frange, le boitier sculpté, la manière de tournage, le pavillon amovible. A noter l'extrémité de ce pavillon en résonnateur, caractéristique rencontrée surtout dans les bourdons de cornemuses celtes.




  • 2) Cette photo d'Alphonse GHEUX (berger né à Saint Sauveur en 1850, mort en 1936 à Arc Ainières), prise vers 1882, pose le problème de la plupart des documents de cette époque : une grande imprécision dans les détails, source d'erreur accentuée par la présence de retouches. Dans le cas présent, le dessin a été réalisé après suppression de la retouche grâce à Rémi DUBOIS. Cet artifice supprimait le boitier et prolongeait le petit bourdon jusqu'à l'extrémité du chalumeau ! On remarquera que le grand bourdon possède la fine petite section centrale si caractéristique.




  • 3 et 4) Retrouvée à Escanafle, dans le Nord-Hainaut, par Rémi DUBOIS, cette cornemuse présente les caractéristiques communes aux n°2, 6 et 7, mais semble d'une facture beaucoup plus rustique, particulièrement dans la décoration du grand bourdon, très peu tourné mais sculpté à la gouge. La dernière section est ornée d'une église et de lettres et chiffres en pointillé. Un élément rare : le boitier sculpté en tête de bélier, dont on ne trouve l'équivalent à l'heure actuelle qu'en Europe Centrale. (Elle se trouve également au musée de Bruxelles)






  • 5) Ce boitier, que l'on a pu observer lors de l'exposition du Musée des A. T. P. L'instrument de musique populaire, usages et symbole figure dans cette planche car il présente certaines affinités avec les cornemuses traitées ici. Certes, les boitiers sculptés sont rares, mais la cornemuse 3-4 en est un autre exemple. D'autres part les coins à pans (ici en zig-zag), la frange, et le fait que cette frange ne provient peut-être pas de la poche, mais est sans doute rajoutée (comme sur le n°6 et peut-être le n°2) incite à penser qu'il s'agit ici d'un boitier picard ou flamand. (Paris, Musée des Arts et Traditions Populaires, n°58.57.21) [plus d'infos à propos de ce boitier ICI]



  • 6 et 7) Ces deux cornemuses, toutes deux au musée de Bruxelles, sont pratiquement identiques, et sans doute du même luthier. Elle semblent avoir été construites pour des gauchers, à moins que la position des mains fût inversée sous nos latitudes… Sur le n°6, la frange est rajoutée, et l'on note une bague de corne au grand bourdon. Le n°7 a la poche manquante. Les deux boitiers sont décorés d'étoiles gravées en creux.





  • 8) Cette reconstruction est l'œuvre de Rémi DUBOIS, luthier à Verviers, près de Liège, qui réalise de magnifiques cornemuses et que je remercie pour son son aide, ses documents et ses conseils dans l'élaboration de cette planche.




Patrick DELAVAL




Une présentation de cette planche a déjà été publiée ICI

jeudi 17 février 2022

La famille Magnier, 6 générations de musiciens

publié le 1/3/2018
mise à jour le 17/2/2022 : ajout de 2 vidéos

C'est dans un chapitre du livre de Charles Verstraete, De l'accordéon au trombone, que j'ai découvert cette famille de musiciens qui ont fait partie des quelques précurseurs (connus) de la pratique populaire de l'accordéon dans le Nord et le Pas-de-Calais, dans le dernier quart du XIXe siècle.

source : De l'accordéon au trombone


"La famille Magnier a été présente dans l'histoire de l'accordéon pendant plus d'un siècle, du Pas de Calais à la Saône et Loire (Monceau les Mines), en passant par Paris. Il furent à la fois mineurs de fond et accordéonistes.
Leur histoire extraordinaire commence en 1793, le jour où naquit Jean Louis Magnier, pendant la Révolution Française. Mineur de son métier, Jean Louis découvrit l'accordéon et fit partager son plaisir à ses camarades de travail, en jouant pour eux après la remontée. Son fils Joseph, né en 1837, devient lui aussi maître porion, et, comme son père, ne vécut que pour l'accordéon.


Marceau (alias Freddy Marc), Alphonse (alias Magnier fils) Alphonse Magnier, père,
Julienne (alias Juliana), Voltaire (alias Walter Delens)
collection personnelle


Le petit fils, Alphonse, ouvre les yeux en 1875 à Liettres (Pas de Calais). Dès sa quatrième année, il se passionne pour l'accordéon et la musique en général. Sur les traces de son père et de son grand père, il descendit dans la mine à 10 ans. Mais l'accordéon le possède ; devenu virtuose vers 1900, il reprit un estaminet à Liévin, où il fit danser les "gins". Il donna des leçons, monta une société vers 1905, Les Cœurs Joyeux. Comme tous les bons accordéonistes de l'époque, il s'intéressera à l'entretien et à la réparation de son instrument ; cherchant à l'améliorer, il inventa un "sytème français", opposé au sytème italien" ; on le nommera "sytème Magnier". Fabriqué sur ses données, en Italie par la maison Borsini, puis Gallanti, et vendu sous la marque Roberti (France Accordéon), par Robert Lévi, vendeur d'accordéons à Lens, 64 rue de Lille, qui possédait aussi un magasin à Paris, 111, boulevard Beaumarchais. Cette invention lui valu le titre d'Officier d'Académie de la musique Française et, fait exceptionnel, il fut nommé Membre d'honneur de la Musique Royale Belge.
Vers 1920, il s'intalla à Paris, il enregistra chez Pathé-Marconi et fit des émissions à Radio Tour Eiffel. Il rentra à Liévin en 1927, puis en 1930, il professa à Béthune et monta plusieurs sociétés d'accordéonistes dans la région. La guerre de 1939-1945 et le décès de Lévi, interrompirent le succès des Roberti.

collection personnelle



Voltaire Magnier et son "véritable Borsini"
collection personnelle


Les enfants d'Alphonse Magnier furent également accordéonistes. L'aîné, Alphonse, né en 1904 à Liévin, qu'on retrouva à Paris, 55 rue Popincourt, professa, répara et vendit des accordéons. Voltaire Magnier, né en 1912 à Liévin fut accordéoniste, à son tour, tandis que Julienne se consacra à la batterie et au violoncelle [erreur, c'était sa sœur Alphonsine]. Alfred Marceau, 4e de la génération, né en 1917 à Monceau les Mines où ses parents étaient réfugiés, fut un virtuose. Après un retour dans le Pas de Calais, il s'installa à Barlin en 1930. En 1942, il décida de tenter sa chance à Paris, il ouvrit une école d'accordéon rue Daguerre. Ses activités dans ce domaine et les succès de son école en France et à l'étranger lui valurent, en 1975, la médaille d'argent de la ville de Paris et il fut fait chevalier des Arts et Lettres. A la 5e génération, ses fils, Marceau Magnier [alias Bébé Swing]  fut professeur d'accordéon et chef d'orchestre, installé à Ivry sur Seine et Jean Pierre fut batteur et percussioniste de Jacques Brel et de la chanteuse Rika Zaraï [qu'il a épousé], il deviendra ensuite agent artisitique. A la 6e génération, le fils de Marceau, Jean Pierre Magnier fut batteur accompagnateur de nombreuses vedettes de la chanson."

Charles Verstraete, De l'accordéon au trombone, pages 33 et 34





collection personnelle



Quelques précisions :
• C. Verstraete a certainement pu recueillir le témoignage d'Alphonse Magnier, mais j'ai quelques doutes sur la pratique de l'accordéon de l'ancêtre Jean-Louis. Avant 1860, l'accordéon était un objet de luxe, principalement joué par les femmes de la bourgeoisie. Un ouvrier mineur n'avait certainement pas les moyens de s'offrir un tel instrument, peut-être que Jean-Louis Magniez était simplement musicien routinier, violoneux probablement.
• Jean-Louis Marie Républicain Magniez est né à Réty, il est mort à Bruay en 1865. Jean Baptiste Joseph, son fils, est né à Hardinghen, il épouse Adolphine Bouvier à Liettres en 1873. Alphonse, père, est né à Liettres en 1875, décédé à Béthune en 1950, il s'est marié en 1898 à Cuincy avec Alcidie Vandeville, le couple a eu 6 enfants, dont 5 ont été musiciens : Alphonse (1904-1977), Alphonsine (1906-1989), Voltaire Alcide (1912-1964), Alfred Marceau (1917-2003) et Julienne Adolphine (1919-2012).

Merci à Catherine Montani, pour sa généalogie en ligne, et à sa maman Odette, fille de Voltaire, pour leur aide à compléter ces infos généalogiques.
et à Arnaud Moyencourt de l'assocation Ritournelles et Manivelles pour m'avoir signalé cet article paru le 10 novembre 1926 :

Alphonsine Magnier, reine des chanteurs des rues
source : Paris-midi

et celui-ci paru dans la revue Asbury Park Press le 6 décembre 1926.

 
et cet autre paru dans Minerva le 9 janvier 1927
 

*****

en complément deux enregistrements 78 tours de 1930, publié par David Sylvestre

La java de l'accordéoniste


Les flots du Danube




J'ai transmis, gratuitement, quelques photos de la famille Magnier à Christian Van Den Broeck, pour son livre/disque Les As du Musette, des apaches aux zazous à paraître l'année prochaine, peut-être qu'elles y seront… voir ICI

dimanche 6 février 2022

Cahiers de l'animation musicale 1982

Ce numéro spécial consacré au Musiques Traditionnelles donne un panorama du mouvement dix ans après ses débuts et permet de rattacher les actions du Nord Pas-de-Calais avec ce qui se passait au plan national.


Sommaire :

Quelle pratique
- une pratique "déspectacularisée" : Yvon Guilcher
- FNAMU : trois expériences régionales différentes
    Le folk en alsace, par Edouard Bauer
    Besançon Folk, itinéraire, par le Collectif
    Nord Pas de Calais, par Gaby Delassus
- Une MJC de pointe : Ris Orangis, par Gilles Rémignard et Philippe Krumm
- Saint Chartier : Rencontres internationales de luthiers et maîtres-sonneurs, par Michèle Fromenteau†
- Inter-groupes folklores, par Christian Pfeiffer

Les collecteurs
- Gagner du temps… pour inventer : les musiciens routiniers, par Eric Montbel et Pierre Imbert
- Collectage et danse : Yvon Guilcher (suite)
- DASTUM : Serge Moëlo
- Musée des Arts et Traditions Populaires : Maguy Pichonnet-Andral
- Pour une bonne science : Bernard Lortat-Jacob

L'Enseignement
- Vers une pédagogie des arts popualires

Enseigner :
- L'accordéon diatonique : Daniel Denécheau
- La vielle à roue : Marc Anthony
- Le violon : Jean-François Vrod
- Enquête : Place de instruments traditionnels dans les établissement nationaux d'enseignement musical et dans les écoles agréées

Quelle politique pour ces musiques
- Du côté de la Direction de la musique - Bernard Lortat-Jacob (suite)
- Coordination nationale des collecteurs

Adresses utiles

Reportages
- La cabane à musique
- Animateur pour éveil musical : une formation
- Une école qui vit avec son temps
- Musique encore amateur : Jeune orchestre symphonique de Douai
- Le 9e salon de la musique
- Pédagogie : la méthode de Genevière Leber

En vrac
directeur de la publication : Yves Passeleau. Rédactrice en chef Andrée Murat


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en complément la conférence d'Yvon Guilcher sur l'histoire du bal folk