mardi 30 décembre 2025

Bertal, chanteur lillois

mise en ligne le 26/11/2017
mise à jour le 30/12/2025 : ajout d'un texte de Simons
 
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collection personnelle


Albert Demeulemeester, dit Bertal, est né à Lille le 27 mars 1897, dans la cour Decaluwé, située rue Mercier (à gauche, plan de Lille de 1898, source Gallica). Fils de Jules, vitrier né à Tournai et de Philomène ALEXANDRE originaire du Pas de Calais. Orphelin à 16 ans, on ne connait rien de sa jeunesse. Lors de sa conscription il est déjà artiste lyrique. Exempté de service militaire pour cause de bronchite, il se marie en 1918 avec Rosine MALAISSE, une belge de 21 ans son aînée. La presse commence à se faire écho de ses prestations d'artiste à la fin des années 1920. En 1929, lors d'un séjour à Petit Fort Philippe en compagnie de Léopold Simons, leurs épouses sont allées prendre un bain de mer, la marée montante emporte rapidement les deux femmes qui ne savent pas nager. Elles sont ramenées sur le sable par un passant, mais Mme Bertal ne pourra pas être ranimée. Le chanteur ne remariera pas, il se consacre à sa carrière et devient LE chanteur populaire lillois, interprète favori de Simons, Auguste Labbe et Pierre Manaut. C'est lui qui chante à Radio PTT Nord les succès que tous les lillois connaissent encore : Elle s'appelle Françoise, Si j'avos su j'aros resté garchon, Les camanettes, etc. A la fin des années 1930 il créé l'agence d'affaires artistiques Nord-Spectacles qui favorisera la carrière de nombreux artistes régionaux. Il décède subitement le 14 mars 1960, il a 62 ans, on annonçait son prochain spectacle à Marcq en Barœul à la salle Doumer le 20.


sources : Nord Matin et Voix du Nord
(Médiathèque Jean Lévy, Lille)


Simons publie la même année ces deux 45 tours, la réédition d'enregistrements des années 1930 de son ami Bertal.



Sur un disque de Bertal. — […] Une biographie fidèle de Bertal le restituerait infiniment moins que les quelques chansons qu'il avait amoureusement choisies. Bertal chanta. Voilà toute sa vie résumée en deux mots. Et il chanta à sa manière ; en marge, pourrait-on dire, de la mode. Par là, il créa un style qui ne devait rien à personne : le genre Bertal. Et cela est si vrai qu'il serait impossible de reprendre une de ses créations sans conserver l'empreinte qu'il y avait mise.
Bertal n'est plus. Et pourtant, grâce à ce disque, il restera dans nos mémoires tel qu'en son vivant : joyeux, gentil et chantant.   Simons
au verso des pochettes des disques

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Le 26 mars 1960, son ami Simons lui rend hommage sur Radio Lille, dans son émission Acoutez l'Vaclette. Il évoque leur première rencontre pendant la guerre et les débuts de Bertal (merci à Yves Ledun pour le partage de ce document de la main de Simons).
Voici un extrait :
Je fis connaissance d’Albert (car entre nous, nous ne l’appelions pas Bertal) en 17, dans un café qui existe encore : à l’Alliance, 14 rue d’Arras. C’était pendant l’occupation. Il y avait derrière ce café, une petite salle avec une scène, et des jeunes gens y organisaient des concerts… disons clandestins - car les Allemands ne permettaient pas ces sortes de réunions. Il y avait là Marceau, Bibos, Rodolphe, Lucienne Valdor, Marcello et Bertal, parmi d’autres pour qui la carrière s’est arrêtée là. Je me rappelle, Albert était l’organisateur de ces programmes qui se déroulaient devant un public plus ou moins interlope dans lequel se cachaient des réfractaires, des brassards rouges en rupture de camp, des fraudeurs.
Bibos chantait des chansons dramatiques avec sa belle voix de basse. Sa veine comique lui vint plus tard. Marceau accompagnait à l’accordéon ; je m’essayai dans des chansonnettes et Bertal faisait le diseur. Son répertoire allait de Mayol à Dalbret en passant par Fragson (avec quelques tentatives vers Bérard).
Il était effroyablement maigre - plus que nous tous qui n’étions pourtant pas gros. Il avait déjà la jolie voix de ténor léger, que vous lui avez peut-être entendue, mais elle avait alors une fraîcheur, une douceur de voix d’enfant envoûtante. il affectionnait déjà les chansons qui parlaient des petits - Les roses blanches viendront plus tard - mais il avait alors une chansonnette de Mayol : « Encore », dans laquelle il mimait un tout petit enfant… c’était adorable.
[…]
Après la guerre donc, Bertal se remit à chanter. C’était sa vie. Nous avions formé alors une petite compagnie qui donnait des spectacles de music-hall auquel vinrent s’adjoindre René Rucart, Arlette Rucart, ses inséparables amis depuis lors. J’avais écrit pour eux une opérette en un acte avec des musiques de Marceau : JACK
[1931]
Albert tenait le rôle principal jouait alors la comédie avec un certain sens de la fantaisie. Combien de fois par la suite - quand avec Line Dariel, que je rencontrais en 29, je commençais à donner nos premières revues, à l’Alambra, nous donna-t-il la réplique, notamment dans
Zulma au tribunal, où il jouait l’interprète. D’ailleurs ces sketchs en patois lui donnèrent l’idée de mettre à son répertoire des petites chansons lilloises. Et justement (encore un vieux camarade disparu) Auguste Labbe (que l’on appelait César Latulupe) venait d’écrire une excellente chanson patoise sur les vieux airs lillois, arrangés par Absalon, Bertal la créa aussitôt, et, depuis ne la retira jamais de son répertoire. Nous en avons un enregistrement qu’il fit pour Drucbert il y a quelques semaines : Lillos rappelez vous.
 

C’est à ce moment là que la radio commençait sa miraculeuse aventure. Aventure dont on ne conçoit plus très bien aujourd’hui le miracle. Bertal avait senti tout de suite le prestigieux avantage de cette invention, et tout de suite il s’en servit. 
Ce fut alors la grande époque de Bertal. Le music-hall et le café concert étaient rois. Le cinéma ne faisait que balbutier. Le Rexy était encore l’Alhambra ; Le Ritz, le Casino. On jouait des revues qui duraient un mois. Bertal ne savait où donner de la voix. Tous les auteurs et compositeurs du Nord le voulaient comme interprète. Ce fut alors les créations de chansons de Manaut, comme « Les mots croisés » « Dans les lettres » « Elise » « N’laissez pas les enfants » « Quand on est un p’tit gars du Nord » « J’achèterai » (sur les débuts de la loterie nationale) « Une valse de rien du tout » « Tarragone » (dont Marceau avait fait la musique) et surtout « Françoise » L’éditeur de toutes ces chansons était notre ami Robert Solry.
Mais toujours Bertal conservait dans son tour de chant, qui se renouvelait constamment, conservait sa chanson fétiche « Les roses blanches ». Aujourd’hui, cette chanson est évidemment démodée. Le genre en est perdu. La jeunesse aurait une tendance à en sourire. Hé oui, comme on sourira dans 30 ans des chansons d’aujourd’hui - peut-être même plus tôt. Mais il faut bien convenir que Bertal disait cette rengaine avec une telle sincérité - il pleurait en la disant - que cette émotion gagnait le public et c’était avec des larmes qu’on applaudissait finalement. 
Nos chemins avaient un peu bifurqué dans des sens différents. Avec Dariel je jouais mes pièces, Bertal continuait ses concerts. De temps en temps, nous nous retrouvions dans un gala, quand en 36, je fis une chanson pour lui. Il devait la marquer de son style bon garçon, populaire, car quand Bertal avait créé une chanson il était difficile, sinon impossible de l’interpréter autrement. Cette chanson c’était « Les Cris de Lille » […]
  
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Le petit quinquin ou L'canchon dormoire, paroles et musique d'Alexandre Desrousseaux (version complète et originale ICI
On a retrouvé la poupée utilisée par Alexandre Desrousseaux lors de ses concerts. Elle était dans les réserves du musée de l'Hopice Comtesse, c'est ICI
VIDEO 


Elle s'appelle Françoise, paroles de Léopold Simons, musique de Marceau Verchueren et Edmond Pellemeulle VIDEO



Les camanettes, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO



L'carette à quiens, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO



Les cris de Lille, paroles de Léopold Simons, musique de Maurice Dehette et Robert Solry,
j'ajoute les paroles originales, car Bertal en a fait une réduction qui nous prive d'un couplet et d'autres cris de métiers. VIDEO

 


L'habit d'min vieux grand-père, paroles et musique d'Alexandre Desrousseaux VIDEO



Quand on est un p'tit gars du Nord, paroles et musique de Pierre Manaut VIDEO



Si j'avos su, j'aros resté garchon, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO





1 commentaire:

  1. Je recherche un Bertal qui aurait chanté en 1895 en ciné concert à Vincennes ! https://www.grimh.org/index.php?option=com_content&view=article&layout=edit&id=7281&Itemid=678&lang=fr

    Merci à vous

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