jeudi 12 septembre 2019

On recherche un cabrettaire, en 1911, à Roubaix


Entre le 30 avril et le 6 novembre 1911 se tient à Roubaix l’exposition internationale du Nord de la France, que le président de la République Armand Fallières viendra visiter au début du mois de juillet. L’industrie, l’économie et les colonies sont à l’honneur des différents palais et pavillons, mais de nombreuses attractions et divertissements sont également proposés aux visiteurs (la médiathèque de Roubaix a mis en ligne une présentation complète du site de l’exposition).
À cette occasion, une petite annonce est passée dans L'Auvergnat de Paris, le journal de Louis Bonnet, fondateur de la Ligue auvergnate: "À l'Exposition de Roubaix, nos compatriotes MM. Delous et Poulzague, ont installé un village d'Auvergne, que visitent avec intérêt nos nombreux compatriotes du Nord. Une scène représente l'assassinat de Fualdès. MM. Delous et Poulzague désireraient engager un cabrettaire pour cinq mois. Leur écrire pour les conditions " (numéro du 27 mai). Il est difficile de situer ce village, non répertorié sur le plan officiel de l’exposition, contrairement au village flamand par exemple. En tout cas l’engagement d’un joueur de cabrette est prévu pour toute la durée de l’exposition ou presque, et montre qu’il ne s’agit pas d’une attraction ponctuelle. L’allusion à l’affaire Fualdès - assassinat célèbre d’un ancien procureur impérial à Rodez en 1817 - laisse supposer qu’il pourrait s’agir d’organisateurs d’origine aveyronnaise.

L'arrivée d'Armand Fallières
à l'exposition de Roubaix

À Roubaix existait à cette époque une Ligue Auvergnate du Nord, imitée bientôt par des Auvergnats résidant à Dunkerque. 


le Casino dirigé par M. Monnet
Ce même été 1911, au Grand Hôtel du Casino de Malo-les-Bains, ces derniers fondent une nouvelle société, La Musette de Dunkerque, placée sous les auspices d’Auvergnats de Paris et d’invités officiels locaux pour son banquet inaugural : "Les Auvergnats habitant Dunkerque, voulant imiter leurs compatriotes de Roubaix, qui ont déjà fondé la Ligue Auvergnate du Nord, ont créé une nouvelle Société, la Musette, et pour fêter sa naissance, la Musette de Dunkerque avait, dimanche, appelé à elle la Musette de Paris, qui était représentée par son président, M. Python, député du Puy-de-Dôme ; le poète Etienne Marcenac, M. Fournier, secrétaire général ; M. Giraudon, secrétaire-adjoint , M. Bataille, avocat à la Cour de Paris ; MM. Morel, Agénor Thénot, etc.
Le banquet était présidé par M. Bonhoure, sous-préfet de Dunkerque, ancien secrétaire général de la Préfecture du Puy-de-Dôme, ayant à ses côtés M. Etienne Monnet, président de la Société ; M. Terquem, maire de Dunkerque, l’intendant militaire, le receveur des Finances, M. Amédée Bussière, secrétaire du sous-préfet ; M. Jallat, négociant en vins ; MM. Espinasse, père et fils, M. Pallut, professeur, M. Boutaric, vétérinaire départemental, etc.
De nombreux toasts ont été prononcés, éloquents et enthousiastes ; Flamands et Auvergnats se sont salués et congratulés. Et la fête fut, en tous points, charmante.

salle de restaurant du Casino
Figaro-mode
On oublia pourtant de rappeler que la ville de Dunkerque avait été représentée à la Chambre des députés par un Auvergnat d’adoption et l’un des fidèles de la Ligue Auvergnate et de la Soupe aux Choux, le général Yung, qui s’était marié avec l’une des plus importantes propriétaires de l’arrondissement d’Issoire. Mais la Musette a pour excuse d’être composée de jeunes qui ne peuvent se rappeler les choses qu’ils n’ont pas connues, puisqu’elles sont déjà vieilles de quinze à vingt ans. Nous souhaitons longue vie à la Musette de Dunkerque. »
(L’Auvergnat de Paris du 22 juillet 1911)


septembre 2019

Complément d'info : la visite de Bouscatel à Dunkerque l'année suivante



jeudi 5 septembre 2019

La marche des mille, par François Gasnault

Une publication en ligne qui retrace les précédents, la genèse et les conséquences de cet événement folk/trad de 1989.
De nombreux musiciens de la région 59/62 y ont participé.

Sommaire
- Une image animée mais muette
- Racines…
- Revues des troupes avant le défilé
- "folk" ou "trad" ; une communauté de sons
- Les commémorations du Bicentenaire de la Révolution française
- Genèse
- Une polémique, des répétitions : faire ou ne pas faire communauté
- La "gouderie" : défilé-parade, opéra-ballet
- … ou marche pour le roi de Prusse ?
- Répliquer, amplifier : une foucade ministérielle
- Tropismes événementiel contre visée institutionnelle
- "Musiques arrachées des montagnes" : un projet fédérateur ?
- Un "grand événement" dans la tourmente des luttes d'appareil
- La cause de la professionnalisation
- Plus vraiment populaires, jamais légitimes…



la revue est disponible ICI

La marche des mille aussi sur France Culture (avec la participation de Patrice Heuguebart)


la Marche des Mille



interview de Jean Paul Goude par Eric Montbel
Trad Magazine n°2, janvier/février 1989
ICI


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un clin d'œil régional :

parmi les évènements précurseurs,
cette garden-party dans le jardin du palais de l'Elysée
où l'ont reconnait des membres du groupe Haeghedoorn





vendredi 30 août 2019

ROGER de Lens, accordéoniste

Au temps des précurseurs de l'accordéon populaire


Arthur Roget, dit ROGER de Lens
source : Du bouge au conservatoire

Il a fière allure Arthur, avec son Solari ! Louis Péguri et Jean Mag, qui ont publié cette photo dans leur livre Du bouge au Conservatoire, paru en 1905, affirment qu'il a été le professeur d'Alexandre Verschueren, père de Marceau plus connu sous le pseudonyme de V. Marceau.
Charles Verstraete est le premier à avoir donné la véritable identité de cet accordéoniste lensois, dans son ouvrage autobiographique et historique : De l'accordéon au trombone, 60 ans de musique et de souvenirs, paru en 2000 à compte d'auteur. Arthur Jean-Baptiste Roget est né à Lille en 1875, fils d'Arthur Joseph, chauffeur au chemin de fer, né à Haveluy en 1844 et Fidéline Leroy, née à Thiant en 1854. Lors de leur mariage, le père est domicilié à Lille rue du Long Pot depuis trois ans. Fidéline est sa troisième épouse, elle est tailleuse. Ils ont trois enfants : Fidéline, née à Lille en 1873, Arthur Jean-Baptiste et Jules Fortuné, né en 1880, qui deviendra professeur de musique, malgré la perte d'une phalange du pouce droit qui lui vaut d'être dispensé de service militaire.

La photo d'Arthur est censée avoir été prise en 1892, il aurait alors 17 ans, ce qui me semble peu crédible, Arthur paraît nettement plus âgé. En 1895 Arthur est exempté de conscription pour cause de bronchite chronique, il est alors domicilié rue Basse à Lens et exerce la profession de mineur. Il est représentant de commerce quand il se marie en 1900 à Lens avec Irma Boudon (1875-1952). Son père est parti sans laisser d'adresse et sa mère est cabaretière dans la même ville, peut-être place du Cantin comme le mentionne les auteurs Péguri et Mag ? Charles Verstraete nous dit que c'est vers 1900 qu'Alexandre, apprend l'accordéon avec Arthur, ce qui est plus vraisemblable.
En 1897, domicilié à Lens, rue de Lille, il est représentant de commerce. En 1899, à Lens, 12 rue de la Bataille, il se déclare musicien ambulant. En 1903 et au recensement de 1911, on le retrouve cabaretier/cafetier, 58 rue de Lille à Lens.
En 1912, Arthur Roget participe au concours de solistes organisé à Lille par la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais. Il obtient le 1er prix d'exécution, et le 2e prix de lecture, de la 1ère catégorie des accordéons français, son fils Elie est également récompensé avec un 2e prix dans la 3e catégorie, il vient d'avoir 17 ans.
Pendant la guerre il est réfugié à La Buissière, il retoune à Lens vers 1920, toujours rue de Lille. Il y meurt le 10 mai 1933.
Le couple a eu 5 enfants : Elie Arthur (1895-1924) accordéoniste et ouvrier de la mine ; Marceau (1897-1968) accordéoniste réputé, professeur de musique, chef de la Symphonie Ouvrière des accordéonistes d'Hénin Liétard et fondateur de la Symphonie Courcelloise d'accordéons. Il était le dépositaire des accordéons Roberti fabriqué à Lens ; Fortunée née en 1899 ; Arthur Joseph né en 1903 et Jean, mentionné par les auteurs du livre Du bouge au Conservatoire, mais dont je n'ai pas trouvé trace.

Christian Declerck
30 août 2019


Marceau ROGET et son fils René, vers 1930
collection personnelle


dimanche 28 juillet 2019

Marionnettes populaires

Mise à jour du 28/7/2019 : ajout d'un lien vers un recueil factice sur Gallica
Mise à jour du 22/12/2017 : photos
Mise à jour du 8/12/17 : lien vers la vidéo de France3 Lille et la page de la Voix du Nord



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Divertissement des ouvriers, les marionnettes à tringle sont les symboles d’une authentique culture populaire, celle de l’histoire industrielle de Lille et de Roubaix, lorsque les gens de peu s’en allaient « al’ comédie » puiser un peu de rêve et de gaieté. Vous découvrirez plus de soixante-dix comédiens de bois et leurs castelets et irez à la rencontre du fabuleux savoir-faire de ces montreurs de marionnettes.



toutes les infos ICI

L'exposition produite par le musée de l'Hospice Comtesse devait s'appeler Al'comédie,




mais le titre en français Héros de fil et de bois a été préféré.



L'expo qui rassemble, pour la première fois, des collections privées et publiques, a été réalisée avec le concours du Théâtre Louis Richard.
Un catalogue a été édité.


Alain Guillemin, co-commissaire de l'exposition

Christelle Massin, France3 Hauts de France

le catalogue de l'exposition, 152 pages





photos personnelles


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Emile Raes (1882-1956), chansonnier, fondateur et président du Caveau Lillois, s'est souvenu des marionnettes de son enfance.


 
extrait du Recueil des Chansons et Pasquilles du Caveau Lillois, 1926
collection personnelle

Se chante sur l'air de L'habit d'min vieux grand père, de Desrousseaux



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Sur Gallica un recueil de coupures de presse et de programmes concernant l'histoire des marionnettes en France ; sont cités : Gaston Baty, Jacques Chesnais, Lemercier de Neuville, Gaston Cony, Robert Desarthis, Geza Blattner, Marcel Temporal, le roubaisien Léopold Richard, etc…


source : Gallica


jeudi 11 juillet 2019

Cordéoneu

mise à jour du 11 juillet 2019 : ajout d'un lien d'une émission de radio Uylenspiegel

L'Accordéoneu

collection personnelle

Cette chanson fut créée et enregistrée en 1955 par le chanteur Bob Deschamps d'après une chanson plus ancienne dont les paroles et la musique avaient été recueillies par André Pletinckx, sur un arrangement musical de G. Rieding et éditée à Charleroi aux 100 000 chansons. C’est un mélange de flamand, de picard et de français, qui était utilisé aussi dans les chansons de Mi-Carême imprimées et vendues à Roubaix et Tourcoing à la fin du XIXe siècle. Voir l’excellente étude d’Elien Declercq sur l’histoire des migrants belges en France, revisitée à travers la chanson populaire (1870-1914). 

Plusieurs versions ont été enregistrées ensuite, d’abord par Andrex, puis par Raoul de Godewarsvelde et Edmond Tanière, mais la plus truculente est celle de Bob Deschamps  

Je pense que cette chanson a la même origine roubaisienne que les chansons étudiées par Elien Declercq. On a continué de la chanter parce qu’elle est intemporelle. La musique (et peut-être la chanson) était déjà utilisée pendant le carnaval de Dunkerque, voir sur cette page le « collectage » fait par Henri Girard avant 1900, pour composer son quadrille dunkerquois.




On m'a donné récemment une autre référence de son usage dans la région lilloise au début du XXe siècle, une feuille volante d'une chanson de carnaval publiée en 1905 : L'Utilité du Balai, chanson nouvelle, en patois de Marcq en Barœul, chantée par les Amis Réunis de l'Estaminet tenu par Henri Watelle, fabricant de Balais, sur l'air du Cordionneux. Cette chanson est conservée à la Bibliothèque de Lille, cote 44186/1905/19.

Christian Declerck


Voici les paroles originales :





I
Ze l'suis venir de Popimplûhûte
Pac' que z'étint toudis dir' à l'maizon
Qu'à Roubignou Minhir Flahute
Aim'à danser au son du Cordézon
Quans qu'i c'est mi c'est in bon muzicienne
Z'ai cru fair' mon z'av'nir avec en Roubizienne
Ze suis venir in Dimanz’ à dinner
Avec mon Cordézon pour zouer dinstous les Cab'rets

A Roubignou
Amuse vous
Brok ni quir et Trek en kir
Quant tu voulez prend’ du plaisir
N'betche zweek en ascouter
Quant tu voulez tertou's danser
Cordéoneu Mi c'est toudis Zwéyeux  )
Soir et matin ze fais danser les zins    )--bis

II
Ascoute bien un'fois mam'zelle
Quant tu vouley' çoisir un' amoureu
Tu l'fras zamais un choix plus belle
Quant tu prendeye un bel cordéoneu
Dins mon maison quand les éfants c'est braire
C'est print'ma cordézon et rad'min eu se taire
Dans mon semain'ze vas zamais travié
Z gangn'bien mon quinzain’ à zouer dans les cab'rets

A Roubignou...

III
Ze connais tout' les z'airs de France
Tu pou d'mander à mi s'que tu vouler
Quand ze l'étent'un nouvis danse
Faut né lontimps ou tout s' suite l'apperdez
In z'air walon' ou ben in z'air flaminte
Ze l'a d'ja dés méday's patavna tout m'vint'
A Roubignou c'est y co mi l'meyeur
C'est la sti décoré pou li rwé des cordéoneu

A Roubignou...




la partition


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Antoine Quaghebeur a récemment diffusé cette émission
sur le même thème de chansons franco/flamande, avec des collectages inédits 


mercredi 10 juillet 2019

Les cris de la rue à Lille à la fin du XIXe siècle

Après Le Garçon de Banque, roman lillois paru en feuilleton en 1891 dans Le Réveil du Nord et Papa Vienne édité en 1894, Alphonse Capon écrit un troisième roman de mœurs lilloises, Marie-Claire. En 1901, avec son ami et confrère le compositeur Emile Ratez, directeur du Conservatoire de Lille, il en tire un drame en 4 actes et 6 tableaux qui est représenté au Grand Théâtre de Lille. Le critique du Grand Echo du Nord, n'a pas apprécié et le fait savoir dans son compte rendu paru le 2 janvier 1902, mais dans sa critique on peut relever quelques louanges et informations sur le contenu de cette pièce qui a "une forte saveur lilloise", mais est "gâtée par l'inhabileté de certains interprètes à parler le patois local". On apprend également que "sur Marie-Claire, M. Ratez a écrit une partition de musique de scène intéressante. Il a fort habilement orchestré les vieux refrains lillois et les cris de la rue."
Que reste-t-il de cette musique ? probablement rien, comme pour la grande majorité de ces compositions de circonstance, surtout quand elles n'ont pas connu le succès.
Quelques années plus tard, Alphonse Capon publie plusieurs cris des rues, probablement ceux qu'il avait relevé/collecté à l'époque de la préparation de Marie-Claire, pour être intégré dans sa pièce. On découvre dans les pages du Grand Echo du Nord de 1912, les cris du marchand de mouron, du marchand de cirage, du marchand de quatre saisons, du rémouleur, du marchand de cartons et en août 1913 celui du marchand de glace.

Christian Declerck





source : Gallica



Alphonse Capon, né à Lille en 1855, poète, romancier, chroniqueur et folkloriste, est aussi musicien, 1er prix de chant du Conservatoire de Lille en 1878, il y est professeur de chant de 1898 à sa mort en 1930.
Nécrologie par Pierre Manaut, parue dans le Grand Echo du Nord
le 10/10/1930











Collection personnelle