lundi 8 avril 2013

Le pot pourri du carnaval de Dunkerque, origine


collection personnelle

Pendant le carnaval, dans les rues et les bals, sont chantées une série de chansons, dans un ordre précis, ou du moins qui l’était jusqu’aux années 1990.
Cette suite de chansons n’est pas née du hasard, sa source est liée à une danse de salon oubliée, le quadrille français. C’est une partition de Henri Girard qui m’a donné le déclic pour faire le lien entre le pot pourri du XXe  et le quadrille du XIXe, elle a pour titre Le carnaval Dunkerquois, quadrille sur des airs populaires. télécharger la partition
Henri Girard, né à Dunkerque en 1849, est d’abord cordonnier, puis il devient professeur de trombone. Après être chef de musique de la fanfare communale de Saint Pol sur Mer vers 1880, il devient chef de la fanfare de Rosendael en 1884. En 1890 il est nommé sous-chef de la musique communale de Dunkerque. En 1897, ou peu avant il écrit un quadrille composé de la juxtaposition de plusieurs airs populaires, dont le titre laisse supposer qu’il les a extraits des chansons du carnaval. C’est une pratique qui remonte aux origines du quadrille. Il n’était qu’une suite de figures de contredanse qui avec le temps se sont fixées pour donner le quadrille français à cinq figures tel qu’on le danse tout au long du XIXe siècle : Pantalon, Été, Poule, Pastourelle et Finale
En écrivant son quadrille Henri Girard a réalisé, sans le savoir, un collectage, il a fixé à une date précise le répertoire, ou une partie du répertoire, des chansons utilisées au carnaval. Nous en connaissons la date car ce quadrille fut joué au cours d’une soirée intime organisée par l’association chorale La Jeune France, le 6 mars 1897, le titre mentionné sur le programme est Carnaval, quadrille, le compositeur est Gérard, l’imprimeur ayant certainement mal lu le manuscrit.
On y retrouve des airs toujours chantés dans la bande des pêcheurs, un autre, Cordéoneux, qui a disparu du pot pourri contemporain et d’autres totalement inconnus que je laisse à votre sagacité et votre érudition pour en trouver les titres.

Pantalon
L'Été
La poule
Pastourelle
Finale

Un musicien dunkerquois possède un dossier contenant les parties d’une orchestration d’un quadrille (basse, clarinette en la, cor en ré, piston en la et trombone en ut) intitulé : La Folie Dunkerquoise, pour le carnaval dunkerquois, don de monsieur Henri Girard à son élève Maurice Récipon. M. Récipon étant né en 1880, on peut dater ce document des années 1890-1900.


 collection B. Brousse


Une affiche annonçant un bal paré et masqué au théâtre le 24 février 1903, pendant la période de carnaval, a miraculeusement échappé aux destructions. Elle donne le programme des danses et parmi les quadrilles on trouve Airs Dunkerquois, Quand on a travaillé et Brillant Belge de compositeurs inconnus ou discrets, qui pourraient être des musiciens locaux. 



collection particulière


Un article, paru dans le journal Dunkerque Sport, mentionne aussi un quadrille en lien avec le carnaval :
7 mars 1909 : Le Grand Bal masqué annuel, donné samedi dernier par l'Association des Anciens Sous-Officiers a obtenu, comme toujours, le succès le plus éclatant. Tout avait été fait, du reste, pour atteindre ce but. La salle était décorée avec art, les colonnades, les tentures, les ballons et les cordons électriques, rendaient l'aspect de la Salle Sainte-Cécile, absolument féerique ; aussi tout ce que Dunkerque compte  d'élégante et joyeuse jeunesse, s'y trouvait réuni.
Les Membres du Comité de la Société coiffés d'un élégant calot où l'on remarquait le galon de sous-officier, recevaient leurs invités qui, de neuf heures à minuit se pressaient aux portes de la coquette salle. L'affluence y était tellement grande qu'il était impossible de danser le moindre pas, mais où, alors, on pouvait contempler dans toute sa bruyante originalité, le cachet spécial du Carnaval Dunkerquois, ce fut vers minuit où l'orchestre si habilement dirigé par le sympathique maestro Julien Barbier, exécuta le Grand Quadrille infernal avec musique à tour de bras et détonations entraînant la foule des danseurs dans un emballement intense et indescriptible, c'était le chahut effectué par une foule de personnes dont les costumes les : plus variés et les plus séduisants ; prenaient des couleurs différentes au reflet des feux de Bengale. Aussi l'entrain fut extraordinaire, et les Anciens Sous-Officiers ravis par tant de succès, se mêlaient aux tourbillons entraînant avec eux les plus gracieuses danseuses. L'animation s'est prolongée jusqu'à une heure très avancée du matin et chacun dû se déclarer enchanté de la fête.



Enfin, je possède une autre version du quadrille de Girard, nommé Quadrille Dunkerquois, sur une partition manuscrite (partie de violon). Les trois premières figures sont identiques, à part une inversion dans l’Été. Les 4e et 5e figures sont interverties, ce qui devait poser des problèmes aux danseurs, à moins qu’on ne dansait déjà plus le quadrille sur cette musique. Après le quadrille, suivent les habituelles chansons du carnaval sous forme de pot pourri.


collection personnelle



Tous ces documents prouvent qu'on dansait ce quadrille pendant les bals du carnaval et on peut imaginer que les danseurs ne se privaient pas du plaisir de chanter les chansons tout en dansant. L'habitude de les chanter dans un ordre précis est restée mais les figures du quadrille se sont estompées puis ont disparu entre les deux guerres, le pot pourri est resté seul et a migré dans la bande.

Christian Declerck


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