samedi 28 octobre 2017

La Maison GRAS à Lille






En mai 2004, j'ai eu le plaisir de recevoir Mme Dominique Barbry-Gras, fille d'Emile, petite-fille de Charles et donc arrière-petite-fille de Joseph Gras, le fondateur de la société. Elle était de passage dans la région, celle de sa famille, et était curieuse de voir ma collection de partitions concernant ses ancêtres et surtout celles du P'tit Quinquin de Desrousseaux. J'ai découvert son décès, en 2015, au début de cette année. Lors de sa visite, elle m'avait donné le résultat des recherches généalogiques et historiques sur cette famille de musiciens et facteurs d'instruments de Lille. Depuis j'ai pu compléter ce document et je crois qu'elle aurait été d'accord pour que je partage le tout, elle qui était si fière de ses ancêtres lillois.
Voici donc de larges extraits du texte rédigé par Mme Barbry et sa famille, complété par mes recherches.


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Joseph, Charles, Emile et les autres
121 ans au service de la musique

A partir du milieu du XIXe siècle, trois générations successives de la famille Gras ont consacré leur vie professionnelle à la musique au travers d'une entreprise familiale qui a développé son activité dans deux domaines, la fabrication d'instruments à vent et l'édition musicale.
Crée à Lille en 1868, cette société s'est appelée J. Gras, puis Gras Frère. Elle a arrêté officiellement son activité en 1989. Son histoire va être être ici brossée à grands traits. En 121 ans d'existence, l'entreprise n'a connu que trois patrons, tous issus de la famille. Joseph, le créateur, a en effet, eu pour successeurs : Charles son fils aîné, puis Emile, un de ses petits-fils.
Chacun eut à affronter des circonstances bien différentes. Il existe néanmoins entre eux quelques points communs : 
- d'abord leur prise de fonction a toujours été suivie à court terme d'une guerre franco-allemande
- ensuite, ils ont tous exercé leurs responsabilités pendant une période qui paraît aujourd'hui extraordinairement longue (une quarantaine d'années pour Joseph, une trentaine d'années pour Charles et une cinquantaine d'années pour Emile).


Joseph, l'initiateur

Des origines modestes
Joseph naît à Cambrai le 22 août 1840. Il est le fils de Louis Gras, âgé de 42 ans, et de Julie Doby, âgée de 40 ans. Louis, le père de Joseph, est né en 1798. Enfant trouvé, il est recueilli à l'hôpital général de Cambrai, puis placé dans une famille des environs. L'histoire veut qu'il ait été trouvé "un mardi Gras", d'où le nom qui lui fut attribué.


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J'ai retrouvé l'acte qui confirme cette "histoire", mis à part que Louis se prénomme Ovide. L'acte est transcrit le 8 ventose de l'an 6 (n°306). En 1798 le Mardi Gras tombe le 1er ventose, Ovide est déposé la veille, le 30 pluviose.
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[…] le procès verbal dont la teneur s'en suit, l'an six de la République française une et indivisible, le trente pluviose vers les sept heures du soir, d'après l'avis qui nous a été donné par le directeur de la Maison et Hospice civil de la Fraternité que l'on venait d'y déposer un enfant à la porte. Nous Jacques François Joseph Wauquiere juge de paix et officier de la police judiciaire du canton du Nord de Cambrai Nous sommes transporté sur les lieux ou étant il nous a été représenté un enfant mâle nouvellement né, lequel avons trouvé dans un panier d'ozier à jour avec de la paille dedans, ayant le dit enfant sur la tête un bonnet d'Indienne fond violet garni d'un mauvais béguin a Jantelle et sur le corps une chemise un mauvais lingeron de casinette grise un autre de la même étoffe ; un chain de laine blanche et un mauvais juppon de molton rayé blanc rouge et vert sans aucune autre marque distinctive. et n'ayant pu découvrir les auteurs de l'exposition de cet enfant, malgré nos recherches et informations sommaires pour y parvenir, nous lui avons donné le nom d'Ovide GRAS de tout quoi nous avons fait et tenu sur les lieux le présent procès verbal que le citoyen Desmolin directeur a signé avec nous pour servir et valoir […]
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La profession de Louis semble avoir évolué avec le temps : boulanger selon l'acte de son mariage avec Julie (1/12/1819), journalier selon l'acte de naissance de Joseph (22/8/1840), pâtissier selon l'acte de son décès (23/2/1856). Julie, la mère de Joseph, était également d'origine modeste. L'acte de naissance de Joseph fait état pour elle aussi de la profession de journalière. Au décès de son père Joseph n'a que 15 ans. Cinq ans plus tard arrive le moment du service militaire. A cette époque, le départ se décide par tirage au sort. […] Joseph tire un mauvais numéro. N'ayant pas d'argent [pour payer un remplaçant], il effectue ses sept ans de service militaire. Il est incorporé au 1er régiment du Génie de Montpellier le 19 mars 1861. Il devient clarinettiste à la musique du régiment. Lorsque celui-ci est muté à Arras, le transfert est intégralement fait à pieds. Joseph achève son service un 1er décembre.



le magasin de la rue de Béthune, vers 1890
collection particulière


Création de la société J. Gras
De retour à la vie civile, Joseph ouvre à Lille un magasin d'article de musique et se constitue sa clientèle en allant visiter en voiture hippomobile les nombreux chefs de musique des environs. Le magasin, situé sur l'actuel boulevard Victor Hugo, au sud de la ville, est rapidement transféré dans un quartier plus central au 32 rue des Ponts de Comines [entre 1874 et 1895, une autre adresse est connue, 34 rue des Béthune, voir ici] . Situé en coin de rue, le nouveau magasin donne donc également sur l'actuelle rue Faidherbe […] à proximité de la gare dont les travaux d'extension et de rénovation furent achevés en 1867. […]. La société J. Gras est fondée en 1868. […]

Premiers fruits de la réussite
Puis c'est l'extension du bâtiment où se trouve le magasin avec la construction d'étages. Selon la tradition orale, Joseph aurait commencé les travaux par le cinquième et dernier étage afin de n'avoir pas à fermer le magasin… c'était la grosse curiosité du quartier !
Au début du XXe siècle, la société commence à être primée lors de concours de fabricants d'instruments de musique. Tant que Joseph dirige l'entreprise, la société ne participe qu'à des concours locaux : Lille (1902), Tourcoing (1906). […] Joseph décède le 26 décembre 1909 d'une crise d'urémie.


Charles, l'entrepreneur

Charles Eugène Gras naît à Lille le 14 octobre 1875. En 1895, le 8 octobre, il commence trois ans de service militaire au 43e régiment d'infanterie de Lille. Il y devient soldat musicien le 11 février1897. Il est toujours sous les drapeaux lorsque sa mère décède le 1er avril 1898. Charles achève son service six mois plus tard, le 18 septembre 1898. […] Immédiatement, Charles et Joseph commencent à travailler ensemble. Charles se montre très entreprenant. "Il va nous mettre sur la paille" se lamente parfois Joseph. Le 27 mai 1901, à Lille, Charles se marie avec Mlle Marie Belval, ils auront trois enfants.


collection personnelle


Premières initiatives
[…] Après la mort de Desrousseaux [en 1892], Charles, avec beaucoup de clairvoyance, rachètera l'intégralité des droits d'auteur aux descendants. C'est peut-être là le début de la réelle activité d'édition.
La fabrication, elle, démarrera réellement au début de la guerre 14-18 avec les premiers clairons J. Gras dans l'éphémère atelier de Colombes trouvé par Charles après son départ de Lille avec tous les hommes adultes. Charles, à la suite de Joseph, développe la participation de la société aux concours de fabricants d'instruments de musique. Récompenses d'abord sur le plan local : Roubaix (1911), Tourcoing (1912), Gand (1913). Puis au niveau international : Lille (1920), Gand (1923), Genève (1927), Francfort (1927) et Bruxelles (1935). […]



extrait d'une lettre à en-tête, 1913
collection personnelle


Première guerre mondiale
Lorsque la guerre éclate en août 1914, les troupes allemandes envahissent la Belgique et se rapprochent rapidement du Nord de la France. Le 2 septembre, le préfet du Nord, Trépont, donne l'ordre d'évacuation de tous les mobilisables. Charles, alors âgé de 39 ans, laisse le magasin à la garde de Marie, son épouse et quitte Lille pour Paris. Du 9 au 12 octobre, un intense bombardement allemand détruit à Lille 880 immeubles et en endommage 1.500. Le quartier le plus éprouvé est celui de la rue Faidherbe, la rue des Ponts de Comines et la place de la Gare. Partie s'abriter avec ses enfants chez un ami, rue des Stations, Marie doit s'arrêter dans une maison close le temps du bombardement puis passe deux à trois jours rue des Stations pour revenir rue des Ponts de Comines où l'incendie s'est arrêté quelques maisons avant l'immeuble. Les Allemands entrent dans la ville le 13 octobre 1914. Deux ans plus tard, Marie profite d'une évacuation ferroviaire, organisée par la Coix-Rouge pour rejoindre Charles à Paris avec les enfants. […]. Via la Suisse, c'est la halte à Schaffhouse au bord du Rhin, avant d'arriver enfin à Paris. parents et enfants s'installeront dans un appartement à proximité de la Bastille (au 7 de la rue Daval, actuelle rue du Pasteur Wagner), dans le 11e arrondissement.


extrait d'une lettre à en-tête, 1931
collection personnelle


Multiples activités d'après-guerre
[…] Après la guerre, Charles reprend à Paris les ateliers Alphonse Vion, situés aux 4 et 6 de la rue de Château-Landon (10e). Ils sont spécialisés dans la fabrication de jeux de pistons. Il devient le fournisseur d'entreprises tant françaises qu'étrangères. Charles engage, comme directeur, un petit-fils d'Adolphe Sax et commence la fabrication de toute la gamme des instruments en cuivre, y compris : basse à 5 pistons, tubas à 6 pistons, trombones à 6 pistons indépendants et contrebasses. Le magasin de Lille est notablement agrandi. A son apogée, il traverse tout un pâté de maisons, sur une longueur d'environ 70 mètres, entre le 32 de la rue des Ponts de Comines jusqu'au 17 du parvis Parvis Saint Maurice.
Au magasin, Un client se plaint de ne pas arriver à sortir une certaine note sur son saxo. Charles, 1er prix de saxophone alto du Conservatoire de Lille [1898], prend le saxo, sort la note et rend l'instrument au client en lui disant "maintenant, vous pouvez jouer, elle est dedans".
Au début des années 20, un atelier est ouvert à Lille, rue des Augustins, à proximité du magasin de la rue des Ponts de Comines mais de l'autre côté du Parvis Saint-Maurice. Des agrandissements successifs conduiront à occuper plusieurs numéros de la rue. Ensuite Emile investira les locaux de la façon suivante :
- au rez-de-chaussée, l'atelier (abraseur, polisseur, repasseur, tuyaux d'argents)
- au 1er étage, le stock, les réserves et le bureau d'Emile
- au 2ème étage, le logement du veilleur, Eugène Jouvenot, ancien chef de musique militaire [né à Comines en 1877]
Le 9 avril 1929, Emile se marie. Charles fait de ce mariage un évènement médiatique. Monsieur Levant, professeur de mathématiques à l'ICAM (Institut Catholique des Arts et Métiers), déclare ce jour-là "La maison Gras n'a pas de clients, elle n'a que des amis". Maurice Veraeghe, cousin d'Emile, devient directeur du magasin. Sa femme Isabelle, née Mériaux, se hisse avec agilité en haut du tabouret de la caisse du magasin malgré son embonpoint et sa petite taille.

1936
La société J. Gras n'échappe pas au tourbillon social qui emporte la France entière à la suite de la victoire du Front Populaire aux élections législatives d'avril-mai 1936. La grève est décidée, les locaux sont occupés et un drapeau rouge flotte à une fenêtre du premier étage de l'atelier de la rue des Augustins. […] Charles décède le 9 mai 1940.


Emile, l'artisan

Emile Marie Joseph Gras naît à Lille le 13 septembre 1907. Il a sept ans lorsque les Allemands bombardent Lille […]. Ayant rejoint leur père à Paris, Emile et son frère aîné Charles passent quelques mois à l'école des Francs-Bourgeois, rue Saint Antoine, puis rejoignent le lycée Charlemagne en 1917. Emile y entre en classe de 7ème, pour apprendre le latin. Il y reste jusqu'à sa 4ème en 1920-1921, puis retourne à Lille. Vers les 16 ans, Emille, prix de solfège du Conservatoire de Lille quitte la classe de flûte de M. Bouillard pour devenir auditeur au Conservatoire de Paris de celle de Moyse "l'ange de la flûte". Emile se souvient des départs de la gare de Lille à 7 heures pour arriver à Paris à 10 heures et filer en haut du Sacré Cœur pour un cours privé de flûte. C'est aussi à cette époque qu'Emile demande à son père de faire un stage à l'atelier de la rue des Augustins. Ce stage durera un an environ avec passages successifs aux principaux postes de travail sous la surveillance d'Eugène Jouvenot, qui avait travaillé avant la maison Gras, dans une maison anglaise. "Il m'a enseigné beaucoup de choses" reconnait Emile à 93 ans, encore tout émerveillé d'avoir réalisé pavillon, corps, coulisses d'un trombone à partir d'une plaque de laiton.
A 18 ans, Emile devance l'appel "Pour servir la France". Affecté au 182ème régiment d'artillerie lourde, il apprend à tirer au canon. Comme le peloton des sous-officiers est dur, son père, grace à des relations dans les milieux politiques de Lille, obtient le transfert d'Emile à la 6ème compagnie de secrétaires d'Etat Major. A paris, à l'Ecole militaire, il occupe le poste de secrétaire de l'adjoint du cabinet civil du président du Conseil Paul Painlevé.

Création de la SARL Gras Frères
Après le tourbillon social de 1936, Charles avait décidé de passer le relais. Ses trois enfants Charles, Marie-Blanche et Emile travaillent alors en associés. Charles gère un rayon de disques, Marie-Blanche s'occupe de la comptabilité [et compose des musiques pour les éditions Gras] et Emile est responsable de la fabrication d'instruments. Sur le plan juridique, la société J. Gras devient la société Gras Frères, SARL constituée pour 99 ans pour la période du 1er janvier 1938 au 31 décembre 2036.
Au seuil de la guerre, plusieurs séries d'instruments sont proposées au public :
- la série AL, garantie 10 ans contre tous défauts de fabrication, porte la marque "J. Gras, Lille"
- les séries GBS et Prima, garanties 12 ans contre tous défauts de fabrication, portent la marque "J. Gras, Paris"

Mise en sommeil entre 1940 et 1944
En mai 1940, c'est la débâcle. Emile a 4 enfants ; il n'est donc pas mobilisé et décide d'éloigner sa famille de Lille. Les souvenirs de 14-18 refont surface. C'est la période du décès de Charles. La famille se retrouve à Bordeaux puis à La Flêche après un passage par Limoges. Les ateliers et les magasins sont mis en semi-repos. […] A Lille, l'atelier est confié à la garde d'un dévoué contremaître Maurice Delbaere aidé de 2 à 3 ouvriers. A Paris, Emile inaugure un nouvel atelier rue Ramponneau et transfère le magasin au 1er étage d'un immeuble de bureaux rue de la Rochefoucault, au loyer beaucoup plus abordable que celui de la rue de la Chaussée d'Antin datant de Charles. Il débute un travail complémentaire : directeur commercial d'un laboratoire brésilien de pharmacologie, situé 121 avenue de Villiers, travaillant dans l'opothérapie. […].

La Libération
"Ce fut grandiose", dit encore Emile à 93 ans "Toutes les cloches ont sonné, tout le monde est sorti. Aussitôt j'ai téléphoné à l'artisan de Belleville avec qui je travaillai., J'apporte le champagne et je suis parti avec, à ma droite le délégué communiste et à ma gauche le plus jeune ouvrier. Le boulevard Saint Germain était noir de monde. Il n'était plus question de riche, de pauvre, c'était grandiose l'armistice à Paris !"

Actions d'après guerre
En 1945, débute la fabrication de pavillons pour les avertisseurs d'auto, c'est la marque Sanor qui équipait les michelines. Elle persistera jusqu'à la fin. C'est cette même année que le bureau de la rue Rochefoucauld, se transforme en "bureau et petit magasin" situés en rez-de-chaussée un peu plus loin, au n° 15 de la rue de la Tour-des-Dames. Jusqu'en 1958, Emile est au bureau tandis que le magasin est tenu par Mme Pibron et M. Dupont. Et voilà qu'Emile travaillant avec Jouan et deux artisans voisins dans l'immeuble du 18 de la rue de Belleville apprend que le local de la rue Ramponeau est mis en location. Le propriétaire du local étant en délicatesse avec le fisc, son voisin avait fait un achat fictif pour l'aider. Au printemps, huissier et inspecteur des impôts passent pour contrôle et saisie : il n'y a plus rien, plus une machine, tout étant passé chez le voisin, grâce à la communication entre les deux immeubles des 18 rue de Belleville et 23 rue de Ramponeau. Ces derniers laissent donc un avis de carence […]. A cet endroit, il y a eu selon les périodes de 6 à 10 ouvriers. La spécialité de cet atelier : le saxophone.
Une série spéciale d'instruments Libérator est réalisée en l'honneur de la Libération. C'est l'ouverture aux marchés étrangers, notamment avec la Norvège. L'A/S Tema à Bergen, après avoir essuyé un refus de coopération avec la maison Selmer, travaille sous licence Gras, montant les instruments à moindre coût grâce au faible prix de l'électricité dans un pays où de nombreuses chutes d'eau ont été aménagées pour produire de l'énergie.


collection personnelle


L'activité d'édition est relancée par l'arrivée au catalogue de Rhin et Danube. Il s'agit du chant de marche de la 1ère armée française qui, placée sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, franchit le Rhin près de Karlsruhe le 31 mars 1945 et atteint le Danube trois semaines plus tard. Les auteurs de Rhin et Danube sont François-Julien Brun pour la musique et Jean Richepin pour les textes. La première rencontre d'Emile avec François-Julien Brun mérite d'être racontée. Lorsque Emile se présente au rendez-vous, Brun est avec Yehudi Menuhin, futur grand virtuose. Ce dernier est en train d'apprendre la méthode de Brun pour appeler les applaudissements en fin de concert. Grace à Brun, Emile entre en contact avec de Lattre de Tassigny pour l'édition de Rhin et Danube. De Lattre veut tout voir et écouter lui-même. Dans l'édition de 1947, la couverture de la partition est illustrée par une seule photo, un portrait de de Lattre lors de son entrée à Colmar. Cela provoque une réaction de mécontentement de l'intéressé : "Mais, je n'était pas seul !". Par la suite, il racontera à Emile les deux histoires suivantes : "En arrivant en Indochine, à sa descente d'avion, il est accueilli au son de la "Marche militaire" de Schubert… le chef de musique ignorant qu'elle avait été jouée par les Allemands entrant dans Paris en 1940. Le chef de musique a fait ses bagages…" et, celle-ci, toujours en Indochine, terrain extérieur, donc solde triplée, "j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup trop de colonels… j'ai fait le ménage"

Moisson de prix à La Haye
Avec le concours d'une équipe d'essayeurs, tous musiciens de la Garde Républicaine, MM. Ceugnart, Fiton, Dufour, Bouteuil, Pichaureau, Liagre et de M. Max Marcelle, trompette solo de la Musique des Guides de Bruxelles et professeur au Conservatoire Royal de musique de Mons, une nouvelle gamme de modèles est mise au point. Cela permet à Gras Frères de remporter à La Haye, en 1951, au Concours International des Fabricants d'Instruments à vent, une véritable moisson de récompenses, tant au classement général qu'au classement par classe d'instruments après audition, pour chaque instrument de 3 artistes jouant devant un jury composé de chefs de musique militaire anglais, néerlandais, belge et français. Emile craignant un échec n'est pas présent. C'est Marie-Blanche qui représente la maison Gras et qui reçoit : trois 1er prix (trompette si bémol, trombone à coulisses, baryton si bémol), deux 2e prix, et la plus haute récompense, la médaille de la reine Juliana. et ce devant l'ensemble des fabricants français et étrangers. Citons parmi les français : Couesnon, Besson, Selmer et de nombreux artisans. La maison Besson a fait alors cette remarque "c'est une petite maison, mais ils travaillent très bien". C'est la maison Goosens qui a réalisé l'encart publicitaire : "Depuis 75 ans au service de la musique, Maintenant, au sommet de la qualité".

Marchés
A ce jour, nous n'avons pas retrouvé de statistiques, mais nous savons que la Société a assuré la livraison de nombreux marchés pour les armées françaises, livraison de trompettes d'harmonie par centaines après la guerre, car les allemands avaient raflé tous les instruments. Initialement J. Gras fut l'unique fournisseur. La musique de la Garde Républicaine et les grands orchestres de Paris et de l'étranger, en basse 5 pistons, tubas à 6 piston et contrebasse. Livraison de clairons en Indochine. Marché avec la France d'Outremer, notamment le Sénégal et la SNCF, les cornets de voitures.

Arrêt de la fabrication d'instruments
En 1955, des conditions difficiles sur les marchés d'exportation et des raisons de prudence dans la gestion du patrimoine familial amènent la Société à arrêter la fabrication d'instruments. A Lille, l'atelier de la rue des Augustins est vendu en 1955 à l'école voisine tenue par des religieuses au grand ravissement de la Supérieure qui cherchait en vain le moyen d'agrandir ses locaux. Qaunt au magasin de Lille dont seule avait été conservée la partie rez-de-chaussée, déjà énorme, donnant sur le parvis Saint Maurice, il est mis en vente en 1958. […]. Le local deviendra maison paroissiale avec trois chambres de vicaires.

 


La Flêche
Si Gras Frères arrête la fabrication des instruments, l'exploitation de sa branche "édition musicales sérieuse" continue. Cette appellation recouvre des volets très différents : ouvrages d'enseignement, musique instrumentale classique, harmonie-fanfare et quelques chansons populaires. Pour cette nouvelle activité, une nouvelle société est créée. Il s'agit de la "Manufacture artistique d'instruments de musique Gras Frères" dont le siège social est à La Flêche (Sarthe). La société démarre son exploitation le 1er janvier 1957. Le 4 février suivant, elle est immatriculée au registre du commerce et des sociétés du Mans sous le numéro 577 050 602. Un logo est retenu : clin d'œil à la nouvelle localisation de la société, il se compose d'une des tours du tout proche château d'Angers.
Dans le domaine de l'enseignement, la société est à la pointe du progrès en publiant des ouvrages dans lesquels, et c'est la grande nouveauté du moment, tous les exemples musicaux sont tirés de partitions existantes. Les éditions Gras Frères publient ainsi dès la fin des années 50. et rééditent régulièrement, jusqu'au milieu des années 80, plusieurs ouvrages réalisés sous la direction d'Henri Bert, directeur de l'école de musique d'Angers. […]
En 1989, la branche éditions est revendue à la maison Alphonse Leduc, leader des maisons françaises d'édition musicale et établie à Paris depuis 1841. Le 7 septembre 1989, les éditions Gras Frères sont radiées du registre du commerce et des sociétés du Mans.

23 février 2000
Olivier Barbry, Dominique Barbry, Christian et Jacqueline Osselin, Marie Weerts
avec la participation de Philippe, Emmanuel, Patrice, Christian Gras et de Geneviève Grandry


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Des infos complémentaires sur les instruments fabriqués par la Maison Gras ICI
et une étude sur les diverses domiciliations et brevets ICI

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Quelques partitions de musique populaire éditées par J. et Ch. Gras




collection personnelle

Souvent illustrées par Simons, on y retrouve les compositeurs, auteurs et interprètes lillois : Georges Philippot, Jean des Marchenelles (Jean Dancoine), Bertal et Line Dariel (Bécasinette).
Charles Gras a aussi édité : J. Nirvassed, Pierre Manaut, Jules Mousseron, César Bourgeois, Emile Ratez, Edmond Pellemeule, Georges Gadenne, Henri Defives, Gustave Het, Alphonse Capon, Jules Dupriez, Ferdinand Cappelle, Eugène Callant, Gustave Gabelles, Urbain Lecomte, Henri Filleul, Georges Carpentier, Albert Delsaux, Henri Wallet, Ludovic Blareau, Jen Berens, Eugène Gaudefroy, Norbert Berthélémy, Fernand Deprey, Gérard Delaeter, Yvonne Querleux, Jules Collery, Marcel Richard, Clément Magnan, Charles Eustace, Gustave Guillemant, etc, etc, tous, ou presque, originaires du Nord ou du Pas de Calais.


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samedi 9 septembre 2017

Katrien Delavier - Hempson

mise à jour le 12/9/2017 : nouveau lien de téléchargement + la vidéo



Denis Hempson



Un entretien fait au début des années 1990 à propos de la genèse du groupe Hempson. Ce groupe a été créé à l’initiative de Rachelle Delahaye (Riouah) pour une commande d’un centre culturel de la région parisienne.
Le répertoire choisi est en majorité basé sur le collectage d’Edward Bunting réalisé lors du festival de Belfast en 1792, ce musicien avait noté tous les airs interprétés et particulièrement (avec l’accompagnement original) ceux joués par Denis Hempson, ou Hampson (1695-1807), dernier harpiste défenseur de la tradition de la harpe ancienne à cordes métalliques.
Elle évoque aussi les difficultés du jeu en groupe pour des musiciens qui ne se connaissent pas et ses recherches sur le jeu ancien de la harpe à cordes métalliques.

l'entretien :




Le son seulement  ICI   (nouveau lien)

un extrait de l'album :



Les carnets de notes de travail manuscrites d'Edward Bunting sont en ligne ICI



un article de Stephan Lemoigne paru dans Harpe Mag n°15




mardi 29 août 2017

Léon Déplanque 1896-1966

mise à jour le 29 août 2017 : la vie parisienne de Léon
mise à jour le 20 avril 2019 : quelques infos sur son ami Jules Donte

Le chanteur des rues héninois

Collection personnelle


La revue Nord France de 1953 a recueilli le témoignage d’un des derniers chanteurs ambulants de la région.
Collection personnelle
Léon Déplanque est né à Hénin-Liétard en 1896, fils de Denis, houilleur, et Augustine DESRUELLES. Il débute à l’âge de 8 ans dans les ducasses de la région. Dans les années 1920, accompagné de l’accordéoniste Jules Donte de Loos-les-Lille, il parcourt le Nord et le Pas de Calais en proposant ses chansons sur les marchés et les places des grandes villes, la première qui nous est connue concerne l'expulsion de la famille Fontaine, à Hersin-Coupigny. Dans la chanson, Léon Déplanque s'en prend à l'huissier M. Montagne, c'était une mauvaise idée car celui-ci l'a poursuivi en diffamation. Le tribunal de Béthune le condamne à 16 francs d'amendes et 1.000 francs de dommages et intérêts.
Les suivantes ont pour thème des faits divers : Le crime de Loos (1925), Le satyre d’Haubourdin (1929), Le bandit Dartois (1924), Le crime de Rouvroy-Nouméa (1934) ou la catastrophe de Courcelles-les-Lens (1929) ; ou sur des sujets moins tragiques : Vie en ménage (1922), Ah ! les belles-mères (d'autres exemples ici) ou d’actualité : Les nouviaux impôts (1928), Les glorieux défenseurs de Paris, Les chansons de la victoire, Hommage au peuple français, Oradour - vision d’horreur * (son plus grand succès, tiré à 475.000 exemplaires).
Sa fiche matricule nous révèle quelques nouvelles informations. D'abord un bref séjour en Belgique en 1930, à Wavre où il rencontre Louisa Verheyden qu'il épouse à Montigny en Gohelle en 1931. Il déménage ensuite dans la région parisienne à Colombes en 1933, puis à Argenteuil en 1934, mais revient à Hénin Liétard en 1936. Est-ce durant cette période qu'il entre en contact avec la chanteuse MISMARGUETT ?, le sosie de Mistinguett, qui interprète ses chansons : Les Femmes d'aujourd'hui ou les temps modernes, Patience ça ira mieux, Faut faire la queue mesdames !, Le cocu content ou le ménage moderne et Pauvre bidoche ou 60 grammes de viande par semaine, sur l'air "connu" Si petite : Je te vois dans mon plat si petite / Si petite, ô ma bidoche, celle-ci créée par Maryss-Lyd dans les Concerts et Music-Hall Parisiens, probablement pendant la guerre.

Collection personnelle
Son accompagnateur, l'accordéoniste Jules Donte, né à Loos-les-Lille en 1894, émigre aussi à Paris. En 1923 il est domicilié 17 impasse Montferrat, il revient à Halluin en 1930, mais retourne à Paris en 1930, 17 rue de Chaumont. Il y épouse Rose Guignet en 1933 dans le 19e arrondissement, il a comme témoin Alexandrine et Alphonse Plot, chanteur lyrique, le marié est musicien ambulant. Il meurt l'année suivante à l'hôpital Lariboisière.
Le développement de la radio et du cinéma porte un coup fatal à cette corporation, Léon Déplanque abandonne le métier après la guerre et se retire à Lens. Il décède à Billy Montigny en 1966. Son fils Léon (1920-2005) a exercé pendant quelques années le métier de chanteur comique sous le pseudonyme de Léo MAX.

Léo Max
Collection personnelle

Dans les collectages on retrouve souvent ces chansons colportées par des chanteurs de rue, elles faisaient partie du répertoire des chanteurs amateurs qui animaient les réunions de famille. Souvent on les prend pour des chansons traditionnelles. Pour moi elle font partie de la culture populaire, surtout, comme ici, quand leur auteur n’est pas un lettré.

Christian Declerck

* lire en complément Oradour-sur-Glane, ultime exemple d'une tragédie chansonnée ?, par J.-F "Maxou" Heintzen, in D'onte ses ? D'où es-tu ?, revue du Cercle Généalogique, historique et Héraldique de la Marche et du Limousin, à paraître courant 2016

Téléchargez la copie de l'article ici NOUVEAU LIEN


Léon Déplanque à la batterie
Collection personnelle



collection personnelle


Je possède plusieurs de ses partitions avec les paroles sur un timbre à la mode
- Allons… Proserpine ?, sur l’air Avec ça mam’zelle
- L’amour… au cinéma, sur l’air Un air américain
- La chanson des malheureux, sur l’air Une chanson dans la nuit
- L’cocu contint, satisfait et battu, en patois héninois, sur l’air La faute à papa
- Le cocu content ou le ménage moderne, air connu
- Le dernier baiser d’une mère, sur l’air Du gris
- Faut faire la queue mesdames !, air connu
- Les femmes d'aujourd'hui, air connu
- Les femmes et la mode ou L’envie de toilette, sur l’air Lison Lisette
- Hommage à l’armée rouge ou les vainqueurs de Berlin, sur un air connu
- Je n'veux pas marcher, sur l'air Fi…fine, Fi…fine
- Joséphine aussi ou Elle fait toujours comme moi, sur l’air Marguerite aussi
- Lison la rouge ou La femme à tout le monde, sur l’air Paris
- La marche Franco-Russe, La glorieuse avancée de l'Armée Rouge sur Berlin, air connu
- Les nouviaux impôts, en patois héninois, sur l'air La robe à carreaux
- Ne frappe plus maman ou Cœur de gosse, sur l’air Cœur de lilas
- Gloire à l'armée rouge, au vaillant peuple soviétique ! Sauveur du monde !, air connu
- On nous avait promis, sur l'air La valse des mouches
- Oradour, vison d’horreur ou Ils ont tué mon père, sur l’air Le chant du guardian
- L’orphelin ou Le bon cœur d’un mutilé, sur l’air On m’appelle Frisson
- Pardonne ma jolie, musique de Jules Donte
- Pauvre bidoche ou 60 grammes de viande par semaine, air connu (Si petite)
- Pauvres enfants de la misère ou Les petits fils d’ouvriers, sur l’air Le sourire d’une femme
- Pauvre maman, tiré des films russes « Arc en ciel » et « Camarade ». « Cette chanson est dédiée aux vaillants partisans de la grande Russie, pour leur courage héroïque pendant la guerre contre les assassins nazis tueurs de femmes et d’enfant. » sur un air connu
- Patience, ça ira mieux, air connu
- Pour sa mère mourante, sur l’air Quand on a le bonheur d’être aimé
- Le p’tit béguin, sur l’air Ferme la porte
- Rendez-moi ma maman (la lettre d’un petit garçon à l’amant de sa mère qui abandonna père et enfant), sur l’air Quitte Paris
- Souviens-toi du passé, sur l’air Tu voudrais me voir pleurer
- V’là l’bon tuyau ou Prenez garde à l’amour, sur l’air Choisi Lison
Une copie des paroles est à votre disposition sur simple demande

mardi 15 août 2017

Trophée capitaine Hayet 2017

Mise à jour le 31 août 2017 : ajout vidéo de Jean-Jacques Révillion + vidéo OPCI



à virer au cabestan
photos : Maiwenn Briend


La septième édition du concours de chants de marins organisé par l’Office du Patrimoine Culturel Immémoriel a eu lieu cette année à Boulogne sur Mer durant la première journée de la fête de la mer organisée tous les 2 ans. Après St Gilles Croix de Vie (1998), Paimpol (1999), Douarnenez (2000, 2002), le Golfe du Morbihan (2015), Sète (2016), c’est Boulogne sur Mer qui accueille l’événement.
Le concours s’est déroulé le 13 juillet 2017 de 11 h à 18 h sur le quai Napoléon et a permis d’écouter 40 chansons, dans les 5 catégories proposées (Complaintes et chants de veillée, chants de travail, chants à virer au cabestan ou au guindeau, chants à danser, chants à hisser) et a vu défiler des groupes, duos ou solistes venant de Bretagne, de Normandie, de Vendée, des Hauts de France, et même de la Guadeloupe…

Les matelots des Soleils Boulonnais

Ce Trophée, qui porte le nom d’un des premiers collecteurs de chants de marin, le capitaine Hayet comporte un jury de spécialistes du genre, présidé cette année par Patrick DENAIN, du groupe « Marée de Paradis » et récompense 8 lauréats qui se voient remettre chacun un bateau en bouteille, travail de matelotage réalisé « à l’ancienne » par un spécialiste du genre, Henri RANNOU.
Le trophée de Boulogne était dédié à Michel LEFEVRE (voir en bas de page), membre du groupe folklorique « les Soleils Boulonnais ». Et pour cause : ce Monsieur a effectué depuis son départ en retraite et jusqu’à sa mort survenue en février 2014 un remarquable travail de collecte des chants traditionnels du Boulonnais.
Les locaux de l’étape boulonnaise se sont plutôt bien comportés puisque 4 trophées ont été attribués à des groupes ou solistes régionaux : en effet, les matelots et matelotes des Soleils Boulonnais (Boulogne sur Mer 62), la chorale de l’Ecole d’apprentissage Maritime (Grand Fort Philippe 59), La Bricole (Lille 59), et Jean Jacques Révillion (Cappelle en Pévèle 59) ont été récompensés, ce qui représente la moitié des trophées proposés. Et puisque nous sommes sur un Blog intitulé « archives du folk 59-62 », permettez moi de revenir sur le répertoire régional interprété à cette occasion :

- Les matelots des Soleils Boulonnais ont chanté « sur le corsaire de Boulogne nommé le Furet », un chant tiré d’un cahier de chanson manuscrit d’Auguste LAFOIREZ, de Boulogne retrouvé par Michel LEFEVRE. Commencé le 3 septembre 1798, ce recueil comporte 72 textes. Cette chanson a été publiée dans « le camp de Boulogne en chansons » en 2002.

Les matelotes des Soleils Boulonnais

- Les matelotes des Soleils Boulonnais ont, quant à elles, interprété « M’tit marchann ed’ pichon », paroles et musiques de Michel LEFEVRE, qui ne se contentait pas de collecter mais était lui aussi chansonnier !
- La Chorale de l’Ecole des apprentissages Maritimes a chanté « Partons la mer est belle », dont Michel LEFEVRE a collecté deux versions, l’une boulonnaise, et l’autre étaploise, publié dans son  recueil « Chants de Marins de la Côte d’Opale » publié en 2004.

La Bricole

- La BRICOLE , groupe composé de Vincent BRUSEL (chant, mandoline), Julien BIGET (bouzouki) et Olivier CATTEAU (accordéon diatonique) remplacé pour la circonstance par Margaux LIENART (violon) a chanté « le chant des quatre prisonniers », du cahier de chansons d’Auguste FOURNIER, d’Etaples, et publié par… Michel LEFEVRE dans son ouvrage « Chants de Marins de la Côte d’Opale ».


Jean-Jacques Révillion

- Jean-Jacques REVILLION a interprété « La belle Hollandaise », chanson flamande publiée en 1939 à Bruxelles par le Dr Jan BOLS qui l’a recueillie auprès d’un marchand de pipes ambulant originaire de Poperinge (B). En flamand à l’origine, elle a été traduite en Français par Jacques Yvart et Raymond Declerck (qui n’est autre que le père de Christian bien connu pour être le créateur de ce blog)
Mais on a aussi entendu chanter lors du trophée par un groupe extra régional (femmes de marins) « Marcherot de Dunkerque », qui n’est autre que le célèbre « Ali Alo pour Machero » collecté a Dunkerque par Edmond de Coussemaeker au XIXe siècle…
N’oublions pas de préciser pour finir que ce trophée a été présenté et commenté toute la journée par l’infatiguable Michel COLLEU, grand collecteur et connaisseur du répertoire de chant de marin, directeur de l’OPCI, et membre du groupe « l’Armée du Chalut ». Il a aussi organisé et animé le stage de chants de marins qui s’est déroulé les 10 11 12 juillet, et qui de l’avis général, fut un grand moment de partage.

Le 27 juillet 2017
Jean Jacques Révillion.





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les gagnants 2017



Palmares de la 7e édition
du trophée capitaine HAYET

Jeudi 13 juillet 2017 
L’édition 2017 du Concours de chants de marins Trophée Capitaine Hayet a eu lieu dans le cadre de la fête La Côte d’Opale fête la mer à Boulogne-sur-Mer. Organisé par l’OPCI et accueilli dans le cadre de la neuvième édition de la grande fête maritime qui se tient tous les deux ans à Boulogne-sur-Mer le Trophée Capitaine Hayet 2017 s’est déroulé sur le quai du bassin Napoléon. De 11h à 18 h. Il a permis d’entendre 40 chansons, réparties dans les cinq épreuves du concours : « Chants de ports, de veillées et de gaillard d’avant », « Chants des travailleurs de la mer », « Chants à danser », « Chants à virer au cabestan », « chants à hisser », et présentées par les concurrents 2017. Les groupes : Vareuses porteloises, Vent de Noroise, Les matelottes des Soleils Boulonnais, Les Matelots des Soleils Boulonnais, L’air Hâleur, Barachois, Tricorne, Dao Dao, Chorale de l’Ecole d’Apprentissage Maritime, La Bricole, Les Bons z’Enfants d’Etaples ; et les chanteuses et chanteurs : Mireille Hacquet, Marie-Geneviève Rano, Benoît Lemiègre, Eric Courville, Raymond Phuez, Césaire Berchel, Felipe Uribe.
Le jury 2017 était composé de Patrick Denain (Fécamp), Pascal Servain (Fécamp), Geoff Kaufmann (Mystic Seaport, USA), Antoine Quaguebeur (animateur à Radio Uylenspiegel, Cassel), Gaël Rolland, (Rennes), Bernard Subert (Parthenay). Les prix du Trophée étaient huit bateaux en bouteilles réalisés et offerts par un des maîtres du genre : Henry Rannou, de Quimperlé. Le Trophée a été présenté par Michel Colleu de l’Office du Patrimoine Culturel Immatériel, association organisatrice du Trophée. 
Voici les gagnants de l’édition 2017 : 
- La Bricole (répertoire du Boulonnais) 
- Les Soleils Boulonnais (Boulogne-sur-Mer, 62) 
- Chorale de l’Ecole d’Apprentissage Maritime (Grand-Fort-Philippe, 59) 
- Césaire Berchel (Paris, répertoire de Guadeloupe) 
- Jean-Jacques Revillion (Cappelle-en-Pevélle, 59, répertoire de Flandre) 
- Eric Courville (Ingre, 45, répertoire de Normandie) 
- Raymond Phuez (Douarnenez, répertoire de Cornouaille) 
- Marie-Geneviève Rano (Le Sel-de-Bretagne, 35) 
Deux prix spéciaux ont été attribué : à Felipe Uribe, de Bilbao (Pays basque) : prix d’encouragement à ce jeune chanteur, et à Geneviève Rabanit : prix pour l’originalité du répertoire (complainte du Havre). 
Le Trophée Capitaine Hayet s’est tenu aux Fêtes du chant de marin de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (1998) et Paimpol (1999), aux fêtes maritimes de Douarnenez (2000, 2002), à la Semaine du Golfe (2015), à Escale à Sète (2016). Au-delà de la grande diversité des ports qui ont accueillis ce concours, chaque édition a eu ses spécificités. L’édition 2017 a été particulièrement riche en complaintes, sans oublier les chants à virer, menés autour du cabestan de l’association Phare-Ouest (de Cancale) installé pour l’occasion. 
Renseignements complémentaires auprès de Michel Colleu, OPCI, 06 34 96 03 13 
Le Trophée Capitaine Hayet 2017 a été organisé par l’OPCI avec la participation de La Ville de Boulogne-sur-Mer, organisatrice de la fête, et la Fédération Régionale pour le Patrimoine Maritime Nord-Pas-de-Calais / Picardie, partenaire d’organisation de la fête La Côte d’Opale fête la mer à Boulogne-sur-Mer. Avec le soutien de la revue Chasse-Marée

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Trophée Capitaine HAYET, 2017 à Boulogne sur mer
hommage à Michel LEFEVRE (1932-2014)

Michel Lefèvre
photo X

Natif de Saint Martin Boulogne et cadre bancaire, Michel LEFEVRE se passionne très tôt pour la musique populaire traditionnelle. Membre de l’harmonie municipale de Saint Martin Boulogne pendant de nombreuses années, ainsi qu’accordéoniste du groupe folklorique alsacien de Lingolsheim; de retour en retraite à Boulogne, il décide de se consacrer au collectage des chansons et musiques populaires de la Marine du Boulonnais, en commençant par la famille étaploise de son épouse Paulette LAMOUR. A la recherche de textes et partitions, il fréquente toutes les brocantes de la Région et explore les archives encore inexploitées de plusieurs bibliothèques dont en premier lieu celle de Boulogne sur mer. Toutes ces recherches ont abouti à la publication de nombreux ouvrages, qui sont venus enrichir un pan considérable de la mémoire collective des Boulonnais : en 1989 puis en 1990 Chants, hymnes et danses du Boulonnais du XIIIes à la période contemporaine, le cahier Chants de marins de la mer du Nord et de la Manche édité par la revue nationale Le Chasse Marée.
Michel LEFEVRE met ses recherches à la disposition de groupes et artistes mieux à même de les interpréter : Patrick DENAIN du groupe Marée de Paradis, Philippe BOULFROY, Marc GOSSELIN, Jean-Jacques REVILLION, La Maisnie Nostree, Amuseon, Vincent Brusel et La Bricole, les Bons Z’Enfants d’Etaples et bien sûr l’AMTPB et son groupe folklorique Les Soleils Boulonnais. Michel LEFEVRE fournira à ce groupe l’essentiel de son répertoire de chants et de musiques pour les danses, tout en le dirigeant en chants et l’accompagnant comme accordéoniste les premières années. De leur riche collaboration, quatre CD seront enregistrés, dont certains titres dont il est l’auteur-compositeur sont désormais entrés dans le patrimoine musical boulonnais : El vin is lèv, les chevaux boulonnais…Auteur de l’ouvrage Le patois des quartiers et des faubourgs, pendant dix ans de 1989 à 1999, sous l’égide l’AMTPB, Michel LEFEVRE a également enseigné tous les mercredi soir dans les locaux du conservatoire de Boulogne, le patois boulonnais, dans la seule expérience à ce jour d’école de patois dans notre ville. Il a également collaboré de nombreuses années aux travaux de la Société Académique du Boulonnais, qui a publié nombre de ses recherches (notamment corsaires boulonnais et prisons anglaises de 1812-1813). Avec le temps, on se rendra compte que le travail de Michel LEFEVRE pour la musique boulonnaise a été aussi important que celui que fit en son temps Ernest DESEILLE pour l’histoire de notre ville. Son seul regret sera de ne pas avoir su convaincre les élus locaux de l’organisation d’un festival de musique boulonnaise qui aurait mis en valeur la richesse et la variété musicale de notre petite province (P. A. Monsigny, J. Mouton) que les musiciens de notre ville ignorent souvent. Selon sa volonté, il a légué l’ensemble de sa riche collection d’ouvrages, documents de recherche et instruments de musique à la Bibliothèque et au service des archives de la ville de Boulogne sur mer, qui pourront constituer ainsi un fonds Michel LEFEVRE accessible à tous.

Stéphane THIRIAT




vendredi 11 août 2017

Epinette du Nord, encore

mise à jour du 11 août 2017 : ajout de la méthode d'épinette DE RUYCK, transmise par Wim Bosmans

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Les découvertes se succèdent. Récemment, Jean-Luc Matte nous a communiqué une page d'un Annuaire de la Facture instrumentale de 1921. 



Au paragraphe Epinettes, on trouve trois mentions d'épinettes du Nord. En plus de l'omniprésent Coupleux Frères, on relève deux facteurs, L. FILLET, 30 rue des Villegranges, à Paris (Les Lillas), déjà mentionné dans l'annuaire de 1913, et Gilbert RIBEAUCOURT à Somain, 32 rue Sadi-Carnot. Un troisième nom apparaît aussi, c'est P. DE RUYCK, 128 Grande Rue à Roubaix, il n'indique pas sa spécialité, mais un annuaire de 1925 nous précise qu'il fabrique des épinettes du Nord, de même qu'en 1929, dans autre annuaire. Ce qui est confirmé par cette méthode découverte récemment par Wim Bosmans, ex-conservateur au Musée Instrumental de Bruxelles. Elle comporte une douzaine de pages. Le texte de présentation et les 20 leçons progressives sont identiques à la méthode Coupleux, lequel a copié sur l'autre ? La méthode vendue par De Ruyck comporte une mélodie supplémentaire, Les Baisers, et il la propose à 50 centimes, contre un franc pour celle de Coupleux.


collection Wim Bosmans





Pierre DE RUYCK

Né à Roubaix en 1879, Pierre Deruyck est connu comme marchand d'instruments de musique (puis de disques et de TSF) à Roubaix dès 1910. Il est le fils de Pierre Joseph, fileur, originaire de Gand et Charlotte Legrand, repasseuse née à Roubaix. Il fait des études musicales au Conservatoire de Roubaix et obtient un 2e prix de saxhorn en 1890, puis un 1er prix avec médaille l'année suivante. Vers 1900 il est nommé directeur de la Fanfare l'Espérance de Roubaix et en 1904 il devient directeur de la Fanfare Cycliste du Nord Touriste (Association départementale des cyclistes du Nord).

collection personnelle


Il se produira dans la région avec ses cyclistes musiciens, et même jusqu'à Dunkerque et Malo les Bains en 1904. En 1908 il sera remplacé par un autre Roubaisien (et futur Dunkerquois), Albert Cousu, mais c'est une autre histoire. Je n'ai pas encore trouvé la date de son décès, après 1932.


Charles Deruyck


Son frère Charles, né en 1887, est aussi musicien. Mais lui poursuit ses études au Conservatoire de Paris où il obtient un 1er prix de cornet à piston en 1909 et un 1er prix de trompette en 1910. Piston solo à la musique d'artillerie de Versailles, il est membre de la Société des Concerts du Conservatoire, il en devient sociétaire en mai 1938. Il décède à Nice en 1961. Un correspondant (merci M. J.-F. Petit) m'a permis d'ajouter un autre frère à la famille, Pierre Polidor, né à Roubaix en 1872, ourdisseur vers 1900, il est luthier lors de son 3e mariage à Paris en 1924. Il décède à Paris en 1948.



Gilbert RIBEAUCOURT

Concernant Gilbert Ribeaucourt, la documentation est moins abondante.

1911


Liébert, dit Gilbert, est né à Marquette en Ostrevant en 1870. Lors de son incorporation il déclare la profession de verrier. Sa fiche matricule mentionne ses différentes adresses à Paris de 1902 à 1906, il exerce alors la profession de voyageur de commerce. En 1907 il est domicilié à Bohain en Vermandois. En 1911, à Denain, il épouse Philomène Souppart, née à Bully les Mines en 1867, il est alors domicilié à Somain et tient un commerce d'instruments de musique, profession qui est mentionnée dans les annuaires Ravet-Anceau jusqu'en 1932, toujours à la même adresse, 32 rue Sadi-Carnot. 

Annaire Ravet-Anceau 1935
source : Achives départementales du Nord


Le magasin est repris par H. Dupire vers 1933. Pas de mention publicitaire d'épinette du Nord, autre que celle de l'annuaire de la facture instrumentale. Mais ces publicités régionales et parisiennes, témoignent de la demande très forte pour cet instrument à cette époque.

Christian Declerck