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lundi 10 mars 2025

Henri Simoens, chansonnier roubaisien (1841-1907)

mise en ligne le 27/8/2023
mise à jour le 19/9/2024 : ajout d'un lien et une vidéo 
mise à jour le 10/3/2025 : article de la Voix du Nord + une vidéo

En faisant l'inventaire des cahiers de chansons de ma collection, je relève ce Salut aux ouvriers, paroles d'Henri Simoens, une des rares parmi les 165 chansons dont l'auteur soit mentionné. Des paroles fortes et toujours d'actualité, qui ont circulé aussi jusqu'en Bretagne. Chantée lors de la grève des sardinières de 1924. Elle a été collectée à Douarnenez et à Tréboul, voir ICI. "Recueillie et arrangée" par Gaston Blondelon* qui l'édite sous son nom chez Marcel Labbé. On la retrouve dans la dernière publication de l'association Emglev Bro Douarnenez.

collection personnelle

Source

Le cahier appartenait au couple dunkerquois Georges Marcotte (1888-1946) et Emma Vanlerberghe (née en 1888). Il est né à Dunkerque, comme son père Pierre ; sa mère, Mérantine Défossez, est picarde, née à Vitry en Artois. Son épouse est une Flamande, née à Quaedypre, dont les parents sont originaires de Bergues et Bailleul. Je ne sais rien de lui que ses professions, il était caporal tambour au 110e RI à son mariage puis chef de manutention de la maison Coquelle-Gourdin, son domicile, 26 rue Saint Charles et ce cahier de chansons rédigé et illustré avec soin.

collection personnelle

L'auteur de ce chant, Henri Simoens, était chansonnier et cabaretier à Roubaix. Né à Courtrai en 1841, il exerce aussi les métiers de fileur, teinturier et apprêteur, il épouse Clémentine Vantomme à Courtrai en 1869. En février 1903 le Journal de Roubaix publie : On nous prie de demander aux poètes et chansonniers de Roubaix et de Tourcoing de vouloir bien se réunir, jeudi prochain 19 février, à huit heures, chez M. Désiré Bourgois, à l'estaminet Au Petit chansonnier, 78 rue de la Perche. Cette réunion a pour but d'organiser une soirée au bénéfice de M. Henri Simoens le chansonnier populaire devenu aveugle et actuellement, en traitement à Gand, à l'Institut de l'Enfant Jésus. Cette fête de bienfaisance est un succès si l'on en croit le compte rendu paru quelques jours plus tard :

Egalité de Roubaix Tourcoing 7/2/1903
source : médiathèque de Roubaix

Il meurt à Roubaix le 12 février 1907 : Mort d’un chansonnier - Le chansonnier patoisant Henri Simoens vient de mourrir à l’âge de 65 ans. Il a composé surtout des chansons locales dans lesquelles vibrait souvent la note patriotique. Ancien élève de notre Académie de musique, il fonda en 1874 l’Union Ouvrière et devint, en 1881, président des chansonniers roubaisiens et membre de la société des auteurs et compositeurs. Henri Simoens avait été longtemps ouvrier teinturier dans la maison de M. Emile Roussel, rue de l’Epeule. (Journal de Roubaix du 15 février 1907)


Le Journal de Roubaix 14/4/1881
source : médiathèque de Roubaix

Sa généalogie par un descendant ICI

D'autres infos ICI (merci à Denis Arnaud)

J'ajoute cette belle interprétation reprise sur la page ci-dessus, par Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière


 Un article paru dans la Voix du Nord, édition de Roubaix, du 9 mars 2025, merci à Bruno Renoul et Aude Deraedt les articles HD

l'article d'Aude Deraedt, VdN Boulogne sur Mer

 Foule Chantante de Pemp real a vo, un spectacle réalisé dans le cadre du centenaire de la grève des sardinières de 1924 à Douarnenez
 

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Quelques chansons disponibles sur Gallica







ma préférée, non datée



l'inventaire dans le catalogue de la BNF ICI

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* Gaston Blondelon, ce compositeur non identifié par la BNF, est très probablement Gaston Jules qui est né à Paris dans le 17e arrondissement le 15 mai 1886. Il est employé de commerce lors de sa conscription, il devient soldat musicien au 103e RI le 11 octobre 1908. On relève plusieurs adresses à Paris sur sa fiche matricule : 1906, 14 rue d'Aubervilliers, 1910, 5 rue Bellot et 1913, 40 rue de Provence. Il est mort le 13 octobre 1916 à Dreux, 8 rue Desmousseaux. 




vendredi 4 octobre 2024

Cahier de chansons dunkerquois 1788-1793

Un recueil manuscrit de la collection Barbier, conservé aux Archives du Pas de Calais

  

J'ai publié une présentation de ce cahier manuscrit dans le n°21 de novembre 1987 de la revue de la Société Dunkerquoise d'Histoire et d'Archéologie. A l'époque il était impossible de le publier intégralement en annexe. Les revues récentes de cette société n'étant pas encore sur l'internet, je mets mon article à votre disposition et j'ajoute le microfilm réalisé par les Archives Départementales du Pas-de-Calais la même année.


Vous trouverez les références des chansons révolutionnaires dans l'article ci-dessus. Mais son intérêt principal est qu'il contient 6 chansons mentionnant Dunkerque : 

p. 56 : La revue générale de l'armée considéré des officiers municipaux des membres du comité démis ; et du colonel et capitaine de la garde bourgeoise, air La faridondaine, la faridondon

p. 70 : chanson nouvelle sur le colonel de la garde bourgeoise


p. 147 : A l'occasion des chevaliers de St Sébastien ci-devant, qui ont été tiré l'oiseau à Lille le 7 juillet 1782 et qui sont revenu de même air : En revenant de St Denis en France

p. 186 : chanson des citoyennes dunkerquoises lors de l'attaque du 22 août jusqu'au 8 septembre 1793

P. 208 : chanson nouvelle faite au  moment du départ de dunkerque pour furnes et ostende le 15 novembre 1792 et revenu le 25, air : Himne des marseillois

 
p. 210 : chanson nouvelle sur le départ des ennemis du 8 septembre 1793

Sur la première page il y a ces "vers trouvés dans la rue" datés du 24 juillet 1790

 

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Le manuscrit en trois parties


pages 1 à 75



 pages 76 à 149



pages 150 à 221

Une table alphabétique des premiers vers des chansons : p. 188 à 195

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le monument de la place de la Victoire à Dunkerque (source Gallica)

bas relief de la colonne de la Victoire 1793
 
monument sculpté par Lormier, 1893


source


vendredi 1 décembre 2023

Les chansons d'Yves Havet

mis en ligne le 9/8/2021
mise à jour le 1/12/2024 : ajout d'une chanson

Chansons de Flandre d'aujourd'hui


Boeschepe, 11 juin 1978


Un petit cahier publié en 1978 par l'association Menschen lyk Wyder. Yves les chantait accompagné de Jean-Jacques Révillion† et Gérald Ryckeboer. Né à Hazebrouck en 1946, militant très actif de la défense des moulins au sein de l'Association Régionale des Amis des Moulins, il a naturellement fait un bout de chemin avec d'autres militants régionaux. Il nous a quitté en juin 1998.

- Entre les mines et la mer

- Ma Flandre mon pays (chantée par l'auteur)

- Péniche sur la Lys

- Moulin danse (éditée par l'ARAM)

- Les huit brigands

- Le cimetière militaire

- Pierlala

- Klauwaert de Boer


J'ajoute Les Catchebaies, pour 3 voix égales et Péniche sur la Lys, pour 2 voix égales, harmonisées par Alain Brewart, publiées dans le recueil Florilège de chansons du Nord Pas-de-Calais en 1990.












jeudi 26 mai 2022

Cahier de chansons, Sidonie Derycke, 1883


J'ai retrouvé ce document dans une chemise cartonnée, conservée dans les dossiers de mon père, c'est la transcription d'un "Cahier de chansons commencé dans l'année 1883, par Sidonie DERYCKE, demeurant à Crombecque" qui provient de la collection de Robert ROSSEY de Nieuwpoort. Il a été continué par Ida VERMOORDE, que je n'ai pas pu identifier, ce patronyme est inconnu des bases de données, c'est sans doute une erreur de transcription. Il contient également un ou plusieurs poèmes de H. BUTAYE de Beveren lez Rousbrugge et deux chansons imprimées sur feuilles volantes, imprimées chez Lambin-Mathée à Ypres. Il est imprimé sur un papier-listing par une imprimante à aiguilles, ce qui le fait dater des années 1980.



Sidonie Romanie Derycke est née en 1849, elle épouse à Krombeke en 1890, François Rossey né à Alveringem en 1858. Ils ont eu un fils, Georges (1890-1962). Son mari décède en 1925 et Sidonie en 1940, informations relevées sur leur tombe au cimetière de Krombeke. Robert est très probablement son petit fils.




SOMMAIRE


Le Progrès 1er juillet 1906
source : Historische Kranten


lundi 18 février 2019

Le recueil de Constant Ourdouille

Conservé précieusement dans ma collection depuis des années, je n'ai fait le lien avec notre région que depuis peu. Cela reste à confirmer, mais je crois qu'on peut supposer que ce cahier a appartenu à Sylvain Constant OURDOUILLE.


Sylvain Constant Ourdouille, qui signe C Ourdouille sur tous les actes d'état civil, est né à Estaires (Nord) le 30 mars 1834, fils de Silvain (cordonnier) et Adélaïde Boulinguiez. Il est domicilié, rue de Dunkerque, à Saint Omer en 1869 quand il épouse, à Saint Martin au Laer, Malvina Henriette Lemaire. Ils auront deux filles : Maria (1871-1950) et Julia Sophie (1874-1951). Il est employé de commerce quand il décède à Saint Omer le 17 juin 1875, 6 rue des Corroyeurs.
Rien ne permet d'affirmer qu'il est à Melun en 1856, mais cette commune étant une ville de garnison où séjournent de nombreux régiments, il est fort possible qu'il y soit pour effectuer ses années de conscription.








la couverture
Livre 1er fait en 1856 à Melun


Sommaire :
page - titre
1 - Prends garde à ton cœur, chansonnette
2 - Rendez-moi mes seize ans
3 - Le Corse
5 - Le retour du soldat
6 - Le mineur, romance dramatique
7 - Jean Jean la loupe en coquette, air : de la varsovianna
8 - Le retour du zouave*
9 - Le pauvre petit, romance*
11 - Faites le bien, air : des fraises
14 - La cavalerie
15 - L'amour du cœur ne se vend pas, air : Ne grandis pas
17 - Il est parti, romance, air : Demoiselle et grisette
18 - Les mots à la mode du gamin de Paris, air : Drin drin
19 - La négresse et l'homme civilisé, air : du prolétaire
21 - Le voyageur
22 - Le pâtre, romance
23 - C'est toi qui m'aime, romance
24 - Aime moi bien, romance
25 - Le cavaler d'Adjout
26 - Le ramoneur
28 - Barcarolle
31 - Huit ans d'absence
33 - "Vous l'avez dit o ma chérie", romance
34 - "Au point du jour dans sa chambrette", romance
36 - Perinette
38 - Les deux grenadiers
40 - Le petit lapin de ma cousine
42 - "Que cherche tu sur cette terre étrnage", romance
44 - Vers de Biron
44 - Le berger
45 - La servante
47 - Le rossignol, romance
48 - Ma blonde
51 - Le palais des Papes
53 - Victoire
54 - Les trois baisers
56 - Pensez à moi, air : du premier pas
57 - L'enfants de la montagne
58 - Loin d'elle et près d'elle, romance
60 - Le retour, romance
60 - Le premier mot, air : du premier pas
61 - Mon dernier mot, romance
62 - le gentil troubadour, romance
63 - La lettre, romance
64 - Le plaisir
65 - Le premier jour, air : gloire à l'âge de quinze ans
66 - Chanson italienne
67 - Les adieux de Julien
67 - La poitrinaire, romance
69 - "Homme chéri de l'aveugle fortune" romance
70 - "Aimons nous le temps presse", romance
70 - Le masque de fer
71 - La confession d'une jeune fille
73 - Caïn, romance
75 - La marchande fleurs, air : du marchand de chanson
76 - D'où viens-tu beau mage, rêverie
77 - Colère de Madame Framboisy, chansonnette
79 - Le sire de Franmboisy, légende du moyen a^ge
80 - Le fils de M et Mme Framboisy, avant et après la prise de la tour Malakof
82 - L'absence d'un héros, air : de l'ouvrier
83 - La jeune fille à l'éventail
85 - Le marchand de blé repassé par la lingère, air : du tra la la
87 - Madame de… à son époux, air, O ma Zélie
88 - Réponse de M. de… à son épouse
89 - Bientôt l'heure du départ va sonner
90 - Messieurs les amateurs de la méthode chifon



les pages manquantes





dimanche 12 janvier 2014

Le carnet de chansons de Berthe Baudelle

Ce carnet est dans ma collection depuis plusieurs années, mais il revient d'actualité pour le centenaire de la première guerre mondiale.
Il est rare de pouvoir identifier les anciens propriétaires de ces cahiers trouvés sur les brocantes, même si souvent leur nom est écrit sur la première page. Pour ce document, j'ai eu la chance d'acheter en même temps que ce carnet, deux "épaves" signées de la même personne. Sur la plus dégradée, qui logiquement aurait dû finir à la poubelle, elle a inscrit "Baudelle Berthe à Blaringhem par Renescure Nord", ces indications inespérées m'ont permis de l'identifier assez rapidement.



Berthe Gabrielle Louise est née à Blaringhem, rue du Hamelet, le 1er novembre 1900, fille d'Henri Sylvain, bûcheron, et Hortense Anastasie Carton. Sur son acte de naissance il n'y a pas de mention de mariage. Elle décède à Aire sur la Lys le 3 décembre 1980. En 1914 ses frères aînés, Josué et Henri sont mobilisés au 8e régiment territorial d'infanterie à Dunkerque. Josué est blessé grièvement par une bombe de Taube, il décède à l'hôpital le 10 janvier 1915.




Table des chansons

1 - "Mademoiselle bonsoir"
2 - Le légionnaire
3 - Les yeux des femmes
5 - Tout le long de la Tamise
7 - Verdun on ne passe pas
8 - C'est en 93 à paris
9 - Zirka
11 - Ils ont peur
13 - La valse des obus (sur la guerre à l'Yser)
14 - "Quand je suis arrivé au service"
16 - "Dans la douce ivresse d'un baiser"
17 - Carmen
18 - L'orpheline de Strasbourg [ou La Mendiante de Strasbourg, paroles de Villemer et Delormer, musique de Henri Natif]
19 - Le parapluie
20 - Pourquoi mentir
21 - Bonne tante Rose
22 - "Tu m'as connu j'avais seize ans à peine"
23 - Quand au bout de huit jours, "C'est à Verdun, au fort de Vaux" (chanson de Craonne)
24 - La Madelon
26 - Malgré tes serments, tes promesses
27 - La femme du très…? "De la tranchée chère petite femme"
28 - Les trois roses
29 - Titins
30 - La femme du trésors
31 - Pour un soir d'amour
33 - Nénette et Rintintin
34 - "De tous les riches d'à présent"
35 - La valse bleu horizon
36 - Hardi les gars (Les zouaves)
38 - Oh eh ah Di ah eh ah oh 
39 - Le régiment des modernes
41 - Elle est toujours derrière
42 - Métropolitain
43 - Ferme tes jolis yeux
44 - Quand il la rencontra
46 - Les papillons
47 - Le déserteur "c'était un gars de l'infanterie d'marine"
48 - Laissez pleurer mon cœur
50 - La bénédiction d'un père
51 - La Française
52 - Je sais que vous êtes jolie
54 - Seconde Marseillaise, acclameront les soldats vainqueurs à leur retour d'Allemagne
56 - La maison de retraite
57 - Reviens vers le bonheur
58 - France aimée
59 - Le soldat gentleman
60 - Comme un papillon
61 - Ne rendez pas les hommes fous
62 - Demain, oui demain
63 - Mère Elise
64 - La Madelon de la victoire
66 - On les a !
67 - Oublie… ne pleure pas
69 - C'est ma poupée
70 - Les nuits à Séville
72 - La chanson d'amour
73 - Un soir de mai
75 - Tant que vous serez jolie
75 - Choisi Lison
76 - La p'tite des Galeries
78 - Sur la Butte
79 - Rien que nous deux
80 - L'océan
81 - Je serai là
83 - Myrella
84 - La robe blanche
86 - Je viens pour perquisitionner
87 - La vie moderne
89 - Je connais une blonde
90 - La berceuse aux étoiles
91 - Tout en causant
92 - Bouquet à l'aimée
93 - Le ruisseau charmant
94 - Graziella
95 - Femme que vous êtes jolies
96 - Peines légères
98 - Ghita
99 - Supposition
100 - Rêve de valse (1er couplet)

*****



Dans une des "épaves" il y a cette Marche des évacués de Lille qui n'a pas été recopiée dans le carnet. Elle est incomplète, mais je possède heureusement la partition. Elle a été écrite par Gaston Dhinaut, chansonnier lillois domicilié à Dunkerque pendant la guerre, sur une musique de Désiré Castelyn, né à Dunkerque en 1890, † Rosendael le 18/9/1919, 64 rue des Pêcheurs.





jeudi 9 janvier 2014

La chanson de Craonne est née à Ablain-Saint Nazaire, (Pas de Calais).


 © collection J.-J. Révillion



2014 sera l’année de commémoration du centenaire de la première guerre mondiale. Le dernier poilu français, Lazare Ponticelli est décédé le 12 mars 2008, et le dernier soldat survivant, Chuckles Choules, un anglais, est mort en mai 2011 en Australie : Il n’y a plus aucun témoin vivant pour raconter, seuls restent les témoignages écrits, les photos, les lettres du front… Et les carnets de chansons de soldats ! 
Cette célébrissime chanson née sur le front, et dont l’auteur est toujours resté anonyme (1) est habituellement reliée à l’offensive du général Nivelle, au Chemin des Dames, dans l’Aisne en avril 1917 (2), et aux mutineries ayant suivi cet assaut désastreux qui a vu (selon le communiqué de l’état major français) « fondre les unités françaises sous le feu de l’ennemi ».
Les « vieux folkeux », comme on appelle maintenant ceux qui ont participé au revival folk des années 1970, se rappellent avec émotion de l’interprétation de Jackie Bardot, dans un des premiers vinyls de la Bamboche (1977), avec 3 couplets… Mais il y en eu bien d’autres pour faire connaître cette chanson qui restera longtemps interdite sur les ondes de la radio télévision française(3).
Jean-François « Maxou » Heintzen, cherchologue reconnu, a publié dans le dernier Trad Magazine (n°153) (4) une version plus complète issue d’un cahier de chanson et qui comporte un 4ème couplet. Il précise que cette chanson a été révélée au grand public en 1934 par Paul Vaillant Couturier qui l’a recueillie alors qu’il était lui même engagé dans le conflit.

A la braderie de Lille 2012, j’ai acquis un carnet de chansons retrouvé dans la Nièvre : deux volumes reliés d’un nommé Louis Rousseau, de la classe 1912, au 46e de ligne, incorporé semble-t-il en janvier 1913. Outre le fait qu’il est particulièrement bien écrit et illustré (apparemment de plusieurs mains, pour les dessins) et qu’il comporte plus de 300 chansons (dont beaucoup me sont inconnues...), on y suit l’évolution d’un appelé qui s’est enquillé durant son service la première guerre mondiale. Ses feuillets rédigés d’une belle écriture sont datés, et comportent quelques commentaires. Jusque juillet 1914, on est dans les chansons réalistes, galantes, ou grivoises, avec quelques monologues comiques. Le 28 juillet 1914, alors que la compagnie est toujours à Paris, Rousseau note Compagnie partie contre les manifestations contre la guerre. Au 31 juillet 1914 , changement de style : il note la chanson la mortalité dans l’armée, puis Quartier consigné. Compagnie partie garder la ligne entre Paris et Versailles. Puis plus rien jusqu’au 27 Juillet 1917, où est notée la chanson Les embusqués suivie de la Grève des mères (21/11/1917), puis Le plateau de Craonne avec le couplet supplémentaire dont parle Maxou, et enfin Verdun, on ne passe pas. C’est tout pour ce qui est noté dans le carnet, ce qui n'est déjà pas si mal. 
Mais on y trouve aussi des feuillets libres : 
- Un poilu m’a conté (février 1916, paraphé Rousseau) 
- un poème d’Emile Leforban, du 46e d’infanterie (février 1917, paraphé Rousseau)
Et surtout, d’une autre écriture, non signé et daté de septembre 1915 : Le plateau de Lorette, avec 4 couplets dont le supplémentaire signalé par Maxou, et dans laquelle Craonne est systématiquement remplacé par C’est à Lorette, sur le plateau... Ce qui permet d’authentifier le lieu et le moment de naissance de cette célèbre chanson, à savoir les combats en Artois à Ablain Saint Nazaire, en mai 1915, après l’échec de la prise d’Arras par les Allemands et leur installation sur la crête de Vimy et la colline de Notre-Dame de Lorette, cette dernière position ayant été reprise aux Allemands au prix d’effroyables pertes... (5) Bref, il semblerait que cette chanson ait circulé sur le front dès 1915, bien avant les mouvements de rébellion de 1917, et le document que j’ai retrouvé est sans doute un de ces petits formats manuscrits qui circulaient sous le manteau, la chanson ayant été interdite par les autorités militaires.
Le plus rigolo, c’est que tout cela est connu depuis 1919, date de la publication du livre La guerre des soldats signé Raymond Lefebvre et … Paul Vaillant Couturier, où un chapitre est intitulé La chanson de Lorette (complainte de la passivité triste des combattants). La chanson y est mise dans la bouche d’un trouffion, Pierrot, poussant ses goualantes lors d’une soirée alors que la troupe était en mouvement vers Verdun, venant de l’Artois, et c’est bien à Lorette, sur le plateau que ça se passe, mais la version ne comporte que 3 couplets.
L’intérêt du document que j’ai retrouvé réside dans le fait que la version comporte 4 couplets, et qu’il est daté de septembre 1915, date très proche des combats qui se sont déroulés sur place.

Jean Jacques Révillion †


(1) Du moins en ce qui concerne les paroles, car la musique est celle d’une rengaine d’avant guerre, « Bonsoir, m’amour » (1911), composée par Charles Adelmar Sablon, père de Jean Sablon.
(2) En Picardie, on dit « Crane », sans prononcer le O, comme on dit « Lan » pour la ville de Laon. Mais il ne devait plus y avoir d’habitants sur place pour indiquer aux poilus la prononciation correcte , dans ce village détruit dès 1914…
(3) Mouloudji, Marc Ogeret (1973), Serge Utge-Royo (1999), Maxime Leforestier (2003), Jean Jacques Révillion (2013)…
(4) Rubrique « pattes de mouches et rats d’archives » n°112. 
(5) Cette colline de 165 m, située sur la commune de Ablain-Saint-Nazaire, près d’Arras, constitue une position élevée et surplomble le bassin minier au Nord et la plaine d’Arras au sud. 185 000 soldats dont 100 000 français y ont péri pour défendre ou reprendre « l’éperon de Notre Dame de Lorette ». C’est devenu après guerre un lieu de mémoire et une nécropole pour tous les participants au conflit.







© collection J.-J. Révillion

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Transcription

LE PLATEAU DE LORETTE

Lorsqu’au bout huit jours, le repos terminé
On va reprendre aux tranchées
Notre place est si utile, car sans nous on prend la pille
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher.
Et le coeur bien gros,
Et dans un sanglot,
On dit adieu aux civelots
Même sans tambour, même sans trompette
On part là bas en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie,
Adieu l’amour,                             
Adieu toutes les femmes...                               
C’est bien fini, c'est pour toujours                       
De cette vie infâme                                    
C’est à Lorette, sur le plateau                         
Qu’nous  devons laisser notre peau,                                 
Car nous sommes les condamnés                        
Nous sommes les sacrifiés.  

                                                                                         
Nous voilà partis avec sac au dos
On peut dire adieu au repos
Car pour nous la vie est dure
C’est terrible je vous l’assure
A Lorette là haut
On va nous descendre
Sans même pouvoir nous défendre
Car si nous avons de très bons canons
Les boches répondent à leurs sons
Forcez d’ce terrer
La dans la tranchée
Attendant l’obus qui viendra nous tuer.

Refrain


Huit jours de tranchées, huit jours de souffrances,                               
Pourtant on a l’espérence
Car ce soir peut êtrea la relève
Que nous attendons sans trève
Soudain, dans la nuit
Avec le silence
On voit quelqu’un qui s’avance     
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre
Sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs viennent chercher leurs tombes
                          
Refrain


C’est malheureux de voir sur ces grands boulevards
Tant d'cossus qui font la foire.
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’n'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher
Tous ces embusqués
Feraient mieux d’monter aux tranchée
Pour défendre leurs biens,
Car nous n’avons rien,
Nous autres pauvres purotins
Tout nos compagnons
Sont étendus là
Pour défendre les biens de ces richards là.

Dernier  refrain
Ceux qu’ont le poignon
Ceux là reviendront       
Et c’est pour eux qu’l'on crèvent
Mais c’est fini
car les trouffions
Vont tousses se mettre en grève!
C'est à votre tour
Messieurs les gros
De monter sur l’pateau
Puisque vous voulez tous la guerre
Payez la votre peau.



autres pages sur le même sujet : ici et ici



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Une interprétation régionale de la Chanson de Craonne par Les Belles Lurettes à Avion en 2009






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Claude Ribouillault sur France Musique en Juin 2014, nous parle de la musique présente sur le front




Claude Ribouillault - La matinale par francemusique

dimanche 26 septembre 2010

Le carnet de chansons d’Antoinette Duflot

24 chansons en français et en flamand, écrites vers 1856-1858. Il a appartenu en dernier à Antoinette Duflot, née à West Cappel en 1898, mais il a du être rédigé par une de ses grand-mères : Marie Clémence Arnout ou plus probablement Célestine Clémence Valentine Degroote (1834-1905) sa grand-mère maternelle.

Voir une autre page plus détaillée ici.

cliquez sur le rectangle pour avoir l'image en plein écran.



3.309 consultations au 1/6/2013

1 - Notre vaisseau va quitter cette plage [titre original : Une fleur pour réponse, paroles d'Emile Barateau, musique de Francesco Masini]
2 - Mes jours sont condamnés, je vais quitter la terre
4 - Avez-vous connu Fanchette la filleule du seigneur
7 - Dans la noble Venise tous se livre au repos
9 - Depuis longtemps je me suis aperçu de l’agrément qu’on a d’être bossu
11 - Un jour que la charmante Erie résolut d’aller à la confesse
12 - L’ermite : L’autre jour en me promenant dans un long bois charmant
17 - Mon père me marie à l’âge de quinze ans
19 - La pauvre orpheline, air de Jenny l’ouvrière : Moi pauvre enfant qui a toujours mendié pour composer mes modestes repas
22 - Prière d’une poitrinaire, air de Jenny l’ouvrière : Dieu je t’en prie exauce ma prière
25 - Le bon paysan : Parfois messieurs habitants de la ville vous méprisez l’humble cultivateur
26 - La charmante brune : Je viens ici charmante brune
27 - Le corbeau : Vous qui connaissez tous la fable du corbeau
30 - Les adieux du marin : Adieu belle Rosette objet de mon amour
32 - Lief en wilt ontfangen, stemme Staet op schoon : De liberteyt is werd om prysen
37 - Streyd lied tot verwerping der liberteyd, stemme staet op schoon en antwerken : Wel wat hoort ik nu hier raezen
42 - Près d’un berceau : Comme un pêcheur quand l’ombre est près d’éclore
45 - Il faut quitter hélas ma bonne mère
47 - Jongheyd wilt my aenhoorn
50 - Wort baert eene eerbaere
54 - Ferdinandus en Lucia : De liefde is wonderbaer
59 - Florus en Clarinde : Ik groet u zey Florus ah liefste Clarinde
62 - Myn alberliefste aenhoort myn klergten
67 - air la poitrinaire : Faut nous quitter hélas ma bonne mère