mercredi 22 janvier 2020

Martin et Martine, par Léon Bajeux

Une autre version de la légende, publiée dans le Réveil du Nord et reprise par le bulletin de l'association des anciens combattants du 1er régiment d'infanterie de Cambrai




Ils vont donner à nouveau le "coup de  marteau"
Il manquait depuis un certain temps aux Cambrésiens, les deux bons géants Martin et Martine, ces Maures qui depuis des siècles avaient la charge de marteler la cloche du campanile de l'Hôtel de Ville. Martin et Martine dont tous les Cambrésiens sont fiers de se proclamer les enfants, et même de le chanter, ont été durement éprouvés pendant la guerre. Mutilés, blessés, ils ont été envoyés à Paris pour être remis sur pieds. Dans quelques semaines, plus neufs, plus brillants qu'ils ne le furent jamais, les deux carillonneurs municipaux reprendront la situation « élevée » qui leur fut dévolue il y a 418 ans. Il faut, en effet, remonter à 1511 pour trouver l'origine de ces héros dont le « coup de marteau » est si réputé. La création du ménage de « carillonneurs » 

La création du ménage de "Carillonneurs"
L'histoire de Martin et de sa chaste épouse, qui distribuent vingt-quatre fois par jour les coups rythmés de leurs marteaux est liée à celle de l'horloge de l'édifice communal. C'est en 1511 que les Cambrésiens acquirent de Maximilien, le droit de placer une horloge sur la maison municipale. Pour 200 livres, un « orlogeur » de Douai construisit la mécanique qui n'eut qu'un seul défaut mais combien grave : être muette. Grand émoi chez les bourgeois, mais pour les satisfaire, les échevins louèrent les services d'un sonneur qui fut chargé, le brave homme, de « taper » les heures et de « bateler sur les appeaux » l'ébaudissement du peuple. C'était bien, ce n'était pas encore parfait. En effet, on remarquait à Valenciennes, accolées à l'horloge publique, deux figurines qui étaient animées par un mécanisme et qui sonnaient les heures avec une irréprochable exactitude. Ces jacquemarts étaient Jehan du Goguier et sa gente dame. Cambrai ne pouvait pas demeurer en reste sur Valenciennes ! L'échevinage le comprit, et un beau soir, le 15 août 1511 à la suite d'un plantureux dîner, il fut, par les notables « admis et conclu faire à l'horloge de cette ville Martin de Cambray ». L'idée adoptée fut aussitôt réalisée. Les frères Van Relaere, sculpteurs cambrésiens, façonnèrent deux guerriers maures ; l'un haut de 2 m. 50, l'autre de 2 mètres. Dans des moules de sable fin, on coula ensuite le « métal d'Anvers et le fin estain » qui furent « l'étoffe » des deux sonneurs. Les frères Martin étaient nés. Vers la fin d'octobre 1512, on les inaugura joyeusement. Le temps passa, et vers 1650, croit-on, on créa le couple Martin-Martine en transformant en femme le plus petit des guerriers. 

Les mésaventures des deux géants
Depuis 265 ans, les deux héros ont gardé et ce jusqu'à la dernière guerre, une respectueuse distance entre eux, quoique étant mari et femme. A leurs pieds, ils ont vu s'accomplir bien des évolutions, les unes heureuses, les autres douloureuses et tragiques. Eux-mêmes ont connu l'outrage des ans, outrage heureusement réparable grâce à leur solide constitution. Les guerres ne les ont pas épargnés. Ce brave Martin eut notamment la jambe fracassée par un projectile lors du siège de Cambrai par Louis XIV. La blessure était glorieuse mais hélas, quel affront ne fit-on pas subir au héros en lui donnant comme chirurgien un vulgaire chaudronnier ! La dernière guerre a failli être funeste aux deux sonneurs. Descendus sans ménagement de leurs pavois, ils furent emportés par les Allemands. On les retrouva après l'Armistice, dans une cité belge, en piteux état. Après de sommaires pansements, ils réintégrèrent leurs socles, mais on a dû par la suite, les envoyer à Paris afin d'être équipés et adaptés au nouveau carillon. Ce dernier, comme nous l'avons relaté, comprend 31 cloches, et il est arrivé ces jours derniers à Cambrai, précédant de quelques semaines, ses augustes gardiens. 

Le coup de marteau !
Bientôt Martin et Martine déclencheront donc à nouveau, d'heure en heure, l'hymne cher aux Cambrésiens. Comme par le passé, ils assèneront les joyeux coups de marteau qui se répercutent jusque sur la tête des braves gens, qui de la Grand'Place, les admirent. Inlassables, les Cambrésiens reviendront avec joie écouter le choc de la masse sur l'airain et lorsqu'un visiteur leur fera remarquer que Martin les a « sonnés », ils répondront finement, selon l'usage, que « Martin est un bon père. Il ménage ses enfants et ne frappe que les étrangers ». En vérité, cela on ne l'a jamais contrôlé. 
Louis  BAJEUX


*****

Alexandre Desrousseaux en a fait une chanson, publiée dans le 5e volume de ses Chansons et pasquilles lilloises.

source

jeudi 16 janvier 2020

Les sœurs Dalmasso, à La Bassée et Hulluch

mise à jour le 16/1/2019, le lien est devenu invalide, j'ai mis le texte complet
publié le 17/8/2017

Un témoignage détaillé des débuts de la pratique de l'accordéon dans le milieu ouvrier pendant l'entre deux guerres, en Nord-Pas de Calais.


Fany ° 1927, Adelina ° 1922 et Pierrine ° 1924 
collection personnelle
Pierrine : « Mon père [Nicolas] était arrivé de son village natal du Haut-Piémont [Robilante, son épouse Maria Landra de Vernante], directement dans le Nord de la France, vers les années 1920. Le pays avait été terriblement sinistré et dévasté par quatre ans de guerre. On embauchait car il fallait réparer les pots cassés et reconstruire. Dès que possible, papa fit venir maman et ils fondèrent un foyer. Ils eurent quatre filles. C'est ainsi que cela avait commencé. Maman avait ouvert ce que l'on appelait alors une cantine [hameau de  Coisne]. Aidée d'une voisine, elle préparait et servait des repas à tour de bras à toute la petite colonnie italienne de Salomé et La Bassée. Après quelques années [vers 1930], mes parents achetèrent un petit café à Hulluch (62). Nous étions les « seuls » Italiens des environs. Nous allions à l'école de cette ville dirigée par madame Prum et qui faisait aussi fonction d'institutrice. Nous manquions les cours souvent les lundis, parfois les mardis, car nous jouions de la musique dans les ducasses qui se font de Pâques à septembre. Il faut dire que papa avait décidé de nous faire apprendre la musique afin que nous en fassions plus tard notre métier. Vers les 5 ans et demi pour moi, et 7 ans pour Linette, nous avons commencé l'étude du solfège. Un an plus tard, j'ai acquis mon premier violon et Linette son premier accordéon. Quand notre jeune soeur Fany a eu l'âge, papa l'a mise à la batterie

Fany, Pierrine et Linette
Ainsi, nous étions trois soeurs sur scène. Pierrine appris le violon à Lens grâce à monsieur Melzer. Avec fougue et brio, il jouait les valses de Kreisler, entre autres, qui nous remplissaient d'admiration. »
Linette : « Très vite, notre papa fit de Pierrine la future bonne violoniste qu'elle allait devenir. Mais à moi, sa fille aînée, mon père avait réservé l'instrument cher à son coeur d'enfant puis d'adolescent, et dont il n'avait jamais pu apprendre à jouer. L'accordéon qu'il n'avait pu posséder, car ses parents étaient beaucoup trop démunis pour qu'il puisse seulement oser y penser. Mon père - pauvre ouvrier immigré comme on ne disait pas encore à l'époque - s'était promis depuis toujours que lorsqu'il serait grand et qu'à son tour, il fonderait un foyer, son premier enfant ferait ce que lui n'avait pu entreprendre. son premier enfant, ce fut moi. Le même jour où il acheta le violon de Pierrine, je reçus mon premier accordéon. Il me conduisit à Lens, chez les Magnier, pépinière de professeurs, une famille dont tous les membres étaient voués à l'accordéon et à son enseignement : le grand-père, le père, les trois fils, qui à tour de rôle me prirent en main jusqu’au plus jeune, Marceau. Ce garçonnet d'une douzaine d'années, déjà un excellent musicien, donnait des cours lorsque son père et ses frères étaient occupés dans d'autres pièces avec d’autres élèves. Il donne d'ailleurs toujours des cours, ayant fondé à Paris une florissante école. Ses enfants et petits-enfants étaient eux aussi des musiciens, accordéonistes, professeurs, constituant de la sorte une véritable dynastie. C'était alors l'époque du grand boom de l'accordéon. Un raz-de-marée qui submergeait le peuple, remplissait des salles de 10 heures du matin jusque tard dans la nuit, durant plusieurs jours lors de festivals importants, comme celui d'Avion, par exemple. De grands concours et tournois internationaux étaient organisés chaque année. Mes professeurs me présentèrent d'abord à celui d'lseghem, en Belgique, où à l'âge de 11 ans, je fus classée hors concours. Deux ans après, à Liège, on me décerna le Grand prix du Roi des Belges. L'accordéon était le roi partout : dans les réunions de famille, les bals, les estaminets, Ies marchés et surtout dans les ducasses. Il n'y avait pas que le bal. Dans tous les cafés proches de la ducasse, des musiciens, juchés sur une estrade de fortune, officiaient quasiment sans arrêt eux aussi, de midi à 2 heures du matin. Les juke-boxes n'existaient pas, de vrais instrumentistes en chair et en os s'évertuaient. Les flonflons des saxos, des clarinettes et pistons, étaient ponctués par les roulements de tambours et coups de grosses caisses. Les iazz-bands sortaient de tous les estaminets. Naturellement, I'accordéon dominait tout et tous. Il n'existait pas d'orchestre de villages sans lui.

Collection personnelle
Juchées sur les tables dans les cafés
Linette : « Un jour, un cafetier d'une localité proche vint trouver mon père. Il avait entendu parler des deux fillettes italiennes et souhaitait que nous venions jouer le jour de la ducasse qui arrivait à grands pas. Papa se fit prier un peu car nous étions très ieunes. Mais devant l'insistance du bonhomme, il accepta. Et le jour dit, vers 4 heures de l'après-midi, nous arrivâmes à ce café déjà bourré de monde. On nous jucha sur deux tables près de la porte d'entrée. Nous avons présenté notre petit répertoire, d'abord « Sous les ponts de Paris », l'air préféré de papa, le premier qu'il avait appris dès son arrivée en France, puis « Sobre las olas », qu'il aimait aussi nous fredonner et qui rentra aussitôt dans la tête et dans les doigts. Les demandes commencèrent à affluer : « Jouez-nous donc Riquita, Dolorosa, La femme aux bijoux », « Connaissez-vous Miralada, jolie fille de bohème, Qu'il était beau mon village, Pouet-pouet ? » Non, nous ne connaissions pas encore toutes ces chansons. Qu'à cela ne tienne, la jeune fille de la maison alla chercher ses partitions, des petits formats qu'elle plaça sur un pupitre devant nous. Nous jouâmes sans arrêt, devant les auditeurs-consommateurs, en lecture à vue. Ce qui plongeait notre public dans l'admiration, paraît-il. Si bien que les voisins aussi apportèrent tour à tour leurs petits formats, leurs chansons, car dans chaque foyer il y en avait des piles. Papa jubilait, fier comme un paon de voir ses filles tellement à la hauteur. Et nous, excitées, prodigieusement intéressées, nous nous amusâmes beaucoup à ce nouveau jeu qui consistait à feuilleter les partitions et les jouer tout de suite, sur simple lecture, sans nous douter nullement qu'il s'agissait là d'une performance, vu notre âge. »

Deux petites Italiennes qui jouent du Mozart
Linette : « Pierrine était haute comme deux pommes. Quant à moi, l'accordéon m'arrivait au nez sans cesse. Les spectateurs continuaient à nous demander de reprendre ceci ou cela. En sortant, ils mettaient des pièces dans une petite assiette que l'on avait mise sur la table. Les patrons étaient enchantés : « Retenez-nous vos filles pour la prochaine ducasse, dans un an », dirent-ils à mon père. Et ils lui remirent une gratification. C'était là notre premier « cachet », en somme. Si bien que je peux dire qu'à l'âge de 8 ans, nous étions déjà des professionnelles de la musique. Cela se sut rapidement dans les environs. D'autres cafetiers vinrent trouver mon père et lui demandèrent ses filles pour la ducasse. De sorte que dès cette première année, presque tous les dimanches, nous allâmes « musiquer » un estaminet ou l'autre. L'année suivante, nous avions un peu plus de répertoire, de métier, de force physique aussi. Et déjà, nous assurions non seulement les dimanches mais aussi les lundis musicaux dans les cafés pendants les ducasses, de 4 heures de l'après-midi à minuit. Papa avait acheté une batterie, un jâse band comme on disait. Il nous accompagnait au tambour et à la grosse caisse. Cela lui permettait de nous avoir à l'oeil et de faire les gros yeux aux garçons qui s'avisaient de venir reluquer ses filles de trop près. Nous jouions aussi dans notre café pour les clients qui s'y arrêtaient. Ils nous faisaient des commandes : « Joue-moi 'Très jolie', t'auras 5 francs », « Interprétez-nous 'Poète et paysan', 'Perles de cristal', 'Cavalerie légère'... » Ils avalaient leur consommation et, avant de partir, nous donnaient quelques pièces que nous mettions dans notre tirelire. En somme, nous étions des juke-boxes vivants. De temps à autre, nous nous produisions sur Radio Lille, dans les "Matinées enfantines de grand-papa Léon". Un jour, nous y jouâmes l'ouverture de Cosifan tutte de Mozart. Il paraît que cela fit sensation et que dans les milieux musicaux du Pas-de-Calais, on évoquait « des petites ltaliennes qui avaient joué du Mozart à I'accordéon et au violon ». La T.S.F. était quelque chose de merveilleux, miraculeux, bien plus encore que ne l'est la télévision aujourd'hui. Les journaux locaux et régionaux relataient notre travail, la musique, nos émissions sur Radio Lille, le concours d'accordéon d'Avion.

Pierrine Dalmasso
Pierrine : « Nous faisions de la "musique à écouter". C'est-à-dire que nous jouions de "tout" (ou presque) : chansons, airs d'opérette, ouvertures classiques, morceaux de bravoure (que seuls les musiciens adultes et expérimentés savaient jouer). Linette interprétait en s'accompagnant à l'accordéon des chansons "à voix" soprano. Quant à moi, je faisais la deuxième voix.
Violon, ensuite saxo, un peu plus tard Fanny fut mise à la batterie et elle chantait aussi. Les gens venaient même de loin et pouvaient rester assis des heures à nous écouter. Des enfants si jeunes qui jouent comme des adultes. À l'apéritif, concert de 11h à 14h. La musique était réservée de prêférence aux classiques, des ouvertures : Poète et paysan, Cavalerie légère, Calife de Bagdad, Barbier de Séville, Valses de Strauss, Le beau Danube bleu, les musiques de V. Marceau... Tandis que nous étions juchées sur des tréteaux de fortune, l'assiette avec notre photo au pied, les pièces de monnaie tombaient. Et l'on reprenait vers les 16 heures jusqu'à minuit. Plus tard, plus âgées, nous finissions à 2 heures du matin. Nous manquions l'école invariablement les lundis (parfois les mardis) de Pâques à septembre (période de ducasses). Les instituteurs ne nous grondaient pas car malgré notre fatigue, nous étions de bonnes élèves. Nous avons quitté l'école à 12 ans (moi avec mention bien au certificat d'études, et Linette avec mention très bien, première du canton). Pas question de continuer nos études car il nous fallait nous exercer huit heures par jour dans la cuisine de chez nous (et quand nous étions à l'école, chaque soir pendant deux heures), les ducasses, ramener de l'argent à la maison... On ne chômait pas. Puis la guerre est arrivée, et les ducasses ont été interdites. Nous avons alors joué dans des cafés à Lens. J'ai joué à la Brasserie du Capitole à Lille, dans l'orchestre de Marcel Wiedaghe. La guerre terminée, Linette et moi avons alors monté un orchestre, nous produisant dans les bars à Paris, Lille, Dijon, Vichy... Mais les temps devinrent difficiles. Les patrons ont supprimé les orchestres, beaucoup de musiciens se sont retrouvés au chômage. Et Linette et moi, nous sommes devenues "Duettiste" : deux voix, un accordéon, une guitare. À nouveau la route, les cabarets, salles de cinéma, France, Suisse, Belgique, Italie... Linette a continué seule, en "one-woman show". Ça marchait bien. Quant à moi, ce fut plus dur. La guitare n'était pas encore à la mode. J'ai cavalé dans tout Paris pour trouver un micro, une sonorisation, chez Boyer qui a confectionné un micro de contact. J'étais sans nul doute la première à avoir une guitare sonorisée. Je faisais les cinémas à l'entracte, quelques cabarets... Puis j'abandonne, je me marie, deviens hôtelière. Et ma fille Suzel a pris la relève. Elle suit de solides études musicales, compose, entre à la Sacem à 18 ans. Professeur de chant, maîtrise et licence musicologie, elle donne des concerts classique et jazz sa passion. Elle chante aussi, elle vient de sortir son premier CD, "Est-ce bien raisonnable ?". France 3 lui a consacré un reportage sur son travail, il y a peu de temps. Et la vie continue, de mère en fille. 

Linette continue le métier et se produit dans des concerts ou récitals. EIIe raconte sa vie et ses voyages. Seule à vélo, elle a traversé de nombreux pays : Angleterre, Irlande, Roumanie, Inde (où elle fut reçue par madame Gandhi), Pakistan, etc. Ces dernières années, ce fut la Russie, la Biélorussie. EIIe vient de revenir d'un long périple en Russie, toujours en vélo. Elle se trouve à nouveau en France, toujours prête nous conter à nouveau sa vie, Ia vie des soeurs musiciennes.


Propos recueilli par Henri Cordier
Article paru dans Accordéon & accordéonistes N°14 de Novembre 2002




En complément, 4 partitions extraites de ma collection



Deux compositions des sœurs Masso, éditées par Eden à Lille, vers 1950
André Bellengé était journaliste à Nord-France


Valse des Papillons de Maison-Emery
le grand succès de Mlle Aline Dalmasso

Parfum d'Aventure de V. Marceau
à Mlle A. Dalmasso, virtuose accordéoniste



D'autres photos d'orchestres d'accordéon ICI


mercredi 18 décembre 2019

Tradonord, c'est fini





mais il a déménagé !




Créée en avril 2002 la liste de diffusion "YahooGroupe" Tradonord a été supprimée par Yahoo, avec ses archives. Les messages sont toujours transmis aux membres, mais ne sont lisibles en ligne. Après une intense activité pendant les cinq premières années, la fréquence des messages, de diffusion d'informations et de discussion, s'est progressivement estompée, vaincue par les "réseaux sociaux" qui favorisent l'individualisme. Dommage…

Depuis le 16 décembre il n'y plus de message distribué aux membres, le groupe s'est reformé sur la plate forme Google Groupe, à bientôt !


jeudi 5 décembre 2019

Premières pages patoises, par Alfred Demont

C'est la première publication du folkloriste Saint-Polois, parue en 1906, imprimée par l'Abeille de la Ternoise, elle est absente des collections de la BNF.
Ce recueil contient des extraits de chansons en patois, huit chansons complètes et surtout des informations précieuses sur les chansonniers de Saint Pol sur Ternoise et alentours.

collection personnelle
On y trouve la mention d'une chanson de Boulogne sur Mer, Un concert à nou villache, de Seillier (inconnu de mes fichiers). La chanson des Cordonniers Saint Polois (anonyme) et un extrait de la Chanson de la Confrérie des St Roch (corporation des croque-morts), Une journée du carnaval de St Pol, de Pierre Milon (1793-1864) chansonnier mais aussi greffier du tribunal civil de St Pol qui a également écrit les paroles du Carnaval de St Pol en 1831.
Puis Demont nous présente Parfait Gosse (1777-1852), menuisier, et le docteur Bruno Danvin (1808-1868). Ensuite on apprend quelques anecdotes sur la vie de Jules Godard (1835-1864), chansonnier, ménétrier et rempailleur de chaises, Alfred Demont nous donne sa meilleure chanson qu'il a pu collecter en cette fin de siècle : Ech neu ménage. Joseph Foubert (1815-1887), cordonnier à St Pol, a composé de nombreuses chansons satiriques dont il ne reste hélas que "des bribes sans intérêt". Puis il aborde ses contemporains, avec Edmond Edmont (1848-1926), maire de St Pol sur Ternoise et Léopold Preux (1868-1942)  principal du collège de St Pol. Alfred élargit son territoire de recherche à Avesnes le Comte avec Léon Vahé, clerc de notaire, auteur de la fameuse Chanson d'Avesnes et Octave Ducatel (1873-1964), cordonnier à Frévent, auteur de La grève des tisserands en 1904.
Enfin Alfred nous donne le texte intégral de 8 chansons dont il est l'auteur :
- Ché canteux d'saint-Pô, air : Le Carnaval de Saint Pol
- El Ducasse ed Saint-Pô, air : L'Habit d' min viu Grand-Père de Desrousseaux
- Canchon d'Mariage, air : Embrasse-moi Ninette
- Ramonache et Ramoneux, air : Viens Poupoule
- Pour êt' Bougeoè, air à faire
- Calaudages et Buresses, air : Les deux Gendarmes de Nadaud
- Chés Saint-Poloises, air : Voilà la Parisienne
- Dins l' Cuin d' min Fu, musique de M. Lagniez

Il termine son recueil avec 6 poésies et une saynète (disponibles sur demande)

Christian Declerck, 5 décembre 2019



dimanche 20 octobre 2019

L'cat dins l'horloche

prochaine représentation
à Ghyvelde
salle des fêtes Roland Hazsebaert
vendredi 22 novembre à 20h

« Il était une fois des Alphonse et des Zulma. »
« Le Théâtre de la Coquille » vous invite à vous plonger ou replonger dans l’univers de Simons à travers la présentation de nouveaux sketches du « Cat dins l’horloche » :
Lors de leur premier spectacle, Christian Desmulier et Lysiane Degand avaient proposé au public d’assister à l’évolution sur une quarantaine d’années d’un même couple depuis leur mariage et ce, dans leur quotidien.
Cette fois-ci, accompagnés par Alain Westeel et Maryse Desouter, ils vous présentent différents couples dans une succession de sketches que Simons a écrits dans un souci d’amusement. On rit bien sûr, mais on éprouve aussi une immense tendresse devant l’univers de ces gens humbles et simples.

(entrée 6€ au profit du CCAS)


********
à Téteghem
salle Itsweire
à 20h





*****



organisé par l'association Cont'envol



Dans le cadre des journées du Patrimoine
dimanche 16 septembre 2018, à 15h30
rue Julien Platel, Ghyvelde
entrée gratuite




des extraits de  L'cat dins l'horloche
de Léopold SIMONS

Alphonse : Christian DESMULIER
Zulma : Lysiane DEGAND

l'accordéoniste : Elodie LAMIRAND-MER






Christian Desmulier et Lysiane Degand reprennent 6 sketches de Simons, dans le cadre des journées du patrimoine.
Les plus anciens auront plaisir à retrouver les péripéties d'Alphonse et Zulma qui firent les beaux jours de la radio, du cinéma et de la télévision pendant près de 30 ans.
Les plus jeunes pourront découvrir le quotidien de ce couple dont les préoccupations, les chamailleries et les sentiments sont encore de nos jours, tellement actuels !
Il faut dire que ce patois lillois, autrefois parlé par les gens de milieu modeste qu'on qualifiait à tort de "petites gens" coule dans les veines de Christian (né à Billy-Montigny) et dans celles de Lysiane (née à Lille, dans le quartier où a vécu Simons).
Grâce à Simons, nous retrouvons cette langue de notre enfance, drôle, émouvante, imagée qui, malheureusement, a tendance à disparaître ... ou à être tellement caricaturée qu'elle finit par devenir ridicule et perdre toute sa saveur.



******

L'cat en tournée…

le vendredi 21 septembre à 20h
salle des fêtes d'Hucquelier




*****
le lundi 8 octobre dans l'après midi
à Cappelle la Grande
dans le cadre de la Semaine Bleue

réservé aux personnes du 3e âge de la commune

*****

dans le cadre du Festival de théâtre amateur Thé'Adra
le samedi 17 novembre
Maison de quartier du Méridien
3 rue de Cambrai
Dunkerque-Malo les Bains
à  18h30





*****

et d'autres dates en préparation


mercredi 16 octobre 2019

Julien GRIMONPREZ (1843-1905) chansonnier


Julien Grimonprez est né à Lille, 7 cour Deldeuille (rue Négrier), fils de Charles (menuisier) et Sophie Jolente (couturière) tous les deux originaires de Lille. Il est tour à tour serrurier, cordonnier, employé et enfin, vers 1880, il reprend l'ancienne auberge de l'Epi de Blé 11 rue du Marché aux Bêtes (près de la Halle aux Sucres), il en fait un estaminet à l'enseigne A Brûle Maison. Il épouse Stéphanie Longy en 1872, ils auront deux enfants : Julienne en 1869, et Eugène en 1872 qui meurt deux ans après son père. 


[…] Autre amuseur, Julien Grimonprez, d'une force comique incontestable, dans ses comédies d'abord, dans ses études de mœurs, de vrais tableaux lillois, et dans ses chansons telles que « L'mouque dins l'huile » ou « Les Marchands à l'étiquette » qui sont d'une actualité surprenante. Les marchands avaient été mis dans l'obligation d'afficher les prix : Le marchand de lait
[…] Qui n'vindot que d'l'iau d'Emmerin 
On va li coller sur ses ferniettes 
D'z'étiquett' qui front rir' les passants.
Parfois sa gaîté se tempère d'une note sentimentale, à la manière de Desrousseaux, par exemple dans « Les Rêves d'une mère ». Tandis qu'elle endort bébé, la maman rêve qu'il sera un « grand personnage » :
In attindant, dins tin cadot
Grand personnage faut faire dodo.
Peut-être sera-t-il un grand acteur ; un tambour-major ; pourquoi pas un général ?
Général ! à m' mote que j 'déroche
In t'promettant pu d'bure que d'pain.
[…]
Tin père a bien vi sans blasons 
Et tout comm' li si t'aime à rire, 
Te nous f'ras aussi des canchons. 
In attindant, dins tin cadot, 
Faijeus d'canchons, faut fair' dodo. (1)

Julien meurt le 16 février 1905, Le Grand Echo du Nord publie cette nécrologie : Modeste autant que fécond, le chansonnier avait quinze ans lorsqu'il composa sa première chanson. Ses productions sont nombreuses et il fit notamment beaucoup de pièces de théâtre qui eurent du succès et sont de petites études de mœurs. Il y a huit jours qu'il terminait sa dernière œuvre : L'Mardi Gras, qui devait être jouée le 12 mars par les Sans Souci.
Membre des Fils des Trouvères, président d'honneur de la chorale Les Lièvres, président d'honneur des Fous Réunis de la Madeleine, vice-président d'honneur des Sans Souci, vice-président d'honneur des Infants de l'Vaclette, Julien Grimonprez laissera dans toutes ces sociétés un souvenir de bonté, d'esprit, de dévouement et de gaité.

La même année une souscription est ouverte en vue de l'érection d'un monument sur la tombe du chansonnier. Le comité se compose de MM. Henri Fournier, chansonnier, président ; Joseph Hollain, imprimeur du journal La Vaclette, vice-président ; Alfred Henno, chansonnier, secrétaire ;  Arthur Courouble, trésorier ; de MM. Gustave Het, Auguste Labbe, Henri Tanche, Félicien Drumez, Isidore Mareels, Jules Delory et Léon Vandermeersch, patoisants, etc., le siège est installé à l'estaminet Brûle Maison, 11 rue du Marché aux Bêtes. Le conseil municipal accorde gratuitement la concession du terrain à perpétuité. Le sculpteur Géry Déchin et l'architecte Désiré Ghesquier, ont exécuté gracieusement, l'un, le buste, l'autre, les plans du monument qui est inauguré le dimanche 28 avril 1907 au cimetière de l'Est.

Ce recueil publié en 1882,  appartenant à la Bibliothèque de Lille, a été numérisé par l'Université de Lille, mais n'est pas accessible en recherche plein texte. J'ai créé cette page avec un accès direct à chaque chanson et aux airs nouveaux présents à la fin du recueil. Si les titres sont en français, les paroles sont toutes en patois lillois. Les airs nouveaux, signés L. Grimonprez, ont probablement été composés par son frère Louis (1852-1913).


Préface 

Le nouveau Cercle des Travailleurs, qui dans ses réunions, pense, chante et rit, a cru trouver dans l'un de ses membres ouvriers, un élève distingué à notre éminent Desrousseaux. Il a décidé à l'unanimité, que les chansons de Julien Grimonprez devaient être publiées. Les commissaires qu'a nommés à cet effet l'Assemblée générale, ont été heureux d'accomplir leur devoir.
Lillois, concitoyens, quand dans notre Cercle de la rue St-Sébastien, nous rirons, penserons et chanterons, ouvrez ce modeste livre que nous avons fait imprimer, pensez, riez et chantez avec nous.

Le secrétaire de la Commission
Eugène Wantier

source


Table

- Bastenaire le rupin
   air : Vive la crinoline (Desrousseaux)
- Carte à Payer (la)
   air du Café (Desrousseaux)
- Dégrèvement de la chicorée (le)
   air : du Vieux fripier (Desrousseaux)
- Drôle d'algarade (une)
   air : Les Pompiers de Nanterre
- Drôle de banquet (un)
   air : Un homme né coiffé (Desrousseaux)
- Entrée de maison (l') scène lilloise
   air nouveau
- Farce du carnaval (une)
   air : si j'étos garchon (Desrousseaux)
- Femme à deux têtes (la)
   air : Le tour de Lille en 80 secondes
- Graineuse (la)
  air : Ah ! qu'ch'est sot d'ette amoureux
- Guinguette du Canon-d'Or (la)
   air nouveau
- Histoire de l'homme-chien
   air de Mirtyl (Desrousseaux)
- Jamais de chance
   air du Marqué à z"ojeaux
- Jupiter et les poètes de Lille
   air de Jupiter et les poètes ou de la Petite Margot
- Lettre d'un mobilisé lillois, prisonnier à Coblenz
   air du Siège de Paris
- Lille-Artiste
   air nouveau
- Loterie nationale (la)
   air des Turlututus
- Marchand de guimauve (le)
   air de Madame Angot [Marchande de poisson]
- Marchands à l'étiquette (les)
   air de Violette (Desrousseaux)
- Marché aux oiseaux (le)
   air nouveau
- Marionnette
   Air : Le jeu du hasard
- Médecin d'herbes (le)
   air : On peut lever La La…
- Mouche dans l'huille (une)
   air du Graissier (Desrousseaux)
- Obole des écoles laïque (l')
   air nouveau
- Petit marchand de pétrole (le)
   air : Le bijou chéri
- Pourquoi que je suis républicain
   air nouveau
- Premier locataire (un)
   air du Sergent de cœur (Desrousseaux)
- Réserviste malheureux (un)
   air de la Comète de 57 (Desrousseaux)
- Rêves d'une mère (les)
   air connu
- Soldat content (un)
   air de l'Planète (Desrousseaux)
- Suppression des tambours (la)
   air : Joli tambour plein de zèle
- Tour de Lille en 80 secondes
   air nouveau
- Tour du monde en 80 jours
   air du Petit-Price (Desrousseaux)
- Visite au jardin zoologique
    air : Déguisé in pierrot j'arrive au Casino
- Vrai comique (un)
   air nouveau


*****

Gallica nous propose une trentaine de chansons en patois de Julien Grimonprez

Elles sont ici