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mercredi 6 mai 2026

Pépino, chanteur des rues

mise en ligne le 3/12/2010
mise à jour le 12/11/2023 : ajout d'un placard bilingue
mise à jour le 12/12/2025 : ajour d'un feuillet 1939 
mise à jour le 6/5/2026 : ajout d'un placard 1930 


Thomas Joseph BARAS, dit Pepino, né à Wavre (Belgique)
merci à la Bibliothèque Municipale de Valenciennes
qui m'a aidé à découvrir celui qui se cachait derrière ce pseudonyme.


collection personnelle

Fils de Jacques, cordonnier, né à Wavre et Marie Josèphe Wanesse, il est né le 2 décembre 1881 dans le quartier de la Basse Wavre.

Les nombreux petits formats que l’on retrouve dans la région sont le témoignage de l’intense activité de ce chanteur ambulant. Quelques uns, provenant de Belgique - imprimés à Namur, Bruxelles ou Charleroi - semblent être antérieurs à son séjour dans la région.
Il s’installe à Valenciennes vers 1926 où il réside à cinq adresses différentes : rue Derrière la Tour, rue Gustave Crauk, cité Lebrun, avenue Sénateur Girard et boulevard Froissard. En 1928 il est à Béthune.

collection personnelle

Ses publications des années 1926/28 ne diffèrent pas de celles des autres chanteurs ambulants, les chansons sentimentales dominent ; il se fait une spécialité de chansons sur les belles-mères qui sont un vrai succès - plus d’un million d’exemplaires vendus affirme-t-il dans sa publicité - et, comme pour ses confrères, l’actualité est aussi une source d’inspiration : il a écrit des chansons sur le crime de Bohain, une octogénaire assassinée le 15 décembre 1926 et sur l’exécution de Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti le 23 août 1927. En 1931 il écrit une chanson sur la catastrophe du Saint-Philibert.

Collection personnelle

C'est peut-être lui que l'on retrouve quelques années plus tard à Paris où il chante et danse dans la revue du Casino de Paris La Joie de Paris avec la chanteuse et danseuse Gavel et surtout aux côtés de Joséphine Baker qui menait cette revue créée en 1932.


collection personnelle

On sait également qu’il a collaboré quelques temps avec l’accordéoniste et compositrice Paula Chabran (Marseille 24/10/1892 - Moissac 7/05/1981) pour qui il a écrit de nombreuses chansons dont le grand succès Madïana.

Paula Chabran et Charlys, son second auteur
collection personnelle

Un placard de chansons imprimé à La Louvière (B) chez Charlier-Wery, trouvé récemment, nous apprend qu'il exerçait toujours son métier au début de la seconde guerre mondiale.



Ces chansons étaient reprises et vendues par d'autres chanteurs ambulant comme ici à Lille vers 1910 à la Braderie
source : Le Nord Illustré


Listes de ses chansons
source : collection personnelle

À la mémoire de l'abbé Lemire (collection maison de l'Abbé Lemire, Hazebrouck)
Ah ! c' que j' voudrais être coq !
Ah ! les belles-mères !, air : Ah ! les grandes femmes
Ah ! les femmes d'aujourd'hui ! charles ton comique, paroles et musique de Pépino

Ah ! les fermiers, air : l'Amour est passé près de vous
Ah ! Nana !, sur un motif de l'opérette "La haut"
Amour ne dure qu'un temps (l'), air : Reviens
A Naples la jolie, fox-trot chanté,  air : Venise la jolie 
Au secours des enfants des villes, air : On n'a pas tous les jours vingt ans
Baisers d’une maman (les), air : Riquita
Bas de soie (les), air : Naïdja
Beaux Serments d'amour (les)
Belle-maman danse le charleston, air : Olga Olga
Belles mères (les), air : Le trompette en bois
Bengala, oriental fox-trot, paroles et musique de Pépino
Ca fait pleurer les mamans, air : Une chanson dans la nuit
Ça fait pleurer les pauvres mères, chanson humanitaire, créée par Gilberte Ballas, air L'étoile du marin 
Calvaire du mineur (le), air : La valse d'amour de Ch. Babin, paroles de Pépino et Gilberte Ballas (1930)
Ca va mal tout augmente ! air : Y a des loups
Calcutta, air : Bilbao
Gutenberg
Caroline de mange pas ça !
Ce sont des gueux !..., air : Dolorita
Célèbre fox-trot du baiser (le), air : les baisers
Célina, air connu, canchon in patois
Chochote
Deux mineurs égorgés dans la région de Lens, air : Si tu savais combien je t'aime (novembre 1927) collection Raymond Pouly, publiée dans Gauheria n°61
Devant les héros, air : La terre a parlé
Dis papa ?, air : Viens Maman
Djellaiah

Du talc dans la farine, air : Le temps des Cerises
Elle avait un p'tit grain de beauté, air : Elle avait une robe à carreau
En dansant le fox-trot, air : Tout en dansant le fox-trot
En dansant le Shimmy, air : Venez danser le Shimmy
Femmes et les fleurs (les), air : Les fleurs que nous aimons
Feummes d'ach'teur et leu pauv's hommes (les), air : Elle danse le charleston
Folie du jass-band (la)


collection personnelle

Une guérison qui tombe mal, air : Musique de chambre
Homme est un polichinelle (l'), air : Polichinelle
Horrible crime de Bohain, air : Y a des loups

Horrible tragédie de Saint-Thégonnec, air : Une chanson dans la nuit
I n' faut pas s'in faire su c' monde-ci, air : Elle avait une robe à carreau
Il a toudi s' bâton dins s' main, air : Sa p'tite valise à la main
Il faut payer, M'ssieurs les Prussiens !, air : Mam'zelle la Victoire
Il rigolait comme une baleine, musique de Pépino
J’ai enn’ femme qui s’ fout d’ mi !, air : très connu

J'aime mieux ça, air : Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine
J'ai rêvé une nuit, air : J'ai rêvé d'une fleur
Je n'ai qu'une maman
J'os' pas faire ça !, air : Olga Olga
L'amour, le mariage et l'divorce !, air : Noir et bleu
Ma belle gosse, air : O viens, ma gosse
Madame, n'allez plus chez l' guérisseur !
Madïana
Mais voilà ce n'est pas encore la mode, air : Gitana
Maman n'veut pas !, air : Lune d'amour
Manolita

Le marché noir, air : Le plus beau tango du monde


collection personnelle

Marche des cocus (la), air : La Marche des Poilus
Marguerite, air : Arthémise
Maria ! Maria !, air : Olga ! Olga !
Le mineur est un héros, air : L'amour est passé près de vous

Moi j'ai une belle mère !, air : en plus petit
Mon p'tit, air : Du gris
Mon p'tit gars, air : Miralda
Ne pleure plus maman, chanson vécue, air : La valse d'amour 
Nos "honnêtes" cultivateurs, air : l'amour est passé près de chez vous
Much' tes guampes, Clémentine !, air : Valentine
N' vous mariez pas !
Naufrage du St-Philibert (le), air : Une Simple Poupée
Ne pleures pas, petit' maman, air : Sur le trottoir

N'oubliez pas nos captifs, air : Au bal de l'Amour
On n's'en fait pas !, air : avec le sourire
On s'fout d'nous
Ouïe ouïe ouïe, y a plus d'houille, air : Au-delà des nuages
Oui, mais... elle danse le charleston !, air : C’est si gentil, les hommes
Pensons à nos prisonniers, air : Au bal de l'Amour
P'tit's femmes de Valenciennes (les), air : Sur les bords de l'Atlantique
Petite maman que je t'aime, air : Dis-moi pourquoi je t'aime
Petite maman si tu savais ...
Petite mère chérie ...
Portrait d'une maman (le), air : Si tu savais combien je t'aime
Pour mon gosse, air : A Sorrente un soir
Pour plaire à Mélanie, air : L' jolie loucheuse
Pourquoi m'avoir tué mon homme ?, lettre de Mme Sacco au gouverneur Fuller air : Si tu savais combien je t'aime
Quelle misère ! quel bazar !, air : Bel ami

Qu'elle sale invention, les belles-mères ! [sic], air : Le trompette en bois
Quand ej' vos passer Maria, air : Soleil marocain
Quand le printemps chante, sur des motifs d'un fox-trot célèbre, musique de Pépino
Quand les roses sont mortes
Quelle misère ! quel bazart !!, air : Bel ami
Rendez-moi mon papa, air : Au-delà des nuages
Repentir, air : Souvenir
Rien à faire em' maman n' veut point, air : Boudou ba da bou
Reviens ... petite Mimi
Si té voulos dév'nir em' bonne amie !
Supplication, air : Primerose
Sur un air de black-bottom, musique de Pépino
Swing et Zazou !, air : Le chapeau de Zozo
Une Guérison qui tombe mal, air : Musique de Chambre
Valse des trottins (la)
Valsez ! trottins légers
Viens Nénette, air : Mimosette
Y a d' la baisse !, air : Y a trois filles à Saint Quentin


*******

Plusieurs feuilles volantes imprimées en Belgique sont conservées à l'Institut d'Histoire Ouvrière Economique et Sociale, voici le relevé des titres :

La Louvière : Impr. L. Charlier-Wery, les succès du jour de la revue jouée par Pépino et Berthe Ballas, les célèbres duettistes belges
- N'vous mariez pas ! / paroles de Pépino ; air : Faites-ça pour moi 
- L'amour au revolver / paroles de Pépino et Gilberte Ballas ; air : Tant qu'il y aura des coqs 
- Le portrait de maman / paroles de Pépino ; air : Si tu savais combien je t'aime
- Les oiseaux de nuit / paroles de Pépino et G. Ballas ; air : Gigolette-fox
- À Naples la jolie ! / paroles de Pépino ; air : Venise la jolie" ; 
- Bengala / paroles et musique de Pépino" ; 
- Ma Rose chérie / paroles de Pépino ; air : Ma Rose Marie 
- Ca fait pleurer les pauvres mères / paroles de Pépino ; air : L'étoile du matin
- Pour mon gosse / paroles de Pépino ; air : À Sorrente, un soir
- Carmencita / paroles de Pépino ; air : Alleluia
- Ah ! les femmes d'aujourd'hui / paroles et musique de Pépino
- Le charleston / paroles de Pépino ; air : C'est si gentil les hommes
- Les baisers d'une maman / paroles de Pépino ; air : Riquita
- C'est toujours l'ouvrier qui paye ! / paroles de Pépino ; air : Mon Paris

La Louvière : Impr. L. Charlier-Wery 
- L'horrible catastrophe d'Estinnes-au-Val ou Le coup de grisou d'Estinnes-au-Val / paroles de Pépino ; air : Nuit de Rio
- C'est toujours l'ouvrier qui paye ! / paroles de Pépino ; air : Mon Paris
- En dansant l'black-bottom / paroles de Pépino ; air : Elle a mis son smoking
- Sous le soleil du Maroc / paroles de Pépino
- Le charleston / paroles de Pépino
- Ton Paris / paroles de Pépino
- Mona delza / paroles de Pépino ; air : Primavera
- Gloire à Lindbergh / paroles de Pépino ; air : Mon Paris
- L'exilé et l'hirondelle ou Les deux amis / paroles de Pépino ; paroles et musique H. Simoens
- Nungesser : la fin d'un beau rêve / paroles de Pépino ; air : Rien qu'une nuit
- J'ai l'béguin pour Séraphine / paroles de Pépino ; air : Barcelona
- Les baisers d'une maman / paroles de Pépino ; air : Riquita
- C'est pour toi / paroles de Pépino ; air : Souviens-toi
- Marizita / paroles de Pépino ; air : Marquita

Sans lieu,  sans date
- Le Calvaire du Mineur / paroles de Pépino ; air : La valse d'amour
- Pardonne et souris-moi ! / paroles de Pépino ; musique de Omer Lambillotte
- Quand vient la vieillesse / paroles de Pépino ; air : Le temps des cerises
- Vive l'Exposition ! : Liège 1939 / paroles de Pépino ; air : Viva Mussolini
- La Détresse des chômeurs / paroles de Pépino ; air : Plaisir des bois
- L'image chère / paroles de Pépino ; air : Si tu savais combien je t'aime
- Sois heureuse petite mère ! / paroles de Pépino ; air : La valse d'amour
- Gosse de misère / paroles de Pépino

Charleroi (18, av. de Waterloo) : Impr. Édouard François
- En parlant l'anglais ou Englisch cocufing ? / paroles de Pépino ; air La Baya
- Tous en grève / paroles de Pépino ; air La marche des hommes bleus
- Comme au temps des All'mands / paroles de Pépino ; air Reviens vers le bonheur

Liège : [Maison Joseph Halleux]
- Les femmes et la mode / chanson satirique de Pépino ; air : Celle que j'aime est parmi vous
- Ah ! les Belles-mères !" / paroles de Pépino ; air : Al ! les grandes femmes
- Maman n'veut pas ! / chansonnette de Pépino ; air : Lune d'amour

La Louvière : Impr. L. Charlier-Wery, les gais refrains de Pépino
- Du talc dans la farine / air : Le temps des cerises
- Au secours des enfants des villes / air : On n'a pas tous les jours vingt ans
- N'oublions pas nos captifs / air : Au bal de l'amour
- Ah ! les fermiers / air : L'amour est passé près de vous
- Une guérison qui tombe mal / air : Musique de chambre
- Quelle misère ! Quel bazar ! / air : Bel ami
- Swing et zazou / air : Le chapeau de Zozo
- J'aime mieux ça / air : Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine
- Rendez-moi mon papa : lettre au bon Dieu d'un enfant dont le père est mort au champ d'honneur / air : Au-delà des nuages
- Le mineur est un héros / air : L'amour est passé près de vous

La Louvière : Impr. L. Charlier-Wery les derniers succès de Pépino
- Dans la rue des radis / paroles de Pépino ; air : Sous les ponts de Paris
- Le marché noir / paroles de Pépino ; air : Le plus beau tango du monde
- Les plaisirs du ravitaillement / paroles de Pépino ; air : L'amour est passé près de vous
- Au secours des enfants des villes / paroles de Pépino ; air : On n'a pas tous les jours vingt ans
- N'oublions pas nos captifs / paroles de Pépino ; air : Au bal de l'amour
- Ah ! les fermiers / paroles de Pépino ; air : L'amour est passé près de vous
- Une guérison qui tombe mal ! / paroles de Pépino ; air : Musique de chambre
- Quelle misère ! Quel bazar ! / paroles de Pépino ; air : Bel ami
- Swing et zazou / paroles de Pépino ; air : Le chapeau de Zozo
- Rendez-moi mon papa : lettre au bon Dieu d'un enfant dont le père est mort au champ d'honneur / paroles de Pépino ; air : Au-delà des nuages
- Le mineur est un héros / paroles de Pépino ; air : L'amour est passé près de vous

La Louvière : Impr. L. Charlier-Wery, les dernières créations de Pépino
- Ouïe, ouïe, ouïe, y a plus d'houille / paroles de Pépino ; air : Au-delà des nuages
- Pensons à nos prisonniers / paroles de Pépino ; air : Au bal de l'amour
- Nos "honnêtes" cultivateurs / paroles de Pépino ; air : L'amour est passé près de vous
- J'ai rêvé... une nuit / paroles de Pépino ; air : J'ai rêvé d'une fleur
- Une guérison qui tombe mal ! / paroles de Pépino ; air : Musique de chambre
- Quelle misère ! Quel bazar ! / paroles de Pépino ; air : Bel ami
- Rendez-moi mon papa : lettre au bon Dieu d'un enfant dont le père est mort au champ d'honneur / paroles de Pépino ; air : Au-delà des nuages
- Le mineur est un héros / paroles de Pépino ; air : L'amour est passé près de vous
- Le calvaire du mineur / paroles de Pépino ; air : La valse d'amour
- J'aime mieux ça / paroles de Pépino ; air : Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine
 
 
 
******* 
 

Collection association Ritournelles et Manivelles, merci à Arnaud pour le partage, 
 
une autre version datée de 1930 par cette chanson sur la première catastrophe de Marcinelle partagée par Anaud, même collection. 
 
 
 

Bruxelles (64, rue des Capucins) : Maison Florent Fiocchi
- L'enfant du chômeur / paroles et musique de Pépino" 

+ même éditeur, collection association Ritournelles et Manivelles, merci à Arnaud pour le partage et Jean-François "Maxou" Heintzen pour le lien
C'est un enfant d'Espagne, chanson humanitaire / Een Kind uit Spanje, air : l'amour a passé près de vous
- L'empoisonneuse de Liège / De Gifmengster van Luik, air : Bohémienne aux grand yeux noirs

Nouvelle adresse : Braine Lalleud, chaussée d'Alsemberg, avec Lyda HUBER
Les chansons du poilu français 
- La ligne Maginot, air La Madelon
- Staline a bouffé tout l'gâteau !, air L'amour a passé près de vous
- Varsovie la martyre !, air Bohémienne aux grands yeux noirs, paroles du Sergent Polart
collection association Ritournelles et Manivelles, merci à Arnaud pour le partage 
 
 

mardi 30 décembre 2025

Bertal, chanteur lillois

mise en ligne le 26/11/2017
mise à jour le 30/12/2025 : ajout d'un texte de Simons
 
toutes les illustrations
collection personnelle


Albert Demeulemeester, dit Bertal, est né à Lille le 27 mars 1897, dans la cour Decaluwé, située rue Mercier (à gauche, plan de Lille de 1898, source Gallica). Fils de Jules, vitrier né à Tournai et de Philomène ALEXANDRE originaire du Pas de Calais. Orphelin à 16 ans, on ne connait rien de sa jeunesse. Lors de sa conscription il est déjà artiste lyrique. Exempté de service militaire pour cause de bronchite, il se marie en 1918 avec Rosine MALAISSE, une belge de 21 ans son aînée. La presse commence à se faire écho de ses prestations d'artiste à la fin des années 1920. En 1929, lors d'un séjour à Petit Fort Philippe en compagnie de Léopold Simons, leurs épouses sont allées prendre un bain de mer, la marée montante emporte rapidement les deux femmes qui ne savent pas nager. Elles sont ramenées sur le sable par un passant, mais Mme Bertal ne pourra pas être ranimée. Le chanteur ne remariera pas, il se consacre à sa carrière et devient LE chanteur populaire lillois, interprète favori de Simons, Auguste Labbe et Pierre Manaut. C'est lui qui chante à Radio PTT Nord les succès que tous les lillois connaissent encore : Elle s'appelle Françoise, Si j'avos su j'aros resté garchon, Les camanettes, etc. A la fin des années 1930 il créé l'agence d'affaires artistiques Nord-Spectacles qui favorisera la carrière de nombreux artistes régionaux. Il décède subitement le 14 mars 1960, il a 62 ans, on annonçait son prochain spectacle à Marcq en Barœul à la salle Doumer le 20.


sources : Nord Matin et Voix du Nord
(Médiathèque Jean Lévy, Lille)


Simons publie la même année ces deux 45 tours, la réédition d'enregistrements des années 1930 de son ami Bertal.



Sur un disque de Bertal. — […] Une biographie fidèle de Bertal le restituerait infiniment moins que les quelques chansons qu'il avait amoureusement choisies. Bertal chanta. Voilà toute sa vie résumée en deux mots. Et il chanta à sa manière ; en marge, pourrait-on dire, de la mode. Par là, il créa un style qui ne devait rien à personne : le genre Bertal. Et cela est si vrai qu'il serait impossible de reprendre une de ses créations sans conserver l'empreinte qu'il y avait mise.
Bertal n'est plus. Et pourtant, grâce à ce disque, il restera dans nos mémoires tel qu'en son vivant : joyeux, gentil et chantant.   Simons
au verso des pochettes des disques

******
Le 26 mars 1960, son ami Simons lui rend hommage sur Radio Lille, dans son émission Acoutez l'Vaclette. Il évoque leur première rencontre pendant la guerre et les débuts de Bertal (merci à Yves Ledun pour le partage de ce document de la main de Simons).
Voici un extrait :
Je fis connaissance d’Albert (car entre nous, nous ne l’appelions pas Bertal) en 17, dans un café qui existe encore : à l’Alliance, 14 rue d’Arras. C’était pendant l’occupation. Il y avait derrière ce café, une petite salle avec une scène, et des jeunes gens y organisaient des concerts… disons clandestins - car les Allemands ne permettaient pas ces sortes de réunions. Il y avait là Marceau, Bibos, Rodolphe, Lucienne Valdor, Marcello et Bertal, parmi d’autres pour qui la carrière s’est arrêtée là. Je me rappelle, Albert était l’organisateur de ces programmes qui se déroulaient devant un public plus ou moins interlope dans lequel se cachaient des réfractaires, des brassards rouges en rupture de camp, des fraudeurs.
Bibos chantait des chansons dramatiques avec sa belle voix de basse. Sa veine comique lui vint plus tard. Marceau accompagnait à l’accordéon ; je m’essayai dans des chansonnettes et Bertal faisait le diseur. Son répertoire allait de Mayol à Dalbret en passant par Fragson (avec quelques tentatives vers Bérard).
Il était effroyablement maigre - plus que nous tous qui n’étions pourtant pas gros. Il avait déjà la jolie voix de ténor léger, que vous lui avez peut-être entendue, mais elle avait alors une fraîcheur, une douceur de voix d’enfant envoûtante. il affectionnait déjà les chansons qui parlaient des petits - Les roses blanches viendront plus tard - mais il avait alors une chansonnette de Mayol : « Encore », dans laquelle il mimait un tout petit enfant… c’était adorable.
[…]
Après la guerre donc, Bertal se remit à chanter. C’était sa vie. Nous avions formé alors une petite compagnie qui donnait des spectacles de music-hall auquel vinrent s’adjoindre René Rucart, Arlette Rucart, ses inséparables amis depuis lors. J’avais écrit pour eux une opérette en un acte avec des musiques de Marceau : JACK
[1931]
Albert tenait le rôle principal jouait alors la comédie avec un certain sens de la fantaisie. Combien de fois par la suite - quand avec Line Dariel, que je rencontrais en 29, je commençais à donner nos premières revues, à l’Alambra, nous donna-t-il la réplique, notamment dans
Zulma au tribunal, où il jouait l’interprète. D’ailleurs ces sketchs en patois lui donnèrent l’idée de mettre à son répertoire des petites chansons lilloises. Et justement (encore un vieux camarade disparu) Auguste Labbe (que l’on appelait César Latulupe) venait d’écrire une excellente chanson patoise sur les vieux airs lillois, arrangés par Absalon, Bertal la créa aussitôt, et, depuis ne la retira jamais de son répertoire. Nous en avons un enregistrement qu’il fit pour Drucbert il y a quelques semaines : Lillos rappelez vous.
 

C’est à ce moment là que la radio commençait sa miraculeuse aventure. Aventure dont on ne conçoit plus très bien aujourd’hui le miracle. Bertal avait senti tout de suite le prestigieux avantage de cette invention, et tout de suite il s’en servit. 
Ce fut alors la grande époque de Bertal. Le music-hall et le café concert étaient rois. Le cinéma ne faisait que balbutier. Le Rexy était encore l’Alhambra ; Le Ritz, le Casino. On jouait des revues qui duraient un mois. Bertal ne savait où donner de la voix. Tous les auteurs et compositeurs du Nord le voulaient comme interprète. Ce fut alors les créations de chansons de Manaut, comme « Les mots croisés » « Dans les lettres » « Elise » « N’laissez pas les enfants » « Quand on est un p’tit gars du Nord » « J’achèterai » (sur les débuts de la loterie nationale) « Une valse de rien du tout » « Tarragone » (dont Marceau avait fait la musique) et surtout « Françoise » L’éditeur de toutes ces chansons était notre ami Robert Solry.
Mais toujours Bertal conservait dans son tour de chant, qui se renouvelait constamment, conservait sa chanson fétiche « Les roses blanches ». Aujourd’hui, cette chanson est évidemment démodée. Le genre en est perdu. La jeunesse aurait une tendance à en sourire. Hé oui, comme on sourira dans 30 ans des chansons d’aujourd’hui - peut-être même plus tôt. Mais il faut bien convenir que Bertal disait cette rengaine avec une telle sincérité - il pleurait en la disant - que cette émotion gagnait le public et c’était avec des larmes qu’on applaudissait finalement. 
Nos chemins avaient un peu bifurqué dans des sens différents. Avec Dariel je jouais mes pièces, Bertal continuait ses concerts. De temps en temps, nous nous retrouvions dans un gala, quand en 36, je fis une chanson pour lui. Il devait la marquer de son style bon garçon, populaire, car quand Bertal avait créé une chanson il était difficile, sinon impossible de l’interpréter autrement. Cette chanson c’était « Les Cris de Lille » […]
  
*****

Le petit quinquin ou L'canchon dormoire, paroles et musique d'Alexandre Desrousseaux (version complète et originale ICI
On a retrouvé la poupée utilisée par Alexandre Desrousseaux lors de ses concerts. Elle était dans les réserves du musée de l'Hopice Comtesse, c'est ICI
VIDEO 


Elle s'appelle Françoise, paroles de Léopold Simons, musique de Marceau Verchueren et Edmond Pellemeulle VIDEO



Les camanettes, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO



L'carette à quiens, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO



Les cris de Lille, paroles de Léopold Simons, musique de Maurice Dehette et Robert Solry,
j'ajoute les paroles originales, car Bertal en a fait une réduction qui nous prive d'un couplet et d'autres cris de métiers. VIDEO

 


L'habit d'min vieux grand-père, paroles et musique d'Alexandre Desrousseaux VIDEO



Quand on est un p'tit gars du Nord, paroles et musique de Pierre Manaut VIDEO



Si j'avos su, j'aros resté garchon, paroles d'Auguste Labbe, musique de Victor Absalon VIDEO





vendredi 26 décembre 2025

Hommage à Auguste Labbe 1972

Encore un grand merci à Yves Ledun pour ce document exceptionnel.

Simons a lu ce discours en 1972, 25 ans ans après la mort du chansonnier, pour l'inauguration (par le maire Augustin LAURENT) du Foyer Social baptisé Foyer Auguste Labbe, devenu plus tard le restaurant du Foyer des Dintellières.

"Il y a 60 ans - en 1912 - pour la première fois je montais sur une scène [Léopold Simons a 12 ans]. C'était dans un concert organisé par l'Amicale Turgot, au Sud ; je levais le rideau avec un monologue que j'avais intitulé : Ma première pipe.
 
Mais ce n'est pas ce qui compte. En seconde partie, il y avait une vedette (on disait alors le grand numéro) et ce grand numéro, c'était César Latulupe ; c'est à dire Auguste Labbe. C'était un monsieur d'une quarantaine d'années, très élégant : redingote au revers fleuri, cravaté de blanc, coiffure et moustaches soignées [photo]. Et ce monsieur distingué chantait des chansons en patois de Lille. Ce fut pour moi une révélation. Dix ans plus tard - en 1922 - je devenais l'ami d'Auguste Labbe, et j'illustrais son premier Arména Drolatique (celui de 23). Et 50 ans plus tard encore, je parle de lui.
 
Ch'étot par un brun soir d'hiver
I' pleuvot, i'n' faijot point clair,
qu'Auguste Labbe est venu au monde, dans une pauvre chambre de la rue des Robleds, au dessus d'un estaminet à l'enseigne du Prophète. C'était le 10 mars 1867.
Vous allez voir, il y a des coïncidences qui sont prophétiques : on est dans le quartier le plus patoisant de Lille.  À tel point que qu'on dit encore : parler l' St. Sauveur. Desrousseaux est né tout à côté, au 120 de la rue St Sauveur. Comme lui, Auguste Labbe habitera dans la cour Jeannette à vaques, et peut-être a-t-il été inscrit par Desrousseaux lui-même qui est employé à l’État Civil depuis quelques temps.
Je sais qu'il est facile de trouver des rapports entre deux personnalités qui ont une même vocation ; mais tout de même, il y a des analogies curieuses. Le père de Desrousseaux était militaire, le père de Labbe était marin, tous deux de carrière. Et puis Alexandre et Auguste… voilà bien deux prénoms qui, en plus de leur initiale, sont curieusement concomitants. Bien sûr, ce ne sont pas ces similitudes qui me font rapprocher les deux chansonniers. Ce serait par trop superficiel ; non, ce sont leurs œuvres que j'unis dans une même admiration. Critère, peut-être aussi subjectif, mais que je vais tâcher de justifier.
D'abord, ils sont contemporains. A. Labbe a écrit le principal de son œuvre avant 14, c'est à dire du temps où le patois était encore une langue usuelle. Bien sûr, on va continuer à le parler mais il s'accordera de moins en moins aux nouveaux modes de vie. Les métiers vont se modifier, et les termes professionnels seront sans objet. Les jeux, les fêtes, les rites, les traditions vont faire place à d'autres pratiques pour lesquelles les anciennes expressions n'auront plus de sens. Alors, très vite, le patois - ou tout au moins son vocabulaire - ne va plus servir qu'à évoquer des faits et gestes périmés, et va tomber, avec eux, dans une sorte de folklore littéraire. Il n'en restera bientôt plus qu'un accent… que beaucoup confondront avec le dialecte… Un accent qui localisera tout au plus un argot sans racines.
Or Auguste Labbe est d'un temps patoisant et même patoiseur. Car non seulement on le parle, mais on le parle beaucoup. Quand le petit Auguste vient au monde, en 67, Louis Vermesse publie son dictionnaire du patois de la Flandre Wallonne. Pierre Legrand a sorti le sien quelque dix ans plus tôt. Desrousseaux vient de publier son quatrième recueil de chansons et pasquilles, etc. Et ça discute, et ça se chamaille ! Ces auteurs, tous philologues très savants s'envoient à travers la presse des lettres passionnées : Vermesse à Pierre Legrand, Pierre Legrand à Desrousseaux, Desrousseaux à Debuire du Buc. On s'en prend à Hécart sur l'élision de l'e muet ; il y a des dissensions sur le genre de séquoi… Emile Gachet et Le Glay ne sont pas d'accord. On réédite les vers patois de Marceline… Bref, le platiau est un sujet en vogue.
Auguste Labbe arrive donc au bon moment. Très tôt - il a 16 ans - il compose sa première chanson : L'rèfe du balyeux. Très vite, il participe à des réunions patoisantes avec Debuire du Buc ; et l'auteur de La Bière et du P'tit Franços lui donne le nom d'un de ses personnages : César Latulupe, que le jeune chansonnier conservera tout sa vie.
J'ai donc connu César (comme ses amis l'appelaient) et je pense qu'à travers lui j'ai connu Desrousseaux ; du moins la connaissance de leurs œuvres réciproques m'incite à le croire. Auguste Labbe était d'un naturel joyeux. C'était un homme - et l'espèce en est devenue rarissime - qui riait de bon cœur, et d'un rire sans dérision. Il était amusé et amuseur. Il avait une perspicacité intuitive qui décelait les défauts, les tares de ses contemporains, les ridicules et les abus d'une société qu'on aurait pu appeler de sommation. Mais il n'a guère le goût pour la polémique. Pour cela, il manque d'aigreur. Il préfère la facétie à la raillerie. Mais son ironie est parfois plus piquante que la critique. Oh ! il ne se prive pas de caricaturer ses concitoyens, mais comme il est plein de mansuétude pour leurs faiblesses, il semble s'attribuer leurs défauts ou leur ridicule, tout simplement en les chansonnant à la première personne. Ainsi s'octroie-t-il les déboires du balyeux de rues. Il est BIBI la Gouape :
J'ai l' cœur aussi blanc qu' les morues
J' vinds des confetti dins les rues.
… Il est le mari bonasse de Lodie :
Mais j'avos pas pus d'six s'maines de ménache
Qu'elle r'tournot déjà tout dins m' mason…
… Il est le soulaud qui supplie Cath'rine de lui servir un dernier verre. Il est l' ma-tante à biêtes qui pleure Finette 
qu'ches capons, ches vauriens ont mis 
Dins l' carette à quiens
Il se fait pluriel pour prendre la défense des ses semblables
Pou' l' mariache d'un gros bonnet
Monsieur l'Maire est toudis prêt 
I' fait l' service d' bonn' grâce
Pou' l' grand' classe
Mais pour nous, vettiez queue vice
Pasc' qu'on roul' point sus les sous
Ch't un adjoint qui fait l' service
Ch'est des ziqu's comm' nous (bis)
Mais je n'en finirais pas de citer ses chansons ; car une autre analogie avec Desrousseaux, c'est sa prodigieuse production. Ses œuvres se comptent par centaines… lui même n'a jamais su les dénombrer.
Une anecdote : un soir, je lui fredonnais :
Comm' l'asticot berloque devant eun' roche
Et ch même pichon s' torteinne devant l' brochet
Faut pas qu' l'un d' nous devant l'iau i' baloche
D'avoir Pêqué un verre au cabaret…
- J'ai déjà entendu cela quelques part, me fit-il. C'est de toi ? 
C'était une chanson qu'il avait faite sur les pêcheurs lillois quelque vingt ans plus tôt.
Il faut dire d'ailleurs qu'il avait cette manie d'agrémenter son tour de chant par des couplets de circonstances, sur le but de la réunion ou à l'occasion d'une présence… - Encore un point commun avec Derrousseaux - et naturellement, cette chanson n'avait de raison et de sens que cette seule fois là.
Pourtant cette facilité ne s'exprimait jamais au détriment de la forme. Il avait surtout le grand mérite de penser en patois (bien qu'il ne le parlât pas en tant qu'Auguste Labbe) et ce, au contraire de certains chansonniers qui traduisaient leurs idées du français au patois, avec beaucoup d'érudition certes, mais sans ces tournures de phrases qui sont l'essentiel, la phonétique, pour ne pas dire la syntaxe du patois authentique, celui qui vient du cœur "tout drot déhors".
Bientôt - en 92 - cette complaisance et cette facilité a créer de la joie vont trouver un terrain propice à se manifester. Avec quelques uns de ses semblables, et notamment Jean Hollain, dit Babenne (un ancien bleuet) typographe et cabaretier, il va créer le premier journal patois de Lille. C'est la Vaclette.
 
Cette Vaclette, symbole de la réunion amicale, va grouper tout ce que Lille possède de chansonniers patoisants : Jouvenet, Grimon-prez, Fournier, Desreumeaux, Drumez, Rohart, Aubert, quelques fois Desrousseaux qui a 72 ans et va décéder bientôt, et Inglebert qui fera l'éloge funèbre de l'auteur du P'tit Quinquin. La rédaction se tient à la buvette de l' Vaclette, 8 rue des Ponts de Comines [puis à l'angle de la rue des Brigittines]. Pour la petite histoire, l'estaminet de Jean Babenne exposait en permanence les choses les plus insolites, des collections de billets de mort, des affiches historiques, un tapis composé par Mme Hollain de 1831 pièces, la clé du cachot de la Bastille etc… Mais on y chantait surtout.
Durant des années, Auguste Labbe va tenir dans cet hebdomadaire, qui a une clientèle importante, la chronique de la semaine qu'il signera de son sobriquet : César Latulupe. Il y publie ses meilleures chansons et, en feuilletons, de ses pièces en un acte. Il est, en même temps, l'animateur de Sociétés chorales qui sont nombreuses à l'époque : Les Sans Soucis, la chorale Lilloise, les Folies Lyriques dont le répertoire est composé exclusivement de ses œuvres, etc. Il est le boute en train des ces soirées chantantes, de ces soirées de conscrits où l'on n'a nul besoin de pick up pour créer l'ambiance, ni de Sono pour susciter la joie. On se la fait soi-même.
Ce qui ajoute encore au talent d'auteur d'Auguste Labbe, ce sont ses dons d'interprète. Le patois étant surtout une langue orale, la diction et l'interprétation sont essentielles. Elles remplacent les subtilités d'une dialectique malgré tout assez rudimentaire. J'ai vu Jules Watteeuw, Jules Mousseron et Auguste Labbe dirent de leurs œuvres. C'étaient de remarquables diseurs. Ils avaient tous les trois cette élocution qui fait que le patois n'est pas un langage burlesque en soi, mais le parler sincère et convenable d'un certain milieu, parler qui peut susciter l'émotion et les larmes autant que le rire.
Auguste Labbe excellait d'ailleurs à tirer des larmes. De ce concert de 1912 dont je vous parlais, je me souviens d'une chanson sur un fait divers de la semaine…
Je n' sus point incore assez grand
Pou' pouvoir ouvrer pou' m' maman…
On pleurait beaucoup dans la salle. 
Oui, Labbe était un parfait comédien qui savait remplacer l'imitation par un simulacre plus vrai que la réalité. On peut d'ailleurs sentir ces dons d'observation dans ses innombrables pièces et vaudevilles : Mon onc' Gendarme, les Jaloux, l'Méd'cin d'Herbes, les Pinchonneux, au Violon, etc. etc.
En 1900, son recueil L'infant de Lille parait. On y trouve : A r'voir Auguste (ti un si bon garchon), les Bords des Elites (ch't un vrai paradis qu'un indrot comme cha), l'Revers de l'médalle, Les Lamintations d'ma-tante à Quiens (qui va devenir l'Carette à Quiens, que Line Dariel et Bertal remettront en vogue une quarantaine d'années plus tard, et Raoul de God. récemment).
Il est allé faire un court séjour à Paris, durant lequel il va figurer dans quelques concerts de chansonniers. Mais, bien qu'on lui prédise là-bas une belle carrière, Lille lui manque et il manque à Lille. Car je crois que, autant que Desrousseaux, il est le poète qui s'est le plus consacré à sa ville natale. Pas un quartier pas une rue, pas un coin qu'il n'ait mis en chansons : St Sauveur, bien sûr, les Dondaines, l'Gardin du réduit, la Deule, pour laquelle il parodie la Garonne de son ami Gustave Nadaud :
Mais la Deule elle a pas voulu -lanturlu-
Sortit eud sin lit sans êt' prop'
l'Madeleine, l' forbou d'Paris, Molins Lille… 
Ch'est là qu'un soir qui queyot d' l'iau
Et qu' j'étos perché jusqu'à m' piau
J'ai perdu chin qu' j'avos d' pus biau
A Molins Lille
etc… etc. Chaque coin a son couplet. Ch'est un vrai capelet.
 
Grand Hebomadaire Illustré
1/3/1914 
Mais Auguste Labbe a le goût de la société, du groupe. En 1905, en compagnie de Fournier, Hollain, Mareels, Tanche, Henno et Het, il fonde le Caveau Lillois qui va réunir, jusque aujourd'hui, tout ce que Lille compte d'amoureux du patois. Ma tâche est délicate, je voudrais bien les nommer tous, mais ils sont trop nombreux. Ce serait un palmarès qui risquerait d'être fastidieux. Je n'en citerai que quelques uns, outre ceux déjà nommés, et qui le connurent en tant que président : Dupont, Menez, Raes, Delacroix, Léonard, François, Flamencourt, Legru, Vanuxem, Leulieux, Piétin, Herreng qui fut, avec Mareels, le gérant de l'nouvielle Vaclette, après la première guerre. Et d'autres, et d'autres qui, avec Gabriel Mylle le président actuel, furent et sont les disciples et les admirateurs d'Auguste Labbe dont ils se sont fait un maître exemplaire.
Je souhaite que, dans trois ans, en 1975, le 70ème anniversaire de la fondation du Caveau Lillois serve de prétexte à de grandes manifestations en l'honneur du patois de Lille et de tous ses chansonniers.
Mais revenons à Auguste Labbe. Sa production permanente et son dévouement ne l'enrichissent pourtant pas, car s'il chante, c'est souvent - pour ne pas dire toujours -  au profit d'œuvres de solidarité et de bienfaisance. Et, il faut bien le dire, l'indigence est plus grande qu'aujourd'hui. "Faire le bien en s'amusant" est sa devise et celle du Caveau. Il est bien placé d'ailleurs pour découvrir les misères à soulager, puisqu'il est inspecteur à l’Assistance Publique, employé municipal comme Desrousseaux.
Cet homme au cœur tendre est pourtant courageux. Ce n'est pas incompatible, au contraire. A 13 ans, il a sauvé un enfant qui se noyait dans la Deule. A 24 ans, il se distingue dans un incendie où il échappe à la mort. L'année suivante - en 92 -  il sauve une jeune fille des mains d'un sadique et, quoique blessé, il le fait arrêter. En 95, il sauve un homme de la noyade. Il arrête des chevaux emballés… Bref il collectionne 13 diplômes. A 33 ans, il est membre de la Société des Sauveteurs du Nord qui le décore pour ses multiples actes de courage. Il est titulaire de la Médaille du Gouvernement.
Durant le guerre de 14-18 - il n'est plus mobilisable -  il aide et cache des soldats français. Arrêté, il est mis en cellule pendant 9 mois, puis dans un camp de prisonniers civils en Allemagne pendant 15 mois. En 1921 il reçoit la croix de guerre avec palme.
 
Il publie alors ses poèmes et chansons écrits sous l'occupation. C'est Les boches à Lille. Il se revanche à sa manière ; mais il faut bien le dire, ce n'est pas son fort. Il est plus à l'aise dans la chanson joyeuse et le vaudeville. Là, il s'en donne à cœur joie. Et c'est Les nouviaux riches qui raconte les mésaventures de, la Dubourdiau "à l'prononciature assez prononcée" qui sera jouée 20 fois au Théâtre. Puis c'est une opérette : L'étrot mousquetaire qui est jouée par le Caveau. Car naturellement tout cela est en patois.
En décembre 22, il sort son Arména drolatique dans lequel on peut lire un pastiche d'Edmond Rostand : Chambrecler, scène in vers juée par un mobilier et des pièches de ménache. Entre autres.
On ne peut parler d'un chansonnier sans donner un échantillon de sa manière. Je voudrais, pour vous reposer un instant de ma prose (si je suis un peu long, c'est de sa faute. Il en a tant fait !) vous dire trois couplets de l'une de ses chansons de cet arména. Cheull' qui n' dit rien [voir la suite dela chanson ICI]
Gustave Labbe va ainsi continuer à écrire pour le concert et pour le théâtre. Au Palais d'été, il donne une revue au titre fleuri : Lille à blanc. Et puis un vaudeville que va créer Line Dariel qui ne parle pas encore patois de ce qu'elle n'est pas encore Zulma.
Et c'est l'avènement de la Radio. Il a 60 ans, mais toujours jovial et entreprenant, il va assurer pour Léon Plouviet les premières émissions patoises de Radio PTT Nord, avant de me céder la place… "Elle est tout' caute" comme il me dit un soir de 1930. Toute chaude en effet, d'humanité et de bonne humeur.
Il va continuer jusqu’à la fin de sa vie les camanettaches de Flavie Boursiau qu'il tient depuis des années dans Le Réveil du Nord ; car il est aussi journaliste, et ses chroniques sont le reflet joyeux et perspicace du temps qui passe. 
Ses dernières années, il va les passer à parfaire ses meilleures chansons que Robert Solry, de l'Eden, va éditer avec des musiques arrangées par Victor Absalon, car elles ont été écrites généralement sur des airs empruntés comme c'était la coutume. Il va encore composer pour Bertal : Lillos rapp'lez-vous, une chanson pleine de nostalgie.
Ch'est bien vrai qu'ichi bas tout canche
Ch'est pu parel avec avant…
Mais tout cela sans acrimonié ni amertume. Ça n'était pas de son goût. 
Il meurt en 1947 - il y a 25 ans - et, par une curieuse coïcindence, au même moment que son vieil ami Jules Watteeuw. On peut dire qu'ils partirent ensemble, l'un et l'autre en bonne compagnie ; et sur la voie qui mène au paradis des chansonniers, ils ont dû bien s'amuser, l'broutteux et César Latulupe.
Voilà esquissées à grands traits, la vie et l'œuvre d'Auguste Labbe. Il y manque forcément bien des choses. Ses titres honorifiques sont nombreux. Monsieur le Maire les a rappelés tout à l'heure. Mais l'amitié lui a valu autant de bonheur que les honneurs. En effet, il connut l'estime et l'admiration de tous ses concitoyens, et notamment de ses pairs : Jules Watteeuw, Jules Mousseron, Gustave Charpentier, Gustave Nadaud, Jean de Misaine, Maxence Van der Meersch, etc. Les marques et les témoignages de cette estime et de cette notoriété sont exposées ici. Malgré leur apparence modeste, ils vous diront l'importance de l'œuvre d'Auguste Labbe, la variété de son talent, les actes de son courage, et les titres à la reconnaissance de ses concitoyens.
Si j'ai tenu à l'écart sa vie familiale, c'est sur le désir de son fils : Auguste Labbe, qui a conservé une véritable vénération pour son père, vénération qui se manifeste ici dans la conservation de ce patrimoine à la fois modeste et insigne. 
En résumé, César Latulupe fut un joyeux compagnon, un poète populaire, un cœur tendre et courageux. Bref, un Lillois qui honore Lille. De plus, il était modeste. Mais si la modestie donne plus de force au mérite ; encore faut-il qu'on le connaisse. C'est pourquoi je pense que le compliment (voyez, je ne dis pas l'apologie ni le panégérique) que je viens de faire n'était pas superflu pour justifier la cérémonie qui nous réunit ce matin.
Auguste Labbe aurait été fier de cet hommage que lui rend sa ville tant aimée. Il aurait été ému d'y voir participer de vieux camarades, disciples fidèles et amiteux, et d'y entendre évoquer les chansonniers disparus qui l'escortent dans notre mémoire. Mais - je sais - le témoignage de souvenir qui lui aurait été le plus à cœur, c'est de savoir que… longtemps, longtemps après qu'il a disparu, ses chansons courent encore dans les rues. Et que dans ce foyer qui portera son nom, sous son image immobile, de futurs vieux Lillois continueront de fredonner :
Admirez ches chucheusses de tablettes
Ch' l'ornemint d' tous nos vieux quartiers
sans même savoir que la chanson est de lui. Et c'est là, la plus belle des consécrations.
 
Et pour conlure, je crois que la manière la plus naturelle de témoigner de l'admiration et de la reconnaissance à un artiste comme Auguste Labbe, c'est encore de l'applaudir de tout cœur." 
 
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en complément la page consacrée à ce chansonnier ICI