samedi 1 juin 2019

Un cornemuseux dunkerquois ?

Ce tableau signé Alexandre-Louis Desmit (1812-1885), a été vendu aux enchères en 2006. On ne connaîtra sans doute jamais le nom de ce joueur de cornemuse, ni même s'il a existé. Mais si le cornemuseux n'est probablement pas dunkerquois, le peintre l'est.



Alexandre Louis Benjamin Desmit est né à Dunkerque le 27 novembre 1812, il y meurt le 3 mai 1885. Fils d"un négociant dunkerquois, il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1825 où il aurait remporté quatre médailles de 1831 à 1833. Il abandonne ensuite sa vocation de graveur et devient peintre, il expose ses œuvres au salon de Paris en 1839.
Il retourne à Dunkerque au début des années 1840. En 1851 il est embauché à l'Ecole de dessin comme adjoint du directeur, participant à toutes les initiatives pour dynamiser la vie culturelle locale. A partir de 1858, il enseigne le dessin au collège Notre Dame des Dunes et à ce titre il est l'initiateur artistique des peintres Henri Le Sidaner et Eugène Chigot. En 1883 il est nommé conservateur du musée de Dunkerque. Il continue d'enseigner à l'Ecole de dessin dont il est devenu le directeur en 1872. Il meurt célibataire dans sa maison au 30 rue de la Marine.

la rue de la Marine vers 1890
Seulement deux de ses œuvres, conservées au Musée des Beaux Arts, ont été sauvées des bombardements : le portrait du capitaine corsaire Pierre Pluckett (1839) et un portrait d'enfant (1840).
Un autre tableau de ce peintre a été proposé récemment à la vente à Amsterdam, celui-ci est daté de 1846, il reprend la même disposition, une chanteuse de profil et un(e) musicien(ne) (?) qui joue d'un luth (?), le catalogue nous donne sa dimension : 19,5 x 27 cm, et sa mise à prix : 600/800 €.




source : Dictionnaire Biographique Dunkerquois

lundi 13 mai 2019

Une famille de luthiers originaire d'Arras, les Pezé

Par Agnès Unterberger

© Musée de la Musique - Claude Germain


La production d'instruments à vent fabriqué par les Pezé, originaires du Pas-de-Calais, s'étend de la fin du XVIIIe siècle aux années 1850 environ. Indissociable du 6e arrondissement de Paris, elle s'inscrit dans une histoire musicale et artisanale ancienne. Entre l'Ancien Régime corporatiste et la libéralisation de l'artisanat, les changements de modes et les évolutions commerciales, la maison Pezé connaît plusieurs transformations successives durant cette période. Sans se limiter à la mention de cabrettes signées Pezé, cet article vise à donner une vue d'ensemble de la facture de cet atelier, en lien avec leurs fournisseurs, sous-traitants, confrères ou clients potentiels, et parmi eux d'hypothétiques Auvergnats ?

L'article est publié dans le Larigot, revue de l'Association des Collectionneurs d'Instruments de Musique à Vents
--> offre « adhésion découverte 1er semestre 2019 » incluant l'envoi du bulletin Larigot n°63.


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François Alexandre Pezé, facteur de clarinettes à Paris au début du XIXe sur le blog Clariboles et Cie

mardi 30 avril 2019

Une pétition pour sauver le musée de Dunkerque

mise à jour le 3 mai 2019 : article de La Voix du Nord
mise à jour le 6 mai 2019 : communiqué de R Vandromme

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communiqué de Roch Vandromme
Premier objectif atteint ! Transparence attendue.
Il n’aura fallu qu’une semaine à notre pétition en ligne pour que la municipalité abandonne enfin son projet « Ocean Link », auquel elle s’accrochait depuis 4 ans !
Dans un article paru dans La Voix du Nord du 3 mai dernier, l’adjoint à la culture, Michel Tomasek, regrette que la ville ait dû se résigner à abandonner ce projet, parce qu’il ne correspondait pas « aux exigences des Musées de France ». On y apprend également que les pistes de la Banque de France et de la Chambre de Commerce ont été « étudiées puis écartées », et que « l’hypothèse la plus plausible aujourd’hui serait de construire un ensemble muséal sur le môle 1, qui inclurait le chai à vin ». Il nous promet également « des réunions publiques pour présenter le projet, mais une fois que le lieu aura été choisi ».
Ce nouveau projet sur le môle 1 a certes le mérite de donner une destination au magnifique chai à vin, et il est certainement plus dans l’air du temps ! Mais il présente l’inconvénient d’être éloigné et isolé du centre-ville. Cela ne favorisera pas sa fréquentation, même avec un système de navettes.
Si L’avancée est certaine, il ne s’agit que d’une annonce, rien n’est encore acté.
D’autre part, question transparence, le compte n’y est pas. Au sujet des pistes écartées, il semble que pour la CCI, la municipalité ne souhaiterait pas intervenir dans sa vente en vue d’un programme immobilier. Et la Banque de France n’aurait pas, pour ce qui a filtré, les accès nécessaires… On aimerait en être certain. On aimerait aussi connaître les estimations du coût des pistes écartées par rapport au nouveau projet retenu. Rappelons pour le « fun » que Michel Tomasek déplore le « coût très élevé » du stockage des œuvres en région parisienne. Aurait-il oublié que c’est la conséquence directe de sa décision de fermer le musée de manière si précipitée ?
Nous maintenons notre pétition exigeant une transparence réelle avant toute réunion publique
Roch Vandromme, le 5 mai 2019

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La pétition a fait bouger les choses, Michel Tomasek, adjoint à la Culture et au Patrimoine, a répondu à Estelle Jolivet de La Voix du Nord ICI





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Fermé depuis avril 2015, son avenir est au plus sombre, nous écrit Roch Vandromme qui suit de près les négociations et projets et qui est à l'initiative de cette pétition en ligne : ICI
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Quelques pistes pour réfléchir ensemble au devenir du MBA.
Préambule
En 2015, la municipalité a décidé de déplacer les collections du MBA pour transformer le bâtiment qui les abritait en médiathèque. Dans le même temps elle a annoncé que le nouveau MBA occuperait le bâtiment Ocean-Link, propriété de la CUD, situé à côté du musée portuaire, dans l’idée de créer un pôle patrimonial. Le Musée portuaire n’est ni opposé ni favorable à ce choix ; il n’en a d’ailleurs jamais été demandeur, tout en reconnaissant que la création d’un pôle muséal sur le quai de la Citadelle pourrait améliorer la fréquentation des deux entités. Si le MBA devait s’installer dans Ocean-Link, le Musée portuaire serait ouvert à une convention en ce qui concerne l’accueil-billetterie et éventuellement un auditorium, une boutique et une cafétaria communs. Pour le reste, les deux entités, musée portuaire et MBA, doivent rester de par leur statut (associatif et public), histoire et objectifs différents, deux entités distinctes.
Le choix Ocean Link ?
L’espace disponible dans le bâtiment choisi est nettement inférieur à celui de l’ancien bâtiment du musée. Le problème des réserves est également à prendre en compte : il est impossible de les envisager à cet endroit (sous-sol inondable ; aucune place) La CUD a commandité une étude de faisabilité. Il serait judicieux d’en faire connaître les résultats. Si ce choix est maintenu, quel pourcentage des collections pourra être montré ? Y aura-t-il place pour des expositions temporaires, qui jouent un grand rôle dans la vie d’un musée ? D’autre part, les bâtiments de France sont-ils favorables à une élévation du bâtiment actuel pour dégager de l’espace ? (Le PSC est en cours d’écriture).
Et nous, désirons-nous l’enlaidissement du beau quai de la Citadelle ?
Autres possibilités dont on a entendu parler :
- La Banque de France et le rectorat.
Le bâtiment de la BdF sera un jour ou l’autre mis en vente ; celui du rectorat appartient déjà à la ville. Cette solution mérite vraiment d’être étudiée (Espaces intérieurs qui semblent convenir, intérêt architectural entre Reconstruction et XVIIIème siècle, situation centrale). Nous aurions ainsi un pôle historique et patrimonial avec l’église Saint-Eloi, renforçant l’attractivité touristique du centre-ville et ayant une bonne visibilité pour les Dunkerquois.
- La Chambre de Commerce et d’Industrie.
Ce bâtiment, apparemment assez vaste, mais plus à l’écart, serait de par sa localisation, plus difficile à faire vivre. Il serait également à désamianter. Mais ces deux possibilités ne semblent pas retenir l’attention de la municipalité, qui, jusqu’à nouvel ordre, n’a pas manifesté son intention d’exercer son droit de préemption.
- Construction d’un nouveau bâtiment sur le môle 1, jouxtant le chais à vin. Y a-t-il d’autres projets envisagés ? Nous n’en savons rien.
Le coût de l’opération.
Le choix de la municipalité de déménager le musée a déjà engendré des frais pour le déplacement et la mise en réserve des œuvres en divers endroits parfois éloignés. Ces frais sont à mettre sur le compte de la médiathèque et ne doivent en aucun cas être mis au passif du MBA.
Information des habitants
Il serait souhaitable qu’une véritable information soit donnée par la municipalité et la CUD. On nous promet une réunion publique, mais elle risque fort d’être la présentation d’un projet déjà ficelé.
S’il y a un réel souci de démocratie, il est grand temps de faire circuler dès maintenant les informations !
Roch Vandromme (Mars-Avril 2019)

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Pourtant les besoins existent, un musée n'est pas simplement un lieu d'exposition, c'est aussi et surtout un lieu action culturelle. Des exemples concrets ? j'ai bénéficié de son soutien à plusieurs reprises depuis le début de mes recherches.


échantillon des 45 instruments de la collection du Musée

Le grand hommel
Mon premier contact avec le musée s'est fait après la parution d'un article dans la presse locale, présentant la collection d'instruments de musique, principalement exotiques, tout juste déballée par la nouvelle conservatrice Laurence Le Cieux. Je l'ai contactée immédiatement et j'ai reçu un accueil bienveillant et attentif, la conservatrice m'a demandé si l'on pouvait identifier les autres instruments de cette collection méconnue. J'ai fait appel à Patrick Delaval et Jean-Jacques Révillion et nous nous sommes rendus plusieurs jours dans les locaux du musée où une pièce avait été mise à notre disposition avec les instruments, en vrac sur la table, les règlements de manipulation n'étaient pas encore ce qu'ils sont. On a pu les manipuler et remplir des fiches pour préparer un catalogue qui n'a jamais vu le jour du fait du départ de la conservatrice. Une conférence sur l'épinette du Nord a même été donnée par Patrick et moi-même dans le musée, le public n'était pas très nombreux, hélas.
Plus d'infos ICI

Concert de l'ensemble Beffrois
Nouvelle conservatrice, Aude Cordonnier, et nouveau personnel, Sophie Warlop nouvelle attachée de conservation qui fait appel à moi pour un concert de notre groupe, précédé d'une visite de l'exposition consacrée à la musique et ses représentations dans les œuvres du musée.
Plus d'infos et enregistrement ICI


Le violon Plumerel
Un collectionneur privé m'avait contacté pour la vente d'un violon d'enfant fait par un luthier dunkerquois, François Plumerel. Le prix demandé, s'il était tout à fait raisonnable pour la rareté de l'instrument, m'a fait décliner son offre, mais j'ai transmis sa demande au musée et après quelques péripéties, la ville a accepté de prendre en charge l'achat de l'instrument. Le musée a dû demander l'accord de l'expert des musées de France, ce qu'il a obtenu.




Vivre la musique à Dunkerque au XIXe siècle
En 2015, j'ai été sollicité par le directeur du Conservatoire de musique et de danse de Dunkerque, Régis Kerkhove, pour une exposition à partir de ma collection de partitions de musique dunkerquoises. Le partenariat avec l'ESÄ ayant révélé quelques tensions j'ai pu retrouver une certaine sérénité grâce à l'aide de Sophie Warlop, devenue entre temps directrice des musées, et aussi avec l'aide de toute l'équipe du musée, notamment Claude Steen-Guélen et Myriam Morlion.
Un extrait du concert donné lors de l'expo ICI

vernissage de l'expo à la BULCO
photo : Maira Marques Coutinho


Tout ceci pour dire que le Musée des Beaux Arts de Dunkerque a un rôle majeur dans la réalisation de projets culturels et qu'il doit continuer à jouer ce rôle dans des locaux à la hauteur de ses collections et de ses ambitions.

Christian Declerck

PS : n'oubliez pas de signer la pétition


jeudi 25 avril 2019

Conférence chantée à Lille, Chansons populaires de Lille au XIXe siècle




le 29 avril 2019
Lille, 2 rue des Canonniers
espace Baïetto
de 14 à 16h


« Chansons populaires de Lille au XIXe siècle »
Conférence chantée de Sophie-Anne Leterrier
Accompagnement à l'accordéon par Philippe Decomble.

le programme :

1. Chanson qui n'en est pas une (1839)
Anonyme air : « Pierrot partant pour la guerre »
interprète : Vincent Chevallier

2. Les droits d'auteur ou l'impôt sur la musique (1851)
Charles Decottignies, air du tra
interprète : Marie-Madeleine Vaillant

3. Le Café
A. Desrousseaux paroles et musique (tiré d'un recueil)
interprète : Vincent Chevallier

4. La Viande salée d’Amérique (1856)
F. Danchin, air : Accourez teurtous bonn's gins d' Lille
(« J'ai la rate qui s'dilate »)
interprète : Marie-Madeleine Vaillant

5. Le désespoir d’un cocher (1876)
Désiré Herpin, air connu (air de Desrousseaux : la femme du coulonneux)
interprète : Hervé Diéval

6. La comète de 1857
A. Desrousseaux paroles et musique (tiré d'un recueil)
interprète : Marie-Hélène Boulaire

7. Le magnétiseur (1883)
Arthur Dillys, air de Desrousseaux : « Le vieux sergent sans moustache »
interprète : Hervé Diéval

8. Les avantages d’être jeune fille
Charles Decottignies, air : les plaisirs du village (tiré d'un recueil)
interprète : Béatrice Coton

9. Les coiffures à la chienne (1882)
anonyme (Société des sans Chagrin), air de Grimonprez : « Un vrai comique »
interprète : Marie-Hélène Boulaire

10. Les femmes au pouvoir (1911)
Henri Tanche, air de Desrousseaux : « L'homme né coiffé »
interprète : Béatrice Coton

11. L'arbre de la liberté (1848)
Eugène Pottier, air non indiqué
interprète : Marie-Hélène Boulaire

12. Couquebaque et le marché à terme (1901)
Babylas, air : « Gloire au père de tous les ouvris »
interprète : Marie-Madeleine Vaillant


une précédente conférence avait été donnée en 2016
voir ICI

vendredi 19 avril 2019

Duo Michel Lebreton et Patrice Gilbert

à l'estaminet De Vierpot (Boeschepe), en janvier 1983

Photo Laurent Claeys
C'est une belle surprise de retrouver ces deux piliers du folk régional dans cet enregistrement intégral (1h30) de leur concert, fait par Henri Becquaert pour Radio Uylenspiegel.

Henri Becquaert dit Henritje
Ledringhem 1922-1993

Je remercie Antoine Quaghebeur de m'avoir transmis ce document.

au programme :

02 - Mon père m'envoie-t-à l'herbe (chanson d'Artois)
04 - Les p'tits Saint Pierre sont plus riches que les évêques
06 - Mélodies de la Renaissance et du Moyen-Âge à l'épinette
08 - Contre le doux temps nouvel, pastourelle de Jean Bodel d'Arras
10 - Ne vous mariez pas les filles (Boris Vian)
12 - Come heavy sleep (John Dowland)
14 - Twas winthin a furlong (Henry Pucell)
16 - Suite de branles de village (Robert Ballard)
18 - Le galant noyé
20 - Derrière chez moi y-t-un étang
22 - On s'est tous rencontrés
24 - On s'est tous rencontrés (bis)
26 - On s'est tous rencontrés (ter)
28 - Chanson du Limousin
30 - Sautons la vieille (chanson cambrésienne)


Sautons la vieille


Michel Lebreton : chant, flûte, cornemuse, épinette, bodhran
Patrice Gilbert : chant, épinette, vielle à roue, bodhran

Dans le fichier j'ai gardé les présentations qui font partie du concert
téléchargez ICI


Jean Bodel
source




lundi 15 avril 2019

Fêtes et kermesses au temps des Brueghel


Exposition temporaire au musée de Flandre à Cassel

Chaque année, le deuxième week-end de juin, les cornemuseux du département et alentours se retrouvent à Cassel pour un festival consacré à la cornemuse. Cette année le musée de Flandre ajoute sa participation par une exposition consacrée aux maîtres des kermesses flamandes : Pieter Breughel l'ancien, ses fils Jan I et Pieter II, son beau-fils David Teniers et leurs contemporains et prédécesseurs.
L'exposition, très didactique, nous présente les origines de ces représentations, des gravures venues d'Allemagne, et leur signification essentiellement symbolique. Une superbe réalisation de la conservatrice Sandrine Vézilier-Dussart, commissaire de l'exposition, et de son équipe.
Pour les amateurs d'iconographie musicale c'est une véritable aubaine, j'ai recensé plus de 130 instruments de musique, de la flûte à la vielle à roue, en passant par les luths, les tambours, le triangle, les trompettes, etc, etc… et, précisément, 63 cornemuses que l'on peut retrouver dans l'imposant catalogue reprenant l'intégralité des 92 œuvres exposées. Chacune d'elle bénéficie d'une notice détaillée, en majorité rédigée par la conservatrice, qui apporte une foule d'informations.

Ce catalogue est précédé de plusieurs articles/études :
- Les gravures de fêtes avant Pieter Brueghel l'Ancien, par Alison Stewart
- Fêtes et Kermesses : le mythe Bruegel, par Sandrine Vézilier-Dussart
- Tel fut son bon plaisir : le fils prodigue en fête, par Stéphanie Fardel-Dewaël
- Folie raisonnable et raison affolée : réthoriqueurs, farces et représentations graphiques dans les Flandres de Brughel, par Thierry Boucquey
- L'iconographie des fêtes de noces paysannes au temps des Brueghel : le regard de l'historien, par Myriam Greisamme
- La kermesse de la Saint Georges avec des paysans dansant devant l'auberge "In de Croon" : l'une des premières œuvres anversoises de Jan I Brueghel, par Jaco Rutgers
- Corps sonores - objets symboliques : les instruments de musique dans l'iconographie au temps des Brueghel, par Anne-Emmanuelle Ceulemenans
- La kermesse de la Saint Georges avec l'hôtel de ville d'Audenarde : une création de David I Vinckboones, par Sandrine Vézilier-Dussart
- Les Fêtes flamandes peintes par David II Teniers, par Margret Klinge

Catalogue de 288 pages, 39 €, publié chez Snoeck à Gand
Musée de Flandre
plus d'infos ICI

Dans la programmation du festival, un concert du groupe D'Accornemuse, est programmé au musée :
le dimanche 9 juin : Les Brueghel au son des doedelzakssur réservation








ce pourrait être un portrait de Pieter Brughel l'Ancien




mardi 26 mars 2019

Katrien Delavier

mise à jour du 26 mars 2019 : ajout d'une vidéo
mise à jour du 20 juin 2016 : nouveau lien pour le fichier qui avait disparu



Katrien Delavier et Violaine Mayor
photo Christian Lebon

C’est un entretien avec Katrien Delavier que j’ai enregistré en 1990 au cours d’un stage qu’elle donnait avec Violaine Mayor et Juliette Collache au C.S.E. à Hazebrouck en vue d’un article pour Trad Magazine.
Elle y détaille sa pédagogie, ses idées sur la pratique de la musique traditionnelle et aussi l’origine de sa passion pour la harpe dite celtique. Elle aborde également ses projets, ses recherches sur le répertoire ancien de harpe irlandaise.

le fichier est de nouveau disponible ici

d'autres pages sur Katrien Delavier ici

un enregistrement inédit d'un solo de Katrien en répétition vers 1995 : Banish Misfortune jig




dimanche 24 mars 2019

Vents Contraires en répétition

mise à jour du 24/3/2019, le lien de téléchargement a été remplacé


dans les rues de la vieille ville, Boulogne sur Mer, 1990
photo : Marie-Aude Pradeau-Desmarchelier


Le groupe Vents Contraires a été créé en 1989 par des musiciens du groupe de musique irlandaise, Ceilidh (C. Declerck, G. Ryckeboer et Katrien Delavier) auxquels s'est joint Patrice Gilbert. Le premier bal a lieu au festival de Bergues le 25 juin 1989, le dernier à Calais le 15 novembre 2003.

Musiciens :
Christian Declerck : violon, alto
Katrien Delavier : harpe celtique, flûte traversière, cornemuse
Patrice Gilbert : vielle à roue, bodhran, épinette du nord
Gérald Ryckeboer : cornemuses, bouzouki, guitare

Enregistrement pendant une répétition

- 01 The Gelding of the Devil, country dance
- 02 L'Orientale / Les Trois Canards, bourrées de Mick Baudimant et Bernard Blanc)
- 03 Les Vents Contraires, contredanse
- 04 Adèle Blanc Sec, scottisch de Frédéric Paris
- 05 Adieu les Gens, valse de Christophe Declercq
- 06 Scottisch à Emeline de Jean-François Vrod
- 07 Branle des Lavandières
- 08 Jenny Pluck Pears, country dance

Téléchargez ICI


Le nom du groupe est tiré du titre d'une contredanse, Les Vents Contraires, choisie dans le recueil du carillonneur de Saint-Omer, André Dupont. 

extrait du recueil de Dupont

Une chorégraphie a été composée par Marie-Aude Pradeau-Desmarchelier, animatrice de l'atelier de danses traditionnelles de Boulogne sur Mer (association Citrouille). Cette contredanse est un Cercle Sicilien (2 couples face à face progressants sur un cercle), elle peut se danser sur toute jig en trois parties de 16 mesures :

Les Vents Contraires, contredanse

I.
1-4 dos à dos contre partenaire
5-8 dos à dos fille
9-12 dos à dos partenaires
12-16 dos à dos garçons

II.
1-4 moulin main droite
5-8 set et cross (épaule droite)
9-12 moulin main gauche
13-16 set et cross

III.
1-4 tour à 2 mains partenaire
5-8 swing partenaire
9-12 tour à 2 mains contre partenaire
13-16 turn et cross (progressive)
les couples SAM passent à l'intérieur

Une lectrice fidèle (merci Agnès) m'a fait savoir que cette contredanse se trouve également dans le manuscrit, dit du Cinquantenaire, avec une description des figures originelles.
Après nouvelle publication, Agnès m'a transmis ces dernières infos : "J'ai trouvé sur le site du "troubadour wallon" la reprise en pdf du-dit manuscrit, partition retapée ainsi que déplacements et pas, conformes à ce qui est sur le fac-similé du manuscrit que je possède. Le rédacteur du site a développé entre parenthèses les abréviations de l'original. 
Pour info, la contredanse est également dans le
-Benoit Andrez & J. Joiris,  livre 1 (1753). Reprise sous le titre le vant contraire http://www.troubadourwallon.be/PDF/Andrez.pdf
ainsi que dans le Limbourg http://www.troubadourwallon.be/PDF/Limbourg.pdf . A noter que la seconde note est ici un do (dans les deux autres documents, c'est un ré).
La description des pas est identique."

Vents Contraires
© Christian Lebon

vendredi 15 mars 2019

Fête de Radio Uylenspiegel en 1988


photo : Christian Lebon


Une partie du concert du 10e anniversaire de la radio à Bollezeele en octobre 1988.

01 - L'oiseau migrateur (paroles et musique Jacques Yvart)
02 - Nous sommes en Flandre (paroles et musique Jacques Yvart)
03 - Anne Marie
04 - Den hoven
05 - Chanson de la côte (L'officier de Marine) (paroles Charles Cros, musique Jacques Yvart)
06 - Branle gay / Jan mynen man / Cuvée 83 (trad / trad / Christian Declerck)
07 - Fermoy lasses / Lady on the Island / Drowsy Maggie Reels
08 - Land en zeeman
09 - Hoe vrolyk is 't op zee te waeren
10 - Daer was e kee e meisje loos
11 - Matelotte de Vandembrille
12 - Reys naer Island
13 - Zeemansleven
14 - Pot pourri de chansons flamandes
15 - Matelotte de Dupont

télécharger ICI

Gérald, Jacques, Klerktje, Joël, Catherine et Christian
en concert en 1994

Christian Declerck : violon
Raymond Declerck, dit Klerktje : harmonica, chant
Catherine Delavier : flûte traversière, cornemuse
Joël Devos : clarinette, guitare, chant
Gérald Ryckeboer : cornemuses, bouzouki, chant
Jacques Yvart : guitare, percussion, chant



un extrait : Nous sommes en flandre





Jacques Yvart et Klerktje






samedi 9 mars 2019

Roubaix qui danse

Dominique, Philémon et Cie 

chromolithographie : Manicour (A. Desrousseaux)
Collection personnelle
Ce n'est pas dans les salons aristocratiques du Cercle du Commerce, ni dans ceux des splendides hôtels du boulevard de Paris que j'ai l'intention de conduire mes bienveillants lecteurs ; j'estime que l'étiquette qui règne dans ces réunions ne fournirait à ma chronique qu'un médiocre élément d'intérêt. Chez Dominique, où je vais vous faire entrer, on se bouscule un peu, on gambade sans souci de chiffonner son plastron, et, plus souvent peut-être que de raison, on embrasse sa danseuse, qui, d'ailleurs, ne s'en plaint pas. 
La clôture des bals d'hiver m'a inspiré l’idée d'une causerie sur la danse à Roubaix, et je vous la donne. Est-ce bien ou plutôt est-ce encore la grisette chère au cœur de Paul de Kock, qu’on rencontre chez Dominique, et en sommes-nous toujours au temps où une robe de laine de 3 fr. 50 était considérée comme un cadeau princier, à l'époque où, à la suite d'un frugal souper, on s'en allait, bras dessus bras dessous, à la ducasse du Noir-Bonnet ou à toute autre, pour revenir bien éreinté, « mais le cœur à l’aise », après avoir bravement dansé aux accords dissonants d'un piston criard et d'une clarinette en fausset ? Mon Dieu, à présent, la robe est encore acceptée, et avec reconnaissance, n'en doutez pas, et on va bien encore au Noir-Bonnet ; mais la pimpante piqûrière, la grisette des Roubaisiens, est quelque peu devenue la femme « paroistre », comme disait le vieux Montaigne, et les jeunes gens d'aujourd'hui veulent avoir au bras une femme qui les flatte. Ce sont eux qui changent les allures des grisettes naïves du temps jadis.
Il y a deux ans, je vous signalais déjà cette métamorphose. Ont-il tort les jeunes gens je n'en sais rien; ils ne sont peut-être ni meilleurs ni pires que leurs devanciers, ils sont autres, voilà tout, et s'ils me suggèrent des réflexions quelque peu amères, c'est sans doute que ma montre retarde un peu sur la leur : ainsi va le monde.
L'histoire de la danse n'est pas dans mon cadre, vous le comprendrez ; et s'il y a, comme on le prétend, près de dix siècles qu'on saute en France au son de la musique, je serais fort embarrassé de rechercher dans les archives de ma ville natale, si mes aïeux dansaient le menuet, la tarentelle ou tout autre pas. Je veux tout bonnement vous donner une simple idée de ce que sont, à Roubaix, les bals où l'on s'amuse. 
Je glisse rapidement sur les bals des sociétés ; celui du Dauphin est un des plus fêtés, et on sait que le Dauphin remplace l'ancien cabaret des Trois-Tulipes, où l'on dansait beaucoup aussi, à l'heure où Beaurepaire, votre serviteur, était encore pour de beaux jours dans les choux rouges ; le bal du Palais, au Pile, où se réunissaient surtout les fermiers, il y a un demi-siècle ; le bal du Galon-d'Eau, très couru encore il y a vingt ans, et d'autres et d’autres…
Je n'apprendrai rien aux Roubaisiens en leur rappelant les fameux bals à sabots qui se donnaient dans la grande salle des Arts, à l'angle des rues des Arts et des Fleurs : sabots mignons, festonnés, guillochés, sabots enrubannés, de toutes nuances et de toutes tailles, depuis les sabots-bottes des teinturiers jusqu’à la légère feuille de bois coquettement tournée et découvrant une fine cheville et un joli bas de jambe. Le drôle de clic-clac que sonnait cette orgie de sabots dansant un pittoresque quadrille ! Inutile d'ajouter qu'il y avait des Médailles et des bouquets pour les sabots qu’un jury compétent — jury de sabotiers ou jury de danseurs ? — jugeait les plus ornés, les plus artistiques ou les plus originaux. Cette coutume est à peu près tombée en désuétude.


Collection personnelle
La valse flamande, au rythme grave et cadencé, est encore en honneur dans certains rares estaminets, le dimanche soir : les danseurs se meuvent lentement, mais avec une régularité automatique, les mains sur les épaules de leurs, danseuses. L’accompagnement orchestral se compose, ici, d'un piano, là, et c’est plus souvent le cas, d'un accordéon aux miaulements langoureusement plaintifs, tandis que les pas des couples glissent en cadence sur le parquet enduit de sable. Les vieux, qui font galerie, sucent gravement le saucisson noir de Gand ou l'odorant stockfisch.

Vous souvenez-vous de l'Alcazar, ce grand bâtiment si triste qui se voit encore à l’angle des rues de Lannoy et des Longues-Haies ? Il y a vingt ans, la danse y valait un sou, et les Flamands formaient le principal contingent du bal. Je vous parlerai aussi pour mémoire du Carillon de Dunkerque, qui était la concurrence, inférieure d'ailleurs, de l’Alcazar. Malheureux Alcazar, il en a vu de toutes les couleurs. Il a servi de salle de réunions, de café-concert, de salle de danse, et voilà qu'on vient de lui donner une affectation moins frivole : il abrite des chers frères. Quantum mutatus !
Où l'on dansait encore ? Mais partout, mes bons amis : On dansait au Pré-Catelan, bals souscrits à 2 fr. 50 par couple, bière à volonté au Chinois ; à la Ville-de-Bradford, bals gratuits au piano ; au Blanc-Four, rue de Lannoy ; au Calvaire, bal Delerue, actuellement Lepoutre ; à l'Empereur, rue de la Lys ; aux Armes-de-Gand, rue de Lannoy ; au Cœur-Joyeux, le jour de « l'ducasse à pourcheaux » alors que le Trichon était encore peu ou point bâti ; à l'Alouette; à l'Estaminet-Lillois, mais cette énumération me mènerait loin…
Vous parlerai-je des Champs-Elysées, et des nombreux autres bals qui se donnent un peu partout ? Non, car je n'en finirais plus. Je mentionnerai pourtant les bals socialistes de la rue Vallon, et ceux du Bas-Rouge, où nos terribles anarchistes oublient pour quelques heures leurs fougueuses doctrines, pour accorder l'accolade fraternelle aux citoyennes, lesquelles ne sont mie coiffées du bonnet phrygien, comme vous pourriez vous le figurer. Encore vous citerai-je, au hasard des souvenirs, Ma Campagne, la Ducquenie, le Veau-d'Or, dont l'ancienne gloire — dérisoire, si vous voulez parler comme dans Faust — a été il y a deux ans la proie des démolisseurs, mais qui est rebâti — le Veau-d'Or est toujours debout ! — et d'autres encore, par boisseaux ! Qui donc a dit qu'on ne s'amuse pas à Roubaix ?...
On y danse encore sur l'herbette, mais les villages des environs auront bientôt le monopole de ces amusements, qui ont leur saveur spéciale. Que n'a-t-on dit et écrit des bals champêtres ? Le sujet n'a-t-il pas été le thème de tous les rimeurs ? Les mirlitons sont pleins d'herbette, de coudrette, de fillette, de frais gazons, de clairs ruisseaux et d'épais bocages.
Mais il y a chez nous un nom dans lequel est pour ainsi dire incarné l'art chorégraphique. Le non de Dominique Rousseau évoque la mémoire des Roubaisiens un souvenir, d'ailleurs assez récent, que le temps n'est pas près d'effacer. Ce brave père Dominique, il me semble le voir encore, à la Sainte-Union, à la Sagesse, au Collège, avec son petit crin-crin, tout petit  comme lui, — nous morigénant, faisant son cours en conscience, nous donnant, de son archet, de petits coups secs sur les jarrets, qu'obstinément nous tenions raides, tandis qu'il les fallait plier un tantinet ; mais allez demander d'être gracieux aux gavroches de dix à douze ans, que nous étions. Nous ne cherchions qu'à fourrer des souris crevées dans sa boite à violon, et alors ce qu'il était furieux, le bon père Dominique ! Cet âge est sans pitié, le fabuliste avait raison.


Collection personnelle
Très estimé à Roubaix, reçu comme professeur da danse et de maintien dans toutes les grandes familles, Dominique Rousseau dansa la polka sur la scène du Grand-Théâtre de Lille, en 1848. avec un Lillois du nom de Dervaux. On en parla beaucoup, car c'était la première fois que cette danse — importée de Pologne en France trois ans auparavant seulement  était exécutée dans notre  région. Ce fut une révélation. On sait la vogue qu'obtint depuis lors la polka : ceux-là même qui sont les plus réfractaires à l'art chorégraphique, connaissent au moins les deux temps qui la caractérisent, et savent la danser. C’est l'alpha de l'art. Il y a trente ans, il ouvrit sa grande salle de danse de la rue de l'Alouette. Déjà dans plusieurs correspondances j'ai tâché de vous donner une idée des bals Dominique, et je ne suis pas encore en âge de radoter. Une concurrence lui vient en ce moment : les bals Philémon, rue Pierre-Motte, qui font salle comble tous les dimanches. Mais est-ce bien une concurrence ? Non, car il y a bien assez de danseurs à Roubaix et un bal de plus ou de moins n’est pas fait pour compromettre le succès des autres. Donc, Dominique for ever.
Les professeurs de danse les plus connus des Roubaisiens sont morts : Dominique Rousseau, depuis quinze ans, Clarisse, bien auparavant encore ; Wueghs, un Lillois ; J. B. Catteau, et quelques autres, tous sont morts. Il n'y a plus de professeur de danse connu à Roubaix, mais l'œuvre des Dominique et autres n’est pas près de tomber, et les mollets des jeunes filles frétilleront toujours à l'évocation magique d'une sauterie sans façon.

BEAUREPAIRE.

source: Le Grand Écho du Nord et du Pas de Calais, 29 mai 1891 (Gallica)

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Dominique ROUSSEAUX est né à Lille en 1804, il est le fils de Dominique, fripier, originaire de Willems (59) et Rosalie ROUSSELLE née à Ascq (59). Il épouse Catherine COGET à Roubaix en 1876, elle a 23 ans, née à Orchies, elle est repasseuse. Dominique, artiste chorégraphe, meurt en 1876, son épouse continuera de gérer la salle qui sert à toutes sortes de manifestations : bals, réunions politiques, combats de coq, etc. Cette salle devient après guerre un magasin de meubles, Au Bon Génie.




mardi 5 mars 2019

La naissance du P'tit Quinquin


Voulez-vous savoir comment naquit le P'tit Quinquin ? En 1853, Desrousseaux habitait avec sa mère dans la cour dont le nom scandalise aujourd'hui quelques raffinés, la cour Jeannette-à-Vaques. Sa proche voisine était une dentellière. Un soir, afin de terminer son travail, elle couche son enfant de bonne heure. Mais le petit bébé s'éveille, pleure et crie. La maman le prend sur ses genoux, lui promet des jouets, des friandises. Vains efforts et vaines promesses ! Et la nuit passe, le jour va venir. La pauvre femme ne pourra terminer la pièce attendue. Elle a une idée : elle menace son petit garçon du fouet de Saint Nicolas. Il a peur, cette fois, il se tait et s'endort… Et, pendant ce temps là, Desrousseaux est à sa fenêtre ; il écoute, il prend peut-être des notes. A coup sûr, il ne perd pas un mot de ce que dit la maman. Et, le lendemain, cette scène nocturne deviendra une ravissante berceuse. A. Desrousseaux a écrit, sous la dictée d'une femme du peuple, ces couplets de tendresse et de mélancolie exquises. […]

la cour Jeannette à Vaches
l'entrée est face à l'église Siant-Sauveur


Alexandre DESROUSSEAUX

[…] Son père, qui fut jadis un soldat de la République, se repose du maniement des armes avec l'archet des violoneux. Le brave homme est pauvre ; il doit mettre son jeune fils à l'apprentissage. Le premier patron est un tisserand, mais un tisserand qui ressemble au savetier de La Fontaine : il est fou de chansons, il en achète à tous les ménestrels de la rue. Parfois, on n'a que les paroles, la musique manque, et c'est le petit apprenti qui est chargé de l'improviser. Le second patron est tailleur en chambre, mais il fut jadis souffleur dans un théâtre. Accroupi sur la table, comme un pacha turc, il fredonne des airs d'opéra ou un couplet de Béranger. Et l'enfant écoute, répète ou va au refrain. Il grandit ainsi, l'oreille ouverte aux phrases musicales, aux roulades naïves du foyer et de l'atelier. A quinze ans, il savait tout juste lire et écrire ; mais la gamme n'avait plus de secrets pour lui.


De l'atelier, A. Desrousseaux ne fait qu'un pas dans la rue sonore et rieuse, qui restera son vrai domaine. En 1838, au carnaval de Lille, une voiture découverte roule sur les boulevards de Lille. Un groupe de compères costumés y chante à pleine tête des refrains nouveaux, écrits dans le patois local, accompagnées de mélodies simples, si bien appropriées à la langue qu'on se figure les savoirs de toujours. Un jeune homme, debout, bat la mesure et offre aux passants les feuilles imprimées. Le maître du chœur est A. Desrousseaux ; ces chansons sont sa première œuvre. Le poète est né et il se révèle, ce jour-là, tel qu'il sera toujours : le trouvère des fêtes populaires, un barde de plein air et de franche gaité, puisant à même la foule, sa langue, ses airs, ses sujets, et recueillant en retour cet enthousiasme mêlé d'affection dont nous portons mal le deuil sous nos froides ironies.
Le talent de Desrousseaux fut de rester fidèle à ses origines. Il était de Lille, il resta Lillois ; il était du peuple, il resta peuple. Il ne lui vint pas à l'idée qu'il pouvait apprendre la langue des académies et la prosodie des cénacles, qu'il devait abdiquer ses originalités primitives pour courir les risques d'une popularité banale, universelle. Son horizon était limité, il n'essaya point de le franchir ; son idiome n'était que la langue d'une ville, d'un quartier, il n'en voulut point d'autre, et, cinquante années durant, il mit sur les lèvres de ses concitoyens une chanson savoureuse qui peut-être ne se taira jamais. […]

le 18 septembre 1909

extrait de Ceux de chez nous, Constantin Lecigne (1864-1915)

Alexandre Desrousseaux a écrit une chanson sur l'histoire de son violon


En 1927, la chorale Desrousseaux interprète le P'tit Quinquin
pour Gaston Doumergue et Roger Salengro
devant l'église Saint Sauveur
collection personnelle





mercredi 27 février 2019

La voix d'André Biébuyck


collection particulière
C'est un enregistrement rare, découvert récemment par des amis, qui nous fait entendre la voix de ce régionaliste flamand. On sait, grâce à Jean Pascal Vanhove(1), son implication dans la société théâtrale l'Orphéon d'Hazebrouck dès 1906, mais on connait moins son action en faveur du folklore flamand dès les années 1930.

André Biébuyck a d'abord été un artiste, un chanteur comique. Sa première prestation relevée dans la presse(2) se fait à une fête de charité du collège de Cassel, en mars 1909, il est alors étudiant à la faculté de Lille, il y obtient sa licence de droit en 1911. En 1912 il se produit, avec Auguste Labbe, à une soirée littéraire et chantante de la société Les Fils des Trouvères. Cette société, fondée en 1890 par Alexandre Desrousseaux, Gustave Nadaud et Louis Debuire Dubuc, compte parmi ses membres la fine fleur des poètes lillois, dont les auteurs patoisants. André Biébuyck, élu au bureau du comité en 1913, comme directeur artistique, participe régulièrement aux soirées organisées par cette société très active.

Le Grand Echo du Nord, 7 août 1933
Au début des années 1930, André Biébuyck et Joseph Pattein composent plusieurs chansons régionales : La Chanson de la Dentellière, Chapelle en Flandre, La mort du Moulin, Dans la Houblonnière, C'est la Moisson et la Marche du Géant Roland. Ils écriront plus tard La Chanson de Tisje Tasje pour le carnaval d'Hazebrouck de 1947.

C'est en août 1933, au Congrès du Carillon Flamand, organisé par le Comité Flamand de France, qui se tient à Bourbourg, qu'André Biébuyck expose son projet de régionalisme sonore, ou pour employer une formule plus claire sur les possibilités d'enregistrement en disques phonographiques des vieux airs de chez nous. Il fait entendre aux congressistes le Reuzelied et La Marche du Géant Roland, un disque 78 tours qui vient de sortir chez La Voix de son Maître. Lors de la même journée on écoute aussi un disque de carillon enregistré à Malines par Jef Denijn, ainsi qu'un enregistrement du Pardon de Notre Dame de Folgöet en Bretagne.
En août 1937, au XIVe congrès du Comité Flamand de France, André Biébuyck présente un rapport sur la chanson flamande. Il n'y aura pas de suite, la guerre est proche et les choix politiques de certains de ses amis seront sans doute pour beaucoup dans l'abandon de ses projets. Il décède en 1954, son ami Joseph Pattein meurt cinq ans plus tard.

La seconde face de ce disque, Carnaval de Cassel, est une interprétation de la musique du Reuze, par l'orchestre  parisien d'Edouard Bervily-Itasse, les couplets en flamand sont interprétés par Robert Mysoot (1897-1977) chanteur de l'Orphéon d'Hazebrouck.

Christian Declerck

(1) Ce que racontent les rues d'Hazebrouck, p. 111