lundi 1 mai 2017

Jean Baptiste Barbe facteur d'instruments à Berck

mise à jour le 1/5/2017 : photos d'un saxophone envoyées par un lecteur
mise à jour le 30/01/2017 : informations du Registre de Commerce et création de la société Barbe et Fils

Les instruments de musique signés J.B. BARBE à Berck refont régulièrement surface sur les sites d'enchères, mais jusqu'à présent on ignorait qui était derrière cette "marque", était-ce un revendeur ? un prête-nom ? L'achat récent d'un catalogue de ce fabriquant a déclenché une recherche plus conventionnelle. L'aide précieuse des archives municipale de la ville de Berck sur Mer a permis de connaître un peu mieux cette famille de facteurs d'instruments de musique à vent. Mais si on a eu quelques réponses sur leur généalogie et leurs histoires familiales, il reste encore beaucoup de questions. Les réponses seront ajoutées au fur et à mesure sur cette page.







Jean-Baptiste BARBE est né à Mandray (Vosges) le 26 mars 1873, fils de Jean-Baptiste, fermier, et Marie Claire SAINT-DIZIER, tous les deux originaires de ce département. A priori rien ne prédisposait ce cultivateur, profession qu’il déclare lors de son mariage, à devenir fabricant d’instruments de musique.
Cependant lors de sa conscription, en 1893, il se déclare musicien de profession. Il devient naturellement soldat musicien dans le 8e puis le 5e régiment d’artillerie. Il est libéré en septembre 1897 et l’année suivante il épouse, à Anould (88), Marie Mélanie JACQUEMIN, papetière, qui y est née en 1872. Ses deux enfants naissent à Saulcy sur Meurthe (88), Marcel en 1900 et Armand en 1904. Au recensement de 1901 à Saulcy, il déclare la profession d'ourdisseur chez Clétienne Frères. Sa fiche matricule mentionne un séjour à Rambervillers en 1905, dont le recensement de 1906 nous indique qu'il est chef de musique ; ainsi que son arrivée à Berck sur Mer le 19 août 1911, il y réside dans le Chalet Marie Joseph, rue de l’asile Maritime. C’est dans cet hôpital que décède son épouse, le 14 août 1914, Jean Baptiste est mobilisé depuis quelques jours dans le 11e régiment d’artillerie à pied à Grenoble. Après un séjour au 84e d’artillerie, le 24 février 1917 il est détaché, par le commandant du dépôt des métallurgistes, comme ouvrier militaire à la Maison Teste, cité Lemière, à Paris. Ensuite il est muté au 1er régiment de zouave le 1er juillet 1917, ce qui pourrait correspondre à une sanction disciplinaire, car son passage chez les zouaves n’est pas pris en compte dans ses années de campagne contre l’Allemagne. Démobilisé le 13 janvier 1919, il se retire à Berck, rue de Tours, et y épouse Eugénie BAZIN la même année. Dans cette commune il est mentionné comme luthier au recensement de 1921. Il y décède, le 27 novembre 1939, rue Rothschild.



le catalogue de 1931
collection personnelle


La Manufacture Générale d’Instruments de musique a été fondée en 1900, indique ce catalogue, mais cette date ne correspond pas à la chronologie de son “fondateur” qui à cette époque était ourdisseur, puis chef de musique, dans les Vosges. Le registre du Commerce nous donne une autre date.





Aux Archives Départementales du Pas de Calais sont conservés les Registres du Commerce de Montreuil sur Mer, ville dont dépendait Berck. Sur la Déclaration aux fins d'immatriculation, on apprend que le commerce de Jean Baptiste, a été créé le 1er juillet 1912, il est immatriculé sous le n° 882, en date du 26 novembre 1920. Le RC a été créé en 1919, mais réellement appliqué à partir de 1920. Pour prouver son inscription il a fournit sa carte d'électeur, son livret de famille ainsi que sa feuille d'impôt et de patente. Il précise que c'est un commerce de vente et d'achats d'instruments de musique, situé rue de Tours à Berck. Une adjonction sur le registre même, non datée, précise : Fabrication ou vente des supports de saxophone dénommés "Saxo Jazz" et autres accessoires pour instruments de musique tels que ressorts, vis, pistons etc. avenue du Docteur Quettier.
La Déclaration aux fins de d'inscription modificative nous apprend la cessation de tout commerce à partir du 1er février 1932 et la radiation du registre du commerce, M. Barbe a fait l'objet d'un apport à la société Barbe et Fils à Berck Plage, rue des Pâtures.

J'ai pu consulter le contrat de création de la société Barbe et Fils, en date du 9 février 1932, avec effet au 1er janvier de la même année. L'article n°6 nous donne le détail de l'apport en matériel du père :
Le fonds de commerce de fabrication, ventes et réparation d'instruments de musique exploité à Berck, rue des Pâtures :
- un gros tour parallèlle [sic]
- une décolteuse [sic]
- un petit tour
- une perceuse
- un touret à polir
- une polisseuse
- une scie circulaire
- une meule double
- une petite meule d'affûtage
- 8 étaux
- 3 moteurs
- 3 petits moteurs
- une petite polisseuse
- une petite scie circulaire
- 10 m. de transmission
- 14 poulies en bois
- 100 m. de courroie
- 3 soufflets à pied
- une meule à eau
- 50 pinces genre américain
- 1 forge
- 2 établis simples
- 2 établis doubles
- 40 outils divers
- 200 limes diverses

Salle de nickelage :
- une dynamo
- un bain de nickelage
- un bain de dégraissage
- un bain de dénickelage
- 5 cuves de rinçage
- 2 chauffe-bain
- 3 tableaux de réglage

Bureau :
- un bureau plat avec tiroirs
- deux tables
- une machine Underwood n° 5
- des casiers

Marchandises :
- 10 cornets à piston
- 6 trompettes d'harmonie
- 8 bugles
- 3 altos
- 4 tambours
- 3 basses
- 2 trompettes
- 38 clairons
- 2 trompes de chasse
- 7 caisses
- des cymbales
- 96 pupitres
- accessoires et écouvillons
- accessoires de caisses
- 146 embouchures
- potences, boutures lentilles, boucles, broches, viroles
- 10 clarinettes
- 49 instruments divers
- 41 autres
- des pavillons
- des SaxosJaz [sic]
- des anches, des becs et ligatures, ressorts, diapasons, cordes, 10.750 tampons, des castagnettes, des sourdines
- 95 peaux de tambours et grosse-caisse
- des ressorts, des tubes, du laiton, des accessoires
- 32 sacs et étuis
- 5 phonos
le tout pour un total de 100.000 francs, y compris les éléments incorporels estimés à 1.000 francs.
Source : actes constitutifs de sociétés cote 6U-2/525 (année 1932)



les signatures du contrat
© Archives Départementales du Pas-de-Calais

Comme me le précise un lecteur (merci Jean-Jacques B.) ce matériel ne peut pas avoir été utilisé pour de la fabrication d'instruments, mais pour celle des supports de saxophone Saxo Jazz et des accessoires spécialisés, comme les boutons, la visserie, les ressorts et sans doute aussi des pistons, peut-être aussi pour l'embouchure Etoile du Nord. Les photos, censées représenter les ateliers avant 1931, sont aussi incompatibles avec cet inventaire de 1932 qui ne décrit que 6 postes de travail, loin donc de la bonne trentaine d'ouvriers présents sur ces photos. En conclusion, il y a de forte probabilités que l'on ait pas fabriqué d'instruments à vent à Berck, sauf peut-être, d'après JJB, des clairons ou des trompettes de cavalerie comme le suggère la présence des pavillons. 


*****

Le catalogue indique qu’il travaille avec ses fils. Le recensement de 1926 les mentionne tous les deux comme employés chez leur père. Marcel, l’aîné, est le directeur technique, à son décès à Berck en 1949, il est cafetier 20 rue Gabriel Péri. Armand est directeur commercial, il est mentionné comme tourneur à son mariage en 1928, il décède à Paris en 1947, son épouse, Marie Joannès, décède à New York en 1996, dans le quartier de Manhattan.





photos extraites du catalogue
collection personnelle



Le Club Musical Berckois en 1935, directeur fondateur J. B. Barbe en 1922
© Archives municipales de Berck sur Mer


Les collaborateurs :

Le directeur artistique est Adrien PELISSIER, ex-soliste de la musique de la Garde Républicaine et ses collaborateurs artistiques sont : 
- Gabriel DUSEIGNE, hors concours de l’école nationale de musique de Saint Omer, 1er prix du Conservatoire de Strasbourg, prix Luzan-Wolf et vice président, directeur de l’Harmonie du Touquet-Paris-Plage
- L. PERU, lauréat du Conservatoire de Paris en 1930
- Victor NYS, soliste de la musique de la Garde Républicaine, ex-professeur du Conservatoire de Roubaix
- Victor DUHAMEL, 1er prix du Conservatoire de Roubaix, soliste des Concerts classiques
- Gaston VASSOUT, 1er prix du Conservatoire, soliste des Concerts Parisiens.

La recherche continue

Christian Declerck


D’autres infos sur les instruments J.-B. Barbe iciici et ici
Des photos d'atelier similaires ou très ressemblantes, signalées par un lecteur ici et ici

Sources : état civil, registre matricule, recensements.
Mes plus vifs remerciements aux archives municipales de Berck et particulièrement à Mme Le Louarn, qui a fait une grande partie de ces recherches.
William Waterhouse, dans son New Langwill Index, paru en 1993, mentionne deux autres catalogues parus en 1929 et 1934 (cité par Jacques Cools dans la première partie de son Essai de classification alphabétique des facteurs, ouvriers, inventeurs, essayeurs, marchands… français, d'instruments de musique à vent, paru en 2000, n° spécial XI de la revue Larigot)

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Un lecteur anonyme m'a envoyé cette série de photos, qu'il en soit vivement remercié.






4 commentaires:

  1. commentaire reçu par ailleurs :
    " Belle découverte que ce catalogue BARBE à Berck /Mer. Ca fait un moment que je cherchais des infos sur cette marque retrouvée régulièrement sur des instruments en brocante (saxos, flutes métal...) .les réparateurs locaux questionnés sur la question suggéraient une facture industrielle extérieure à la région, la marque étant mise ultérieurement par le revendeur , comme cela se faisait couramment à l’époque (fin XIXème début XXème)...
    Mais la découverte de pubs sur l’embouchure “l’étoile du Nord “ m’avaient convaincu du contraire, et d’une probable fabrication régionale, au moins pour cette embouchure.
    Ce catalogue et les recherches de Christian sur la famille Barbe apportent donc une contribution majeure à la connaissance d’une facture régionale d’instruments à vent, qui était déjà représentée par la maison Joseph GRAS avec des ateliers de fabrication situés à Lille pour cette dernière enseigne.
    Bravo pour cette trouvaille, Christian !. JJR"

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  2. Bonsoir Messieurs.
    Cet article est une avancée majeure dans cette recherche.
    On peut y consulter ce catalogue de 1931 et féliciter Christian pour cette mise à disposition.
    Nous connaissons deux brevets de M. J.B. Barbe, celui de 1926 concernant un support pour instrument de musique tels que les saxophones, visible page 48 de ce catalogue.
    Un brevet concernant le grain variable d'embouchure "Etoile du nord" de 1933 et absent de ce support daté de 1931.
    Je supposerais que ces deux éléments furent produits sur Berck.
    En ce qui concerne les saxophones présents pages 17, le système d'accord bocal dont ils sont pourvus est un brevet Siour- Beaugnier de Mantes et datant de 1928.
    Page 33, remarquez les clés de coté, main droite saxophone, elles sont inclinées; nous sommes encore chez Siour- Beaugnier.
    La plupart des saxophones Barbe rencontrés présentent une organologie Beaugnier et il est fort probable que cela en soit, serait ce Mantes et pas Berck?
    Nous savons aussi par publicités rencontrées que la facture de cet établissement concernait principalement des pièces détachées pour instrument à vent, boutons de piston, ressorts de cuivre...
    Pour l'instant et ce n'est que le début, il y aurait aussi traces de facture sur Berck concernant Barbe frères concepteurs d'un hautbois languedocien.

    Copier ce lien et cherchez Barbe frères n°23:
    http://www.culture.gouv.fr/mpe/recherche/pdf/AFR_2.pdf
    Bien cordialement.


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    1. Merci pour ces précisions, et cette preuve de facture sur place.
      Si l'outillage était présent, il devait servir à autre chose aussi.

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  3. Dans ce cas là, à tourner éventuellement servir à fabriquer de la clarinette mais on en sait rien! Si l'on se réfère au dépôt de brevet de 1933, il est au nom de la s.a.r.l Barbe et Fils, appellation que l'on retrouve sur les publicités de 1934 à 1937, la dénomination Barbe frères suivrait logiquement la courte retraite de Jean Baptiste?
    Nous avons aussi une estampille Barbe & Co présente sur un bugle Gaillard et Loiselet de Lyon et daté de 1940.
    Une activité de marchand, de réparateur et de fabricant de pièces détachées, supports et embouchures maison et quant à la facture d'instrument à vent, hormis cet hautbois, elle resterait à approfondir.

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