mardi 18 novembre 2014

Conférence : danse et corporations

par Patrick Bollier




organisé par Les Amis des Musées de Lille

le jeudi 11 décembre 2014
à 17h30
à l'Hospice Comtesse
32 rue de la Monnaie, Lille

lundi 17 novembre 2014

L'original Verc'ruys

Longtemps j'ai cherché qui pouvait être ce personnage extravagant qui se cachait derrière ce pseudonyme.

collection personnelle


Georges Vercruysse (ou Vercruyse selon l'état civil) est né à Wasquehal en 1887, il est le fils d'Adolphe, journalier, et Prudence Deletrée, tous deux nés en Belgique. Le couple arrive un peu avant 1880 à Croix. En 1881 y naît leur premier enfant Elisa. Suivront Auguste, en 1883 dans la même commune, puis Louise qui voit le jour à Everbecq (Belgique), lieu de naissance de sa mère, en 1884.
Au recensement de 1906, Georges est employé comme horticulteur à la société Haute-Croix. Il est domicilié chez ses parents 70 rue du Noir Bonnet. Son frère Adolphe, né en 1889, exerce la même profession.
A part la publication de ces monologues, on ne sait pas grand chose de la "carrière" de ce comique local. La revue Les Spectacles le mentionne en 1926, il passe au Casino de Lille, il est qualifié de "comique populaire" et en 1929 dans la salle de l'Union de Lille, au music-hall, on le dit "roi des comiques".


collection personnelle

Quelques années auparavant il s'était fait remarquer, et photographier, lors de son mariage avec Madeleine Fauvergue, originaire de Borre. Le cortège de noce se déplaçait en brouettes, le marié et les témoins transportant leur épouses sur ces larges brouettes utilisées autour de Lille et popularisées par Jules Watteeuw, alias Le Broutteux, à Tourcoing où elles servaient aux tisserands à transporter leur pièces de tissus. Peut-être que Georges utilisait aussi des brouettes dans son métier d'horticulteur.
Je n'ai pas connaissance d'une descendance et son décès n'est pas mentionné en marge de son acte de naissance, la recherche continue.

Christian Declerck







collection personnelle


Tous ses monologues sont en patois, ils circulaient dans toute la région. On en a collecté dans le Pas de Calais, voir ici

Les titres dans ma collection :
- Berlique ! berloque !
- L'braïou
- Ch' n'est pos des trucs à faire
- Copé in morceaux
- J'ai rêvé qu' j'étos mort
- J' suis bin malate
- L'perroquet du p'tit d'Justin
- Quand in a inne belle-mère
- Rosalie

et ce monologue transcrit dans un cahier de chant ayant appartenu à Albert Dryburgh, domicilié à Rosendael, 103 quai Vauban.

Les 40 sous du Bon Di
collection personnelle



il a aussi écrit une chanson à la gloire des habitants de Wasquehal : Vive les Waquehaleux


collection personnelle



mardi 4 novembre 2014

Mabidon : 40 ans !


C'est chez Fabien Dubarre, à l'estaminet des Damoiselles(notre Olympia à nous...) que nous avons souhaité fêter les 40 années d'activité du groupe.

Venez donc nous rejoindre le dimanche 23 Novembre,

avec MABIDON en duo, MABIDON avec les anciens qui voudront bien nous rejoindre, et puis les groupes amis (quoique plus jeunes...) que sont SMITLAP et SHILLELAGH.

Cette manifestation s'inscrit dans le cadre du Folk Club des Damoiselles, selon la formule habituelle des ''Pas de Saisons''.

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La p'tit' histoire de Mabidon


Mabidon en 1974
collection JJ Révillion


En 1973, bidouillant déjà de la guitare comme tout le monde, Christophe Declercq et Jean Jacques Revillion se mettent au folk (comme on disait à l'époque), fallait bien retrouver nos racines dans ce monde en pleine mutation idéologique. Au folk club des Arts et Métiers, ils font la connaissance de Michel Lebreton, Philippe Margat et Michel Desprez. Ca y est, la « Mandragore » est née,… non, ils vont plutôt s’appeler Mabidon, ça fait bien folk aussi. 
Et les voilà en concert aux Arts et Métiers, avec la Grande Folque, un groupe de Valenciennes, en première partie de Gabriel Yacoub qui venait de sortir l'album Pierre de Grenoble... L’aventure continue au folk club de la MJC Marx Dormoy où, tous les mercredis, c’est la découverte des meilleurs groupes de l’époque. Là, les rencontres se multiplient, les hootenannies vibrent de tous les instruments et les danseurs virvoltent. Rencontre de Jean Marie Befve et Kéké St Pol lors d'un concert avec Alfred Den Ouden au café Le Saint Sébastien de Stenvoorde, puis celle de Didier Demarcq avec Galimède lors de la Fête à la brocante du Vieux Lille, et celle de Jean Pierre Goudrand avec sa cornemuse écossais et d’autres encore.
Après une mémorable virée dans les Cévennes durant l'été 1974, une première formule se stabilise à cinq, dans une version présentant des concerts, celle qu'on retrouve sur la première affiche du groupe. Fin 1976, suite à un stage en Belgique, le groupe ressent une impérieuse envie de réapprendre et de diffuser les danses liées à cette musique traditionnelle. 
Mabidon programme alors un rendez vous mensuel, « la Maison de danse », à la MJC de Fives, ateliers de danses avec Michèle Coupez et Marie Aude Pradeau et ateliers d'instruments. Chacun ramène les nouveaux doigtés et nouvelles techniques de jeu ou encore les nouvelles danses apprises dans les stages. Ces rencontres dureront une dizaine d’années toujours dans la convivialité, la bonne humeur et l’échange. C'est à cette époque, toujours en 76, que le groupe s'ouvre et accueille tous les copains intéressés par le projet "bal folk" : Philippe Cheval, Didier Demarcq, Jean Daniel Escande, Bébert Riff, Fabienne Kotlarczik, Dominique Binault, Marie Pascale Révillion, etc, dans une formule "à géométrie variable" d'une douzaine de membres. Cette formule tourne dans la région : ateliers danse et instrument l’après midi, concert et bals au soir. Rentrée vers 4/5h du mat' après une plâtrée de pâtes ! 




à la Maison de Danses de Fives en 1980
photos Christian Declerck

Il y aura des départs au fur et à mesure des années, puis l'arrivée en 1983 de Jacques Legorec qui amène sa vielle à roue, son jeu percutant et sa virtuosité. D’emblée il oriente le groupe vers le répertoire Berry/Bourbonnais. Le groupe reprend alors un coup de jeunesse avec un nouveau son, un tempo rocky et une cadence d’enfer. Un passage de quelques années dans le groupe qui a bien marqué le monde trad. Il est remplacé quelques temps par Lucette Spinoit, une amie belge, après son départ.
En 1987, le groupe se stabilise à nouveau à cinq en accueillant Stéphane Couturier à la guitare. C'est la formule qui aura la plus grande longévité, avec Christophe au violon, Philippe aux cornemuses, Didier aux diatos, Jean Jacques au cistre, au violon et au chant. Avec Stéphane, l’harmonie et la précision sont maintenant de rigueur. Le groupe acquière une musicalité avec un son plus posé. On l’écoute aussi bien qu’on danse. Puis Philippe et Stéphane décident d'arrêter le groupe en 2004. On accueille durant une année Florentin Desaunay (flûtes, clarinette) avant qu'il ne quitte la région. 
Le groupe continue tant bien que mal à jouer à trois. Christophe nous quitte en 2012 empêché par la maladie. Depuis, le duo Didier (le tire/pousse) et Jean Jacques (la gratouille) continue l’aventure MABIDON.

1974-2014 : 40 ans. Quel chemin parcouru, et quel beau résultat, avec tous les copains musiciens de la région. Des années durant lesquelles le groupe aura contribué à la diffusion et à la renaissance d'un mouvement autour des musiques traditionnelles dans la région Nord Pas de Calais, par les recherches entreprises, par la participation de ses membres à de multiples groupes régionaux (Quatuor Fanfare, Klauwaerts, Mouchafou, Envoyez les violons, Chti Bayou, 3 pieds 6 pouces, Cric Crac Cie, etc.) par la transmission auprès des élèves de la Piposa, de Cric Crac Cie, et d'ailleurs, par des enregistrements de vinyls de cassettes et de CD, par l'animation de multiples bals folks et la rencontre d'un public qui traverse les générations.

Jean Jacques Révillion

samedi 1 novembre 2014

d'Absinthe et de Bergamote

C'est le titre d'une cassette, sous-titrée Regards chansons 1880-1920, éditée en 1987 par le duo de chanteurs Nadine Pouilly et Denis Cacheux de la Compagnie Tant qu'à faire basée à Lille.



- Le couteau, Théodore Botrel
- La Charlotte* (extrait), Jehan Rictus
- Ce bon bougre de métayer, Gaston Couté / Théodore Botrel
- A Montmertre, Aristide Bruant
- Filles d'ouvriers, Jules Jouy / Gustave Goublier
- Paméla aussi, Edmond Bouchaud dit Dufleuve / Charles Jardin
- Demain dès l'aube, Victor Hugo / Henri Tachan
- Y a qu' les riches, Félix Mortreuil / Paul Briollet / Charles Raiter dit Del-Raiter
- Le grand frisé, Emile Ronn / Léon Daniderff
- Les rafles, Gaston Monthéus / Raoul Chantegrelet / Pierre Doubis
- C' qu'on n'disait pas**, Jules Combes / Raoul Chantegrelet
- Les grimaces, Xavier Privas


musiciens :

Thierry Barroit, saxos, flûte, clarinette
Denis Cacheux, accordéon, piano
Hugues Martel, percussions
Jean Millot, piano
Jean Christophe Tant, guitare
William Schotte, violoncelle
Michel Vandenberghe, basse
Jean-René Vankeisbelk, cornet


Filles d'ouvriers, extrait



Téléchargez ici

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* à propos de la Charlotte, dont le titre complet est La Charlotte prie Notre-Dame durant la nuit de réveillon, je peux apporter quelques informations complémentaires sur le père "inconnu" de son auteur Jehan Rictus, alias Gabriel Randon.
Gabriel Randon de Saint Amand est né à Boulogne sur Mer le 21 septembre 1867,  fils naturel de Domitille Camille Gabrielle Adine Randon de Saint Amand, artiste dramatique et lyrique née à Port Louis dans le Morbihan en 1846. Dans une lettre publiée en 1910, Jehan Rictus révèle le nom de son père biologique, Mandé Delplanque qu'il dit être professeur de gymnastique.
Alexandre Mandé Delplanque, né à Boulogne sur Mer en 1821, est le fils de Louis Marie Clément (maître de danse, né à Wimille) et Jeanne Thérèse Collette Bollengier (née à Hondschoote). Il était professeur de danse et de maintien, avec son père, rue des Vieillards, et faisait paraître régulièrement dans les Almanachs de la ville, cette annonce : Professeur dans les principaux pensionnats de Boulogne. Maître de danse breveté, élève de feu le célèbre M. Coulon, professeur de la première classe de l'Académie Royale de Paris. A l'honneur d'informer les familles anglaises qu'il donne des leçons en ville, et que son Académie, ci-devant rue des Pipots, est maintenant dans sa belle salle de bals et de concerts, rue des Vieillards, n° 15, les mardis, jeudis et samedis, de trois à cinq heures ; et aussi cours de polka. 
La nouvelle méthode de M. Delplanque, par exercices raisonnés sur les principes naturels, suivant les bases de l'anatomie, donne en peu de temps, à ses élèves, l'avantage de danser avec grâce, d'avoir une belle tenue en marchant, et de pouvoir se bien présenter en société, avec aisance et sans affectation. Il donne également des leçons de révérence de cour.
Il avait trois frères, aussi professeurs de danse : Louis Marie (1812-1882), Sulpice Hugues (1818-1896) et Hildevert Charles né en 1827.
Alexandre Mandé est mort à Boulogne sur Mer le 12 août 1887 rue Saint Louis.


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** à propos de C' qu'on n'disait pas, nous recherchons toute information sur cette chanson dont nous n'avons trouvé aucune trace sur les sites officiels : Gallica, Catalogue Collectif de la BNF, etc.


mardi 28 octobre 2014

La chanson de Lorette, de Vimy, de Verdun… de Craonne

Vient de paraître
une enquête sur la chanson de Craonne par Guy Marival





Guy Marival vient de publier aux éditions “Regain de lecture”, un passionnant bouquin intitulé “la chanson de Craonne,  enquête sur une chanson mythique”.
Ca se lit comme un polar! Guy Marival, historien, chargé de mission auprès du Conseil Général de l’Aisne pour le chemin des Dames, auteur de nombreux articles sur cette chanson, y raconte son cheminement, ses découvertes, son enquête, et y tord le cou à pas mal de fausses vérités (prétendument recueillie en 1917 par Paul Vaillant Couturier, hymne des mutins de 17, interdite par la censure, etc.)
Il en recense 17 (décidément...)  versions retrouvées dans les cahiers de chansons de soldats, ou dans les collectages réalisés par les folkeux des années 70 (Eric Montbel, Michel Colleu,...), ou encore imprimées (même par les Allemands...), elle a été chantée et notée bien avant Craonne, à Lorette (la plus ancienne version, celle que j’ai eu la chance de retrouver et qui est sur ce blog, date de septembre 1915), à Verdun,  dans la Somme, en Champagne...
A chaque fois, les paroles se modifient “c’est à Lorette” ou “c’est à Verdun” “c’est à Vimy”, mais toujours “sur le plateau qu’il faut laisser sa peau”.
En tous cas, son verdict est le suivant : pour lui, c’est un des derniers exemples de “chanson de tradition populaire”, qui s’est diffusé sans médias, par le bouche à oreille, dont le ou les auteurs n’ont jamais été connus (à ce jour)
Je cite Guy Marival : ”le fait est qu’elle s’est répandue rapidement et  quasiment à l’identique. Sans partition de référence, sans la notoriété d’un interprète, sans matraquage médiatique. Cela tient du miracle!”.
Inutile de vous dire que j’ai adoré, et dévoré ces 200 pages consacrées à une chanson, et je tente de vous faire part de mon enthousiasme.

J.-J. Révillion

à commander ici


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d'autres pages sur le même sujet ici et ici

en complément





"Un film de Michel Collon & Denise Vindevogel. (Belgique, 2014)
En cette année anniversaire, les médias racontent « comment » a eu lieu la Première Guerre mondiale (dix millions de morts), mais jamais pourquoi. « Morts pour la patrie », proclament tous nos monuments officiels.
Mensonge ! 14-18, c’était déjà une guerre du fric. Non seulement chez les « méchants » (Allemagne, Autriche), mais aussi chez les « gentils (France, Angleterre, Belgique…), le véritable enjeu était : quelle puissance dominera le monde et contrôlera ses richesses ?"

mercredi 24 septembre 2014

Cistre de prisonnier de guerre allemand (1914-1918)

photo J.-J. Révillion

2014, année du centenaire de la première guerre mondiale : de nombreuses manifestations commémoratives sont organisées tout au long de cette année aux quatre coins de la France pour se souvenir.
Comme on le sait, la guerre de mouvement qui ne devait pas durer plus loin que Noël 14 se transforma en guerre de position, dans les tranchées, avec un front long de plusieurs centaines de kilomètres où les combats étaient discontinus et laissaient une large place à l’attente. Ainsi la vie continua et s’organisa, pour la fleur de la jeunesse des pays belligérants, durant ces quatre années.
Et la musique joua un rôle important, dans le quotidien de ceux qui connurent cette horreur, pour les aider à supporter l’insupportable : chansons, instruments de musique de fortune, nombreux sont les témoignages oraux, écrits, photographiques, ou encore sous forme d’objets souvenirs.
Le musée de Mirecourt, capitale française de la lutherie, présente actuellement une exposition intitulée « La musique malgré tout » où sont présentés les différents aspects de la pratique musicale durant ce conflit. Outre les collections du musée, les conservateurs ont sollicités des prêts de collectionneurs en rapport avec le thème. C’est ainsi qu'un « cistre de prisonnier de guerre allemand » est arrivé au sein de cette exposition.
Bien que ne comportant aucune inscription permettant d’authentifier ni de dater cet instrument, je connais parfaitement l’histoire de ce cistre, puisque je la tiens de mon propre grand père.

Jean Baptiste REVILLION, né en 1898 à La Gorgue (59), a fait la guerre de 14 dans l’artillerie. Il y a perdu son frère ainé, Louis, télégraphiste mort en mission à Tahures (Ardennes), et une bonne part de son audition.
Il en est revenu, sans autres séquelles que sa surdité, et a toujours conservé un certain nombre d’objets relatifs à ce conflit (casque Adrian, baïonnettes, lance fusée, obus gravés…) qui faisaient l’admiration du petit garçon que j’étais, quand il me racontait « sa » guerre 14-18.
Ce cistre, il l’a échangé avec un prisonnier de guerre allemand, contre des bouteilles de vin. On y retrouve certaines caractéristiques des cistres anciens, avec le décrochement* du manche qui est moins large que la touche, la fabrication est rustique mais soignée, elle présente toutes les caractéristiques de la lutherie d’art populaire, faite avec des moyens de fortune : l’orme n’est pas un bois de lutherie et a été employé pour l’ensemble des parties de l’instrument, la caisse est ronde au lieu d’être pyriforme ce qui simplifie le cintrage des éclisses, les chevilles sont taillées au couteau et à la lime. Patrick Delaval qui en a fait un plan détaillé considère, à juste titre, qu’il s’agit d’un waldzither, lointain descendant du cistre renaissance ou XVIIIe siècle encore joué dans certaines régions d’Allemagne : la Thuringe et la région de Hambourg.

© Patrick Delaval
(meilleure définition sur demande)

Le frettage d’origine, en barettes de laiton, a malheureusement été modifié et remplacé par des frettes de guitare plus récentes, dans les années 70 par un apprenti luthier qui pensait améliorer la justesse… Alors que si c’était aujourd'hui, je le laisserais bien évidemment dans son état d’origine !
Je ne le savais pas à l’époque, mais cet instrument que m’a transmis mon grand père, quand je commençais à faire de la musique à l’adolescence, a été le point de départ de ma collection d’instruments d’art populaire et d’une passion qui ne m’a plus quitté.

Jean Jacques Révillion.

* ce décrochement existe également sur un Thüringer Zister de la fin du XVIIIe siècle conservé au musée instrumental de l'Université de Leipzig, voir aussi ici et ici