jeudi 28 mai 2020

La machine infernale

publié le 22/5/2020
mis à jour le 28/5/2020, ajout de la description du double jazz-band et des infos généalogiques


pour Thierry

C'est le nom que donne Charles Verstraete au jazz avec commandes aux pieds utilisé dans la région du Nord autour de Roubaix et Tourcoing. Il nous en donne un témoignage vécu :



Riton Jazz, Arras
collection personnelle
Vers 1900, certains accordéonistes du Nord de la France se servaient d'une basse aux pieds, inventée en Belgique. Les accordéonistes de bals se faisant souvent accompagner par un batteur (grosse caisse, tambour et cymbales). Mais, estimant que deux hommes étaient encombrants dans les cafés et aussi plus chers, quelqu'un imagina le "jazz aux pieds" et quand l'accordéoniste était le patron, l'économie était substantielle.
Les premiers à construire ces jazz aux pieds furent Octave Créteur(1), 81 rue de l'Epeule et surtout Charles Blomme(2), tous les deux nés à Roubaix en 1885. […]
L'ampleur de la grosse caisse et du tambour ajoutait de la puissance au son. Sur les premiers modèles, les commandes étaient déclenchées par des ficelles. Par la suite, on adopta une soufflerie. L'engin était démontable pour permettre au musicien de se déplacer avec sa batterie, notamment lorsqu'il faisait une tournée. Puis vint l'électricité qui allégea l'ensemble en donnant cependant plus d'importance au ponton à commande sur lequel était installé l'artiste. Son genou droit actionnait le roulement de tambour, le gauche les castagnettes, les pieds donnant le coup de cymbales et déclenchant diverses combinaisons. Pour m'en être servi, je puis assurer qu'il fallait sortir autant de l'école de Joinville que du conservatoire de musique !
Mon père, qui débordait toujours d'initiatives et dont l'esprit inventif était toujours aiguisé, s'avisa de demander à Charles Blomme, un jazz pour deux accordéonistes avec, donc, deux pontons à commandes, agrémentés - et là était le génie - d'ampoules de couleurs variées, synchronisées avec les pédaliers et les roulements qui étaient reliés - mon père était un perfectionniste - aux éclairages de la vitrine du café. Ainsi, qu'on fut au pont Morel ou à la Fosse-aux-Chênes, la lumière était visible, signifiant qu'on jouait "chez Verstraete". Ce jazz, une machine infernale, fut le dernier chef-d'œuvre de Charles Blomme.
Raymond Verschuren, qui possédait aussi un jazz Blomme (classique) avec lequel, dans l'Oise, il faisait les bals ambulants dits "parquets", se vit offrir un jour par son fils André, la fameuse "machine infernale" rachetée à mon père. Au décès de Raymond, André la trouva dans l'héritage, avec le classique. Au cours d'une rencontre, à l'occasion d'une émission au Théâtre de l'Empire, à Paris, je suggérai à André d'en faire des reliques que Roubaix serait heureux d'accueillir. Avec Bruno Gaudichon, conservateur du Musée d'Art et d'Industrie, nous nous retrouvâmes à Creil, en 1995, pour récupérer ce don. […]

De l'Accordéon au trombone, Charles Verstraete, 2000




collection Charles Verstraete




(1) Octave Créteur : fils d'un tisserand et d'une bobineuse, il a exercé les professions de menuisier et cafetier. Sa fiche matricule nous donne plusieurs adresses, 1905 : 62 rue de l'Industrie ; 1911 : 112 rue de Soubise ; 1906, 106 rue des Longues Haies ; 1920 : 81 rue de l'Epeule (photo de son café sur le site de la médiathèque de Roubaix) ; 1928, Orroir (B), place de l'Enclus ; 1934, Mouscron (B), 164 chaussée de Lille ; en 1934 il est mentionné à Ostende. Il est mort à Mouscron en 1976.

(2) Charles Blomme : ses parents sont Belges, son père est né à Bruges, il sera soigneur dans une filature comme lui, c'est la profession que l'on relève sur ses deux actes de mariages en 1904 et en 1912 et les naissances jusqu'en 1914. Les couples auront quatre enfants. Sa fiche matricule n'existant pas (il est de nationalité belge), c'est dans les divers actes de naissances et mariages que j'ai relevé ses adresses à Roubaix, ainsi que ses professions : 1905, rue d’Alger ; 1907, rue du Vieux Hutin ; 1914, rue de Beaurewaert ; 1919, 5 boulevard de Belfort, luthier ; 1926, Roubaix, ouvrier luthier ; 1930, 185 rue de Cartigny musicien.  Il meurt à Herseaux (B) en 1970. Son  deuxième fils, Charles (1907-1972) se déclare violoniste lors de son mariage, il est alors domicilié à Colmar. J'ai relevé que sa seconde épouse, Clémence Platteau est décédée en 2017 à Wattrelos, elle aurait pu apporter son témoignage.


*****

Le jazz-band Blomme du Musée de Roubaix

1. Présentation historique
Le projet de restauration du jazz-band a été lié à l'origine au don de l'instrument au musée de Roubaix en 1993. Le donateur, accordéoniste professionnel, avait en effet exprimé le souhait que la fonction sonore du jazz-band puisse être rétablie en vue de le faire rejouer dans le cadre de manifestations culturelles, renouant ainsi avec la tradition locale d'animation des cafés de Roubaix au début du siècle. Il faut savoir, en effet, que les jazz-bands à cette époque contribuaient largement à l'animation des cafés, établissements très populaires fréquentés par la classe ouvrière, l'histoire des cafés dans les villes du nord étant elle-même très liée à l'essor de l'industrie textile. A ce titre il constitue un témoignage exemplaire d'un type de vie sociale très représentative du contexte économique de la région. Le jazz-band donné au musée faisait lui-même partie du mobilier d'un café de Roubaix, le café Verstraete ; l'intérêt qu'il représente sur le plan sociologique et le fait qu'il a été produit par une fabrique locale justifiait pleinement sa présentation et sa mise en valeur dans les collections du musée.
Le jazz-band provient de la fabrique Blomme, comme l'indique une inscription sur la peau de la grosse caisse. Cette fabrique, qui était située rue de Lannoy à Roubaix, a dû produire un certain nombre d'instruments comparables à celui-ci, mais nous n'en connaissons actuellement qu'un très petit nombre d'exemplaires. Nous manquons également d'informations concernant sa date de fabrication. Le style du décor ainsi qu'une photographie ancienne du jazz-band devant la fabrique Blomme permettent de situer sa construction aux alentours de 1914.

2. Description
Le jazz-band se compose d'un corps central et de deux estrades placées de chaque côté. Le corps central présente une structure en bois peint de forme pyramidale couronnée d'une lyre décorative. Plusieurs éléments acoustiques de type percussions occupent des différents niveaux : sur la partie inférieure un woodblock encadré de deux soufflet comportant chacun six grelots. Au-dessus une grosse caisse caisse dont la peau, côté face, est recouverte d'un décor peint représentant une figure féminine jouant de la harpe et entourée de l'inscription "Charles Blomme - constructeur - Roubaix". Sur l'un des deux batteurs en bois, au revers de la grosse caisse, sont fixés quatre disques métalliques rappelant ceux des tambourins à sonnailles et un grelot. Au-dessus de la grosse caisse une cymbale ornée au centre d'un gros cabochon en verre facetté de couleur rouge évoquant un rubis. La cymbale est encadrée de deux castagnettes. Au niveau supérieur, une caisse claire surmontée d'un triangle suspendu à un crochet en métal fixé au sommet de la lyre complète cet ensemble qui repose sur un socle en bois peint sur lequel figure l'inscription "jazz-band idéal accordéoniste". Ce socle contient un dispositif pneumatique comprenant des tuyaux en caoutchouc reliés aux soufflets des différents éléments acoustiques, ainsi qu'un système électrique permettant l'allumage intermittent des ampoules placées à divers endroits du jazz-band : quatre ampoules à l'intérieur de la grosse caisse, une ampoule située à l'intérieur du cabochon de la cymbale, douze ampoules décoratives de couleur rouge disposées sur le pourtour du jazz-band.
Les estrades sont également en bois peint et comportent à l'avant une série de douze pédales rondes disposées sur deux rangées (une rangée de sept pédales au bord, une rangée de cinq pédales plus en retrait). Sur chaque côté des estrades, à l'avant, se dressent deux montants comportant un bouton contact électrique à chaque extrémité sur leur face interne. Les quatre boutons, avaient tous disparus et ont du être refaits. Douze soufflets sont placés à l'intérieur de chacune des estrades ainsi que des contacts électriques. Sur ces estrades s'installaient deux accordéonistes qui, tout en jouant, actionnaient la soufflerie en appuyant avec les pieds sur les pédales du plancher, mettant ainsi en marche simultanément les dispositifs acoustique et électrique du jazz-band. Le frappement de la grosse caisse entraînaient automatiquement l'éclairage de celle-ci et l'impulsion donnée avec les genoux sur les deux boutons contacts des montants latéraux permettait d'obtenir un effet acoustique particulier, différent de celui obtenu par les soufflets (roulement répétitif sur le woodblock et la caisse claire). Chaque estrade est reliée à la partie acoustique du jazz-band par douze tuyaux en caoutchouc assurant la transmission pneumatique et par des branchements électriques. Notons que deux circuits électriques distincts sont intégrés dans le jazz-band : l'un fonctionne avec le courant normal et permet les différents effets lumineux, le second correspond aux contacts genoux et fonctionne avec un courant à basse tension obtenu grâce à deux transformateurs.
Il convient de souligner que ce jazz-band n'entre pas dans la catégorie des instruments de musique mécanique automatiques comme la plupart des jazz-bands connus puisqu'il fonctionne uniquement par l'intervention des musiciens accordéonistes pour lesquels il fait office d'accompagnement et constitue en quelque sorte un petit orchestre intégré. […]

extrait de :
La restauration des jazz-bands du musée d'art et d'industrie de Roubaix. par Claire Combe et Douglas Heffer
in :


merci à Philippe Nasse qui m'a transmis ce document



Radio Uylenspiegel, les débuts il y a plus de 40 ans






Retrouvez l'ambiance et les témoins de la fin des années 70 avec les fondateurs 
de Radio Uylenspiegel Folk Radio 
et des extraits des premières émissions,
un plaidoyer pour la langue et la culture  de Flandres.

Agréable écoute

Antoine


c'est ICI

mercredi 20 mai 2020

Le Casino des courants d'air 1 et 2


source : Médiathèque Lévy, Lille

Les jours de marché ou les soirs d'été, plusieurs coins de Lille se trouvent soudain animés par la présence d'un chanteur du pavé. Les places de la Nouvelle-Aventure, Saint-Martin et Madeleine-Caulier, sont ainsi, tour à tour, le terrain de pittoresques concerts en plein air. Mais, le plus typique, le plus populaire d'entre eux, est certainement celui qui, chaque jour, de cinq à neuf heures, retient tout un petit monde ondoyant et divers, place de la République.
L'endroit est bon, sans doute : il n'est pas rare que trois ou quatre gosiers concurrents essaient de se surpasser les uns les autres. Ce sont les "artistes" du "Casino des Courants d'air", pour employer l'expression jolie et drôle du peuple de Lille. Ma foi ! ces artistes ne sont pas inférieurs à ceux de nombreux "beuglants". Ici, point de ces chanteurs qui miaulent aux sons des violons à trois cordes ou d'harmoniums aboyeurs comme en certains carrefours. Au "Casino des Courants d'air", les "chanteurs" ont du "creux", je vous le jure ! S'il faut en croire ses admirateurs, l'un d'eux obtint même un premier prix du Conservatoire de Lille.
Et quel répertoire ! Les nouveautés y sont lancées aussitôt qu'apparues. Oui, tout comme dans les cafés-concerts, où l'on paie la bière des prix invraisemblables… — jusqu'à dix sous le bock !… Monsieur ! — au "Casino des Courant d'air", rien à payer. Libre à vous d'acheter "les chansons nouvelles pour dix centimes" que le chansonnier promène, au bout des doigts, entre deux couplets, mais personne ne vous y oblige : si vous ne vous les procurez pas, c'est vous qui y perdrez, voilà tout.

Aussi les cercles sont larges autour des "maestros" surtout à l'heure de la sortie des ateliers où les travailleurs se joignent aux flâneurs déjà assemblés. C'est alors un tableau de mœurs des plus savoureux : des petites ouvrières, aux yeux fatigués d'avoir cousu toute la journée, heurtent le panier d'un garçon boucher ou la gourde d'un ouvrier, afin de se faufiler au premier rang. Des femmes immobiles semblent ne plus sentir peser à leur bras le paquet de "confection" qu'elles ourleront une partie de la nuit. Des employés fument des cigarettes. Un apprenti écoute avec tant d'avidité qu'il en oublie de manger le sou de frites qu'il a achetées à un marchand voisin. Pour mieux voir, un trottin se hausse sur les pointes de ses pieds mignons… ou celles des pieds de son voisin, tandis que quelque petite bonne ouvre des yeux étonnés au grand plaisir des pioupious qui la regardent en dodelinant de la tête.

Nul concert n'a d'auditeurs plus charmés. Peu à peu, un même frisson les pénètre tous. Les chansons sentimentales qui montent dans le langoureux crépuscule d'été les arrachent à l'obsession de leurs soucis quotidiens et les emportent loin, très loin, en un pays d'illusion. Chaque mot éveille en eux des besoins de tendresse, de câlinerie et des espoirs de bonheur. Elles évoquent tant de choses, à leurs yeux, ces romances où est parlé de vingtième année, de joues roses, de robes claires, de lèvres parfumées, de premier lilas, de promenades dans les bois, de sublimes baisers, d'amour éternel et aussi de jalousie de rupture, de solitude, de fleurs fanées, de cœur désespéré.

De cette émotion naît en eux le désir de savoir la chanson qui les remue si profondément. Aussi, suivent-ils avec ferveur les éclats de voix et les gestes du chanteur. Ils essaient de saisir ces intonations, de velouter, comme lui, les passages de douceur, d'égaler "les roulades". Ils restent là longtemps, longtemps, s'exerçant sans repos, s'impatientant de ne pas progresser assez vite. Leur accent déforme les mots et des "beilles fillles", des "mignannaittes" des "cours charmais", des "bonheur eu", des "peut-ête", des "superpe", se succèdent, ajoutant une fantaisie imprévue à la naïveté des vers. Parmi les élèves de ce conservatoire sans façon, il en est — les riches ! — qui ont chacun une chanson ; d'autres suivent à plusieurs sur le même feuillet ; certains en sont réduits à saisir des bribes de paroles, par dessus l'épaule de leur voisin.
Pendant la pause qui suit chaque couplet, on répète l'air on se communique des impressions, on s'interroge. Cent phrases s'entrecroisent :
- Est-ce que j'y suis enfin ?
- C'est ce passage-là que je ne peux pas "attraper"!
- Tu fais trop rouler les R "d'amour ardent"
- Est-ce que l'on doit faire la liaison dans "il est-z-loin" ?
- Je t'assure que l'on dit "les myrtes flétri-es ! "
Puis, dès que le moderne Brûle-Maison a lancé son "Au couplet suivant", tous ces mélomanes en corsage de satinette, en bourgerons bleus ou en vestons élimés se remettent à l'étude. En regagnant leur demeure, ils continuent à fredonner l'air qu'ils brûlent de connaitre : ils le répètent à l'atelier, chez eux, partout, et retournent plusieurs fois prendre le ton au "Casino des Courant d'air".
Enfin, ils le "savent bien" ! ils le chantent alors les dimanches et les lundis, après quelque dîner familial, au cabaret ou en revenant des guinguettes faubouriennes. C'est ainsi que, certains soirs, une même mélodie monte de toutes les rues de la ville et leur prête un murmure cadencé, pareil à celui de la mer.
Emile Lante (1881-1952)

Le Nord Illustré 1er juillet 1913


*****

Le Casino des Courants d'Air est aussi le titre d'une émission diffusée par Radio PTT Nord à la fin des années 1930. Elle est animée par un couple d'authentiques chanteurs de rue, Jules Lestarquis et Germaine Leclercq.
Jules Alphonse Lestarquis est né à Lille en 1886, fils de Victor, né à Lille et Eugénie Van Weder née à Nazareth (Belgique). En 1910 il épouse Germaine Leclercq, née à Lille en 1887, fille de Louis et Sophie Pieronne. Jules est accordéoniste et s'accompagne avec un jazz aux pieds. Ils se produisent régulièrement à Lille.
En 1929 le journal l'Echo du Nord rapporte un action philantropique organisée par les camelots lillois : Pour le timbre antituberculeux. Un tournoi d'éloquence entre les camelots lillois. Les camelots lillois avaient, hier après midi, réservé leur dimanche à la vente de imbre antituberculeux. Le temps était froi, le pavé humide et glissant, Les Promeneurs, peu nombreux, ne firent pas, à cette généreuse initiative, tout le succès que l'on pouvait en attendre. D'un autre côté, les boys-scouts, mobilisés eux aussi, faisaient aux camelots une énergique concurrence. Il y eut même quelques altercations. Que voulez-vous ! on a beau travailler sans espoir de gain, on a tout de même son amour propre !.
Jules et Germain Lestarquis
par Simons
De la place de la République à la gare, tout le long de la rue de Bethune, on rencontrait de nombreux éventaires devant lesquels des orateurs en blouses blanche vantaient la beauté de  la philantrophie et donnaient généreusement de la voix en espérant que l'on veuille bien donner du geste. La fraîcheur du temps, malheureusement, gardait le public dans les théâtre et dans les maisons. Vers 18 h, le populaire accordéoniste Lestraquit, installé au pied de la Déesse, se tailla un gentil succès. Tour à tour Mme Lestrarquit, Chagnon, l'hygiéniste, et Lestarquit lui-même prenaient la parole pour présenter le précieus carnet. "Montrons que nous somme de bons Français" disait l'un, "Sauvons les petits qui seront les hommes de demain", ajoutait l'autre. La recette ne fut peut-être pas formidable, mais nos camelots n'en ont pas moins fait un joli geste.

Le Grand Echo du Nord 23 décembre 1929

Leur activité de chanteurs de rue serait-elle suffisamment rentable ? pour qu'en 1931 le couple achète l'Hôtel du Moulin d'Or, 15 rue du Molinel.



Vers 1938, Jules et Germaine animent une émission sur Radio Lille, Le Casino des Courants d'air :
" Nous étions tous des voisins du quartier de Moulin-Lille, habitions les rues Bergot, Condé, de la place Vanœnacker. C'était une sorte de chorale et nous interprétions les morceaux à la mode du moment. L'émission pouvait être captée dans les postes à galène" témoigne Mme Denise Naessens à la Voix du Nord. La guerre met fin à cette émission. Jules décède à Lille en 1961 et son épouse en 1970.


le studio du Casino des Courants d'air
source : la Voix du Nord


*****

en octobre 1928, le sous-marin l'Ondine coule au large de Vigo (Espagne), comme d'autres chanteurs de rue, Jules Lestarquit [sic] en fait une chanson.


collection personnelle


Claquebois


mise en ligne le 23/4/2013
muse à jour le 16/12/2019, ajout d'un concert par Charles de Try à Cambrai
mise à jour le 20/5/2020, ajout des prestations d'Ernest Bonnay de Cambrai et une partition de son père

Un mystérieux instrument…




C’est du moins ainsi que j’ai considéré ce « xylophone » quand je l’ai trouvé en brocante en 2011 : les lames de bois me faisaient penser à un instrument exotique (Asie, Afrique ???), peut être ramené lors d’un voyage, alors que la table trapézoïdale qui le soutenait, en hêtre et orme étaient de toute évidence de fabrication nord européenne…  Et que dire des languettes de mousse expansée collées sous les lames sonores, d’allure « fin XXe siècle  ».
Bref, cet instrument me posait plus de questions qu’autre chose, surtout avec les notes de musique selon la notation française (do, ré , mi…) gravées sur chaque lame, qui ne faisaient pas très extra-européen.
Je l’ai donc exposé lors de la brocante musicale de Cappelle en Pévèle de 2012, et ai questionné un certain nombre de visiteurs, passionnés comme moi d’instruments de musique populaire, à qui ça ne disait rien non plus. L’un d’entre eux, Hervé GONIN, grand collectionneur d’instruments de musique traditionnelle du Monde me rappelait cependant dans les semaines qui suivaient pour me dire qu’il avait vu un instrument similaire au musée instrumental de Bruxelles, et qu’il y était appelé  « claquebois », ou «  bois et paille ». Je me ruais alors dans ma documentation, et me rendais alors compte de l’importance de ma découverte… Je tenais un instrument populaire répandu en Europe du Nord au XIXème siècle (Pays Bas, Tchéquie), qui avait disparu des mémoires.
Le démontage des lames et leur examen me confirmaient l’origine locale de la fabrication, puisque l’une d’entre elle portait le patronyme suivant : « JULES JOOS** », avec le même lettrage que les notes inscrites sur chaque lame de bois. Cette fois, il n’y avait plus de doute, il s’agissait bien d’un instrument en usage dans la région, le brocanteur m’ayant dit l’avoir trouvé dans un débarras de maison vers Maubeuge.
D’après César Snoeck, notaire à Gand au XIXe siècle, grand collectionneur d’instrument, et dont la partie des collections issue des anciens Pays-Bas est entrée au musée instrumental de Bruxelles : « l’instrument dans son état actuel a été en quelque sorte créé par un Polonais nommé Gusikow au moyen de perfectionnements successifs apportés à un instrument simple et populaire de son pays, le Jerova i Salamo, espèce de claquebois. Gusikow acquit sur son instrument un talent absolument prodigieux au point d’exciter l’admiration dans les principales villes de l’Europe qu’il parcourut de 1834 à 1837 en donnant des concerts. Ainsi se produisit-il à cette époque un véritable engouement pour le bois-et-paille ; tout le monde voulait en jouer et il était devenu un instrument de concert et de salon. Il est probable que les nombreux amateurs qui s’exercèrent ne réussirent pas comme Gusikow, car après 1840 le bois-et-paille est tombé dans l’oubli, et il est presque inconnu aujourd’hui » (ce texte date de 1894). C’est sans doute un instrument provenant de sa collection qui a permis l’identification de notre spécimen.
Il est clair que Gusikow n’a pas créé le bois-et-paille, ce type d’instrument étant connu de très longue date, et faisant même partie de la catégorie des instruments dits « primitifs », mais sa virtuosité l’a remis en lumière et aura créé au XIXème siècle un regain d’intérêt pour un instrument ancien dont notre exemplaire est un témoignage précieux. Parvenu jusqu’à nous en très bon état*, et avec ses deux mailloches en bois,  seuls les faisceaux de paille soutenant les lames sonores ayant  disparu en raison de leur fragilité. Ils ont pu être reconstitués et restaurés par mes soins avec l’aide des établissements Florimond DESPREZ qui m’ont fourni la paille de céréale nécessaire à cette restauration. Qu’ils en soient ici remerciés chaleureusement.

Jean Jacques Révillion †
6 avril 2013

* Il est plus que probable que les pieds qui portaient la table aient été sciés.
** Voir plus bas


cliquez pour agrandir




****
**
*



Jules Delépierre

A cette découverte très intéressante je peux ajouter quelques informations concernant cet instrument dénommé parfois « claquebois » ou « bois et paille ».
Jules DELÉPIERRE, musicien et chef d'orchestre, né à Armentières en 1820, se produisait également sur ce genre d’instrument dans les années 1850 comme en témoigne cet article publié dans le Mémorial des Pyrénnées :
11 décembre 1852 : « Il y a quelques jours, dans un de nos salons où l’on se réunit fréquemment pour faire de la musique, on accueillit par de chaleureux bravos un artiste étranger, qui, sur un instrument de la facture  la plus simple, car il ne se compose que de brin de paille et de petits morceaux de bois, est parvenu, à force de persévérance et de travail, à produire de riches harmonies et à rendre, avec une puissance et une netteté admirables, les pages les plus brillantes des maîtres de l’art. Cet instrument nouveau est le Zilophone et l’artiste se nomme M. Delepierre. Qu’on se représente une série de minces planchettes de sapin, longitudinalement juxtaposées, attachées les unes aux autres par des cordes à violon et placées sur une petite table couverte de tubes de paille. L’artiste prend en main, deux batons semblables à des demi-baguettes de tambour, et, sur les touches de ce modeste clavier, vous l’entendez exécuter, avec une dextérité et une sonorité surprenantes, les variations les plus difficultueuses Thalberg, Mayseder, de Bériot. Les applaudissements bien mérités que M. Delepierre a obtenu dans cette réunion, l’ont engagé à se faire entendre en public, et nous apprenons qu’il organise une soirée musicale, qui doit avoir lieu prochainement, et dans laquelle il sera brillamment secondé, pour l’instrumentation et pour le chant, par l’élite de nos artistes et amateurs. Nous croyons que la sympathie et la curiosité ne lui feront pas défaut dans cette circonstance. »
Jules Delépierre aura plusieurs enfants qui deviendront des virtuoses violonistes, le premier, Jules Henri, né à Dunkerque en 1849, et surtout ses trois sœurs : Juliette (Douai, 1850 - San-Salvador, 1897), Julia (Bagnères de Bigorre, 1852 - Paris, 1926) et Jeanne (Cambrai, 1863 - ?). les deux premières se produisent à Londres en 1866 et en plus de leurs prestations sur le violon elles ajoutent l’instrument favori de leur père : « The Oxford theatre, Engagement of the talented Juliette and Julia Delepierre. Violinist to all the Northern Courts, aged respectively nine and thirteen years. Mlle Juliette will also perform a Fantasia on her extraordinary instrument called the Xilophone, composed of Bois et Paille [en français dans le texte]. They will appear Every Evening at Nine and Half-past Ten o'clock. » [The Anglo American Time]. Elles continueront de se produire dans toute l’Europe et en 1885 elles sont à Paris « Les demoiselles Delepierre, trois jolies petites jeunes filles, viennent de débuter aux Folies-Bergère, où elles ont obtenu un légitime succès. Rien de plus intéressant que de voir ces enfants jouer, sur des instrumenta ingrats comme le xylophone, des airs variés, hérissés de difficultés. » [Le Grelot], c’est certainement à cette époque qu’a été imprimée cette affiche conservée à la médiathèque de Chaumont.



Christian Declerck


****
**
*


Jules Joos
Ce patronyme d’origine flamande étant assez rare en Hainaut, le signataire de l’instrument découvert par Jean-Jacques pourrait être celui qui était domicilié rue de l’Abattoir à Hautmont, près de Maubeuge, à la fin du XIXe siècle. Jules Joseph JOOS est né à Hautmont le 19 mars 1879, fils d’Aimé, lamineur aux Forges, et Thérèse VANACHTER. Il deviendra gendarme à cheval en Bretagne où il décède en 1961. Si son père est né aussi à Hautmont, en 1856, son grand-père, Fidèle JOOS est né en 1809 à Sinay, aujourd’hui Sinaai-Waas, petit village flamand situé entre Gand et Anvers, ce qui nous ramène au collectionneur gantois César SNOECK. Peut-on imaginer que cet instrument ou au moins le souvenir de cette pratique se soit transmis de père en fils et petit-fils tout au long de ce siècle ? et que l’instrument découvert « près de Maubeuge » soit en lien avec cette famille ?
Personnellement je crois qu’il y a de fortes chances pour que cela soit ainsi, il y a trop d’éléments qui se recoupent, outre les coïncidences généalogiques et géographiques, il y a aussi, par exemple, les notes marquées sur le bois qui ont été faites avec des lettres à frapper utilisées pour marquer le métal, dont on devait se servir dans les Forges et Fonderies de Hautmont.




Peut-être, pure hypothèse, est-ce Aimé qui a fabriqué cet instrument pour son fils et qui l’a marqué à son nom ?
Christian Declerck



********

Gallica
C'est au Théâtre également, soit aux fêtes de la Philharmonie, soit aux fêtes de l'Orphéon, qu'on pouvait entendre un instrument original, délaissé depuis, dénommé vulgairement « bois et paille », parce qu'il était composé de morceaux de bois de différentes dimensions, reliés par des cordelettes, et reposant sur des rouleaux de paille. Le tout était fixé sur une table de bois et se jouait avec des baguettes d'ébène. Le maniement en était- difficile, et peu s'y risquaient. Seuls, MM. Bonnay père et fils et M. de Try osèrent l'affronter. Notre bibliothécaire, M. Delannoy, qu'on ne prend jamais de court, a mis la main sur un numéro de la Gazette de Cambrai, du 15 avril 1865, où l'on publiait un article de la Gazette des Etrangers, que je ne puis m'empêcher de reproduire, à cause de la personnalité qui en fait l'objet : « Il vient d'arriver à Paris, un petit bonhomme bien extraordinaire qui, si je ne me trompe, va faire parler de lui et soulever des ouragans de curiosités. On en va parler avec rage et tout le monde voudra le voir et l'entendre. C'est un enfant de sept ans à peine, de la plus charmante physionomie, un petit virtuose d'une force singulière sur un instrument baroque, assez peu connu, qui s'appelle, je crois, le xylocordéon. Figurez-vous un clavier de bois de sapin, reposant sur des coussinets de paille; on frappe avec un petit marteau ces touches équilibrées, qui vibrent et donnent un son indéfinissable, mystérieux, vague, voilé, sonore cependant et d'une qualité toute spéciale : cela se rapproche du timbre de l'harmonica, ou plutôt encore de cet instrument composé de cloches de cristal, abandonné aujourd'hui et d'où l'on tire des sons par un frottement circulaire. Ce petit garçon se nomme Ernest Bonnay ; il a exécuté, hier, au concert du boulevard des Italiens, une grande fantaisie variée, avec une agilité, une justesse et un sentiment musical très remarquables. Il fait des cadences, les trilles avec une perfection rare ; cet enfant est plus qu'un virtuose, c'est un véritable artiste. Il paraissait hier pour la première fois devant le public de Paris où il est arrivé avant-hier. Il a eu un succès fou et on lui a fait bisser le strette de son morceau. » 
Dans le numéro du 9 mai, de la même année : « Le jeune Bonnay a eu l'honneur de se faire entendre à l'Elysée, devant son A. I. la princesse Mathilde et il a obtenu un magnifique succès. » 
De France, il s'en fut au Danemarck, où le suivit la faveur du public. « La Gazette d'Altona, cite encore le journal de Cambrai, dit qu'il a excité l'enthousiasme au plus haut point, au concert donné dans cette ville. Il en fut de même à Stzchec (Holstein), où son Altesse Louise, l'a mandé pour voir de plus près l'artiste en miniature et l'instrument qui secondait si bien son talent précoce. » 
C'est pour accompagner son jeune fils dans ses tournées artistiques que M. Bonnay quitta Cambrai, le 2 décembre 1865, et abandonna la direction de l'Orphéon Cambrésien en même temps que ses fonctions de professeur à l'Ecole de Musique.

Mémoires de la Société d’Emulation de Cambrai 18 décembre 1927
Théodore Bonnay né à Cambrai en 1819, est mort à Paris en 1904.
Ernest Bonnay est né à Cambrai en 1856, il meurt vers 1875 des suites d'un accident.


source : Gallica


****

J'ai relevé cet article dans La Presse Orphénique du 6 mars 1870 :
Strasbourg, après un concert donné par la violoncelliste Elisa de Try, son père la rejoint sur scène. " Enfin, pour clôturer joyeusement la solennité, et à la demande générale, M. de Try a bien voulu consentir à présenter un instrument de fantaisie, d'origine germanique, et perfectionné par lui : ce sont des rouleux de bois de sapin disposé sur d'autres rouleux de paille et placés sur une table. M. de Try, armé de légères baguettes fort courtes, parvient à tirer de cet appareil rustique les sons les plus doux ; puis avec une prestigieuses adresse, il s'est livré aux caprices les plus fantastiques de la variation sur un thème de Mayseder. Quel est le nom français de cet instrument ? Tryphone, du nom de son propagateur, et voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de cette dénomination : Un jour M. de Try, honoré de l'amitié de Rossini, était allé dans son salon, montrer cet assemblage de touches si primitives, en présence de quelques intimes. Et le maëstro, ravi de l'originalité de ce clavier musical, de s'écrier : Mon cher de Try, vous Try… phonez admirablement. Aussitôt un assitant de répliquer : Eh bien ! que Tryphone soit désormais le nom de l'instrument. Et il en a été ainsi. Auguste Lippmann

Charles de Try est né à Bruxelles en 1819, il épouse Emilie Blervacq à Courtrai en 1843, il sera maître de chapelle de la cathédrale de Cambrai. Il meurt à Lambersart le 8 juin 1887.


jeudi 14 mai 2020

Le Trad Club de la MJC Rosendael 1989-1997

Créé en 1989, il a programmé plus 30 concerts/bals folks et les stages en lien avec les artistes invités.



Saison 89-90
- 3 décembre 1989 : 3 pieds 6 pouces
- 13 janvier 1990 : Mabidon
- 17 mars 1990 : Quatuor Fanfare
- 11 mai 1990 : Jean-François Dutertre

Saison 90-91
- 20 novembre 1990 : Houria Haïchi et Equidad Barès
- 12 janvier 1991 : Smitlap
- 6 avril 1991 : Roulez Fillettes
- 8 avril 1991 : Duo d'épinettes, Patrick Gilbert et Jacques Leininger

Saison 91-92
- 13 décembre 1991 : Ceilidh + Marc Guilloux
- 1er février 1992 : Maubuissons
- 3 avril 1992 : Catherine Perrier et John Wright
- 22 mai 1992 : Ti Jaz

Saison 92-93
- 2 octobre 1992 : soirée harpes, Vandernoot / Delavier
- 3 octobre 1992 : Vents Contraires
- 22 novembre 1992 : Zap Mama avec Le Bateau Feu (scène nationale de Dunkerque)
- 16 avril 1993 : Taran
- 17 avril 1993 : Estaminet
- 19 juin 1993 : La Chavannée

Saison 93-94
- 12 novembre 1993 : Swart Kaffe
- 13 novembre 1993 : Perlinpinpin Folc
- 3 mai 1994 : Trio Bouffard
- 4 mais 1994 : Dédale
- 10 juin 1994 : Ensemble Paul Rans

Saison 94-95
- 19 novembre 1994 : Duo Robert Amyot et Evelyne Girardon
- 19 novembre 1994 : Smitlap
- 25 mars 1995 : Duo Katrien Delavier et Violaine Mayor

Saison 95-96
- 27 janvier 1996 : Mabidon
- 29 mars 1996 : Hempson
- 30 mars 1996 : De Dannan avec Le Bateau Feu (scène nationale de Dunkerque)
- 27 avril 1996 : Quartette de clarinettes et duo Evelyne Paris et Solange Panis
- 27 avril 1996 : Smitlap
- 22 juin 1996 : Cric Crac Compagnie

Saison 96-97
- 16 novembre 1996 : Cœlancanthe
- 25 janvier 1997 : Vents Contraires
- 22 mars 1997 : Duo Gilles Poutoux et Jean Christophe Lequerré + Korrigan
- 8 juin 1997 : Jean François Vrod



Fin d'activité à cause d'un conflit entre le bureau du CA et le directeur… qui, quelques années plus tard, est muté à la MJC de La Souterraine dans la Creuse. Exit la MJC de Rosendael, bonjour le Centre Culturel Le Château Coquelle !


toutes les photos, ou presque, sont ICI


mercredi 13 mai 2020

Coulée d'une cloche de 1.300 kg

mise en ligne le 5/10/2010
mise à jour le 13/5/2020, ajout d'un lien vers des photos personnelles


l'église Saint Léger de Socx


La cloche Saint Maur fut coulée en 1700 à Lille par les frères Toussaint et Pierre Cambron pour l'abbaye Saint-Winoc de Bergues. A la Révolution elle est sauvée du saccage de l'abbaye et mise à la disposition de la paroisse Saint Léger à Socx. Elle est classée monument historique en 1906.
Pendant la nuit du 11 au 12 novembre 1940, une tempête renverse la flèche sur les nefs. Pour éviter la fonte, la cloche est cachée sous le dallage par l'abbé Joseph Smagghe, aidé du cantonnier Aimé Faes et du chantre-organiste Isaïe Geslot. Elle est remontée en haut du clocher en 1957 mais, fêlée lors de sa chute, elle est restée muette.
Sur l'avis du technicien conseil du Ministère de la Culture, jugeant la cloche non restaurable, le conseil municipal décide de la faire reproduire à l'identique.
En juillet 2010, la cloche est descendue pour être moulée par l'atelier VOEGELE à Strasbourg.
Si actuellement il est fréquent d'assister à la fonte de cloches, il est assez rare de pratiquer la coulée d'une cloche de plus d'une tonne en public.


la sortie de la cloche



démoulage de la cloche



d'autres photos ICI