vendredi 28 mars 2014

'k Hen azoo een vry mannetje

J'ai trouvé cette chanson, sans la musique hélas, dans les archives de mon père. Il a indiqué "Collectage chez Raymonde Quetel le 26 octobre 1993".

Raymonde Quetel-D'hoorne

Raymonde Quetel, née D'hoorne en 1913, est décédée à Bourbourg en 2009. Elle a vécu la première partie de sa vie à Dunkerque, rue de la Paix, puis après la guerre à Coudekerque-Branche. C'est sans doute là que Klerktje l'a rencontrée. Sa fille, Mme Verdon, m'a dit qu'elle chantait des chansons en flamand aux fêtes familiales, mais qu'elle ne sait pas comment elle les avaient apprises.
Cette chanson fait partie des chansons grivoises en flamand qui ont "échappé" au collectage d'Edmond de Coussemaker. Elle devait sans doute être accompagnée de gestes. Le dernier couplet est évidemment une métaphore.


'k Hen azoo een vry mannetje (J'ai un petit fiancé)
Hy betald myn azoo een schoon' hoedje (Il m'a payé comme ça un beau petit chapeau)
En dien hoedje was zoo schoone (Ce petit chapeau était si joli)
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen (Et il m'a dit : toi tu sais bien ce que je veux)
En azoo a ging dat koptje (Et cette petite tête allait comme ça)
En dat koptje ging azoo (Et comme ça allait cette petite tête)
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo. (Et cette petite tête ne faisait toujours que d'aller comme ça)

'k Hen azoo een vry mannetje
Hy betald myn azoo een schoon' ketje (Il m'a payé une jolie chaîne)
En dien ketje was zoo schoone
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen
En azoo a ging dat nektje (Et ce petit cou allait comme ça)
En dat koptje ging azoo
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo.

'k Hen azoo een vry mannetje
Hy betald myn azoo een schoon' lyvetje (Il m'a payé un joli corsage)
En dien lyvetje was zoo schoone
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen
En azoo a ging dat tetjes (Et ces petits seins allaient comme ça)
En die tetjes ging azoo
En dat nektje ging azoo
En dat koptje ging azoo
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo.

'k Hen azoo een vry mannetje
Hy betald myn azoo een schoon' roktje (Il m'a payé une jolie robe)
En dien roktje was zoo schoone
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen
En azoo a ging dat gatje (Et ce petit cul allait comme ça)
En dat gatje ging azoo
En die tetjes ging azoo
En dat nektje ging azoo
En dat koptje ging azoo
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo.

'k Hen azoo een vry mannetje
Hy betald myn azoo een schoon' schortje (Il m'a payé un joli tablier)
En dien hoedje was zoo schoone
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen
En azoo a ging dat buuktje (Et ce petit ventre allait comme ça)
En dat buukttje ging azoo
En dat gatje ging azoo
En die tetjes ging azoo
En dat nektje ging azoo
En dat koptje ging azoo
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo.

'k Hen azoo een vry mannetje
Hy betald myn azoo een schoon' schoetjes (Il m'a payé de belles chaussures)
En dien schoetjes was zoo schoone
En hy zegt : gy wet wel wyn' da' 'k zelve willen
En azoo a ging dat voetjes (Et ces petits pieds allaient comme ça)
En die voetjes ging azoo
En dat gatje ging azoo
En die tetjes ging azoo
En dat nektje ging azoo
En dat koptje ging azoo
En dat koptje ging mae' altyd voors azoo.


lundi 17 mars 2014

Dunkerque, un carillon extérieur sur la tour

L'histoire du carillon et de la tour qui le protège est bien connue, mais je n'ai trouvé nulle part la mention que le carillon primitif, c'est à dire antérieur aux "réparations" de l'horloger parisien Le Paute en 1836, que ce carillon donc était extérieur à la tour. Or les cloches étaient visibles sur la face nord du beffroi comme le montre la gravure extraite de la Description historique de Dunkerque par Pierre Faulconnier, publiée en 1730.






En décembre 1836, après les réparations du carillon, la Feuille d'Annonces Judiciaires, Commerciales et Maritimes de Dunkerque publie la lettre d'un abonné


Jadis et aujourd’hui

- Jadis on avait la manie de croire que le bois pouvait se pour­rir, et on avait revêtu chaque poutrelle du carillon d’une enve­loppe de plomb.
- Aujourd’hui que les progrès de la mécanique ont prouvé le contraire, on s’est contenté d’y passer une légère couche de pein­ture.

- Jadis les cloches réunissait à l’avantage d’avoir des sons agréables celui d’être d’accord.
- Aujourd’hui elles réunissent à l’avantage d’avoir des sons secs et durs, celui d’être d’une discordance parfaite.

- Jadis on pouvait dans l’espace de quelques heures changer les airs du carillon, parce que les touches étaient parfaitement ali­gnées, chaque pointe n’avait pas besoin d’être rectifiées à coup de mar­teau.
- Aujourd’hui cette besogne deviendra tellement longue et difficile, qu’elle pourrait bien nécessiter une nouvelle adjudi­cation au rabais.

- Jadis 160 tubes en cuivre, soudés à un pareil nombre de fils de fer, em­pêchaient l’eau de la pluie de s’introduire dans l’in­térieur de la méca­nique.
- Aujourd’hui que ces tubes ont disparu, elle coulera au moyen de ces mêmes fils de fer qui lui serviront de conducteurs jus­qu’aux chapes et aux touches qu’elle ira nécessairement rouil­ler.

- Jadis nous avions des heures entièrement en cuivre au ca­dran.
- Aujourd’hui elles sont pour la plupart en peinture.

- Jadis on entendait parfaitement le carillon du bout de l’esta­cade.
- Aujourd’hui il faut un temps bien calme pour l’entendre de la Porte du Quai.

- Jadis le carillon marchait jour et nuit.
- Aujourd’hui quoique son inauguration date de peu de jours, il est en­dormi, et grâce à un “coup de pouce”, on est parvenu à le ré­veil­ler à six heures du matin.

- Jadis ce carillon, rangé par gradation de cloches, se montrait aux yeux des habitans, et même de fausses cloches en plomb remplis­saient les vides, afin que l’œil n’en fut pas choqué.
- Aujourd’hui il est recouvert de planches qui n’ont pas même le mé­rite d’être placées à égale distance les unes des autres.

- Jadis un dunkerquois pouvait parler avec orgueil de son caril­lon.
- Aujourd’hui il baissera les yeux lorsqu’on lui rappellera son ancienne renommée, et se bouchera les oreilles à partir de la rue du Moulin jusqu’à la rue d’Angoulême, parce que plus loin on a l’avantage de ne plus l’entendre.

Cette lettre a certainement été envoyée par Henri Alliaume, le fabricant de piano installé place Jean Bart. Dans les numéros précédents, le journal avait publié un échange épistolaire entre Henry Le Paute et Henri Alliaume qui lui contestait la qualité de son nouveau carillon. On y apprend d'ailleurs que les cloches ont été fondues dans le canton de Roye (Somme) et que la mélodie jouée à l'heure était le chœur des chasseurs de Robin des Bois de Weber.
C'est sa remarque "Jadis ce carillon […] se montrait aux yeux des habitans" qui m'a interpellé. J'ai cherché dans les textes des historiens dunkerquois et des spécialistes des carillons, mais rares sont les études sur les carillons anciens, ou disparus et pour Dunkerque aucune mention de ce carillon extérieur. C'était pourtant logique, à l'époque la ville se terminait au niveau du côté sud de la place Jean-Bart actuelle, donc le son du carillon ne devait être entendu qu'au nord de cette place, vers la ville et le port, jusqu'à l'estacade (actuel quai des Américains).



Dunkerque vers 1645



La trace des ancrages du carillon est toujours visible sur le mur de la tour, à l'extérieur et à l'intérieur.











samedi 8 mars 2014

Accordéon Piotr Stamirowski

Sur les photos de mariages polonais montrées ici, il y a un accordéoniste avec un instrument peu fréquent par chez nous. Il s'agit d'un accordéon fabriqué par P. Stamirowski (1867-1932) à Varsovie.






Un collectionneur du Pas de Calais a eu la chance d'en acquérir un exemplaire. Patrick Delaval en a fait une description dans la revue de l'association Traces en 1993.

"L'instrument est un accordéon chromatique simple effet, c'est à dire produisant le même son, que l'on pousse ou que l'on tire. il porte un poinçon 903 sous le blog avant et sur les plaques d'anches main droite, ainsi qu'une plaque de laiton gravée : P. STAMIROWSKI   WARSZAWA.



Extérieurement, il est en excellent état de conservation. Hélas, la quasi-totalité des anches est rouillée ; même chose pour les ressorts, qui ont faibli, et les vis de fixations des plaques qui ne peuvent être dévissées sans casser. Restauration pratiquement impossible donc, ou très longue et délicate.
Le verrouillage du soufflet ne se fait pas comme à l'accoutumée par des sangles de cuir, mais par l'intermédiaire d'un ingénieux dispositif : un crochet métallique installé à l'intérieur du soufflet. Pour déplier le soufflet et jouer de la musique, il faut d'abord renverser l'accordéon pour faire basculer ce crochet.
Le clavier main droite comporte 49 touches en trois rangs. L'étendue est de quatre octaves chromatiques commençant par Si bémol. Chaque touche est recouverte d'ivoire (faces, dessus et tranches) et porte sur la tranche, inscrit à l'encre, le nom de chaque note (en allemand). Certaines touches portent même deux indications pour la même note, selon qu'elle soit diézée ou bémolisée. La montée d'une gamme se fait suivant le système dit "Belge", plus précisément "Liégeois", celui-là même qui fut notamment adopté par les Russes. Les doigts du musicien ont laissé de profondes empreintes dans certaines touches et indiquent une prépondérance de jeu en Fa majeur.



Le clavier main gauche ne comporte que 24 boutons, produisant 12 basses et 12 accords ; mais grâce à deux boutons supplémentaires situés derrière ce clavier et faisant office de sélecteurs, on obtient 24 accords supplémentaires, soit 12 accords mineurs et 12 accords de 7ème selon que l'on appuie avec le pouce sur l'un ou l'autre de ces boutons."

dimanche 23 février 2014

Mariages polonais, les musiciens





J'ai eu l'occasion d'acheter il y quelques années un lot d'une cinquantaine de plaques photographiques en verre, provenant d'un photographe installé à Harnes. J'ai fouillé plusieurs heures dans un garage rempli à ras bords de caisses avec ces plaques, pour sélectionner celles qui représentaient des musiciens présents pour les mariages. Je ne les ai pas toutes tiré sur papier, en voici un échantillon. Le photomontage avec des musiciens seuls a été bricolé en photographiant les plaques avec un appareil numérique puis en retravaillant les images avec Photoshop. Le résultat n'est pas excellent, mais les plaques sont toujours là pour en faire des tirages. J'aimerai beaucoup pouvoir dater et identifier ces musiciens qui devaient être très nombreux.
Sur une photo est indiqué "photo F. Kurzeja"
Sur les accordéons on trouve les noms d'Edouard PRZYBYSZEWSKI, H. R. DABROVSKI, B. KORCZAK, J. GALEWSKI, Edouard MAJCZAK et Louis BLIN.