jeudi 12 mai 2016

Jean-Jacques Révillion - Elève toi donc belle

« Elève toi donc Belle », Chants traditionnels du Nord de la France. 
Jean-Jacques Révillion, Mabidon et autres compagnons




Ce CD autoproduit à 1000 exemplaires il y a plus de 10 ans (2005) étant désormais épuisé, j’ai proposé à Christian DECLERCK de le publier sur le blog mémoire du folk en Nord Pas de Calais. Je n’envisage pas en effet de réédition, et on peut considérer qu’il fait désormais partie de l’histoire de la musique traditionnelle régionale.*
Chanter a toujours été pour moi un plaisir et une pratique qui faisait partie de mon quotidien. Enfant, j’ai le souvenir des réunions de familles, mariages, banquets où à la fin du repas, un ancien se levait et entonnait « sa » chanson. Devenu louveteau, le chant faisait partie de la vie en camp, lors des randonnées ou veillées. Adolescent, quand j’ai commencé à jouer de la guitare avec les copains , j’ai chanté Brassens, Hugues Aufray, les yéyés, Graeme Alwright. Puis j’ai découvert le folksong, la guitare américaine.



Au lycée, j’ai fait la rencontre de Christophe Declercq, qui passait ses vacances en Bretagne et m’a fait découvrir le folk français naissant, avec Alan Stivell et le folkclub parisien Le Bourdon.
En 1973, notre bac en poche, on a commencé à fréquenter les folk clubs qui démarraient sur Lille : Les Arts et Métiers, la MJC Marx Dormoy. On y a rencontré Michel Lebreton, Philippe Margat, avec qui on a fondé un groupe qui allait devenir MABIDON (1974).
C’est avec eux que j’ai commencé à chanter les chansons de la région, avec le « Canteloube », accessible dans toutes les bonnes bibliothèques, et qui mettait à notre disposition un répertoire du Nord Pas-de-Calais Picardie dans son anthologie des chansons populaires de France (où il omettait systématiquement de citer ses sources, pouvant laisser croire qu’il en était lui même  le collecteur…)
C’est à cette époque que des  chansons comme Voici la Saint Jean ou La belle est en jardin d’amour ont intégré mon répertoire. Par la suite, l’orientation prise par MABIDON vers la pratique exclusive du bal folk, le manque de demande du public pour du concert, des problèmes de voix aussi, tout cela a abouti à une mise en sommeil de mes prestations de chanteur, à part quelques chansons à danser interprétées en bal.



En 1996, j’ai participé à l’aventure des Musiciens routiniers du Nord Pas de Calais, qui a regroupé, sous la houlette de Philippe Cheval et Patrice Heuguebart une quinzaine de musiciens pour un concert centré sur la musique régionale. J’y étais sollicité en tant que violoneux et chanteur, et j’y ai retrouvé le plaisir de chanter en public. La Bière, Le petit ramoneur viennent de cette expérience  qui a donné lieu à 3 ou 4 concerts, mais dont malheureusement il ne reste aucune trace enregistrée…
Mais ça m’a donné l’envie de continuer à travailler un répertoire de chants de nos régions septentrionales à partir des collectages réalisés du XIXe siècle à nos jours. Alexandre Desrousseaux, Durieux et Bruyelle sont devenus des livres de chevet, ainsi que les collectes de l’association Marie Grauette, du Boulonnais Michel Lefèvre, mes collectes personnelles, tout cela constitue un fonds important que quasi personne n’interprète…



En 2000 et 2001 j’ai été invité par Bernard Boulanger pour présenter ce travail à la Fête de la Piposa, cette association de Sailly sur la Lys bien connue des amateurs de musique traditionnelle. A la descente de scène, on m’a dit « tu devrais en faire un disque », l’idée a fait son chemin, j’ai commencé à travailler à ce projet avec l’aide, pour les arrangements, de Stéphane Couturier et Julien Biget, j’ai sollicité mes potes musiciens de Mabidon, bien sûr, ainsi que Patrice Heuguebart. On a travaillé artisanalement, en prenant du temps, l’enregistrement s’est fait « à la maison » grâce au studio mobile et à la patience de Mike Varlet. La première séance d’enregistrement a eu lieu le 4 janvier 2003, la dernière le 5 juillet 2004, juste avant que MABIDON ne fête ses 30 ans d’existence à l’estaminet des Damoiselles.
Le concert pour la  sortie du CD « élève toi donc belle » a eu lieu le 1er avril 2005 lors de la fête de la Piposa.



Ont participé à la réalisation de cet enregistrement :
- Jean-Jacques Révillion (chant, violon, cistre, bouzouki, guimbarde)
- Julien Biget (guitare, bouzouki, arrangements)
- Philippe Cheval (cornemuse)
- Stéphane Couturier (guitares, arrangements)
- Christophe Declercq (violon)
- Didier Demarcq (accordéons diatoniques)
- Charles Duytschaever (batterie)
- Patrice Heuguebart (accordéon chromatique)
- Benoit Laloyaux (conception graphique pochette et livret)
- Marc Lequenne (Aquarelle de couverture)
- Mike Varlet (prise de son et mixage)
- « Foon mastering center » (mastering)


Le 10 mai 2016
Jean-Jacques Révillion

****

01 - La bière (Alexandre Desrousseaux)
02 - Un jour à la promenade (trad.)
03 - Le galion d'Espagne / En attendant mieux (trad./JJR)
04 - Le petit ramoneur (trad.)
05 - Elève toi donc belle (trad.)
06 - L'assassinat (Georges Brassens)
07 - Gambrinus (Jean-Jacques Révillion)
08 - Jésus s'habille en pauvre (trad.)
09 - Voici la saint Jean (trad.)
10 - La belle est en jardin d'amour (trad.)
11 - Berceuse / Alfred le chien (trad/JJR)
12 - Mon père m'envoie t'à l'herbe (trad.)
13 - Les trois demoiselles / La mandoline (trad./trad.)
14 - La belle aperçoit une barque (trad.)
15 - Le chemin d'Emblise / La rue de l'égalité (JJR/JJR)
16 - Le voyage à Maurice (trad.)
17 - Tiens tiens tiens voilà Jean qui vient (trad.)

Télécharger

* Pour ceux qui restent attachés à l’objet « disque » plutôt qu’à la musique dématérialisée téléchargeable sur internet, le volume 2, C’était bien, est toujours en vente et disponible auprès de l’auteur de cet article à cette adresse.



jeudi 5 mai 2016

Étudier, interpréter, valoriser les chansons anciennes

Journée d'étude-atelier organisée par Sophie-Anne Leterrier à l'Université d'Artois, avec la collaboration de Brigitte Buffard-Moret, le 28 juin 2016, Maison de la recherche et Maison de l'étudiant, Université d'Artois, Arras.




Dans le cadre du projet Musicarchives, réponse à l'appel à projet 2014 "Pratiques interculturelles dans les processus de patrimonialisation" du Ministère de la Culture et de la Communication : 
Archives de musiques populaires en Nord-Pas-de-Calais
Partenaires : Laboratoire Centre de recherche et d'études Histoire et sociétés (CREHS),université d'Artois • Centre régional des lettres et du livre Nord-Pas de Calais • Archives départementales du Pas-de-Calais
Coordonnatrice scientifique : Sophie-Anne Leterrier, université d'Artois.

Le projet vise à révéler et valoriser les fonds contenus dans les archives et les médiathèques de la région Nord-Pas-de-Calais relatifs aux musiques des sociétés populaires des XIXe et XXe siècles, en articulant la recherche historique, la documentation contextuelles et la mise à disposition, sous forme de base de données et de ressources en ligne, à l'attention des acteurs contemporains des musiques populaires. Il permettra ainsi de constituer un corpus scientifique ouvert et en open access qui pourrait servir de point d'appui pour des collaborations nationales et internationales

Programme :

9H Sophie-Anne Leterrier : Introduction et présentation de la journée

9H30 Marlène Belly : La chanson traditionnelle : définition et passages dans le temps et dans les autres genres via la question des timbres.
10H Claude RibouillaultAnecdotique & daté / universel & intemporel ? Chansons traditionnelles et chansonniers sur l’air de…
10H30 discussion et pause café
11H Michel ColleuTrois siècles de compositions populaires d’un milieu social : les chants décrivant la vie des gens de mer .
11H30 Maxou Heintzen : la fin des complaintes criminelles
12H discussion
12H30-14H pause déjeuner
14H Philippe Martel : Collecteurs du XIXe en territoire occitan
14H30 François Gasnault : Chanson traditionnelle et milieux revivalistes : chronique discontinue d'une appropriation
15H Jean-Pierre Bertrand : Faut-il poursuivre le catalogage des répertoires chansonniers ?
15H30 discussion
16H Hervé Dréan : Histoire d'une collecte (La Roche Bernard, Haute Bretagne 1975-2016)
16H30 Philippe Boulfroy : collecter et interpréter les chansons picardes, l'expérience d'Ach'teure
17H Florence Launay et Françoise de Fanti : le travail du duo Tintorela
17H40 Discussion et conclusions.
18H - 19H Audition de chansons en dialecte de Lille, recueillies dans le cadre du projet de recherche Musicarchives, Maison de l'étudiant, Université d'Artois, Arras.

Chansons anciennes de carnaval

Conférence chantée, présentée par Sophie Letellier, le 21 mai 15h, à la Médiathèque d'Arras


le programme :


samedi 23 avril 2016

La mésaventure d'un joueur d'épinette

Plusieurs villes de Belgique ont mis en ligne la presse ancienne, avec un moteur de recherche, une aubaine pour les chercheurs. Dans le journal Nieuwsblad van Yperen en van het Arrondissement du 10 octobre 1903 j'ai relevé cette histoire curieuse, et sans doute banale, d'une blague faite à un musicien ambulant, probablement étranger, le qualificatif de Savoyard n'étant pas à prendre au premier degré. J'ai demandé à des amis dialectophone de faire la traduction de ce texte. Merci à Antoine Quaghebeur et Edmonde Vanhille, et leurs amis et correspondants de leur aide précieuse. La traduction n'est pas terminée, quelques mots plus rares sont à préciser. voici la transcription intégrale du texte, et la proposition de traduction par Antoine. Tout avis et compléments d'infos sont les bienvenus.






Reusje op loer
Eene avond-serenad te Yper

Historiek ! in goê vlaamsch waar gebeurd !

I.
Marquez le pas !… Un, deus ! .  .  .
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
zoo weergalmde het onlangs door de straten van onze thans zoo woelige stad ! Un, deuss ! un deuss !. Marquez le pas ! En avant … Marsss !!! Marquez !!!…
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
En geestig, leute makend al zingende van ma serre bonne amie… van 't papenras en andere bevallige liedjes, trok een rappe fijne muziekant, aan 't hoofd van eene bende dobbele droeve jongens, eene staminé binnen, waar dat er een selderdjiets schoon blinkend vernikkeld vijffrankstikje boven de deure geplakt stond

II.
De pintjes werden volgetapt en de fijne slimme muziekant haalde van onder zen doomende hokseltjes nog al en redelijke groote dooze uit… en :
— Kamaraadjes ! … sprak hij !… hier heb ik het mêe !!! — Ik ga u, grtis onvergeld voor nieten eene préchtige serenade geven dezen avond ! … Kijkt ne keer hier, wat voor een schoon muziekinstrumentje !!!. Hebt ge er al zulk ééntje gezien ?…
— Ooooooooo !!!!!! was 't geroep !… Oooooooo ! Hoe schoone ! Hoe schoone !!……
En iedereen met eene spottende verbaasdheid stak zen neuzetje bij en, " Wat voor instrumentje is dadde Fré ?. Wat voor een instrumentje is dadde ?
— Dat is… Wachte !… 't mag men verdooie zijn !… maar 'k en kanne de name in 't vlaamsch nie zeggen !… Ze heeten dat in 't Fransoois… èn épinette !!
— En épinette ??!! èn épinette ??!!
— Ja èn épinette !…
— En speelt dat nog schonne, Fré ?…
— Of 't !!! En den domplelare deed een soorte van trouwrink men nen haaksken aan zijn klein kornuitvingertje en scharte, comme ci comme ça, op èn toeveel gekruiste snaren, dat er alle soorten van zoetgevooisde akkoorden uit épinette kwamen !…
En nuzè… zei hij… luistert !…
Wat dat er daar uitkwam, 't is ongelooflijk !… ma serre bonne amie… den kletskop ! 't ongedierte der papen… dieven… gezworen kamaraden… enfin, eene afwisseling van al de properste dingen uit den antialcolistiko liberalo-Radicalamica-socialistikooschen hutsepot-Repertorium !…

III.
Ja maar ! dat tjiktjaktinktinkmuziek begon echter een geheel kleen béétje de achtbare sochieteit van de toehoorders uitermate te vervelen !… Kinders, 't is geweten, zijn nogal voor een gaheel klein veranderingsken.
— Toe !… vezelde er daar een aan de oore van nen anderen !… Toe !… Willen we ne keer dien Savoyard en farce bakken ?…
— Jouw !!!!!!! Jouw !!!!
— Ewè pakt daar ne keer stilletjes zen instrumentdooze weg !… Maar opgepast en niet gelachen hoor !… a la dousse… sur le pouce !!… dat hij 't nie geware en worde !!!
Zoo gezeid, zoo deaan !… De muziekdooze, als bij tooverslag verween en… achter tien minuten lag ze weere op heur plaatse !……

IV.
Tijd van komen en tijd vau scheên, zei onzen troubadour… en hij stond op, dronk zen pinte geuzenlabic uit, vergaarde zen accabiliën t' hoope en trok zen dooze open om er zen épinette wèèr in te steken !… Marquez !!! Potvermillekatchoe !!!!!! O 't afschuwelijk verschijnsel !!!!…
Raad eens wat onzen Savoyard voor zijne verbisterde en wagenwijd openstaande kabeljauwsoogen ontwaardde !…
— Raadt eens ?… JaRaadt eens ?…
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
Waar cat épinette noest logèèren, hadden épinards de plaatse ingenomen !!!… Ja !… de schoonste welriekenste épinard kladdeyster dat er ooit van zen leven op den aardbodem van onze stoffelikje en vergankelijke wereld te voorschijne kwam !!!…

V.
En nu ? on 't eindigen, Reusje, zult ge zeggen !… Om dat potje van nu voort gedaekt te laten… Hoe liepen de zaken af ?… Ja ! Hoe da ze afliepen ? ge ziet dat van hier !!!… stampen, smijten, slaan !! deuren open en toe… nog ne keer toe en open !! Muziekant, dooze, kladdeyster, epinette en heel den hutseklutste buiten !!!…

VI.
En als ge nu nog daarbij wilt weten hoe dat den fameuzen kladdeyster aan zen dood gerocht vraag het ne keer aan de fransche nunnetjes !……

Reusje

*
* *
Maar Reusje en is nog 't lachen niet moe
Het lachen niet moe,
'T en doe ! 't en doe
Keerewijsom, Reusje, Reusje,

Keerewijsom, Reusje kom !



**************



Libre traduction inspirée du texte « Reusje op loer »


Reusje à l’affut
Une sérénade du soir à Ypres
Historique ! En bon flamand, c’est vraiment arrivé !
I.
« Marquez le pas !... Un, deuss !.... »
Voilà ce qui résonnait, il y a peu de temps dans les rues de notre ville animée.
« !... Un, deuss !.. !... Un, deuss !.... .. Marquez le pas ! En avant !... Marss !!! Marquez !!!! »
Une joyeuse et gaie agitation faisant résonner « Ma serre bonne amie… , L’internationale et autres chansons adaptées à la situation, attira un alerte et bon musicien dans un estaminet dont l’enseigne au linteau de la porte n’était autre qu’une rutilante pièce de cinq francs et où s’éclatait une bande de joyeux lurons par très catholiques. 

II
Les pintes de bières furent remplies et notre alerte musicien tira du dessous de son siège une boîte d’une assez belle taille et criant il dit :
- « . Camarades, vous ne devinerez jamais ce que j’ai ici dedans ! Je vais vous donner, gratuitement, pour pas un sou, ce soir, une merveilleuse sérénade ! Regardez donc ici, quel merveilleux instrument de musique !!!!... En avez-vous déjà vu un comme ça ? « .
- « Ooooooo ! s’exclamèrent –ils. Ooooooo ! Qu’est-ce qu’il est beau ! Ooooooo ! qu’est-ce qu’il est beau ! »
Et chacun l’air hilare et moqueur de s’enquérir
- « Mais c’est quoi ce bel instrument « Fré » ? C’est quoi ce bel instrument ? »
- « C’est…. Attendez euh, quelle honte, mais je ne sais plus dire son nom en flamand. Ils appellent ça en « françois » une épinette ».
- « Une épinette !!!! Une épinette !?!?!? »
- « Oui une épinette ».
- « Est-ce que ça joue encore bien ça, Fré ? »
- « Eh bien, !!! « Et ce naïf mit une espèce d’alliance avec une excroissance à son petit doigt et gratta, « comme ci, comme ça » sur les cordes tendues comme un élastique pour en tirer toute sorte d’accords mélodieux et doux.
- « Et maintenant bien écouter ! « dit-il.
Ce qui sortit de cet instrument est tout bonnement incroyable ! .. Ma serre bonne amie, une torture, une bouillie infâme, voleur.., adieu chers camarades…. Enfin, un aperçu des meilleures choses tout droit sorties du brouet musical « Antialcolo, libéralo-radicalo-socialistique » !!!!

III
Très bien ! mais cette « tjiktjaktinktink musique » commençait à taper sur les nerfs de l’auditoire. ! chacun le sait, les enfants sont pour le changement ! Donc, 
- « Et si on faisait une farce au savoyard ! « L’idée fit son chemin parmi les fêtards.
- « Ouais, ouais !!!
- « Qui va prendre discrètement et sans rire la boite de l’instrument ? A la Dousse… sur le pouce !!… sans qu’il ne s’en rende compte !!
Aussitôt dit aussitôt fait. La boite à musique disparut comme par enchantement et quelques dix minutes plus tard, elle était de nouveau à sa place, ni vu ni connu je t’embrouille !

IV
« Il y a un temps pour tout » dit notre troubadour s’apprêtant à arrêter le récital. Il termina sa « Gueuze lambic », ramassa son matériel et tira sa boite à musique à lui, l’ouvrit pour y ranger son épinette. Et alors « Marquez !, nom de Dieu ! !!!! Oh ! L’abominable découverte !!!!
- Devinez donc, ce que notre savoyard découvrit hébété de ses yeux de merlan frit.
- Devinez ! Devinez ?.....
Là où l’épinette devait reposer, il y avait un lit d’épinards. Parfaitement, des épinards parmi les plus beaux et les plus malodorants, adroitement disposés comme on n’en a jamais vu de pareils ni sur terre ni même dans un autre monde !!!! 

V
Et alors ? comment finit l’histoire Reusje ? Que l’on puisse de nouveau refermer la boite de Pandorre ! Quelle fin ?
- Ouais, on voit d’ici comment cela a pu se terminer !
Trépigner, jeter, frapper !! claquer les portes, sortir, rentrer !!!! Finalement, le Musicien, son étui, ses épinards, l’épinette et tout le bazar … Dééhooors !

VI
Et maintenant, si vous voulez savoir comment cette bouillie infâme s’est décomposée, eh bien demandez le aux petites sœurs françaises !

Reusje 


Mais Reusje n’est pas encore fatigué de rire,
Fatigué de rire !
Il rit, il rit
Keerewijsom, Reusje, Reusje
Keerewijsom, Reusje est là !

**********


Autres sites belges de presse en ligne : Belgica et Ostende

samedi 26 mars 2016

Chansons traditionnelles vivantes





Le milieu qui a fait naître la chanson traditionnelle a disparu depuis un siècle, mais le style a survécu et se transmet. En témoigne le travail mené par Dick Annegarn et son association Chansons à écouter qui collectent des chanteurs amateurs. Le résultat est diffusés sur Youtube La Chaîne du verbe. Elle contient de véritables perles.




,






 
dont des chansons en Picard



Dick Annegarn est ces jours ci dans la région de Lille pour quelques collectages

La Voix du Nord 26 mars 2016

samedi 19 mars 2016

Raymond Vanméerhaeghe, accordéoniste

Il a 24 ans sur cette belle photo et vient d'ouvrir son café 601 rue de Gand à Tourcoing.
photo R. Vermesse à Roubaix
collection personnelle



Dans les années '30 et '40 et même '50 il existait dans notre région de nombreux éditeurs/compositeurs de musique, principalement pour accordéon. J'en ai recensé plus d'une vingtaine répartis sur le Nord et le Pas de Calais dont quelques éditeurs plus importants comme Pierre Drucbert et Eden Edition à Lille et Enrico Basile à Cambrai, mais surtout beaucoup de petits éditeurs qui n'éditaient qu'eux mêmes ou parfois un ami, mais toujours à tirage limité.
Raymond Vanméerhaeghe fait parti de ceux-là, j'ai pu le rencontrer [en 1986] et l'interroger sur sa vie de musicien, compositeur, éditeur et marchand d'instruments de musique.


Il est né le 6 avril 1914 à Mouvaux, fils d'un tisserand et d'une bobineuse, dans une famille sensible à la musique, son père jouait du diatonique, mais, dit-il : c'était pas un artiss'. A 9 ans il reçoit son premier instrument, un Scandalli chromatique d'occasion : Presque tout le monde jouait sur Scandalli, il n'y avait pas beaucoup de marchands, il suit des cours auprès de plusieurs professeurs mais  c'était pas des as, au bout de d'trois, quat' mois j'étais plus fort qu'eux. Il va voir Marceau Verschueren (le fameux V. Marceau, le virtuose du moment) mais il était trop occupé, il jouait tous les jours dans un grand café de la rue de Béthune et rue d'Angleterre avec Vancaillie, j'ai trouvé d'moi même parc' que j'étais doué, mais il a quand même étudié le solfège au Conservatoire de Tourcoing.
Son père lui achète plus tard (chez Vanhout à Menin) un accordéon spécial (18 kg) qui possède, en plus des six rangées de basses composées, trois rangées de basses chromatiques comme les accordéons classiques  qui permettaient, dans les concours, de jouer les morceaux classiques dont les partitions étaient écrites pour le piano.
Il commence à composer et éditer en 1936. En 1938 il prend un café à Tourcoing, 601 rue de Gand ; il y joue de temps en temps. Mais la clientèle est difficile et n'aime pas la virtuosité : On pouvait jouer du classique mais du classique gai, la Cavalerie Légère par exemple, mais Chopin et toute la clique ça plaisait pas ça et il conclu on était des forts mais qui plaisaient pas aux gens.
Son café disparait dans l'explosion d'un V1 pendant la guerre. En 1946 il ouvre un magasin de musique, toujours à Tourcoing, 16 rue de Menin (commerce qu'il cèdera en 1973), à la même époque il joue à la Radio PTT Nord avec Jean Prez, Charles Verstraete et Léon Fermont, il a aussi un orchestre de bal avec piano, batterie, saxo et trompette.

collection personnelle


Pour augmenter ses droits d'auteur il est allé chercher à la SACEM, les listes de chefs d'orchestre du Nord et il leur envoie ses partitions. Mais les échanges de listes entre les compositeurs ont noyé ces chefs d'orchestre sous des tonnes de papier qu'ils ne lisaient plus.
Il vend beaucoup d'accordéon grâce aux professeurs qui reçoivent une commission de 10% du prix de vente. Maintenant, dit-il, les profs achètent directement aux fabricants qui leur donnent 25%, les commerçants ayant une marge de 33%, ils ne peuvent pas lutter.
Il n'a pas connu de fabricant d'accordéons dans la Région, sauf Watterloos à Roubaix, 1 rue Delannoy, mais qui faisait venir les accordéons d'Italie et y mettait sa marque, STELLA et PIERFI, et aussi un réparateur, Gierlotka, d'abord à Fouquières les Lens puis à Saint Omer et un qui a bricolé du côté de Sin le Noble, mais il ne se souvient pas de son nom.

Paul Laby, l'orchestre musette Rozanes
Claude Brely de Radio PTT Nord et l'orchetre musette Harry
l'ensemble Raymond Mahieu
collection personnelle


Après toutes ces années de travail, il est assez amer et regrette sa carrière : J'ai choisi le commerce, mais c'est pas ce que je devais faire, j'aurai dû faire des disques, aller à Paris, ça passait à la radio, comme Marceau, comme Baseli, comme Vertraete, comme toues les vedettes de cette époque qui venaient toutes, ou presque, du Nord de la France.
Maintenant, à Paris y z'attendent pus après les typ's du Nord. avant c'était dans l'Nord qu'y avait les plus forts, maintenant ici y en a pus… si… des bricoleux.

Raymond Vanméerhaeghe, alias RAY-DELL, est décédé en 1993 à Tourcoing


Christian Declerck
article publié dans Le Tambourineur en février 1986