samedi 23 avril 2016

La mésaventure d'un joueur d'épinette

Plusieurs villes de Belgique ont mis en ligne la presse ancienne, avec un moteur de recherche, une aubaine pour les chercheurs. Dans le journal Nieuwsblad van Yperen en van het Arrondissement du 10 octobre 1903 j'ai relevé cette histoire curieuse, et sans doute banale, d'une blague faite à un musicien ambulant, probablement étranger, le qualificatif de Savoyard n'étant pas à prendre au premier degré. J'ai demandé à des amis dialectophone de faire la traduction de ce texte. Merci à Antoine Quaghebeur et Edmonde Vanhille, et leurs amis et correspondants de leur aide précieuse. La traduction n'est pas terminée, quelques mots plus rares sont à préciser. voici la transcription intégrale du texte, et la proposition de traduction par Antoine. Tout avis et compléments d'infos sont les bienvenus.






Reusje op loer
Eene avond-serenad te Yper

Historiek ! in goê vlaamsch waar gebeurd !

I.
Marquez le pas !… Un, deus ! .  .  .
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zoo weergalmde het onlangs door de straten van onze thans zoo woelige stad ! Un, deuss ! un deuss !. Marquez le pas ! En avant … Marsss !!! Marquez !!!…
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En geestig, leute makend al zingende van ma serre bonne amie… van 't papenras en andere bevallige liedjes, trok een rappe fijne muziekant, aan 't hoofd van eene bende dobbele droeve jongens, eene staminé binnen, waar dat er een selderdjiets schoon blinkend vernikkeld vijffrankstikje boven de deure geplakt stond

II.
De pintjes werden volgetapt en de fijne slimme muziekant haalde van onder zen doomende hokseltjes nog al en redelijke groote dooze uit… en :
— Kamaraadjes ! … sprak hij !… hier heb ik het mêe !!! — Ik ga u, grtis onvergeld voor nieten eene préchtige serenade geven dezen avond ! … Kijkt ne keer hier, wat voor een schoon muziekinstrumentje !!!. Hebt ge er al zulk ééntje gezien ?…
— Ooooooooo !!!!!! was 't geroep !… Oooooooo ! Hoe schoone ! Hoe schoone !!……
En iedereen met eene spottende verbaasdheid stak zen neuzetje bij en, " Wat voor instrumentje is dadde Fré ?. Wat voor een instrumentje is dadde ?
— Dat is… Wachte !… 't mag men verdooie zijn !… maar 'k en kanne de name in 't vlaamsch nie zeggen !… Ze heeten dat in 't Fransoois… èn épinette !!
— En épinette ??!! èn épinette ??!!
— Ja èn épinette !…
— En speelt dat nog schonne, Fré ?…
— Of 't !!! En den domplelare deed een soorte van trouwrink men nen haaksken aan zijn klein kornuitvingertje en scharte, comme ci comme ça, op èn toeveel gekruiste snaren, dat er alle soorten van zoetgevooisde akkoorden uit épinette kwamen !…
En nuzè… zei hij… luistert !…
Wat dat er daar uitkwam, 't is ongelooflijk !… ma serre bonne amie… den kletskop ! 't ongedierte der papen… dieven… gezworen kamaraden… enfin, eene afwisseling van al de properste dingen uit den antialcolistiko liberalo-Radicalamica-socialistikooschen hutsepot-Repertorium !…

III.
Ja maar ! dat tjiktjaktinktinkmuziek begon echter een geheel kleen béétje de achtbare sochieteit van de toehoorders uitermate te vervelen !… Kinders, 't is geweten, zijn nogal voor een gaheel klein veranderingsken.
— Toe !… vezelde er daar een aan de oore van nen anderen !… Toe !… Willen we ne keer dien Savoyard en farce bakken ?…
— Jouw !!!!!!! Jouw !!!!
— Ewè pakt daar ne keer stilletjes zen instrumentdooze weg !… Maar opgepast en niet gelachen hoor !… a la dousse… sur le pouce !!… dat hij 't nie geware en worde !!!
Zoo gezeid, zoo deaan !… De muziekdooze, als bij tooverslag verween en… achter tien minuten lag ze weere op heur plaatse !……

IV.
Tijd van komen en tijd vau scheên, zei onzen troubadour… en hij stond op, dronk zen pinte geuzenlabic uit, vergaarde zen accabiliën t' hoope en trok zen dooze open om er zen épinette wèèr in te steken !… Marquez !!! Potvermillekatchoe !!!!!! O 't afschuwelijk verschijnsel !!!!…
Raad eens wat onzen Savoyard voor zijne verbisterde en wagenwijd openstaande kabeljauwsoogen ontwaardde !…
— Raadt eens ?… JaRaadt eens ?…
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Waar cat épinette noest logèèren, hadden épinards de plaatse ingenomen !!!… Ja !… de schoonste welriekenste épinard kladdeyster dat er ooit van zen leven op den aardbodem van onze stoffelikje en vergankelijke wereld te voorschijne kwam !!!…

V.
En nu ? on 't eindigen, Reusje, zult ge zeggen !… Om dat potje van nu voort gedaekt te laten… Hoe liepen de zaken af ?… Ja ! Hoe da ze afliepen ? ge ziet dat van hier !!!… stampen, smijten, slaan !! deuren open en toe… nog ne keer toe en open !! Muziekant, dooze, kladdeyster, epinette en heel den hutseklutste buiten !!!…

VI.
En als ge nu nog daarbij wilt weten hoe dat den fameuzen kladdeyster aan zen dood gerocht vraag het ne keer aan de fransche nunnetjes !……

Reusje

*
* *
Maar Reusje en is nog 't lachen niet moe
Het lachen niet moe,
'T en doe ! 't en doe
Keerewijsom, Reusje, Reusje,

Keerewijsom, Reusje kom !



**************



Libre traduction inspirée du texte « Reusje op loer »


Reusje à l’affut
Une sérénade du soir à Ypres
Historique ! En bon flamand, c’est vraiment arrivé !
I.
« Marquez le pas !... Un, deuss !.... »
Voilà ce qui résonnait, il y a peu de temps dans les rues de notre ville animée.
« !... Un, deuss !.. !... Un, deuss !.... .. Marquez le pas ! En avant !... Marss !!! Marquez !!!! »
Une joyeuse et gaie agitation faisant résonner « Ma serre bonne amie… , L’internationale et autres chansons adaptées à la situation, attira un alerte et bon musicien dans un estaminet dont l’enseigne au linteau de la porte n’était autre qu’une rutilante pièce de cinq francs et où s’éclatait une bande de joyeux lurons par très catholiques. 

II
Les pintes de bières furent remplies et notre alerte musicien tira du dessous de son siège une boîte d’une assez belle taille et criant il dit :
- « . Camarades, vous ne devinerez jamais ce que j’ai ici dedans ! Je vais vous donner, gratuitement, pour pas un sou, ce soir, une merveilleuse sérénade ! Regardez donc ici, quel merveilleux instrument de musique !!!!... En avez-vous déjà vu un comme ça ? « .
- « Ooooooo ! s’exclamèrent –ils. Ooooooo ! Qu’est-ce qu’il est beau ! Ooooooo ! qu’est-ce qu’il est beau ! »
Et chacun l’air hilare et moqueur de s’enquérir
- « Mais c’est quoi ce bel instrument « Fré » ? C’est quoi ce bel instrument ? »
- « C’est…. Attendez euh, quelle honte, mais je ne sais plus dire son nom en flamand. Ils appellent ça en « françois » une épinette ».
- « Une épinette !!!! Une épinette !?!?!? »
- « Oui une épinette ».
- « Est-ce que ça joue encore bien ça, Fré ? »
- « Eh bien, !!! « Et ce naïf mit une espèce d’alliance avec une excroissance à son petit doigt et gratta, « comme ci, comme ça » sur les cordes tendues comme un élastique pour en tirer toute sorte d’accords mélodieux et doux.
- « Et maintenant bien écouter ! « dit-il.
Ce qui sortit de cet instrument est tout bonnement incroyable ! .. Ma serre bonne amie, une torture, une bouillie infâme, voleur.., adieu chers camarades…. Enfin, un aperçu des meilleures choses tout droit sorties du brouet musical « Antialcolo, libéralo-radicalo-socialistique » !!!!

III
Très bien ! mais cette « tjiktjaktinktink musique » commençait à taper sur les nerfs de l’auditoire. ! chacun le sait, les enfants sont pour le changement ! Donc, 
- « Et si on faisait une farce au savoyard ! « L’idée fit son chemin parmi les fêtards.
- « Ouais, ouais !!!
- « Qui va prendre discrètement et sans rire la boite de l’instrument ? A la Dousse… sur le pouce !!… sans qu’il ne s’en rende compte !!
Aussitôt dit aussitôt fait. La boite à musique disparut comme par enchantement et quelques dix minutes plus tard, elle était de nouveau à sa place, ni vu ni connu je t’embrouille !

IV
« Il y a un temps pour tout » dit notre troubadour s’apprêtant à arrêter le récital. Il termina sa « Gueuze lambic », ramassa son matériel et tira sa boite à musique à lui, l’ouvrit pour y ranger son épinette. Et alors « Marquez !, nom de Dieu ! !!!! Oh ! L’abominable découverte !!!!
- Devinez donc, ce que notre savoyard découvrit hébété de ses yeux de merlan frit.
- Devinez ! Devinez ?.....
Là où l’épinette devait reposer, il y avait un lit d’épinards. Parfaitement, des épinards parmi les plus beaux et les plus malodorants, adroitement disposés comme on n’en a jamais vu de pareils ni sur terre ni même dans un autre monde !!!! 

V
Et alors ? comment finit l’histoire Reusje ? Que l’on puisse de nouveau refermer la boite de Pandorre ! Quelle fin ?
- Ouais, on voit d’ici comment cela a pu se terminer !
Trépigner, jeter, frapper !! claquer les portes, sortir, rentrer !!!! Finalement, le Musicien, son étui, ses épinards, l’épinette et tout le bazar … Dééhooors !

VI
Et maintenant, si vous voulez savoir comment cette bouillie infâme s’est décomposée, eh bien demandez le aux petites sœurs françaises !

Reusje 


Mais Reusje n’est pas encore fatigué de rire,
Fatigué de rire !
Il rit, il rit
Keerewijsom, Reusje, Reusje
Keerewijsom, Reusje est là !

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Autres sites belges de presse en ligne : Belgica et Ostende

samedi 26 mars 2016

Chansons traditionnelles vivantes





Le milieu qui a fait naître la chanson traditionnelle a disparu depuis un siècle, mais le style a survécu et se transmet. En témoigne le travail mené par Dick Annegarn et son association Chansons à écouter qui collectent des chanteurs amateurs. Le résultat est diffusés sur Youtube La Chaîne du verbe. Elle contient de véritables perles.




,






 
dont des chansons en Picard



Dick Annegarn est ces jours ci dans la région de Lille pour quelques collectages

La Voix du Nord 26 mars 2016

samedi 19 mars 2016

Raymond Vanméerhaeghe, accordéoniste

Il a 24 ans sur cette belle photo et vient d'ouvrir son café 601 rue de Gand à Tourcoing.
photo R. Vermesse à Roubaix
collection personnelle



Dans les années '30 et '40 et même '50 il existait dans notre région de nombreux éditeurs/compositeurs de musique, principalement pour accordéon. J'en ai recensé plus d'une vingtaine répartis sur le Nord et le Pas de Calais dont quelques éditeurs plus importants comme Pierre Drucbert et Eden Edition à Lille et Enrico Basile à Cambrai, mais surtout beaucoup de petits éditeurs qui n'éditaient qu'eux mêmes ou parfois un ami, mais toujours à tirage limité.
Raymond Vanméerhaeghe fait parti de ceux-là, j'ai pu le rencontrer [en 1986] et l'interroger sur sa vie de musicien, compositeur, éditeur et marchand d'instruments de musique.


Il est né le 6 avril 1914 à Mouvaux, fils d'un tisserand et d'une bobineuse, dans une famille sensible à la musique, son père jouait du diatonique, mais, dit-il : c'était pas un artiss'. A 9 ans il reçoit son premier instrument, un Scandalli chromatique d'occasion : Presque tout le monde jouait sur Scandalli, il n'y avait pas beaucoup de marchands, il suit des cours auprès de plusieurs professeurs mais  c'était pas des as, au bout de d'trois, quat' mois j'étais plus fort qu'eux. Il va voir Marceau Verschueren (le fameux V. Marceau, le virtuose du moment) mais il était trop occupé, il jouait tous les jours dans un grand café de la rue de Béthune et rue d'Angleterre avec Vancaillie, j'ai trouvé d'moi même parc' que j'étais doué, mais il a quand même étudié le solfège au Conservatoire de Tourcoing.
Son père lui achète plus tard (chez Vanhout à Menin) un accordéon spécial (18 kg) qui possède, en plus des six rangées de basses composées, trois rangées de basses chromatiques comme les accordéons classiques  qui permettaient, dans les concours, de jouer les morceaux classiques dont les partitions étaient écrites pour le piano.
Il commence à composer et éditer en 1936. En 1938 il prend un café à Tourcoing, 601 rue de Gand ; il y joue de temps en temps. Mais la clientèle est difficile et n'aime pas la virtuosité : On pouvait jouer du classique mais du classique gai, la Cavalerie Légère par exemple, mais Chopin et toute la clique ça plaisait pas ça et il conclu on était des forts mais qui plaisaient pas aux gens.
Son café disparait dans l'explosion d'un V1 pendant la guerre. En 1946 il ouvre un magasin de musique, toujours à Tourcoing, 16 rue de Menin (commerce qu'il cèdera en 1973), à la même époque il joue à la Radio PTT Nord avec Jean Prez, Charles Verstraete et Léon Fermont, il a aussi un orchestre de bal avec piano, batterie, saxo et trompette.

collection personnelle


Pour augmenter ses droits d'auteur il est allé chercher à la SACEM, les listes de chefs d'orchestre du Nord et il leur envoie ses partitions. Mais les échanges de listes entre les compositeurs ont noyé ces chefs d'orchestre sous des tonnes de papier qu'ils ne lisaient plus.
Il vend beaucoup d'accordéon grâce aux professeurs qui reçoivent une commission de 10% du prix de vente. Maintenant, dit-il, les profs achètent directement aux fabricants qui leur donnent 25%, les commerçants ayant une marge de 33%, ils ne peuvent pas lutter.
Il n'a pas connu de fabricant d'accordéons dans la Région, sauf Watterloos à Roubaix, 1 rue Delannoy, mais qui faisait venir les accordéons d'Italie et y mettait sa marque, STELLA et PIERFI, et aussi un réparateur, Gierlotka, d'abord à Fouquières les Lens puis à Saint Omer et un qui a bricolé du côté de Sin le Noble, mais il ne se souvient pas de son nom.

Paul Laby, l'orchestre musette Rozanes
Claude Brely de Radio PTT Nord et l'orchetre musette Harry
l'ensemble Raymond Mahieu
collection personnelle


Après toutes ces années de travail, il est assez amer et regrette sa carrière : J'ai choisi le commerce, mais c'est pas ce que je devais faire, j'aurai dû faire des disques, aller à Paris, ça passait à la radio, comme Marceau, comme Baseli, comme Vertraete, comme toues les vedettes de cette époque qui venaient toutes, ou presque, du Nord de la France.
Maintenant, à Paris y z'attendent pus après les typ's du Nord. avant c'était dans l'Nord qu'y avait les plus forts, maintenant ici y en a pus… si… des bricoleux.

Raymond Vanméerhaeghe, alias RAY-DELL, est décédé en 1993 à Tourcoing


Christian Declerck
article publié dans Le Tambourineur en février 1986

mercredi 2 mars 2016

Bouscatel à Dunkerque



Antoine Bouscatel vers 1910
collection André Ricros

Le musicien populaire en visite chez les bourgeois dunkerquois comme en témoigne ces deux extraits de presse.

Le Nord Maritime
2 juillet 1912 : « Le banquet de la Musette – Il y a un an, les originaires du Massif Central, inauguraient par un magnifique banquet la fondation de leur société La Musette. Depuis le groupement a prospéré et le deuxième dîner de la Musette qui a eu lieu hier soir, dans les salons du casino, réunissait de nombreux invités. Autour de M. Bonhoure, sous préfet, qui avait accepté de présider cette fête […] Etienne Monnet*, président ; Boutaric, vice-président ; Bussière, secrétaire et Jallat, trésorier de la Musette […]. On entendit ensuite un virtuose jouer sur la musette des airs populaires d’Auvergne, l’orchestre du Casino exécuta la Ronde de la Musette de M. Burgairolles**, Mlle Jane Colombel la délicieuse divette détailla quelques chansons de son joli répertoire et M. Vaquier acheva de provoquer l’hilarité de l’assistance. Des invités ont encore chanté et dansé la Bourrée. Bref ce fut parfait »

collection personnelle


Compte-rendu plus précis "au pays" :
La Semaine Auvergnate
11 juillet 1912 : « […] c’est cette progression rapide [des membres] qui était fêtée dans un second banquet qui eut lieu au Casino de Malo les Bains, sous la présidence de M. Bonhoure, sous préfet, ancien secrétaire général du département du Puy de Dôme. Au côté de M. Bonhoure et de M. Etienne Monnet, l’aimable président de la Société, nous avons remarqué M. Terquem, maire de Dunkerque, les représentants de la Musette de Paris, Amédée Bussière, le sympathique secrétaire particulier du sous préfet de Dunkerque […]. Un virtuose, M. Bouscatel, joua sur une musette, durant le repas, des airs populaires d’Auvergne. […] M. Espinasse chanta en patois ; M. Tête se fit applaudir dans plusieurs chansonnette ; Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette, charma l’assistance, et M. Vaquier, le désopilant comique du Casino, provoqua son hilarité. Cette belle fête ne se termina que très tard dans la nuit, sur des airs de bourrées dansées élégament par nos compatriotes. »

Merci à Olivier Durif de m'avoir communiqué ce document


* Etienne Jean MONNET (1880-1926) et Léon Etienne MONNET (1886-1961), directeurs du Casino de Malo les Bains, sont nés à Clermont-Ferrant

** Georges BURGAIROLLES  (1856-1939)

Fils de Guillaume Auguste, officier d’administration, et petit-fils d’un contrebassiste apparenté à la famille de musiciens et chefs d’orchestre parisiens ARTUS. Il est chef d’orchestre au théâtre des Bouffes du Nord (1888) et aux Folies Parisiennes (1893) à Paris. De 1896 à 1913 il dirige l’orchestre du Théâtre-Concert des Variétés à Lille et, durant la saison balnéaire, l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains, dont il est aussi le directeur artistique. Très apprécié  à Dunkerque comme le précise la revue Paris Musical et Dramatique de 1906 : « Parmi les Casinos qui promettent d'offrir le plus d'attraction cette année, citons celui de Malo-les-Bains. Du reste, le nom de M. Burgairolles est à lui seul une garantie du succès, M. Burgairolles n'est pas, en effet, seulement un chef d'orchestre remarquable, mais il a au suprême degré ce que l'on peut appeler l'intelligence artistique et sait donner aux programmes un attrait vraiment surprenant, et plus que jamais les baigneurs de Malo-les-Bains trouveront cette année les distractions les plus variées. » Pendant son séjour il compose Jean-Bart (1906), marche et en 1912 La Ronde de la Musette, marche dédiée à l’association éponyme regroupant les Auvergnats de Dunkerque. Après la guerre, en 1920, il reprend la direction de l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains : « Le Kursaal n'étant plus utilisable, on songe à le reconstruire pour l'année prochaine. Le Casino, très fortement endommagé, a néanmoins ouvert ses portes. La superbe salle de spectacles, de même que les salons de jeux, sont très fréquentés. On applaudit en ce moment les vedettes parisiennes de nos meilleurs music-halls, qui sont renouvelées chaque vendredi. La direction a traité avec les tournées théâtrales les plus en vogue, à raison de deux par semaine. Un orchestre comprenant, entre autres musiciens, les solistes des Concerts Pasdeloup et de Monte-Carlo, sous la direction de M. Burgairolles, directeur artistique, donne des auditions très goûtées. ». C.D.

[extrait du Dictionnaire Biographique Dunkerquois, SDHA, 2015]


une page consacrée au roi de la cabrette

trois enregistrements de "musique ethnique" comme ils disent à la BNF, dont :

LA CAILLOT BELLO CALLO :

une émission sur France culture

Clément Bonhoure, sous-préfet, né à Limoges

jeudi 18 février 2016

Marie Grauette – Musique et Chants Traditionnels d'Artois – 1978

mise à jour 18 février 2016







Gaby Delasus : « Nous avions à peine 18 ans quand Roland, Alain et moi nous chantions, à Lillers en nous baladant, les grands standards du folk américain que nous avait révélés Mimi, la sœur de Roland et Alain avec les 33t de Pete Seeger et des Weavers ; seul Roland Delassus jouait d'un instrument (guitare).
En 1967 je fais une rencontre décisive pendant mon service militaire, Alain Breitenbach, dont la voix, le jeu de guitare et le répertoire me stupéfient littéralement dès la première écoute dans la piaule (blues noir américain de Big Bill Broonzy, Sonny Terry, Brownie McGee, Jesse Fuller, etc...) Bob Dylan, L.Cohen, Phil Ochs, Tom Paxton, et la vague anglaise, Bert Jansch, John Renbourn, etc... Je contracte une superbe maladie : la furieuse envie d'apprendre ; il me donne mes premiers rudiments d'accord et m'apprend à chanter en jouant ; nous ferons d'ailleurs un bon bout de route ensemble sur les routes d'Europe à faire la manche avec guitares, sacs à dos, ami(e)s de passage, et vivre de petits boulots et faire de superbes rencontres (en ce qui me concerne mes pérégrinations dureront près de 2 ans).
A mon retour de ces voyages sur les routes, Roland me trouve l'opportunité d'un emploi sur la côte d'azur ; je vais y rester six ans puis aller vivre un an en Irlande en 1975 où je me passionne pour le violon ; à mon retour à Lillers fin 75, je retrouve mes ami(e)s lillérois, nous passons des soirées merveilleuses où ils apprécient (je pense) ma reconversion vers la musique et la chanson traditionnelles françaises, virus contracté à Cannes grâce aux rencontres avec les gars du Folk-Club du Pont-Vieux à Nice (Patrick Vaillant, Doc et Phil, et d'autres) et à la MJC de Cannes où je suis employé et où je crée le Folk-Club de la MJC (nous accueillons le studio mobile d'enregistrement de "Chant du Monde" pour l'enregistrement dans notre MJC du PREMIER 33t consacré au folk français "Gabriel Valse", dans lequel je fais, avec d'autres, les réponses dans les chants collectifs.
Alors dans ces retrouvailles à Lillers, jaillit l'idée généreuse des 4 couples (je suis le seul célibataire à l'époque) Roland et Marcelle, Alain et Gilberte (tous des Delassus), Robert et Claude Henneton, Jean-Yves et Edith Vincent, pourquoi ne pas créer des ateliers au Local-Club du Brûle à Lillers et apprendre quelques instruments ; c'est ainsi que je diffuse ce que je peux apprendre et donner à mes amis : des chansons, des musiques, des notions de jeu sur le dulcimer et la guitare, tout va aller très vite étant donné le fort degré d'investissement et le progrès rapide de chacun. Très rapidement le groupe Marie-Grauette se forme et va commencer à se produire ; un an plus tard nous sommes sollicités pour réaliser un 33t pour lequel nous acceptons le total bénévolat contre la fourniture d’une dizaine de disque et quelques centaines de cassettes audio que nous distribuons dans les écoles de 25 communes rurales du Bas-Pays.
Le disque a été édité en 500 ou 1000 exemplaires (pas sûr), non vendu dans le commerce, la Délégation au Tourisme l'offrait en cadeau à ses partenaires lors de congrès, salons, séminaires en France et pays avoisinants. Voilà un peu notre histoire, ce groupe a précédé la création de Chantefoire
»

Merci à Gaby de m'avoir fournit cet enregistrement rare, ainsi que d'autres de Chantefoire, plus rares encore, qui suivront.

01-Les tondeurs*
02-La fête d'Arras
03-Tiens, tiens, tiens
04-Oh ma mère
05-A Graincourt
06-Lève toi donc belle
07-Hier su'l minuit
08-Noël
09-En revenant de la Lorraine
10-Marion
11-La fillette au moulin
12-Un grand marchand d'oignons
13-Tros belles paires ed' marrones
14-Berlibinbin


Claude Henneton : épinette, dulcimer
Gilberte Delassus : épinette, dulcimer
Marcelle Delassus : épinette, dulcimer
Edith Vincent : flûte à bec, cromorne
Alain Delassus : contrebasse, flûte à bec, cornemuse
Jean-Yves Vincent : accordéon chromatique
Robert Henneton : percussions
Gaby Delassus : violon, cistre, cabrette
Roland Delassus : accordéon diatonique, vielle à roue
Patrick Delaval : illustrations de la plaquette

Enregistré en 1978 à l'École Normale d'Arras à la demande de la Délégation Régionale au Tourisme Nord-Pas-de-Calais
Preneur de son : Gérard Delassus (premier preneur de son au château d’Herouville de Michel Magne)



Téléchargez ici fichier actualisé
348 téléchargements au 1/6/1013

pour les premiers qui ont téléchargé les fichiers manquants sont ici

écoutez Les tondeurs
une étude sur l'origine et le contexte de cette chanson sur le site de Coeremieu

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Merci encore à Gaby pour ces deux documents







vendredi 5 février 2016

Auguste Taccoen, compositeur "cassellois"

mise à jour le 30 mars 2016

Pour présenter ce compositeur, donnons la parole à André Biebuyck, qui a rencontré des contemporains de Tac-Coen. Son article publié dans la revue Le Sud, n° 24, du 12 juin 1938, éditée à Ypres, comporte quelques erreurs rectifiées à la fin de cette page.


collection personnelle



Le lundi de Pâques est un grand jour de fête pour Cassel. Les géants, Reuze-Papa et Reuze-Maman, escortés de joyeux masques, parcourent les rues de leur bonne ville, et inlassable, la Musique joue le vieil air du Reuze cet air venu du fond des âges, qu'un vrai flamand ne peut entendre sans tressaillir. Sait-on que ce fut le compositeur Tac-Coen qui harmonisa et compléta l'air populaire primitif ? Il en écrivit les partitions destinées à la Musique Communale qui joua pour la première fois au Carnaval de 1882, l'air du Reuze tel qu'on l'entend aujourd'hui encore.
Tac-Coen, fut à Paris de 1875 à 1891, le compositeur à succès, le Christiné, le VIncent Scotto de l'époque.

Sa vie
Nous allons brièvement raconter sa vie. Le père de Tac-Coen, Constantin Fidèle Armand Taccoen, était Cassellois, issu d'une famille aisée de cultivateurs. En 1840, il épousait Fidélia Rency, dont le père, Francis Rency était fermier et éleveur de l'estaminet de l'Hoflandt, à Hazebrouck. Le jeune ménage s'en alla chercher fortune en ville et reprit à Lille, l'Auberge de la Tête d'Or, qui portait le n° 27 de la Grand'Place. La Tête d'Or était l'une des plus vieilles tavernes de Lille, déjà citée dans les comptes de la ville en 1381. Elle formait, vers la rue Esquermoise, le coin de la rue de Tenremonde qui, élargie, devint la rue Nationale. C'est là que, le 8 novembre 1841, à 5 heures du matin, naquit Auguste Alfred Taccoen. L'enfant fut élevé à Cassel par ses tantes paternelles, Rose et Pélagie, deux vieilles filles qui tenaient une épicerie au numéro 16 de la rue de Lille, devenue rue du Maréchal Foch.
Tout jeune, il s'inscrivit à la musique Communale dont il ne tarda pas à devenir l'un des bons éléments. Son premier professeur fut Louis Martin, qui était alors receveur buraliste. Lorsque Tac-Coen eut 15 ans, ses parents le rappelèrent à Lille. Il fut placé en apprentissage chez un commerçant ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses études musicales, sous la direction de M. Dubaele, l'un des meilleurs professeurs de ce moment.
Quelques années plus tard, le jeune comptable eut l'idée de former une chorale composée des employés de la maison de commerce où il travaillait tant bien que mal. Cette fantaisie n'eut pas l'heur de plaire à son patron qui le pria poliment d'aller exercer ses talents ailleurs. Voilà, à 18 ans, le jeune homme sur le pavé.
Bravement, Tac-Coen, qui ne se sentait aucune disposition pour les affaires, chercha des engagements comme pianiste accompagnateur dans les cafés chantants. Le métier était d'un maigre rapport, et le jeune musicien mangea plus d'une fois de la vache enragée.
Il voyagea au Danemark, en Belgique, en Hollande. Dans ce dernier pays, il fit la connaissance de celle qui devait devenir sa femme, Eugénie Laroche, une jeune fille d'une grande beauté, qui mourut subitement un an à peine après son mariage à Paris, rue de l'Entrepôt, où le jeune ménage était venu se fixer. Tac-Coen se remit à voyager. Après de multiples pérégrinations, il se fixa à Nantes. Il s'y perfectionna dans l'art musical, étudia l'harmonie et se mit alors à écrire les airs qui chantaient en lui.

collection personnelle


Son œuvre
En 1872, le Grand Théâtre de Nantes donnait la première d'un opéra-comique de Tac-Coen : Jean Leduc dont l'action se déroule en Bretagne. En 1875, Tac-Coen venait se fixer définitivement à Paris. Il devait y triompher. Pendant quinze ans, il fut le compositeur à succès. Les paroliers se disputaient l'honneur d'être mis en musique par Taccoen, qui signait alors Tac-Coen, en deux mots, pour transformer un nom pourtant bien flamand.
Le nombre de chansons écrites [composées] par Tac-Coen, de 1875 à 1891, est prodigieux. On en compte plus de trois mille, sans compter plusieurs opérettes. Dans sa production, il aborda les genres les plus variés, en honneur au café-concert à cette époque. En 1870, les chansons patriotiques étaient au goût du jour. Notre auteur sacrifia à cet engoûment. On trouve dans son œuvre : Notre France, Au Drapeau de la France, Ne touchez pas au drapeau, Tenons-nous prêts, L'honneur du soldat (dédié au général Boulanger) et le célèbre Forgeron de la Paix qui eut un succès prodigieux et fut chanté dans tous les villages de France.
Citons aussi des chansonnettes militaires — du Polin d'avant la lettre — Un cuirassier sans sa cuirasse, Mon Tourlourou et La Belle Margoton […] [erreur du compositeur d'imprimerie] […] et dont le refrain est passé dans le répertoire des troupiers qui y ont adopté les paroles les plus… militaires.
Dans les chansons à boire, Versez les trois couleurs fut celle qui fit connaître Tac-Coen, et le lança. Il écrivit encore : Buvons à tous les vins de France, Le refrain du vendangeur, L'esprit du champagne, Le petit Bourguignon, Le vrai Picolo (créé par Paulus), Mon verre est vide (dont les paroles étaient de Jean Richepin) et aussi L'hymne à la bière, La bière de Flandre, paroles de Victor Venelle, directeur du Journal d'Hazebrouck.
Les chansons sentimentales de Tac-Coen sont nombreuses aussi. Il en est d'exquises : On t'attend à la maison, Pauvre Mimi, Le Noël de Jeanne, Bonjour Amour, N'y pensons plus.
Quant aux chansons comiques du compositeur, elles datent terriblement, et ne nous feraient même plus sourire aujourd'hui. Rien ne se démode comme le comique. Citons néanmoins : Le Roi des Gommeux, Pamela s'est pamée là, Koli-Kinkin.

Au pays flamand
Si Tac-coen connut les succès les plus flatteurs à Paris, il était resté dans le fond de son cœur, un vrai Cassellois. Il revenait volontiers dans la ville où s'écoula son enfance et chez ses parents d'Hazebrouck. Le répertoire de Tac-Coen fit fureur à Hazebrouck de 1880 à 1890. On retrouve dans tous les programmes de l'époque, les titres que nous citions plus haut. A l'Orphéon, on joua même plusieurs opérettes du compositeur. A Cassel, en temps de Carnaval, de joyeux masques interprétaient le soir, dans les cafés, de grandes scènes avec parlé, dont on se souvient encore : Les Infirmiers, Le Bataillon des Volontaires en jupons, Les Gamins de Paris.
Tac-Coen ne manquaient jamais de venir "faire le Mardi-Gras" à Cassel. M. Georges Lotthé, l'auteur des Ballades Flamandes qui fut très lié avec le maître, nous a conté en ces termes, cette amusante anecdote qui montre combien Tac-Coen aimait Cassel : "Tac-Coen était féru de la chanson du Reuze. Il en avait brodé les paroles d'une chansonnette : Madelinette est mariée. Il en avait fait coller la ritournelle sur les pupitres des musiciens qu'il dirigeait, en sa qualité de chef d'orchestre d'un grand café-concert de Paris. Un soir, un groupe de ses amis de Cassel, de gais lurons, viennent assister à une de ses soirées. Tac-Coen avertit aussitôt le directeur qu'un incident se produira dans la salle : il le prie de le laisser se dissiper sans intervenir, car il ne sera qu'un attrait de plus pour le public. Et, entre deux numéros, il ordonne à ses musiciens d'attaquer le fameux air du Reuze. Dès les premières mesures nos Cassellois se regardent : ils se lèvent et se mettent aussitôt à entonner leur chanson en flamand, trépigenent, gesticulent et dansent comme en plein carnaval. Je vous laisse à penser le succès qu'ils ont obtenu parmi les Parisiens et la joie de Tac-Coen".
M. Georges Lotthé se proposait d'écrire, en collaboration avec le compositeur, une opérette intitulée Jean Bart dont l'apothéose devait être la Rentrée du Reuze aux lueurs des torches de Bengale.
Tac-Coen fut chef d'orchestre successivement à la Scala, à l'Eldorado et à l'Eden Concert. A la fin de l'année 1891, il contractait une mauvaise grippe — l'influenza disait-on alors — et le 8 janvier 1892, il mourrait au premier étage du Café du 4 septembre, au n° 24 de la rue Monge où il habitait.
Dans quelques années, ce sera le centenaire de la naissance de Tac-Coen et le cinquantenaire de sa mort. Cassel n'oubliera pas cet anniversaire et saura le fêter comme il convient. Nous voulons espérer que sa ville d'adoption lui élèvera un monument et organisera un Festival Tac-Coen. Ce sera un hommage mérité rendu à la mémoire du compositeur.

André Biebuyck


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Le portrait en haut de cette page, le seul connu d'Auguste Taccoen, a été publié dans un opuscule consacré aux œuvres du compositeur vers 1900. Il contient également une très courte biographie qui nous apprend que Tac-Coen a bénéficié, à son arrivée à Paris, de l'aide d'Emile Duhem qui l'engagea comme pianiste accompagnateur. Tac-Coen a fait ses débuts de chef d'orchestre aux Folies-Belleville, dirigée par Cassonet. En juin 1878 il quitte son bâton de chef d'orchestre pour tenir un café-brasserie, rue Monge, Au Souvenir de l'Exposition. Le jour de l'inauguration, on sabla joyeusement un apéritif inédit, La Tacconnade.
J'ai relevé quelques erreurs dans le texte d'A. Biébuyck. Les prénoms déclarés sur l'acte de naissance d'Auguste sont Pierre Joseph Auguste, il est né le 6 mai 1844. Le couple Taccoen/Laroche se marie en 1876 et son épouse, une artiste lyrique née à Luxeuil les Bains, décède neuf ans plus tard.

13 partitions en libre accès sur Gallica ici
Un autre texte d'André Biebuyck ici

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Il y a une dizaine d'année le musée de Flandre à Cassel avait proposé une exposition consacrée à ce compositeur sous le titre Résonances, hommage à Taccoen. La conservatrice, Sandrine Vézilier, avait brodé autour du sujet en organisant plusieurs manifestations.






Quelques photos : © Christian Declerck


le concert de l'harmonie de Cassel


une partie de l'exposition


l'inauguration guidée par Sandrine Vézilier


l'installation de Daniel Nadaud