jeudi 16 mai 2013

Joseph Declercq, chansonnier et militant syndicaliste

collection personnelle

Né le 3 février 1891 à Halluin, Etienne Joseph Declercq est le fils de Jules Louis, couvreur, et Justine Pauline Masquelier, servante, tous deux originaires d'Halluin. En 1916 il épouse une béarnaise, Marie Louise Menjou (1890-1979) à Saint-Laurent-Bretagne dans les Hautes Pyrénées, il décède le 3 novembre 1959 à Halluin.

Parmi les nombreux chansonniers de la région, Joseph Declercq est un des rares à avoir enregistré. Jean WEBER m'avait donné ces copies de 78 tours, sur cassette audio, il y a bien longtemps. Il en avait hérité d'Augustin Declercq, un des fils de Joseph. La qualité n’est pas excellente et l’un des disques étant cassé il manque le début de deux chansons.

source : Syndicalisme Chrétien, avril 1934


Disque Lumen 33.052, orchestre de Fred Acker
- La fête chrétienne du travail, de et par Joseph Declercq
- Le militant syndicaliste, de et par Joseph Declercq

 Disque Lumen 33.051 (cassé), orchestres de Fred Acker et R. Guttinguer
- Marche des travailleurs chrétiens, de et par Joseph Declercq
- Le travailleur vainqueur (Marcel Poimboeuf) par Emile Rousseau de l'Opéra-Comique

Les fichiers mp3 et la partition de la Marche des Travailleurs Chrétiens, avec ses cinq couplets d'origine, sont à télécharger ici


un extrait des chansons par J. Declercq



collection personnelle

Le barde du Nord a également écrit et édité : Aimons-nous, Aidons-nous (musique de J. Vandeputte et Fred Acker), Le Chant Lociste ((musique de J. Vandeputte et Fred Acker) et A qui le yo-yo ? (musique de Louis Bariselle).


J'ajoute un article de Joseph Declercq, Les œuvres d’Halluin, paru dans l'almanach de la Jeune République en 1922.

 Almanach de la Jeune République



Vous allez me demander quel est  le rapport avec la musique folk de la région ? a priori aucun, sauf que son petit-fils Christophe est devenu un des piliers du groupe Mabidon, avant de jouer dans de nombreux groupes régionaux. Il propose une souscription pour son prochain disque publié chez Bémol vpc.

Christian Declerck

mercredi 1 mai 2013

Paul Pieffort, artiste





 Paul PIEFFORT,
collection personnelle


Paul Isidore PIEFFORT est né à Paris le 2 septembre 1856. Sur Gallica on trouve mention de son activité dans l'Agenda de la curiosité de A. Deligny publié en 1889, il se dit réparateur d’épinette, domicilié 143 rue du Mont Cenis. En 1891 il se déclare artiste sur la liste électorale de Paris, il est alors domicilié 97 rue des Martyrs. En 1912 il a les honneurs du journal Gil Blas :





L'épinette du père Piéffort


A cause d'un article, paru ici le mois dernier, sur Paul Buisson, roi des camelots de Paris, et « médium spirite à matérialisations », j'avais été averti que les camelots — passez-moi l'expression, elle est d'argot franc et de belle allure — m'avaient « à la bonne ». C'est-à-dire que les crieurs de journaux, les vendeurs de cartes postales illustrées, et les marchands de ces bocaux où tourne, un poisson rouge, faits de fer mince, me tenaient en sympathie, estime et considération. C'est par là que je fus amené à connaître M. Paul Pieffort, inventeur de l'épinette qui porte son nom, artiste es-terrasses de cafés, et réunions mondaines, ancien chanteur des cours, ancien financier, et par-dessus tout, inventeur, vous dis-je, ou plus exactement rénovateur d'un instrument portatif, charmant et mélodieux. Le grave journal La Nature consacra un bel article illustré à cet instrument, le 13 janvier 1894. C'est une des saveurs de Paris qu'il s'y puisse dénicher dans les pires loqueteux, les dépenaillés, les galvaudeux, une âme d'or ou d'immenses rêves, des philosophies héroïques ou de prestigieux hiers. Tel ce Pieffort, grand vieux bonhomme comme fabriqué à coups de trique tant par la nature que par les fatalités, tout en bosses et tout en replis chaotiquement enchevêtrés, plis du visage, et plis et bosses du vêtement vétuste et du long corps osseux. Mme Waldeck-Rousseau, Sarah Bernhardt, Jean Richepin, Constans, l'ambassadeur, Wlllette, le peintre, le reçurent, le traitèrent en ami, lui achetèrent une épinette. Le Conservatoire national de Musique possède trois épinettes, dont une en bois de rose, don de M. Pieffort. Et pour l'instant, ce Donateur de Pieffort accepterait avec reconnaissance les deux sous que vous mettriez dans sa sébille, à la terrasse du café où il aura joué.
J'ai passé une matinée, chez lui. Chez lui, je veux dire dans sa chambre. Le père Pieffort habite une des 89 chambres à 7 fr. la quinzaine, de l'hôtel des Célibataires, rue Rondelet. Dans sa chambre, trois fois grande comme un plumier d'écolier, il m'a sorti ses souvenirs, ses diplômes, la médaille de bronze qu'il obtint à l'Exposition de 1900, comme ouvrier, dans la section des instruments de musique. Il m'a dit l'histoire de l'épinette, qui est intéressante. Au temps de Charles-Quint, les soldats espagnols s'ennuyant dans les Flandres qu'ils dominaient, perfectionnèrent la bûche allemande, espèce de cithare. Puis l'instrument issu de leurs mains se perdit dans le cortège turbulent des siècles. Une paysanne des Vosges, connue sous le nom de Dorothée, une sorte de sorcière qui habitait le Val d'Ajol, près de Plombières, le retrouva. On ne sait pas du tout comment. C'était, imaginez-vous, une  boîte allongée, terminée à l'une des extrémités par un talon, et à l'autre par une tête avec chevilles en bois, à l'instar du violon. Elle était faite en bois de merisier ou de cerisier et possédait cinq cordes sonores (quatre sol à l'unisson et un do). » C'est ainsi que le décrit le rédacteur de La Nature. Il ajoute : « Les pâtres et les bergers des Vosges en tiraient de jolis airs. » Un Alsacien nommé MuIIer arriva à Paris avec son épinette. Il jouait chez les mastroquets. Il rencontra Pieffort, lequel râclait alors de la guitare. Ils s'associèrent et jouèrent et chantèrent dans les cours. Pieffort qui avait étudié l'acoustique, transforma l’instrument vosgien. Il y ajouta une nouvelle corde, arrondit le talon, et spécialisa les bois.
Il m'a joué de l'épinette. La petite chambre s'emplit de chaudes vibrations. Cela tenait de l'accordéon, du violon et de l'orgue. C'était très émouvant. Les pauvres yeux las et ternes du vieux s'emplissaient d'une lumière liquide. Il me demanda orgueilleusement après avoir joué, s'il ne méritait pas qu'on s'intéressât un peu à son invention ? Si, si. Oui, l'on pourrait suivre sans appréhension l'exemple donné par Willette, par Richepin, par Sarah Bernhardt, par Mme Waldeck-Rousseau. Il y a de plus mauvais modèles. C'est une chose fort élégante et délicate qu'une épinette du père Pieffort.
Le pauvre homme ! L'autre soir, il buvait du café dans un bar, portant avec lui la boîte oblongue, où sont enfermés ses papiers, ses diplômes et son instrument. Un mauvais garçon sauta sur la boîte et s'ensauva avec. Pieffort le poursuivit désespérément. Il y eut des coups. On emmena tout le monde au poste. Pieffort avait sur lui un couteau de chasse que lui avait légué son père. Il fut condamné à vingt-quatre heures de prison pour port d'armes prohibées. Il a désormais un casier judiciaire. Il m'a dit qu'il était déshonoré, qu'il irait en appel, et que si on ne lavait pas son dossier, il en mourrait. Alors, moi, bien gentiment, je demande aux Pouvoirs de rendre l'honneur au Donateur du Conservatoire national de Musique, et au lecteur d'éprouver quelque curiosité de son épinette, quelque désir de la lui acheter.
André Arnyvelde
Gil Blas du 3 février 1912


Le 31 décembre de la même année le journal publie ce petit article :
Pour deux sous.En flânant le long du boulevard des Capucines, près de la station des omnibus, tout à côté d'un bec électrique, on est très agréablement surpris d'entendre des airs vieillots et charmants, sortir d'un instrument démodé, moins aristocratique que le clavecin, sans doute, mais plein de grâce néanmoins et qui, jadis, fit la joie de nos bisaïeules : l'épinette. C'est un luthier délicat, Paul Pieffort, qui a remis en honneur le délicieux clavicorde et qui en obtient des effets ravissants. Ecoutez, voici le grand air de Paesiello. Cela ne coûte rien et l'on passe quelques minutes fort agréables. Pour témoigner sa satisfaction à l'artiste, on achète pour deux sous une affiche en réduction dessinée par Jean Veber. Plaisir des yeux, joie de l'oreille. Dix centimes seulement.

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Paul Piéffort s’est également produit dans la région Nord-Pas de Calais au début du XIXe siècle, et notamment à Dunkerque comme le relate le Nord Maritime :
28 novembre 1902 : « Un instrument merveilleux, l’épinette de M. P. Pieffort. — Nous avons reçu hier la visite d’un artiste pari­sien, M. P. Pieffort, qui nous a fait bénéficier d’un charmant concert intime avec son instru­ment l’épinette perfectionnée. On sait que l’épinette des Vosges est un instrument dont on joue en pin­çant les cordes avec une plume. Il était fort en vogue au XVIIIe siècle et Jean Jacques Rousseau en raffolait. Les cordes de l’épinette Pieffort sont en acier, comme celle du piano. Certaines dispositions particulières ont permis à M. Pieffort de tirer de cet instrument son maximum d’intensité. Il le pince avec une la­melle d’é­caille. Plusieurs journaux scientifiques se sont occupés de l’épinette Pief­fort. La “Nature” dit qu’elle permet de jouer sur une éten­due de 2 octaves et de­mie à partir du sol grave du violon avec une sonorité spéciale provenant de la nature de l’instrument et des effets qu’il produit ; elle se prête à l’exécution de tous les morceaux ne dépas­sant pas cette étendue. M. Crépaux ajoute que l’instrument se prête à toutes les nuances et est fort agréable à entendre. L’épinette est, de plus, facile à jouer ; en quelques heures une personne ignorant la musique exécute cer­tains airs populaires, des danses notam­ment ; c’est en somme une inven­tion inté­ressante. M. Pieffort nous a joué avec un brio exquis et un sentiment rare Sentier Fleuri, valse de Waldteufel, le Babillage de Gillet, l’entracte de Cavalleria Rusticana de Mascagni, l’Ave Maria de Gounod, les Stances de Flégier, Loin du bal de Gillet et une marche anglaise. C’était tout simplement délicieux et les personnes présentes ont chaude­ment félicité l’artiste. Nous croyons savoir que M. Pieffort se fera entendre jeudi soir à la Brasserie Viennoise, rue de la Marine. Il est sûr d’y obtenir le plus vif succès et pour beaucoup ce sera un véritable émer­veillement. Nous souhaitons que le sympathique inventeur et artiste se pro­duise dans les principaux établissements de notre ville. Pour nous, nous n’en saurons jamais dire assez de bien. »
29 novembre 1902 : « Un régal musical, l’épinette Pieffort. — Pour com­pléter notre article d’hier, nous sommes heureux de faire sa­voir que c’est irrévoca­blement demain soir samedi, que M. Pieffort donnera à la Brasserie Viennoise rue de la Ma­rine, des auditions de son mer­veilleux instrument, l’épi­nette perfectionnée. Tous les amateurs de belle musique vont applaudir le talent du re­mar­quable artiste. M. Pieffort jouera des œuvres modernes et anciennes. Ces derniers mor­ceaux aussi archaïques que le délicieux et mélan­colique ins­tru­ment, ra­nimeront les imaginatifs à 2 siècles en arrière. N’oublions pas que l’immortel Jean Jacques Rousseau faisait de l’é­pinette son instrument favori. »
30 novembre 1902 : « Un régal Musical, l’épinette Pieffort. — Nous rappe­lons aux amateurs de belle musique, de musique ancienne ou mo­derne sur un de ces vieux instruments dont raffolaient nos pères, que M. Pieffort, le rénovateur de l’épi­nette des Vosges, leur offrira ce soir à 8 h 1/2, un dé­licieux concert à la Brasserie Vien­noise rue de la Marine. L’artiste et l’instrument sont merveilleux et cela, nous pouvons dire hau­tement, grâce à l’audition intime que M. Pieffort a donnée, il y a trois jours, aux bureaux du “Nord Maritime”. »
1 décembre 1902 : « L’épinette Pieffort. — Ainsi que nous l’avions prédit, M. Pieffort a obtenu le vif succès avec ses auditions d’épi­nette, hier soir, à la “Brasserie Viennoise”. Les applaudissement n’ont guère fait défaut au sympathique et ha­bile artiste. M. Pieffort se fera entendre demain lundi à 8 h à la “Taverne Franco-Russe”, près la Tour. »
2 décembre 1902 : « Nouvelles religieuses, l’épinette Pieffort. — Ainsi que nous l’a­vions prédit, M. Pieffort a obtenu un grand succès hier à l’é­glise St-Éloi à la messe de 11 h et au salut de 5 h. Pendant ce dernier office, M. Pieffort a joué sur son épinette un re­mar­quable “Salut” de sa composition. C’était un “Salut invocation” à Dieu le Tout Puissant, Roi des Rois, Maître de la terre et du monde demandant sa protection pour les pe­tits, les faibles, les malheureux et se terminant par une bénédic­tion des humains au Créateur. Cette exécution a été merveilleuse­ment soutenue par les orgues que tenait M. Bollaert. Ajoutons que M. Pieffort a dédié à Mme Bollaert fils sa remarquable im­provisa­tion. »
3 décembre 1902 : « L’épinette Pieffort. — M. Pieffort, le virtuose de l’épi­nette a ob­tenu un vif succès, hier soir, au café “Franco-Russe” près la Tour. Le maître a absolument émerveillé son auditoire qui ne lui a pas mé­nagé les applaudissements. Les mélodies les plus ravis­santes, les airs anciens, les morceaux d’opéra, tout a été rendu avec un brio que M.M. les Présidents de la plupart des Cercles de Dunkerque vont de­mander à M. Pieffort de vouloir bien donner des auditions intimes. Nous osons espérer que M. Pieffort, qui se proposait de rentrer à Paris, nous restera encore quelques jours. »
10 décembre 1902 : « L’épinette Pieffort. — M. Pieffort, le vir­tuose de l’é­pi­nette, a donné, hier soir, à 9 h, une magnifique audition au “Cercle d’Es­crime”. C’est avec un art incomparable qu’il a joué sur ce merveilleux ins­trument la Sérénade de Severo Torelli, Simple Aveu de Francis Thomé, les Stances de Flégier, Babillages d’Ernest Gillet, une Pavane Louis XIII et de nombreux autres morceaux. M. Bollaert fils a prêté son concours à cette charmante pe­tite fête en tenant le piano avec sa maîtrise habituelle. Ajoutons que M. Pieffort a fait une très intéressante causerie sur l’é­pi­nette, sur l’historique de cet instrument et ses re­cherches pour y apporter des perfectionnements récompensés à l’Exposi­tion de 1900. Comme nous l’avons dit, M. Pieffort a été invité à se faire en­tendre dans les principaux cercles de notre ville. »
16 décembre 1902 : « L’épinette Pieffort. — M. Pieffort, le vir­tuose de l’é­pi­nette, a quitté Dunkerque ce matin pour se faire entendre à Lille et à Rouen. Hier, dimanche, M. Pieffort a donné une remarquable audition au collège des Dunes et, dans la soirée, il s’est fait applaudir dans l’un des princi­paux cercles de la ville. Espérons que le sympathique artiste nous reviendra pour la saison pro­chaine. Le talent avec lequel il a fait vibrer son cu­rieux et ar­chaïque ins­trument ne sera pas oublié de si tôt à Dunkerque »



En 1906 il se produit de nouveau à Dunkerque :
16 décembre 1906 : « L’épinettiste luthier P. Pieffort, au café Franco-Russe. — Nous avons annoncé l’arrivée à Dunkerque de ce sympathique et ori­ginal artiste. Nous avons dit que M. Pieffort était le réno­vateur de l’épinette des Vosges, le mélancolique instrument à cordes que Jean Jacques Rousseau trouvait si expressif et si séduisant. M. Pieffort donnera ce soir, au café Franco-Russe, à 8 h 1/2, une audi­tion qui sera un véritable régal artistique. M. Pieffort fabrique lui-même ces délicats instruments qu’il touche d’une façon merveilleuse et divine. Il y joue et interprète tout ce qui vient de son âme d’artiste, il ne pro­cure pas seulement l’enchantement mais l’émerveille­ment. Demain dimanche, on entendra M. P. Pieffort à midi 1/2 au café du Soleil, place Jean-Bart. »

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En complément, l’article publié dans La Nature en 1894


collection personnelle


et la page de titre de sa méthode conservée à la Bibliothèque Nationale




Une des épinettes données par Paul Piéffort au Musée du Conservatoire de Musique de Paris


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Jean Jacques m'a transmis des photos d'une épinette Pieffort, petit format, qui est dans sa collection.
On peut juger du beau travail de lutherie fait par cet amateur.



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mardi 23 avril 2013

Claquebois


Un mystérieux instrument…




C’est du moins ainsi que j’ai considéré ce « xylophone » quand je l’ai trouvé en brocante en 2011 : les lames de bois me faisaient penser à un instrument exotique (Asie, Afrique ???), peut être ramené lors d’un voyage, alors que la table trapézoïdale qui le soutenait, en hêtre et orme étaient de toute évidence de fabrication nord européenne…  Et que dire des languettes de mousse expansée collées sous les lames sonores, d’allure « fin XXe siècle  »…
Bref, cet instrument me posait plus de questions qu’autre chose, surtout avec les notes de musique selon la notation française (do, ré , mi…) gravées sur chaque lame, qui ne faisaient pas très extra-européen.
Je l’ai donc exposé lors de la brocante musicale de Cappelle en Pévèle de 2012, et ai questionné un certain nombre de visiteurs, passionnés comme moi d’instruments de musique populaire, à qui ça ne disait rien non plus. L’un d’entre eux, Hervé GONIN, grand collectionneur d’instruments de musique traditionnelle du Monde me rappelait cependant dans les semaines qui suivaient pour me dire qu’il avait vu un instrument similaire au musée instrumental de Bruxelles, et qu’il y était appelé  « claquebois », ou «  bois et paille ». Je me ruais alors dans ma documentation, et me rendais alors compte de l’importance de ma découverte… Je tenais un instrument populaire répandu en Europe du Nord au XIXème siècle (Pays Bas, Tchéquie), qui avait disparu des mémoires.
Le démontage des lames et leur examen me confirmaient l’origine locale de la fabrication, puisque l’une d’entre elle portait le patronyme suivant : « JULES JOOS** », avec le même lettrage que les notes inscrites sur chaque lame de bois. Cette fois, il n’y avait plus de doute, il s’agissait bien d’un instrument en usage dans la région, le brocanteur m’ayant dit l’avoir trouvé dans un débarras de maison vers Maubeuge.
D’après César Snoeck, notaire à Gand au XIXe siècle, grand collectionneur d’instrument, et dont la partie des collections issue des anciens Pays-Bas est entrée au musée instrumental de Bruxelles : « l’instrument dans son état actuel a été en quelque sorte créé par un Polonais nommé Gusikow au moyen de perfectionnements successifs apportés à un instrument simple et populaire de son pays, le Jerova i Salamo, espèce de claquebois. Gusikow acquit sur son instrument un talent absolument prodigieux au point d’exciter l’admiration dans les principales villes de l’Europe qu’il parcourut de 1834 à1837 en donnant des concerts. Ainsi se produisit-il à cette époque un véritable engouement pour le bois-et-paille ; tout le monde voulait en jouer et il était devenu un instrument de concert et de salon. Il est probable que les nombreux amateurs qui s’exercèrent ne réussirent pas comme Gusikow, car après 1840 le bois-et-paille est tombé dans l’oubli, et il est presque inconnu aujourd’hui » (ce texte date de 1894). C’est sans doute un instrument provenant de sa collection qui a permis l’identification de notre spécimen.
Il est clair que Gusikow n’a pas créé le bois-et-paille, ce type d’instrument étant connu de très longue date, et faisant même partie de la catégorie des instruments dits « primitifs », mais sa virtuosité l’a remis en lumière et aura créé au XIXème siècle un regain d’intérêt pour un instrument ancien dont notre exemplaire est un témoignage précieux. Parvenu jusqu’à nous en très bon état*, et avec ses deux mailloches en bois,  seuls les faisceaux de paille soutenant les lames sonores ayant  disparu en raison de leur fragilité. Ils ont pu être reconstitués et restaurés par mes soins avec l’aide des établissements Florimond DESPREZ qui m’ont fourni la paille de céréale nécessaire à cette restauration. Qu’ils en soient ici remerciés chaleureusement.

Jean Jacques Révillion.
6 avril 2013

* Il est plus que probable que les pieds qui portaient la table aient été sciés.
** Voir plus bas


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Jules Delépierre

A cette découverte très intéressante je peux ajouter quelques informations concernant cet instrument dénommé parfois « claquebois » ou « bois et paille ».
Jules DELÉPIERRE, musicien et chef d'orchestre, né à Armentières en 1820, se produisait également sur ce genre d’instrument dans les années 1850 comme le témoigne cet article publié dans le Mémorial des Pyrénnées :
11 décembre 1852 : « Il y a quelques jours, dans un de nos salons où l’on se réunit fréquemment pour faire de la musique, on accueillit par de chaleureux bravos un artiste étranger, qui, sur un instrument de la facture  la plus simple, car il ne se compose que de brin de paille et de petits morceaux de bois, est parvenu, à force de persévérance et de travail, à produire de riches harmonies et à rendre, avec une puissance et une netteté admirables, les pages les plus brillantes des maîtres de l’art. Cet instrument nouveau est le Zilophone et l’artiste se nomme M. Delepierre. Qu’on se représente une série de minces planchettes de sapin, longitudinalement juxtaposées, attachées les unes aux autres par des cordes à violon et placées sur une petite table couverte de tubes de paille. L’artiste prend en main, deux batons semblables à des demi-baguettes de tambour, et, sur les touches de ce modeste clavier, vous l’entendez exécuter, avec une dextérité et une sonorité surprenantes, les variations les plus difficultueuses Thalberg, Mayseder, de Bériot. Les applaudissements bien mérités que M. Delepierre a obtenu dans cette réunion, l’ont engagé à se faire entendre en public, et nous apprenons qu’il organise une soirée musicale, qui doit avoir lieu prochainement, et dans laquelle il sera brillamment secondé, pour l’instrumentation et pour le chant, par l’élite de nos artistes et amateurs. Nous croyons que la sympathie et la curiosité ne lui feront pas défaut dans cette circonstance. »
Jules Delépierre aura plusieurs enfants qui deviendront des virtuoses violonistes, le premier, Jules Henri, né à Dunkerque en 1849, et surtout ses trois sœurs : Juliette (Douai, 1850 - San-Salvador, 1897), Julia (Bagnères de Bigorre, 1852 - Paris, 1926) et Jeanne (Cambrai, 1863 - ?). les deux premières se produisent à Londres en 1866 et en plus de leurs prestations sur le violon elles ajoutent l’instrument favori de leur père : « The Oxford theatre, Engagement of the talented Juliette and Julia Delepierre. Violinist to all the Northern Courts, aged respectively nine and thirteen years. Mlle Juliette will also perform a Fantasia on her extraordinary instrument called the Xilophone, composed of Bois et Paille [en français dans le texte]. They will appear Every Evening at Nine and Half-past Ten o'clock. » [The Anglo American Time]. Elles continueront de se produire dans toute l’Europe et en 1885 elles sont à Paris « Les demoiselles Delepierre, trois jolies petites jeunes filles, viennent de débuter aux Folies-Bergère, où elles ont obtenu un légitime succès. Rien de plus intéressant que de voir ces enfants jouer, sur des instrumenta ingrats comme le xylophone, des airs variés, hérissés de difficultés. » [Le Grelot], c’est certainement à cette époque qu’a été imprimée cette affiche conservée à la médiathèque de Chaumont.



Christian Declerck


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Jules Joos
Ce patronyme d’origine flamande étant assez rare en Hainaut, le signataire de l’instrument découvert par Jean-Jacques pourrait être celui qui était domicilié rue de l’Abattoir à Hautmont, près de Maubeuge, à la fin du XIXe siècle. Jules Joseph JOOS est né à Hautmont le 19 mars 1879, fils d’Aimé, lamineur aux Forges, et Thérèse VANACHTER. Il deviendra gendarme à cheval en Bretagne où il décède en 1961. Si son père est né aussi à Hautmont, en 1856, son grand-père, Fidèle JOOS est né en 1809 à Sinay, aujourd’hui Sinaai-Waas, petit village flamand situé entre Gand et Anvers, ce qui nous ramène au collectionneur gantois César SNOECK. Peut-on imaginer que cet instrument ou au moins le souvenir de cette pratique se soit transmis de père en fils et petit-fils tout au long de ce siècle ? et que l’instrument découvert « près de Maubeuge » soit en lien avec cette famille ?
Personnellement je crois qu’il y a de fortes chances pour que cela soit ainsi, il y a trop d’éléments qui se recoupent, outre les coïncidences généalogiques et géographiques, il y a aussi, par exemple, les notes marquées sur le bois qui ont été faites avec des lettres à frapper utilisées pour marquer le métal, dont on devait se servir dans les Forges et Fonderies de Hautmont.



Peut-être, pure hypothèse, est-ce Aimé qui a fabriqué cet instrument pour son fils et qui l’a marqué à son nom ?
Christian Declerck

lundi 8 avril 2013

Le pot pourri du carnaval de Dunkerque, origine


collection personnelle

Pendant le carnaval, dans les rues et les bals, sont chantées une série de chansons, dans un ordre précis, ou du moins qui l’était jusqu’aux années 1990.
Cette suite de chansons n’est pas née du hasard, sa source est liée à une danse de salon oubliée, le quadrille français. C’est une partition de Henri Girad qui m’a donné le déclic pour faire le lien entre le pot pourri du XXe  et le quadrille du XIXe., elle a pour titre Le carnaval Dunkerquois, quadrille sur des airs populaires. télécharger la partition
Henri Girard, né à Dunkerque en 1849, est d’abord cordonnier, puis il devient professeur de trombone. Après être chef de musique de la fanfare communale de Saint Pol sur Mer vers 1880, il devient chef de la fanfare de Rosendael en 1884. En 1890 il est nommé sous-chef de la musique communale de Dunkerque. En 1897, ou peu avant il écrit un quadrille composé de la juxtaposition de plusieurs airs populaires, dont le titre laisse supposer qu’il les a extraits des chansons du carnaval. C’est une pratique qui remonte aux origines du quadrille, qui n’était qu’une suite de figures de contredanse qui avec le temps se sont fixées pour donner le quadrille français à cinq figures tel qu’on le danse tout au long du XIXe siècle : Pantalon, Été, Poule, Pastourelle et Finale
En écrivant son quadrille Henri Girard a réalisé, sans le savoir, un collectage, il a fixé à une date précise le répertoire, ou une partie du répertoire, des chansons utilisées au carnaval. Nous en connaissons la date car ce quadrille fut joué au cours d’une soirée intime organisée par l’association chorale La Jeune France, le 6 mars 1897, le titre mentionné sur le programme est Carnaval, quadrille, le compositeur est Gérard, l’imprimeur ayant certainement mal lu le manuscrit.
On y retrouve des airs toujours chantés dans la bande des pêcheurs, un autre, Cordéonneux, qui a disparu du pot pourri et d’autres totalement inconnus que je laisse à votre sagacité et votre érudition pour en trouver les titres.

Pantalon


L'Été


La poule


Pastourelle


Finale



Un musicien dunkerquois possède un dossier contenant les parties d’une orchestration d’un quadrille (basse, clarinette en la, cor en ré, piston en la et trombone en ut) intitulé : La Folie Dunkerquoise, pour le carnaval dunkerquois, don de monsieur Henri Girard à son élève Maurice Récipon. M. Récipon étant né en 1880, on peut dater ce document des années 1890-1900.


 collection B. Brousse


Une affiche annonçant un bal paré et masqué au théâtre le 24 février 1903, pendant la période de carnaval, a miraculeusement échappé aux destructions. Elle donne le programme des danses et parmi les quadrilles on trouve Airs Dunkerquois, Quand on a travaillé et Brillant Belge de compositeurs inconnus ou discrets, qui pourraient être des musiciens locaux. 



collection particulière


Un article, paru dans le journal Dunkerque Sport, mentionne aussi un quadrille en lien avec le carnaval :
7 mars 1909 : Le Grand Bal masqué annuel, donné samedi dernier par l'Association des Anciens Sous-Officiers a obtenu, comme toujours, le succès le plus éclatant. Tout avait été fait, du reste, pour atteindre ce but. La salle était décorée avec art, les colonnades, les tentures, les ballons et les cordons électriques, rendaient l'aspect de la Salle Sainte-Cécile, absolument féerique ; aussi tout ce que Dunkerque compte  d'élégante et joyeuse jeunesse, s'y trouvait réuni.
Les Membres du Comité de la Société coiffés d'un élégant calot où l'on remarquait le galon de sous-officier, recevaient leurs invités qui, de neuf heures à minuit se pressaient aux portes de la coquette salle. L'affluence y était tellement grande qu'il était impossible de danser le moindre pas, mais où, alors, on pouvait contempler dans toute sa bruyante originalité, le cachet spécial du Carnaval Dunkerquois, ce fut vers minuit où l'orchestre si habilement dirigé par le sympathique maestro Julien Barbier, exécuta le Grand Quadrille infernal avec musique à tour de bras et détonations entraînant la foule des danseurs dans un emballement intense et indescriptible, c'était le chahut effectué par une foule de personnes dont les costumes les : plus variés et les plus séduisants ; prenaient des couleurs différentes au reflet des feux de Bengale. Aussi l'entrain fut extraordinaire, et les Anciens Sous-Officiers ravis par tant de succès, se mêlaient aux tourbillons entraînant avec eux les plus gracieuses danseuses. L'animation s'est prolongée jusqu'à une heure très avancée du matin et chacun dû se déclarer enchanté de la fête.



Enfin, je possède une autre version du quadrille de Girard, nommé Quadrille Dunkerquois, sur une partition manuscrite (partie de violon). Les trois premières figures sont identiques, à part une inversion dans l’Été. Les 4e et 5e figures sont interverties, ce qui devait poser des problèmes aux danseurs, à moins qu’on ne dansait déjà plus le quadrille sur cette musique. Après le quadrille, suivent les habituelles chansons du carnaval sous forme de pot pourri.


collection personnelle



Tous ces documents prouvent qu'on dansait ce quadrille pendant les bals du carnaval et on peut imaginer que les danseurs ne se privaient pas du plaisir de chanter les chansons tout en dansant. L'habitude de les chanter dans un ordre précis est restée mais les figures du quadrille se sont estompées puis ont disparu entre les deux guerres, le pot pourri est resté seul et a migré dans la bande.

Christian Declerck