jeudi 12 juillet 2018

Les militaires épinettistes

La pratique de l'épinette par des militaires nous est connue par quelques photos et cartes postales découvertes par des collectionneurs spécialisés. Mais il est rarement possible d'identifier le musicien. Voici deux personnages dont on a pu établir le parcours et cerner la période de possession d'une épinette : le premier vers 1906, le second vers 1922.



Charles César Auguste ROGIE
L'instrument, découvert récemment, a fait l'objet d'un article spécifique, il était vendu avec un petit carnet aide mémoire qui a permis l'identification de son propriétaire, Charles Rogie, dont la petite fille a formellement identifié l'écriture.
Fils d'Auguste Jules César, né à Wattignies en 1849, charron de son état, ses descendants possèdent une superbe photo de son atelier, Charles épouse, en 1871, Marie Sophie GRAVELIN, puis en 1876, sa sœur Pauline Sophie GRAVELIN, cultivatrice, née au même village en 1853. Ses deux épouses lui donneront onze enfants, dont notre épinettiste, qui naît en 1882.
Charles fait son service militaire au 14e régiment de dragons, à Sedan, où il arrive le 15 décembre 1903 et devient cavalier de 2e classe le même jour. Sa fiche matricule nous indique qu'il est "renvoyé dans la diponibilité" le 18 septembre 1906. La mention "51 jours et la fuite" écrite sur son carnet de musique, permet donc de préciser qu'il l'a écrite le dimanche 29 juillet 1906, on ne peut être plus précis pour dater un document. Mobilisé en 1914, il rejoint le 1er régiment d'artillerie de campagne à Douai. En 1921, il épouse Georgette CREPEL née en 1891 à Saint Laurent Blangy, près d'Arras, ils auront trois enfants : Auguste, Suzanne et Pauline. Sur sa fiche il est aussi mentionné qu'en 1925 il est menuisier en voitures. Après quelques années de carrière militaire dans divers régiments, Charles décède à Wattignies le 19 mai 1965. Dans la famille, s'il reste le souvenir d'un grand-père jouant d'une espèce de mandoline, sa petite fille ne se souvient pas de cette épinette.


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collection personnelle


Henri ANCEL
Le caporal du 65e TM, Henri Ancel, a dédicacé cette carte postale/photo à sa sœur. Le seul caporal (deux galons) présent sur la photo est celui qui tient fièrement son épinette. Mais il n'y a ni date, ni lieu mentionnés. Une recherche généalogique m'a permis d'identifier ce caporal de tirailleurs marocains.
Henri Ancel est né à Roubaix en 1901, son père, Auguste, est né en 1883 à La Croix aux Mines, dans les Vosges, il n'y a probablement aucun lien avec l'épinette du même nom, car ses grands-parents sont Alsaciens (d'Elsenhein et Maisongoutte). En 1903, Auguste épouse une Roubaisienne, Joséphine DESMARCHELIER et il reconnait deux enfants nés auparavant : Henri, et Germaine née à Hénin Liétard où ils résidaient. Là aussi la fiche matricule permet de dater cette photo. Henri est incorporé au 1er régiment de zouaves le 1er avril 1921, il est nommé caporal le 20 octobre et il passe au 65e régiment de tirailleurs marocains le 24 octobre 1921. Le 2 novembre 1922 il passe au 43e régiment. Il est libéré le 1er avril 1923, il se retire à Roubaix, rue d'Alger et devient conducteur de tramway. Après divers déménagements à Croix, puis à Roubaix où il est domicilié rue de l'Espierre en 1955.

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Hubert Boone, dans son ouvrage fondamental L'épinette aux Pays-Bas, paru en 1976, mentionne la pratique de l'épinette pendant la guerre 1914-1918 aux pages 44 et 154. A la page 140, il cite un fabricant d'épinette, domicilié à Lambrechts-Woluwe, qui appelait son instrument "violon de tranchée", alors qu'il était gardien d'un camp de prisonniers allemands, à Bray-Dunes en Flandre Française. Mais il ne donne ni son nom, ni les conditions de son jeu.


dessin Patrick Delaval


Par chez nous l'association Traces a publié ce plan d'une épinette conservée dans une collection privée. Si elle garde le souvenir d'un usage à la fin (?) de la grande guerre, elle garde également le mystère sur l'identité de son propriétaire.

J'ajoute ces deux photos de militaires joueurs d'épinette non identifiés, qui le seront peut-être un jour grâce à cette page, mes remerciements à Jean-Jacques et Claude.


dans la chambrée
© coll. Jean-Jacques Révillion


dans un camp de prisonniers, 1914-1918
© coll. Claude Ribouillault


Christian Declerck
12 juillet 2018


mardi 3 juillet 2018

Joseph Pouille, luthier lillois

Joseph Pouille est mentionné par Laurent Grillet, dans les Ancêtres du violon et du violoncelle, et par  René Vannes, auteur du Dictionnaire universel des luthiers, qui reprend les infos de Grillet en ajoutant une étiquette.


source : René Vannes, Dictionnaire universel des luthiers

C'est la notice de la mandoline, donnée par Joseph Pouille au Musée Industriel de Lille et publiée dans le catalogue de l'exposition La collection Hel, qui m'a permis d'identifier ce luthier lillois. L'instrument porte l'étiquette "Fait par Pouille / ancien luthier à Lille / dans sa 80e année / mars 1890".

source : Catalogue de l'exposition Hel, Lille, 1989


Denis Alfrède Joseph POUILLE est né à Lille, rue des Roblets, le 27 septembre 1810. Son père Joseph Marie est maître menuisier, il est né en 1777 et sa mère Adélaïde Dugardin en 1770, tous les deux à Lille. Il a deux frères également menuisiers, Louis Joseph né en 1803 et Henri Lucien Carlos Joseph, né en 1807.

les signatures au bas de l'acte de mariage en 1839
source : Achives départementales du Nord


Joseph Pouille épouse Marie Joseph Sauvage à Lille le 30 juillet 1839, il déclare la profession de menuisier. A ma connaissance, le couple n'a pas eu d'enfants. Marie Sauvage décède à Lille en 1887, le couple demeure rue Voltaire, et Joseph meurt en 1892 rue Saint André. La domiciliation rue Basse à Lille en 1878 n'a pas pu être confirmée.

Le musée de l'Hospice Comtesse possède un violon fait par Joseph Pouille en 1889 :

source : Musée de l'Hospice Comtesse (Europeana)

Ce violon est attribué au Musée Industriel dans le catalogue de l'exposition Hel, avec une inversion des photos entre les pages 43 et 47.

Le nom de Joseph Pouille apparaît également comme réparateur de deux instruments de la collection Hel :
- une basse de viole, réparée en 1844
- un archicistre, réparé en 1874

Christian Declerck

dimanche 17 juin 2018

L'épinette de Charles Rogie




photo J.-J. Révillion

Encore une épinette Coupleux !
Telle fut ma première réaction, lorsqu’on me présentait cette énième exemplaire évoquant au premier coup d’œil la production de cette célèbre famille industrielle tourquenoise. Vernie, en très bon état et de facture soignée, elle avait une allure plutôt engageante, avec sa clef d’accord d’origine conservée. Pas de décalcomanie, pas de bande de papier chiffrée sous les frettes avec la mention imprimée « épinette du Nord ». Mais quand même elle avait neuf cordes, ce qui est inhabituel (les épinettes du Nord en ont couramment sept). Et puis surtout, le vendeur qui m’annonce « je l’ai eue avec ce petit carnet », en m’exhibant un petit carnet en moleskine couvert d’une belle écriture manuscrite à l’encre. Et là, mon cœur d’épinettologue s’emballe : j’avais entre les mains un document exceptionnel, intitulé ni plus ni moins : méthode appartenant au cavalier ROGIE Charles au 14ème régiment de dragons, 1er escadron, 1er peloton, Sedan (Ardennes).


collection J.-J. Révillion


S’en suivent des explications très précises sur la façon de « jouer de l’épinette », avec la position des bras, l’utilisation d’un roseau pour appuyer sur les cordes avec l’index allongé, la main droite donnant les vibrations aux cordes au moyen d’une « écaille tenue entre le pouce et l’index » ; et des indications sur l’accord de l’instrument (ce qui est une première pour moi) les cordes du chant s’accordant en Sol, et les cordes d’accompagnement en Do mi pour la première puis sol et mi pour la quatrième. Après vérification par l’ami Christian Declerck, il s’avère que cette méthode est un recopiage mot à mot, manuscrit, de la méthode De Ruyck, méthode roubaisienne imprimée celle là, avec les mêmes indications sur l’accord de l’instrument.
S’en suivent 17 morceaux en notation chiffrée, mais là, hélas, pas de scoop, on est dans le répertoire archi connu : Au clair de la lune, J’ai du bon tabac, la Marseillaise, Carmen (toréador), Malbrough, Minuit chrétien, etc, pas de mélodie ni de danse traditionnelle notée… Mais en croisant* avec la méthode De Ruyck et la méthode Coupleux, imprimée elle aussi, on ne retrouve que 8 mélodies communes, ce qui prouve que Mr Rogie avait complété « sa » méthode avec son propre répertoire, et que c’était son aide mémoire. Ce document reste donc un témoignage rarissime qui nous renseigne sur le répertoire d’un joueur d’épinette du début du XXème siècle. A un autre endroit du carnet, on trouve la mention suivante ROGIE Wattignies près Lille Encore 51 et la fuite (ce qui fleure à 10 pas le décompte typiquement militaire du père Cent « avant la quille). En tous cas, notre cavalier caserné à Sedan est bien du Nord.

mention écrite le 29 juillet 1906, 51 jours avant sa libération


En y regardant de plus près, l’instrument n’est pas si Coupleux que ça : le choix des essences de bois (sapin massif de belle qualité pour la caisse : table fond et éclisses, orme pour la tête), la tête qui se termine en pointe unique et non pas en feston mamelonné, les éclisses un peu moins hautes que d’habitude. Et surtout, l’instrument n’est pas assemblé par clouage, mais collé, ce qui est du jamais vu sur une Coupleux, et les assemblages sont particulièrement soignés. Si on rapproche tout cela du fait que Christian a rapidement identifié notre homme comme étant menuisier de voitures, on peut aisément imaginer qu’il ait réalisé lui même l’instrument en copiant une Coupleux.
Bref, à mon sens on est en présence d’un instrument tout à fait intéressant, surtout accompagné de son petit carnet, ce qui permet de valider une utilisation de notre petite épinette dans le cadre des chambrées militaires, comme cela a déjà été authentifié par quelques cartes postales découvertes ça et là. Et la période de conscription de Charles Rogie permet une fois de plus de dater** la période intense de pratique de l’instrument vers la fin du XIXème et le début du XXème siècle, c’est à dire plus tôt que nous l’avions envisagé au départ (années 30) d’après les premiers témoignages récoltés dans les années 70. Je laisse le soin à Christian de vous livrer le résultat de ses recherches sur Mr Charles Rogie. Vous aurez même droit à sa photo, sans son épinette malheureusement.

Jean-Jacques Révillion, le 14 juin 2018


* voir ci-dessous
** il a fait son service militaire de décembre 1903 à septembre 1906 (voir la page, à venir, consacrée aux militaires épinettistes)






photos J.-J. Révillion


Vous pouvez télécharger la méthode ICI

Le répertoire commun [dépot légal]

- Au clair de la Lune
- J'ai du bon tabac
- Hymne national russe
- Malbrougk
- Marche lorraine
- C'était un rêve [1905]
- Bonsoir madame la Lune [1899]
- Carmen (toréador)
- Marjolaine [1894]
- Minuit chrétien
- Chant du départ
- La Marseillaise
- Frou frou [1898]
- Sambre et Meuse
- François, prends garde à toi
La Czarine [1889]
- La Brabançonne
- On ouvre demain [1937]

mercredi 13 juin 2018

Les débuts de l'accordéon autour de Lille, Roubaix Tourcoing, 1, avant 1900

Dans les quelques études publiées sur ce sujet : Du bouge au Conservatoire de Pierre Monichon, Au Nord c'était l'accordéon de Roland Dewaele et surtout l'excellent De l'accordéon au trombone de Charles Verstraete, les auteurs nous brossent rapidement les débuts de l'accordéon, autour de Lille seulement pour les deux premiers, même Verstraete ne donne pas beaucoup d'infos sur ces premières années de la pratique de l'accordéon dans l'agglomération lilloise avant 1914. 
Il m'a semblé intéressant de rechercher les informations contenues dans la presse locale sur le site de la Bibliothèque de Roubaix et d'en faire une synthèse chronologique.


L'Indicateur de Roubaix et Tourcoing, 9 mai 1852



L'accordéon romantique

Sans surprise on commence au XIXe siècle. Première mention en 1852, Auguste Steiner, 14 rue de la Vieille Comédie à Lille, propose l'accords et réparations des pianos, orgues, harmoniums et accordéons. En 1859, la Valenciennoise Zoé Lecocq, pianiste et accordéoniste, âgée de 17 ans, aveugle de naissance se produit dans le grand salon de l'hôtel de ville de Roubaix. Au même concert on entend la Grande Harmonie de Roubaix, M. et Mme Arnold, M. Knorr, violoniste et M. Martin, ténor. Zoé Lecoq interprète notamment un pot-pourri sur des airs des chansons lilloises de M. Desrousseaux.  La même musicienne donne un concert à Lille l'année suivante, en présence de professeurs du Conservatoire et du chansonnier Desrousseaux en personne.
Toute l'année 1863 et une partie de 1864, Alexandre Toulet propose parmi ses instruments de musique, des accordéons, des hamoniflûtes et des serinettes. Il est également bijoutier, horloger au 13 rue Neuve à Roubaix. En 1866, c'est M. Nauwelaers, professeur aux écoles académiques de Tourcoing qui "tient un beau choix d'accordéons et harmoniflûtes de tous prix". Dernière publicité en août 1869, L. Mancel, 208 rue Solferino à Lille, fait aussi les accords et réparations d'accordéons. Mais l''accordéon romantique a vécu, il disparaît quelques temps après la guerre de 1870-71.

L'accordéon populaire

Décembre 1880, première mention d'un autre type d'accordéon, celui joué par les enfants qui mendient lors des fêtes locales. Autre pratique, en août 1882, un cabaretier de Roubaix est "pris en contravention pour avoir laissé jouer de l'accordéon dans son estaminet de la rue des Arts, à minuit, sans autorisation". Suivent plusieurs mentions de cabaretiers verbalisés pour cette même infraction au règlement de police. En 1885, Joseph Burlet, raccommodeur d'accordéons de nationalité belge et habitant Maubeuge, est arrêté pour fabrication de fausse monnaie. En 1889, "Quatre cabaretiers des rues Bernard Clabot, Magenta et Ste Elisabeth, ont la manie de faire danser leurs consommateurs au son de l'accordéon et cela sans autorisation de la police. Dimanche soir ils avaient posté aux abords de leurs établissements un espion qui les avertissaient de l'arrivée de dame police. Deux agent de garde à un bal public de la rue Lannoy ne pouvant les surprendre en uniforme se décidèrent à se mettre en civil. leur truc leur réussit parfaitement, car ils purent dresser procès verbal contre ces cabaretiers peu soucieux du règlement de police". Et il en est ainsi jusqu'en 1897, pas d'autre mention de l'accordéon que joué dans les cabarets en concurrence des bals autorisés où l'on jouait… de quels instruments ? comme ils sont autorisés, cela n'est jamais mentionné dans la presse, probablement des cuivres joués par les musiciens des harmonies, mais j'ai aussi relevé la présence, à Roubaix, d'un violoneux en 1882 dans un cabaret de la rue Magenta, chez Charles Lentgens.
En septembre 1897, apparition des premières publicités pour les accordéons allemands de Hermann Severing, à Neuenrade. En réponse, Joseph Gras fait publier une publicité qui propose un "immense assortiment d'accordéons en tout genre".



L'Indicateur de Roubaix et Tourcoing, 16 janvier 1898


L'Egalité de Roubaix et Tourcoing, 5 mars 1898



Les sociétés d'accordéon

En juillet 1900, on lit la première mention d'une société d'accordéon qui se produit pour le cortège de la Muse, à Lille "Les musiques de Lille assureront d'une façon complète le service du cortège. Deux musiques y assisteront pendant tout le cortège : l'Union des Trompettes et la Fanfare des Accordéonistes de Wazemmes". Tiens ! Wazemmes, c'est là que s'est ouvert, depuis peu de temps, le Conservatoire des Accordéoneux.

à suivre …
Christian Declerck


sources : L'Indicateur de Roubaix-Tourcoing, le Journal de Roubaix, l'Avenir de Roubaix-Tourcoing et l'Egalité de Roubaix-Tourcoing



lundi 7 mai 2018

Le Conservatoire des Accordéoneux

mise à jour du 19/5/2018 : ajout de la biographie de Charles MACQUET

Un vétéran de la musique — Le doyen des accordéonistes de la région nous confie ses souvenirs.



Au récent congrès de la Fédération des Musiques du Nord et du Pas-de-Calais, on a procédé à l'attribution des médailles de la Fédération, qui doivent récompenser les vieux musiciens de la région. Parmi ces vieux serviteurs de la Musique, il en est un qui mérite peut-être une attention particulière : c'est M. Charles Maquet, qui est vraisemblablement le doyen des accordéonistes de la région. Gantois d'origine, demeurant à Lille depuis une cinquantaine d'année, le père Maquet, s'il est un vétéran de la musique, est aussi un précurseur puisque, prétend-il, l'accordéon n'était pas encore connu à Lille lorsqu'il y arriva. 

Chez le père Maquet à Wazemmes.
C'est à Wazemmes, ce quartier caractéristique, que l'on a appelé la "petite Belgique" que nous avons rencontré le premier accordéoniste lillois. Au fond d'une courette, dans une humble maison, M. Maquet nous a reçu avec cordialité et dans une langue savoureuse où la syntaxe est souvent mise à mal, avec un pittoresque accent flamand, le vieillard a égrené ses souvenirs.

Malgré son âge — il va sur septante et trois — M. Maquet est encore alerte et s'il n'y voit plus guère il entend bien et sa mémoire est restée fidèle. Tout jeune encore il s'éprit de la musique et voulult en commencer l'étude. Malheureusement une regrettable myopie, la nécessité de gagner sa vie contrarièrent ce qui était une vocation. Lorsque Charles Maquet atteignit sa 16e année [vers  1866], un de ses voisins acheta un instrument encore peu connu à l'époque : un accordéon. Le jeune homme, après avoir longtemps écouté, voulut tâter de l'instrument… Ô surprise, les progrès furent vertigineux et en peu de jours le néophyte faisait éclore sous ses doigts valses et polkas ! Charles Maquet avait trouvé sa voie ! N'ayant pu apprendre la musique, il avait appris à en jouer, ses rêves étaient comblés. Et désormais, pendant toute sa vie, il va "pianoter" sur un accordéon.

En 1879, Charles Maquet et son frère Joseph arrivaient à Lille. Ils avaient emporté avec eux l'Accordéon : un vieil instrument à une seule rangée de touches. Un "tacot" qui avait coûté 63 francs ! C'"est avec cet instrument pourtant que Charles étonna les "amateurs de musique" des cabarets de Wazemmes. Rapidement, il eut la grande vogue… et des imitateurs. Il dut retourner en Belgique pour acheter d'autres accordéons et bientôt il eut des élèves. C'est ainsi que dans l'humble bistrot de Wazemmes, naquit le Conservatoire des Accordéoneux. Maquet, qui ne connaissait pas une note de musique, en fut le professeur. Au début du siècle, un voyageur de commerce entendant Maquet et quelques-uns de ses amis, eut l'idée de fonder une société d'accordéonistes. Nous avons déjà retracé l'histoire de cette phalange. Le vétéran, qui nous a rappelé le triomphe d'obtinrent les "Accordéonistes Lillois", lors d'une sortie à Bruxelles. Les morceaux du répertoire furent exécutés avec un brio remarquable et si j'en crois le sourire du brave vieux, la "nouba" qui suivit ne dut pas être moins remarquable.

Les ans ont passé, l'âge venu, Charles Maquet joue toujours de l'accordéon mais il s'entête à rester fidèle à son vieil instrument démodé, il est toujours alerte et joyeux. En souriant il nous avoue que la chanson doit être vraie qui dit dans le patois de la Petit Belgique" :
" Cordionneux il est toudis zoyeux
Soir et matin il fait danser les zins "
"J'ai travaillé pendant toute ma vie, dit-il, j'ai joué de la musique à mes moments perdus, j'ai fait danser, j'ai amusé le monde, je crois que je ne suis pas un feignant."
Ce satisfaisit que s'accorde le brave vieux qui parle franc, ne justifie-t-il pas le geste de ses voisins et de ses amis qui organisent aujourd'hui même en son honneur, une petite fête pour glorifier celui qui fut le premier accordéoniste lillois et qui plus est le doyen des accordéonistes de la région du Nord.

A. Boidin

l'Egalité Roubaix-Tourcoing 7/4/1929
La Médiathèque de Roubaix en ligne sur https://www.bn-r.fr

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Il y a quelques petites erreurs dans ce texte. Voici ce que j'ai pu rassembler sur la vie de ce pionnier de l'accordéon.
Charles Louis MACQUET est né à Ostende en 1857. Son père est tonnelier, né à Ostende en 1831. En 1856 il épouse Angélique VANHOUTTE née dans la même ville en 1868. Cinq enfants, dont Joseph (1862) naissent à Ostende, la benjamine, Romanie, nait à Bruges en 1878. Vers 1880 la famille s'installe à Gand, Charles, père, devient brasseur. L'accordéoniste, émigre à Lille en 1882, où il est domicilié rue de Saint Quentin. C'est ce que mentionne son acte de mariage, mais peut-être que les frères MACQUET sont venus à Lille, sans se fixer, quelques années auparavant. Charles se marie à Lille en 1883, il est ouvrier de filature, il épouse Elodie DANSSE, née à Balegem (B) en 1849. Le couple a deux enfants : Théophile en 1883 (né quelques mois avant le mariage) et Charles en 1887. Notre accordéoniste obtient la nationalité française en octobre 1924. En avril 1929 il est interviewé par le journaliste de l'Egalité de Roubaix Tourcoing, in extremis… car ce vénérable accordéoneux décède le 9 octobre 1929, chez lui, 88 rues des Sarrazins. L'article lui a valu un passage à Radio PTT Nord le 10 avril "Hier soir, le poste Radio PTT Nord de Lille a diffusé le 79e concert organisé et offert par notre journal. Au programme figurait M. Charles Maquet, accordéoniste. Nous avons dit qui était ce vieillard, doyen des accordéonistes de la région. M. Maquet a prouvé hier, qu’il savait encore manier un accordéon et il a évoqué le bon vieux temps avec ses airs de jadis." Je donnerai très cher pour pouvoir écouter cette émission.

Christian Declerck



le "studio" de Radio PTT Lille en 1929






mercredi 18 avril 2018

Carnaval de Dunkerque

mise à jour du 18 avril 2018, ajout du film Vivre Aujourd'hui




Le colporteur a posé sa hotte pendant le carnaval de Dunkerque à Rosendael et à Malo les Bains.



Catherine Claeys, lors d'une "chapelle" du carnaval de Rosendael chez Marieke, s'entretient avec les piliers du renouveau du carnaval dunkerquois : Jean Denise, Jacques Yvart, Roch Vandromme pour le groupe "Les Kakesteeks", Jean-Pierre Ducassou et Jeanmartin Marchal.
Jean Denise mentionne la parution de son livre "Les Enfants de Jean Bart" l'année précédente, ce qui situe cette émission en février 1978.


introduction par Catherine Claeys


Téléchargez  ici

114 téléchargements au 1/6/2013

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La fête est un désordre organisé
qui renforce l'ordre

Un document exceptionnel, Vivre aujourd'hui, un film de Jacques Fremontier, réalisé par Raoul Sangla, tourné en 1972, avec Jacques Higelin en invité, qui improvise des chansons "tendancieuses" sur Dunkerque et son carnaval.
Merci à la page FB de Dunkerque et environs pour cette mise en partage.

première partie


deuxième partie


troisième partie


quatrième partie



mercredi 4 avril 2018

Radio Uylenspiegel

mise à jour, ajout vidéo Radio Uilenspiegel/Anvers

en 1978, les débuts sur 102 Mhz au temps des radios libres



Le premier janvier 1978, c'est la première émission depuis l’église de Cassel, y participent : Jacqueline et Jean-Rémy Bève, et Maryse et Pascal Vanbremeersch. Le matériel est caché aux regards des visiteurs derrière un rideau et sous la "protection" de Notre-Dame de la Crypte, la réception est très bonne malgré la faible puissance de l’émetteur.
Le dimanche suivant a lieu la deuxième émission, avec la participation de Pierre Vandevoorde (dit Keuntje) de Steenvoorde qui apporte sa connaissance et sa pratique du flamand. Même réussite, malgré le brouillage intensif.




La semaine suivante Pascal entre en contact avec moi. Il recherche la possibilité de diffuser sur Dunkerque. J’accepte de participer et je trouve une chaumière, située à Quaedypre, idéalement située sur la "falaise" de l’ancien trait de côte, au delà de Bergues, en surplomb de la plaine de la Flandre Maritime.
L’émission du 15 janvier se passe sans problème, pendant la diffusion je suis retourné chez moi chercher un appareil photo pour immortaliser ce moment historique, mais durant mon absence il y a eu des visiteurs à la chaumière. Je gare ma voiture dans le chemin de terre, je fais quelques photos dans le grenier où est placé l’émetteur. Quand je sors j’aperçois une fourgonnette qui bloque le chemin, m’empêchant de partir, je comprends vite ce qui se passe, le camion gonio a pu facilement repérer le lieu d’émission vu le peu de densité d’habitation et ils ont posé une souricière avec l’aide des techniciens de T.D.F. Peu après les gendarmes de Bergues arrivent et m’emmènent pour un interrogatoire, c’est la première saisie de la radio.


séance de studio avec Pascal Vanbremeersch, Jean-Paul Sepieter et Keuntje
© photos B. DOM de Mortsel


Pour l'émission suivante, le 19 mars, le temps de trouver un nouvel émetteur, je récidive. La diffusion se fait cette fois depuis mon appartement dans le centre ville de Dunkerque, précisément 36 rue du Maréchal-French, au premier étage. En ville, la triangulation est moins facile et comme les émissions ne durent qu’une demi heure, TDF n’a pas le temps de localiser l’émetteur.



J’ai conservé la cassette originale de cette émission qui fut ma dernière participation, ensuite mon père a pris le relais.

Téléchargez la cassette ici
100 téléchargements au 1/6/2013

extrait


programme :
- le Carillon de Dunkerque, par Alfred et Kristien Den Ouden
- Nee’w we goan nus vlams ni laot’n, par Willem Vermandere
- Ali Alo, par le groupe Rum
- un texte sur l’abolition des monopoles d’état de la radio, par Jean-Paul Sepieter
- Anne-Marie Katrien, par le groupe ‘t Kliekske
- Al travaille à la filature par Marieke (version en concert, différente de celle qui est ici)
- annonce finale, par Pascal Vanbremeersch
- Laat de mensen dansen, par Wannes Van De Velde

La suite est dans la plaquette écrite, à chaud, par Pascal Vanbremeersch : Une radio libre en Flandre : Radio Uylenspiegel, éditée par Westhoek édition en 1979.



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En janvier 1975, Pascal Vanbremeersch a publié, dans sa revue Kanar, une série d'articles sur les premières radios pirates, dont un consacré à Radio Anvers qui émettait depuis un bateau nommé Uilenspiegel. Il n'y a pas  de hasard, je pense que cette radio a fortement inspiré le nom de la radio de Cassel.

hommage à Georges De Caluwé (1889-1962)


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La revue l'Abeille a publié un numéro très complet sur le thème de la radio régionale, on peut le télécharger ici

le site de l'Abeille

mercredi 21 mars 2018

Qui a connu Manootje ?

C'est à une chanson du carnaval de Dunkerque que Stéphanie Dimanche, surnommée Manootje (1) (ou Manotche, ou Manot'je) doit sa notoriété posthume.

Stéphanie Dimanche, dite Manootje
source : Jean Denise, Les enfants de Jean-Bart, Dunkerque, 1975


As-tu connu Manootje ?

Marie Jeanne Stéphanie DIMANCHE naît à Dunkerque le 13 octobre 1811 ; son père, François dit Pierre, tour à tour perruquier, journalier et bûcheron, est né dans l'Allier à Saint-Pourçain-Malchère (commune actuelle de Lusigny) en 1764, sa mère, Marie Jeanne DAVERGNE, journalière et balayeuse, est née à Saint-Valery-sur-Somme en 1785. Mariés à Dunkerque en 1806, le couple a sept enfants. L'aîné, Napoléon, naît à Saint-Omer en 1806 ; Victoire à Dunkerque en 1809 ; Stéphanie est la troisième de la fratrie ; Jean Baptiste, né en 1814, meurt l'année suivante ; Philippe Antoine naît en 1817, il est ménétrier employé à un spectacle mécanique en 1834 et musicien ambulant ; Jean Louis François, né en 1820, est joueur d'orgue ambulant, il meurt à Lillers en 1880, il a une descendance de forains sur au moins trois générations ; le dernier enfant, Jean Louis né en 1825, meurt à Dunkerque en 1910.
Stéphanie est morte à l'hospice de Dunkerque en 1880, on ne connait de sa vie que ce que dit la chanson et les quelques traces conservées dans les archives municipales de son activité de mendiante(1). La première mention de la chanson As-tu connu Manootje ? est relevée dans le numéro du 18 mars 1888 de la revue Dunkerque Comique : "Manootje !, Voilà Manootje ! Qui ne se rappelle cet échantillon féminin du type de la rue. Dunkerque se souvient de la pauvre femme à la jambe de bois dont on s'égayait tant. Ses drôleries, ses chansons, ses gestes, tout est resté dans la mémoire de la génération actuelle et le refrain du Carnaval a donné un nouveau regain de souvenir à Manootje. Que de fois on a fait des farces à la malheureuse, hélas ! le cœur humain a de ces erreurs, on ne croit pas être cruel en riant des misères des autres et cependant la pauvre fille ne méritait pas toutes ces tracasseries. Si la nature ne l'avait pas douée des ornements physiques désirables ; était-ce de sa faute ? Elle était bien drôle quand pour un sou, elle vous entonnait une de ses chansons sur un air impossible à transcrire, mais était-ce donc une raison pour lui offrir de ces soupes à l'amidon et de ces pannekoukes dans lesquelles on avait introduit traitreusement un beau morceau de mousseline. Il faut croire que Manootje avait un estomac d'autruche, car elle digérait tout cela avec un plaisir sensible. Dunkerque-Comique a voulu consacrer une de ses pages à ce type disparu, voilà Manootje passée à la postérité. Combien parmi les grands hommes de nos petites gens d'affaires pourront en dire autant au mois de mai prochain.. JAC"

source : Musée des Beaux Arts de Dunkerque © droits réservés


Dans le journal Le Nord Maritime du 17 février 1890, cette chanson est déjà considérée comme une rengaine ancienne par le journaliste qui se plaint du manque de nouveautés. En 1922, Jan des Dunes, journaliste du même journal, la cite dans une chronique consacrée au chansonnier Hippolyte Bertrand, à qui il en attribue la paternité. Après la guerre 14-18, elle est intégrée dans le pot-pourri chanté dans la bande des pêcheurs, son rythme de valse donnant un peu de répit aux carnavaleux. Régulièrement publiée dans les programmes des fêtes de carnaval au cours du XXe siècle, elle est toujours chantée actuellement.



programmes des carnavals 1947, 1953, 1960
collection personnelle


Voilà ce qu'on sait des paroles de la chanson, mais la musique, d'où vient-elle ?


Une chanson suédoise ?

Un jour, j'ai la surprise d'entendre la même musique en écoutant l'album Nä som gräset det vajar de la chanteuse suédoise Lena Willemark. La chanson porte le titre Allt vad du vill. J'ai pu entrer en contact avec son attachée de presse qui m'a orienté vers les Archives Suédoises où Lena l'avait découverte dans les années 1980 dans un collectage que l'ethno-musicologue Martä Ramstèn avait fait pour les Archives, en mars 1968. Elle avait enregistré Joel Nilsson, né à Bålsta près de Stockholm en 1887. Depuis peu l'enregistrement complet est accessible sur le site Visarkivet. J'ai pu avoir un contact indirect avec Martä Ramstèn par l'intermédiaire des sites Visarkivet et de l'Académie Suédoise des Traditions Populaires, dont elle est membre, mais elle a répondu qu'elle n'avait pas conservé d'information complémentaire, ni sur ce chanteur, ni sur la chanson et son contexte.
J'ai fait un montage comparatif de la version originale du collectage et de la version du carnaval de Dunkerque(2). La parenté musicale est évidente, mais comment l'expliquer ?




A la fin du collectage, il y a un fragment de dialogue sur la pratique musicale locale du début du XXe siècle. Je remercie Guy Pétillon de m'avoir traduit cet entretien :

- Y avait-il des airs ou des chansons en particulier que l'on jouait lors des mariages et occasions de ce genre ?
- Lorsque mon père a fêté ses 60 ans, nous autres les jeunes avons pu organiser une soirée de danse à la maison. Il y avait à cette occasion un violoniste d'Uppsala qui s'appellait Yngve Bergvall, un pompier dont le nom était... Axel je-ne-sais-plus-comment, qui jouait de la clarinette. Il y a bien eu d'autres soirées dansantes à cette époque, avec un orchestre qui s'appellait Gunno Möllers (??) Kapell (NdT :  pas facile à comprendre, ce nom. Il rajoute 2-3 détails que je ne comprends pas).  
- C'était dans les années 20s à peu près, c'est ça ?
- Non, ça devait être en 1907
- Ah oui, si tôt ?
- Oui, c'était bien en 1907. Mon père a eu 60 ans, et j'en avais 20. 
- Il n'y avait pas d'autres "spelmän" (NdT : musiciens populaires) à Bålsta ? 
- Non, pas vraiment. Il y avait bien Hjalmars Anders, qui est venu travailler pour mon père à cette époque. Il jouait de l'harmonica. C'est comme ça que moi aussi j'ai commencé. Et puis… ensuite, pendant le service militaire, il y avait un garçon de Sala qui s'appelait Svensson, qui jouait de l'accordéon 2 rangs. Un instrument italien de ce genre coûtait 30 Riksdaler. C'était en 1909. 

La piste s'arrête donc là, peut-être qu'un jour quelqu'un trouvera le lien entre Dunkerque et Stockholm. Mais une chose est certaine Joel Nilsson est né en même temps que la chanson dunkerquoise. Pure coïncidence.

Christian Declerck


(1) C'est Michel Tomasek qui a fait le lien entre Manootje et Stéphanie Dimanche, voir la notice parue dans le Dictionnaire biographique dunkerquois.
(2) Les versions du carnaval de Dunkerque : chantée par Robert TRUQUET en 1947 et chantée par Edmond REYNOT dans les années 1960.

Sources : état civil, recensements, souches de passeports pour l'intérieur, journal Le Nord Maritime, les publications de Jean Denise et divers sites mentionnés dans le texte.







mercredi 14 mars 2018

Sur les Frontières

C'est le nom d'un nouveau groupe de notre Région qui s'inspire de tous les recueils, collectages et autres sources que l'on peut aussi trouver sur ce blog.
Il y a donc toute sa place.


Frédéric Matte (alto) - Romuald Ballez-Baz (guitare/oud) - Michel Lebreton (conemuse/flûte/chant) - Mathieu Brunet (accordéon)

Entre France et Belgique d’aujourd’hui, se sont succédées des générations de musiciens du quotidien. Trouvères, ménétriers des villes et des villages, maîtres à danser, musiciens de parquets mais aussi gens du pays… ils nous ont laissé des chants et danses qui ont peuplé les jours des « grands de ce monde » comme du « petit peuple des campagnes ».



en concert à Calais le 30 mars 2018



vendredi 23 février 2018

Guinguettes flamandes

C'est le titre d'une série de recueils de danses pour petit orchestre, édités avant 1914, par le marchand de musique Laigre-Sapin à Lille et Orkhestra à Wattignies.

collection personnelle


D'autres éditeurs régionaux ont publié ce genre de recueils, comme A.-L. Doyen à Wattrelos qui éditait La Lyre Wattrelosienne, Zéphir et Louis Bajus à Avesnes-Le-Comte proposaient leurs compositions en recueils sous le titre Les Nouveaux Succès, Jean D'hondt distribuait les recueils de musique sans droit d'auteur, L'Aurore Boréale, édités par Jules Verhoeven à Anderlecht et j'ai publié ICI ceux de Gérard Fournier à Achicourt. Je n'ai jamais plus rencontré d'autres exemplaires, annoncé comme première série, peut-être n'a-t-il été que le premier et dernier ? Il n'est pas référencé à la BNF, ni dans d'autres catalogues. Il présente aussi l'intérêt d'être une réalisation de l'Association des Auteurs et Compositeurs de musique du Nord et du Pas-de-Calais, fondée en 1906 et très active à Lille avant 1914. 

collection personnelle


Les compositeurs qui ont collaboré à ce recueil sont tous nés dans la Région et, pour la majorité, sont impliqués dans la vie musicale régionale.
• Paul Laigre, né à Bailleulval en 1870, est professeur au Conservatoire et directeur de la musique municipale de Lille.
• Georges Gadenne, né à Marcq-en-Barœul en 1866, est le directeur de la musique de St André les Lille.
• Georges Carpentier, né à Provin en 1870, est le directeur de la musique municipale de Seclin.
• Léopold Brunaux, né à Lille en 1864, est le directeur du Conservatoire de Rennes.
• Adrien Chabot, né à La Madeleine en 1886, est chef d'orchestre des Concerts Mayol à Paris.
• Henri Rousse, né à Le Quesnoy en 1875, est directeur de la musique municipale de Le Quesnoy.
• Gustave Gabelles, né à Lille en 1883, est professeur au Conservatoire de Genève et directeur de l'Harmonie Nautique de cette ville.
• Adolphe Gabelles, né à Lille en 1860, est directeur de la Fanfare des Mineurs d'Abscon.
• Henri Wallet, né à Bailleul en 1877, est organiste à l'église St Michel de Lille.
• Eugène Callant, né à Lille en 1876, est violon solo du Grand Théâtre de Lille.

Suite aux commentaires de Patrick, j'ajoute que neuf de ces compositeurs étaient des 1er prix du Conservatoire de Lille, ce qui ne doit pas se rencontrer souvent ailleurs.

L'éditeur, Théodore Laigre né à Paris en 1860, est le frère de Paul. Il est facteur d'orgues à manivelle et de pianos mécaniques 24 rue Neuve à Lille, secrétaire de la musique des canonniers sédentaires de Lille et professeur de mandoline. Arrivé à Lille en 1870, il y épouse Marie Sapin en 1889, elle est professeur de solfège et de mandoline.

Christian Declerck


Sommaire :
- Gentils rossignolets, polka, Eugène Calant
- Clairette, polka, Adrien Chabot
- Film, polka, Henri Rousse
- La Mouckère, mazurka, Henri Wallet
- L'éruption, mazurka, Georges Gadenne
- Bricette, valse, Adolphe Gabelles
- Etoile de mai, valse, Georges Gadenne
- Premier printemps, valse, Léopold Brunaux
- Flandrine, schottisch, Georges Carpentier
- Quadrille sur des airs lillois, Paul Laigre
- C'est fini, bravo !, retraite-galop, Georges Gabelles

Le recueil est ICI


kermesse au Mont de l'Enclus
collection eprsonnelle


samedi 10 février 2018

Ghislain Gouwy - Miserere Vlaanderen

mise à jour 10 février 2018 : j'apprends le décès de Ghislain ce jour ICI
un hommage ICI
Hommage par France3 ICI







Faire-part



Ghislain Gouwy (1937-2018), Marieken van Damme - Miserere Vlaanderen - 198?





01-Nostra
02-Haria - Caria
03-Memoria
04-Chant Ve
05-Je t'aimerai dans le roulis des orgues
06-Chant Ve
07-Miserere Vlaanderen
08-Requiem pour un oiseau
09-Les fabriques se sont tues
10-L'absence
11-La marche du printemps

Ghislain Gouwy : récitant
Marieken van Damme : récitante

Katrien Delavier : harpe celtique, flûte traversière
Claude About : chant
Gérald Ryckeboer : bouzouki, flûte, cistre, guitare, cornemuses
William Schotte : violoncelle, synthétiseur
Patrice Heuguebart : accordéon chromatique
Raymond Declerck : harmonica
François Vanhove : guitare
Michel Gossart : orgues


Entretien avec Ghislain Gouwy en 2008


Calligraphie : Joke van den Brandt
Illustrations : Frank-Ivo van Damme


Téléchargez ici

202 téléchargements au 1/6/2013

samedi 3 février 2018

Hippolyte Bertrand, chansonnier populaire dunkerquois


dessin de Chatel, Nord Maritime 1891


Un matin froid, ce 15 mars 1902, le corbillard se met en route et quitte l'église Saint-Eloi. Le cortège longe la place Jean-Bart, emprunte la rue Nationale et se dirige tout droit par la rue de Beaumont vers la rue de Furnes. Il traverse le pont puis tourne à gauche vers le cimetière communal. Il n'y a pas foule dernière le cercueil. En tête, le prêtre puis quatre croque-morts, suivent cinq hommes et quatre femmes. Parmi eux Gaspard Chitroutre, fils du directeur du Nord Maritime, et Francis Du Bois journaliste au même journal, qui rapporteront dans leurs pages ce petit évènement local : l'enterrement d'un humble, l'enterrement d'Hippolyte Bertrand, chansonnier dunkerquois. Le journal l'avait prédit la veille, si tous ceux qui ont fredonné ses refrains devaient suivre son convoi, le chanteur aurait des funérailles princières ; mais hélas il n'en sera pas ainsi et il est bien probable que bien peu de personnes suivront le corbillard des pauvres, conduisant à sa dernière demeure celui qui a su plaire et faire rire.

Rien ne prédestine Hippolyte a devenir chansonnier ambulant. Né en 1830 à Dunkerque, fils et petit-fils de forgerons installés à Dunkerque depuis le XVIIIe siècle, il exerce les professions de boulanger, journalier, peintre pendant un quinzaine d'années. Ses deux épouses meurent jeunes, la première Marie Fasquelle, lui donne six enfants, dont une survit. Après son décès en février 1864, il épouse Henriette Tacheux deux mois plus tard. Elle décède en 1866, quelques mois après un accouchement. Hippolyte quitte Dunkerque pour Lille et rencontre Marie Colin qu'il épouse en 1869, huit mois après son installation au 10 rue des Etaques. L'acte de mariage mentionne sa nouvelle profession, musicien ambulant. Son épouse, née à Plombières en 1846 exerce le même métier et est domiciliée à la même adresse. Elle est la fille d'un marchand de chansons ambulant et d'une musicienne ambulante qui demeurent à Metz et qui sillonnent l'Est de la France. Cette rencontre sera un tournant dans sa vie. L'année suivante il déclare la profession de colporteur, puis de colporteur d'imprimés et enfin en 1884 il se dit poète-chansonnier, il est témoin au mariage de sa nièce Léonie, à Annezin (62) avec Alphonse Seulin, colporteur de journaux. En 1886 il est de retour à Dunkerque, rue Sainte Barbe, il déménage pour la dernière fois en 1891 pour la rue Royale, où il meurt au n°15, le 12 mars 1902.

Grace à la presse nous connaissons une partie de son activité de chansonnier à Dunkerque. J'ai relevé une mention dès février 1883 : une polémique est révélée par Le Nord Maritime, à propos d'une chanson de carnaval intitulée Vanhel il est mort, un lecteur est scandalisé que l'on puisse "inventer une chanson sur une mort récente". La chanson n'a pas laissé d'autres traces. En janvier 1891, c'est un fait divers qui offre l'occasion, à Bertrand, de composer un succès. Le Nord Maritime se fait écho des aventures de la fille à Pothiau [sic], une prostituée boulonnaise qui a délesté un client de son porte feuille pour faire la fête avec ses amis. Cette fois le journal publie un couplet et le refrain

Revenant de son voyage
Qu’elle venait d’faire à Bordeaux
Avec elle tout l’équipage
Avait rigolé comme il faut
Car à chaque matelot
Elle prêtait ses sabots
Ils avaient de l’agrément
A la faire sauter tout le temps
Et plein comme des tonneaux
Ils entonnaient le morceau.

Refrain
C’est la fille à Pothiau
Qui revient de Bordeaux
Elle a tombé à l’eau
C'est rigolo ! c'est rigolo


Toute la bande est arrêtée, jugée et condamnée à la prison en juillet 1891 : Augustin Larcher, 3 ans ; François Douchy, 3 ans ; Gustave Brabant, 6 mois ; Augustin Douchy, 4 mois ; La fille Eugénie Delporte (dite Pothio), 2 mois ; Eugénie Renaud, 10 jours ; Léonie Blanckaert, 10 jours ; Louise Douchy, 2 mois ; Gabrielle Larcher, 2 mois. De plus, le tribunal a prononcé la relé­gation pour Augustin Larcher et François Douchy.


Le Petit Bazar, A. Bécarmin, place Jean-Bart


On n'a pas d'autre mention de son activité de chansonnier au cours de cette année dans la presse. Sauf à partir d'octobre, quand le journal publie le dessin qui est au début de cette page, accompagné d'un article où l'on apprend que Hippolyte a déjà écrit et chanté plusieurs chansons : l’Armée du salut, le Petit Bazar dunkerquois, Hommage au 110e, le Tambour major du Reuze, les Tramways dunkerquois, Notre-Dame des Dunes, L’explosion de Coudekerque Branche, Dunkerque en Carnaval, la Résurrection de Bertrand. Par la suite le Nord Maritime annonce régulièrement ses œuvres nouvelles et ses prestations sur la place Jean-Bart, devant le Petit Bazar, avec son épouse, son parapluie rouge et son chien. Son activité n'est pas réduite à la période du carnaval. Toute l'année il écrit sur des sujets d'actualité, des faits divers. En 1891 c'est le passage du Tsar, puis l'arrivée de l'eau de Houle et le martyr d'un enfant qui sont le sujet d'une chanson. En 1892 la scie du carnaval est A la tienne mon vieux, toujours chantée actuellement. Durant toute l'année le couple écrit, se produit et vend ses chansons, ils ne se déplacent plus hors de Dunkerque, aussi ressentent-ils durement la concurrence des jeunes chanteurs ambulants. H. Bertrand s'en plaint dans une lettre envoyée au Maire  :


source : Archives municipales Dunkerque


Leur activité se poursuit jusqu'en février 1897, lorsque son épouse décède ; le chansonnier, dans l'incapacité de chanter seul, se retrouve sans revenu. Déjà en janvier, pour leur venir en aide, le Nord Maritime avait lancé une souscription auprès du personnel de l'imprimerie et du journal qui a rapporté 8 francs. En août la chanteuse parisienne Eugénie Buffet, qui se produit au Kursaal, organise un concert improvisé en plein air, sur la place du Kursaal et récolte 42 francs pour le vieux chansonnier, mais Hippolyte doit rentrer à l'hôpital, il y meurt le 12 mars 1902.


"Eugénie Buffet et sa troupe" Paris 1895, Le Monde Illustré
collection personnelle


Quelques années plus tard, des Dunkerquois se souviennent du chansonnier et lui rendent hommage. Le cabaret dunkerquois du Peudre d'Or organise un Festival Bertrand, le 30 mars 1905, dans les salons du Café Georges. Les chansonniers Eugène Gervais, Juleux Denisrep et Noël Timelogh y interprètent des productions d'Hippolyte Bertrand. En 1907, l'Union Chorale organise dans son local une soirée consacrée au chansonnier, on y chante ses œuvres ainsi que deux compositions de circonstance : Hommage à Bertrand et Mémoire d'Outre Tombe. Des hommages sans doute un peu tardifs. Il faudra  attendre plus de 60 ans pour que, grâce à Jean Denise et ses études sur les chansons du carnaval, Dunkerque se rappelle de l'existence de ce chansonnier et qu'on publie quelques chansons sauvegardées par des collectionneurs.


Christian Declerck

Sources : Le Nord Maritime, L'Avenir de Roubaix-Tourcoing, La Flandre, Le Courrier Dunkerquois, état civil, recensements, Annuaire de Dunkerque.



exemples de feuilles volantes vendues par H.  Bertrand
collection personnelle



Inventaire
Les chansons recensées : en gras celles dont on a les paroles ou un extrait, sont exclues celles dont on n'a aucune trace du vivant de H. Bertrand et qui lui ont été attribuées.

- A la tienne mon vieux, scie carnavalesque pour 1892 (1892)
Allume-toi ma cigarette, musique de William LÉVY (sd)
Amoureux et tourterelles (1892)
- Les artistes nitrateurs, suite au Petit Panama, air La Belle Poissonnière
As-tu connu Manotche (Manootje) (ca 1887)
Au pays des fruits d’or(1891)
Une aventure du carnaval (1891)
La batelier amoureux, air La Belle Poissonnière (sd)
La belle aux coupons à bon marché, air Un p’tit nez long comme ça (1894)
Bonsoir Ninon (1892).
Le boucher et la boulangère, air Ça ne va guère (1894)
- Carnaval 1894, air la Ronde des matelots (1894)
Le carnaval de Dunkerque, air du Bataillon joyeux (sd)
Carnaval de Dunkerque 1893 ou le pot aux roses, air Elle est en or (1893)
Le carnaval de Dunkerque 1895, air Fou d’amour !1895)
La course pédestre (1892)
Dernier bouquet (1891)
La dévaliseuse de saucissons à la halle, air La belle poissonnière (1894)
Le Douanier (1894)
Les droits de l’homme (1892)
Dunkerque en carnaval (1891)
L’eau de Houlle, air La marche des commis voyageurs (1891)
Elle est en or ou Elles sont en or ou Il est en or (1892)
L’employé d’octroi (1894)
L’enfant martyr de Cappelle, air de L’orpheline de Paris (1892)
Les enfants de Moscou (1892)
Les enfants martyrs (1891)
Les étrennes de Jeanne (1892)
Les exploits d’une cartomancienne, air La fiancée du matelot
La fédération (1892)
La fille à Liza (l’Influenza) (1892)
La fille à Pothio (1891)
Le fraudeur des sous de la Plata, air Le Douanier (sd)
Gentils pinsons d’amour ou Chantez gais pinsons (1894)
Hommage au 110e (1891)
Hommage au Général Duchesne, air Sambre et Meuse (1896)
Hymne Franco-Russe (1891)
- L’incendie de Coudekerque-Branche, air Nos baisers de vingt ans (1891)
Jeanne d’Arc ou la pucelle d’Orléans (1894)
Joséphine elle est malade (1890)
La laitière de Coudekerque dans l’embarras, air Elle est en or
La leçon de natation, air L’aspirant de marine (1892)
Ma charmante Rosalie (1892)
La marche des farceurs (1891)
La Marie Bataillon de Bergues (1892)
Les mésaventures d’une marchande de beurre (1892)
Nos pêcheurs à Notre-Dame des Dunes, paroles de Mme Bertrand (1891)
Oh la pau… vre fille (1894)
Les oiseaux (1892)
Les oiseaux de la Lorraine (1892)
Ous qu’est St Nazaire, air très en vogue (1893)
Pauvre enfant martyr, air Pauvres amoureux (1896)
Le pauvre lacolique (1894)
Le petit bazar dunkerquois (1891)
Le petit naufragé ou la prière du mousse (1892)
Le petit Panama ou le nitrate en détresse, air Jules et Thomas (sd)
La petite Jeanne ou l’enfant martyr de Saint-Pol-sur-Mer, air Toujours Française (1894)
La petite souffre douleur (1892)
Quand on est saoul on va se coucher (1892)
Les quatre sergents de La Rochelle (1892)
La résurrection de Bertrand (1891)
Le retour des beaux jours (1894)
La revanche des femmes (1892)
Rossignol d’Alsace (1892)
Si les filles savaient ! air Si les hommes savaient (1892)
Le tambour major du Reuze (1891)
Le terrible crime de la basse-ville (1896)
- Le tram-car de Dunkerque à Rosendael, air Eh, Camus (1894)
Les tramways dunkerquois (1891)
La valse de la charcuterie (1892)
La valse des mollets (1892)
Vanhelle il est mort (1883)
La veuve de Belfort (1892)
Violette, romance (1892)
Vive la Russie (1893)
Vivent les enfants de Jean Bart (1874)
Le vol de la veuve (1892)


Les textes des chansons sont à la fin du recueil des chansons d'Eugène Gervais ICI