dimanche 23 février 2014

Mariages polonais, les musiciens





J'ai eu l'occasion d'acheter, il y a quelques années, un lot d'une cinquantaine de plaques photographiques en verre, provenant d'un photographe installé à Harnes. J'ai fouillé plusieurs heures dans un garage rempli à ras bords de caisses avec ces plaques, pour sélectionner celles qui représentaient des musiciens présents pour les mariages. Je ne les ai pas toutes tirées sur papier, en voici un échantillon. Le photomontage avec des musiciens seuls a été bricolé en photographiant les plaques avec un appareil numérique puis en retravaillant les images avec Photoshop. Le résultat n'est pas excellent, mais les plaques sont toujours là pour en faire des tirages. J'aimerai beaucoup pouvoir dater et identifier ces musiciens qui devaient être très nombreux.
Sur une photo est indiqué "photo F. Kurzeja"
Sur les accordéons on trouve les noms d'Edouard PRZYBYSZEWSKI, H. R. DABROVSKI, B. KORCZAK, Joseph GALEWSKI, Edouard MAJCZAK et Louis BLIN.

Mise à jour de décembre 2015 :
Une lectrice attentive a relevé le nom de son grand-père, Edouard PRZYBYSZEWSKI, présent sur le pèle-mêle (musicien n°3) sur cette page et m'a gentiment communiqué quelques infos.
Edouard est né en 1925 à Mława (Pologne). Comme beaucoup de ses compatriotes il est venu travailler aux Mines. En 1928, lors de sa naturalisation, et pour faciliter l'entrée à l'école du petit Edouard, son père a francisé son patronyme en PRÉBISSY. Il est décédé en 1996. Sa petite fille, Dorine, me précise que toute la famille a vécu à Harnes et qu'elle comporte de nombreux musiciens de tous instruments.


un mariage avec Edouard Prébissy à l'accordéon
collection personnelle












J. Galewski



mercredi 19 février 2014

La circulaire Fortoul et les collectages au XIXe siècle dans le Nord de la France


La fin du XXe siècle a vu se réveiller en France un intérêt pour les chansons traditionnelles, d’abord porté par les chanteurs dits « rive gauche » dans les années 1960 (Yves Montand, Mouloudji, Guy Béart, Nana Mouskouri, etc.), puis après mai 68 par le mouvement folk dit revivaliste, qui a fédéré des aspirations de retour à la terre, d’indépendantisme régionaliste, d’antimilitarisme (le Larzac), de rejet de la société de consommation, à la suite du mouvement de protest song venu des USA.
Mais notre époque moderne n’a pas été la première à effectuer ce retour aux traditions paysannes : qu’on se rappelle la reine Marie Antoinette au Trianon, à l’origine d’un retour en vogue de la vielle, de la musette et des petits moutons, vite balayés par la tourmente révolutionnaire et surtout le mouvement romantique, qui à la suite de Georges Sand, de Gérard de Nerval, des frères Grimm en Allemagne, a été à l’origine d’un mouvement de collecte des contes et légendes « venus de la nuit des temps », des chansons transmises par la tradition orale, considérés déjà à l’époque comme un trésor de sagesse populaire, permettant d’accéder à une culture ancestrale et, disons le, « druidique » à l’origine de la construction de la nation. On était alors en Europe en pleine construction de cette idée, avec l’unification de l’Italie, de l’Allemagne, la Belgique allait s’inventer sur la base des anciens Pays Bas. Et la France en pleine période de turbulence post révolutionnaire, hésitant entre la république, la royauté et l’empire avait, elle aussi, bien besoin de cimenter l’union nationale.


Le Roozenhoed, extrait du recueil d'E. de Coussemaker
collection C. Declerck

Alors pourquoi pas aller chercher là, au fond de nos campagnes ces poésies populaires immémoriales issues de la sagesse populaire. Il y eut, en France, sous le second Empire, « la » circulaire qui allait mettre en branle et jeter sur les chemins des régions hexagonales une poignée de chercheurs lettrés pour une récolte dont nous pouvons encore bénéficier aujourd’hui, à travers des publications de l’époque et toute une série de rapports envoyés au ministère pour répondre à cette circulaire.
Cette circulaire, on la doit à Hippolyte Fortoul (Digne 1811 - Ems 1856), professeur de littérature française, partisan de l’Empire. Il devient ministre de l’instruction publique et des cultes le 3 décembre 1851 jusqu’à sa mort, où il laisse une piètre image de courtisan servile, tentant de mettre l’Université au pas en révoquant des gens aussi illustres que Jules Simon, Edgar Quinet, Michelet, Mickiewicz, supprimant au passage l’enseignement de la philosophie. Mais il est l’auteur d’un décret sur la poésie populaire promulgué le 16 septembre 1852 qui devait donner l’impulsion d’une recherche et d’une abondante collecte dans les campagnes françaises : Achille Millien pour le Nivernais, Barbillat et Touraine pour le Berry, Félix Arnaudin pour la Grande Lande, Patrice Coirault pour le Poitou, Paul Sébillot et Théodore de la Villemarqué pour la Bretagne, etc., ont ainsi constitué des fonds irremplaçables pour qui s’intéresse aux chants traditionnels de France


Alexandre Desrousseaux
collection C. Declerck

Cette recherche a également concerné le Nord-Pas de Calais, c’est l’objet de cette communication. Les plus connus sont :
 Edmond de Coussemaker (Bailleul 1805 - Lille 1876), juge au tribunal de Lille, musicien, musicologue, archéologue, qui a publié : Chants populaires des Flamands de France, Gand, 1856.
 Alexandre Desrousseaux (Lille 1820 - 1892), célèbre chansonnier lillois auteur de l’hymne régional des Chtimis : Le P’tit Quinquin. Il a publié, outre ses propres compositions Chansons et pasquilles lilloises (cinq volumes), un ouvrage important : Moeurs populaires de la Flandre française (Lille, 1889), où il a consigné de nombreuses chansons recueillies dans la région de Lille.
 Achille Durieux (Cambrai 1826 - 1893), professeur de dessin à Cambrai, archéologue des beaux arts, qui a publié avec Bruyelle Chants et chansons populaires du Cambrésis (Cambrai, 1864) suivi d’un second volume (cette fois sans Bruyelle), toujours à Cambrai (1867) (1)
 Adolphe Bruyelle (Viesly 1818 - Cambrai 1875), érudit, chercheur, a publié de nombreux articles historiques, archéologiques, géologiques sur l’arrondissement de Cambrai, et avec Achille DURIEUX cité précédemment Chants et chansons populaires du Cambrésis (Cambrai, 1864).
De l’autre côté de la frontière belge, il faut également citer le Recueil d’airs de crâmignons et de chansons populaires à Liège (Liège, 1889), « la plus belle collection de chansons traditionnelles que possède la Wallonie » selon Roger PINON, publié par la Société Liégeoise de Littérature Wallonne qui avait lancé en 1871 la première enquête folklorique en demandant, à l’image de ce qu’avait fait la France « la collection la plus complète possibles des airs de crâmignons liégeois ». Ce concours, doté d’une médaille d’or d’une valeur de 150 francs avait couronné Léonard Terry, éminent musicologue liégeois (1er prix), et Léopold CHAUMONT, « amoureux de son terroir » (1er accessit », et une publication de l’ensemble était décidée, mais ne verra le jour que 18 années plus tard, en 1889.
Ces publications sont facilement accessibles par leur présence dans les fonds de bibliothèque de la région, ou par des rééditions plus ou moins récentes (2)
Mais on peut également citer d’autres chercheurs, que j’ai pu identifier grâce au Dictionnaire biographique de l’ancienne chanson folklorique française de Gérard Carreau (3). Leur contribution est moins importante que les précédents, mais ils ont publié ou transmis des chants suite à la circulaire Fortoul :
 Victor Advielle (Arras 1833 - Paris 1903), historien, sous-chef de division à la préfecture de l’Aveyron. A publié : Le patois artésien et la chanson de la fête d’Arras (1882)
 Charles Bachelet (Béthune 1839 - Saint-Omer 1910), médecin, il exerce à Saint-Omer jusqu’à sa mort. D’après G. Carreau, c’est probablement lui qui a envoyé une chanson d’Artois à la revue des traditions populaires en 1899.
 Louis de Backer (Saint-Omer 1814 - Paris 1896), archéologue, philosophe, il devient, après des études de droit, avocat à Saint-Omer, puis juge de paix à Bergues. Inspecteur des monuments historiques du département du Nord et correspondant du ministère, il est chargé par Fortoul le 19 novembre 1852 d’une mission « gratuite » en Allemagne afin de rechercher l’origine commune des chants populaires de ce pays avec ceux du Nord de France. Il envoie des chants en réponse à la circulaire Fortoul en 1854. Il publie : Les flamands de France (Gand, 1851), Chants historiques de la Flandre (Lille, Vanackère, 1855)
• Barry (recherches vaines à son sujet, d’après G. Carreau), professeur d’histoire à la faculté de lettres de Toulouse, il envoie une chanson du Hainaut en réponse à l’enquête Fortoul en 1857, en précisant qu’il la tient de sa grand-mère, élevée au béguinage de Maubeuge.
 Champfleury, Jules Husson dit (Laon 1821 - Sèvres 1889), romancier, ami de Beaudelaire, Courbet, Nadar, il est conservateur du musée des céramiques de Sèvres à partir de 1872. Il fait paraître, avec J.-B. Weckelin qui note les musiques Chants populaires des provinces de France » (Paris, Bourdillat, 1860). L’origine des chants de ce recueil est selon Patrice Coirault lui même « à contrôler sévèrement », mais on y trouve notamment deux chansons de Picardie : Jésus Christ s’habille en pauvre et La belle est en jardin d’amour, dont l’auteur dit « qu'elles furent chantées souvent en petit comité par Mme Pierre Dupont, Picarde d’origine, qui avait retrouvé dans son souvenir ces poèmes de son enfance » (4)
 Ernest Hamy (Boulogne sur Mer 1842 - Paris 1908), docteur, anthropologue, ethnologue. Dès l’âge de vingt ans, il se passionne pour le folklore, recueille des chansons du Boulonnais et en publie dans plusieurs feuilles locales. Participe à la création de la société des traditions populaires dont il devient président en 1885. Publie plusieurs chansons du Haut-Boulonnais dans la revue des traditions populaires.
• Alexandre Pigault de Beaupré (Calais 1782 - 1855), après des études sérieuses, il est tour à tour militaire (lieutenant-colonel) et dans l’administration, puis conseiller municipal et conseiller général jusqu’en 1842. Musicien, il écrit des romances, des quadrilles. Il fonde la société philharmonique de Calais. Correspondant du Ministère dès 1838, il envoie des chants en réponse à l’enquête Fortoul en 1853 et 1854.

Il me faut également signaler d'autres collecteurs rencontrés au hasard de mes recherches, non cités par Gérard Carreau (3), et qui ont transmis ou publié des chants à la même époque dans le même mouvement impulsé par Fortoul :
 Ernest Deseille (Boulogne sur Mer 1835 - 1889), écrivain, érudit, archiviste de la ville de Boulogne, auteur d'un manuscrit intitulé Gaîtés Boulonnaises conservé à la bibliothèque municipale de Boulogne où il a consigné nombre de chants. Michel Lefèvre, collecteur boulonnais récemment décédé, les a fait paraître dans diverses publications de ses recherches.
 Pierre Hédouin (Boulogne sur Mer 1789 - Paris 1868), avocat boulonnais qui a transmis en 1853 une Ronde des trois jeunes filles dans Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique.
 Bruno Danvin (Saint Pol sur Ternoise 1808 - 1868), docteur en médecine, historien. Il a transmis en 1852 aux Archives Historiques du Nord de la France et du midi de la Belgique, 3e série, tome III, une notice sur le carnaval de Saint Pol, avec une chanson des jours gras comportant sur un même air, des couplets du lundi et du mardi, et, sur un air différent (Les habits à la mode) des couplets du mercredi, ces derniers étant spécifiés comme modernes.

           Je ne voudrais pas terminer ce tour d’horizon des collecteurs qui ont œuvré au XIXe siècle dans la région du Nord pour sauvegarder ces chansons traditionnelles, à une époque où cette culture orale était encore bien vivante, (et dont je suis fortement redevable en tant que chanteur qui interprète aujourd’hui ce répertoire) sans évoquer le cas de Joseph Canteloube (Annonay 1879 - Paris 1957), autodidacte en musique, il se lie avec Vincent d’Indy qui va lui enseigner l’écriture musicale et le conseiller pour son œuvre. Il se livre dès 1900 à la recherche et à l’histoire des chants populaires français, utilise leurs mélodies pour les harmoniser ou en imprégner ses compositions. Pour nous, jeunes gens chevelus des années 70 qui avons tenté (et pas trop mal réussi si on voit où en est cette culture musicale orale en 2014) de faire revivre cette musique, son Anthologie des chants populaires Français en quatre volume (Paris, Durand, 1949 puis 1951) était facilement accessible : on la trouvait dans toutes les bibliothèques d’établissements scolaires digne de ce nom, et on y avait accès à de nombreuses chansons, notamment pour le Nord-Pas de Calais et la Picardie. Et les premiers groupes actifs à l’époque (Marie Grauette, Mabidon, etc.) y ont largement puisé. Ce que nous ignorions à l’époque, c’est que Canteloube, pour nos régions septentrionales, s’est contenté de pomper les collecteurs que j’ai cité tout au long de cet article, sans jamais, à aucun moment, faire référence à ses sources. Il semble même s’attribuer sans vergogne la totalité des collectes. Pour terminer avec ce personnage, il développe dans son ouvrage une thématique régionaliste pour lequel il fut encouragé par le gouvernement de Vichy auquel il collabore dès 1941, ce qui finira de nous le rendre antipathique.

une veillée chant, animée par J.-J. Révillion, à l'estaminet Les Damoiselles
photo © Nadège Fagoo

         Pour conclure, je voudrais à nouveau insister sur la richesse du trésor que nous ont laissé ces collectes du XIXe siècle, malgré certains défauts (la transcription en partition de ce répertoire le trahit forcément, et ne nous restitue que très imparfaitement l’interprétation et les ornementations originelles). Tous les chanteurs du milieu trad. aujourd’hui sont fortement redevables à ces collecteurs du passé, en complément avec les collectages réalisés depuis les années 1970, avec maintenant des moyens de transcription plus fidèles à l’original que sont le magnétophone et la vidéo.

Jean-Jacques Révillion


(1) Chants et chansons populaires du Cambrésis, Durieux, Cambrai 1867, a été publié sur ce blog
(2) Les chants populaires des flamands de France ont été réédités dans les annales du Comité Flamand de France, à Lille en 1930, puis à New York en 1971, et à Kemmel en 1976 (éditions Malegijs), Airs et cramignons Liégeois : réédition en 1974 par Vaillant-Carmane. Mœurs populaires de la Flandre Française : réédition par Gérard Monfort (non daté)
(3) Gérard Carreau Dictionnaire biographique des l'ancienne chanson folklorique française, FAMDT édition 1998.
(4) Ces deux chansons se trouvent sur mon premier CD Elève toi donc Belle (2005). C’est Michel Lefèvre, collecteur boulonnais récemment décédé (février 2014) qui m’avait indiqué leur provenance.

dimanche 9 février 2014

Klerktje & Jacques Yvart

Disque 45 tours produit par l'association SOS Blootland en 1989 à 500 ex. numérotés, hélas épuisé.






Face A : Nous sommes en Flandre, de et par Jacques Yvart
Face B : Me zyn in Vlaenderen, traduite et chantée par Klerktje

téléchargez ICI nouveau lien

Musiciens :
Pierre Thouvenot : guitares
Thierry Ducrocq : basse
Michel Gossart : flûtes
Klerktje : harmonica
Jean Marie Schodet : claviers et arrangements

Les chœurs par le groupe Les Fruits Défendus : Karine Cayseele, Claude Claeys, Marie-Claire Delautre, Danièle Deschodt, Sylviane Eliet, Sylvie Lobbedey. 

Photo : Jean Pierre Fiey †
Maquette : Guy Gervais






vous êtes en Flandre





Joël en Klerktje

En 1984 André Rouzet (Bart) arrête les concerts avec Raymond qui demande à son neveu, Joël Devos de l'accompagner. Joël a fait numériser des cassettes audio de ses concerts avec mon père. En voici une sélection de 1983 à 2000. La numérisation a été réalisée par Jean Pierre Marchyllie à partir d'enregistrements de qualité inégale. 






01 - Cécilia
02 - De schoiere
03 - Voor Marie-Louise
04 - Geborte
05 - Kasteel van schepjes en zand
06 - Menschen van te lande
07 - De wonderbare genezing
08 - Amour toujours
09 - De kadulletjes
10 - T’s avond
11 - Pierre de beeste
12 - Zoete Mariton / Horlepiepe / Jan Pierewyt
13 - Danse de l’ours / Ma soeurtje / lire boulire
14 - Menschen van te lande
15 - Pot pourri
16 - Présentation voor Marie-Louise
17 - De barmhartige samaritaan (Bart en Klerktje)
18 - Interview Anvers / De reuze Lied
19 - Den oven
20 - Pot pourri
21 - Interview 2ème partie

Téléchargez ici


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Ils ont fait un enregistrement de meilleure qualité, d'abord diffusé en cassette en 1995, puis numérisé sur CD en 2006, disponible auprès de l'association SOS Blootland.


dimanche 12 janvier 2014

Le carnet de chansons de Berthe Baudelle

Ce carnet est dans ma collection depuis plusieurs années, mais il revient d'actualité pour le centenaire de la première guerre mondiale.
Il est rare de pouvoir identifier les anciens propriétaires de ces cahiers trouvés sur les brocantes, même si souvent leur nom est écrit sur la première page. Pour ce document, j'ai eu la chance d'acheter en même temps que ce carnet, deux "épaves" signées de la même personne. Sur la plus dégradée, qui logiquement aurait dû finir à la poubelle, elle a inscrit "Baudelle Berthe à Blaringhem par Renescure Nord", ces indications inespérées m'ont permis de l'identifier assez rapidement.



Berthe Gabrielle Louise est née à Blaringhem, rue du Hamelet, le 1er novembre 1900, fille d'Henri Sylvain, bûcheron, et Hortense Anastasie Carton. Sur son acte de naissance il n'y a pas de mention de mariage. Elle décède à Aire sur la Lys le 3 décembre 1980. En 1914 ses frères aînés, Josué et Henri sont mobilisés au 8e régiment territorial d'infanterie à Dunkerque. Josué est blessé grièvement par une bombe de Taube, il décède à l'hôpital le 10 janvier 1915.




Table des chansons

1 - "Mademoiselle bonsoir"
2 - Le légionnaire
3 - Les yeux des femmes
5 - Tout le long de la Tamise
7 - Verdun on ne passe pas
8 - C'est en 93 à paris
9 - Zirka
11 - Ils ont peur
13 - La valse des obus (sur la guerre à l'Yser)
14 - "Quand je suis arrivé au service"
16 - "Dans la douce ivresse d'un baiser"
17 - Carmen
18 - L'orpheline de Strasbourg [ou La Mendiante de Strasbourg, paroles de Villemer et Delormer, musique de Henri Natif]
19 - Le parapluie
20 - Pourquoi mentir
21 - Bonne tante Rose
22 - "Tu m'as connu j'avais seize ans à peine"
23 - Quand au bout de huit jours, "C'est à Verdun, au fort de Vaux" (chanson de Craonne)
24 - La Madelon
26 - Malgré tes serments, tes promesses
27 - La femme du très…? "De la tranchée chère petite femme"
28 - Les trois roses
29 - Titins
30 - La femme du trésors
31 - Pour un soir d'amour
33 - Nénette et Rintintin
34 - "De tous les riches d'à présent"
35 - La valse bleu horizon
36 - Hardi les gars (Les zouaves)
38 - Oh eh ah Di ah eh ah oh 
39 - Le régiment des modernes
41 - Elle est toujours derrière
42 - Métropolitain
43 - Ferme tes jolis yeux
44 - Quand il la rencontra
46 - Les papillons
47 - Le déserteur "c'était un gars de l'infanterie d'marine"
48 - Laissez pleurer mon cœur
50 - La bénédiction d'un père
51 - La Française
52 - Je sais que vous êtes jolie
54 - Seconde Marseillaise, acclameront les soldats vainqueurs à leur retour d'Allemagne
56 - La maison de retraite
57 - Reviens vers le bonheur
58 - France aimée
59 - Le soldat gentleman
60 - Comme un papillon
61 - Ne rendez pas les hommes fous
62 - Demain, oui demain
63 - Mère Elise
64 - La Madelon de la victoire
66 - On les a !
67 - Oublie… ne pleure pas
69 - C'est ma poupée
70 - Les nuits à Séville
72 - La chanson d'amour
73 - Un soir de mai
75 - Tant que vous serez jolie
75 - Choisi Lison
76 - La p'tite des Galeries
78 - Sur la Butte
79 - Rien que nous deux
80 - L'océan
81 - Je serai là
83 - Myrella
84 - La robe blanche
86 - Je viens pour perquisitionner
87 - La vie moderne
89 - Je connais une blonde
90 - La berceuse aux étoiles
91 - Tout en causant
92 - Bouquet à l'aimée
93 - Le ruisseau charmant
94 - Graziella
95 - Femme que vous êtes jolies
96 - Peines légères
98 - Ghita
99 - Supposition
100 - Rêve de valse (1er couplet)

*****



Dans une des "épaves" il y a cette Marche des évacués de Lille qui n'a pas été recopiée dans le carnet. Elle est incomplète, mais je possède heureusement la partition. Elle a été écrite par Gaston Dhinaut, chansonnier lillois domicilié à Dunkerque pendant la guerre, sur une musique de Désiré Castelyn, né à Dunkerque en 1890, † Rosendael le 18/9/1919, 64 rue des Pêcheurs.





jeudi 9 janvier 2014

La chanson de Craonne est née à Ablain-Saint Nazaire, (Pas de Calais).


 © collection J.-J. Révillion



2014 sera l’année de commémoration du centenaire de la première guerre mondiale. Le dernier poilu français, Lazare Ponticelli est décédé le 12 mars 2008, et le dernier soldat survivant, Chuckles Choules, un anglais, est mort en mai 2011 en Australie : Il n’y a plus aucun témoin vivant pour raconter, seuls restent les témoignages écrits, les photos, les lettres du front… Et les carnets de chansons de soldats ! 
Cette célébrissime chanson née sur le front, et dont l’auteur est toujours resté anonyme (1) est habituellement reliée à l’offensive du général Nivelle, au Chemin des Dames, dans l’Aisne en avril 1917 (2), et aux mutineries ayant suivi cet assaut désastreux qui a vu (selon le communiqué de l’état major français) « fondre les unités françaises sous le feu de l’ennemi ».
Les « vieux folkeux », comme on appelle maintenant ceux qui ont participé au revival folk des années 1970, se rappellent avec émotion de l’interprétation de Jackie Bardot, dans un des premiers vinyls de la Bamboche (1977), avec 3 couplets… Mais il y en eu bien d’autres pour faire connaître cette chanson qui restera longtemps interdite sur les ondes de la radio télévision française(3).
Jean-François « Maxou » Heintzen, cherchologue reconnu, a publié dans le dernier Trad Magazine (n°153) (4) une version plus complète issue d’un cahier de chanson et qui comporte un 4ème couplet. Il précise que cette chanson a été révélée au grand public en 1934 par Paul Vaillant Couturier qui l’a recueillie alors qu’il était lui même engagé dans le conflit.

A la braderie de Lille 2012, j’ai acquis un carnet de chansons retrouvé dans la Nièvre : deux volumes reliés d’un nommé Louis Rousseau, de la classe 1912, au 46e de ligne, incorporé semble-t-il en janvier 1913. Outre le fait qu’il est particulièrement bien écrit et illustré (apparemment de plusieurs mains, pour les dessins) et qu’il comporte plus de 300 chansons (dont beaucoup me sont inconnues...), on y suit l’évolution d’un appelé qui s’est enquillé durant son service la première guerre mondiale. Ses feuillets rédigés d’une belle écriture sont datés, et comportent quelques commentaires. Jusque juillet 1914, on est dans les chansons réalistes, galantes, ou grivoises, avec quelques monologues comiques. Le 28 juillet 1914, alors que la compagnie est toujours à Paris, Rousseau note Compagnie partie contre les manifestations contre la guerre. Au 31 juillet 1914 , changement de style : il note la chanson la mortalité dans l’armée, puis Quartier consigné. Compagnie partie garder la ligne entre Paris et Versailles. Puis plus rien jusqu’au 27 Juillet 1917, où est notée la chanson Les embusqués suivie de la Grève des mères (21/11/1917), puis Le plateau de Craonne avec le couplet supplémentaire dont parle Maxou, et enfin Verdun, on ne passe pas. C’est tout pour ce qui est noté dans le carnet, ce qui n'est déjà pas si mal. 
Mais on y trouve aussi des feuillets libres : 
- Un poilu m’a conté (février 1916, paraphé Rousseau) 
- un poème d’Emile Leforban, du 46e d’infanterie (février 1917, paraphé Rousseau)
Et surtout, d’une autre écriture, non signé et daté de septembre 1915 : Le plateau de Lorette, avec 4 couplets dont le supplémentaire signalé par Maxou, et dans laquelle Craonne est systématiquement remplacé par C’est à Lorette, sur le plateau... Ce qui permet d’authentifier le lieu et le moment de naissance de cette célèbre chanson, à savoir les combats en Artois à Ablain Saint Nazaire, en mai 1915, après l’échec de la prise d’Arras par les Allemands et leur installation sur la crête de Vimy et la colline de Notre-Dame de Lorette, cette dernière position ayant été reprise aux Allemands au prix d’effroyables pertes... (5) Bref, il semblerait que cette chanson ait circulé sur le front dès 1915, bien avant les mouvements de rébellion de 1917, et le document que j’ai retrouvé est sans doute un de ces petits formats manuscrits qui circulaient sous le manteau, la chanson ayant été interdite par les autorités militaires.
Le plus rigolo, c’est que tout cela est connu depuis 1919, date de la publication du livre La guerre des soldats signé Raymond Lefebvre et … Paul Vaillant Couturier, où un chapitre est intitulé La chanson de Lorette (complainte de la passivité triste des combattants). La chanson y est mise dans la bouche d’un trouffion, Pierrot, poussant ses goualantes lors d’une soirée alors que la troupe était en mouvement vers Verdun, venant de l’Artois, et c’est bien à Lorette, sur le plateau que ça se passe, mais la version ne comporte que 3 couplets.
L’intérêt du document que j’ai retrouvé réside dans le fait que la version comporte 4 couplets, et qu’il est daté de septembre 1915, date très proche des combats qui se sont déroulés sur place.

Jean Jacques Révillion †


(1) Du moins en ce qui concerne les paroles, car la musique est celle d’une rengaine d’avant guerre, « Bonsoir, m’amour » (1911), composée par Charles Adelmar Sablon, père de Jean Sablon.
(2) En Picardie, on dit « Crane », sans prononcer le O, comme on dit « Lan » pour la ville de Laon. Mais il ne devait plus y avoir d’habitants sur place pour indiquer aux poilus la prononciation correcte , dans ce village détruit dès 1914…
(3) Mouloudji, Marc Ogeret (1973), Serge Utge-Royo (1999), Maxime Leforestier (2003), Jean Jacques Révillion (2013)…
(4) Rubrique « pattes de mouches et rats d’archives » n°112. 
(5) Cette colline de 165 m, située sur la commune de Ablain-Saint-Nazaire, près d’Arras, constitue une position élevée et surplomble le bassin minier au Nord et la plaine d’Arras au sud. 185 000 soldats dont 100 000 français y ont péri pour défendre ou reprendre « l’éperon de Notre Dame de Lorette ». C’est devenu après guerre un lieu de mémoire et une nécropole pour tous les participants au conflit.







© collection J.-J. Révillion

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Transcription

LE PLATEAU DE LORETTE

Lorsqu’au bout huit jours, le repos terminé
On va reprendre aux tranchées
Notre place est si utile, car sans nous on prend la pille
Mais c’est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher.
Et le coeur bien gros,
Et dans un sanglot,
On dit adieu aux civelots
Même sans tambour, même sans trompette
On part là bas en baissant la tête.

Refrain
Adieu la vie,
Adieu l’amour,                             
Adieu toutes les femmes...                               
C’est bien fini, c'est pour toujours                       
De cette vie infâme                                    
C’est à Lorette, sur le plateau                         
Qu’nous  devons laisser notre peau,                                 
Car nous sommes les condamnés                        
Nous sommes les sacrifiés.  

                                                                                         
Nous voilà partis avec sac au dos
On peut dire adieu au repos
Car pour nous la vie est dure
C’est terrible je vous l’assure
A Lorette là haut
On va nous descendre
Sans même pouvoir nous défendre
Car si nous avons de très bons canons
Les boches répondent à leurs sons
Forcez d’ce terrer
La dans la tranchée
Attendant l’obus qui viendra nous tuer.

Refrain


Huit jours de tranchées, huit jours de souffrances,                               
Pourtant on a l’espérence
Car ce soir peut êtrea la relève
Que nous attendons sans trève
Soudain, dans la nuit
Avec le silence
On voit quelqu’un qui s’avance     
C’est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l’ombre
Sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs viennent chercher leurs tombes
                          
Refrain


C’est malheureux de voir sur ces grands boulevards
Tant d'cossus qui font la foire.
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c’n'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher
Tous ces embusqués
Feraient mieux d’monter aux tranchée
Pour défendre leurs biens,
Car nous n’avons rien,
Nous autres pauvres purotins
Tout nos compagnons
Sont étendus là
Pour défendre les biens de ces richards là.

Dernier  refrain
Ceux qu’ont le poignon
Ceux là reviendront       
Et c’est pour eux qu’l'on crèvent
Mais c’est fini
car les trouffions
Vont tousses se mettre en grève!
C'est à votre tour
Messieurs les gros
De monter sur l’pateau
Puisque vous voulez tous la guerre
Payez la votre peau.



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Une interprétation régionale de la Chanson de Craonne par Les Belles Lurettes à Avion en 2009






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Claude Ribouillault sur France Musique en Juin 2014, nous parle de la musique présente sur le front




Claude Ribouillault - La matinale par francemusique