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mercredi 25 juin 2025

Saint Druon en Artois par Mlle Leroy


 Saint Druon, patron des bergers et thaumaturge au Pays d'Artois, par Mlle Célestine LEROY, Présidente du Comité Artésien de Folklore


C'est le titre de la plaquette rédigée par Mlle Célestine Leroy, que m'avait envoyée l'abbé Léon BERTHE (1923-2007) archiviste diocésain à Arras, en 2001 et que je viens de retrouver dans le fond d'un tiroir, mieux vaut tard que jamais…. Je ne sais où elle était conservée à l'origine, probablement dans les archives diocésaines à Arras ou dans la bibliothèque personnelle du chanoine.
Avec cette mention manuscrite : "un résumé de cette étude a été publiée dans le Bulletin de la commission des monuments historiques du Pas-de-Calais tome VI 5e livraison pp. 550-552 (séance du 10 octobre 1946). Celle-ci est infiniment plus complète et pourrait être publiée éventuellement. JM"

Le document est disponible ICI
 
Ce texte a été publié en 2009 dans les n°53 et 54 de la revue Cambrésis Terre d'Histoire
Sur les liens entre cornemuse et Saint Druon voir l'article publié sur "La Boite à Musique" ICI

J'ajoute le cantique qu'avait joint le chanoine Berthe à son courrier et quelques drapelets de procession trouvés sur Gallica et ailleurs
 

 




dimanche 24 janvier 2021

Les cornemuseux de la Saint-Druon

mis en ligne le 14/12/2009
mise à jour le 24/1/2021 : photo d'un des derniers bergers d'Artois à Rebreuve

Trad Magazine, n° 50, novembre 1996




Par Patrick Delaval

Un tableau
Ce tableau est un lavis coloré – tons bistre, gris-vert et rouge brique – rehaussé d’encre. Il porte en légende : « Procession de Saint-Druon, Patron des Bergers ». Il est signé et daté en bas à gauche : Ph.d.R. 1823. Ces initiales sont celles de Philibert Damiens Comte de Ranchicourt, né le 18 novembre 1781, décédé le 8 octobre 1825. Deux médailles l’avaient signalé lors des expositions de Douai en 1823 et 1825. Le château de Ranchicourt et le village ont été rattachés en 1791 à la commune de Rebreuve, située à quelques kilomètres de Bruay-Labuissière, sur la chaussée Brunehaut, ancienne voie romaine qui relie Arras à Thérouanne. Nous sommes donc en pleines collines d’Artois au début du XIXe siècle, et tous ceux qui ont collecté dans cette région comprendront l’importance de ce tableau : c’est la première fois qu’on découvre une preuve iconographique de la cornemuse dans le Pas-de-Calais pour cette période. La Piposo était attestée par de rares textes [1] citant l’Artois et le Boulonnais, et quelques mentions près de Lille… lire la suite ci-dessous
[1]
par exemple : dans le Lexique Saint-Polois d'Edmond EDMONT, Saint-Pol sur Ternoise, 1897 : "Piposo : substantif masculin, cornemuse, par extension joueur de cornemuse. A Ligny Saint Flochel : piposo : féminin, Ju d' pip' masculin."






Cliquez sur les images pour les agrandir


En écho : mai 1963 M. Hermant l'un des derniers bergers d'Artois, à Rebreuve
couverture de la revue des mineurs Bruits et Lumières n°20



lundi 16 mars 2020

Célestine Leroy , 1884-1966

publié le 3/3/2020
mise à jour le 15/3/2020 : ajout d'un texte d'Agnès Martel


source
Mlle Leroy était née à Marquillies, dans le Nord, le 19 juin 1884. Combien de fois ne nous a-t-elle pas parlé de ce village natal, qu'elle n'avait pas quitté par la pensée, ce village où son père, Louis Philippe, sa mère, Céline Toulotte — un nom qui, lui aussi, nous devint familier —  menaient une vie simple ? Combien de fois nous décrivit-elle l'existence de ceux qui exploitaient cette ferme familiale ? Ainée de quatre filles, elle eut une existence que rien ne laissait prévoir, mais qui ne la déracina jamais. Ainsi eut-elle, pour adoucir ses dernières années, la compagnie de sa sœur, Mlle Juliette Leroy, que je dois nommer avec une égale amitié, tant son souvenir est lié à celui de sa sœur. C'est elle aussi qui fournit à M. Martel, auteur avec moi-même de cette trop brève biographie, tant de détails sur une existence où l'esprit domina la matière.


Mlle Leroy avait onze ans lorsque, écolière à Marquillies, elle passa son certificat d'études primaires. Premières émotions, premier succès. Elle profita ensuite, à La Gorgue, durant un an, de la présence de sa marraine, institutrice. Elle y prit probablement sa vocation d'enseignante. De 1897 à 1899, pensionnaire à l'Ecole Supérieure de Roubaix, de 1900 à 1902, élève à l'Ecole Normale de Douai, elle confirma cette vocation et brilla, intellectuellement aussi bien que cordialement.
C'est en 1908 que commença sa carrière d'enseignante à La Bassée. Elle eut une classe de 100 élèves de tous âges (!) dont elle garda toute sa vie un souvenir épuisant. Enfin, elle se retrouva comme surveillante générale à l'Ecole Normale de Douai. Temps de travail pour le professorat où elle fut reçue en 1905. C'est alors qu'elle fut nommée à Draguignan, bien loin de son cher Marquillies, pour un an, puis à Caen où elle resta jusqu'en 1911.


1911 : c'est un tournant dans son existence, car elle allait dorénavant demeurer à Arras pendant toutes les années les plus fécondes de sa vie. Professeur à l'Ecole Normale d'Institutrices d'Arras, elle le resta jusqu'à sa retraite en 1944 et Mlle Larivière a dit, au jour des funérailles, quelle collègue elle fut pour toutes, quel rôle elle joua auprès des élèves. Brillante dans ses exposés, elle fut proposée pour le professorat à Sèvres. C'était aux années d'avant-guerre, où il fallait compter avec des oppositions qui n'avaient rien à voir avec la science, ni la pédagogie. La profondeur de ses convictions religieuses mit un obstacle à cet avancement. Heureux accident, felix culpa ! Elle nous resta ; certes sa vie ne fut pas sans surprises, car, en 1914, pendant les vacances, elle se trouva en pays envahi et rejoignit sa marraine à Wavrin, trouva le moyen d'enseigner des jeunes gens et d'enseigner dans le même temps, l'instruction et le patriotisme ardent, qui fut sans cesse le sien.
Tout cela constitue une carrière où l'enseignement, qui est affirmation, ne portait pas forcément à la recherche, qui est une inquiétude. L'esprit de Mlle Leroy ne pouvait en rester à ses seules activités professionnelles. Il se trouva qu'elle fit connaissance et créa des liens d'amitié avec M. et Mme Nourry-Saintyves. M. Saintyves était un ardent folkloriste, auteur de plusieurs ouvrages, dont certains firent du bruit. Mlle Leroy citait souvent le livre Les Saints Successeurs des Dieux, qui avait, au temps du modernisme, voulu montrer comment la légende de certains saints était une transposition de traditions mythologiques anciennes. La prudence doit être la vertu cardinale en la matière. Tout le monde n'a pas l'extraordinaire acuité de vision de Mgr Duchesne, ni la science critique des Bollandistes. Les folkloristes, armés de questionnaires, ont des déductions qui parfois font peur et oublient que l'esprit humain fonctionne finalement de même façon, sous toutes les latitudes. De la constatation d'une tradition locale au XIXe siècle, on passe aisément aux siècles des mythologies antiques et même au néolithique, sans se soucier des époques intermédiaires. Citerai-je le cas de notre
dolmen de Fresnicourt, appelé "Table des fées" ? C'est un instituteur de la fin du siècle dernier qui lui donna ce nom, pour le faire mieux vivre aux yeux de ses élèves. Ces formes mal comprises donnent des explications étranges. Emile Mâle l'a montré pour des statues incomprises, celle de la crucifiée barbue par exemple, sainte Wilgeforte dont nous parlait Mlle Leroy.
Tous ces écueils possibles ne la rebutèrent pas. Le 8 octobre 1933 avait été constitué un Conseil régional de Folklore français et de folklore colonial. Elle groupait ainsi des folkloristes au travail, MM. DemontLateur, Delplanque.

M. le Chanoine Fournier, qui présidait, avec majesté, n'était folkloriste que par sympathie et sa capacité juridique, si remarquable, lui faisait seulement porter un intérêt d'encouragement à ces études. Mlle Leroy, qui  ne voulut en être présidente qu'en 1955, et non sans résistance, demeura vice-présidente, secrétaire de fait et fut, à la fois, l'âme et le corps de ce qui devint ensuite le Comité artésien de Folklore. Elle apprécia les aides qui lui furent apportées, celle de M. Dégardin comme secrétaire, en particulier. Elle s'appliqua surtout à utiliser la science de ses anciennes élèves qui, dispersées dans l'enseignement de tout le Pas-de-Calais, pouvaient mener des enquêtes.
C'est à partir de 1930 que son activité se développa sans cesse. Le relevé de ses œuvres écrites, entrepris par M. Martel, le dépouillement de ce que les Archives départementales ont reçu récemment et qu'a mené à bien Mlle Bellart, donne une figure assez fidèle de ce travail incessant par des conférences innombrables et par des articles dont le premier en date me semble La Toussaint et le jour des Morts au pays d'Artois paru dans le tome premier des la Revue de Folklore Français en 1930, et que nous avons réédité. Puis vinrent le jour Le culte de Saint Eloi dans le Nord de la France (1934), La Fête des Rois (1935), Les Pierres à Légendes (1934) et bien d'autres dont la bibliographie donne la suite, pour aboutir au Folklore des Eaux en 1961 dont l'impression fut assuré par le concours unanime des membres du Comité de Folklore.

Le dirais-je, sans manquer à sa mémoire ? Il me fallut presque lui arracher le manuscrit. Ce genre d'étude n'est jamais achevé et la synthèse est un art difficile. Mlle Leroy recevait des lettres de partout, sur des sujet parfois futiles. Elle mettait à y répondre une conscience admirable, mais qui dévorait un temps dont nous savons que l'âge venant, il est trop mesuré pour le dispenser en vétilles.
Ainsi ne réalisa-t-elle pas la synthèse qu'un éditeur lui demanda. Le secrétariat de l'Académie, pour lequel elle déploya un zèle prodigieux, lui enleva les loisirs qu'elle réservait. Car entre temps, première femme depuis le XVIIIe siècle, elle avait été élue membre titulaire [de l'Académie d'Arras], dès 1947, et presque immédiatement secrétaire. Lourde charge où elle excella par la rédaction de procès-verbaux, par l'organisation des séances publiques. Elle était la vie même de cette compagnie et ses rapports annuels semblaient ajouter aux communications des membre données aux membres ordinaires.

source
Ce classement si judicieux, que nous souhaitons imprimer avec l'un ou l'autre texte inédit, montre combien de sujets divers furent ainsi traités ou esquissés. D'une part, ils donnent comme un plan de travail, d'une autre, ils proposent des approfondissements. Ne l'oublions pas : avant Mlle Leroy il n'y avait à peu près rien. hormis quelques articles dont les meilleurs étaient dus à M. Demont, membre de l'Académie d'Arras. Elle ne créa pas le folklore, certes : les noms de Georges-Henri Rivière, de Van Gennep, auteur d'un manuel, et de celui de Saintyves entre autres le montrent. Mais ces travaux des promoteurs d'une science encore dans l'enfance montraient les difficultés de l'entreprise et ses incertitudes. Mlle Leroy relevait, avec une pointe d'indignation, avec son étude sur saint Druon, que son culte n'était pas aussi strictement localisé que l'assurait Van Gennep. Rien de plus certain et les diverses études qu'elle fit permettaient souvent de corriger, par des certitudes locales, des synthèses prématurées. C'est notre tâche d'historiens locaux. Mais la critique des sources s'impose. Ainsi, pour en revenir à saint Druon, dont elle nous parla si souvent, fût-ce à Carvin, faut-il toujours en revenir à Jacques de Guise, qui écrivit au XVe siècle, siècle des chroniqueurs, ses Chroniques du Hainault. Précieuse biographie d'un saint, né au début du XIIe siècle, qui nous indique essentiellement ce que l'on pensait au XVe siècle. La tâche du folkloriste est précisément de faire le point des traditions populaires aux diverses époques. Rien de plus malaisé, dans beaucoup de cas je le reconnais, mais rien de plus nécessaire. Ainsi, dans le cas des géants ; rien n'est encore net dans ce domaine. Il paraît bien qu'il eut des géants dans les cortèges des Pays-Bas de la Renaissance. Mais, comme beaucoup de ces traditions, elles reprirent une vie nouvelle au XIXe siècle et il est imprudent d'oublier les chaînons manquants. Je suis toujours frappé par l'aspect énorme du XIXe siècle dans le folklore. De tous ces costumes régionaux de France, combien ont plus de 150 ans d'âge ? Ainsi dans le cas de nos géants. On a tendance, chez nous, par une idée bizarre, à vouloir toujours remonter à ce que l'on appelle l'époque espagnole. Ainsi le faisait un quotidien, que nous apprécions tous, très récemment, à propos des clochers dont les flèches s'ornent de crochets, sans penser que la Somme, qui ne connut pas le gouvernement de Bruxelles, en possède autant que nous. C'est là une étude folklorique à faire que cette indéracinable conviction, que Victor Hugo diffusa, de l'origine espagnole des maisons de nos places. Qui donc eut le premier cette idée saugrenue ? Car il y eut une origine et que rien ne certifie populaire. Nous avons vu ici M. Faille nous montrer que des gravures dites populaires étaient le décalque, vulgarisé volontairement, de gravure savantes. C'est un enseignement !
Voilà ce que le travail scientifique de Mlle Leroy permet d'entrevoir. Avant elle nul ne pouvait réfléchir sur une base sérieuse. Il fallait recueillir les éléments de raisonnement, c'est ce qu'elle a fait, trente ans durant, créant ainsi de nouvelles possibilités de travail. Il me semble que nul hommage n'est plus précieux que celui même de cet inachèvement qui ouvre de si larges perspectives, là où, auparavant, comme dans les cartes du temps jadis, on aurait dû lire : terra incognita.

Il n'est pas un de nous qui ne se représente, alors que j'évoque le souvenir de Mlle Leroy, sa haute silhouette, le son même de sa voix, son sourire pour accueillir ceux qui entraient dans la salle et venaient soit lui dire leur amitié, soit lui demander quelque lumière sur un point de folklore.
Cela dans l'émotion de ses obsèques, fut le sentiment unanime. Il n'y avait pas d'indifférents, parmi ses collègues de l'enseignement, parmi les anciennes élèves, ni parmi ses amis du Comité de Folklore, de l'Académie d'Arras, ou de notre commission. Si je dois le répéter, c'est uniquement par le souci de conserver ce souvenir longtemps encore. Mais le temps ayant passé, onze mois, il a pu être réfléchi à son œuvre qui demeurera. Alors apparaît une physionomie plus précise de celle qui fût l'âme de la recherche folklorique, dans notre région.
J. Lestoquoy

Bulletin de la commission départementale des monulents historiques du Pas-de-Calais, Tome VIII - 5e livraison, 1970, p. 457


Articles parus dans la Revue de Folklore Français




Pierres à légendes du Pas-de-Calais, par Mme Camille Nourry-Quinchon et Mlle Leroy (1933)




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Une fidèle lectrice nous a envoyé ce texte complémentaire, merci Agnès



Merci Christian de mettre le projecteur sur Celestine Leroy...

Célestine Leroy, institutrice, formatrice, historienne, folkloriste... une vie bien remplie et des travaux qui font encore référence auprès des personnes intéressées par les traditions populaires et le folklore ! 
Et pourtant bien peu connue ! 

Si l'association Ravisse min coin a apposé dans sa rue natale à Marquillies (59) un panneau rappelant sa mémoire, si le Conseil Municipal de Lens donne en 1980 son nom à une rue, il faut attendre décembre 2019 pour qu'Arras, où elle enseigna de 1911 à 1944 à des générations d'élèves-institutrices, les incitant à collecter et consigner les traditions artésiennes rurales en voie de disparition, en fasse autant. 
Et on est bien en peine de trouver une école qui porte le nom de cette pédagogue dans la région...

On peut compléter ou enrichir le portrait dressé par Jean Lestoquoy, abbé qui présida de la Commission des Antiquités Départementales (1966-1980), après en avoir assuré le secrétariat de 1944 à 1966.
Ainsi, ses débuts comme enseignante à l'Ecole Normale d'Arras en 1911, interrompus par l'invasion allemande alors qu'elle est en vacances chez ses parents à Marquillies en zone occupée. Elle prend alors en charge une classe à Wavrin, où il semble qu'elle ait agit pour éviter aux jeunes garçons le travail obligatoire imposé par l'armée d'occupation, comme l'indique le site Marquillies Antan, tenu par un ancien conseiller municipal de la commune. C'est également de Wavrin, en mars 1915, qu'elle arrive à rejoindre Berck où s'est repliée l'Ecole Normale d'Arras, pour reprendre ses cours aux futures institutrices. 
Ce visage d'une Célestine Leroy patriote et pour le moins intrépide est retrouvé dans la lecture d'un article de Bruno Bethouard publié en 2006 dans Femmes et résistance en Belgique et en zone interdite. Classée par l'auteur dans les "Marie", des femmes  "professionnelles au verbe haut", l'enseignante est dépeinte comme n'hésitant pas dans ses cours durant l'occupation à prendre fait et cause pour la France libre. 

Un inventaire du fonds Célestine Leroy, conservé aux Archives Départementales du Pas de Calais sous les côtes 1J588 à 1J598 a été établi par le Comité d'Histoire du Haut Pays (62). 
Outre de nombreux documents articles, documents manuscrits ou dactylographiés préparatoires à ses publications, notes, comptes-rendus de réunions, on trouve dans ce fonds une multitude de petits feuillets rédigés par ses jeunes élèves-institutrices. 
Si Célestine Leroy gardait des liens avec d'anciennes élèves comme le signale J. Lestoquoy, ce sont des fiches rédigées par ses élèves mises intelligemment à contribution durant les vacances dans leurs villages. Leurs réponses alimentent les questionnaires des enquêtes préparatoires à l'Atlas Folklorique de la France, porté par le Musée National des Arts et des Traditions Populaires sous la direction de Georges-Henri Rivière. Des petites feuilles riches d'informations, sur les traditions du nouvel an ou des transports traditionnels par exemple...
Hélas on n'y trouve pas un riche dossier "chansons populaires"... mais c'est dans les dossiers de Célestine que se trouve le texte manuscrit et inédit de Marius Lateur Les carrettes à tchiens au Pays d'Artois. Ecrit en 1926, il est envoyé en 1951 à Célestine alors vice-présidente du Comité artésien de folklore. 
Egalement membre de la Société de Mythologie Française et rédactrice de son bulletin, Célestine Leroy y fait paraître en 1953 l'Atlas mythologique du Pas de Calais.

Agnès Martel  (Coremieu)


samedi 10 octobre 2015

Traces

publié le 10/10/2015
mise à jour le 20/1/2026 : ajout de la revue Trac' Mad
  


Trace existait avant sa création.
Celles et ceux qui décidèrent, en 1984, de fonder cette association de chercheurs, travaillaient déjà à la recherche, au collectage, à l'apprentissage des instruments de musique et d'autres choses encore. Ils avaient plus ou moins la trentaine, du boulot, ainsi qu'une passion pour la musique et tout ce qui s'y rattache. Presque tous étaient musiciens ou danseurs, et le sont toujours (à mettre au féminin bien sûr).
Les premières années furent consacrées à une sorte de débroussaillage ; l'idée de départ était de mettre à plat et en commun tout ce que nous avions trouvé à droite et à gauche, dans cette grande région très peuplée qu'est le Nord de la France - Et peut-être de trouver un fil conducteur. Or, nous ne nous attendions pas à découvrir autant de choses. Et depuis, suite à trente années d'existence présenter TRACES et ses acteurs n'est pas une mince affaire…

Une question qui se pose : d'où nous est venue cette envie de savoir ? Cela reste à creuser, mais il est certain que les recherches menées en France, un peu partout en Europe et en Belgique nous ont servi de modèles. En tout cas il y eut très vite le désir de communiquer et de mettre en commun ce qui pouvait déjà l'être, comme par exemple cette vingtaine d'enregistrements de collectage, réalisés en Flandres, en Artois, en Wallonie à partir des années 60/70. Réunis sous le titre "Musiciens et Chanteurs" sur une cassette audio (à l'époque on disait K7) les pièces proviennent donc de France et de Belgique, ce qui en soi est déjà novateur, mais illustrent aussi des musiques provenant de Pologne. Roumanie et Portugal. C'est bien cela, la région Nord/Pas-de-Calais : une terre de passages, de mélanges, de fusions. De virtuoses aussi.

La suite est une longue série de colloques, conférence, manifestations et fêtes, bourses aux instruments, et dépannages… Les recherches ne se limitent pas à la région et dépassent même les frontières. Plusieurs expositions iconographiques et photos sont élaborées, en fonction des découvertes, des demandes et parfois aussi des problèmes rencontrés, par exemple en ce qui concerne les problèmes photographiques. On parle aussi de la restauration d'instruments de musique, émissions hebdomadaires de radio, d'interventions télé, de bourses aux instruments (Cassel Cornemuses, 16 édition en 2014).
Les collecteurs, rats d'archives, collectionneurs, journalistes vont déployer leurs talents, tout comme les enseignants, danseurs, médecins, luthiers. Epaulés par les rédacteurs (chef), tourneurs de haute précision, artisans, documentalistes, formateurs, secrétaires. Sans oublier les danseurs(ses), informaticiens, chercheurs, animateurs, et ceux dont j'ai oublié le métier.
Chacun à sa façon va contribuer à la sauvegarde du patrimoine : création et circulation des exposé, archivages des documents, enquêtes photographiques, concerts et bals, dépiautages d'archives, traductions… Il y aura ainsi les enquêtes en musées, instrumentaux ou autres, qui elles aussi dépasseront les frontières. L'une d'elles à Dunkerque, à la fin des années 80, révélera l'existence de ce magnifique Hommel de 1,64 m, conservé là depuis 1840.

Citons également plusieurs collaborations à certains projets régionaux avec l'ASSECARM, l'IMTAC, l'ARM, des institutions musicales aux sigles rébarbatifs mais familiers à l'époque, la participation au bicentenaire de 1789, les collaborations aux réalisations des films Germinal et Le brasier (1989).
Les découvertes furent souvent surprenantes, voire inattendues. Ainsi ces épinettes dites vosgiennes. Certes elles le sont, mais le Nord disposait lui aussi de ses centres de fabrication : l'agglomération lilloise, les Flandres, et le Cambrésis. Le dernier inventaire (2012° fait état de 150 instruments identifiés et localisés (dont 3 aux USA !). La facture de cistres au XVIIIe siècle à Lille, Dunkerque ou encore Arras, qui s'avère l'une des plus raffinée qui soit. La rencontre de M. Lanvin, joueur de diatonique, et puis plus tard de M. Cornu. (Des vidéos seront réalisées).

Il faudrait parler des trouvailles moins spectaculaires mais tout aussi fondamentales. Il est très possible de consulter tout ce qui a pu être écrit à ce sujet à travers les nombreuses articles parus dans Tutti, Modal, et surtout dans Le Tambourineur à partir de 1981 (78 numéros) et par la suite TRAD magazine (fin 88). D'autres textes ont été publiés dans le magazine interne à l'association TRAC'mad (12 numéros de 1991 à 93), et enfin le périodique belge Carnet de notes à compter de l'an 2000 (18 numéros à ce jour). Actuellement, c'est le site dunkerquois Mémoire du folk 59/62 qu'il faut absolument consulter.
A partir de 1997, le dynamique Centre Socio-Educatif d'Hazebrouck et son festival Folk en mai y ajoute l'idée d'une exposition thématique consacrée aux musiques traditionnelles. Mais à l'inverse des précédentes expos de TRACES qui étaient purement iconographiques, il s'agit cette fois de réunir des instruments "en chair et en os" dans une présentation "qualité musée". Pari tenu. Cette première sera consacrée aux épinette du Nord. Un gros succès, qui sera accompagné de la sortie du livre du même nom (désormais une référence : 160 pages, une centaine de photos, des plans et illustrations. Un additif de 32s pages a été publié dix ans plus tard. Cette réussite sera suivie des accordéons, khans et autres harmoniflûtes (1998), violons et autres cordes frottées en 1999, une collection privée multi-ethnique en 2000 ; puis les cornemuses l'année suivante, guitares et cistres en 2002, musique flamandes pour l'année 2003, suivie un an plus tard de violons spéciaux, et de vielles à roue en 2005, etc… par leur régularité, leur éclectisme, les participations des collections privées et des musées nationaux, ces manifestations n'ont pas d'équivalent.


TRACES et la cornemuse

Ce fut le sujet de prédilection. Les anciens Pays-Bas regorgeaient de cornemuses de toutes sortes, et dès le XIIIe siècle, les œuvres d'art fourmillent d'illustrations, souvent d'une grande précision, ce qui permit en Belgique des reconstitutions très fidèles. Une autre forme de cornemuse fut pratiquée dans ce pays, mais cette fois des instruments furent retrouvés, ainsi que des témoignages et photos. Ces cornemuses étaient très proches de celles rencontrées dans le centre de la France, c'est à dire le petit bourdon situé à côté du chalumeau. En 1983 parût l'ouvrage d'Hubert Boone, une référence dans ce domaine, qui fit le point sur les recherches en Belgique. Et puis Rémy Dubois, l'inspirateur, celui qui a donné à tous l'envie d'en jouer.

Côté français, nous savions par d'anciens textes que l'instrument était encore pratiqué en XXe par les bergers, dans le Boulonnais et ailleurs. des enquêtes ont démarré en 1981 à Valhuon et environs, là où se déroulaient des mâtines de bergers. Sans résultat probants. Ce qui n'a pas empêché ceux qui voulaient souffler de souffler, la création de La Piposa (1984) en est l'illustration.
Et puis il y eut les cornemuses d'étude, la "Méthode de Boul'", la collaboration aux travaux de J.-L. Matte, des questions à propos du boitier "Lobidel" et de la cornemuse Petyt. (Cette dernière fut exposée à Hazebrouck en 2000). Citons en outre une série d'articles dans la série Piposo story.
En marge on découvre en 1983 une tradition de cornemuse polonaise dans le bassin minier ; un livre de 140 pages accompagné d'une K7 audio de 45 minutes est achevé en 1986 (mais nécessite aujourd'hui une réécriture et des additifs avant publication).
La trouvaille la plus récente s'est faites à Rebreuve Ranchicourt en 1995 : une tradition relative à Saint Druon, immortalisée par un artiste local qui observa et illustra les cornemuseux présents (voir Trad magazine n°50), une reconstitution in situ eu lieu l'année suivante avec des nombreux coups de main dont la Piposa, les moutons et les porteurs de la statue. Une copie gravée du dessin a été diffusée en 2007. Enfin ceux qui le désirent peuvent se rendre à Carvin (62), il paraît que l'église conserve dix tableaux retraçant la vie de ce Saint. Peut-être y voit-on la ¨Piposo" ?

En trois décennies, TRACES est maintenant à la fois jeune et mature. Préservation, classement, recoupement, publications n'ont jusqu'ici pas posé de gros problèmes. Par contre, en ce qui concerne les archives, les membres de l'association sont à la fois nombreux, mais aussi assez éloignés les uns des autres. Difficile dans cette circonstance d'imaginer un lieu qui soit accessible à tous. Les documents, enregistrements, instruments, etc… sont donc conservés par les membres eux-mêmes. Certains dossiers ont toutefois été déposés au siège de l'association. mais reste à savoir ce que les années à venir nous réservent. Comme nouvelles découvertes bien sûr, mais aussi comme relève.

Les membres de TRACES, plus d'une centaine de personnes je pense, se reconnaîtront dans ces quelques lignes. Ils se connaissent tous et n'ont pas besoin d'être cités. Ce serait trop long. Leurs noms et parcours sont sur [ce blog], une merveille de la technologie.

Pour TRACES, le président

Texte extrait du remarquable livret accompagnant le double CD "Cornemuse Picarde"

---***---

Complément sur l'origine de la création de ce "Collectif de recherches sur les musique et danses traditionnelles des régions septentrionales".
TRACES est le résultat d'une prise de conscience et d'une sollicitation de membres de la fédération des Musiciens Routiniers rencontrés lors des Rencontres d'Arras en 1983. Deux réunions de réflexions ont eu lieu. La première à Arras pendant les Rencontres le 31 octobre 1983, à laquelle ont assisté André Ricros et Olivier Durif (membres des Musiciens Routiniers), puis une seconde à Boeschepe à l'estaminet De Vierpot, le 17 décembre 1983.
L'assemblée générale constitutive s'est tenue à Boeschepe le 21 janvier 1984. Sont présents à cette AG : Christophe Declercq†, Patrick Delaval, Hélène Casteleyn, Camille Duhamel, Christian Evrard†, Philippe Oger, Alain Delpierre, Patricia Gringoire, Jacqueline Ivain, Eric Hurtrez, Pierre Talaga, Sylvie Mohr, Monique Pirez, Gaby Delassus, Christine Pruvot, Christian Declerck, Jacques Leininger, Carine Thomas, Michel Lebreton, Bernard Boulanger, Luc Allemersch, Marc Debrock, Dominique Binault, Martial Waeghemacker, Roland Delassus, Marie Wojkiewicz, Daniel Bailleul, Jean Claude Chauveau, Marie France Chauveau. Excusés, Marie Aude Pradeau†, Loïc Louchez, Patrice Gilbert, Corinne Polanski, Rémy Dubois, Nicole Fontaine, Lucette Spinoit, Félicie Verbruggen, Martin Swart, Jean Jacques Révillion†, Martine Beuraert, Gérald Ryckeboer, Michèle Coupez.

Quelque jours après, le 21 décembre 1983, la sortie du film de Bernard Favre et Bertrand Tavernier La Trace.


Pour TRACES, le secrétaire perpétuel…



jeudi 6 août 2015

Carnet de notes 4, 5 et 6


Deuxième livraison



relevé d'un bourdon de la muchosa d'Escanafles
dessin d'Olle Geris



Carnet de notes n°4
- Accordéon Kormanchek (suite), par Jean Jacques Révillion
- Une basse aux pieds de facture populaire, par Thierry Legros
- Retour sur Saint Druon, par Patrick Delaval
- Vu à la télé, épinette du Cambrésis, par Patrick Delaval

Carnet de notes n°5-6
- Epinette du Nord (suite), par Thierry Legros
- Cistre et cetera, données supplémentaires sur les touches semi-diatoniques de cistres italiens, par Patrick Delaval









jeudi 20 décembre 2012

Mouchafou ou Moezelzak



Deux articles publiés dans le bulletin de l'association Traces en mars et avril 1992


La planche 14


Cette planche (format réel : 32,5 x 45 cm) appartient à une série consacrée exclusivement aux cornemuses françaises ou apparentées (une trentaine de planches environ). Celle-ci a été achevée en 1981, à partir de documents et conseils de Rémy Dubois. Le livre de Hubert BOONE (1) n'était pas encore sorti, et les rencontres de collecteurs d'Arras (où furent exposés ces dessins) n'eurent lieu que deux ans plus tard.
Aujourd'hui, plus de dix ans ont passé, et quelques précisions s'imposent. D'autant que cette planche 14 est l'une des rares à avoir été imprimées et diffusées. Or, si je peux encore modifier l'original (chaque dessin étant amovible), les exemplaires imprimés et vendus sont, eux, définitif...
Voici donc une petite mise au point :

A : l'objectif d'alors était d'inclure dans une exposition sur l'instrument de musique dans le Nord de la France au moins UNE référence à la cornemuse de notre région, même si nous ne disposions que de documents écrits. Il devenait urgent de proposer un visuel synthétique, qui puisse établir des points de comparaison avec certaines autres cornemuses françaises, susciter l'intérêt et le discussion, et même servir d'éventuel repère ou de base d'identification pour l'amateur (au cas où...) ; même si nous risquions des erreurs ou des manques ; ce qui s'est passé...
D'où le titre "Zone linguistique picarde et anciens Pays Bas", formule un peu vague, mais qui supprime l'actuelle frontière et permet d'associer des instruments du Hainaut belge (n° 2, 3/4, 6, 7) à d'autres dont l'origine était plus qu'incertaine.

B : De plus, sa réalisation correspond à plusieurs enquêtes de terrain menées dans le Pas de Calais la même année (nous y reviendrons). nous espérions bien retrouver des instruments qui puissent être comparables à ceux-ci ; et s'y ajouter par la suite dans une seconde planche ; ce qui ne s'est pas encore passé... 

C : Une mise en conformité sous-entend la suppression de la cornemuse n°1 : on sait maintenant qu'il s'agit d'un modèle d'origine pyrénéenne. Elle était conservée au musée instrumental de Bruxelles, mais il paraît qu'elle ne s'y trouve plus...

D : A l'inverse, une lacune : la gravure de muzelzak, l'une des illustrations du Muzilkaal Kunstwoordenboek de Verschuere Reynvaan, (Amsterdam, 1975) reproduite dans Boone, page 57.

E : Le dessin du joueur de cornemuse Alphonse Gheux existe maintenant dans une version plus élaborée, mais il faut rappeler que cette illustration a été dessinée à partir d'un document photographique qui, à l'origine, comportait des retouches, destinées à mettre en valeur le pied et surtout le petit bourdon, au détriment d'ailleurs du boitier. Ces retouches ont été supprimées, c'est pourquoi ce dessin, et la photo publiée dans Boone, page 2, sont différents d'autres reproductions du même sujet, mais publiées antérieurement.

Dans le prochain épisode, nous parlerons des raisons qui nous ont poussé à inclure dans cette planche le boîtier Lobidel (au centre de la planche, n° 5)

Patrick Delaval

(1) Hubert Boone, La cornemuse, édit. Renaissance du Livre, Bruxelles, 1983

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Le boîtier Lobidel



Pourquoi ce boîtier a-t-il été inclus dans la planche 14 ? pure spéculation, d'accord, mais peut-être début de piste.
Dimension : 95 x 65 mm, il est conservé au musée des Arts et Traditions Populaires

Premier élément intéressant : ce boîtier de type français, c'est à dire plat à deux perces, est orné d'un visage sculpté en "haut relief". En cela, il se distingue des autres souches rencontrées sur le territoire, qui utilisent plutôt comme décoration l'étain, les miroirs, la marqueterie, la gravure rehaussée de couleurs, la nacre griffée, etc... Le décor sculpté est donc suffisamment rare pour qu'on se permettre d'établir un rapport avec la cornemuse retrouvée à Escanaffles par Rémy Dubois (2). Ce boîtier est lui aussi sculpté, mais d'une tête de bélier.
Ensuite, d'autres éléments décoratifs (pans, entailles) peuvent être rapprochés de ceux des deux cornemuses hennuyères (Bruxelles M.I. n° 2701 et 2702). Enfin, si la pratique des souches sculptées de têtes animales ou humaines se rencontre fréquemment dans l'iconographie des le XIIIe siècle, c'est surtout dans les anciens Pays-Bas qu'elle s'est le mieux maintenue. (voir au XVIIe siècle les œuvres de Jordaens, De Heem, Rubens et son école, Rickaert III, Teniers, etc...)
Les choses auraient pu en rester là. Or ils se trouve qu'une autre caractéristique de ce boîtier allait coïncider avec un fait régional. Le dos du boîtier porte une inscription gravée au couteau : LOBIDEL.
C'est un pur hasard (3) si nous avons découvert M. et Mme Lobidel à Labuissière (commune aujourd'hui rattachée à Bruay en Artois). Ils sont ébénistes de pères en fils, et ont toujours signé leurs meubles. Originaires de Ablain-Saint Nazaire, petite commune proche de Lens et totalement détruite en 14-18, ils sont très attachés à reconstituer leur arbre généalogique, mais ne disposent que de très rares documents.
Jusque là, rien de bien grave. Mais une enquête sur minitel, faites par Christian Declerck a montré que seule cette petite région du Pas de Calais abrite des Lobidel. Une vérification (décembre 1991) donne 18 adresses. deux exceptions tout de même : un dans le Nord et un dans les Ardennes (à Buzancy). C'est peut -être là qu'il faudrait chercher ?

Patrick Delaval

Post scriptum : Le répertoire des noms de famille du Pas de Calais, réalisé à partir du recensement de 1820 donne pour Lobidel quatre communes : Eleu dit Leauwette (6 Lobidel), Avion (7), Béthune (1) et Hulluch (3). Une rapide enquête à Avion et Hulluch nous a confirmé la présence de familles Lobidel depuis la fin du XVIIe siècle. Tous sont cultivateurs, ce qui nous fait supposer que le signataire du boîtier pourrait être plutôt le musicien que le facteur.

Christian Declerck

(2) Escanaffles est situé à mi-chemin de Tourcoing et Renaix, mais cette cornemuse était jouée à Popuelles. Voir Boone, page 103, note 128
(3) Stopé à un feu rouge, j'ai simplement levé les yeux sur leur enseigne.

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J'ajoute cette notice parue dans le catalogue de l'exposition L'instrument de musique populaire, usages et symbole, publié en 1980. Exposition se tenait au Musée national des arts et traditions populaires du 28 novembre 1980 au 19 avril 1981.





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Quelques définitions extraites de : Les instruments de musique populaire en Belgique et aux Pays-Bas

LA CORNEMUSE par Hubert BOONE édition La Renaissance du Livre (1983) 
 

 
[Nota : il s'agit de terminologie, c'est à dire simplement la localisation géographique des mots désignant une cornemuse. En règle générale on ne connaît pas la forme de ces instruments sauf pour la MUCHOSA dont il existe des exemplaires au musée de Bruxelles]


CORNEFOU
Ce vocable se rencontre sporadiquement dans les régions frontalières, notamment aux environs de Lille, nous avons noté Cornefou auprès de personnes âgées de Bondues et de Wambrechies ainsi qu'à Lille, dans le quartier populaire de Saint-Sauveur.

MUCHOSA (= muse au sac)
Des dénominations de ce type ont été notées en divers endroits du Hainaut, particulièrement à l'est de l'Escaut : Saint-Sauveur, Wattripont, Anserœul, Escanaffles, Pottes, Arc-Ainières, Velaines, Mourcourt, Forest, Cordes, Popuelles, Kain, Mont-Saint-Aubert et Montrœul-au-Bois. On trouve très souvent, en un même lieu, des variantes de prononciation comme muchosac, muzosa ou muzosac (1). A Dergnau, on a même entendu moujosac et Ellezelles, muchasac..
Plus loin, vers Tournai et surtout  l'ouest de l'Escaut, la terminaison en "c" disparaît : -sac devient -sa, et le "ch" picard cède définitivement la place au "z" français : mucho- devient muzo-; C'est le cas notamment dans les localités de Pecq, Ramegnies-Chin, Blandain, Orcq et Tournai (2).

MUCHAFOU
L'aire de diffusion de ce terme se situe principalement dans le triangle Renaix-Leuze-Ath. Nous l'avons noté à Buissenal, Moustier, Frasnes-les-Buissenal, Grandmetz, Mainvault, Oeudeghien et Ostiches (3). En Dehors de cette région, d'ailleurs bien délimitées, muchafou a encore été rencontré à Péruwelz, Bon-Secours et, Curieusement, à Nasst et à Roeulx près de Soignies (4). On entend aussi parfois la variante MOUCHAFOU.
Le deuxième élément du terme doit correspondre au latin follis (sac ou soufflet). L'ancien français fol peut aussi désigner un instrument de musique.

PIJPZAK - SACKPIPE - PIP'SAC
[J'extrais du texte ce qui concerne notre région]:
Quelques auteurs font remarquer que, dans la région liégeoise, les vocables du type pip'sac seraient empruntés aux régions de langue néerlandaise ou allemande avoisinantes.  C'est bien possible, mais nécessairement vrai. en effet, dans la région de Boulogne-sur-Mer et en d'autres endroits des régions de dialecte picard, on a noté le terme de PIPOSSA (=pipe-au-sac) et d'autres variantes. Ceci montre que l'expression appartient aussi en propre à la région de langue française (5).
 
 
(1) : Les termes picards muchosa, muchafou, moujacou et cornefou ont été notés par nous entre 1965 et 1973. Le Musée de la Vie Wallonne organisa, en 1974, une enquête écrite (questionnaire auxiliaire n°16) concernant la cornemuse hennuyère. En ce qui concerne le nom de l'instrument, les quelque 130 correspondants n'ont pu donner aucune réponse. Seul le collaborateur de la commune de Kain signala le terme muso-sa, tandis que Roger Boucart, garde champêtre à Mourcourt et l'un de nos premiers informateurs, écrivait mucho-sac. Il fut également en mesure de fournir des réponses détaillées à d'autres questions ; sa lettre au Musée de la vie Wallonne fut publiée intégralement dans : Monographie du village de Mourcourt, A. JUBARU,  1975. [voir ci-dessous]
Le terme muzosa se trouvera encore cité plus tard dans le poème I va v'nir in oiseau de l'écrivain dialectal tournaisien Paul Mahieu (1979). L'auteur a entendu ce mot employé par sa mère, originaire de Hollain (Brunehaut) près d'Antoing.
(2) : On a noté muzosa à Gondecourt près de Lille (cf. Cochet, le Patois de Gondecourt, 1933). Dans les environs d'Escaupont, toujours en France, notre correspondant André Lévêque a pu noter muzosa et muzo'so.
(3) : On rencontre aussi dans certains de ces endroits, des variantes du type MUCHOSA.
(4) : Ceci pourrait indiquer que l'aire linguistique du terme MUCHAFOU était, à l'origine, beaucoup plus étendue.
(5): Deseille, Curiosités de l'histoire du pays boulonnais ,1884 (pipossa) ; - Debrie, Lexique picard du berger, 1977 (pipe o so) ; - L. Tétu, Glossaire du parler de Berck, 1981 (piposo)

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MUCHOSAC - MOEZEL/MUZEL/MUISJOSAK

L'an dernier, le Musée de la Vie Wallonne demanda à Monsieur Roger BOUCART s'il voulait réunir une documentation sur les "joueurs de cornemuse". Voilà sa réponse, datée du 21 juillet 1974. "Les souvenirs que les doyens d'âge de notre commune, auprès des quels nous nous sommes renseignés, gardent encore des anciens joueurs de cornemuse à Mourcourt, sont vagues et imprécis. Ceux-ci ayant pour ainsi dire totalement disparus en début de ce siècle, les derniers cornemuseurs furent rencontrés quelques années avant la grande tourmente de 1914-1918.
Cette cornemuse artisanale appelée chez nous MUCHO-SAC, était l'instrument préféré des ménestrels, des troubadours émules des derniers trouvères d'antan qui, en certaine période de l'année, principalement à l'approche des fêtes (les Rois, de la Passion, ...) apparaissaient dans nos villages allant de porte en porte, interprétant sur leur instrument des airs le plus souvent de leur composition, récoltant au passage moults pièces de monnaie en guise de récompense.
En principe, leur apparition coïncidait toujours avec une de ces fêtes, qu'ils rappelaient aux habitants des villages qu'ils traversaient. Néanmoins, au vu des renseignements recueillis nous restons convaincu que cet instrument restait l'apanage des nombreux bergers qui à l'époque sillonnaient la région avec leurs troupeaux. Des noms de deux hameaux de la commune rappellent par leur étymologie la présence dans la localité de nombreuses bergeries. "Quiévremont" signifie "Mont aux Chèvres". La plupart de ces bergeries étaient sans doute la propriété des gros censiers du XVIIIe et XIXe siècles. Bailly de Lagny 1716 - de la Motte 1707 - de la Melle etc. Ces fermes existent toujours, les exploitants actuels, que pour la circonstance nous avons rencontrés, n'ont pu nous éclairer davantage, d'aucuns ignorant même la chose.
Par la suite, poussant nos recherches nous avons contacté deux petits-fils de berger : l'un presque octogénaire, toujours désigné sous le sobriquet de "el berger", dont le grand-père décédé en 1901 à l'âge de 84 ans, gardien de moutons toute sa vie, s'était servi de cet instrument. Nous avons pu grâce aux renseignements récoltés faire une synthèse que nous livrons à votre curiosité avec bien entendu toutes les réserves que cela impose.
Comme déjà rappelé, le mucho-sac était l'instrument favori des bergers, que certains plus habiles confectionnaient eux-mêmes. Le sac ou outre, était fait d'une panse de brebis, ce n'était ni du cuir ni du tissus quelconque. Cet organe, une fois enlevé, était gonflé d'air, séché, nettoyé de ses impuretés et assoupli par la suite au moyen de son de céréales (froment) que l'on frottait sur les parois. Ils obtenaient ainsi une peau souple et résistante qu'ils recouvraient ensuite d'une peau de chèvre pour l'embellir. Ce procédé de préparation qui était encore très en usage chez nous avant (la) guerre, peut être retenu, si l'on se rapporte à nos vieux paysans qui gardaient toujours frais leur tabac dans des vessies de porcs traitées de la même façon. Le tuyau qui d'un coté formait l'embouchure et de l'autre était rattaché au sac, d'une longueur de trente centimètres environ, pouvait être en bois ou encore fait à partir d'un os finement travaillé d'une des pattes du mouton. Quant aux anches complétant l'instrument, sans doute en bois, aucune indication précise n'a pu nous être fournie.
Toujours d'après nos petits-fils de berger, leur grand-père (1) jouait du mucho-sac le plus souvent pour se distraire de sa longue solitude que sa profession imposait, quand aussi il se déplaçait avec son troupeau, les airs qu'il interprétait lui permettant de signaler sa présence aux gens des bourgs et hameaux qu'il traversait, de garder le pas, de soutenir sa marche parfois longue quand par nécessité il se voyait obligé de gagner des pâturages très éloignés de son bercail.
L'aîné des deux se souvient très bien, que le retour de son grand-père après plusieurs mois d'absence donnait toujours lieu à une festivité familiale. Retour qui s'effectuait à l'approche des premiers frimas et qui était fêté dans l'allégresse réunissant membres de la famille et amis du berger, qu'au son doux et harmonieux de son mucho-sac faisait danser jusque bien tard.
Il se rappelle aussi, que bambin, entendant au loin son grand-père revenir, accompagné des gosses de son âge il partait à sa recherche, rentrant tous au village la main dans la main, dansant la ronde autour du berger, qui sans doute heureux et fier de sa suite comme il pouvait l'être à l'époque, s'époumonait à jouer de son instrument. En ce temps là, le retour du berger qui représentait un symbole, était un événement cher aux coeurs des villageois.
Il était le plus souvent chaussé de gros sabots en bois de saule, ceux-ci avaient la particularité d'être légers à porter, d'avoir le bout terminé en pointes très effilée, se recourbant sur le dessus en forme de demi-S. Affublé d'un pantalon de drap sombre, résistant et solide, la partie inférieure enserrée au mollet à l'aide de fines lanières de cuir, portant à la bonne saison sarau large, de toile bleue aux bords plissés, remplacé dès les premiers froids par un veston fait de peau de mouton fourré à l'intérieur, disposant toujours d'une longue pélerine lui descendant jusqu'aux chevilles, coiffé d'un chapeau à large bord et équipé de la légendaire houlette.
Il est bien évident et nous tenons à le signaler, que tous les bergers ne jouaient pas du mucho-sac, la pratique de cet instrument restait le privilège de quelques-uns dont le nôtre en particulier qui, en dehors de cette distraction occupait ses loisirs en tricotant bas et chaussettes en laine, confectionnant des débouche-pipes au départ d'os prélevés de la charpente du mouton dont la partie supérieure représentait toujours un animal, soit un mouton, chèvre ou chien, le tout d'une grande finesse d'exécution. Ces objets servaient-ils le cas échéant à l'entretien de son instrument ? On peut le supposer. A partir de ce moment, l'idée que déjà nous nous faisions sur les dons d'artiste de notre berger, allait par la suite de nos recherches, se confirmer.
Au vu des photos du formulaire, le cadet des deux frères, (l'aîné étant atteint de cécité depuis plusieurs années) n'a pu se prononcer, pour le peu de souvenir qu'il en garde, l'une comme l'autre pouvant représenter l'instrument de son grand-père, donnant toutefois une préférence à celle de droite.
Quand à sa destination et ce qu'il en serait advenu, ils sont tous deux formels, c'est l'aîné de ses fils au nombre de quatre, domicilié à l'époque en la commune d'Escanaffles, qui le reçut en souvenir (tradition respectée) étant d'ailleurs le seul à pouvoir jouer de cet instrument. Quoique divisés sur la date, cela nous importait peu, d'autant plus que ce renseignement nous fut par la suite confirmé en contactant un historien âgé de 85 ans, ancien maire de la commune natale du berger, qui d'ailleurs l'avait très bien connu.
Nanti de tous ces renseignements, nous avons alors orienté nos recherches dans la région d'Escanaffles où, celles-ci facilitées par nos fonctions, allaient s'avérer des plus fructueuses, nos nombreuses investigations nous permettant de retrouver les accessoires intacts bien conservés, sauf l'outre tombée en ruine n'ayant pas résisté aux ans et qui avaient composé le mucho-sac du vieux berger. Inutile de vous dire qu'heureux et ravi nous étions. Nous avons retrouvé la partie qui servait d'embouchure (2) ainsi que les deux anches (3), conçues à partir d'une essence de bois que nous croyons être du merisier (très répandu chez nous), une autre partie vu sa teinte pourrait être de l'acacia.
Le tout forme huit pièces, toutes s'emboîtent les unes dans les autres. Deux pour l'embouchure, trois pour chacune des deux anches, la dernière servant sans doute de réserve. L'extrémité évasée en bois d'une des anches formant pavillon est recouverte d'une matière dure osseuse que nous supposons de la corne, la partie supérieure qui s'y emboîte est percée de huit trous, sept sur la face avant, un sur le haut de la face arrière.
La pièce centrale de la anche d'apparat plus volumineuse que les autres, a permis à l'artisan de se développer ses dons d'artiste, en effet l'une des faces représente une église, peut-être celle de son village, l'autre un berger en position debout tenant sa houlette ayant à ses pieds son mouton et son chien, le tout en relief finement sculpté.
Nous avons relevé de nombreuses inscriptions qui, pour nous restent à ce jour autant d'énigmes. Nous vous les livrons. NEA - CALVA - NPIN - SAINT-DRUON (4) - FABNART - ASBOURS - MOURTBRA. Toutes ces lettres sont représentées en pointillé, bien visibles sur la photo marquée d'un X, les plus grandes peuvent atteindre un centimètre de hauteur, d'autres de moitié moindre.
Etant donné que ce travail s'est effectué à l'oeil il se peut que des erreurs se soient glissées dans le relevé, la forme de certaines lettres ayant pour ainsi dire presque disparu. D'après l'aîné, il pourrait s'agir du nom de ses meilleurs chiens, qu'à leur disparition il gravait en souvenir sur les anches. Aucune date n'a pu être relevée. Grâce à la bonne obligeance de notre secrétaire communal, autant chevronné de pellicule que passionné d'histoire, nous avons pu avec l'autorisation du dépositaire en prendre des photos que vous trouverez ci-jointes.
Notre mission touchant à sa fin, le but étant presque atteint nous arrêtons ici notre documentation, espérant que susceptible d'intérêt elle vous aidera dans vos futures recherches que nous vous souhaitons fructueuses.Toutefois nous tenons à vous informer, afin que vous en gardiez la primeur, d'autres musées sont sur la piste, que voici plusieurs années nous avons reçu la visite d'un membre du Musée Royal d'Histoire de Bruxelles (5) venu expressément aux renseignements à ce sujet, qu'il avait grâce aux éléments d'archives consultés, établi que notre région et principalement notre commune, possédaient encore au XIXe et début du XXe siècle de nombreux joueurs de cornemuse, tous bergers qu'au départ des données recueillies, il avait pu reconstruire un de ces rares instruments dont le morceau de sa composition qu'il nous interpréta nous avait ravi et émerveillé, d'aucuns beaucoup plus âgés que nous surpris par cette peu commune musique avaient de suite reconnu les bergers d'antan.

Les plus belles choses en ce monde ayant le pire destin, nous vous quittons ... à regret, ne nous restant plus qu'à vous remercier pour le plaisir immense que ce service nous a procuré, nous permettant de connaître des moments exaltants mais aussi de déception et d'espérance; de revivre en souvenir avec intense émotion une époque où la vie, nous en sommes persuadé, était encore un bien merveilleux voyage. Bonne chance à votre Musée de la Vie Wallonne. Sympathie et amitiés WALLONNES.

Roger BOUCART Garde-Champêtre MOURCOURT.

 (1) : il s'agit de Charles-Louis Lehon, Popuelles, ° 1817 - † 1901. Sa mucho-sac a été retrouvée par Rémi Dubois chez l'arrière petit-fils du berger, monsieur Marcel Lehon, berger à Escanaffles. Elle se trouve maintenant au Musée Instrumental de Bruxelles.
(2) : embouchure, monsieur Boucart a sans doute le chalumeau en vue.
(3) : les anches, à mon avis, il veut dire les bourdons.
(4) : Saint-Druon, le patron des bergers et des bergères, il serait né entre 1102 et 1118 à Carvin-Epinoy. Sa mère étant morte avant d'accoucher, il fallu pratiquer une césarienne le lui sauver. Adolescent, après avoir rompu avec sa famille, il distribué ses biens aux pauvres, Druon quitte son village natal pour Sebourg, où il se réfugie chez Isabeau de Le Daire, là il obtient un emploi de berger. Druon est un compagnon des loups, c'est à dire qu'il est meneur de loups. Il entreprend neuf fois le pèlerinage à Rome. Il meurt le lundi de Pâques, le 16 avril 1186 à Sebourg.
(5) Monsieur Boucart se trompe, il s'agissait sans doute de Hubert Boone du Musée Instrumental de Bruxelles, lors de ses enquêtes dans le nord du Hainaut dans les années '60.