En juillet 1851, un groupe d'artistes itinérants donnent une série de concerts dans les cafés dunkerquois.
Le journal La Dunkerquoise a publié plusieurs articles :
3 juillet 1851 : « Plusieurs artistes viennent d’arriver en notre ville et comptent y donner, non des concerts proprement dits, mais des soirées musicales. Ces artistes sont M. Aggeri qui possède, nous dit-on, une belle voix de baryton et qui, de plus, joue avec un talent tout exceptionnel sur un instrument depuis des siècles passé de mode, la vielle qui, maintenant n’est plus que le partage des enfants de Savoie ; Mme Aggeri qui chante la romance, et M. Pollet qui possède, ajoute-t-on, du talent sur le violon. Une première séance aura lieu ce soir jeudi à 9 h à la société St-Sébastien. »
5 juillet 1851 : « Les artistes étrangers dont nous avons annoncé l’arrivée en notre ville, M. et Mme Aggeri accompagnés de M. Pollet se sont déjà fait entendre au Café Italien et à notre Société St-Sébastien. On nous assure qu’ils ont justifié ce que les journaux de plusieurs localités ont publié de favorable sur leur talent, et que leurs premières soirées ont obtenu un véritable succès. Ils se feront entendre encore demain dimanche au Café Masse, rue des Pierres, à 8 h du soir. »
15 juillet 1851 : « Le concert donné au Jardin National au profit des pauvres par M. et Mme Aggeri et M. Pollet, a été, nous l’avons dit, contrarié par le temps. Il n’a produit net que 52 Fr sur lesquels 37 Fr ont été affectés aux pauvres de Coudekerque-Branche. Il ne restait donc que 15 Fr pour ceux de notre ville, mais M. Aggeri a eu la généreuse pensée de mettre une bourse en Loterie et il a encore recueilli ainsi 20 Fr ce qui lui a permis de déposer à notre mairie 35 Fr en faveur de nos malheureux. »
Ces artistes se sont déjà produits l'année précédente au Haras du Pin, dans l'Orne :
Le journal de l'Orne, 18 juillet 1850
Jean-François Heintzen nous signale leur présence dès 1848 à Toulouse et à Vannes en 1849. Après Dunkerque le couple Aggeri continue ses tournées dans toute la France. En 1852 ils visitent Vichy, Lyon et Paris, en compagnie de MM. Narcisse et Dubouchet, chanteurs comiques. En février 1853 il est à Chambéry où l'on apprend qu'il joue aussi de la vielle organisée, accompagné par M. Carlos Barrachina au tambour de basque, le programme est identique à celui de 1850. Mars 1853, à Annecy au Cercle du Commerce, puis Marseille (1856), au Théâtre de Nîmes (1857) puis à Toulouse, au Grand Café, il termine l'année à Pau, puis à Bordeaux au Théâtre Français. 1858 : il joue au Théâtre de Belleville à Paris, cette même année il commande une vielle neuve à la maison Pajot à Jenzat, sa lettre est très précise : Il faut une vielle de 11 pouces de large table en sapin, couleur vieux, bordure ancienne mais en nacre, pas en fleurs, le clavier double, ressorts pour les touches, la roue moyenne épaisseur, le dessous couleur palissandre, […] charnières en cuivre pour le couvercle de clavier, les petits os qui tiennent les cordes un peu forts, la poignée double coupée en deux, double filet sur les couvercles, pas de mosaïque en bois, tâcher d'empêcher les bruits des touches, le tout pour 80 F, 90 F s'il faut. La vielle est livrée à Avignon en juin 1859. En 1861 il est à Boulogne sur Mer, il écrit à la maison Pajot pour des modifications sur sa vielle Louvet, puis à Moulins en 1862 et puis à Aix en Provence et Grenoble en 1863. En 1864 il est à Bordeaux et Moulins. En février 1865, on apprend qu'il est en Espagne au théâtre de Figueras, à quelques kilomètres de Perpignan. Accompagné de son compatriote le jeune guitariste et chanteur Edouard Bono, âgé de 20 ans, qui décèdera deux ans plus tard à Vichy. Après ce sera Tours et Orléans en mars et Moulins en novembre de la même année. 1868 Chambéry le retrouve en octobre, il est au même programme qu'Eugène Rivals dit l'homme-flûte et chanteur tyrolien et de son ami M. Pollet, le violoniste excentrique qui l'accompagnait à ses débuts. Ensuite je n'ai pas d'autres mentions dans la presse en ligne. Des recherches récentes faites par plusieurs chercheurs italiens, nous apprennent plus sur la personnalité du "1er veilliste de France". Dorénavant on sait qu'il est né en 1819 à Pomaro Monferrato et qu'il meurt à Vichy en 1871. Sur l'acte de décès il y a la mention du nom de Mme Aggeri : Delphine VASTEL, toujours vivante cette année là.
Christian Declerck, décembre 2022
Sources, journaux : La Dunkerquoise, La Gironde, La Concorde du Morbihan, L'Argus et Vert-Vert Réunis, La Gazette de Savoie, l'Echo du Mont Blanc, l'Artiste Méridional, Le Courrier du Gard, Journal de Toulouse, Le Train de Plaisir, Figaro Programme, Le Courrier des Alpes.
Bibliographies : Trad Magazine n°167, Pattes de mouche et rats d'archives, J.-F. Maxou Heintzen, 2016. Joueurs de vielle en France, 1857-1927, Jean François Chassaing, 2014. Musiques discrètes et sociétés, J.-F. Maxou Heintzen, 2007. Les publications sur l'internet de Rinaldo Doro.
Un recueil de chants flamands, avec les commentaires en français, autre que celui d'Edmond de Coussemaker. Chants avec les airs notés et poésies populaires divers recueillis à Bruges par Adolphe Richard LOOTENS et Jean Marie Eusèbe FEYS, publiés en 1879.
source : la réédition de 1990 par K.C. Peeters-Instituut voor Volkskunde
mise à jour le 13/12/2022 : ajout de deux articles à propos du théâtre Lachique
Dans une page précédente, concernant Léopold THOMAS, j'ai mentionné un texte en patois où il décrit une séance de marionnettes à Arras pendant son enfance, dans les années 1870.
La mémoire de Léopold a fait défaut, le père Lachique se nommait MANEUVRE François Joseph, né à Arras en 1803, époux d'Adèle LEQUIEN, cordonnier de son état. Il a eu deux fils prénommé Paul, l'un né en 1834 et mort célibataire en 1895, qui était peut-être aussi marionnettiste et Paul Théodore, né en 1844 et mort en 1912 à Angres. En tout cas, François MANEUVRE était bien domicilié "au numéro quanrant' quatr' dé l'rue des Traus-Visages" comme le mentionne son acte de décès en 1875.
Le Beffroi d'Arras a publié plusieurs articles sur ce théâtre. En 1922, Léopold Thomas en fait le sujet de sa chronique patoisante
source : Gallica
En 1925, Le Beffroi reprend un article publié dans Le Progrès du Pas de Calais du 31 août 1854, qui décrit une séance du théâtre Lachique, signé Henri-Frédéric Degeorge.
source : Gallica
Alain Guillemain et Andrée Ledoux précisent, dans leur livre Marionnettes traditionnelles en Flandre française de langue picarde, que le père de François était également marionnettiste "il jouait lui-même la comédie dans la cave d'une maison de la rue des Bouchers. Il exerçait la profession de couvreur mais l'activité déployée pour sa comédie lui valut le surnom de Lachique car il fabriquait des friandises appelées ''chiques coulantes''. Mais ils ne mentionnent pas leurs sources concernant Arras.
Revue de diverses coutumes et anciens usages de l'arrondissement de St-Omer. Recherches sur leur origine par M. Eudes*, vice-président de la Société des Antiquaires de la Morinie, lue en séance publique le 19 décembre 1836.
Sujets : les habitations ; la veillée ; les dictons ; la bûche de Noël ; les étrennes ; la fête des Rois ; les mariages ; les noces du vieux temps ; carnaval et jours gras ; les bourdis (brandons) ; Pâques ; le Mai ; feu de la St-Jean ; le louage des domestiques ; la moisson ; les assemblées.
Fernand Verstraete est le seul à mentionner cette famille d'accordéonistes dans son indispensable livre De l'accordéon au trombone. Il nous donne des informations inédites recueillies, certainement, auprès de ces musiciens.
source : De l'accordéon au trombone
Vers 1900, arriva à Roubaix, Alexandre Reubrecht, né à Ploesteert (B) [sic, en fait Ploegsteert, mais Alexandre est né à Wulvergem en 1841] […] Les trois fils [François, Léon et Jules] pratiquent l'accordéon diatonique et adhèrent à la célèbre société chez Florimond [Verleyen]. Après quoi, vers 1913, ils passèrent à l'accordéon chromatique.
source : De l'accordéon au trombone
François Reubrecht, qui est le plus doué, interprète des valses de Strauss, de Waldteufel et les airs de 1900. En 1924, François va s'installer à Calais où il ouvre un café-restaurant-dancing [Le Moderne, 22 rue des Thermes]. Et il innove, les cinq musiciens jouent des airs à la commande, les tarifs étant sur chaque table. Une ouverture (opéra ou fantaisie) coûte 0,75 F, une fantaisie sélection 0,30 F, une grande valse 0,50 F, un boston, une sérénade, une polka 0,40 F, un fox trot, un one-step, un paso-doble, une marche 0,30 F. Les musiciens alternent avec un grand orgue de foire.
le café Le Moderne à Calais vers 1925 collection personnelle
Café Le Moderne, quelques années plus tard collection personnelle
François Reubrecht fils, après de sérieuses études musicales, réputé comme pianiste, n'hésitera pas à se tourner vers l'accordéon, interprétant dans un style moderne les succès anglo-américians des années 20. En 1945, il fut nommé professeur de musique et d'accordéon à Calais, puis à Boulogne sur Mer jusqu'à sa retraite, [dans les années 1950-60 il jouait au Portel, dans le dancing l'Alhambra]
Léon Reubrecht, deuxième fils d'Alexandre, s'inscrivit dans la lignée ; il interprétait les morceaux de bravoure de l'époque, tels que Perles de Cristal, Galants Bavardages et autres soli, écrits pour trompette ou flûte. En 1925, il reprit, lui aussi à Calais, près de l'hôtel de ville, un café où l'animation était fournie par un orgue à rouleaux de fabrication britannique. Léon l'accompagnait avec son accordéon et son jazz [voir la machine infernale]. Ce duo insolite attirait la clientèle.
Jules Reubrecht, le benjamin, techniquement moins doué que ses frères, connaissait parfaitement le répertoire populaire : Nuit de Chine, Griserie, Cordioneux[sic]. Instable ou itinérant ? en 1925, il reprit, à Roubaix, l'estaminet Aux Cloches de Corneville, à l'angle des rues d'Arcole et du Fontenoy. Deux ans plus tard, le voilà à Lille, place Casquette. L'année suivante, il s'installe à Petit-Fort-Philippe, près de Gravelines. Enfin, en 1934, Paris le tente. Mais il n'a pas le style musette ; les cachets se faisant rares, il devient vendeur de chansons de rue, son fils Albert l'accompagnant pour pousser la romance. En 1939 la guerre, la guerre mit fin à sa carrière.
Albert Reubrecht, son fils, le dernier Reubrecht, est né au Blanc-Seau, à Tourcoing, le 24 juillet 1920. Sa voix ne répondait pas à ses espoirs d'une carrière de chanteur ; en autodidacte, il se tourna vers l'accordéon sous l'influence des musiques américaines et françaises et il reprend, cette fois comme accordéoniste, la vente de chansons de rue à travers toute la France. Il composa quelques morceaux, mais ne put les transcrire faute d'études musicales. Conseillé par son cousin [par alliance], Adolphe Deprince, il se décida à apprendre le solfège ce qui lui ouvrit, par examens réussis, en 1945, les portes de la SACEM. Humant l'air du temps, il américanisa son nom et signa, désormais, Francis Baxter. Avec André Verschuren, il fonda l'Edition Présence qui sera en contrat avec beaucoup d'accordéonistes du Nord : Deprince, Aimable, Emile Decotty, Edouard Duleu, Maurice Larcange, Jo Lefebvre, V. Marceau, Fred Alban. Et aussi, des compositeurs roubaisiens : Georges Ghestem et le député communiste Florimond Bonte.
Dans son catalogue, des titres sentent bien notre terroir : Les Roubaignos, C'est parti mon ch'timi, Braderie-Polka, Nord-Polka, Le Gros Quinquin. Une de ses chansons, Printemps Avril Carillonne, paroles de Guy Favereau, fut sélectionnée pour représenter la France, en 1961, [chantée par Jean-Paul Mauric] au Concours de l'Eurovision. Elle se classa quatrième.
Charles Vertraete, extrait de De l'accordéon au trombone, 2000
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Dans son énumération, Charles Vertraete oublie de mentionner une fille de François, Adèle Reubrecht, la joueuse de batterie qu'on voit sur les deux photos prises au café Le Moderne. Elle épouse à Calais en 1924 l'accordéoniste qui est à ses côtés, Adolphe Deprince, et devient parolière sous le pseudonyme de Darly.
Informations généalogiques : Pierre Alexandre Reubrecht, le grand-père, né à Wulvergem le 13 juillet 1841, scieur de long, puis affuteur de scies, s'établit d'abord à Armentières en 1887, puis habite à Warneton en 1889, Nieppe en 1890, retourne à Ploegsteert en 1892 et enfin à Roubaix en 1906. Il épouse Idalie Pauline Dekeirel à Ploegsteert en 1883 et meurt à Calais, 34 rue Royale le 27 novembre 1923.
François Alexis, né à Ploegsteert le 19 mars 1884, épouse à Roubaix le 7 juin 1904, Maria Clémentine Poignie, il exerce les professions de voilier, cabaretier, hôtelier à Calais pour terminer comme marchand de poissons à Guines, rue Georges Clémenceau. Son épouse meurt à Landrethun-le-Nord le 11 juillet 1969. Ils ont quatre enfants, François Pierre (voir plus haut) né à Roubaix le 29 octobre 1904, décédé à Condette le 16 octobre 1973, Adèle Clémentine née à Roubaix le 12 janvier 1906, décédée le 12 janvier 1976 à Montreuil-sous-Bois (voir ci-dessus). et deux autres filles, Florence et Angèle qui n'ont pas d'activité musicale à ma connaissance.
Léon Pierre est né à Armentières le 6 février 1887, il est mort à Calais le 13 janvier 1969. Il est domicilié à Armentières 182 rue de Fontenoy en 1906, il est apprêteur, en 1925 à Calais et en 1931 à Calais 2 rue Paul Bert, il est cafetier. Pas d'union connue.
Sur Jules Alexis Reubrecht, né à Ploegsteert le 27 décembre 1892, mort à Draveil le 30 juillet 1972, époux de Clemence Vermeire (1890-1952), je n'ai pas plus d'information que Charles Verstraete (voir plus haut).
Louis VERMESSE est né à Lille le 6 septembre 1837. Ses parents tenaient une boutique d’épicerie* et de liquides dans un quartier habité, en grande partie, par des ouvriers parlant habituellement le patois de Lille. Enfant, il était employé à ce petit commerce. Cette circonstance a, sans nul doute, contribué puissamment à faire de Vermesse un écrivain, un lexicographe. Il était d’un caractère peu ouvert, craintif même, mais observateur. Il écoutait beaucoup, parlait peu et puisait dans les conversations de ses clients de précieux matériaux pour la composition de l’ouvrage auquel il a consacré plus tard plusieurs années de travail. Peu à peu, il se fit connaître par des articles insérés dans les journaux du Nord de la France et de la Belgique, et dans lesquels il s’occupait des mœurs et du langage du pays. Il écrivit aussi nombre de comptes-rendus de concerts et de concours de musique et fut, pendant quelque temps, le correspondant de plusieurs journaux de Paris, notamment de L'Orphéon et de la France Chorale. Il a publié à l’âge de dix-sept ans, une petite brochure devenue rare et intitulée : L’amusement d’un Lillois. C’était une collection d’articles traitant des coutumes de l’ouvrier de Lille, de ses fêtes, de ses chansons, de son idiome. Sa Lettre sur le Patois, qui a eu un certain succès, prouva qu’il connaissait à fond le vieux langage lillois. Il composa, en outre, une biographie complète du chansonnier populaire de Lille, connu sous le sobriquet de Brûle-Maison. Cet opuscule est fort intéressant, mais ce qui, surtout, le rend curieux, c’est que l’auteur établit que tous les écrivains qui se sont occupés du vieux trouvère l’ont, par erreur, appelé de Cottignies ou Decottignies, alors qu’il résulte de ses actes de baptême et de mariage que son vrai nom est : Cotigny. Il paraît que cette erreur a été primitivement faite par André-Joseph Panckoucke, célèbre imprimeur qui, sous le pseudonyme de Platiau, publia, en 1745, un poème héroïque en vers burlesques sur la bataille de Fontenoy, et dans lequel il a donné des notes biographiques sur Brûle-Maison.Le Vocabulaire du Patois Lillois parut en 1861. […]
* Je n'ai pas trouvé de mention de la profession d'épicier de ses parents. Son père, Jean Baptiste (1794-1857) est brigadier chef de la police à son décès, sa mère, Henriette Flore Joseph Debachy (1809-1848) n'a pas de profession déclarée. Ils sont domiciliés rue Saint Genois ; c'est dans cette rue qu'est né Louis et c'est au n°13 de la même rue qu'il est mort, il est alors marchand de lingerie. Il épouse Angélique Joseph Morelle à Ronchin le 9 février 1859, il déclare la profession de commis, sans précision.