jeudi 25 juillet 2013

Christophe Declercq, 1956-2013


Mon ami, notre ami Christophe Declercq nous a quitté le 24 juillet 2013. 

© Photo Nadège Fagoo


Depuis un peu plus d’un an, il se battait contre la maladie, le cancer. Avec courage et détermination,  lui qui était médecin épidémiologiste il savait à qui il avait affaire, il a mené ce combat, forçant l’admiration de ceux qui savaient...

Sachant que le temps lui était compté, Il a mené à bien la conception et l’enregistrement d’un projet personnel de disque de violon avec Margaux Liénard : “Histoires de violon” qui  restera la trace tangible du superbe violoneux de tradition orale qu’il est. J’ai du mal à parler de lui au passé...

On s’est rencontrés sur les bancs du lycée Jean Perrin à Lambersart et nous avons commencé ensemble à jouer de la musique trad, lui à l’épinette, puis à la vielle à roue et moi à la guitare, et très vite tous les deux au violon,  au début de nos années de fac. C’est cet instrument, le violon,  qui a forgé sa réputation de musicien d’exception.

Nous avons appris ensemble le jeu de violon traditionnel, à une époque où il était impossible de trouver des informateurs/formateurs dans notre région, et je me souviens de notre enthousiasme à découvrir le style et le répertoire des violoneux sur les premiers collectages et enregistrements disponibles sur disque (vinyls, forcément) : Aimé Bozier, les Shetland fiddlers, les violoneux corréziens, les frères Balfa, et plus près de nous, en Wallonie, Constant Charneux et Henry Schmitz...

Evoquer Christophe, c’est évoquer forcément “l’histoire” du renouveau de la musique traditionnelle dans notre région du Nord depuis les années 1970... Il a été à l’origine de Mabidon, de  la maison de danse de Fives,  du Quatuor Fanfare, Mouchafou, le duo Declercq-Lenoir, Envoyez les violons, le duo Declercq-Liénard... Sa présence aux sessions folk (Le Biplan, Les Damoiselles, et bien d’autres où on le croisait régulièrement...) était un gage de soirée réussie dans l’échange et la convivialité de la musique trad. 

J’en oublie sans doute, tant était grande sa générosité de musicien, sans compter ses nombreuses contributions à des enregistrements discographiques. Sa renommée et son style de violon ont été appréciés en dehors de notre région , et on l’a vu jouer avec Jean François  Vrod, Michel Esbelin, et bien d’autres ...

Sa passion du violon, il l’a partagée par l’animation de stages, d’ateliers et il a été longtemps l’animateur de l’atelier violon de la Piposa à Sailly sur la Lys. Il a toujours eu la volonté de transmettre et nombreux sont les jeunes musiciens de la région qui lui sont redevables de son compagnonnage.

Le petit monde de la musique tradonordiste qui lui doit tant est en deuil, et la seule façon de faire vivre sa mémoire est de continuer à jouer “les airs de Christophe” , lui qui fut aussi un formidable créateur de mélodies d’inspiration traditionnelle, dont on peut retrouver certaines dans son disque “histoire de violon”. J’en citerais deux qui me semblent particulièrement  belles et de circonstance : “Adieu les gens” et “Eternel retour”.

Salut l’artiste, tu vas nous manquer énormément... 

Jean Jacques Révillion





photo C.D.
à la Maison de danse de Fives avec ses amis du groupe Mabidon :
Michel Lebreton (flûte) et Didier Demarcq (accordéon diatonique)



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Discographie



- Le Point du Jour, Quatuor Fanfare, 1986
- C'est les Vacances, Jean-François Vrod, 1987 (Song for Gustave / Mazurka à Perrier-Mazurka à Catablanc / Piou blanc)
- Chants des populations maritimes des côtes de Flandre, Blootland, 1987/1993 (Reys Naer Island)
- Voyages, Jean-François Vrod (Song for Gustave / Piou blanc), 1994
- Traditional and authentic music of France, avec Mabidon, 1998 (hors commerce)
- Rue du fief, La Piposa, 1999
- Elève toi donc belle, Jean Jacques Révillion, 2005
- Mouchafou, 2008
- Germaine, Shillelagh, 2009 (Les Beaux Jours, Pieternelle)
- Un artiste, un instrument, Le violon, Gabriel Lenoir, 2012 (Tjanne/Driekoningenlied, La Saint Glinglin/La Juchée Haute, Avant le Matin)
- Histoire de violon, 2013
et tout ce qu'il y a sur ce blog


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Vidéos



Un extrait d'une répétition du Quatuor Fanfare en 1984
- une valse du répertoire de François Joseph Jamin, solo de Christophe
- branle de Claude Gervaise, solo de Christophe
- la bourrée de Nanot du répertoire de Michel Meilhac, solo de Christophe
- branle de Bourgogne de Claude Gervaise, par le groupe





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avec Margaux Liénard : Concert d'Histoires de Violons à l'estaminet "Des mots à la bouche"
à Saint Sylvestre Cappel le 29 mars 2013





vendredi 5 juillet 2013

Vielleux flamand

En continuant d'explorer les bases de données de Geneanet, j'ai rencontré Charles ADAM, joueur de vielle, à Herzeele au début du XIXe siècle.





Charles Louis Winoc ADAM est né à Herzeele le 16 avril 1805, il est le fils de Pierre Jean Cornil, né à Bissezeele  en 1770, journalier et aussi musicien (à son décès en 1834) et Barbe SACKEBANT, née à Herzeele. En 1833 il épouse Barbe Victoire Reine PLOYAERT, née à Winnezeele. Ils ont une douzaine d'enfants, qui naissent tous à Herzeele. Sur l'acte de baptême des trois premiers, sa profession de joueur de vielle est clairement indiquée, ensuite il se déclare journalier.




merci à Bruno Danzin (bdanzin)



À Dunkerque 

J'ai relevé la présence de joueurs de vielle ambulants : Antoine REMOND lors du décès de sa fille Marie Catherine le 11 mars 1764 et le jeune Antoine Joseph TONNET, né vers 1771 à Visé, près de Liège, qui fait un séjour à l'hôpital en 1785.
En 1789, un musicien fait cette demande au Magistrat de Dunkerque :  Messieurs les bourgmaistres et échevins de la ville et territoire de Dunkerque — Supplie très respectueusement Joseph Léonard, qu’il ait l’honneur, de vous représenter très humblement qu’il vous plaisent Messieurs vouloir bien lui accorder la libre permission de jouer de sa vielle organisée dans les rues et chez les personnes qui le demanderont. Le suppliant Messieurs n’a d’autre volonté que les votres et se conformera en tout point aux ordres qu’il plaisra au siège lui precrire et promet de n’en point enfreindre. Il ose tout attendre de votre équité et ne cessera de former des vœux pour la conservation de vos jours. Quoi faisant ferer justice. Nous disons que ce que le suppliant demande ne peut lui être accordé. Signé DE MAN.



Un faiseur de vielle, François DUMORTIER, originaire de Bondues, est domicilié à Dunkerque entre 1760 et 1769. Dans les registres de capitation il se déclare successivement journalier (1760 et 1765), faiseur de vielle (1766, 67, 68) et marchand de vielle en 1769. Il est l'époux de Catherine VILLET, née à Liège, paroisse Saint Christophe.

Christian Declerck

sources : archives du Nord et Archives municipales de Dunkerque

mercredi 26 juin 2013

Cornemuseux picards


Quelques personnages découverts au hasard de recherches généalogiques sur le site Geneanet






La famille BOUCHER de Talmas dans la Somme

source : 1740

Antoine BOUCHER y décède le 12 avril 1740, il est qualifié de joueur de cornemuse, il est l’époux de Marguerite BOUCHER. Il est présent au mariage de son fils en 1738, déjà qualifié de joueur de cornemuse


source : 1738

L'un de ses fils, Henry, joueur de violon et manouvrier, est né à Talmas le 3 janvier 1712, il y décéde le 24 juillet 1778, il a épousé Françoise ANDRIEUX le 22 octobre 1733, leur fils Joseph, né le 17 juin 1739, est aussi joueur de violon, ainsi que son petit-fils Joseph né le 24 mars 1773. Michel BOUCHER (né le 11 mai 1741) fils d’Henri, est aussi joueur de violon et son fils Firmin également, celui-ci se marie à Talmas le 6 septembre 1796. C'est son fils, Firmin Prosper BOUCHEZ né en 1804 que l'on retrouve à Dunkerque en mai 1835 et février 1836, musicien chanteur, il est recensé dans le registre aux déclarations des étrangers de passage à Dunkerque.

Merci à Dider Braun (braunstcyr) et Guy Blanc (blancguy1)
photos publiées avec l'aimable autorisation des archives de la Somme



La famille MUNIER de Saint Sauveur dans l’Oise





 “Le lundy lendemain de Pentecoste troisièsme de Juin 1686 est décédé george Munier agé de soixante ans faiseur de Cornemuses lequel après avoir étté munit des Sacrement de l’Eglise a été le Lendemain mardy inhumez au cimetiere de cette paroisse [en présence] de françois munier son fils aussy cornemuseux et de Sébastien Loyauté maître d’Ecolle qui ont signé et autres”

Réf : microfilm 3E97/1 folio huitième verso, vue 168 source : Archives de l'Oise

François est né vers 1654, il décède le 1er juillet 1686, son frère Jacques, né en 1662 est aussi faiseur de cornemuse.

Merci à Christian Juy (azertyty)


Christian Declerck

sur  la cornemuse en Picardie voir aussi ici

jeudi 7 mars 2013

Recueil de danses, 1887


Collection personnelle

J'avais trouvé ce recueil sur une brocante il y a plus de 25 ans et j'ai toujours cru qu'il venait de la Meuse et avait appartenu à deux propriétaires, l'un vers 1845, puis un autre autour de 1887, dont l'un se nommait Auguste DESOMBRE. Depuis l'internet a bouleversé la méthodologie de recherche et j'ai enfin pu trouver son légitime propriétaire.

Auguste François DESOMBRE est né le 2 juillet 1867 à Boulogne sur Mer (Pas de Calais), d’Auguste (bijoutier) et Emma Elisabeth Françoise DELABRE. Le 12 novembre 1887 il est incorporé au 155e regiment d’infanterie de ligne, où on lui attribue le matricule 1845. On suppose, d'après des mentions sur quelques pages de ce recueil, que son régiment a stationné en mars 1889 à Lérouville dans la Meuse, c'est sans doute pendant ce séjour qu'il écrit ce recueil. Il obtiendra son congès le 23 septembre 1891.

Il a utilisé ce cahier au cours de son passage sous les drapeaux, je ne sais pas s’il était musicien avant son service militaire, ni s’il a continué la musique après son retour. Il est dit tapissier à son mariage à  Boulogne sur Mer le 17 février 1906 avec Marie Cécile Eugénie CAPRON (couturière). Sa fiche matricule indique seulement qu’il sert encore son pays pendant quelques mois durant la Grande Guerre. Il décède à Boulogne sur Mer le 15 janvier 1942, il a 74 ans, il est toujours tapissier, 16 rue Nationale. Je remercie les Archives Municipales de Boulogne sur Mer de m'avoir fourni les copies des actes d'état civil.

Michel Lefèvre a trouvé sur une brocante, dans les années 1990, une série de partitions manuscrites au format "giberne" utilisé par les harmonies, de la Polka des Matelots, avec la mention "A. Desombre, soldat musicien au 155 de ligne, camp de Lérouville (Meuse) 28 novembre 1889". On lui avait dit à l'époque que ce musicien était de la région de Desvres.

Le recueil contient 43 valses, 23 polkas, 18 scottischs, 13 mazurkas et 12 quadrilles. Les numérotations différentes semblent correspondre à un programme de bal – par exemple : schottisch, mazurka, polka, quadrille valse, schottisch, mazurka, polka quadrille – alternant les danses différentes. Il y a deux "programmes" différents, les chiffres gras proposent 33 danses, les chiffres maigres 37 danses. Chaque danse est numérotée et j'ai continué la numérotation à partir de la 48e (nombre encerclé), j'ai aussi numéroté les pages recto en haut à droite, pour la liste ci-dessous.

 Première partie 


1 - Lucie, valse / La Suriquoise, valse
2 - La chevrette, schottisch / La captive, schottisch
3 - Le caporal, mazurka / Folette, mazurka
4 - Marie, schottisch / La tournante, valse
5 - Les cloches de Corneville, valse
6 - La fumante, valse / La berceuse, valse
7 - La barque à Thoral, schottisch
8 - Une nuit sur un banc, quadrille
10 - Séraphina, polka / Laure, polka
11 - L’amazone, valse / Douce amie, valse
12 - Souvenir de l’île, mazurka / La venante, schottisch
13 - La deux valseuses, valse / Les sangsues, valse
14 - Les crevettes, schottisch / Souvenir du 155 de ligne, valse
15 - La bouffonne, schottisch / Le cor du diable, polka
16 - La schottisch, schottisch / Champs fleuris, valse
17 - Simple fleur, valse
18 - Le bord de la Meuse, valse
19 - Dans l’île de Beauté, mazurka
20 - Les parfumeuses, schottisch
21 - Les lilas blancs, polka
22 - Tralaïtra, quadrille
24 - L’électricité, polka / Friponnette, polka
25 - La belle danseuse, valse / La fierté, polka
26 - Le Périgourdin, quadrille
28 - Les violettes, polka / La montagnarde, polka
29 - Petite Clara, valse / L’éveillé, polka
30 - Le sans nom, quadrille
Deuxième partie

32 - Louise, polka / La banqualle, polka
33 - La boiteuse, polka / Pinsonnette, polka
34 - Une pensée pour mes amis, mazurka
35 - Chonchon, polka
36 - Le verre en main, polka
37 - Le tourbillon, valse
38 - Les volontaires, polka
39 - Simplette, valse
40 - Sous les lilas, quadrille
42 - Valse du 155 de ligne, valse / Les fillettes normandes, schottisch
43 - Rose verte, schottisch
44 - Le bal de la Gaité, quadrille
46 - Nariska, schottisch
47 - Charmante, schottisch
48 - La perle, mazurka / Mignonne, valse
49 - Tournez toujours, valse
50 - Au moulin, polka
51 - La paquerette, valse
52 - L'Ardennaise, valse
53 - Fleurette, mazurka
54 - Escadron Polka, polka
55 - Polka des matelots, polka (voir au bas de la page)
56 - Emma, mazurka
57 - La bouquetière, valse
58 - Juliette, polka
59 - Rêve de flamme, mazurka

Troisième partie

61 - La plus jolie, schottisch
62 - Postillon d'amour, schottisch / Parfums des champs, mazurka
64 - Eglantina Blancheteau, schottisch
65 - Les gardes de la reine, valse
66 - Faust, valse
68 - Le refrain de Rosine, mazurka
69 - Dorothée, mazurka
70 - La vigne d'or, schottisch
72 - Mademoiselle Biquette, valse
73 - Rose d'amour, Desblins, valse
74 - Quadrille des chasseurs
76 - Les francs tireurs, quadrille
78 - Un soir d'automne, quadrille
81 - sans titre, valse ?
83 - Rose pompon, valse
84 - Théréza, valse
85 - Rêve de jeunesse, valse
86 - Venise la belle, valse
87 - Tentation, valse
88 - Douce brise, valse
89 - Clarisse, valse
90 - Les bords de l'isle, valse
91 - Oubli et souvenir, valse
92 - Reine des anges, valse
93 - Nita, schottisch
94 - Le fruit défendu, quadrille
96 - Brimborion, quadrille
98 - Le retour au village, quadrille
101 - L'ange d'amour, valse
102 - Belle comme Ninon, mazurka
104 - Fleurs de genet, valse gracieuse
105 - Doux espoir, valse
106 - Les mijaurés, polka
107 - Claris, valse
108 - La jolie Hongroise, valse


Stéphane Thiriat m'a fait parvenir la copie d'une partition format giberne, trouvée par Michel Lefèvre au début des années 1990, dans la région de Desvres, avec le titre Polka des Matelots et la mention du même propriétaire : A. Desombre, Sérouville 28 novembre 1889. 



Le groupe Folklorique de l'AMTPB l'a mise à son répertoire, et l'a enregistrée sur la cassette O lon dé kay, éditée en 1993.




vendredi 15 février 2013

L'air de la chanson des fêtes d'Arras




C’est à l’année 1812 que remonte l’apparition de la première chanson de la fête d’Arras. L’air, devenu si populaire dans notre ville, est tiré de l’opéra la Vestale, de Spontini, chanté pour la première fois le 15 décembre 1807 et qui obtient un grand succès. C’est ce qu’écrit Adolphe de Cardevacques dans Histoire de la musique à Arras en 1885 et qui est repris régulièrement, notamment dans le catalogue de l’exposition Musiques Maestro ! organisée par les archives départementales du Pas de Calais en 2011.

C’était un début de piste. Sur internet on trouve l’intégrale de l’opéra de Spontini, trois heures… j’ai commencé à l’écouter espérant entendre cette fameuse chanson. Il y a de nombreuses mélodies qui rappellent les musiques populaires, de grands airs aussi bien sûr, mais au bout d’une heure et demie j’ai craqué et j’ai fait une recherche via Google et Gallica. Ce fut beaucoup plus rapide. Dans la revue l’Artésienne, de l’association d’appui mutuel des enfants du Pas de Calais résidant à Paris, de juillet 1881, à la page 148 il y a un article de Victor ADVIELLE sur les chansons des fêtes d’Arras qui mentionne aussi la date de 1812 comme première audition et indique que c’était sur l’air V’là c’que c’est qu’d’avoir du cœur.




L
C’est une piste plus précise que celle de Cardevaques. La Clé du Caveau de P. A. Cappelle, nous donne la provenance de ce timbre n° 627 : le compositeur est DAUVERGNE sur les paroles de FAVART. À l’origine le titre était V’là c’que c’est qu’ d'aller au bois, Armand GOUFFÉ a utilisé ce timbre pour sa chanson Le Cœur de Lise, publiée dans : Le Nouveau savant de société en 1825  et il a pris ensuite le titre de V’là c’que c’est qu’ d’avoir du cœur.



Mais pourquoi Cardevacques parlait-il de Spontini et de la Vestale ? là aussi la réponse se trouve à la Bibliothèque Nationale. La Vestale est le titre d’un pot-pourri de DESAUGIERS 


La vestale : pot pourri / par M. Désaugiers



Dont le premier couplet se chante sur le timbre V’là c’que c’est qu’d’aller au bois, d'où vient certainement l'erreur de Cardevacques.

Merci au site du Dictionnaire Maçonnique de m'avoir aiguillé vers Desaugiers.



Un exemple de la chanson des Fêtes d'Arras de 1863, sur l'air du Carillon de midi

Collection personnelle



Les chansons ont servit de matière à la rédaction d'une Histoire d'Arras depuis 1812 à nos jours [1861] disponible sur Gallica

Vous pouvez écouter la chanson sur le disque enregistré par le groupe Marie Grauette en 1978.

Christian Declerck

d'autres feuillets de la Fête d'Arras ici

samedi 29 décembre 2012

Vivat flamand, origines

mise en ligne le 31 décembre 2012
mise à jour le 13 juin 2016
mise à jour le 10 avril 2019


collection personnelle



“Le Vivat dit Flamand n’a aucun rapport avec la Belgique. Les héros du jour (mariés, centenaire, médaillé…) l’écoutent chanté par l’assemblée debout. La personne qu’on honore est assise sous un dais improvisé que ses plus proches voisins font avec une serviette tendue à bout de bras au dessus de sa tête. Jadis un voile blanc était tendu au dessus des époux pendant la bénédiction nuptiale. A la fin un ami verse dessus quelques gouttes de vin blanc ou de champagne en manière d’eau bénite !
Le refrain et les paroles latines viennent selon moi, du Vivat de l’abbé Rose, composé pour le couronnement de Napoléon, en 1804, et devenu vite populaire. L’air fut joué par un régiment de Saxons sur la grand place de Tourcoing en 1816. Les paroles françaises sont de Boissières, maître de musique tourquennois. Le sous chef de musique saxon, Karl Wugk se fixa à Tourcoing en 1819, et fit connaître cet hymne au pays Lillois, encore très souvent chanté”
écrit Fernand Carton dans Récits et Contes populaires des Flandres en 1980. J'ajoute concernant Fernand Carton qu'il a publié en 2007 pour le 10e Forum Culturel, Musique et chants traditionnels en pays de Ferrain, une étude sur le Vivat qui diffère de ce texte plus ancien. Il y recense les nombreuses versions et en arrive aux mêmes conclusions, sauf qu'il écrit Bessière au lieu de Boissière.

La musique semblerait provenir d’une composition de l’abbé Nicolas Roze (et non Rose) qui fut intégrée à la messe du sacre (et non du couronnement) composée par Giovanni Paisiello et Jean François Le Sueur.
On a retrouvé les partitions de cette œuvre, Jean Mongrédien les a restaurées et elle furent interprétées et enregistrées récemment au festival de la Chaise Dieu mais le fameux Vivat n’a, sauf le titre, aucun rapport avec le nôtre. On peut écouter un extrait du Vivat de Roze (c’est le deuxième) ici et même commander la messe entière… l’intégrale du Vivat de Roze est ici.

Exit l’abbé Roze, restent Boissières, maître de musique tourquennois et Karl Wugk, sous-chef de musique saxon. Frédéric Boissière (1), sans "s", fut pendant quelques années maître de chapelle et organiste à l'église Notre-Dame de Tourcoing. Né en 1841 dans la Haute-Vienne, il est appelé vers 1860 dans le Nord où il réside quelques années. Mais vers 1865, attiré par la capitale, il obtient le poste d'organiste devenu vacant à l'église Saint Gervais. Il a composé la musique de nombreuses romances, dont le fameux C'est un oiseau qui vient de France. Il meurt le 18 décembre 1889, victime peut-être de l'épidémie d'influenza. Est-il le compositeur ou l'arrangeur du Vivat ? je possède une partition du Vivat, pas encore flamand, dont l’harmonisation est signée F. Boissière, elle n'est pas datée et la musique n'a aucun rapport avec le Vivat que l'on connait.




L'arrangement de Frédéric Boissière



la version populaire


Il existe aussi une famille Boissière à Roubaix qui descend de Jean Michel, commissaire de police, né à Paris vers 1751. Un de ses fils, Louis César, a écrit de nombreux textes, dont un chœur chanté à Roubaix à l’occasion de l’arrivée de l’Empereur, en 1853, sur une musique de Laurent de Rillé, toujours présent quand il s’agit de chorale. Louis César Boissière (1812-1883) a fait une carrière militaire comme capitaine au 8e régiment de lanciers, à Pont à Mousson. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1859. Il pourrait bien être aussi notre auteur perdu. À moins que ce soit son frère, Achille Victor, très impliqué également dans la vie musicale roubaisienne, puisqu’il est président de la Grande Harmonie de Roubaix au milieu du XIXe siècle.

Une autre source mentionne aussi Charles Wugk :
“N° 11 de la Grande Place, maison Schabannel, anciennement le café de l’Ecu de France. La fille du cafetier épousa en 1819, Charles Wugk chef de musique au détachement des saxons qui occupèrent la ville après Waterloo. C’est là que fut créé le Vivat Flamand chanté dans nos contrées. La musique est d’origine saxonne, les paroles en latin étaient chantées par les soldats et les Tourquennois qui se trouvaient tous les jours sur la Grand Place au moment du concert. Les paroles en français “qu’il vive à jamais, en santé en paix” furent ajoutées plus tard par un auteur inconnu. La ritournelle au carillon de Tourcoing entonne le Vivat à la demi de chaque heure du jour”
Si les rues de Tourcoing m’étaient contées, Jean Christophe, 1978

Carl Wugk est né à Riesa en Saxe, sur son acte de mariage à Tourcoing, en 1818, (il épouse Sophie Vercambre, cabaretière comme sa mère), il est dit musicien au régiment d’infanterie du Prince Maximilien, en garnison dans la ville. En 1819 il succède à Jacques Petit, à la direction de l’harmonie de Tourcoing. En 1821 il prend la direction de la Grande Harmonie de Roubaix.
Carl Gottlieb, dit Charles Théophile, Wugk (1794-1855) a eu quatre enfants, dont trois seront musiciens, le plus connu, Charles Désiré Joseph (1819-1862), devient un pianiste et compositeur réputé, il épouse Louise Sabatié à Lille en 1845, et après plusieurs concerts remarqués par la critique musicale, on le retrouve au Canada, où il a gardé jusqu'à nos jours une certaine renommée sous le nom de Wugk-Sabatier, puis plus simplement Charles W. Sabatier. Son patronyme n’étant pas facile à porter dans un pays anglophone, comme le fait remarquer le New York Tribune, en parlant de sa fille Louisa, cantatrice : elle est née Wugk, mais a le bon goût de se faire appeler Sabatti.

Les partitions connues

Parmi les partitions du Vivat que je possède, deux ont pour titre Vivat Flamand. Une publiée en décembre 1926 dans la Gazette Musicale de France (revue éditée à Tourcoing par la maison Coupleux), harmonisée par César Bourgeois qui situe son origine, comme Desrousseaux dit-il, aux environs du XVIe siècle... et une autre, éditée en 1946, qui est harmonisée par Raymond Robillard (2), directeur du Choral Les XXX de Lille et professeur au Conservatoire de la même ville, dans les années 1930-1940. Il avait publié une première version, en 1938, seulement titrée Vivat.



 
 les mêmes dans le film Le Fraudeur, avec Simons et Line Dariel en 1938
 
 
Une autre harmonisation, sans mention de “flamand”, est signée de Camille Van Den Berghe (3), est datée de 1912 et la quatrième n’est pas harmonisée et porte le titre Vivat, Vivat Semper !, elle est imprimée à Lille chez Camille Robbe (voir l'image en haut de page). Contrairement à ce qu'affirme C. Bourgeois, Alexandre Desrousseaux ne mentionne pas le Vivat Flamand dans son livre Mœurs Populaires de Flandre Française, paru en 1889, de même cette tradition n’est pas évoquée dans Les Chants Populaires Flamands de Charles Edmond de Coussemaker. La plus ancienne mention de Vivat Flamand que l'on peut relever sur le site Gallica est datée de 1902, dans un recueil de la Campagne nationaliste de Jules Lemaitre et Godefroy Cavaignac "Qu'on me permette un souvenir. C'était à Lille. Après la conférence, qui avait eu lieu le soir, un punch était offert aux conférenciers. Les verres venaient de se choquer. Soudain, un Lillois commanda : « Le vivat flamand » Tous se levèrent. […] Alors un chant, grave et ardent à la fois, s'éleva, mêlé de paroles latines et de paroles françaises. Il souhaitait longue vie à ceux qui étaient venus parler de la liberté et de la patrie, et dans la vaste salle, il prenait une extraordinaire sonorité" ; cependant j'ai trouvé sur le site de la Médiathèque de Roubaix une version de Gustave Nadaud datée de 1887 qui a pour titre Vivat Roubaisien :



Un autre arrangement du "Vivat des Flandres" a été composé par Albert Lucien DOYEN (1888-1976), interprété par Ferdinand Bacq, dit Kello, et le Cercle Orphéonique de Roubaix, enregistré dans les années 1960.




Vivat à la une


source : Bibliothèque municipale de Lille


En 1911 le journal L'Echo du Nord publie, à la une, un article sur le Vivat, signé Albert Colleaux. Dans cet article Emile Ratez (directeur du Conservatoire de Lille) suggère qu'il pourrait dater du Moyen Age, Alphonse Capon (professeur de chant au Conservatoire de Lille) penche plutôt pour un toast des psalettes de la fin du XVIe siècle. Hélas ces hypothèses sont données sans source pour les appuyer. Quelques jours plus tard, Jules Watteeuw (1849-1947), le chansonnier tourquennois, répond à cet article en rapportant le témoignage de vieux Tourquennois qui lui "ont assuré qu'ils avaient entendu (le Vivat) dès leur jeunesse, et l'un d'eux m'a donné, jadis, la version suivante : Ce Vivat aurait été importé d'Allemagne en 1816, sous les Alliés, par un corps saxon occupant Tourcoing. […] D'après notre vieux Tourquennois, les Saxons nous auraient transmis le Vivat dont ils ne chantaient que le texte latin. Quant aux paroles françaises, elles auraient été ajoutées à Tourcoing, mais par qui ? Je l'ignore. Cette version a quelque apparence de réalité ; ce Vivat n'était chanté qu'à Roubaix et Tourcoing, et M. Wugk, ayant été chef de musique dans ces deux villes, il est possible que ce soit lui qui l'ait perpétué. […] J'ajouterai que M. Boissières [sic], ex-professeur de musique à Tourcoing, a complètement transformé la psalmodie du vieux Vivat en un chant large et brillant" (voir la vidéo plus haut)
Cet article nous donne l'origine des diverses affirmations qui ont été reprises, avec quelques d'erreurs, par F. Carton, J. Christophe, C. Bourgeois, etc.

La mise en ligne récente de la collection du Grand Echo du Nord par le site Gallica, permet une recherche plein texte très fructueuse. La première mention de vivat, sans majuscule et sans adjectif, apparaît en octobre 1890, à Roubaix : une fête au quartier du Pont Rouge "Mentionnons le vivat chanté en l'honneur de la lauréate, Zélia Liagre, par la commission du Carrousel". La mention suivante concerne toujours Roubaix, le même mois, pour un banquet en présence de Gustave Nadaud, Charles Manso et Alexandre Desrousseaux "Toute l'assemblé a chanté un chaleureux vivat en l'honneur des deux chansonniers du Nord". Ensuite on relève d'autres mentions à Roubaix (1891) Nieppe (1891), Roubaix (1892), Dunkerque, par les médaillés roubaisiens (1899), etc. En décembre 1905 apparaît l'expression vivat flamand, ce chant qui étonne les personnages officiels, d'après le chroniqueur Léon Gobert. En mars 1906 "notre vieux vivat flamand" est chanté en l'honneur de M.  Paul Déroulède. En juin 1906, à Thumesnil, c'est un "Vivat des Flandres, grave et solennel" qui retentit en l'honneur des vainqueurs du concours d'harmonie. La même année, en novembre, un "vivat lillois" est chanté par les anciens élèves de l'école des Arts et Métiers. Le terme "vivat flamand" apparaît plus régulièrement dans les comptes rendus du journal à partir de 1907. J'avoue que je ne suis pas allé au bout des 1.758 mentions de vivat.

une version dans le nom de l'arrangeur,
avec des origines fantaisistes
publiée en 1919 dans Nord Revue (Gallica)


En définitive on ne sait pas, avec certitude, d’où vient cette mélodie et ces paroles mi-française, mi-latine. Il semble que l'origine allemande des paroles en latin est la plus probable, il existe de nombreux chants allemands, notamment d'étudiant qui utilise le latin. Par contre on ne connait pas l'auteur des paroles françaises, mais on peut supposer que c'est aussi F. Boissière. Une chose est certaine, cela n’a rien de flamand, à part d'être chanté en Flandre. Dans les années 1920/30 on le nommait Vivat des Flandres ce qui me semble plus approprié.
Je crois que l'origine locale de ce chant ne fait aucun doute, on ne le retrouve pas au delà qu'un rayon de 100 km autour de Roubaix/Tourcoing. Si ce chant avait une origine populaire ancienne il aurait essaimé dans toute l'Europe, on en aurait trouvé de multiples versions différentes, des adaptions locales, comme c'est le cas pour toutes les chansons de traditions populaires.

Quant à la tradition de la serviette tendue au dessus de la personne honorée, elle est bien utilisée dans le rite catholique comme le mentionne la première source. On le retrouve illustré sur la partition d'un quadrille datée de 1866, Jour de Noces, composé par Edouard Detraux. Une étude détaillée sur l'origine de cette tradition est visible sur ce site. (et dans un commentaire ci-dessous).


collection personnelle



Edouard Detraux (1835-1869) est un commis négociant dunkerquois, compositeur amateur, je ne connais de lui que ce quadrille, édité à Paris, chez Coudray. La lithographie est signée Achille Barbizet, lithographe parisien.

Pour compléter cette page j'ajoute le Vivat de la Jeune France, une version du compositeur malouin Charles DELABRE (1870-1938) dédié à Ernest MARQUIS, président de cette association chorale dunkerquoise de 1928 à 1931, qui devait être publiée, mais qui est restée à l'état de manuscrit.



collection personnelle




Christian Declerck

(1) A sa naissance, le 29 mars 1841 à Aixe sur Vienne, Frédéric Boissière porte les prénoms de Martial Hyppolite Joachim, comme l'atteste son acte de décès au 11e arrondissement de Paris le 18 décembre 1889 et son acte de mariage à Colombes le 30 janvier 1873 avec Anne Marie Julie Bénard. Il est le fils de Martial Boissière, né en 1793 et décédé le 4 octobre 1842 à Aixe, et de Marguerite Chabrol décédée le 6 septembre 1862 à Aixe.

(2) Raymond Fernand Robillard, né à Harnes le 2 novembre 1895.

(3) Augustin Camille Victor Vandenberghe est né à Roubaix le 18 janvier 1863, fils d'Aloïse, dit Louis, et Jeanne Vermeulen, cabaretiers originaires de Rollegem (B). 1er prix d'orgue du Conservatoire de Lille en 1883, il est l'organiste de Saint Maurice à Lille et a joué au mariage du cinéaste Julien Duvivier et Olga Nochimowski le 23 décembre 1926 dans cette église, il est mort à Lille le 19 septembre 1935.



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6 mai 1934, banquet avec Gustave Charpentier

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 Le peintre lillois Philippe Georges Bermyn (1905-1972) a regroupé sur une œuvre de 1958, les cinq évènements familiaux honorés par un Vivat : Les noces d'or, la communion solennelle, le mariage, la décoration, le baptême.




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le président René Coty en visite à Dunkerque (1955)
source : CMUA

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Bierne, 1989, ma filleule Corinne
collection personnelle

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Gravelines, août 2022 : anachronique ? vous avez dit anachronique ?