mardi 2 août 2016

Gloria ! chansons dédiées aux boches



Collection personnelle


Il n'est pas nécessaire de présenter Jules Watteeuw, on peut trouver sur le net de nombreuses pages qui le décrivent. Le chansonnier tourquennois a survécu à trois guerres, mais, comme disait Georges Brassens, celle qu'il préfère c'est celle de 14-18. Du moins je le suppose car il en a fait un livre : Gloria !, chansons et pasquilles dédiées aux boches, publié à compte d'auteur en 1923.
J'en ai extrait les chansons, plusieurs sont en patois.

- Les Déclarations
- Le Commandant
- Les Cochons gris
- L'Risse et l'pain caca, sur l'air du Coulonneux de J. Watteeuw
- Les Quate fers in l'air
- Aux Civils je n'fais pas la Guerre
- Azor, sur l'air de Djustin de J. Watteeuw
- L'Ravillaillement
- Comme ci, comme ça, sur l'air du Tra
- Pauv' petits lapins !, sur l'air de Jules Marin de J. Watteeuw
- Un Officier a dit dans une maison…, sur l'air du Tra
- Le Broutteux chante encore, sur l'air Et, non, non, non, Saint-Louis n'est pas mort






mardi 7 juin 2016

Chants et chansons populaires du Cambrésis

mise à jour le 7 juin 2016 : le 1er volume et des textes complémentaires

Achille Durieux, professeur de dessin et archiviste à Cambrai voit le jour le 7 juillet 1826 sur la place d'Armes, il est le fils de Dominique Hyppolite Guislain, marchand mercier, et Marie Françoise Joseph Watelle. En 1864 il publie un premier volume de chants en collaboration avec Adolphe Martial Bruyelle (1811-1875), receveur des hospices et musicien. Ce premier tome est disponible sur ce site et je vous propose le second, publié en 1868, qu'il rédige seul. Pour la partie musicale il a certainement été aidé par Armance Sophie Aniart, maîtresse de piano, née le 8 mais 1826 qu'il épouse à Cambrai le 4 septembre 1850.

Christian Declerck


L'exemplaire du 1er volume, conservé à la British Library, a été mise en ligne par Google, avec au début les paroles des chansons censurées, imprimées sur un feuillet séparé.




le second volume



Collection personnelle



D'autres textes publiés par Achille Durieux, proposés par la Société d'Emulation de Cambrai ici

jeudi 5 mai 2016

Étudier, interpréter, valoriser les chansons anciennes

Journée d'étude-atelier organisée par Sophie-Anne Leterrier à l'Université d'Artois, avec la collaboration de Brigitte Buffard-Moret, le 28 juin 2016, Maison de la recherche et Maison de l'étudiant, Université d'Artois, Arras.




Dans le cadre du projet Musicarchives, réponse à l'appel à projet 2014 "Pratiques interculturelles dans les processus de patrimonialisation" du Ministère de la Culture et de la Communication : 
Archives de musiques populaires en Nord-Pas-de-Calais
Partenaires : Laboratoire Centre de recherche et d'études Histoire et sociétés (CREHS),université d'Artois • Centre régional des lettres et du livre Nord-Pas de Calais • Archives départementales du Pas-de-Calais
Coordonnatrice scientifique : Sophie-Anne Leterrier, université d'Artois.

Le domaine de la chanson est vaste et divers, segmenté en territoires bien distincts : les termes de « chanson populaire », « folklorique », « traditionnelle », de « chanson française », renvoient chacun à des époques et à des espaces spécifiques. La chanson dite traditionnelle concerne en général des espaces ruraux et des temps anciens, tandis que le « chanson française » désigne un secteur de l’industrie musicale porté, depuis les années 1950, par des auteurs, des compositeurs, et surtout des interprètes populaires au sens des mass-media. Cette segmentation du monde de la chanson résulte de l’évolution des pratiques culturelles : le passage de chansons sur timbre, souvent anonymes, partagées, écrites dans et pour des communautés locales, à des chansons régies par le droit d’auteur, insérées dans des circuits commerciaux, de diffusion beaucoup plus large, portées par des interprètes connus. Mais cette segmentation doit aussi quelques choses aux divisions du savoir en disciplines. 
L’intérêt scientifique pour les chansons comme forme de littérature, d’art ou d’archive, plonge dans le XIXsiècle. Il est d’abord porté par l’enthousiasme « romantique » pour les formes d’art populaire, le « mythe du peuple » en général. L’approche scientifique de l’histoire et des formes des chansons est approfondie depuis la troisième République par des hommes de lettres (Julien Tiersot), des médiévistes, des philologues. Depuis, l’étude des chansons anciennes a été largement renouvelée par l’engagement de nouveaux acteurs : collecteurs, artistes, chercheurs, militants. Le développement des mouvements régionalistes dans les années 1960 et 1970 lui a donné un nouveau souffle.
Certains se sont intéressés aux chansons sous l’angle linguistique (étude des différents dialectes, compréhension historique et ethnographique issue de ces corpus). D’autres ont donné une nouvelle vie à la tradition en composant et en jouant des chansons d’aujourd’hui en dialectes, ou en écrivant des textes contemporains sur des mélodies d’autrefois. Le caractère hybride des chansons (du texte chanté, de la poésie populaire) se prête à ces métamorphoses. Dans certaines régions de France, par exemple en Bretagne, en Occitanie, en Corse, les publications, les interprétations, sont nombreuses ; il existe des ouvrages de référence, des équipes de recherche instituées sur ce sujet. Dans d’autres (notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais), le terrain est encore en friche, et malgré des initiatives dispersées, il reste beaucoup à faire. L’intérêt pour les chansons anciennes engage aujourd’hui des acteurs très variés : des institutions patrimoniales qui gèrent des collections imprimées ou des fonds sonores, des équipes qui valorisent les chansons en les publiant, en les diffusant, en les contextualisant, des chercheurs (littéraires, ethnologues, musicologues, historiens...), des enseignants, des interprètes.

Le but de notre journée d’étude est de confronter ces acteurs, pour partager les expériences, pour procéder à une sorte d’état de lieux mais aussi pour présenter des initiatives nouvelles d’étude, d’analyse comme de valorisation.

Programme :

9H Sophie-Anne Leterrier : Introduction et présentation de la journée

9H30 Marlène Belly : La chanson traditionnelle : définition et passages dans le temps et dans les autres genres via la question des timbres.

10H Claude RibouillaultAnecdotique et daté / universel et intemporel ? Chansons traditionnelles et chansonniers sur l’air de…

10H30 discussion et pause café
11H Michel ColleuTrois siècles de compositions populaires d’un milieu social : les chants décrivant la vie des gens de mer .
11H30 Maxou Heintzen : la fin des complaintes criminelles
12H discussion
12H30-14H pause déjeuner
14H Philippe Martel : Collecteurs du XIXe en territoire occitan
14H30 François Gasnault : Chanson traditionnelle et milieux revivalistes : chronique discontinue d'une appropriation
15H Jean-Pierre Bertrand : Faut-il poursuivre le catalogage des répertoires chansonniers ?
15H30 discussion
16H Hervé Dréan : Histoire d'une collecte (La Roche Bernard, Haute Bretagne 1975-2016)
16H30 Philippe Boulfroy : collecter et interpréter les chansons picardes, l'expérience d'Ach'teure
17H Florence Launay et Françoise de Fanti : le travail du duo Tintorela
17H40 Discussion et conclusions par Brigitte Buffard-Moret


Salle de spectacle – Maison de l’étudiant (rue Raoul François)

18h-19h Audition de chansons en dialecte de Lille, recueillies dans le cadre du projet de recherche
Musicarchives.
Interprètes : Marie-Hélène Boulaire, Vincent Chevallier, Béatrice Coton, Hervé Diéval, Judith Fages,
Bruno Richardot, Marie-Madeleine Vaillant, Jean-Claude Vanfleteren


Entrée libre


*****

samedi 23 avril 2016

La mésaventure d'un joueur d'épinette

Plusieurs villes de Belgique ont mis en ligne la presse ancienne, avec un moteur de recherche, une aubaine pour les chercheurs. Dans le journal Nieuwsblad van Yperen en van het Arrondissement du 10 octobre 1903 j'ai relevé cette histoire curieuse, et sans doute banale, d'une blague faite à un musicien ambulant, probablement étranger, le qualificatif de Savoyard n'étant pas à prendre au premier degré. J'ai demandé à des amis dialectophone de faire la traduction de ce texte. Merci à Antoine Quaghebeur et Edmonde Vanhille, et leurs amis et correspondants de leur aide précieuse. La traduction n'est pas terminée, quelques mots plus rares sont à préciser. voici la transcription intégrale du texte, et la proposition de traduction par Antoine. Tout avis et compléments d'infos sont les bienvenus.






Reusje op loer
Eene avond-serenad te Yper

Historiek ! in goê vlaamsch waar gebeurd !

I.
Marquez le pas !… Un, deus ! .  .  .
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
zoo weergalmde het onlangs door de straten van onze thans zoo woelige stad ! Un, deuss ! un deuss !. Marquez le pas ! En avant … Marsss !!! Marquez !!!…
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
En geestig, leute makend al zingende van ma serre bonne amie… van 't papenras en andere bevallige liedjes, trok een rappe fijne muziekant, aan 't hoofd van eene bende dobbele droeve jongens, eene staminé binnen, waar dat er een selderdjiets schoon blinkend vernikkeld vijffrankstikje boven de deure geplakt stond

II.
De pintjes werden volgetapt en de fijne slimme muziekant haalde van onder zen doomende hokseltjes nog al en redelijke groote dooze uit… en :
— Kamaraadjes ! … sprak hij !… hier heb ik het mêe !!! — Ik ga u, grtis onvergeld voor nieten eene préchtige serenade geven dezen avond ! … Kijkt ne keer hier, wat voor een schoon muziekinstrumentje !!!. Hebt ge er al zulk ééntje gezien ?…
— Ooooooooo !!!!!! was 't geroep !… Oooooooo ! Hoe schoone ! Hoe schoone !!……
En iedereen met eene spottende verbaasdheid stak zen neuzetje bij en, " Wat voor instrumentje is dadde Fré ?. Wat voor een instrumentje is dadde ?
— Dat is… Wachte !… 't mag men verdooie zijn !… maar 'k en kanne de name in 't vlaamsch nie zeggen !… Ze heeten dat in 't Fransoois… èn épinette !!
— En épinette ??!! èn épinette ??!!
— Ja èn épinette !…
— En speelt dat nog schonne, Fré ?…
— Of 't !!! En den domplelare deed een soorte van trouwrink men nen haaksken aan zijn klein kornuitvingertje en scharte, comme ci comme ça, op èn toeveel gekruiste snaren, dat er alle soorten van zoetgevooisde akkoorden uit épinette kwamen !…
En nuzè… zei hij… luistert !…
Wat dat er daar uitkwam, 't is ongelooflijk !… ma serre bonne amie… den kletskop ! 't ongedierte der papen… dieven… gezworen kamaraden… enfin, eene afwisseling van al de properste dingen uit den antialcolistiko liberalo-Radicalamica-socialistikooschen hutsepot-Repertorium !…

III.
Ja maar ! dat tjiktjaktinktinkmuziek begon echter een geheel kleen béétje de achtbare sochieteit van de toehoorders uitermate te vervelen !… Kinders, 't is geweten, zijn nogal voor een gaheel klein veranderingsken.
— Toe !… vezelde er daar een aan de oore van nen anderen !… Toe !… Willen we ne keer dien Savoyard en farce bakken ?…
— Jouw !!!!!!! Jouw !!!!
— Ewè pakt daar ne keer stilletjes zen instrumentdooze weg !… Maar opgepast en niet gelachen hoor !… a la dousse… sur le pouce !!… dat hij 't nie geware en worde !!!
Zoo gezeid, zoo deaan !… De muziekdooze, als bij tooverslag verween en… achter tien minuten lag ze weere op heur plaatse !……

IV.
Tijd van komen en tijd vau scheên, zei onzen troubadour… en hij stond op, dronk zen pinte geuzenlabic uit, vergaarde zen accabiliën t' hoope en trok zen dooze open om er zen épinette wèèr in te steken !… Marquez !!! Potvermillekatchoe !!!!!! O 't afschuwelijk verschijnsel !!!!…
Raad eens wat onzen Savoyard voor zijne verbisterde en wagenwijd openstaande kabeljauwsoogen ontwaardde !…
— Raadt eens ?… JaRaadt eens ?…
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
Waar cat épinette noest logèèren, hadden épinards de plaatse ingenomen !!!… Ja !… de schoonste welriekenste épinard kladdeyster dat er ooit van zen leven op den aardbodem van onze stoffelikje en vergankelijke wereld te voorschijne kwam !!!…

V.
En nu ? on 't eindigen, Reusje, zult ge zeggen !… Om dat potje van nu voort gedaekt te laten… Hoe liepen de zaken af ?… Ja ! Hoe da ze afliepen ? ge ziet dat van hier !!!… stampen, smijten, slaan !! deuren open en toe… nog ne keer toe en open !! Muziekant, dooze, kladdeyster, epinette en heel den hutseklutste buiten !!!…

VI.
En als ge nu nog daarbij wilt weten hoe dat den fameuzen kladdeyster aan zen dood gerocht vraag het ne keer aan de fransche nunnetjes !……

Reusje

*
* *
Maar Reusje en is nog 't lachen niet moe
Het lachen niet moe,
'T en doe ! 't en doe
Keerewijsom, Reusje, Reusje,

Keerewijsom, Reusje kom !



**************



Libre traduction inspirée du texte « Reusje op loer »


Reusje à l’affut
Une sérénade du soir à Ypres
Historique ! En bon flamand, c’est vraiment arrivé !
I.
« Marquez le pas !... Un, deuss !.... »
Voilà ce qui résonnait, il y a peu de temps dans les rues de notre ville animée.
« !... Un, deuss !.. !... Un, deuss !.... .. Marquez le pas ! En avant !... Marss !!! Marquez !!!! »
Une joyeuse et gaie agitation faisant résonner « Ma serre bonne amie… , L’internationale et autres chansons adaptées à la situation, attira un alerte et bon musicien dans un estaminet dont l’enseigne au linteau de la porte n’était autre qu’une rutilante pièce de cinq francs et où s’éclatait une bande de joyeux lurons par très catholiques. 

II
Les pintes de bières furent remplies et notre alerte musicien tira du dessous de son siège une boîte d’une assez belle taille et criant il dit :
- « . Camarades, vous ne devinerez jamais ce que j’ai ici dedans ! Je vais vous donner, gratuitement, pour pas un sou, ce soir, une merveilleuse sérénade ! Regardez donc ici, quel merveilleux instrument de musique !!!!... En avez-vous déjà vu un comme ça ? « .
- « Ooooooo ! s’exclamèrent –ils. Ooooooo ! Qu’est-ce qu’il est beau ! Ooooooo ! qu’est-ce qu’il est beau ! »
Et chacun l’air hilare et moqueur de s’enquérir
- « Mais c’est quoi ce bel instrument « Fré » ? C’est quoi ce bel instrument ? »
- « C’est…. Attendez euh, quelle honte, mais je ne sais plus dire son nom en flamand. Ils appellent ça en « françois » une épinette ».
- « Une épinette !!!! Une épinette !?!?!? »
- « Oui une épinette ».
- « Est-ce que ça joue encore bien ça, Fré ? »
- « Eh bien, !!! « Et ce naïf mit une espèce d’alliance avec une excroissance à son petit doigt et gratta, « comme ci, comme ça » sur les cordes tendues comme un élastique pour en tirer toute sorte d’accords mélodieux et doux.
- « Et maintenant bien écouter ! « dit-il.
Ce qui sortit de cet instrument est tout bonnement incroyable ! .. Ma serre bonne amie, une torture, une bouillie infâme, voleur.., adieu chers camarades…. Enfin, un aperçu des meilleures choses tout droit sorties du brouet musical « Antialcolo, libéralo-radicalo-socialistique » !!!!

III
Très bien ! mais cette « tjiktjaktinktink musique » commençait à taper sur les nerfs de l’auditoire. ! chacun le sait, les enfants sont pour le changement ! Donc, 
- « Et si on faisait une farce au savoyard ! « L’idée fit son chemin parmi les fêtards.
- « Ouais, ouais !!!
- « Qui va prendre discrètement et sans rire la boite de l’instrument ? A la Dousse… sur le pouce !!… sans qu’il ne s’en rende compte !!
Aussitôt dit aussitôt fait. La boite à musique disparut comme par enchantement et quelques dix minutes plus tard, elle était de nouveau à sa place, ni vu ni connu je t’embrouille !

IV
« Il y a un temps pour tout » dit notre troubadour s’apprêtant à arrêter le récital. Il termina sa « Gueuze lambic », ramassa son matériel et tira sa boite à musique à lui, l’ouvrit pour y ranger son épinette. Et alors « Marquez !, nom de Dieu ! !!!! Oh ! L’abominable découverte !!!!
- Devinez donc, ce que notre savoyard découvrit hébété de ses yeux de merlan frit.
- Devinez ! Devinez ?.....
Là où l’épinette devait reposer, il y avait un lit d’épinards. Parfaitement, des épinards parmi les plus beaux et les plus malodorants, adroitement disposés comme on n’en a jamais vu de pareils ni sur terre ni même dans un autre monde !!!! 

V
Et alors ? comment finit l’histoire Reusje ? Que l’on puisse de nouveau refermer la boite de Pandorre ! Quelle fin ?
- Ouais, on voit d’ici comment cela a pu se terminer !
Trépigner, jeter, frapper !! claquer les portes, sortir, rentrer !!!! Finalement, le Musicien, son étui, ses épinards, l’épinette et tout le bazar … Dééhooors !

VI
Et maintenant, si vous voulez savoir comment cette bouillie infâme s’est décomposée, eh bien demandez le aux petites sœurs françaises !

Reusje 


Mais Reusje n’est pas encore fatigué de rire,
Fatigué de rire !
Il rit, il rit
Keerewijsom, Reusje, Reusje
Keerewijsom, Reusje est là !

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Autres sites belges de presse en ligne : Belgica et Ostende

samedi 26 mars 2016

Chansons traditionnelles vivantes





Le milieu qui a fait naître la chanson traditionnelle a disparu depuis un siècle, mais le style a survécu et se transmet. En témoigne le travail mené par Dick Annegarn et son association Chansons à écouter qui collectent des chanteurs amateurs. Le résultat est diffusés sur Youtube La Chaîne du verbe. Elle contient de véritables perles.




,






 
dont des chansons en Picard



Dick Annegarn est ces jours ci dans la région de Lille pour quelques collectages

La Voix du Nord 26 mars 2016

lundi 1 février 2016

Jehan Lanvin, musicien de bal en Artois

à Teneur (Pas de Calais)


photo Chantefoire

Article rédigé par Gaby Delassus en décembre 1982, après quelques enquêtes réalisées avec Patrick Delaval, et qui parut d’abord dans la revue créée par Roland Delassus « Le Tambourineur », qui préfigura la naissance de la revue « Trad Magazine ». Tous trois étaient musiciens et membres du « Collectif d’Expression Musicale CHANTEFOIRE ».


C’est pendant l’hiver 1981, au cours d’une enquête consacrée aux « traces d’existence d’une cornemuse régionale en Artois » (recherches d’écrits et de témoignages que nous effectuons Patrick Delaval et moi-même depuis près de deux ans, et dont nous vous rendrons compte un de ces jours ; rassurez-vous, et pour couper court à tout bruit « erronément optimiste », nous n’avons toujours pas retrouvé de bouts de tuyau pouvant être assimilés à la cornemuse).

Alors voilà, un soir au cours d’une visite chez un historien local, nous apprenons l’existence de Monsieur Jehan Lanvin, joueur d’accordéon diatonique. Monsieur Lanvin est né en 1906, il est célibataire et vit avec sa sœur, madame Yvonne Ducrocq.

Il a appris à jouer avec son père (qui jouait également l’accordéon diatonique). Mais aucun d’eux ne connaissait la musique. Jehan le fils, pour sa part, a beaucoup appris à la porte même des bals ; il écoutait puis, rentré chez lui, s’essayait à reproduire, « d’tête », les airs entendus, sur son premier accordéon hérité en 1917 (il a alors 11 ans) de son oncle, qui jouait en duo avec son frère (le père de Jehan).

Un peu plus tard, il achètera pour 150 F un autre accordéon, à Montreuil sur Mer. Puis ce sera l’acquisition en 1934 d’un accordéon « Maugein », de Tulle, reçu par la poste, avec en cadeau la partition de « La chanson des chômeurs » (déjà ?).

Les occasions de jouer étaient surtout les fêtes locales ou des environs (Anvin, Heuchin, etc…) ; mais de temps à autre, Monsieur Lanvin et la famille allait jouer sur les hauteurs, à la sortie du village, pour le plaisir, quand il faisait bon.

« Au carnaval j’ai fait un mariage là, on était à 25 pis on est arrivé à Anvin, j’ai joué la polka-marche et pis j’étais en tête et l’bal était plein, quand qu’i nous ont vu arriver, y a pu personne qui a dansé, on a fait l’tour du bal, on étot 25 à l’queue leu leu hein, et pis là alors ej’ jouais l’scottiche ».

Parmi les airs qu’on peut dater d’entre les deux guerres, et qui étaient très répandus de son « jeune temps » (« Le trompette en bois », « Le 14 juillet à Paris », la chanson « à Bourvil », « La Mère Angot », « Les fraises et les framboises », « Passes la main, tire mon machin », etc…) on trouve également dans le répertoire de Monsieur Lanvin des airs plus anciens qui, d’après lui, remontent au moins à la fin du siècle dernier, car son père les jouait avant lui (polkas, mazurkas, scottiches, le quadrille) et même quelques compositions de lui ou de son père (la valse polonaise, polkas, mazurkas, etc…).

Depuis un an, nous sommes retournés de nombreuses fois rendre visite à nos amis. Patrick a « réajusté » l’accord du Maugein, à la demande de Monsieur Lanvin, en respectant « l’ancien ton » de l’instrument ; nous lui avons fourni des copies des enregistrements ; nous avons dégusté la compote de pommes maison, apprécié « l’tabac d’planteur » et le jambon d’pays.

Samedi 11 décembre 1982, dans le cadre de la réunion à propos du collectage dans le Nord/Pas de calais à Hazebrouck, nous aurons l’occasion de vous présenter Jehan Lanvin dans un documentaire que nous avons réalisé avec l’aide du Syndicat Mixte d’Aménagement du Bas-Pays, de la Direction Départementale du Temps Libre et du Centre Départemental de Documentation Pédagogique du Pas de Calais.

Un peu plus tard, début 1983, une plaquette comportant des commentaires, et des partitions du répertoire de Monsieur Lanvin sera disponible. Ce qui nous semble le plus important dans tout cela, ce n’est pas seulement que des groupes vont pouvoir, s’ils le désirent, faire revivre ces morceaux en les rejouant dans les bals, mais c’est aussi le fait que Monsieur Lanvin se soit remis à jouer régulièrement.

Sa sœur et lui se sont acheté un petit magnétophone et depuis notre dernière visite, Monsieur Lanvin nous a enregistré 5 cassettes d’airs qu’il s’est remémoré. De bons rendez-vous encore en perspective. On vous tiendra au courant, bien entendu.


Gaby Delassus, Patrick Delaval
musiciens et membres
du Collectif d’Expression Musicale Chantefoire





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Jehan Charlemagne Lanvin est né à Teneur le 24 janvier 1906, fils de Félix Lucien (1873-1941) et Jeanne Portemont (1880-1941). Au décès de son oncle François, en 1917, il hérite de son l'accordéon. Jehan décède en 1992, comme l'indique sa tombe qui est au cimetière de Teneur, sa sœur Yvonne est décédée à Campagne les Hesdin le 24 janvier 1998, veuve depuis 1980 d'Alfred Charlemagne Ducrocq.
En complément :
- Un enregistrement de J. Lanvin publié par Traces ici
- Une mazurka jouée par J. Lanvin, interprétée par le groupe Chantefoire ici
- Un article publié dans la revue Tutti ici

Christian Declerck
merci à Alain Basset pour ces données généalogiques