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mercredi 6 mai 2026

Les carillons du Nord/Pas-de-Calais en 1941

 En 1941, André Biébuyck publie une série d'articles dans le Grand Echo du Nord, sur les carillons de la France septentrionale (principalement le Nord et le Pas-de-Calais, mais il y ajoute Saint-Quentin).
Il nous décrit un état des lieux, ajoute un bref historique du carillon et ajoute quelques infos sur les carillonneurs, ce qui est rare, car ces descriptions oublient souvent le musicien.
Les carillons de Saint Amand les Eaux, Seclin, Lille, Arras, Roubaix, Saint Quentin, Béthune, Douai, Avesnes sur Helpe, Bailleul, Cambrai, Calais, Le Cateau, Bourbourg, Dunkerque, Bouchain, Calais et Bergues. 

le carillon de Bourbourg

 Les articles sont rassemblés ICI

jeudi 5 février 2026

La fête des rois en Flandre

mise à jour 25 octobre 2018 : deux photos signée Biebuyck 
mise à jour 16 décembre 2018 : photos de 1951, 1991 et 2009
mise à jour 14 janvier 2019 : deux vidéos
mise à jour 1 novembre 2020 : lien Rois Mages
mise à jour 2 janvier 2021 : Méteren 1947
mise à jour 9 janvier 2025 : à Dunkerque
mise à jour 5 février 2026 : en Flandre, 1978



filmés par Antoine Quaghebeur le 6 janvier 2019 à Saint Jans Cappel





un entretien avec les mêmes Rois et le témoignage de Maria Lapanne
qui a appris la chanson en suivant son père Maurice,
un des rois mages de Saint Jans Cappel, dans les années 1960.


 le fichier son est ICI




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Article paru dans Le Nord Illustré du 15 janvier 1910


"C’est une fête particulièrement populaire dans notre région où, malgré quarante ans de République, on tire encore les rois… Nous disons "malgré quarante ans de République" car sous l’Empire les billets du roi étaient jugés suspects, s’il faut en croire les très curieux "billets de l’Empereur" qu’il nous a été donné de voir récemment dans la collection de M. Pierre Decroix. On goûtera donc ce récit d’une des formes pittoresques sous lesquelles se présente la fête des rois en Flandre. Il est écrit par M. André Biébuyck, fils du distingué maire de Vieux-Berquin, et par conséquent bien placé pour connaître cette région fertile en vieilles coutumes.

Les Rois Mages à Meteren
Elles s’en vont, elles disparaissent, les bonnes vieilles coutumes qui firent la joie de nos pères. Le progrès les chasse, et bientôt elles n’existeront plus même à l’état de souvenir. En certains coins de Flandre pourtant, où la langue française n’a pas encore réussi à s’implanter complètement, il en subsiste quelques unes, derniers vestiges d’une époque moins prosaïque que la nôtre.
L’une d’entre elles se pratique encore annuellement lors de la fête de l’Epiphanie.
Ce jour là, le jour des Rois, s’en vont dans certains villages du canton de Bailleul, des jeunes gens aux costumes inattendus. Tout de blanc habillés, pantalon et chemise constellés d’étoiles de papier multicolores, coiffés d’un chapeau décoré de même et autour duquel pendent des dentelles, ce sont les "Rois Mages" qui s’en vont de porte en porte chanter l’antique complainte de l’Etoile de Bethléem. L’un d’eux tient au bout d’un bâton une roue ornée de fleurs et de rubans, qu’il fait tourner, à la grande joie des gamins qui les accompagnent. On les accueille avec plaisir les "Sterreken", et il n’est pas de maison, où ils ne reçoivent du pain, des gâteaux ou quelques sous. Ce qu’ils racontent, c’est l’histoire de la nativité et de l’arrivée à Bethléem des Mages conduits par l’étoile miraculeuse.

Avec l’étoile arrivèrent trois rois
De terres étrangères, de très loin

La traduction ne pourrait rendre que très imparfaitement la charmante simplicité de cette chanson. Certains couplets sont d’une naïveté délicieuse. Dans la crèche, la Vierge avec l’Enfant Jésus et Saint-Joseph sont mourants de faim alors…

Marie va dans la boulangerie
Achète un petit pain et le partage en trois

Et cela se chante sur un vieil air, composé en même temps que les paroles par quelque Liedzanger inconnu.
 

Aussi la traduction française ne s’adapte-t-elle que très imparfaitement à cette mélodie qu’il faut avoir entendu avec les accentuations rudes et gutturales d’une langue germanique pour en goûter tout le charme étrange.
Combien d’années encore verrons-nous les "Rois Mages" Le français gagne de jour en jour. Le flamand s’en va et avec lui les vieux usages qui y étaient trop intimement liés pour pouvoir vivre sans lui. Si vous voulez voir les "Sterreken" allez à Meteren en Flandre le jour des rois."

Texte et photographie d’André Biébuyck

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J'ajoute ces deux photos signée Biébuyck, parues dans La France à Table, juillet 1951.


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Une autre image, capture d'écran de la télévision, de mauvaise qualité hélas, lors d'une série de diffusion de documents des années 1960 sur la télé régionale France3



les même rois mages que l'on retrouve en situation sur la route de Bailleul, en direction d'un lieu-dit prédestiné

collection Stéphane Verstaevel

Le CNRS a mis en ligne récemment un film réalisé le 6 janvier 1978 par Jean Dominique Lajoux, "en Flandre" sans donner la localisation. Mentionnés : Alphonse Dormieu et Jean-Marie et Christian Plamon. Merci à Agnès qui m'a transmis le lien : ICI
 

J'ajoute ces deux photos extraites du documentaire, non localisées et non datées.
 

  
 
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En 1991, Stéphane Deheegher, Alain et Claude Belpalme, "les derniers rois mages de Flandre flançaise" avaient repris le flambeau en 1985

Le Nouveau Nord, décembre 1991


En 2000, César Storet et ses amis de l'association De Katjebei relancent la tradition autour de Saint Jans Cappel

François, Florent et César
La Voix du Nord 29 décembre 2009


 
toujours présents en 2020
 
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Une étude sur les chant des Rois Mages par Florimond Van Duyse (en néerlandais)

la tradition est aussi présente en Flandre Belge

source

collection personnelle

et à Bruxelles



les trois rois en 1910

cette année pas de quête pour les rois mages
la Voix du Nord, 3/1/2021

 
vu par Simons

 
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C'est aussi le temps de la galette
 
à Dunkerque, deux témoignages :
Jan des Dunes, dans le Nord Maritime du 9 janvier 1922, nous dit que le Koeningkoeke était offert gracieusement par le boulanger à sa clientèle régulière.


autre témoignage dunkerquois : l'arrivée des galettes feuilletées parisiennes en janvier 1922 et leur diffusion grâce à une "femme légère". Merci à Colette pour ce partage



lundi 19 mai 2025

Auguste Taccoen, compositeur "cassellois"

mise en ligne le 5/2/2016 
mise à jour le 30/3/2016 
mise à jour le 24/8/2022
mise à jour le 29/5/2025  : ajout de la bio d'un artiste carolorégien

Pour présenter ce compositeur, donnons la parole à André Biebuyck, qui a rencontré des contemporains de Tac-Coen. Son article publié dans la revue Le Sud, n° 24, du 12 juin 1938, éditée à Ypres, comporte quelques erreurs rectifiées à la fin de cette page.


collection personnelle



Le lundi de Pâques est un grand jour de fête pour Cassel. Les géants, Reuze-Papa et Reuze-Maman, escortés de joyeux masques, parcourent les rues de leur bonne ville, et inlassable, la Musique joue le vieil air du Reuze cet air venu du fond des âges, qu'un vrai flamand ne peut entendre sans tressaillir. Sait-on que ce fut le compositeur Tac-Coen qui harmonisa et compléta l'air populaire primitif ? Il en écrivit les partitions destinées à la Musique Communale qui joua pour la première fois au Carnaval de 1882, l'air du Reuze tel qu'on l'entend aujourd'hui encore.
Tac-Coen, fut à Paris de 1875 à 1891, le compositeur à succès, le Christiné, le VIncent Scotto de l'époque.

Sa vie
Nous allons brièvement raconter sa vie. Le père de Tac-Coen, Constantin Fidèle Armand Taccoen, était Cassellois, issu d'une famille aisée de cultivateurs. En 1840, il épousait Fidélia Rency, dont le père, Francis Rency était fermier et éleveur de l'estaminet de l'Hoflandt, à Hazebrouck. Le jeune ménage s'en alla chercher fortune en ville et reprit à Lille, l'Auberge de la Tête d'Or, qui portait le n° 27 de la Grand'Place. La Tête d'Or était l'une des plus vieilles tavernes de Lille, déjà citée dans les comptes de la ville en 1381. Elle formait, vers la rue Esquermoise, le coin de la rue de Tenremonde qui, élargie, devint la rue Nationale. C'est là que, le 8 novembre 1841, à 5 heures du matin, naquit Auguste Alfred Taccoen. L'enfant fut élevé à Cassel par ses tantes paternelles, Rose et Pélagie, deux vieilles filles qui tenaient une épicerie au numéro 16 de la rue de Lille, devenue rue du Maréchal Foch.
Tout jeune, il s'inscrivit à la musique Communale dont il ne tarda pas à devenir l'un des bons éléments. Son premier professeur fut Louis Martin, qui était alors receveur buraliste. Lorsque Tac-Coen eut 15 ans, ses parents le rappelèrent à Lille. Il fut placé en apprentissage chez un commerçant ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses études musicales, sous la direction de M. Dubaele, l'un des meilleurs professeurs de ce moment.
Quelques années plus tard, le jeune comptable eut l'idée de former une chorale composée des employés de la maison de commerce où il travaillait tant bien que mal. Cette fantaisie n'eut pas l'heur de plaire à son patron qui le pria poliment d'aller exercer ses talents ailleurs. Voilà, à 18 ans, le jeune homme sur le pavé.
Bravement, Tac-Coen, qui ne se sentait aucune disposition pour les affaires, chercha des engagements comme pianiste accompagnateur dans les cafés chantants. Le métier était d'un maigre rapport, et le jeune musicien mangea plus d'une fois de la vache enragée.
Il voyagea au Danemark, en Belgique, en Hollande. Dans ce dernier pays, il fit la connaissance de celle qui devait devenir sa femme, Eugénie Laroche, une jeune fille d'une grande beauté, qui mourut subitement un an à peine après son mariage à Paris, rue de l'Entrepôt, où le jeune ménage était venu se fixer. Tac-Coen se remit à voyager. Après de multiples pérégrinations, il se fixa à Nantes. Il s'y perfectionna dans l'art musical, étudia l'harmonie et se mit alors à écrire les airs qui chantaient en lui.

collection personnelle


Son œuvre
En 1872, le Grand Théâtre de Nantes donnait la première d'un opéra-comique de Tac-Coen : Jean Leduc dont l'action se déroule en Bretagne. En 1875, Tac-Coen venait se fixer définitivement à Paris. Il devait y triompher. Pendant quinze ans, il fut le compositeur à succès. Les paroliers se disputaient l'honneur d'être mis en musique par Taccoen, qui signait alors Tac-Coen, en deux mots, pour transformer un nom pourtant bien flamand.
Le nombre de chansons écrites [composées] par Tac-Coen, de 1875 à 1891, est prodigieux. On en compte plus de trois mille, sans compter plusieurs opérettes. Dans sa production, il aborda les genres les plus variés, en honneur au café-concert à cette époque. En 1870, les chansons patriotiques étaient au goût du jour. Notre auteur sacrifia à cet engoûment. On trouve dans son œuvre : Notre France, Au Drapeau de la France, Ne touchez pas au drapeau, Tenons-nous prêts, L'honneur du soldat (dédié au général Boulanger) et le célèbre Forgeron de la Paix qui eut un succès prodigieux et fut chanté dans tous les villages de France.
Citons aussi des chansonnettes militaires — du Polin d'avant la lettre — Un cuirassier sans sa cuirasse, Mon Tourlourou et La Belle Margoton […] [erreur du compositeur d'imprimerie] […] et dont le refrain est passé dans le répertoire des troupiers qui y ont adopté les paroles les plus… militaires.
Dans les chansons à boire, Versez les trois couleurs fut celle qui fit connaître Tac-Coen, et le lança. Il écrivit encore : Buvons à tous les vins de France, Le refrain du vendangeur, L'esprit du champagne, Le petit Bourguignon, Le vrai Picolo (créé par Paulus), Mon verre est vide (dont les paroles étaient de Jean Richepin) et aussi L'hymne à la bière, La bière de Flandre, paroles de Victor Venelle, directeur du Journal d'Hazebrouck.
Les chansons sentimentales de Tac-Coen sont nombreuses aussi. Il en est d'exquises : On t'attend à la maison, Pauvre Mimi, Le Noël de Jeanne, Bonjour Amour, N'y pensons plus.
Quant aux chansons comiques du compositeur, elles datent terriblement, et ne nous feraient même plus sourire aujourd'hui. Rien ne se démode comme le comique. Citons néanmoins : Le Roi des Gommeux, Pamela s'est pamée là, Koli-Kinkin.

Au pays flamand
Si Tac-coen connut les succès les plus flatteurs à Paris, il était resté dans le fond de son cœur, un vrai Cassellois. Il revenait volontiers dans la ville où s'écoula son enfance et chez ses parents d'Hazebrouck. Le répertoire de Tac-Coen fit fureur à Hazebrouck de 1880 à 1890. On retrouve dans tous les programmes de l'époque, les titres que nous citions plus haut. A l'Orphéon, on joua même plusieurs opérettes du compositeur. A Cassel, en temps de Carnaval, de joyeux masques interprétaient le soir, dans les cafés, de grandes scènes avec parlé, dont on se souvient encore : Les Infirmiers, Le Bataillon des Volontaires en jupons, Les Gamins de Paris.
Tac-Coen ne manquaient jamais de venir "faire le Mardi-Gras" à Cassel. M. Georges Lotthé, l'auteur des Ballades Flamandes qui fut très lié avec le maître, nous a conté en ces termes, cette amusante anecdote qui montre combien Tac-Coen aimait Cassel : "Tac-Coen était féru de la chanson du Reuze. Il en avait brodé les paroles d'une chansonnette : Madelinette est mariée. Il en avait fait coller la ritournelle sur les pupitres des musiciens qu'il dirigeait, en sa qualité de chef d'orchestre d'un grand café-concert de Paris. Un soir, un groupe de ses amis de Cassel, de gais lurons, viennent assister à une de ses soirées. Tac-Coen avertit aussitôt le directeur qu'un incident se produira dans la salle : il le prie de le laisser se dissiper sans intervenir, car il ne sera qu'un attrait de plus pour le public. Et, entre deux numéros, il ordonne à ses musiciens d'attaquer le fameux air du Reuze. Dès les premières mesures nos Cassellois se regardent : ils se lèvent et se mettent aussitôt à entonner leur chanson en flamand, trépignent, gesticulent et dansent comme en plein carnaval. Je vous laisse à penser le succès qu'ils ont obtenu parmi les Parisiens et la joie de Tac-Coen".
M. Georges Lotthé se proposait d'écrire, en collaboration avec le compositeur, une opérette intitulée Jean Bart dont l'apothéose devait être la Rentrée du Reuze aux lueurs des torches de Bengale.
Tac-Coen fut chef d'orchestre successivement à la Scala, à l'Eldorado et à l'Eden Concert. A la fin de l'année 1891, il contractait une mauvaise grippe — l'influenza disait-on alors — et le 8 janvier 1892, il mourrait au premier étage du Café du 4 septembre, au n° 24 de la rue Monge où il habitait.
Dans quelques années, ce sera le centenaire de la naissance de Tac-Coen et le cinquantenaire de sa mort. Cassel n'oubliera pas cet anniversaire et saura le fêter comme il convient. Nous voulons espérer que sa ville d'adoption lui élèvera un monument et organisera un Festival Tac-Coen. Ce sera un hommage mérité rendu à la mémoire du compositeur.

André Biebuyck


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Cet article a été publié initialement dans Le Grand Echo du Nord de la France le 16 avril 1938  avec le portrait ci-contre. Celui en haut de cette page a été publié dans un opuscule consacré aux œuvres du compositeur vers 1900. Il contient également une très courte biographie qui nous apprend que Tac-Coen a bénéficié, à son arrivée à Paris, de l'aide d'Emile Duhem qui l'engagea comme pianiste accompagnateur. Tac-Coen a fait ses débuts de chef d'orchestre aux Folies-Belleville, dirigée par Cassonet. En juin 1878 il quitte son bâton de chef d'orchestre pour tenir un café-brasserie, rue Monge, Au Souvenir de l'Exposition. Le jour de l'inauguration, on sabla joyeusement un apéritif inédit, La Tacconnade [sic]. Il dépose la marque "Taconade de Fresnoy" le 16 décembre 1890 (n°35198) et compose une "Taconade, polka", éditée l'année suivante par A. Patay, dédiée à Gabriel Hertaux (1852-1933) négociant en vins à Neuilly.
J'ai relevé quelques erreurs dans le texte d'A. Biébuyck. Les prénoms déclarés sur l'acte de naissance d'Auguste sont Pierre Joseph Auguste, il est né le 6 mai 1844. Le couple Taccoen/Laroche se marie en 1876 et son épouse, une artiste lyrique née à Luxeuil les Bains, décède neuf ans plus tard.

13 partitions en libre accès sur Gallica ici
Un autre texte d'André Biebuyck ici



collection personnelle


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Il y a une dizaine d'année le musée de Flandre à Cassel avait proposé une exposition consacrée à ce compositeur sous le titre Résonances, hommage à Taccoen. La conservatrice, Sandrine Vézilier, avait brodé autour du sujet en organisant plusieurs manifestations.






Quelques photos : © Christian Declerck


le concert de l'harmonie de Cassel


une partie de l'exposition


l'inauguration guidée par Sandrine Vézilier


l'installation de Daniel Nadaud

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Supplément, sur un artiste méconnu qui interprète Le Forgeron de la Paix de Tac-Coen

VALDOR, chanteur à grande voix, créateur du genre



Il fut difficile de trouver des informations biographiques sur cet artiste. Valdor est un pseudonyme, évidemment, mais j'ai fini par trouver son vrai nom, Cocriamont, prénom Oscar, originaire de Lodelinsart, devenu un quartier de Charleroi. Mais d'Oscar point de trace dans les registres d'état civil. Heureusement il a eu un fils, André, qui se fait remarquer dans la presse, d'abord en réclamant un vélo pour battre un record et ensuite en gagnant ce vélo dans un concours, il en fera son métier comme livreur triporteur. J'apprends par la même occasion qu'André Cocriamont dit VALDOR, est bien le fils de l'artiste lyrique du même nom. La suite fut nettement facilitée et je trouve enfin Emile, dit Oscar, COCRIAMONT, alias VALDOR, né à Lodelinsart le 15 août 1867, fils d'Augustin et Emma SCHMIDT. Souffleur de verre de profession, il réussit à sortir de son milieu social par le chant. Il obtient un premier contrat de chanteur en 1895, il chante à Troyes sous son patronyme de naissance. Puis il tente sa chance à Paris aux Ambassadeurs, puis au Trocadero, il est remarqué par MASSON et FAURE (peut-être le professeur du Conservatoire) qui le prend sous son aile. Il entre ensuite au théâtre de Gand en 1903, puis à La Haye, Lyon, Bruxelles. Il part au Brésil au théâtre de Manaos où il est le premier à chanter en français le Trouvère, Guillaume Tell, L'Africaine et la Favorite. Il revient à Alger, où il crée le rôle principal dans Thérèse de Massenet, il obtient un énorme succès, puis il passe par Nice, et enfin la consécration comme grand baryton au théâtre de la Gaîté Lyrique à Paris. Il épouse à Paris en 1905 Alice MOUSSIN (1883-1960), naturalisé en 1928, il est mort à Paris le 2 septembre 1930, dans son domicile 34 rue Ordener. Son fils, né en 1903 à Paris, est mort en 1973.
Christian Declerck
19 mai 2025

sources : Comœdia 14 juin 1910, La Revue Mondaine 18 février 1911 et l'Echo des Sports


Source : Gallica

mercredi 27 février 2019

La voix d'André Biébuyck


collection particulière
C'est un enregistrement rare, découvert récemment par des amis, qui nous fait entendre la voix de ce régionaliste flamand. On sait, grâce à Jean Pascal Vanhove(1), son implication dans la société théâtrale l'Orphéon d'Hazebrouck dès 1906, mais on connait moins son action en faveur du folklore flamand dès la fin des années 1920.

André Biébuyck (Vieux Berquin 1885-1954) a d'abord été un artiste, un chanteur comique. Sa première prestation relevée dans la presse(2) se fait à une fête de charité du collège de Cassel, en mars 1909, il est alors étudiant à la faculté de Lille, il y obtient sa licence de droit en 1911. En 1912 il se produit, avec Auguste Labbe, à une soirée littéraire et chantante de la société Les Fils des Trouvères. Cette société, fondée en 1890 par Alexandre Desrousseaux, Gustave Nadaud et Louis Debuire Dubuc, compte parmi ses membres la fine fleur des poètes lillois, dont les auteurs patoisants. André Biébuyck, élu au bureau du comité en 1913, comme directeur artistique, participe régulièrement aux soirées organisées par cette société très active.

A la fin des années 1920, André Biébuyck et Joseph Pattein composent plusieurs chansons régionales : La Chanson de la Dentellière, Chapelle en Flandre, La mort du Moulin, Dans la Houblonnière, C'est la Moisson et la Marche du Géant Roland. Ils écriront plus tard La Chanson de Tisje Tasje pour le carnaval d'Hazebrouck de 1947.
C'est sur les ondes de Radio P.T.T. Nord, le 1er mars 1928, au cours d'une conférence organisée par La Bailleuloise, et donnée par l'abbé Deprez, que de nombreuses chansons et musique flamandes, populaires, anciennes et contemporaines sont diffusées pour la première fois, à ma connaissance ; voici le programme relevé dans Le Grand Echo du Nord le 1er mars 1928.

Programme : 1. Marche flamande de Tis-je Tas-je sur des airs populaires de J. Pattein et Clément Dubois, par le trio symphonique ; 2. La ballade du joueur de boules, paroles de G. Lothé, musique de Pattein, par M. R Mysoot* ; 3. Les Moulins de Flandre, poésie de A. Biebuyck, par M. R. Mysoot ; 4. La chanson flamande, conférence littéraire par M. l’abbé Detrez, avec exécution de chants flamands, extraits du recueil de M. Ed. Coussemaker [sic] fondateur et premier président du Comité Flamand de France, interprétés par M. Caulier : La Chanson de Reuze, La Ballade de Sire Hallewyn, L’Etable de Bethléem, Improvisations populaires, La Fille du Sultan, Niut de Joie, Rose (air de danse), Geneviève de Brabant, Les Trois Pastoureaux XVIIIe siècle, Cantique à Sainte Anne, patronne des dentellières, Noël de l’Enfant nouveau né ; 5. Ouverture de Nuit Espagnole, opérette, musique de J. Patttein, par le trio symphonique ; 6. Nous deux un soir, poésie de Biébuyck, musique de J. Pattein, par M. Mysoot ; 7. Sourire de printemps, valse, de Pattein, par le trio symphonique. Le piano sera tenu par M. Joseph Pattein.   


Le Grand Echo du Nord, 7 août 1933

C'est en août 1933, au Congrès du Carillon Flamand, organisé par le Comité Flamand de France, qui se tient à Bourbourg, qu'André Biébuyck expose son projet de régionalisme sonore, ou pour employer une formule plus claire sur les possibilités d'enregistrement en disques phonographiques des vieux airs de chez nous. Il fait entendre aux congressistes le Reuzelied et La Marche du Géant Roland, un disque 78 tours qui vient de sortir chez La Voix de son Maître. Lors de la même journée on écoute aussi un disque de carillon enregistré à Malines par Jef Denijn, ainsi qu'un enregistrement du Pardon de Notre Dame de Folgöet en Bretagne.
En août 1937, au XIVe congrès du Comité Flamand de France, André Biébuyck présente un rapport sur la chanson flamande. Il n'y aura pas de suite, la guerre est proche et les choix politiques de certains de ses amis seront sans doute pour beaucoup dans l'abandon de ses projets. Il décède en 1954, son ami Joseph Pattein meurt cinq ans plus tard.

La seconde face de ce disque, Carnaval de Cassel, est une interprétation de la musique du Reuze, par l'orchestre  parisien d'Edouard Bervily-Itasse, les couplets en flamand sont interprétés par Robert Mysoot (1897-1977) chanteur de l'Orphéon d'Hazebrouck.

Christian Declerck

(1) Ce que racontent les rues d'Hazebrouck, p. 111



La Marche du géant Roland (extrait)
Carnaval de Cassel (extrait)



* Robert Mysoot : né à Hazebouck le 8 juin 1897, † Dunkerque le 24 décembre 1977


vendredi 22 février 2019

La dernière Gilde de Flandre


Dans un coin ignoré de la Flandre, dans un tout petit village, existe une très vieille société. Ce petit village, c'est Eecke, à quelques kilomètres d'Hazebrouck, et cette société c'est la Gilde. La Gilde, voilà un mot auquel nous ne sommes plus habitués, et qui nous reporte à plusieurs siècles en arrière.
Les gildes se constituèrent, en effet, aux XIVe et XVe siècles. C'étaient des sociétés littéraires, qui se consacraient spécialement à la composition ou à la représentation des pièces dramatiques, qu'on appelait mystères, moralités ou sotties, sous le nom de Chambres de Rhétorique. Il faudrait un volume pour en raconter l'histoire. Elles ont, d'ailleurs, toutes disparu ; les dernières, pendant le XIXe siècle. Une seule a survécu, celle d'Eecke.
Et il est intéressant, en notre siècle trépidant et agité, de rencontrer ces organismes aux formes surannées, ce spécimen encore vivant d'une espèce disparue. La gilde d'Eecke a près de quatre siècles d'existence. Les "rhétoriciens" de ce village reçurent leurs lettres d'agrégation de la société maîtresse d'Ypres, le 19 mai 1542, et furent dénommées "Verblyders in het' Cruys" (se réjouissant dans la croix). Leur bannière porte cette dénomination sous une forme curieuse. On y voit une croix, dans laquelle on peut lire "Verblyder" ; à gauche, un van ; à droite, un chêne. Ce qu'on pourrait prendre pour des objets symboliques est tout simplement un rébus. "Verblyders" se trouve "dans la croix" ; donc en flamand, "Verblyders in het' cruys". Le van se traduit Wan, qui signie également "de". Enfin, le chêne se dit "Eycke". En tout : "Verblyders in het' cruys van Eecke"

La gilde d'Eecke, à l'heure actuelle, comprend une trentaine de membres. Elle a à sa tête un "prince", un "doyen" et un "gouverneur" ; ces titres sont plutôt honorifiques, car leur rôle se borne à fort peu de chose. Ils président les réunions qui ont lieu cinq fois par an, à des dates déterminées par de très anciens statuts ; le dimanche avant le jour de sainte Dorothée, le 3e jour de mai, le jour du Saint Sacrement, le jour de l'Assomption, le mercredi de la kermesse. Ces réunions ont lieu au siège de la Société, à la "Chambre de rhétorique". C'est une modeste salle au premier étage de l'estaminet de la Maison Commune. Les murs, blanchis à la chaux, s'adornent de cadres où jaunissent lentement, sous le verre, les discours prononcés sur la tombe des anciens présidents. Au bout de la table, trois fauteuils de chêne sculpté, garnis de cuir et de clous de cuivre. C'est là que siègent le prince, le doyen et le gouverneur, aux jours d'assemblée. Ces jours-là, tous les "confrères rhétoriciens" assistent à une messe célébrée à leur intention. On peut les voir se rendant, de bon matin, à l'église, en file indienne, gravement, précédés du porte-bannière. Ceux-ci ont conservé d'un costume qui fut autrefois luxueux, un bicorne agrémenté d'un majestueux plumet blanc. Et rien n'est plus curieux que le défilé en monôme, dans le brouillard matinal, de ces braves gens, qui ont l'air accomplir un rite sacré.
Après la messe, les "rhétoriciens" s'en vont à leurs occupations journalières et se retrouvent, à trois heures, à la "Maison Commune". Alors commencent les "divertissements". On joue aux cartes ou aux boules. L'enjeu est fixé statutairement à un sou la partie. Nous sommes loin du baccarat ou du poker. A six heures, les jeux cessent. Les "gildebrœders" se rendent à la salle qui leur est réservée. C'est ici qu'apparaissent les amusements… littéraires. Je me suis laissé conter qu'il y avait autrefois d'excellents poètes à la gilde. Leurs œuvres, conservées dans les archives, après des aventures variées, ont fini par disparaître. Il n'y a plus de compositeurs aujourd'hui. Les vieux chantent les chansons qu'ils ont apprises dans leur jeunesse, de vieux lieds flamands aux airs doux et mélancoliques. Quant aux jeunes, on tolère qu'ils chantent en français, chose qui était strictement défendues, il y a quelques années encore. La "Valse brune" et la "Baya" remplace "l'Histoire des deux enfant de roi" et la "Légende du Reuze Halewyn".

Il y avait naguère, à la gilde, un fou, ou bouffon (den sot van de gilde). On conserve pieusement ses reliques : un habit aux losanges rouges et jaunes, où tintent des grelots, et la batte de cuir, qui pend mélancoliquement à un clou, aujourd'hui. Ne fait pas partie qui veut de la gilde. Quand un nouveau membre se présente, on discute ferme, en assemblée, l'opportunité de son admission. L'imprétrant attend avec anxiété, dans la salle de l'estaminet, qu'on ait statué sur son sort. Après discussion, on procède au vote, qui se fait d'originale façon. On donne à chaque membre deux haricots, un blanc, un noir. Puis on passe deux assiettes, qui forment l'urne. Chacun y dépose le haricot de son choix. S'il y a majorité de blancs, le postulant est admis; auquel cas le garçon de la société, le "knaep", va le chercher, et arrivé au seuil de la chambre, lui cire les chaussures, tandis qu'un des "rhétoriciens" lui frappe le dos avec la batte du fou. Ce sont là des symboles dont on ne voit plus aujourd'hui que le côté amusant, mais qui viennent, sans doute, des épreuves d'entrée d'autrefois.
Telle qu'elle est aujourd'hui, la "Rhétorique" est bien déchue de sa splendeur de jadis. Nous sommes loin des tournois poétiques, des "prys-kampf" qui faisaient accourir tout un peuple. Le mombre des "rhétoriciens" diminue d'année en année, et, bientôt, sans doute, la dernière gilde de Flandre aura vécu.

André Biebuyck

Le Grand Echo du Nord et du Pas de Calais, 16 juin 1913
source Gallica





dimanche 24 novembre 2013

La chanson flamande, par André Biébuyck - 1937

Au 14e Congrès Flamand, organisé à Dunkerque en août, par le Vlaams Verbond van Frankrijk, André Biébuyck, directeur de l'Orphéon d'Hazebrouck, a présenté ce rapport qui a été publié dans la revue le Lion des Flandres n° 53, (source : bibliothèque du Comité Flamand de France) :


André Biébuyck 1885-1954
collection J.-P. Vanhove

  "Un soir du mois de mars 1923, les membres du Comité Flamand de France se réunissaient dans la Salle Aeolian à Lille. Ils étaient conviés à un véritable régal artistique : on allait parler des vieilles chansons flamandes. M. le Chanoine Looten montra l'immense service qu'Edmond de Coussemaker avait rendu à l'art et à la littérature flamands en allant recueillir de village en village, de ducasse en ducasse les chansons populaires. 
  Il définit le caractère poétique et moral de ces chansons qui font figure de "monument historique". Il  souligna que la recherche des vieilles chansons populaires revêt une importance, non seulement ethnique, mais scientifique. Toute la vie religieuse et familiale se révèle dans des œuvres, qui, si modestes qu'elles puissent être, sont lourdes des souvenirs du passé.
  M. Looten souhaitait alors que fussent réédités les Chants populaires des Flamands de France, livre rarissime et qu'on ne pouvait guère consulter que dans quelques bibliothèques. Ce souhait est aujourd'hui réalisé. Le Comité flamand a fait réimprimer en 1930 l'œuvre de de Coussemaker qui est maintenant devenue le livre de chevet des folkloristes impénitents que nous sommes.
  Avant de Coussemaker, aucune prospection n'avait été faite dans le Westhoek, et il faut bien le dire, après lui, il n'y avait plus grand chose à faire. Lorsque l'on veut parler du Chant flamand c'est toujours à l'érudit bailleulois qu'on se reporte. Julien Tiersot, dans son savant ouvrage sur la chanson populaire, ne cite guère que lui quand il s'agit de la Flandre.
  Lors de la Conférence de la Salle Aeolian, après M. le Chanoine Looten, M. l'Abbé Bayart, étudia la chanson flamande au point de vue musical. Il en établit un nouveau classement non plus d'après le sujet traité, mais d'après les sources musicales où avaient puisé les compositeurs inconnus des vieux liederen.
Je n'aurai pas la prétention de revenir sur ce qui a été dit par les deux éminents conférencier, ni d'y ajouter quoi que ce soit. Je veux simplement vous dire aujourd'hui ce qu'on a fait au point de vue pratique, non pas pour sauver de l'oubli, les vieilles chansons (de Coussemaker s'est chargé de ce soin) mais pour les garder vivantes, ou plus exactement pour les faire revivre, car, il faut, hélas, le constater, on ne chante plus guère nos vieilles chansons, et Tino Rossi règne en maître, même dans les coins les plus reculés de la Flandre.
  Il ne faut pas nous attarder en regrets superflus, mais voir où nous pourrions porter utilement nos efforts. Nous voulons faire du folklore musical vivant. Ce projet est-il réalisable ? — Qu'a-t-on fait jusqu'ici ? — Que peut-on faire ? Je tâcherai de répondre à ces questions.
  Nous possédons les documents nécessaires qui ont été sauvés de l'oubli. C'est parfait. mais il ne suffit pas d'avoir dans les vitrines d'un musée de magnifiques pierres précieuses, si personne ne vient jamais les voir, ni si quelques spécialistes seulement viennent s'y documenter. Il faut que les gemmes étincelantes soient portées et promenées dans la foule. Peut-être faudra-t-il parfois les sertir dans une monture moderne, grouper les perles trop petites pour constituer un heureux ensemble et les mettre en valeur ; qu'importe. Ce sera la seule façon de les montrer en public.
  Voyons d'abord ce qui a déjà été fait. Ces compositeurs ont trouvé une véritable mine dans le recueil de de Coussemaker. Le Maître Filleul, de Saint-Omer, a écrit Scènes Flamandes, où il s'est inspiré des airs de chez nous. On y entend notamment celui du Reuze. A Steenvoorde, le chef de musique a composé La Marche de Fromulus pour le Carnaval d'été avec des airs du pays. A Hazebrouck, M. Joseph Pattein [voir bas de page] est l'auteur de La Marche Flamande pour laquelle il a pris comme thème : En jop Marianne de saucepanne, etc...
  M. César Bourgeois (le père de notre sympathique ami M. Nicolas Bourgeois), qui après avoir été chef-adjoint de la Musique de la Garde Républicaine est chef de l'Harmonie de Beauvais, est l'auteur d'une Suite d'airs flamands qui fut exécutée pour la première fois le 27 janvier de cette année dans cette dernière ville. Un journal local en parle en ces termes : "Les différentes contrées de France possèdent toutes des complaintes, des chansons, des poèmes et des légendes populaires qui forment le folklore caractérisant admirablement le tempérament des habitants. M. de Coussemaker, membre correspondant de l'Institut de France, a réuni dans un important volume les Chants Populaires des flamands de France avec les mélodies originales. Le Directeur de l'Harmonie, M. César Bourgeois, a fait un choix de ces mélodies, les a harmonisées et orchestrées. Même ceux qui ne sont pas de la région nordique de la France ont pu y reconnaître des rondes, des cantiques, des Noëls, des chansons bachiques, et surtout des airs de carillons caractérisant le pays des beffrois, symbole des premières libertés communales. Le distingué accessoiriste Pisier a su mettre pleinement en valeur le jeu des cloches."
  C'est M. César Bourgeois également qui a composé la musique de scène du Chevalier Aveugle, mystère de Flandre française en deux propos et trois images, dont j'avais donné l'idée à M. Nicolas Bourgeois et que nous avons mis au point ensemble. Le compositeur a puisé pour l'accompagnement dans le recueil de de Coussemaker. On y retrouve des mélodies dont il a su garder toute la fraîcheur qu'aucune fantaisie fâcheuse ne vient gâter.
collection personnelle
  Certains compositeurs ou auteurs se sont servi de vieux airs flamands pour y adapter d'autres paroles. La jolie chanson du Looze Visschertje (le petit pêcheur) est devenue le chœur des buveurs dans l'opérette Princesse d'Auberge. Maurice Bouchor qui a fait de nombreuses chansons pour les écoles a tiré des airs d'une chanson de pêcheurs très populaire autrefois à Dunkerque : Reis naar Ijsland (Voyage à Islande) qui est devenu Notre Flandre. On l'a beaucoup chanté dans les écoles. Une autre transformation plus connue est celle de l'air du Reuze. En 1882, le compositeur cassellois Tac-Coen, qui était le Vincent Scotto du moment, agrémenta l'air du Reuze de quelques mesures supplémentaires. Un auteur à succès — on dirait aujourd'hui un parolier — Villemer-Delormel y adapta des paroles et cela devint Madelinette est mariée, chansonnette flamande, dit le sous-titre, créée par Mme Rivière au Concert Parisien. Curieuse destinée du vieil air flamand qui doit peut-être à Tac-Coen, il faut bien le reconnaître, d'avoir survécu et être resté populaire à Cassel.

  Je vous dirai encore qu'un chansonnier en vogue, Jean Tranchant, s'est inspiré aussi de l'air du Reuze. "Je revenais, m'a-t-il écrit en réponse à une lettre par laquelle je lui demandais quelques renseignements, de Dunkerque à Lille en auto. Nous nous sommes arrêtés sur la Grand'Place de Cassel. Je revois encore le spectacle féérique qui s'est présenté à mes yeux. L'air que j'entendis m'obséda. Le lendemain je le notai, et j'en fis le leitmotiv de ma chanson : Les Marins de Surcouf". Evidemment, nous nous écartons quelque peu de notre sujet, mais je tenais à vous citer ce cas assez curieux.
  Dans une revue de Pierre Manaut, jouée à Lille il y a quelques années, l'auteur s'est servi lui aussi d'airs flamands et les a présentés d'une façon bien originales. Il avait transposé dans la Grande Guerre une scène de Cyrano de Bergerac, où la Compagnie de Carbon de Casteljaloux, cernée et privée de vivres, est démoralisée. Cyrano pour réconforter ses hommes fait venir Bertrandon, le fifre, et lui fait jouer les vieux airs de galoubet des pâtres de son pays. "Ces airs dont la musique a l'air d'être en patois". "Ecoutez les Gascons, c'est toute la Gascogne" dit-il tandis que le fifre chante dans la nuit. Dans la Revue de Manaut, les Cadets de Gascogne sont devenus les poilus d'un régiment du Nord qui occupent une tranchée. Cyrano s'est mué en un sergent bleu horizon qui, pour chasser le cafard de ses hommes, a fait venir près de lui Désiré qui joue sur l'accordéon les vieux airs de Flandre.
  Dans les revues que j'ai données moi-même à l'Orphéon d'Hazebrouck, je me suis servi maintes fois des airs de Flandre. J'ai fait danser le Jan Smet flamand, le Quadrille des Carillons, composé avec les airs qu'égrènent les cloches de nos beffrois. J'ai également rassemblé en une seule chanson, différents airs populaires. Je vous en parlerai en terminant.
  Je voudrais maintenant vous dire quelques mots d'un effort — officiel cette fois — qui a été fait récemment pour la Chanson populaire en France, et de la contribution apportée par la Flandre dans cette tentative. Le Ministère de l'Education Nationale s'est avisé qu'il existait dans notre pays un trésor inexploré, des instructions furent données au début de cette année aux inspecteurs primaires pour que ceux-ci fissent enseigner aux enfants des écoles les vieux chants du terroir qui devaient être interprétés devant le micro et transmis par la T. S. F. Pour le Nord, l'enregistrement fut fait au cours du mois de juin, et le poste Paris P. T. T. diffusa les airs recueillis en deux séances radiophoniques qui eurent lieu les deux premiers dimanches de juillet. Le résultat ne fut pas ce que l'on avait espéré. La circulaire ministérielle, peu explicite, fut mal interprétée. On ne donna pas aux instituteurs de directives assez précises et le choix fut fait à la diable. Je fus convoqué à l'unique réunion qui eut lieu à l'Inspection Académique à Lille, le 30 avril. Mais à ce moment, la mise en répétitions était déjà faite et il ne fut plus possible de modifier ce qui avait été choisi. Dans le programme, assez déconcertant, je dois signaler toutefois : Le Vivat flamand, chanté par les écoles normales de Douai, Vivent les Saint-Sauveur, par Lille, le Reuze (plus exactement Madelinette est mariée) par Lille également, La Princesse mariée à un Anglais par l'école normale de garçons, et Petit Jean revenant de Lille, par l'école normale de filles. Tout le reste n'était que chansons, connues peut-être mais essentiellement modernes. Pour la Flandre Flamingante, trois écoles avaient été désignées : Dunkerque, Hazebrouck, Bailleul. On eût pu réaliser quelque chose de bien. Il n'en fut rien. Dunkerque choisit : L'hymne à Jean-Bart, Gloire à Jean-Bart et Gambrinus. Insister serait cruel. Bailleul donna la Chanson de Gargantua, celle qu'on chante au Carnaval et a été composée vers 1860. Le refrain — deux vers seulement — est en flamand : En hij komt toe / Met een hals lijk een dikke koe. La chanson de Sainte-Anne, extraite de de Coussemaker, fut interprétée… en français ! (l'adaptation qu'on trouve dans le recueil de Bouchor). Pour Hazebrouck, j'avais choisi d'accord avec M. Dernaucourt, inspecteur primaire, deux chansons que vous connaissez : 't Moeilijke kwezelke et 's Avonds. Hélas !, lorsqu'il s'agit de les faire chanter en flamand nous nous heurtâmes à des obstacles insurmontables. La mort dans l'âme, je dus me résigner à faire une adaptation française. Peut-être certains d'entre vous ont-ils entendu ces chansons que j'ai présentées moi-même au micro par une courte causerie, en m'excusant… de la trahison.
  Nous eûmes pour nous consoler l'exécution par la Symphonie de l'Ecole Primaire Supérieure d'Haubourdin, de la Suite d'airs flamands de M. C. Bourgeois, et, par les élèves de l'Institut Gombert à Fournes, le Choral des Flandres et les Cloches de Flandre, de M. Georges Blachon, mis en musique respectivement par MM. Casadessus et Bourgeois. Mais ne récriminons pas trop. Au contraire, réjouissons-nous de l'expérience qui a été tentée. Gardons l'espoir que l'initiative portera ses fruits et qu'on ne s'en tiendra pas à ce premier essai.
  Dans d'autres provinces, le personnel enseignant s'est intéressé depuis de longues années aux chansons populaires. C'est ainsi que MM. Maurice David, inspecteur d'académie, et Eugène Marty, directeur d'école ont publié des Chansons languedociennes pour les élèves des écoles primaires. M. Louis Melet, instituteur, a fait paraître Le Chant Languedocien et Pyrénéen à l'Ecole. Quand verrons-nous faire le même effort en Flandre ? Nous vous proposerons tout à l'heure d'adopter un vœu qui résume nos desiderata.
  J'aborderai pour terminer la question des enregistrements phonographiques. Il y a déjà longtemps que je me suis efforcé de faire enregistrer nos vieilles chansons flamandes. Mais que de difficultés !… Il y a la question commerciale qui prime tout. Un disque doit être marchand. Les dépenses engagées doivent être récupérées. Elles sont de l'ordre de plus de 2.000 francs pour un disque deux faces (édition à 300 exemplaires). Vendre trois cents disques n'est pas chose facile. Il y a de moins en moins de Phonos, car il y a de plus en plus d'appareils de T. S. F. Je ne désespère pas toutefois de faire éditer la Suite d'airs de M. Bougeois, et Les Vieux refrains flamands que vous entendrez tout à l'heure. D'autre part, M. Nicolas Bourgeois a eu la bonne fortune de se mettre en rapports avec un organisme officiel qui pourra nous être utiles.
  A l'institut de phonétique dépendant de l'Université de Paris, a été adjoint le Musée de la Parole et du Geste, où l'on s'occupe de l'enregistrement de disques pédagogiques, culturels, folkloriques, médicaux, scientifiques, historiques. On y constitue une bibliothèque sonore, une phonothèque, déjà très riche à l'heure actuelle. Mais, alors qu'on y trouve les enregistrements les plus extraordinaires: chants de piroguiers africains, de fête de l'Oubanghi, de funérailles au Cameroun, chants fétiches du Fouta-Djallon, d'inhumation à Madagascar, de guerre au Maroc, chants pour faire boire les chameaux des Somalis, chants canaques, roumains, indiens — je vous fais grâce du reste — on y chercherait en vain un disque de chants populaires de chez nous.
  Nicolas Bourgeois a été fort bien accueilli par M. Roger Dévigne, sous-directeur de l'Institut de phonétique, qui serait fort heureux de voir sa collection s'enrichir de quelques mises sur cire des airs de Flandre. Ces enregistrements seraient faits gratuitement. et si un disque ainsi réalisé paraissait suffisamment marchand, il serait possible d'en faire un tirage sur ébonite. Nous allons nous efforcer de mettre au point un projet encore un peu imprécis, mais qui cette fois est susceptible de donner des résultats. La plus grandes difficulté sera pour nous de trouver des chanteurs adéquats. Sous prétexte qu'il s'agit de chansons populaires, il ne faudra pas faire interpréter celles-ci par des chanteurs inexpérimentés qui détonneraient ou prendraient de trop grandes libertés avec le rythme. Tombant dans l'excès contraires, il faudra pas non plus avoir recours à un artiste sorti du Conservatoire, qui chercherait surtout à faire valoir son organe, et traiterait nos délicieux folksongs, comme de simples opéras. Entre les deux extrêmes, il y a un juste milieu. La vieille chanson française a eu en Yvette Guilbert une interprète incomparable qui savait donner aux chefs-d'œuvre du folklore toute la naïveté, toute la saveur désirables et dont la diction impeccable était un régal pour les plus difficiles. D'une petite chanson de rien du tout, elle faisait, suivant le cas, tout un drame ou toute une comédie, qu'elle jouait avec une intensité de vie surprenante. Nous tâcherons de trouver l'Yvette Guilbert de la Chanson flamande pour vous donner l'an prochain une audition de disques réalisés avec son concours.
  Je ne veux pas pas abuser plus longtemps de vos instants. Et pour me faire pardonner un plat quelque peu indigeste, je vais vous servir un dessert. Il y a quelques années, dans une de mes Revues, j'ai intercalé une scène que j'avais intitulée Les vieux refrains flamands. Une bonne grand-mère chantait à sa petite-fille les vieux airs de chez nous. Cela me permit de rassembler dans la même chansons, neuf petits airs que j'entendais chanter fréquemment il y a quelques quarante ans. Ces airs ne sont pas tous dans de Coussemaker, ou bien la version en est différente. Certains d'entre eux sont d'une truculence que le flamand peut se permettre. Et vous ne m'en voudrez pas si j'ai modifié certains mots. Sur ce je cède la place à Mademoiselle Anne-Marie Decalf, et à la petite Janine Verhaeghe, qui vont nous chanter Les Vieux refrains flamands."
André Biébuyck

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Dans le compte rendu de cette manifestation, paru dans le journal La Croix, on apprend que ces petites filles étaient accompagnées sur l'harmonium par le maire de Dunkerque Charles Valentin, fin pianiste.

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Eugène Joseph Auguste PATTEIN est né à Hazebrouck en 1886, fils de Henri, planton à la gare, et Mélanie Synave. Il obtient un 1er accessit de clarinette au Conservatoire de Lille en 1909. En 1914 il est caissier comptable, domicilié rue d'Aire à Hazebrouck. Après la guerre, à la même adresse, il est marchand d'instruments de musique, puis il déménage sur la Grand Place au n°55. Il a composé la musique de plusieurs chansons écrite par A Biébuyck : La chanson de la dentellière (1931),  La chanson de Tisje Tasje (carnaval 1947), La Marche du Géant Roland, Chapelle en Flandre, La mort du moulin, Dans la houblonnière et C'est la moisson. Georges Lotthé (1858-1940?) a écrit les paroles de La ballade du joueur de boules (1927) qu'il a mises en musique. On connait de lui aussi une valse pour piano, Sourire de Printemps, éditée à Calais, par Mutte-Herlin. Joseph Pattein est mort à Nice en 1959.



collection personnelle