dimanche 30 septembre 2018

Les frères Colpaert et le carnaval de Bailleul

mise à jour 1/10/2018 : un commentaire d'Agnès


Le Carnaval bailleulois (1855)
source : Gallica


Auguste Colpaert, publiciste et musicien, est né à Bailleul le 11 novembre 1823. Fils de Jean Louis, officier d'infanterie, chevalier de la Légion d'Honneur et Julie Vanlerberghe. En 1848 il épouse Elise Detraux, dunkerquoise née en 1830.
Il fait en partie ses études à l'Institution Derode de Lille. Après avoir exercé le commerce à Dunkerque vers 1850, il se fixe à Lille en 1865. Il a publié avec son frère Emile, chargé d'une mission scientifique dans l'Amérique du Sud, une série d'études économiques, géologiques et ethnologiques sur le Pérou, notamment dans la Revue scientifique des Deux Mondes et dans le Bulletin de la Société Impériale d'acclimatation ; il a inséré aussi différents articles dans le Siècle, l'Orphéon Illustré, le Journal de Soissons, l'Indicateur d'Hazebrouck, le Progrès du Nord, l'Echo du Nord, la Bailleulloise, etc. Il a écrit, sous le titre de Voyage poétique sur le lac Léman, une sorte de guide en vers dédié aux excursionnistes, et a rassemblé en un volume intitulé Heures perdues, une série de poésies légères qui ont paru dans divers petits journaux littéraires. M. Colpaert a de plus édité, chez Cartereau et chez Heu, à Paris, un certain nombre de fantaisies pour piano et violon : La Mouette, Dame Jeanne, Mariel'Aa, et un Andante Cantabile et rondo flamand op. 7 (1858). Il est mort à Lille le 15 mai 1871.
Son frère Emile est né à Bailleul le 1er octobre 1830. En 1853 il fonde la société qui organise le premier carnaval de Bailleul, dont on dit qu'il a écrit la chanson Gargantua*, ainsi que, en 1851, les paroles d'un chœur-cantate** intitulé La Bailleuloise***, musique de Henri Séname (1829-1913) greffier de paix à Bailleul. Puis, entre 1859 et 1864, il entreprend des voyages d'exploration au Pérou. Il aurait disparu au cours d'un second voyage au Pérou.

Christian Declerck 


* Une étude sur l'origine de l'air de ce carnaval sur le site de Coérémieu
** les pages manquantes sont ici, erreur signalée à la BNF qui n'en a cure…
*** vous pouvez écouter ces chants sur le site du Carnaval de Bailleul

source : Hippolyte Verly, Essai de biographie Lilloise contemporaine 1800-1869 + recherches généalogiques habituelles



collection Christophe Plovier

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Agnès, lectrice fidèle du blog, m'a fait parvenir ce commentaire très intéressant :

Gargantua Galaffre... des mystères à crever ?

La lecture attentive de la page consacrée aux frères Colpaert laisse place à une interrogation. Qui est vraiment l'auteur de la chanson, texte et musique, du Carnaval Bailleulois ? Est-ce le prénommé Auguste, ou son frère Emile... On sent l'arrivée possible de courriers indignés exigeant une réponse à cette question !

Déjà, la chanson porte, au gré du temps, différents noms. Le site de la Société Philanthropique donne à écouter deux enregistrements tirés d'un enregistrement des Loups, portant le premier le titre Air du Géant Gargantua Galaffre, le second Le Géant 1995, date de l'enregistrement. Mais elle est appelée aussi appelée Air du Géant, voire Chanson de Gargantua...
Le petit format, consultable sur le site Gallica et reproduit par Christian sur sa page, le confirme cependant. Le Carnaval Bailleulois, composé à l'occasion de la Fête Philanthropique de Bailleul, dédiée à la Société des Orphéonistes de Bailleul, a pour seul auteur mentionné Auguste Colpaert. Le document est arrivé dans les collections de la Bibliothèque Impériale de l'époque, par le biais du dépôt légal, acte obligatoire de contrôle des publications imprimées. C'est d'ailleurs ce que nous avait indiqué le président de la Société Philanthropique du Carnaval lors de la rédaction de notre Boîte à Musiques.
Pourtant, si Auguste, auteur d'une chanson chantée encore aujourd'hui, ne fait l'objet d'aucune citation sur le site de la Société Philanthropique du Carnaval de Bailleul ou sur celui du Cercle d'Histoire et d'Archéologie de Bailleul, son frère Emile y apparait, mentionné comme fondateur en 1853 de la Société Philanthropique. C'est cette société qui organise son premier carnaval en 1855, date par ailleurs du dépôt légal de la chanson. 
En 1921, sous la plume de Jérôme Picheroulle, dans la revue régionaliste Le Beffroi citée par Christian, c'est Emile Colpaert qui est donné comme auteur de la poésie et de la musique du Carnaval Bailleulois, appelé cette fois-ci Chanson de Gargantua ! Est-ce sur la base de cet article que le Cercle d'Histoire et d'Archéologie de Bailleul attribue aussi de fait la paternité de la chanson à Emile, renvoyant Auguste aux oubliettes ? Y a-t-il eu brouille ou embrouille entre les deux frères ? Bien malin qui pourra le dire... En l'état actuel, il faut donc s'en tenir à ce que nous fournissent comme indications les documents d'archives, en maniant tout ça avec précaution ! 
Emile Colpaert fut, comme son frère, auteur musical. Christian nous apprend qu'il écrivit les paroles de La Bailleuloise, choeur-cantate pour 5 voix d'hommes, sur une musique d'Henri Séname. 
Mais ici aussi, la chanson apporte son lot de mystères ! La chanson est imprimé à Lille en 1851 selon la notice de Gallica, sur la base de la lecture du tampon du dépôt légal. Cependant, deux pages manquent. Apparaissant sous une autre côte toujours dans Gallica, et identifiées par Christian comme faisant partie de la partition, elles sont sans mention d'auteur, et surtout avec la date de 1855, ce que confirme le cachet apposé en bas du premier feuillet :



Que croire ? Paradoxalement, la comparaison entre les deux partitions va peut-être aider à éclaircir les choses... 
Ici le tampon de dépôt légal de la Bailleuloise :


Et ici celui du dépôt légal du Carnaval Bailleulois :


Le cachet de la préfecture du Nord n'était pas bien propre cette année-là, le dernier chiffre est un gros pâté ! Quant au cachet apposé sur la partition du Carnaval Bailleulois, il est identique à celui apposé sur les deux pages "orphelines" de La Bailleuloise. Il confirme définitivement la date de 1855, commune aux deux chansons.

On peut aller plus loin, constater que les deux chansons portent des n° consécutifs. Qu'elles ont été tous deux imprimées par l'imprimeur-lithograveur Dubois à Lille qui en fit le dépôt au Dépôt Légal du Nord en début d'année 1855 comme en atteste les n° 3 et 4, soit peu de temps avant le démarrage de Carnaval...
Alors octroyons la paternité de La Bailleuloise reconstituée à Emile, et du Carnaval Bailleulois à Auguste. Et que la BNF prenne le temps nécessaire pour rabibocher les deux morceaux de la Bailleuloise et la dater correctement, afin de rendre à Emile et Henri la paternité entière de leur oeuvre ! Voilà, Voilà, Voilà Gargantua ! ... Hourra, Hourra, Les Bailleulois sont là ! Imaginons la bande de 1855... Et constatons, sans trop de risques, qu'ils furent tous deux influencés par Alfred Roland et ses Montagnards ! On savait déjà que leurs tournées triomphales les avaient amenés à la fin des années 1830 dans le Nord et en Artois. Aussi du côté des Flandres* ? Mais c'est une autre histoire...

Merci Christian pour ces pages qui redonnent chair et vie à ces musiciens et leur musique.

Une lectrice [attentive]
Agnès de








* je confirme Les Montagnards d’Alfred ROLAND sont venus 2 fois à Dunkerque, en 1839 et en 1848, ils y ont fait une forte impression. Les Ophéonistes Dunkerquois, adopteront même leur costume, en 1852. [note du claviste]








vendredi 7 septembre 2018

Les confidences de Line Dariel

La Voix du Nord du 16 octobre 1949 :


Line Dariel fait des confidences à nos lecteurs


toutes les illustrations : collection personnelle



Je ne retrouvais plus le chignon de Zulma. C'est que Line devait incarner la "grande vedette internationale" Nathalie Vladiskawa. Elle avait pris — pour un instant — une coiffure… hollywoodienne ! Dans le petit coin proche de la scène — de rapides changements de costumes lui interdisaient la descente en loge — elle tricotait en attendant le lever du rideau.
- C'est pour mon petit-fils. Il a trois ans maintenant et c'est un beau petit gars.

Vedette et grand-mère
Line est aussi simple en a parte qu'elle l'est en scène, aussi naturelle et aussi "bonne franquette". On n'imaginerait pas qu'elle pût refuser au journaliste l'interview qu'il sollicite.
- Comment êtes-vous venue au théâtre ?
- Ma foi, presque automatiquement. J'ai débuté comme tant de bambins en jouant à l'école communale, à l'âge de 6 ans, dans de petites pièces enfantines. J'ai eu la chance d'avoir une maîtresse qui était bonne pianiste et qui a cru déceler une vocation qui, bien entendu, s'ignorait. Elle m'a donné des leçons de piano gratuitement, car mes parents étaient pauvres : ils étaient tailleurs et pas plus riches que des ouvriers.
- Ont-ils néanmoins, encouragé votre vocation ?
- J'ai toujours dû lutter contre les miens pour vivre ce théâtre qui est mon bonheur : quand j'ai obtenu mon premier prix de Conservatoire, j'ai reçu, en rentrant à la maison, une bonne raclée.
- … qui ne vous a pas découragée ?
- Non, puisque j'ai eu prix de solfège, prix de piano, prix de chant et prix de déclamation.
- Une collection de diplômes qui devait assurer une belle entrée en scène.
- En effet, j'étais bien partie. J'ai commencé comme seconde chanteuse d'opérette à Lille. Mon premier rôle je l'ai tenu dans Les Mousquetaires au Couvent. Je paraissais même si jeune que les gendarmes se sont inquiétés de savoir si j'avais dépassé les treize ans ! Puis je suis devenue première chanteuse à Calais. Mais là, patatras ! une maladie m'a fait perdre la voix. Il ne me restait plus qu'un filet de voix à peine perceptible… Alors je me suis mariée*.
- C'était une consolation ?
- C'est bien plus simple, j'aimais un jeune homme, mais il ne voulait pas que je fisse du théâtre. Je le sacrifiais à ma passion des planches. Ma carrière paraissant irrémédiablement terminée, j'ai fait droit à sa flamme. Et bien m'en a pris. Quand j'ai eu mon fils, ma voix est revenue. Pas si belle, peut-être, ni si forte, mais très convenable.
- Vous devez être reconnaissante à votre enfant ?
- Non seulement de cela, mais de son affection et des deux beaux petits-enfants qu'il m'a donnés.
Et ma grand-mère s'attendrit, évoquant la petite famille. Mais le journaliste a une curiosité aussi cruelle qu'obstinée.

La radio a sauvé ma carrière
- Mariée, vous avez dû renoncer au théâtre ?
- La guerre est arrivée peu après la naissance de mon fils. Mon mari, mobilisé, il a bien fallut se débrouiller pour vivre. Nous étions réfugiés à Bordeaux ; j'ai joué et chanté la comédie à la Scala.
- Le succès vous a encouragée à persévérer ?
- Mon mari n'a jamais renoncé à ses préjugés contre le théâtre ; il n'a pas assisté à une seule de mes représentations ; il n'a pas entendu un seul de mes disques ; il a toujours éteint le poste de radio quand le speaker m'annonçait. C'est cependant la radio qui a sauvé ma carrière ; mon mari acceptait que j'y donnasse des auditions. Et c'est là que j'ai connu Simons.
- Celui dont le nom est dans notre esprit, inséparable du vôtre.
- Celui à qui je dois beaucoup ; c'est lui qui m'a fait faire du patois. Je me souviens du premier sketch : Le poste à galène. Je n'avais jamais joué qu'en français. Je n'osais me risquer à quitter des yeux le texte et, pendant 15 jours, j'ai eu le trac devant ce micro au delà duquel il n'y a, pour l'acteur, que le vide et l'inconnu. C'est seulement quand des lettres sont arrivées, qui redemandaient le numéro, que j'ai pris confiance. Simons avait vu juste ; j'ai patoisé avec bonheur. Depuis, nous sommes restés ensemble. Cela fait plus de vingt ans.



J'ai deux amours
- Et vous avez l'intention de demeurer fidèle au patois et au Nord ?
- Il faudrait des nécessités bien impérieuses pour me faire quitter un pays qui est le mien.
- Vous êtes née chez nous ?
- Pas précisément : c'est à Bruxelles** que j'ai vu le jour, mais je suis à Lille depuis l'âge de deux ans et je quitterais avec gros cœur une région qui a fait mon succès. Je connais tellement mon public ; je joue depuis l'âge de quinze ans, j'en ai 60, et sauf pendant les guerres je suis demeurée attachée.
- Cette affection, qui vous est rendue, vous incite sans doute à préférer le théâtre à la radio.
- et même au cinéma, bien que j'ai tourné dix films, avec Ginette Leclerc, avec ce brave Robert Linel, avec Tramel, avec Fernandel et le dernier, qui va sortir, avec Bach
- Qu'est ce film ?
- Le martyr de Bougival, Bach et moi nous tenons les rôles comiques. Le mien est très amusant.
- Vous aimez à faire rire.
- Oui, bien que personnellement, je préfère le drame. J'ai déjà fait des compositions que l'on a bien voulu reconnaître émouvantes.


Ah ces journalistes
- N'avez-vous pas de projets ?
- Ces journalistes ! ils veulent tout savoir !… Peut-être, tournerais-je avec Simons un film d'après un roman de Maxence Vandermersch, où nous ne serons ni Alphonse ni Zulma, mais des braves gens aux prises avec les conséquences d'une grève.
- Ne craignez-vous pas de dérouter un peu votre public. Il aime les classifications et n'entend pas que l'on dérange l'ordre des idées qu'il s'est faites. Simons ne peut être qu'Alphonse, Line Dariel ne doit être que Zulma. Vous êtes l'un et l'autre prisonniers de vos personnages.
- J'espère bien que non ! D'autant plus que l'action se passe chez nous et que nous incarnerons des gens de chez nous. Le patois d'ailleurs ne me ferme pas autant qu'on pourrait le croire les auditoires autres que les nôtres. J'ai eu de grands succès à Paris, en restant ch'ti'mi Un autre exemple : pendant la guerre, j'ai joué au Théâtre aux Armées : J'ai mis une condition : ne jouer que pour nos gars du Nord. Un beau jour, je suis tombée dans un cantonnement où il n'y avait que des gars du Midi. Je ne voulais pas jouer. Finalement j'ai cédé. Eh bien ! je n'ai jamais eu un tel succès. Ils étaient heureux mes petits gars et quand je leur ai dit : "Vous êtes bien gentils, mais vous n'avez rien compris", ils ont protesté avé l'assent "Mais si Madame, nous avons compris, sauf deux ou trois petits mots"

Le talisman de l'artiste
- Je vous avouerai qu'avec votre jeu de scène, cela me paraît très probable. Vous avez eu là, non seulement une belle récompense, mais auss, une assurance à ne pas négliger. Pour revenir à vos pièces habituelles, Course au Trésor ou Congés payés ou Chambre à louer, est-ce que vous leur donnez un but moral, selon la vieille devise de la comédie : "elle corrige par le rêve" ?
- On peut toujours essayer de glisser une philosophie, une leçon dans n'importe quoi. Mais moi, sincèrement, je fais rire avec la seule intention de réconforter. C'est pour les ouvriers surtout que je joue : quand ils oublient leurs peines ou bien leur misère pendant quelques heures, j'ai atteint mon but.
- Cela vaut mieux qu'une leçon de morale ennuyeuse. Mais comment faites-vous rire ?
- On ne sait pas pourquoi on fait rire : j'entre en scène et la salle éclate. Je suis la mémère, la femme du peuple. Il n'y a pas de barrière entre le public et moi. Au fond, c'est là le secret du succès : être humain, tout dire simplement comme dans la vie de tous les jours, sans vulgarité, ni prétention. Etre sincère et sensible, c'est au fond le talisman de l'artiste.

Yves MILLET

* à Lille le 16 août 1910 avec Fernand PANNEQUIN
** précisément à Molenbeek-Saint-Jean le 16 avril 1888 sous le nom de Jeanne Catherine VERCAMMEN




Zulma en justice (1934)



Le fraudeur (1937) bande annonce






collection personnelle





samedi 1 septembre 2018

Vive l'brad'rie !

Il paraît qu'on aurait jamais écrit de chanson sur la braderie de Lille. C'est ce que disent ceux qui n'ont pas cherché.
En voici une, et il doit y en avoir d'autres, qui a été écrite par Auguste LABBE, alias César Latulupe et chantée par François VERCAUTER, dit 4 dogts.


collection personnelle




Sur l'air de Choisis, Lison (Louis Bousquet / Camille Robert )






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Un lecteur attentif a trouvé une autre chanson sur ce sujet, écrite et publiée par Alexandre DESROUSSEAUX, dans le 1er volume de ses Chansons et pasquilles lilloises publié en 1865, sur l'air de l'Habit de mon grand'père.
Merci à Christophe Plovier





jeudi 12 juillet 2018

Les militaires épinettistes

La pratique de l'épinette par des militaires nous est connue par quelques photos et cartes postales découvertes par des collectionneurs spécialisés. Mais il est rarement possible d'identifier le musicien. Voici deux personnages dont on a pu établir le parcours et cerner la période de possession d'une épinette : le premier vers 1906, le second vers 1922.



Charles César Auguste ROGIE
L'instrument, découvert récemment, a fait l'objet d'un article spécifique, il était vendu avec un petit carnet aide mémoire qui a permis l'identification de son propriétaire, Charles Rogie, dont la petite fille a formellement identifié l'écriture.
Fils d'Auguste Jules César, né à Wattignies en 1849, charron de son état, ses descendants possèdent une superbe photo de son atelier, Charles épouse, en 1871, Marie Sophie GRAVELIN, puis en 1876, sa sœur Pauline Sophie GRAVELIN, cultivatrice, née au même village en 1853. Ses deux épouses lui donneront onze enfants, dont notre épinettiste, qui naît en 1882.
Charles fait son service militaire au 14e régiment de dragons, à Sedan, où il arrive le 15 décembre 1903 et devient cavalier de 2e classe le même jour. Sa fiche matricule nous indique qu'il est "renvoyé dans la diponibilité" le 18 septembre 1906. La mention "51 jours et la fuite" écrite sur son carnet de musique, permet donc de préciser qu'il l'a écrite le dimanche 29 juillet 1906, on ne peut être plus précis pour dater un document. Mobilisé en 1914, il rejoint le 1er régiment d'artillerie de campagne à Douai. En 1921, il épouse Georgette CREPEL née en 1891 à Saint Laurent Blangy, près d'Arras, ils auront trois enfants : Auguste, Suzanne et Pauline. Sur sa fiche il est aussi mentionné qu'en 1925 il est menuisier en voitures. Après quelques années de carrière militaire dans divers régiments, Charles décède à Wattignies le 19 mai 1965. Dans la famille, s'il reste le souvenir d'un grand-père jouant d'une espèce de mandoline, sa petite fille ne se souvient pas de cette épinette.


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collection personnelle


Henri ANCEL
Le caporal du 65e TM, Henri Ancel, a dédicacé cette carte postale/photo à sa sœur. Le seul caporal (deux galons) présent sur la photo est celui qui tient fièrement son épinette. Mais il n'y a ni date, ni lieu mentionnés. Une recherche généalogique m'a permis d'identifier ce caporal de tirailleurs marocains.
Henri Ancel est né à Roubaix en 1901, son père, Auguste, est né en 1883 à La Croix aux Mines, dans les Vosges, il n'y a probablement aucun lien avec l'épinette du même nom, car ses grands-parents sont Alsaciens (d'Elsenhein et Maisongoutte). En 1903, Auguste épouse une Roubaisienne, Joséphine DESMARCHELIER et il reconnait deux enfants nés auparavant : Henri, et Germaine née à Hénin Liétard où ils résidaient. Là aussi la fiche matricule permet de dater cette photo. Henri est incorporé au 1er régiment de zouaves le 1er avril 1921, il est nommé caporal le 20 octobre et il passe au 65e régiment de tirailleurs marocains le 24 octobre 1921. Le 2 novembre 1922 il passe au 43e régiment. Il est libéré le 1er avril 1923, il se retire à Roubaix, rue d'Alger et devient conducteur de tramway. Après divers déménagements à Croix, puis à Roubaix où il est domicilié 1 bis rue de l'Espierre en 1955. Il décède en 1963, il est alors domicilié au 53 de cette rue.

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Hubert Boone, dans son ouvrage fondamental L'épinette aux Pays-Bas, paru en 1976, mentionne la pratique de l'épinette pendant la guerre 1914-1918 aux pages 44 et 154. A la page 140, il cite un fabricant d'épinette, domicilié à Lambrechts-Woluwe, qui appelait son instrument "violon de tranchée", alors qu'il était gardien d'un camp de prisonniers allemands, à Bray-Dunes en Flandre Française. Mais il ne donne ni son nom, ni les conditions de son jeu.


dessin Patrick Delaval


Par chez nous l'association Traces a publié ce plan d'une épinette conservée dans une collection privée. Si elle garde le souvenir d'un usage à la fin (?) de la grande guerre, elle garde également le mystère sur l'identité de son propriétaire.

J'ajoute ces deux photos de militaires joueurs d'épinette non identifiés, qui le seront peut-être un jour grâce à cette page, mes remerciements à Jean-Jacques et Claude.


dans la chambrée
© coll. Jean-Jacques Révillion


dans un camp de prisonniers, 1914-1918
© coll. Claude Ribouillault


Christian Declerck
12 juillet 2018


mardi 3 juillet 2018

Joseph Pouille, luthier lillois

Joseph Pouille est mentionné par Laurent Grillet, dans les Ancêtres du violon et du violoncelle, et par  René Vannes, auteur du Dictionnaire universel des luthiers, qui reprend les infos de Grillet en ajoutant une étiquette.


source : René Vannes, Dictionnaire universel des luthiers

C'est la notice de la mandoline, donnée par Joseph Pouille au Musée Industriel de Lille et publiée dans le catalogue de l'exposition La collection Hel, qui m'a permis d'identifier ce luthier lillois. L'instrument porte l'étiquette "Fait par Pouille / ancien luthier à Lille / dans sa 80e année / mars 1890".

source : Catalogue de l'exposition Hel, Lille, 1989


Denis Alfrède Joseph POUILLE est né à Lille, rue des Roblets, le 27 septembre 1810. Son père Joseph Marie est maître menuisier, il est né en 1777 et sa mère Adélaïde Dugardin en 1770, tous les deux à Lille. Il a deux frères également menuisiers, Louis Joseph né en 1803 et Henri Lucien Carlos Joseph, né en 1807.

les signatures au bas de l'acte de mariage en 1839
source : Achives départementales du Nord


Joseph Pouille épouse Marie Joseph Sauvage à Lille le 30 juillet 1839, il déclare la profession de menuisier. A ma connaissance, le couple n'a pas eu d'enfants. Marie Sauvage décède à Lille en 1887, le couple demeure rue Voltaire, et Joseph meurt en 1892 rue Saint André. La domiciliation rue Basse à Lille en 1878 n'a pas pu être confirmée.

Le musée de l'Hospice Comtesse possède un violon fait par Joseph Pouille en 1889 :

source : Musée de l'Hospice Comtesse (Europeana)

Ce violon est attribué au Musée Industriel dans le catalogue de l'exposition Hel, avec une inversion des photos entre les pages 43 et 47.

Le nom de Joseph Pouille apparaît également comme réparateur de deux instruments de la collection Hel :
- une basse de viole, réparée en 1844
- un archicistre, réparé en 1874

J'ajoute ce violon daté de 1862, appartenant à collectionneur particulier.




Christian Declerck

mercredi 13 juin 2018

Les débuts de l'accordéon autour de Lille, Roubaix Tourcoing, 1, avant 1900

Dans les quelques études publiées sur ce sujet : Du bouge au Conservatoire de Jean Mag et Louis Péguri, Au Nord c'était l'accordéon de Roland Dewaele et surtout l'excellent De l'accordéon au trombone de Charles Verstraete, les auteurs nous brossent rapidement les débuts de l'accordéon, autour de Lille seulement pour les deux premiers, même Verstraete ne donne pas beaucoup d'infos sur ces premières années de la pratique de l'accordéon dans l'agglomération lilloise avant 1914. 
Il m'a semblé intéressant de rechercher les informations contenues dans la presse locale sur le site de la Bibliothèque de Roubaix et d'en faire une synthèse chronologique.


L'Indicateur de Roubaix et Tourcoing, 9 mai 1852



L'accordéon romantique

Sans surprise on commence au XIXe siècle. Première mention en 1852, Auguste Steiner, 14 rue de la Vieille Comédie à Lille, propose l'accords et réparations des pianos, orgues, harmoniums et accordéons. En 1859, la Valenciennoise Zoé Lecocq, pianiste et accordéoniste, âgée de 17 ans, aveugle de naissance se produit dans le grand salon de l'hôtel de ville de Roubaix. Au même concert on entend la Grande Harmonie de Roubaix, M. et Mme Arnold, M. Knorr, violoniste et M. Martin, ténor. Zoé Lecoq interprète notamment un pot-pourri sur des airs des chansons lilloises de M. Desrousseaux.  La même musicienne donne un concert à Lille l'année suivante, en présence de professeurs du Conservatoire et du chansonnier Desrousseaux en personne.
Toute l'année 1863 et une partie de 1864, Alexandre Toulet propose parmi ses instruments de musique, des accordéons, des harmoniflûtes et des serinettes. Il est également bijoutier, horloger au 13 rue Neuve à Roubaix. En 1866, c'est M. Nauwelaers, professeur aux écoles académiques de Tourcoing qui "tient un beau choix d'accordéons et harmoniflûtes de tous prix". Dernière publicité en août 1869, L. Mancel, 208 rue Solferino à Lille, fait aussi les accords et réparations d'accordéons. Mais l''accordéon romantique a vécu, il disparaît quelques temps après la guerre de 1870-71.

L'accordéon populaire

Décembre 1880, première mention d'un autre type d'accordéon, celui joué par les enfants qui mendient lors des fêtes locales. Autre pratique, en août 1882, un cabaretier de Roubaix est "pris en contravention pour avoir laissé jouer de l'accordéon dans son estaminet de la rue des Arts, à minuit, sans autorisation". Suivent plusieurs mentions de cabaretiers verbalisés pour cette même infraction au règlement de police. En 1885, Joseph Burlet, raccommodeur d'accordéons de nationalité belge et habitant Maubeuge, est arrêté pour fabrication de fausse monnaie. En 1889, "Quatre cabaretiers des rues Bernard Clabot, Magenta et Ste Elisabeth, ont la manie de faire danser leurs consommateurs au son de l'accordéon et cela sans autorisation de la police. Dimanche soir ils avaient posté aux abords de leurs établissements un espion qui les avertissaient de l'arrivée de dame police. Deux agent de garde à un bal public de la rue Lannoy ne pouvant les surprendre en uniforme se décidèrent à se mettre en civil. leur truc leur réussit parfaitement, car ils purent dresser procès verbal contre ces cabaretiers peu soucieux du règlement de police". Et il en est ainsi jusqu'en 1897, pas d'autre mention de l'accordéon que joué dans les cabarets en concurrence des bals autorisés où l'on jouait… de quels instruments ? comme ils sont autorisés, cela n'est jamais mentionné dans la presse, probablement des cuivres joués par les musiciens des harmonies, mais j'ai aussi relevé la présence, à Roubaix, d'un violoneux en 1882 dans un cabaret de la rue Magenta, chez Charles Lentgens.
En septembre 1897, apparition des premières publicités pour les accordéons allemands de Hermann Severing, à Neuenrade. En réponse, Joseph Gras fait publier une publicité qui propose un "immense assortiment d'accordéons en tout genre".



L'Indicateur de Roubaix et Tourcoing, 16 janvier 1898


L’Égalité de Roubaix et Tourcoing, 5 mars 1898



Les sociétés d'accordéon

En juillet 1900, on lit la première mention d'une société d'accordéon qui se produit pour le cortège de la Muse, à Lille "Les musiques de Lille assureront d'une façon complète le service du cortège. Deux musiques y assisteront pendant tout le cortège : l'Union des Trompettes et la Fanfare des Accordéonistes de Wazemmes". Tiens ! Wazemmes, c'est là que s'est ouvert, depuis peu de temps, le Conservatoire des Accordéoneux.

à suivre …
Christian Declerck


sources : L'Indicateur de Roubaix-Tourcoing, le Journal de Roubaix, l'Avenir de Roubaix-Tourcoing et l'Egalité de Roubaix-Tourcoing