vendredi 5 décembre 2025

Alexandre Desrousseaux

Mise en ligne le 24/1/2010
mise à jour le 5/12/2025 ajout de liens sur le texte de la revue 1932
 
 
En 1982 la ville de Lille fête le cinquantenaire de son beffroi. A cette occasion elle publie un disque hors commerce produit par les éditions Déesse – Septentrion.
Avec les interventions de René Pillot (directeur du théâtre La Fontaine), Nellie Laurence (chanteuse), Cyril Robichez (directeur du Théâtre Populaire des Flandres), André Georgian (chanteur), Jean-Louis Martin-Barbaz (directeur du Centre Dramatique National Nord Pas-de-Calais), Marief Guittier (du théâtre de la Salamandre), Jean-Pierre Heymann, Jean-Claude Casadesus, Liliane Ledun, Gilles Defacque, Daniel Hanivel, Henri Gallois, Robert Lefebvre.


Cliquez pour agrandir

On y trouve deux plages en rapport avec le thème de ce blog :
- Jacques Lannoy (carillonneur de Douai) joue sur le carillon ambulant régional Le Petit Quinquin d’Alexandre Desrousseaux
- un extrait du spectacle "La Revue" par la Compagnie Jean-Marc Chotteau qui chante La Bière d’A. Desrousseaux, accompagné par Laurent Claeys (violon), Eric Dehenne (piano) et Patrice Heuguebart (accordéon).

pour les représentations, Laurent est remplacé par Gérald Ryckeboer
La Revue a été diffusée sur FR3 Nord-Picardie, le 31/8/1983

source : Le Progrès de Cornouaille

Les premières pages de La Revue ou 1932 sont disponible  ICI
 
source : Gallica

source : archives municipales de Lille

Le p'tit quinquin et La bière


.o0o.

On m'a demandé de mettre la totalité du disque

01-Le petit quinquin
Jacques Lannoy joue sur le carillon ambulant régional le petit quinquin de Alexandre Desrousseaux

02-La légende de Lydéric et Phynaert
La légende de Lydéric et Phynaert contée par René Pillot Directeur du Théâtre La Fontaine, Centre Dramatique National, Nord Pas-de-Calais, de l'Enfance et de la Jeunesse

03-Ville de Lille
Nellie Laurence chante Ville de Lille - Michel Robakowski - J.C. Daigle - arrangement J. Buisine

04-Le plat pays
Cyril Robichez dit Plat Pays de Jacques Brel

05-La bière
Extrait du spectacle La Revue par la Cie Jean-Marc Chotteau qui chante La Bière d'Alexandre Desrousseaux - Laurent Claeys (violon) - Eric Dehenne (piano) - Patrice Heuguebart (accordéon)

06-Le temps des cerises
Jean-Louis Martin-Barbaz, Directeur du Centre Dramatique national Nord Pas-de-Calais dit Le temps des cerises de Jean-Baptiste Clément

07-Entendre une chanson
Le Centre d'Animation Culturelle l'Esplanade à Tourcoing, sous la direction de Patrick Dréan, propose André Gorgian accompagné par Yves Caudron dans Entendre une chanson de Brule-Maison, musique André Gorgian

08-Le vivat flamand
Tertous et Compagnie jouent et chantent le Vivat Flamand

09-L'Internationale
Version de Didier Debril du Groupe de Création des Musiques Contemporaines de Lille - Programme de synthèse de la voix chantée par ordinateur à l'Ircam (X. Rodet et M. Bennet)

10-Contre
Marief Guittier de la Salamandre, Théâtre Nationale de la Région Nord Pas-de-Calais. Contre d'Henri Michaux

11-La complainte du bel éclusier
Théâtre de Villeneuve d'Ascq (La Rose des Vents) - Le Théâtre de la Planchette) Pierre-Etienne Heymann dit La Complainte du bel éclusier de Louis Foucher (extrait)

12-La symphonie fantastique (valse)
L'Orchestre National de Lille et son Directeur Jean-Claude Casadesus ont choisi un extrait de la valse du 2e mouvement de la Symphonie Fantastique d'Hector Berlioz

13-Mon enfance captive
Liliane Ledun dit Mon enfance captive d'Albert Samain

14-Sonnet
Gilles Defacque du Théâtre du Prato dit Sonnet de Simons

15-La Scarpe
Le Centre d'Animation Culturelle de Douai - Direction Roland Poquet, présente La Scarpe de Marcelline Desbordes-Valmore

16-Ouverture du roi d'Ys
L'orchestre de l'Opéra du Nord sous la direction de son chef Henri Gallois : L'ouverture du Roi d'Ys, d'Edouard Lalo

17-Toi Flandre
Robert Lefebvre dit Toi Flandre d'Emmanuel Looten

18-Prélude n°2 sur les résonances des cloches
Jacques Lannoy, maître carillonneur, professeur de l'Ecole Française de Carillon de Douai et Tourcoing interprète sur le carillon ambulant de Douai-Nord Pas-de-Calais Prélude n°2 sur les Raisonnances [sic] des cloches de Robert Lannoy (1915-1979, ancien Directeur du Conservatoire de Lille)


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173 téléchargements au 1/6/1013


jeudi 4 décembre 2025

Chanter sur l'air de...

Merci à Maxou et Agnès de m'avoir transmis cette info

 

actes du colloque Usage et pratiques des timbres du Moyen Âge à nos jours

Sur tous les continents, à toutes les époques, d’innombrables poètes, experts ou amateurs, ont composé ou composent encore leurs vers en les chantant sur un air préexistant. Le mot timbre désigne ordinairement cet air connu ou supposé tel à partir duquel on écrit et l’on chante de nouvelles paroles, sur l’air de… Cette pratique, qui semble universelle, a engendré un foisonnement considérable de textes et de recueils, qui relèvent à la fois du corpus poétique (ce sont des vers) et du corpus musical (ils sont destinés au chant).
Attesté dès l’Antiquité tardive et utilisé au Moyen Âge dans le cadre de la centonisation, le principe est largement repris dans les siècles suivants où l’on parle de parodie, de contrafactum ou de vaudeville, ce dernier se constituant même en genre musical. La pratique est commune à toutes sortes de répertoires : des chants et cantiques populaires, des chansons spirituelles, des noëls, des messes. On la retrouve sur la scène des théâtres, dans les sociétés de caveaux, les goguettes, les cabarets de chansonniers. Elle inspire encore volontiers les chansons de soldats, les chants de manifestations, de résistances, les spots publicitaires, les banquets et autres cérémonies festives. Les motivations sont diverses : reprise d’un air à une époque où la question des droits d’auteur ne se posait pas, démarche didactique ou prosélyte sollicitant la mémoire collective, subversion parodique à visée politique, exploitation d’une chanson à succès dans une autre langue (l’exercice peut alors relever de la traduction, de la paraphrase poétique), etc. L’examen des diverses pratiques engage donc à réévaluer la pertinence d’oppositions courantes mais souvent discutables comme savant et populaire, écrit et oral, citadin et rural.
C’est un questionnement interdisciplinaire sur cet immense corpus qui inspire le présent ouvrage. Il apporte de nouveaux éclairages à la fois littéraires, historiques, musicologiques et anthropologiques sur ce procédé infiniment fécond, en remettant en question, le cas échéant, le caractère « mineur » des genres auxquels cette pratique a donné naissance, et sans jamais perdre de vue la dimension essentielle de performance. Sont envisagés notamment l’étude et la comparaison des sources (chansonniers édités ou manuscrits, recueils de la Bibliothèque bleue ou de colporteurs), la question des supports contemporains, les aspects sociaux (acteurs, lieux, interprètes, destinataires) et artistiques (écriture musicale, poétique), les relations avec les musiques de danse, les mécanismes intertextuels et intermusicaux, la place de ce type de productions poético-musicales dans la réflexion théorique littéraire, le sens qui se dégage de l’usage de timbres militants, prosélytes, confessionnels ou éducatifs, les réappropriations de timbres « anciens » dans leurs différents contextes, sacré ou profane, public ou privé, de rue ou spectaculaire.
Cet ouvrage, d’une envergure largement inédite, est le fruit de quatre journées de colloque tenues en 2021 et 2022 avec le concours des universités de Paris (Sorbonne Université, Paris Cité), Poitiers, Rouen, Reims et Tours. Il éclaire la diversité de ces corpus de manière interdisciplinaire, depuis les origines du phénomène à nos jours.
C'est ICI 
 
Retrouvez ce thème sur ce blog :

 

vendredi 7 novembre 2025

Maurice Cornette, souvenirs d'un musicien

mise en ligne le 20/10/25
mise à jour le 6/11/25 : la vidéo ne l'affichait plus avec Firefox, j'ai ajouté un lien direct
mie à jour le 7/11/25 : ajout d'une photo et un recueil de partitions


En 1983, l'association Het Reuzekoor publie dans sa revue Plach'iou, un entretien avec Maurice Cornette, musicien coudekerquois né en 1895. Il a connu le Dunkerque d'avant les deux guerres, pratiqué toutes les musiques : harmonies, accompagnement de films muets, concerts dans les cafés du centre ville et de la plage, bals dans les même lieux et après les bandes de carnaval. Dans le même temps, il était professeur à l'école de musique de Coudekerque-Branche. Il nous livre un témoignage unique et très détaillé sur sa pratique, ses rencontres, et l'ambiance de cette "belle" époque.
 
L'article est intéressant, mais le plus intéressant c'est son entretien, enregistré sur cassette par Maryse Collache qui a été conservé par l'association. Ce qui permet de compléter le texte. On a en prime les interventions de sa fille Odette et de son beau-fils, Roger Deblock, qui complètent sa mémoire parfois défaillante.
Maurice nous parle de son apprentissage du solfège en 1906, avec un voisin, Lucien Dimanche (1880-1955), petit neveu de Stéphanie Dimanche, plus connue sous son surnom de Manootje. Il intègre rapidement la société des Amis Réunis de Coudekerque-Branche, concurrente de l'harmonie catholique (surnommée les Blincke Piche).
Puis ses qualités de bon musicien le font embaucher dans les cirques qui s'installent pour un mois chaque année en janvier sur la place Jean-Bart : Le cirque Palisse, le cirque Pourtier et le cirque De Jonghe. Il se fait donc remplacer chaque année de son emploi de trombone solo à l'orchestre du théâtre de Dunkerque pour jouer dans l'orchestre du cirque. Il est musicien au théâtre d'octobre à mars, sauf en janvier, ce qui lui fait un second emploi que lui reproche son chef de service (il est employé de la société du gaz). Il est membre des artistes musiciens de Dunkerque de 1921 à 1979.
Il accompagne tous les ans les conscrits après le conseil de révision, pour une tournée des bistrots, salles de bals et maisons closes de Dunkerque et sa région. Son expérience de musicien formé au cirque lui permet d'être embauché dans les cinémas, il faut s'adapter très vite au déroulé de l'action comme au cirque. Il débute au cinéma l'Aviation rue de la Gare à Coudekerque-Branche, puis au Palais Jean-Bart, place de la République à Dunkerque et aussi au Royal Cinéma, place Jean Bart.
L'hiver il joue dans l'orchestre du théâtre, mais aussi au café des Arcades puis l'été il joue dans l'orchestre du café Belle Vue sur la plage de Malo les Bains avec ses amis des Arcades : René Cordier, le pianiste et chef d'orchestre, Marcel Périn, au violoncelle, Arthur Dehon et Louis Dondeyne, aux violons, Fernand Canpon à la trompette et Maurice au trombone.
Il n'a pas joué dans les bandes de carnaval, mais surtout dans les bals, et principalement le grand bal masqué du théâtre. Dans les années 1970 il est sollicité par son petit-fils Michel Deblock pour apprendre le solfège à ses amis musiciens du carnaval qui viennent de former le groupe Les Kakesteks avec Roch Vandromme, mais c'est une autre histoire…

la vidéo que j'ai réalisée à partir de l'enregistrement est ICI



 
photo Jean-Charles Bayon (1980)
 
*****
 
Merci à Roch pour cette rare photo des Kakestecks prise à la patinoire de Dunkerque, à la fin des années 1970. 
On y voit : (1) "Moustique", [qui se souvient de son vrai nom ? il a tenu un café à Coudekerque Bche sur la place de la République] ; (2) Patrick Truquet ; (3) Gérard Truquet ; (4) Yves Autret ; (5) Gilles Allaert ; (7) Jean-Luc Thienpoent ; (8) Antoine Delbende ; (9) Yves Buffet ; (11) Stéphane Deconinck ; (12) Roch Vandromme ; (13) Maurice Cornette ; (14) Claude Devos ; (15) Yves Ardaens ; (16) Michel Deblock


Roch m'a aussi confié ce recueil manuscrit de musique, rédigé par Maurice Cornette pour ses "élèves", on y retrouve sans doute les airs qu'il jouait dans les cafés et les bals avant guerre, mais aussi et surtout quelques airs du carnaval dunkerquois.
- Le Moulin de Suzette, one step
- La Caissière du grand café, scottisch
- Frou Frou, valse
- Le Téméraire, marche
- Rose Marie, marche
- Indicatif,  marche
- Marie je t'aime, Et quand on s'aime, marche
- Trinck, Trinck, Brederlein Trinck, valse
- Le Corso blanc, scottish ou polka
- La Valse brune
- Quelques airs dunkerquois : On dit qu'Dunkerque est mort, Ah ! ce qu'il a l'air bête, Met ton p'tit cul sur la glace, Manotje, Pêcheurs d'Islande
- Quelques airs connus : Y'a des loups, Toutes les f...., N'achète plus d'allumettes, J'aime le jambon et la saucisse
- Les Pierrots, marche
- 14 juillet, marche
- Le Frisé, marche
- Ouiche Ouiche, marche
- La Petite Tonkinoise, scottisch
- Caroline, one step
- Tant qu'il y aura des coqs dans un village, il y aura des poules à surveiller, one step
- Dans les jardins de l'Alhambra, scottisch
- Le Petit chapeau tyrolien, one step
- Trou la la itou !




mercredi 5 novembre 2025

Le répertoire du carnaval à Dunkerque


photo Bernard Cartiaux

Le répertoire du carnaval et sa transmission
mémoire de fifre

Intervention à la journée d’étude participative du vendredi 24 novembre 2023 au MTVS de Fourmies, colloque sur les appropriations créatives concernant les MUSIQUES POPULAIRES DES HAUTS-DE-FRANCE, journée organisée par Sophie-Anne Leterrier de l’Université d’Artois, dans le cadre de l'expo Musiques en pièces

programme

Le carnaval de Dunkerque est une fête traditionnelle, depuis longtemps très enracinée, aujourd’hui très médiatisée, qui ne cesse d’évoluer, de se transformer, par les appropriations créatives aussi bien collectives qu’individuelles, propres à ce type de manifestations traditionnelles non strictement codifiées.

Ce carnaval recouvre la traditionnelle Bande des pêcheurs (vischerbende), ses répertoires fifres et fanfare (cuivres), les chansons qui y sont chantées et le parler Dunkerquois qui donne une saveur particulière à ses chansons.

Son enracinement – Sa malléabilité

Rapide historique.
Du carnaval au XVIIe et au XVIIIe siècle, on ne sait quasiment rien si ce n’est qu’il était déja très prisé. Au XVIIIe siècle, l’évocation des discussions des autorités diverses pour savoir quoi faire pendant les périodes de guerre ou de troubles comme pendant la Révolution, nous montre clairement que la détermination des Dunkerquois à faire, en toutes circonstances, le carnaval, pèse lourd dans les diverses prises de décisions (J. Denise, Carnaval Dunkerquois, page 18 et 19) Comme à cette période le carnaval en soi n’est pas documenté, a fortiori, nous ne savons presque rien des pratiques et n’avons aucun document graphique ni partition musicale.
C’est au XIXe siècle que nait l’intérêt porté à ce genre de manifestations. La documentation sur le sujet s’enrichit donc énormément. Nous en retiendrons que dans la première moitié du siècle, c’est la vischerbende qui prend le dessus et devient la figure de proue du carnaval.
Dans la deuxième moitié, la langue flamande perdant du terrain, le carnaval change de langue. On assiste donc à la création progressive d’un nouveau répertoire en français.
Au XXe siècle, il y a une interruption pendant la guerre1914-18, puis un redémarrage progressif. En 1927, la bande prend un nouveau visage avec l’adjonction de la fanfare à la traditionnelle clique de fifres et tambours qui, depuis le début, menait la “troupe”. Cette nouveauté fait suite à plusieurs tentatives en ce sens, qui furent diversement appréciées. La “ bande” se passe depuis lors en deux moments dictincts : la marche avec les fifres, le chahut avec les cuivres.
 
Arrêt durant la guerre de 39-45.
En 1946, redémarrage, grâce à un groupe d’inconditionnels qui parcourra, en chantant, les rues de la ville en ruines !
 
Notre Carnaval à Nous
Dans les années 70, dans une période qu’on qualifiera de favorable, (régionalisme, défense des langues et patrimoines locaux), nous nous réapproprions à notre tour, le carnaval. Le carnaval, tel qu’il était dans les années 60, était extrêmement bon-enfant, toutes classes d’âge confondues. Les enfants faisaient la ronde à deux pas de la musique, sans danger !
Le répertoire musical était limité au répertoire ancien, sans nouvelles créations, les musiciens nous jouaient en nouveautés, des airs à la mode, sans paroles dunkerquoises (ex : le P’tit chapeau tyrolien, le Travail c’est la santé, Yellow Submarine, etc.)
 
Il était temps de faire bouger un peu les choses !
En 1974, se créent les Kakestecks, fanfare indépendante, que je m’empresse de rejoindre. Les instrumentistes, pour la plupart novices, qui la composent, n’ont d’autre but que de prolonger la fête, en créant d’abord une après-bande à Dunkerque et une avant-bande à Malo, puis les avant et (ou) après-bandes à Dunkerque, Malo, Rosendael...
Peu de temps après, en 1977, à l’initiative de Jean DENISE, avec Jean Chatroussat, Jean Wispelaere, Serge Blanckaert, et moi même, est effectué un travail de recherche et de collectage pour l’ouvrage Les enfants de Jean Bart, édité par Les Corsaires Dunkerquois.
Dans la foulée, Jean Denise crée sa propre maison d’édition, Westhoek Éditions, pour promouvoir des ouvrages à vocation régionale, et édite en 1979, le disque “Dunkerque en Flandre” avec le Pot-pourri du carnaval dunkerquois par les Kakestecks.
Nous (les Kakestecks) profitons de ce qui a été retrouvé pour élargir les répertoires anciens et par les avant et après-bandes, nous réintroduisons les mélodies et airs divers qui nous plaisent.
Derrière nous se regroupent des carnavaleux fervents qui sont de plus en plus nombreux et qui deviennent les Indépendants (par opposition aux associations philanthropiques et carnavalesques).
Dans les années 80, dans un esprit similaire, mais d’avantage tournés vers les “chapelles”, se créent Les Prouts, qui vont formidablement renouveler le répertoire chanté.
Pour compléter le tout, il faut noter aussi, à partir de ces années, le changement qui s’est opéré au sein même de la fanfare “officielle” où, grâce à des “chefs de bandes”, notamment Christophe Denys à Dunkerque, le répertoire s’est considérablement enrichi. Très à l’écoute de ce qui se passait, soucieux de ne jouer que du répertoire à texte dunkerquois, il a porté de nombreuses créations nouvelles dans le répertoire de la bande. Ce phénomène toucha également et très vite les autres musiques, celle de Saint-Pol-sur-Mer en tout premier lieu.
 
En 1991 – Guerre du Golfe et annulation du Carnaval
La “Bande Annulée.”
La mouvance indépendante (Kakestecks et Indépendants), très vite rejointe par des musiciens “officiels” et des “chefs de bandes”, organise de bout en bout un carnaval non officiel, très bien relayé par La Voix du Nord, et prouve ainsi l’indépendance des Dunkerquois et leur attachement à cette fête. Un précédent est créé ! En 2022, pour cause de Covid, une interdiction préfectorale (suivant celle de 2021) est décrétée. Les carnavaleux encore une fois, outrepassent l’interdit. En ces deux occasions particulières on peut encore parler de réappropriation collective, tout se passant sans le concours des municipalités et même en opposition à leurs décisions !
 
Le Répertoire
En quoi consiste le répertoire chanté ? Comme nous l’avons vu, le répertoire initial était en Flamand. Nous en avons quelques traces dans l’ouvrage d’Edmond De Coussemaker, “Chants populaires des Flamands de France” (1853). On notera la stricte séparation des répertoires : le carnaval et les chansons maritimes. En ce qui concerne les chansons de carnaval, il s’agit de chansons comiques et de genre, une dizaine si on compte en plus de celles qui sont clairement répertoriées, celles notées en 1857 dans un fascicule carnavalesque, (probablement rédigé par Alfred Morel), édité pour une bonne oeuvre et pour remettre en tête des Dunkerquois, quelques chansons en Flamand. Ce répertoire chanté était évidemment joué par les fifres. Seuls l’air du Reuze et celui du Carillon de Dunkerque, sont encore joués. Restaient, il y a quelque temps, quelques bribes d’autres chansons en flamand, mais elles ont disparu ces dernières années. On notera l’inventivité collective: ainsi “kom nie mee na boven” (en Flamand, “viens avec moi là-haut”) devient “comme elle est belle la bande”!
Entre la fin du second empire et la première guerre se crée donc tout un nouveau répertoire en Français, répertoire chanté et joué en période de carnaval (mais pas nécessairement dans la bande elle-même). La fanfare municipale participe aux festivités, (tout comme le carillonneur) mais n’est pas directement en lien avec la bande.
Elle joue un répertoire dit “de carnaval “. Ce nouveau répertoire est constitué de :
- Créations anonymes ou collectives, sur base d’airs militaires ou autres.
- Créations dues à des chansonniers dunkerquois (H. Bertrand, le plus connu, et bien d’autres)
- Airs à la mode dans la France de l’époque (Vincent Scotto et autres).
A partir de 1927, le répertoire se scinde plus clairement avec l’adjonction définitive de la fanfare à la bande elle-même. Il en résulte :
- un répertoire de fifre (qui semble être un peu réduit ), pour la marche.
- un répertoire de cuivre pour le “chahut” ou “Tiens bon d’sus”.
Et parfois un air lent, joué par la fanfare (Donne un zô, Manotje, éventuellement, Elle travaille à la Filature. )
Une bonne partie de ces répertoires existe toujours et constituait l’essentiel de l’héritage qui nous est parvenu après la seconde guerre mondiale.
Depuis les années 80, comme je l’ai déjà mentionné, la tradition de la chanson dunkerquoise est remise à l’honneur en premier lieu par les Prouts. Elle poursuit l’oeuvre des chansonniers, qui avait déjà elle-même trouvé des successeurs : on se souvient de Jean Chatroussat, Jean Wispelaere, Jean Jaecques avec leurs petits carnets de chansons !
Il est important de noter que pour avoir sa place au carnaval, toute chanson se doit (à quelques exceptions près) d’avoir un texte avec un minimum de “parler” dunkerquois.
Le premier auditoire des Prouts fut celui des “chapelles”, puis des cafés. Mais c’est avant tout par le disque qu’ils se font connaître. Et aussi par la scène.
Les disques de carnaval existaient depuis la 2e guerre mondiale, mais il ne s’agissait alors que de disques d’ambiance, où se jouaient des pots pourris, plutôt dans l’esprit des bals, avec chanteurs à la voix d’opérette, n’ayant pas d’accent dunkerquois, et avec un tempo accéléré.
Les Prouts interprètent des chansons de leur cru, sur des musiques souvent originales mais aussi sur des airs connus de leur choix. Leurs sujets prêtent souvent à rire et les paroles sont d'un dunkerquois à toute épreuve, j'entends par là le langage et les tournures ! Certaines de ces chansons sont rentrées dans le répertoire de la bande bien que n’étant pas forcément créées pour cela. D’autres chansons ont aussi été créées par des auteurs anonymes ou clairement identifiés, enrichissant ainsi énormément le répertoire global du carnaval.
 
Thèmes généraux des chansons du carnaval actuel
Bien que la bande soit nommée “des pêcheurs” on ne peut pas dire que la vie de marin ou la pêche soient de fait un sujet central. Dans le vieux répertoire, comme dans l’actuel, les thèmes comiques sont toujours de mise avec bien sûr les railleries sur les femmes, (ou certaines fois des versions inversées), sur le mariage, l’amour, etc. Des figures locales, bien sûr, peuvent être évoquées/célébrées et puis des chansons (comme souvent) sur tout et n’importe quoi 
 
Thème de la pêche à Islande
Bien que le carnaval originel et la pêche à Islande n’aient pas de véritable lien entre eux, la croyance quasi générale est que la fête pour-boire (foye) que faisaient les pêcheurs à Islande avant l’embarquement, est à l’origine de la Bande des pêcheurs. Le répertoire ancien du carnaval est sur ce sujet quasi inexistant sauf : Donne un Zô , Ah! c’ qu’elle est courue, voire Rose la poissonnière. Donc, logiquement, ce sujet est désormais présent de manière allusive ou vraiment traité par quelques chansons (“depuis 3 jours”, ”dans ta tête, tu fais encore la bande”). Il n’en reste pas moins relativement discret.
La bande devient un sujet : avant on se contentait de la chercher, maintenant “à DK on fait la vichersbende […]”
 
On la décrit dans les chansons :
- ”l’avant bande” : le matin avec les Kakestecks
- “tiens bon la bande” : dans la pagaille des rangs
- ”le fatigant”, le cazin qui veut y mettre de l’ordre
- ”le rigaudon final
- ”l’après bande” : de l’incompréhension de certaines femmes devant le bien-être de leurs hommes partis faire la fête !
S’il fait très très froid en Citadelle, ça donne “quand la pisse elle gèle
Au carnaval tout est permis… nous donne une idée de ce qu’un masque pourrait faire...
On peut dire que c’est un sujet vraiment nouveau du répertoire.
 
L’émulation est générale. Après le mouvement de réappropriation de la fin des années 70, jusqu’à la fin des années 90 (avec le temps fort du carnaval annulé de 1991 comme nouveau déclic), le nombre des petits groupes de musiciens et chanteurs n’a cessé d’augmenter, les créations de nouvelles chansons de même. Ce mouvement ne semble pas faiblir pour le moment, même si, en ce qui concerne les nouveaux morceaux, rien n’émerge vraiment. Les Prouts restent la référence principale.
 
En conclusion, on peut dire que vraisemblablement, le répertoire global du carnaval n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. Et ce, comme je viens de le dire, grâce aux nombreux paroliers, musiciens qui rivalisent d’inventivité, tout en restant dans une grande tradition qu’on qualifiera de dunkerquoise !
En ce qui concerne l’avenir de cette fête, les interrogations sont nombreuses. La municipalité vend le carnaval comme un des grands atouts de la ville, en mettant en avant la grande convivialité qui y règne (et qui est bien réelle d’ailleurs). Il en résulte un grand afflux de touristes qui viennent “consommer” la fête sans en rien connaitre. On note également que les nouveaux habitants de l’agglomération s’y intègrent facilement mais en ignorent généralement les fondamentaux, à savoir les chants, la “tournure d’esprit” et le parler dunkerquois (qui subsiste principalement à cette occasion ).
D’autre part, aucune contrainte n’est imposée aux commerçants, notamment les cafetiers, qui diffusent des musiques d’ambiance (non dunkerquoises) à des puissances sonores qu’aucun groupe musical ne saurait couvrir. Ceci nuit énormément à l’ambiance et au caractère de cette fête. Il ne faudrait pas, comme ça commence à se produire, que le carnaval à Dunkerque même, soit privé des Dunkerquois, qui se réfugient déjà dans les multiples bandes environnantes…
 
Roch Vandromme
Novembre 2023
 
 
aquarelle de René Cotinot (1888-1978), 1927 (extrait)


Pipres et piprelours, par Roch Vandromme

publié le 24/4/2015
mise à jour le 511/2025
 
 
Carte postale, dessin de Fernand Brasseur (1887-1965)

A Dunkerque, ville de Flandre française, si on entend le son du fifre, c’est presque exclusivement pendant la période du carnaval. Ces jours-là, pipres et piprelours sont de sortie.

Petit Historique

Avant de devenir un port de commerce à la fin du XIXe siècle, puis un port industriel, Dunkerque fut longtemps un grand port de pêche (au hareng, puis à la morue), et de par sa situation géographique, un port corsaire et une place forte militaire importante. Le carnaval a gardé la trace de ce passé. Il est d’essence maritime. Il s’agit de la bande des pêcheurs, « vischersbende » en flamand, qui n’était à l’origine que partie des anciennes mascarades, et qui en est devenue au XIXe siècle le tout, probablement parce que le plus caractéristique et le moins formel des groupes ou bandes. Et cette bande déambule, au moins depuis le XIXe siècle, au son du fifre et du tambour, formation instrumentale qui fut introduite, ici comme partout, par les mercenaires suisses.
Dès le XVIe siècle, du temps des Pays-Bas espagnols, il y a des fifres dans la région. L’achat d’un fifre dans la Châtellenie de Furnes en 1524, en est le plus ancien témoignage. Fifres et tambours accompagnaient probablement déjà les guildes militaires et les confréries. Sur un tableau de 1633 représentant la guilde Sainte Barbe (actuellement au Musée des Beaux-Arts), on voit un joueur de fifre accompagné de deux tambours. Cette présence du fifre militaire dans la ville fut encore renforcée dès le début de la période française (1662), par les cliques des nombreux régiments qui y séjournaient : régiments écossais, suisses, de la Fère, etc… , qui avaient des cliques de fifres et tambours. De même qu’ils participaient aux principaux offices religieux, les instrumentistes de ces formations devaient probablement participer aux fêtes locales (les processions et mascarades), leur présence n’excluant d’ailleurs pas d’autres musiciens.

Déjà, du temps des Pays-Bas espagnols, fifres et tambours avaient gagné la sphère de la musique populaire ; le jour de la kermesse, à la Saint Jean, avait lieu une procession réunissant les corps de métiers, les confréries, les couvents, le clergé et les autorités de la ville. Cette procession s’agrémenta dès le XVIe siècle d’éléments plus spectaculaires tels les danseurs d’épée (dès 1519), puis le géant de la ville, et enfin des chars avec danseurs et musiciens. Nous avons trace à Bollezeele, non loin de Dunkerque, de fifres et tambours accompagnant les danseurs d’épée (1662-1663). Plus tard, vers 1750, dans une gravure descriptive de la procession de la Saint Jean, nous voyons un fifre (ou une flûte ?) et deux tambours, devant les confréries Sainte Barbe et Saint Michel. Peut-être d’ailleurs étaient ils plus nombreux que ce qui nous est montré. Le géant de la ville, le Reuze, (géant en flamand), ferme la procession. C’est un géant d’osier et de carton peint, comme on en trouve dans tout le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique, héritage de la période espagnole. Celui de Dunkerque est l’un des plus anciens et des plus connus. […]
 
La suite : mise à jour en janvier 2026 :



Les photos : 
 




les fifres dans la bande des pêcheurs

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Texte publié dans les Actes du colloque Pifres, pifraires, Fifres et sonneurs de fifre qui s'est tenu à Cordes (Tarn) en décembre 2013.



édité par l'association CORDAE/ La Talvera

Sommaire :

Claude Ribouillault : L'univers des tambours & fifres. Histoires, géographie, substituts & confusions
Daniel Loddo : Pifres e pifraires dans l'Albigeois et les régions limitrophes
Claudie Achard : Hautbois, fifres et Poulain à Pézenas du XVIIe au XXIe siècle
Wim Bosmans : Fifre et tambour en Flandre
Adrien Laduron : L'origine du répertoire pour tambours et fifres en Entre-Sambre-et-Meuse
Pierre-Jean Vandersmissen : Les marches folkloriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse
Roch Vandromme : Pipres et piprelours
Xavier Vidal : Fifres & tambours pour les fêtes de la Pentecôte à Moissac
Jean-Michel Veillon : Fifre et flûte en Bretagne : origines et évolution
Alain Charrié :  Le renouveau du fifre en Bas-Languedoc
Guido Raschieri et Hario Meandri : Fifres et tambours du Carnaval historique de la ville d'Ivres
Christian Vieussens : Fifres et ripataoulères de Gascogne, histoire(s) d'un réveil
Thierry Cornillon : L'itinéraire d'apprentissage d'un fifre de Vésubie
Carlos Valverde : Le pifano brésilien
Daniel Loddo : Pifre, pifre o pifano, un curieux va et vient musical entre l'Occitanie et le Brésil
Guilhem Boucher : Le mot pifre : un abîme de tubes & et de souffles
Thilo Hirsch :  "Colin tan plon". Les fifres et tambours de la Grande écurie et des Gardes Suisses à la cour de France, et leur traces dans le carnaval de Bâle
Pierre Laurence : Joueurs de fifre en Bas-Languedoc : implantation géographique et contextes de pratique instrumentale





mardi 14 octobre 2025

Une cloche du carillon de Dunkerque du XIXe siècle

 Elle a survécu au bombardements de 1940/45, et aussi à la fonte, comme ses sœurs qui ont certainement disparu pour fabriquer les cloches du carillon actuel
 
Elle porte plusieurs mentions :
- la signature du fondeur : ALJ VAN AERSCHODT SVCCESOR AL VAN GHEYN 1852
- au bas est gravé : La ville de Dunkerque à Paul Cappelle petit-fils d'Adolphe PIETERS, carillonneur de Dunkerque 5 Nov 1950
Elle est dans les collections du musée des Beaux-Arts de Dunkerque, ancienne cote n°473
Elle donne un LA
dimensions : hauteur 235 mm, diamètre 190 mm

photo Patrick Delaval

Elle a donc été fondue par André Louis Jean VAN AERSCHODT (1814-1888) fondeur de cloches à Louvain, successeur de son grand-père André Louis VAN DEN GHEYN (1727-1790)
 
Tous  les carillonneurs dunkerquois l'ont fait sonner. Le premier est Théophille MANOTTE, jusqu'en 1860, puis François Adolphe Bernard PIÉTERS (1832-1901) et ensuite son fils Adolphe Michel Édouard (1872-1932).
Paul CAPPELLE (1879-1952) est un écrivain, journaliste au Nord Maritime.
 
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photos Patrick Delaval
 
Le musée conserve cette seconde cloche, plus ancienne. Elle est datée de 1637 et provient de l'ancien hôpital Saint-Julien. Elle a été classée Monument Historique le 7 octobre 1935
Avec cette inscription : AMOR VYNCIT OMNYA
Elle donne un SOL
dimensions : hauteur 230 mm, diamètre 220 mm