Paul Bocuse (1926-2018) : collectionneur d'orgues mécaniques
Alain Vian (1921-1995) : antiquaire
Paul Florein (1889-1971) : noteur d'orgues à Sète, et compositeur
Albert Ameloot (1920-2006) : café des Orgues à Herzeele
Paul Bocuse évoque M. Florein et Marc Fournier présente son orgue Paul Florein à 18mn, et nous fait entendre une Marche de sa composition
Le documentaire commence avec quelques plans tournés à Herzeele, au café des Orgues puis y retourne à 21:38 pour l'interview d'Albert Ameloot et plusieurs plans des danseurs.
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"Elle s'appelle Claire Ameloot [1923-2008], avec deux o puisqu'on est en Flandre, mais à Herzeele, avec deux e, tout le monde dit Mamie. Et, le dimanche après-midi, c'est le moment de gloire pour Mamie. Installée à la passerelle de commandement du Café des Orgues, devant un tas conséquent de canettes mises au frais, Mamie accueille son monde ; Grands parents, adultes dans la force de l'âge et même les petits enfants, ceux qui n'ont juré que par U2 ou les boîtes de nuit et qui, un jour, comme tout le monde, abjurent les mirages de la technologie et vont hasarder leurs baskets sur le plancher glissant de chez Mamie. Ensuite, ce n'est qu'une question de minutes. Les vieux montrant et les jeunes copiant, tout le monde se retrouve à rocker, valser, paso-dobler, et oser d'autres pas que le journaliste ignore. Les grands-mères entre-elles, les rayonnantes jeunes femmes passant des bras de leur homme à ceux de leurs enfants, les mômes coincés se décoinçant, tout le monde porte sur son visage le sourire du bonheur. Tout ça grâce à quoi?
A trois somptueux orgues, ornés de fastueuses façades Arts déco et gros chacun, comme un semi remorque. Au total, 9 tonnes de tuyaux et de bidules tagada zim-boum, alimentés par du papier perforé et capables de jouer aussi bien du Bill Harley que Laisse mes mains sur tes hanches ou l'inoxydable Aaalexandrie-Aaalexandra. Quand on a entendu ces engins se déchaîner, avec leurs sifflets, leurs soufflets et leurs basses de paquebots en partance, n'importe quelle sono électrique a l'air d'un chuchotement calamiteux.
Aux Monuments Historiques, ce vacarme n'est pas tombé dans des oreilles d'ignorants. « Depuis quatre ans, explique Anne Lefèvre, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, nous étendons notre action au patrimoine de la vie quotidienne. Nous avons inventorié des arènes de combats de coqs, des clubs de tir à l'arc ou des estaminets comme le Café des Orgues. Ce dernier possède des machines uniques. Pour le moment elles n'ont rien à craindre. Mais à la moindre menace, nous les protégerons en bonne et due forme ».
Cet intérêt soudain n'extirpe qu'une moue à la Mamie d'Herzeele. « Ces orgues étaient la passion de mon mari. Dans sa famille*, ils promenaient leur limonaire de village en village et faisaient danser dans toutes les fêtes. Quand il a appris que trois orgues immenses étaient à vendre, cachés depuis la guerre chez un spécialiste belge, il a eu le coup de coeur. Il a passé des années à les restaurer. Maintenant ce qui compte, c'est que le monde continue à venir. Les monuments historiques, ça ne m'intéresse pas ». Il se fait tard. On sert des frites. Sur les visages, la joie se mélange à la sueur. Le tas de canettes a passablement diminué. Mamie est au comptoir à serrer les mains et à embrasser les joues. Dansez en paix, bonnes gens, le Café des Orgues à l'avenir devant lui…"
Télérama 17/09/1997
*Prosper Ameloot (1883-1973) est mentionné loueur d'orgues en 1924
La Voix du Nord
Coralie et Edouard Maillet nouveaux gérant du Café des Orgues
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quelques photos extraites du documentaire, qualité TV d'époque
harmoniphone Albert Florein collection Daniel Linard
Un grand souvenir [extraits]
Je n'en avais jamais vu de près, mais immédiatement, j'ai compris que c'était un orgue de forain. […] Une lettre arriva, timbrée de Sète et signée Paul Florein […] elle me disait qu'il était retraité, âgé, et qu'il vivait dans un petit pavillon à Sète où il s'était retiré pour se rapprocher de sa fille et de son petit-fils. Il disait encore que l'orgue dont je parlais était l'un de ceux qu'il avait construits, autrefois, dans l'atelier de Coudekerque-Branche exploité jusqu'en 1935 ou 1936 avec un frère. Les cartons spécifiques étaient de lui. […] L'orgue était prêt, révisé "j'ai modifié le jeu des bourdons, puis celui des basses, qui ne me plaisait pas, mais j'ai été estomaqué par le prix des peaux de chèvres pour les caisses […]
"Voyez-vous, jusqu'en 1928 ou 1930 à peu près, nous avions beaucoup de travail, avec les forains, très importants dans le Nord, puis en Belgique. Quand un orgue était en panne, ou bien on réparait sur place, très vite, ou alors il fallait sortir l'instrument pour le porter à l'atelier. Il fallait mettre alors en place un appareil en prêt, pour ne pas arrêter le métier, seulement les orgues étaient fort différents en genre, style ou tonalité. Alors, avec mon père, nous avions construit 2 ou 3 appareils très polyvalents avec une gamme étendue qui pouvaient remplacer, un temps, un peu n'importe quoi. C'est le cas du vôtre ; c'est un 41 touches qui couvre un éventail harmonique important. Alors j'ai noté des cartons en fonction de ça et on peut passer à peu près n'importe quoi. […] Vers 1931 1932, les électrophones sont sortis et en l'espace de 2 ou 3 ans les orgues n'ont plus rien valu. Nous avions en permanence 8 ou 10 appareils en atelier. Et, presque chaque jour un client nous appelait pour dire : "Non, je ne l'utiliserai plus, vendez-le, gardez-le, j'ai acheté un pick-up" alors j'ai dû tout laisser, vendre ce que je pouvais et à 70 ans, pour vivre j'ai appris à empailler les chaises, faire des canapés et des sommiers tapissiers."
extraits de l'album 33 tours Musique mécanique, collection Daniel Linard, 1983
Titres mentionnés sur la pochette : Valse, Mazurka, C'est pour mon papa, Mazurka (serait Fleurette), Intimité, valse et une Mazurka qui ressemble à une valse.
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Charles Albert Florein, le père de Paul, est né à Grande-Synthe en 1851, son père est originaire de Téteghem, sa mère fille de miliaire est née par hasard en Allemagne. Albert est d'abord charpentier à Heuringhem puis menuisier à Petite-Synthe en 1877 et à Loon-Plage après son mariage avec Elise Corsart, de 1879 à 1892. En 1897 il s'installe à Coudekerque-Branche, 21 rue de l'Eglise, il est toujours menuisier charpentier. Le couple a eu 7 enfants : Marie Jeanne (1881-1881), Maurice Joseph (1882-1967) Jeanne Sophie (1883-1973, Michel Charles (1886-1957), Gabrielle Marie (1888-1964), Paul Jules (1889-1971) et Anthime Léon (1892-1968). On ne sait pas comment il a apprit le métier de facteur de pianos automatiques et d'orgues de foire. La demande était forte avec 1914 (voir aussi la page consacrée à Simon Robino) La presse mentionne sa profession de facteur de pianos automatiques à l'occasion d'un litige fiscal en février 1924, pour défaut de déclaration de son chiffre d'affaire, le fisc lui réclame une contravention équivalente à 5 fois le montant dû. Son avocat plaide la bonne foi, mais le conseil de préfecture estime que la contrainte décernée tendant au paiement du quintuple du droit éludé est valable. En mai 1926, on annonce la liquidation générale d'instruments de musique de M. A Florein, 21 rue de l'Eglise, pour sortir d'indivision. Des pianos automatiques sont proposés à la vente à crédit, ainsi qu'un tour à fileter. Est-ce la conséquence d'un jugement défavorable ? Coïncidence, son épouse meurt en février 1923, et Albert décède le 5 mai 1927. Trois de ses fils reprennent l'affaire, dont la suite est racontée par Paul ci-dessus.
Christian Declerck
21 décembre 2020
sources : état civil, La Voix du Nord 8 et 15 septembre 1985, Le Nord Maritime 24 et 29 février 1924 et 20 mai 1926