lundi 17 mars 2014

Dunkerque, un carillon extérieur sur la tour

L'histoire du carillon et de la tour qui le protège est bien connue, mais je n'ai trouvé nulle part la mention que le carillon était extérieur à la tour. Or les cloches étaient visibles sur la face nord du beffroi comme le montre la gravure extraite de la Description historique de Dunkerque par Pierre Faulconnier, publiée en 1730.






En décembre 1836, après les réparations du carillon, la Feuille d'Annonces Judiciaires, Commerciales et Maritimes de Dunkerque publie la lettre d'un abonné :


Jadis et aujourd’hui

- Jadis on avait la manie de croire que le bois pouvait se pour­rir, et on avait revêtu chaque poutrelle du carillon d’une enve­loppe de plomb.
- Aujourd’hui que les progrès de la mécanique ont prouvé le contraire, on s’est contenté d’y passer une légère couche de pein­ture.

- Jadis les cloches réunissait à l’avantage d’avoir des sons agréables celui d’être d’accord.
- Aujourd’hui elles réunissent à l’avantage d’avoir des sons secs et durs, celui d’être d’une discordance parfaite.

- Jadis on pouvait dans l’espace de quelques heures changer les airs du carillon, parce que les touches étaient parfaitement ali­gnées, chaque pointe n’avait pas besoin d’être rectifiées à coup de mar­teau.
- Aujourd’hui cette besogne deviendra tellement longue et difficile, qu’elle pourrait bien nécessiter une nouvelle adjudi­cation au rabais.

- Jadis 160 tubes en cuivre, soudés à un pareil nombre de fils de fer, em­pêchaient l’eau de la pluie de s’introduire dans l’in­térieur de la méca­nique.
- Aujourd’hui que ces tubes ont disparu, elle coulera au moyen de ces mêmes fils de fer qui lui serviront de conducteurs jus­qu’aux chapes et aux touches qu’elle ira nécessairement rouil­ler.

- Jadis nous avions des heures entièrement en cuivre au ca­dran.
- Aujourd’hui elles sont pour la plupart en peinture.

- Jadis on entendait parfaitement le carillon du bout de l’esta­cade.
- Aujourd’hui il faut un temps bien calme pour l’entendre de la Porte du Quai.

- Jadis le carillon marchait jour et nuit.
- Aujourd’hui quoique son inauguration date de peu de jours, il est en­dormi, et grâce à un “coup de pouce”, on est parvenu à le ré­veil­ler à six heures du matin.

- Jadis ce carillon, rangé par gradation de cloches, se montrait aux yeux des habitans, et même de fausses cloches en plomb remplis­saient les vides, afin que l’œil n’en fut pas choqué.
- Aujourd’hui il est recouvert de planches qui n’ont pas même le mé­rite d’être placées à égale distance les unes des autres.

- Jadis un dunkerquois pouvait parler avec orgueil de son caril­lon.
- Aujourd’hui il baissera les yeux lorsqu’on lui rappellera son ancienne renommée, et se bouchera les oreilles à partir de la rue du Moulin jusqu’à la rue d’Angoulême, parce que plus loin on a l’avantage de ne plus l’entendre.

Cette lettre a certainement été envoyée par Henri Alliaume, le fabricant de piano installé place Jean Bart. Dans les numéros précédents, le journal avait publié un échange épistolaire entre Henry Le Paute et Henri Alliaume qui lui contestait la qualité de son nouveau carillon. On y apprend d'ailleurs que les cloches ont été fondues dans le canton de Roye (Somme) et que la mélodie jouée à l'heure était le chœur des chasseurs de Robin des Bois de Weber.
C'est sa remarque "Jadis ce carillon […] se montrait aux yeux des habitans" qui m'a interpellé. J'ai cherché dans les textes des historiens dunkerquois et des spécialistes des carillons, mais rares sont les études sur les carillons anciens, ou disparus et pour Dunkerque aucune mention que ce carillon  était en partie extérieur. C'était pourtant logique, à l'époque la ville se terminait au niveau du côté sud de la place Jean-Bart actuelle, donc le son du carillon ne devait être entendu qu'au nord de cette place, vers la ville et le port, jusqu'à l'estacade (actuel quai des Américains).



Dunkerque vers 1645



La trace des ancrages du carillon est toujours visible sur le mur de la tour, à l'extérieur et à l'intérieur.












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Jacques Martel, carillonneur de Bergues, m'a signalé cette photographie parue dans le livre de Prosper Verheyden, Beiaarden in Frankrijk, édité en 1926. Elle montre qu'une partie du carillon était toujours "pendue à la fenêtre" comme le dit l'auteur, hélas cette photo n'est pas datée.


collection bibliothèque du Comité Flamand de France


Merci à Philippe Masingarbe de m'avoir transmis cette reproduction.

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J'ajoute cette autre photo parue dans la revue Le Nord Illustré du 1er décembre 1913 où l'on aperçoit au fond les petites cloches du carillon.

Collection personnelle






samedi 8 mars 2014

Accordéon Piotr Stamirowski

Sur les photos de mariages polonais montrées ici, il y a un accordéoniste avec un instrument peu fréquent par chez nous. Il s'agit d'un accordéon fabriqué par P. Stamirowski (1867-1932) à Varsovie.






Un collectionneur du Pas de Calais a eu la chance d'en acquérir un exemplaire. Patrick Delaval en a fait une description dans la revue de l'association Traces en 1993.

"L'instrument est un accordéon chromatique simple effet, c'est à dire produisant le même son, que l'on pousse ou que l'on tire. il porte un poinçon 903 sous le blog avant et sur les plaques d'anches main droite, ainsi qu'une plaque de laiton gravée : P. STAMIROWSKI   WARSZAWA.



Extérieurement, il est en excellent état de conservation. Hélas, la quasi-totalité des anches est rouillée ; même chose pour les ressorts, qui ont faibli, et les vis de fixations des plaques qui ne peuvent être dévissées sans casser. Restauration pratiquement impossible donc, ou très longue et délicate.
Le verrouillage du soufflet ne se fait pas comme à l'accoutumée par des sangles de cuir, mais par l'intermédiaire d'un ingénieux dispositif : un crochet métallique installé à l'intérieur du soufflet. Pour déplier le soufflet et jouer de la musique, il faut d'abord renverser l'accordéon pour faire basculer ce crochet.
Le clavier main droite comporte 49 touches en trois rangs. L'étendue est de quatre octaves chromatiques commençant par Si bémol. Chaque touche est recouverte d'ivoire (faces, dessus et tranches) et porte sur la tranche, inscrit à l'encre, le nom de chaque note (en allemand). Certaines touches portent même deux indications pour la même note, selon qu'elle soit diézée ou bémolisée. La montée d'une gamme se fait suivant le système dit "Belge", plus précisément "Liégeois", celui-là même qui fut notamment adopté par les Russes. Les doigts du musicien ont laissé de profondes empreintes dans certaines touches et indiquent une prépondérance de jeu en Fa majeur.



Le clavier main gauche ne comporte que 24 boutons, produisant 12 basses et 12 accords ; mais grâce à deux boutons supplémentaires situés derrière ce clavier et faisant office de sélecteurs, on obtient 24 accords supplémentaires, soit 12 accords mineurs et 12 accords de 7ème selon que l'on appuie avec le pouce sur l'un ou l'autre de ces boutons."

dimanche 23 février 2014

Mariages polonais, les musiciens





J'ai eu l'occasion d'acheter, il y a quelques années, un lot d'une cinquantaine de plaques photographiques en verre, provenant d'un photographe installé à Harnes. J'ai fouillé plusieurs heures dans un garage rempli à ras bords de caisses avec ces plaques, pour sélectionner celles qui représentaient des musiciens présents pour les mariages. Je ne les ai pas toutes tirées sur papier, en voici un échantillon. Le photomontage avec des musiciens seuls a été bricolé en photographiant les plaques avec un appareil numérique puis en retravaillant les images avec Photoshop. Le résultat n'est pas excellent, mais les plaques sont toujours là pour en faire des tirages. J'aimerai beaucoup pouvoir dater et identifier ces musiciens qui devaient être très nombreux.
Sur une photo est indiqué "photo F. Kurzeja"
Sur les accordéons on trouve les noms d'Edouard PRZYBYSZEWSKI, H. R. DABROVSKI, B. KORCZAK, Joseph GALEWSKI, Edouard MAJCZAK et Louis BLIN.

Mise à jour de décembre 2015 :
Une lectrice attentive a relevé le nom de son grand-père, Edouard PRZYBYSZEWSKI, présent sur le pèle-mêle (musicien n°3) sur cette page et m'a gentiment communiqué quelques infos.
Edouard est né en 1925 à Mława (Pologne). Comme beaucoup de ses compatriotes il est venu travailler aux Mines. En 1928, lors de sa naturalisation, et pour faciliter l'entrée à l'école du petit Edouard, son père a francisé son patronyme en PRÉBISSY. Il est décédé en 1996. Sa petite fille, Dorine, me précise que toute la famille a vécu à Harnes et qu'elle comporte de nombreux musiciens de tous instruments.


un mariage avec Edouard Prébissy à l'accordéon
collection personnelle












J. Galewski



mercredi 19 février 2014

La circulaire Fortoul et les collectages au XIXe siècle dans le Nord de la France


La fin du XXe siècle a vu se réveiller en France un intérêt pour les chansons traditionnelles, d’abord porté par les chanteurs dits « rive gauche » dans les années 1960 (Yves Montand, Mouloudji, Guy Béart, Nana Mouskouri, etc.), puis après mai 68 par le mouvement folk dit revivaliste, qui a fédéré des aspirations de retour à la terre, d’indépendantisme régionaliste, d’antimilitarisme (le Larzac), de rejet de la société de consommation, à la suite du mouvement de protest song venu des USA.
Mais notre époque moderne n’a pas été la première à effectuer ce retour aux traditions paysannes : qu’on se rappelle la reine Marie Antoinette au Trianon, à l’origine d’un retour en vogue de la vielle, de la musette et des petits moutons, vite balayés par la tourmente révolutionnaire et surtout le mouvement romantique, qui à la suite de Georges Sand, de Gérard de Nerval, des frères Grimm en Allemagne, a été à l’origine d’un mouvement de collecte des contes et légendes « venus de la nuit des temps », des chansons transmises par la tradition orale, considérés déjà à l’époque comme un trésor de sagesse populaire, permettant d’accéder à une culture ancestrale et, disons le, « druidique » à l’origine de la construction de la nation. On était alors en Europe en pleine construction de cette idée, avec l’unification de l’Italie, de l’Allemagne, la Belgique allait s’inventer sur la base des anciens Pays Bas. Et la France en pleine période de turbulence post révolutionnaire, hésitant entre la république, la royauté et l’empire avait, elle aussi, bien besoin de cimenter l’union nationale.


Le Roozenhoed, extrait du recueil d'E. de Coussemaker
collection C. Declerck

Alors pourquoi pas aller chercher là, au fond de nos campagnes ces poésies populaires immémoriales issues de la sagesse populaire. Il y eut, en France, sous le second Empire, « la » circulaire qui allait mettre en branle et jeter sur les chemins des régions hexagonales une poignée de chercheurs lettrés pour une récolte dont nous pouvons encore bénéficier aujourd’hui, à travers des publications de l’époque et toute une série de rapports envoyés au ministère pour répondre à cette circulaire.
Cette circulaire, on la doit à Hippolyte Fortoul (Digne 1811 - Ems 1856), professeur de littérature française, partisan de l’Empire. Il devient ministre de l’instruction publique et des cultes le 3 décembre 1851 jusqu’à sa mort, où il laisse une piètre image de courtisan servile, tentant de mettre l’Université au pas en révoquant des gens aussi illustres que Jules Simon, Edgar Quinet, Michelet, Mickiewicz, supprimant au passage l’enseignement de la philosophie. Mais il est l’auteur d’un décret sur la poésie populaire promulgué le 16 septembre 1852 qui devait donner l’impulsion d’une recherche et d’une abondante collecte dans les campagnes françaises : Achille Millien pour le Nivernais, Barbillat et Touraine pour le Berry, Félix Arnaudin pour la Grande Lande, Patrice Coirault pour le Poitou, Paul Sébillot et Théodore de la Villemarqué pour la Bretagne, etc., ont ainsi constitué des fonds irremplaçables pour qui s’intéresse aux chants traditionnels de France


Alexandre Desrousseaux
collection C. Declerck

Cette recherche a également concerné le Nord-Pas de Calais, c’est l’objet de cette communication. Les plus connus sont :
 Edmond de Coussemaker (Bailleul 1805 - Lille 1876), juge au tribunal de Lille, musicien, musicologue, archéologue, qui a publié : Chants populaires des Flamands de France, Gand, 1856.
 Alexandre Desrousseaux (Lille 1820 - 1892), célèbre chansonnier lillois auteur de l’hymne régional des Chtimis : Le P’tit Quinquin. Il a publié, outre ses propres compositions Chansons et pasquilles lilloises (cinq volumes), un ouvrage important : Moeurs populaires de la Flandre française (Lille, 1889), où il a consigné de nombreuses chansons recueillies dans la région de Lille.
 Achille Durieux (Cambrai 1826 - 1893), professeur de dessin à Cambrai, archéologue des beaux arts, qui a publié avec Bruyelle Chants et chansons populaires du Cambrésis (Cambrai, 1864) suivi d’un second volume (cette fois sans Bruyelle), toujours à Cambrai (1867) (1)
 Adolphe Bruyelle (Viesly 1818 - Cambrai 1875), érudit, chercheur, a publié de nombreux articles historiques, archéologiques, géologiques sur l’arrondissement de Cambrai, et avec Achille DURIEUX cité précédemment Chants et chansons populaires du Cambrésis (Cambrai, 1864).
De l’autre côté de la frontière belge, il faut également citer le Recueil d’airs de crâmignons et de chansons populaires à Liège (Liège, 1889), « la plus belle collection de chansons traditionnelles que possède la Wallonie » selon Roger PINON, publié par la Société Liégeoise de Littérature Wallonne qui avait lancé en 1871 la première enquête folklorique en demandant, à l’image de ce qu’avait fait la France « la collection la plus complète possibles des airs de crâmignons liégeois ». Ce concours, doté d’une médaille d’or d’une valeur de 150 francs avait couronné Léonard Terry, éminent musicologue liégeois (1er prix), et Léopold CHAUMONT, « amoureux de son terroir » (1er accessit », et une publication de l’ensemble était décidée, mais ne verra le jour que 18 années plus tard, en 1889.
Ces publications sont facilement accessibles par leur présence dans les fonds de bibliothèque de la région, ou par des rééditions plus ou moins récentes (2)
Mais on peut également citer d’autres chercheurs, que j’ai pu identifier grâce au Dictionnaire biographique de l’ancienne chanson folklorique française de Gérard Carreau (3). Leur contribution est moins importante que les précédents, mais ils ont publié ou transmis des chants suite à la circulaire Fortoul :
 Victor Advielle (Arras 1833 - Paris 1903), historien, sous-chef de division à la préfecture de l’Aveyron. A publié : Le patois artésien et la chanson de la fête d’Arras (1882)
 Charles Bachelet (Béthune 1839 - Saint-Omer 1910), médecin, il exerce à Saint-Omer jusqu’à sa mort. D’après G. Carreau, c’est probablement lui qui a envoyé une chanson d’Artois à la revue des traditions populaires en 1899.
 Louis de Backer (Saint-Omer 1814 - Paris 1896), archéologue, philosophe, il devient, après des études de droit, avocat à Saint-Omer, puis juge de paix à Bergues. Inspecteur des monuments historiques du département du Nord et correspondant du ministère, il est chargé par Fortoul le 19 novembre 1852 d’une mission « gratuite » en Allemagne afin de rechercher l’origine commune des chants populaires de ce pays avec ceux du Nord de France. Il envoie des chants en réponse à la circulaire Fortoul en 1854. Il publie : Les flamands de France (Gand, 1851), Chants historiques de la Flandre (Lille, Vanackère, 1855)
• Barry (recherches vaines à son sujet, d’après G. Carreau), professeur d’histoire à la faculté de lettres de Toulouse, il envoie une chanson du Hainaut en réponse à l’enquête Fortoul en 1857, en précisant qu’il la tient de sa grand-mère, élevée au béguinage de Maubeuge.
 Champfleury, Jules Husson dit (Laon 1821 - Sèvres 1889), romancier, ami de Beaudelaire, Courbet, Nadar, il est conservateur du musée des céramiques de Sèvres à partir de 1872. Il fait paraître, avec J.-B. Weckelin qui note les musiques Chants populaires des provinces de France » (Paris, Bourdillat, 1860). L’origine des chants de ce recueil est selon Patrice Coirault lui même « à contrôler sévèrement », mais on y trouve notamment deux chansons de Picardie : Jésus Christ s’habille en pauvre et La belle est en jardin d’amour, dont l’auteur dit « qu'elles furent chantées souvent en petit comité par Mme Pierre Dupont, Picarde d’origine, qui avait retrouvé dans son souvenir ces poèmes de son enfance » (4)
 Ernest Hamy (Boulogne sur Mer 1842 - Paris 1908), docteur, anthropologue, ethnologue. Dès l’âge de vingt ans, il se passionne pour le folklore, recueille des chansons du Boulonnais et en publie dans plusieurs feuilles locales. Participe à la création de la société des traditions populaires dont il devient président en 1885. Publie plusieurs chansons du Haut-Boulonnais dans la revue des traditions populaires.
• Alexandre Pigault de Beaupré (Calais 1782 - 1855), après des études sérieuses, il est tour à tour militaire (lieutenant-colonel) et dans l’administration, puis conseiller municipal et conseiller général jusqu’en 1842. Musicien, il écrit des romances, des quadrilles. Il fonde la société philharmonique de Calais. Correspondant du Ministère dès 1838, il envoie des chants en réponse à l’enquête Fortoul en 1853 et 1854.

Il me faut également signaler d'autres collecteurs rencontrés au hasard de mes recherches, non cités par Gérard Carreau (3), et qui ont transmis ou publié des chants à la même époque dans le même mouvement impulsé par Fortoul :
 Ernest Deseille (Boulogne sur Mer 1835 - 1889), écrivain, érudit, archiviste de la ville de Boulogne, auteur d'un manuscrit intitulé Gaîtés Boulonnaises conservé à la bibliothèque municipale de Boulogne où il a consigné nombre de chants. Michel Lefèvre, collecteur boulonnais récemment décédé, les a fait paraître dans diverses publications de ses recherches.
 Pierre Hédouin (Boulogne sur Mer 1789 - Paris 1868), avocat boulonnais qui a transmis en 1853 une Ronde des trois jeunes filles dans Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique.
 Bruno Danvin (Saint Pol sur Ternoise 1808 - 1868), docteur en médecine, historien. Il a transmis en 1852 aux Archives Historiques du Nord de la France et du midi de la Belgique, 3e série, tome III, une notice sur le carnaval de Saint Pol, avec une chanson des jours gras comportant sur un même air, des couplets du lundi et du mardi, et, sur un air différent (Les habits à la mode) des couplets du mercredi, ces derniers étant spécifiés comme modernes.

           Je ne voudrais pas terminer ce tour d’horizon des collecteurs qui ont œuvré au XIXe siècle dans la région du Nord pour sauvegarder ces chansons traditionnelles, à une époque où cette culture orale était encore bien vivante, (et dont je suis fortement redevable en tant que chanteur qui interprète aujourd’hui ce répertoire) sans évoquer le cas de Joseph Canteloube (Annonay 1879 - Paris 1957), autodidacte en musique, il se lie avec Vincent d’Indy qui va lui enseigner l’écriture musicale et le conseiller pour son œuvre. Il se livre dès 1900 à la recherche et à l’histoire des chants populaires français, utilise leurs mélodies pour les harmoniser ou en imprégner ses compositions. Pour nous, jeunes gens chevelus des années 70 qui avons tenté (et pas trop mal réussi si on voit où en est cette culture musicale orale en 2014) de faire revivre cette musique, son Anthologie des chants populaires Français en quatre volume (Paris, Durand, 1949 puis 1951) était facilement accessible : on la trouvait dans toutes les bibliothèques d’établissements scolaires digne de ce nom, et on y avait accès à de nombreuses chansons, notamment pour le Nord-Pas de Calais et la Picardie. Et les premiers groupes actifs à l’époque (Marie Grauette, Mabidon, etc.) y ont largement puisé. Ce que nous ignorions à l’époque, c’est que Canteloube, pour nos régions septentrionales, s’est contenté de pomper les collecteurs que j’ai cité tout au long de cet article, sans jamais, à aucun moment, faire référence à ses sources. Il semble même s’attribuer sans vergogne la totalité des collectes. Pour terminer avec ce personnage, il développe dans son ouvrage une thématique régionaliste pour lequel il fut encouragé par le gouvernement de Vichy auquel il collabore dès 1941, ce qui finira de nous le rendre antipathique.

une veillée chant, animée par J.-J. Révillion, à l'estaminet Les Damoiselles
photo © Nadège Fagoo

         Pour conclure, je voudrais à nouveau insister sur la richesse du trésor que nous ont laissé ces collectes du XIXe siècle, malgré certains défauts (la transcription en partition de ce répertoire le trahit forcément, et ne nous restitue que très imparfaitement l’interprétation et les ornementations originelles). Tous les chanteurs du milieu trad. aujourd’hui sont fortement redevables à ces collecteurs du passé, en complément avec les collectages réalisés depuis les années 1970, avec maintenant des moyens de transcription plus fidèles à l’original que sont le magnétophone et la vidéo.

Jean-Jacques Révillion


(1) Chants et chansons populaires du Cambrésis, Durieux, Cambrai 1867, a été publié sur ce blog
(2) Les chants populaires des flamands de France ont été réédités dans les annales du Comité Flamand de France, à Lille en 1930, puis à New York en 1971, et à Kemmel en 1976 (éditions Malegijs), Airs et cramignons Liégeois : réédition en 1974 par Vaillant-Carmane. Mœurs populaires de la Flandre Française : réédition par Gérard Monfort (non daté)
(3) Gérard Carreau Dictionnaire biographique des l'ancienne chanson folklorique française, FAMDT édition 1998.
(4) Ces deux chansons se trouvent sur mon premier CD Elève toi donc Belle (2005). C’est Michel Lefèvre, collecteur boulonnais récemment décédé (février 2014) qui m’avait indiqué leur provenance.

dimanche 9 février 2014

Klerktje & Jacques Yvart

Disque 45 tours produit par l'association SOS Blootland en 1989 à 500 ex. numérotés, hélas épuisé.






Face A : Nous sommes en Flandre, de et par Jacques Yvart
Face B : Me zyn in Vlaenderen, traduite et chantée par Klerktje

téléchargez ICI nouveau lien

Musiciens :
Pierre Thouvenot : guitares
Thierry Ducrocq : basse
Michel Gossart : flûtes
Klerktje : harmonica
Jean Marie Schodet : claviers et arrangements

Les chœurs par le groupe Les Fruits Défendus

Photo : Jean Pierre Fiey †
Maquette : Guy Gervais


vous êtes en Flandre





Joël en Klerktje

En 1984 André Rouzet (Bart) arrête les concerts avec Raymond qui demande à son neveu, Joël Devos de l'accompagner. Joël a fait numériser des cassettes audio de ses concerts avec mon père. En voici une sélection de 1983 à 2000. La numérisation a été réalisée par Jean Pierre Marchyllie à partir d'enregistrements de qualité inégale. 






01 - Cécilia
02 - De schoiere
03 - Voor Marie-Louise
04 - Geborte
05 - Kasteel van schepjes en zand
06 - Menschen van te lande
07 - De wonderbare genezing
08 - Amour toujours
09 - De kadulletjes
10 - T’s avond
11 - Pierre de beeste
12 - Zoete Mariton / Horlepiepe / Jan Pierewyt
13 - Danse de l’ours / Ma soeurtje / lire boulire
14 - Menschen van te lande
15 - Pot pourri
16 - Présentation voor Marie-Louise
17 - De barmhartige samaritaan (Bart en Klerktje)
18 - Interview Anvers / De reuze Lied
19 - Den oven
20 - Pot pourri
21 - Interview 2ème partie

Téléchargez ici


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Ils ont fait un enregistrement de meilleure qualité, d'abord diffusé en cassette en 1995, puis numérisé sur CD en 2006, disponible auprès de l'association SOS Blootland.