mercredi 20 mai 2020

Le Casino des courants d'air 1 et 2


source : Médiathèque Lévy, Lille

Les jours de marché ou les soirs d'été, plusieurs coins de Lille se trouvent soudain animés par la présence d'un chanteur du pavé. Les places de la Nouvelle-Aventure, Saint-Martin et Madeleine-Caulier, sont ainsi, tour à tour, le terrain de pittoresques concerts en plein air. Mais, le plus typique, le plus populaire d'entre eux, est certainement celui qui, chaque jour, de cinq à neuf heures, retient tout un petit monde ondoyant et divers, place de la République.
L'endroit est bon, sans doute : il n'est pas rare que trois ou quatre gosiers concurrents essaient de se surpasser les uns les autres. Ce sont les "artistes" du "Casino des Courants d'air", pour employer l'expression jolie et drôle du peuple de Lille. Ma foi ! ces artistes ne sont pas inférieurs à ceux de nombreux "beuglants". Ici, point de ces chanteurs qui miaulent aux sons des violons à trois cordes ou d'harmoniums aboyeurs comme en certains carrefours. Au "Casino des Courants d'air", les "chanteurs" ont du "creux", je vous le jure ! S'il faut en croire ses admirateurs, l'un d'eux obtint même un premier prix du Conservatoire de Lille.
Et quel répertoire ! Les nouveautés y sont lancées aussitôt qu'apparues. Oui, tout comme dans les cafés-concerts, où l'on paie la bière des prix invraisemblables… — jusqu'à dix sous le bock !… Monsieur ! — au "Casino des Courant d'air", rien à payer. Libre à vous d'acheter "les chansons nouvelles pour dix centimes" que le chansonnier promène, au bout des doigts, entre deux couplets, mais personne ne vous y oblige : si vous ne vous les procurez pas, c'est vous qui y perdrez, voilà tout.

Aussi les cercles sont larges autour des "maestros" surtout à l'heure de la sortie des ateliers où les travailleurs se joignent aux flâneurs déjà assemblés. C'est alors un tableau de mœurs des plus savoureux : des petites ouvrières, aux yeux fatigués d'avoir cousu toute la journée, heurtent le panier d'un garçon boucher ou la gourde d'un ouvrier, afin de se faufiler au premier rang. Des femmes immobiles semblent ne plus sentir peser à leur bras le paquet de "confection" qu'elles ourleront une partie de la nuit. Des employés fument des cigarettes. Un apprenti écoute avec tant d'avidité qu'il en oublie de manger le sou de frites qu'il a achetées à un marchand voisin. Pour mieux voir, un trottin se hausse sur les pointes de ses pieds mignons… ou celles des pieds de son voisin, tandis que quelque petite bonne ouvre des yeux étonnés au grand plaisir des pioupious qui la regardent en dodelinant de la tête.

Nul concert n'a d'auditeurs plus charmés. Peu à peu, un même frisson les pénètre tous. Les chansons sentimentales qui montent dans le langoureux crépuscule d'été les arrachent à l'obsession de leurs soucis quotidiens et les emportent loin, très loin, en un pays d'illusion. Chaque mot éveille en eux des besoins de tendresse, de câlinerie et des espoirs de bonheur. Elles évoquent tant de choses, à leurs yeux, ces romances où est parlé de vingtième année, de joues roses, de robes claires, de lèvres parfumées, de premier lilas, de promenades dans les bois, de sublimes baisers, d'amour éternel et aussi de jalousie de rupture, de solitude, de fleurs fanées, de cœur désespéré.

De cette émotion naît en eux le désir de savoir la chanson qui les remue si profondément. Aussi, suivent-ils avec ferveur les éclats de voix et les gestes du chanteur. Ils essaient de saisir ces intonations, de velouter, comme lui, les passages de douceur, d'égaler "les roulades". Ils restent là longtemps, longtemps, s'exerçant sans repos, s'impatientant de ne pas progresser assez vite. Leur accent déforme les mots et des "beilles fillles", des "mignannaittes" des "cours charmais", des "bonheur eu", des "peut-ête", des "superpe", se succèdent, ajoutant une fantaisie imprévue à la naïveté des vers. Parmi les élèves de ce conservatoire sans façon, il en est — les riches ! — qui ont chacun une chanson ; d'autres suivent à plusieurs sur le même feuillet ; certains en sont réduits à saisir des bribes de paroles, par dessus l'épaule de leur voisin.
Pendant la pause qui suit chaque couplet, on répète l'air on se communique des impressions, on s'interroge. Cent phrases s'entrecroisent :
- Est-ce que j'y suis enfin ?
- C'est ce passage-là que je ne peux pas "attraper"!
- Tu fais trop rouler les R "d'amour ardent"
- Est-ce que l'on doit faire la liaison dans "il est-z-loin" ?
- Je t'assure que l'on dit "les myrtes flétri-es ! "
Puis, dès que le moderne Brûle-Maison a lancé son "Au couplet suivant", tous ces mélomanes en corsage de satinette, en bourgerons bleus ou en vestons élimés se remettent à l'étude. En regagnant leur demeure, ils continuent à fredonner l'air qu'ils brûlent de connaitre : ils le répètent à l'atelier, chez eux, partout, et retournent plusieurs fois prendre le ton au "Casino des Courant d'air".
Enfin, ils le "savent bien" ! ils le chantent alors les dimanches et les lundis, après quelque dîner familial, au cabaret ou en revenant des guinguettes faubouriennes. C'est ainsi que, certains soirs, une même mélodie monte de toutes les rues de la ville et leur prête un murmure cadencé, pareil à celui de la mer.
Emile Lante (1881-1952)

Le Nord Illustré 1er juillet 1913


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Le Casino des Courants d'Air est aussi le titre d'une émission enfantine diffusée par Radio PTT Nord à la fin des années 1930. Elle est animée par un couple d'authentiques chanteurs de rue, Jules Lestarquis et Germaine Leclercq.
Jules Alphonse Lestarquis est né à Lille en 1886, fils de Victor, né à Lille et Eugénie Van Neder née à Nazareth (Belgique). En 1910 il épouse Germaine Leclercq, née à Lille en 1887, fille de Louis et Sophie Pieronne. Jules est accordéoniste et s'accompagne avec un jazz aux pieds. Ils se produisent régulièrement à Lille.
En 1929 le journal l'Echo du Nord rapporte un action philantropique organisée par les camelots lillois : Pour le timbre antituberculeux. Un tournoi d'éloquence entre les camelots lillois. Les camelots lillois avaient, hier après midi, réservé leur dimanche à la vente de imbre antituberculeux. Le temps était froi, le pavé humide et glissant, Les Promeneurs, peu nombreux, ne firent pas, à cette généreuse initiative, tout le succès que l'on pouvait en attendre. D'un autre côté, les boys-scouts, mobilisés eux aussi, faisaient aux camelots une énergique concurrence. Il y eut même quelques altercations. Que voulez-vous ! on a beau travailler sans espoir de gain, on a tout de même son amour propre !.
Jules et Germaine Lestarquis
par Simons
De la place de la République à la gare, tout le long de la rue de Bethune, on rencontrait de nombreux éventaires devant lesquels des orateurs en blouses blanche vantaient la beauté de  la philantrophie et donnaient généreusement de la voix en espérant que l'on veuille bien donner du geste. La fraîcheur du temps, malheureusement, gardait le public dans les théâtre et dans les maisons. Vers 18 h, le populaire accordéoniste Lestarquit
[sic], installé au pied de la Déesse, se tailla un gentil succès. Tour à tour Mme Lestrarquit, Chagnon, l'hygiéniste, et Lestarquit lui-même prenaient la parole pour présenter le précieux carnet. "Montrons que nous sommes de bons Français" disait l'un, "Sauvons les petits qui seront les hommes de demain", ajoutait l'autre. La recette ne fut peut-être pas formidable, mais nos camelots n'en ont pas moins fait un joli geste.
Le Grand Echo du Nord 23 décembre 1929

Leur activité de chanteurs de rue serait-elle suffisamment rentable ? pour qu'en 1931 le couple achète l'Hôtel du Moulin d'Or, 15 rue du Molinel.



Vers 1938, Jules et Germaine animent une émission sur Radio Lille, Le Casino des Courants d'air :
" Nous étions tous des voisins du quartier de Moulin-Lille, habitions les rues Bergot, Condé, de la place Vanœnacker. C'était une sorte de chorale et nous interprétions les morceaux à la mode du moment. L'émission pouvait être captée dans les postes à galène" témoigne Mme Denise Naessens à la Voix du Nord. La guerre met fin à cette émission. Jules décède à Lille en 1961 et son épouse en 1970.


le studio du Casino des Courants d'air
source : la Voix du Nord


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en octobre 1928, le sous-marin l'Ondine coule au large de Vigo (Espagne), comme d'autres chanteurs de rue, Jules Lestarquit [sic] en fait une chanson.


collection personnelle


mercredi 13 mai 2020

Coulée d'une cloche de 1.300 kg

mise en ligne le 5/10/2010
mise à jour le 13/5/2020, ajout d'un lien vers des photos personnelles


l'église Saint Léger de Socx


La cloche Saint Maur fut coulée en 1700 à Lille par les frères Toussaint et Pierre Cambron pour l'abbaye Saint-Winoc de Bergues. A la Révolution elle est sauvée du saccage de l'abbaye et mise à la disposition de la paroisse Saint Léger à Socx. Elle est classée monument historique en 1906.
Pendant la nuit du 11 au 12 novembre 1940, une tempête renverse la flèche sur les nefs. Pour éviter la fonte, la cloche est cachée sous le dallage par l'abbé Joseph Smagghe, aidé du cantonnier Aimé Faes et du chantre-organiste Isaïe Geslot. Elle est remontée en haut du clocher en 1957 mais, fêlée lors de sa chute, elle est restée muette.
Sur l'avis du technicien conseil du Ministère de la Culture, jugeant la cloche non restaurable, le conseil municipal décide de la faire reproduire à l'identique.
En juillet 2010, la cloche est descendue pour être moulée par l'atelier VOEGELE à Strasbourg.
Si actuellement il est fréquent d'assister à la fonte de cloches, il est assez rare de pratiquer la coulée d'une cloche de plus d'une tonne en public.


la sortie de la cloche



démoulage de la cloche



d'autres photos ICI




vendredi 17 avril 2020

Chants populaires des Flamands de France, par Edmond de Coussemaker

publication le 6/1/2020
mise à jour le 17/4/2020

la réédition de 1930 par le Comité Flamand de France est en ligne sur Gallica



c'est ICI

La préface de l'abbé Paul Bayart*  est remarquable :

Les chants populaires des Flamands de France ! Un soir de mars 1923, nous avions osé, M. le chanoine Looten et moi, inviter le public lillois à une séance artistique qui comportait, disait le programme, « l'exécution de quelques morceaux choisis dans le recueil d'Ed. de Coussemaker ». Il vint du monde ; mais des amis nous avaient confié qu'ils n étaient pas sans inquiétude ni sans scrupule. Nous avions bien fait appel à un chanteur renommé, soliste de grands concerts ; on se demandait toutefois si des chansons populaires, et flamandes méritaient tant d'honneur. Le chanteur se lève, une phrase s'envole ; on est conquis. 
C est de la musique, c'est de la beauté. Notre exécutant est d'un naturel absolu ; il n'ajoute rien, il n'use d'aucun artifice ; la simple ligne mélodique dans sa pureté naïve, avec le sentiment qu'imposent les paroles. Cela suffit. Nous comprenons ce qu'il y a d'art véritable dans les chants populaires des Flamands de France. 
C'est qu'un chant, pour être populaire, ne doit pas nécessairement se trouver dépourvu de toute distinction, de toute délicatesse. Loin de là. La plupart des pièces que nous entendons, de nos jours, chanter par le peuple, sans en excepter les cantiques religieux que le XIXe siècle a mis en vogue, sont, musicalement, d'une écœurante stupidité; elles n'ont rien à voir avec l'art, avec l'art populaire, dont le rôle est d'orner de beauté les plus humbles vies, et non de livrer carrière aux pires instincts. Nos vieilles chansons flamandes, ou même françaises, nos vieux cantiques, les vieux, ceux d'avant le XIXe siècle, et qui sont originaux, — sont d'une autre tenue. Œuvres d'art, d'art populaire, mais d'art véritable, ces mélodies se présentent avec ce cachet de perfection qu'exige leur simplicité même. Tout n'y est pas d'égale valeur ; mais partout il y a de la musique. Il faut étudier la musique de nos vieilles chansons flamandes. Cette étude est édifiante. Ed. de Coussemaker a eu l'heureuse idée et le très grand mérite de recueillir ces airs, de les transcrire, de les publier, au moment où ils allaient disparaître pour faire place à quelles misères ! Il a joint à chacune des pièces une brève notice qui en indique l'origine et le caractère. On lira toujours avec fruit les pages solides de son Introduction. Mais les observations que nous osons présenter ne seront peut-être pas tout à fait superflues. […]

*1877-1959 : prêtre du Diocèse de Lille (ordonné en 1902), chanoine honoraire (1951). - Professeur de musicologie et de liturgie aux Facultés catholiques de Lille (1921-1953)



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On trouve un compte-rendu de cette soirée de mars 1923 dans la presse :


AU COMITE FLAMAND DE FRANCE

Hier, à 20 h. 15. a eu lieu, salle Æollan, la soirée consacrée par le Comité FJamand de France à la Chanson flamande.
Un public nombreux se pressait à cette belle manifestation d'art régional. M. le chanoine Looten ouvrit la séance par un élégant aperçu littéraire sur la chanson populaire flamande. Il définit, en formules saisissantes, son caractère poétique et moral. La Flandre, dont l'histoire s'est déroulée aux confins de trois civilisations, a une belle poésie et les hommes, malgré leur froideur apparente, y ont toujours montré une sensibilité aiguë, qui trouvait d'ailleurs, pour s'exprimer dans la chanson, un instrument infiniment docile : leur langue souple et abondante et leur goût inné pour le rythme et le lyrisme. Le conférencier rend un hommage vibrant au savant Bailleulois, Edmond de Coussemaker, fondateur et premier président du Comité Flamand, qui, en 1856. publiait, avec le concours de l'abbé Carnel. son magnifique recueil : Chants populaires de la Flandre.
Au point de vue littéraire, ce recueil des chansons de nos pères répond à un triple stade : d'abord, des chants religieux et mystiques, mélangés d'un réalisme ingénu et touchant, puis, des légendes populaires nées surtout du temps des Croisades, au caractère mi-partie mystique, mi-partie chevaleresque, enfin les rondes, danser et chants populaires. A la claire analyse de M. le chanoine Looten, M. l'abbé Bayart, le réputé musicologue, fait succéder un commentaire très sûr et très intéressant de la valeur musicale du vieux folklore flamand.
De Coussemaker, dit M. Bayart, fut un initiateur hardi et fécond. Il n'a pas seulement sauvé des textes, mais aussi les mélodies sans lesquelles les textes ne peuvent survivre. Ses recherches, qui furent imitées dans toute la France ont eu une influence profonde sur la musique moderne ; nos maîtres les plus purs aiment construire leurs œuvres sur nos anciens thèmes. La Chanson Flamande valait qu'elle fût sauvée, affirme l'orateur. Ce sont des œuvres d'art, d'art populaire, mais d'art véritable, où ne se rencontrent ni grossièretés. ni laideurs, ni trivialités. L'étude de ces vieilles chansons est une leçon pour la médiocrité contemporaIne.
M. l'abbé Bayart croit, lui aussi, pouvoir distinguer dans le fonds flamand trois catégories musicales, les œuvres d'origine religieuse, les improvisations de ménétriers de toutes époques, enfin les compositions des musiciens de métier, la plupart, du XVIIIe siècle.
Après avoir montré les qualités techniques de l'inspiration dans la Chanson ancienne, M. Bayart termine son lumineux exposé en laissant la parole à M. [Joseph] Verniers, du Conservatoire de Gand, pour l'interprétation d’un choix des pièces les plus caractéristiques du recueil d'E. de Coussemaker.
Savamment accompagné par l’organiste Léon Lecocq, M. Verniers, qui chante avec un art et un accent d'une pureté remarquable, exécute aux applaudissements enthousiastes de l'auditoire : la Chanson du Reuze, la Ballade du sire Halewyn, l’Etable de Béthléem, inspirés toutes trois de motifs liturgiques merveilleusement adaptés. Puis ce sont les improvisations populaires : La Fillette du Sultan, Nuit de joie, Rosa, Geneviève de Brabant, les Trois Pastoureaux, le Juif errant. Autant de délicieux chefs-d'œuvre, dont se souvinrent un Schumann, un Bach, un Gounod, comme des sources les plus précieuses de l'émotion populaire, dignes d’alimenter leur génie. La magnifique audition prit fin sur des cantiques du XVIIIe siècle : Le cantique à Sainte Anne, Noël, l’Enfant nouveau né, pièces apparentées à d’anciens airs anglais. Agréablement coupée par une audition d'orgue, la soirée du Comité Flamand s’acheva sur une inoubliable impression.


Le Comité Flamand de France, dans son Bullelin de 1923 nous donne également un compte rendu


Paul Bayart n'est pas le premier à s'intéresser aux chants populaires flamands collectés par Edmond de Coussemaker, nous avons vu qu'Ernest Bacquet est sans doute le premier à les avoir fait connaître, d'ailleurs son père est sur la liste des libraires chez qui l'ont pouvait souscrire aux livraisons de la première édition en 1856.



mercredi 25 mars 2020

Accords Déhanchés : Parfum Vanille

mise à jour le 31/3/2020 : j'avais mélangé la chronologie des groupes


Loon-Plage 25 juillet 2004
photo C. Declerck



Créé vers 2000, ce groupe Borkan remporte le concours du festival folk de Loon-Plage Het Lindenboom 2004, son prix : un enregistrement professionnel de 6 titres. Le disque, hors commerce, est naturellement introuvable. Quelques temps après, le groupe change de nom et devient Accords Déhanchés, il enregistre le CD en 2009.





Borkan

Françoise Jennequin (1962-2007) : vielle soprano
Jean François Terrier : accordéon diatonique
Jalal Jerrar-Oulidi : persussions et calligraphie
Olivier Marichez : cornemuses 20 et 23 pouces
Pierre Sacépé : vielle soprano et vielle alto

1 - Efficace (Didier Laloy)
2 - En attendant le printemps (Olivier Marichez)
3 - Le p'tit clown (Jean-François Terrier)
4 - Post Scriptum / Hostilité (Fabrice Besson/ Grégory Jolivet)
5 - Fabili (Olivier Marichez)
6 - Sur le bout des Doigts /  Pas dans la tête (Olivier Marichez/Pierre Sacépé)

enregistré le 10/10/2004 au théâtre de l'Orphéon à Hazebrouck par François Tourneur et Rémi Charlet
la pochette et photos : Damien Vanderstraeten

Téléchargez ICI


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Accords Déhanchés

Patrice Beulque : accordéon
Pierre Sacépé : vielle à roue
Guénola Letertre : chant
Séverine Rouff : violoncelle
Olivier Marichez : cornemuse

1 - Parfum vanille / La Caroline (P. Sacépé)
2 - La bergère / Fantaisie (trad / P. Sacépé)
3 - Scottish à Cliff / La chasse aux sorcières (P. Sacépé / O. Marichez)
4 - La charge (F. Paris)
5 - La rose et le rosier (trad)
6 - Triangles rouges / La gouère (O. Marichez)

la pochette est signée Damien Vanderstraeten
une coproduction Trad Magazine et Bémol et Cie

téléchargez ICI

mardi 17 mars 2020

Le pays des collines 1976

Un film de Jacques Vanderheyden


Reportage sur la vie folklorique au Pays des collines, du côté de Ellezelles. Une région, exemple vivant de vie populaire, qui mêle le folklore et le quotidien. Nous y sortons dans des bals folkloriques pour danser, ou écouter de l'accordéon, de l'harmonica, de la vielle à roue ou plus curieux encore, écouter un petit air de museausac [sic]. Passage également à Floreffe, au festival Le temps des Cerises.

Mais le film commence par le festival de Champs en 1975 ?

Au générique, parmi les très nombreux musiciens présents, sont reconnus (avec l'aide de Jean-Luc Matte) :











à suivre ?


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Le festival de Champs a édité un album
pour sa première édition en 1973
(collection Thierry Legros)



le fichier est ICI


et un double album pour la dernière fête en 1975
(collection Jean-Luc Matte)


disque 1 ICI et dique 2 ICI

lundi 16 mars 2020

Célestine Leroy , 1884-1966

publié le 3/3/2020
mise à jour le 15/3/2020 : ajout d'un texte d'Agnès Martel


source
Mlle Leroy était née à Marquillies, dans le Nord, le 19 juin 1884. Combien de fois ne nous a-t-elle pas parlé de ce village natal, qu'elle n'avait pas quitté par la pensée, ce village où son père, Louis Philippe, sa mère, Céline Toulotte — un nom qui, lui aussi, nous devint familier —  menaient une vie simple ? Combien de fois nous décrivit-elle l'existence de ceux qui exploitaient cette ferme familiale ? Ainée de quatre filles, elle eut une existence que rien ne laissait prévoir, mais qui ne la déracina jamais. Ainsi eut-elle, pour adoucir ses dernières années, la compagnie de sa sœur, Mlle Juliette Leroy, que je dois nommer avec une égale amitié, tant son souvenir est lié à celui de sa sœur. C'est elle aussi qui fournit à M. Martel, auteur avec moi-même de cette trop brève biographie, tant de détails sur une existence où l'esprit domina la matière.


Mlle Leroy avait onze ans lorsque, écolière à Marquillies, elle passa son certificat d'études primaires. Premières émotions, premier succès. Elle profita ensuite, à La Gorgue, durant un an, de la présence de sa marraine, institutrice. Elle y prit probablement sa vocation d'enseignante. De 1897 à 1899, pensionnaire à l'Ecole Supérieure de Roubaix, de 1900 à 1902, élève à l'Ecole Normale de Douai, elle confirma cette vocation et brilla, intellectuellement aussi bien que cordialement.
C'est en 1908 que commença sa carrière d'enseignante à La Bassée. Elle eut une classe de 100 élèves de tous âges (!) dont elle garda toute sa vie un souvenir épuisant. Enfin, elle se retrouva comme surveillante générale à l'Ecole Normale de Douai. Temps de travail pour le professorat où elle fut reçue en 1905. C'est alors qu'elle fut nommée à Draguignan, bien loin de son cher Marquillies, pour un an, puis à Caen où elle resta jusqu'en 1911.


1911 : c'est un tournant dans son existence, car elle allait dorénavant demeurer à Arras pendant toutes les années les plus fécondes de sa vie. Professeur à l'Ecole Normale d'Institutrices d'Arras, elle le resta jusqu'à sa retraite en 1944 et Mlle Larivière a dit, au jour des funérailles, quelle collègue elle fut pour toutes, quel rôle elle joua auprès des élèves. Brillante dans ses exposés, elle fut proposée pour le professorat à Sèvres. C'était aux années d'avant-guerre, où il fallait compter avec des oppositions qui n'avaient rien à voir avec la science, ni la pédagogie. La profondeur de ses convictions religieuses mit un obstacle à cet avancement. Heureux accident, felix culpa ! Elle nous resta ; certes sa vie ne fut pas sans surprises, car, en 1914, pendant les vacances, elle se trouva en pays envahi et rejoignit sa marraine à Wavrin, trouva le moyen d'enseigner des jeunes gens et d'enseigner dans le même temps, l'instruction et le patriotisme ardent, qui fut sans cesse le sien.
Tout cela constitue une carrière où l'enseignement, qui est affirmation, ne portait pas forcément à la recherche, qui est une inquiétude. L'esprit de Mlle Leroy ne pouvait en rester à ses seules activités professionnelles. Il se trouva qu'elle fit connaissance et créa des liens d'amitié avec M. et Mme Nourry-Saintyves. M. Saintyves était un ardent folkloriste, auteur de plusieurs ouvrages, dont certains firent du bruit. Mlle Leroy citait souvent le livre Les Saints Successeurs des Dieux, qui avait, au temps du modernisme, voulu montrer comment la légende de certains saints était une transposition de traditions mythologiques anciennes. La prudence doit être la vertu cardinale en la matière. Tout le monde n'a pas l'extraordinaire acuité de vision de Mgr Duchesne, ni la science critique des Bollandistes. Les folkloristes, armés de questionnaires, ont des déductions qui parfois font peur et oublient que l'esprit humain fonctionne finalement de même façon, sous toutes les latitudes. De la constatation d'une tradition locale au XIXe siècle, on passe aisément aux siècles des mythologies antiques et même au néolithique, sans se soucier des époques intermédiaires. Citerai-je le cas de notre
dolmen de Fresnicourt, appelé "Table des fées" ? C'est un instituteur de la fin du siècle dernier qui lui donna ce nom, pour le faire mieux vivre aux yeux de ses élèves. Ces formes mal comprises donnent des explications étranges. Emile Mâle l'a montré pour des statues incomprises, celle de la crucifiée barbue par exemple, sainte Wilgeforte dont nous parlait Mlle Leroy.
Tous ces écueils possibles ne la rebutèrent pas. Le 8 octobre 1933 avait été constitué un Conseil régional de Folklore français et de folklore colonial. Elle groupait ainsi des folkloristes au travail, MM. DemontLateur, Delplanque.

M. le Chanoine Fournier, qui présidait, avec majesté, n'était folkloriste que par sympathie et sa capacité juridique, si remarquable, lui faisait seulement porter un intérêt d'encouragement à ces études. Mlle Leroy, qui  ne voulut en être présidente qu'en 1955, et non sans résistance, demeura vice-présidente, secrétaire de fait et fut, à la fois, l'âme et le corps de ce qui devint ensuite le Comité artésien de Folklore. Elle apprécia les aides qui lui furent apportées, celle de M. Dégardin comme secrétaire, en particulier. Elle s'appliqua surtout à utiliser la science de ses anciennes élèves qui, dispersées dans l'enseignement de tout le Pas-de-Calais, pouvaient mener des enquêtes.
C'est à partir de 1930 que son activité se développa sans cesse. Le relevé de ses œuvres écrites, entrepris par M. Martel, le dépouillement de ce que les Archives départementales ont reçu récemment et qu'a mené à bien Mlle Bellart, donne une figure assez fidèle de ce travail incessant par des conférences innombrables et par des articles dont le premier en date me semble La Toussaint et le jour des Morts au pays d'Artois paru dans le tome premier des la Revue de Folklore Français en 1930, et que nous avons réédité. Puis vinrent le jour Le culte de Saint Eloi dans le Nord de la France (1934), La Fête des Rois (1935), Les Pierres à Légendes (1934) et bien d'autres dont la bibliographie donne la suite, pour aboutir au Folklore des Eaux en 1961 dont l'impression fut assuré par le concours unanime des membres du Comité de Folklore.

Le dirais-je, sans manquer à sa mémoire ? Il me fallut presque lui arracher le manuscrit. Ce genre d'étude n'est jamais achevé et la synthèse est un art difficile. Mlle Leroy recevait des lettres de partout, sur des sujet parfois futiles. Elle mettait à y répondre une conscience admirable, mais qui dévorait un temps dont nous savons que l'âge venant, il est trop mesuré pour le dispenser en vétilles.
Ainsi ne réalisa-t-elle pas la synthèse qu'un éditeur lui demanda. Le secrétariat de l'Académie, pour lequel elle déploya un zèle prodigieux, lui enleva les loisirs qu'elle réservait. Car entre temps, première femme depuis le XVIIIe siècle, elle avait été élue membre titulaire [de l'Académie d'Arras], dès 1947, et presque immédiatement secrétaire. Lourde charge où elle excella par la rédaction de procès-verbaux, par l'organisation des séances publiques. Elle était la vie même de cette compagnie et ses rapports annuels semblaient ajouter aux communications des membre données aux membres ordinaires.

source
Ce classement si judicieux, que nous souhaitons imprimer avec l'un ou l'autre texte inédit, montre combien de sujets divers furent ainsi traités ou esquissés. D'une part, ils donnent comme un plan de travail, d'une autre, ils proposent des approfondissements. Ne l'oublions pas : avant Mlle Leroy il n'y avait à peu près rien. hormis quelques articles dont les meilleurs étaient dus à M. Demont, membre de l'Académie d'Arras. Elle ne créa pas le folklore, certes : les noms de Georges-Henri Rivière, de Van Gennep, auteur d'un manuel, et de celui de Saintyves entre autres le montrent. Mais ces travaux des promoteurs d'une science encore dans l'enfance montraient les difficultés de l'entreprise et ses incertitudes. Mlle Leroy relevait, avec une pointe d'indignation, avec son étude sur saint Druon, que son culte n'était pas aussi strictement localisé que l'assurait Van Gennep. Rien de plus certain et les diverses études qu'elle fit permettaient souvent de corriger, par des certitudes locales, des synthèses prématurées. C'est notre tâche d'historiens locaux. Mais la critique des sources s'impose. Ainsi, pour en revenir à saint Druon, dont elle nous parla si souvent, fût-ce à Carvin, faut-il toujours en revenir à Jacques de Guise, qui écrivit au XVe siècle, siècle des chroniqueurs, ses Chroniques du Hainault. Précieuse biographie d'un saint, né au début du XIIe siècle, qui nous indique essentiellement ce que l'on pensait au XVe siècle. La tâche du folkloriste est précisément de faire le point des traditions populaires aux diverses époques. Rien de plus malaisé, dans beaucoup de cas je le reconnais, mais rien de plus nécessaire. Ainsi, dans le cas des géants ; rien n'est encore net dans ce domaine. Il paraît bien qu'il eut des géants dans les cortèges des Pays-Bas de la Renaissance. Mais, comme beaucoup de ces traditions, elles reprirent une vie nouvelle au XIXe siècle et il est imprudent d'oublier les chaînons manquants. Je suis toujours frappé par l'aspect énorme du XIXe siècle dans le folklore. De tous ces costumes régionaux de France, combien ont plus de 150 ans d'âge ? Ainsi dans le cas de nos géants. On a tendance, chez nous, par une idée bizarre, à vouloir toujours remonter à ce que l'on appelle l'époque espagnole. Ainsi le faisait un quotidien, que nous apprécions tous, très récemment, à propos des clochers dont les flèches s'ornent de crochets, sans penser que la Somme, qui ne connut pas le gouvernement de Bruxelles, en possède autant que nous. C'est là une étude folklorique à faire que cette indéracinable conviction, que Victor Hugo diffusa, de l'origine espagnole des maisons de nos places. Qui donc eut le premier cette idée saugrenue ? Car il y eut une origine et que rien ne certifie populaire. Nous avons vu ici M. Faille nous montrer que des gravures dites populaires étaient le décalque, vulgarisé volontairement, de gravure savantes. C'est un enseignement !
Voilà ce que le travail scientifique de Mlle Leroy permet d'entrevoir. Avant elle nul ne pouvait réfléchir sur une base sérieuse. Il fallait recueillir les éléments de raisonnement, c'est ce qu'elle a fait, trente ans durant, créant ainsi de nouvelles possibilités de travail. Il me semble que nul hommage n'est plus précieux que celui même de cet inachèvement qui ouvre de si larges perspectives, là où, auparavant, comme dans les cartes du temps jadis, on aurait dû lire : terra incognita.

Il n'est pas un de nous qui ne se représente, alors que j'évoque le souvenir de Mlle Leroy, sa haute silhouette, le son même de sa voix, son sourire pour accueillir ceux qui entraient dans la salle et venaient soit lui dire leur amitié, soit lui demander quelque lumière sur un point de folklore.
Cela dans l'émotion de ses obsèques, fut le sentiment unanime. Il n'y avait pas d'indifférents, parmi ses collègues de l'enseignement, parmi les anciennes élèves, ni parmi ses amis du Comité de Folklore, de l'Académie d'Arras, ou de notre commission. Si je dois le répéter, c'est uniquement par le souci de conserver ce souvenir longtemps encore. Mais le temps ayant passé, onze mois, il a pu être réfléchi à son œuvre qui demeurera. Alors apparaît une physionomie plus précise de celle qui fût l'âme de la recherche folklorique, dans notre région.
J. Lestoquoy

Bulletin de la commission départementale des monulents historiques du Pas-de-Calais, Tome VIII - 5e livraison, 1970, p. 457


Articles parus dans la Revue de Folklore Français




Pierres à légendes du Pas-de-Calais, par Mme Camille Nourry-Quinchon et Mlle Leroy (1933)




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Une fidèle lectrice nous a envoyé ce texte complémentaire, merci Agnès



Merci Christian de mettre le projecteur sur Celestine Leroy...

Célestine Leroy, institutrice, formatrice, historienne, folkloriste... une vie bien remplie et des travaux qui font encore référence auprès des personnes intéressées par les traditions populaires et le folklore ! 
Et pourtant bien peu connue ! 

Si l'association Ravisse min coin a apposé dans sa rue natale à Marquillies (59) un panneau rappelant sa mémoire, si le Conseil Municipal de Lens donne en 1980 son nom à une rue, il faut attendre décembre 2019 pour qu'Arras, où elle enseigna de 1911 à 1944 à des générations d'élèves-institutrices, les incitant à collecter et consigner les traditions artésiennes rurales en voie de disparition, en fasse autant. 
Et on est bien en peine de trouver une école qui porte le nom de cette pédagogue dans la région...

On peut compléter ou enrichir le portrait dressé par Jean Lestoquoy, abbé qui présida de la Commission des Antiquités Départementales (1966-1980), après en avoir assuré le secrétariat de 1944 à 1966.
Ainsi, ses débuts comme enseignante à l'Ecole Normale d'Arras en 1911, interrompus par l'invasion allemande alors qu'elle est en vacances chez ses parents à Marquillies en zone occupée. Elle prend alors en charge une classe à Wavrin, où il semble qu'elle ait agit pour éviter aux jeunes garçons le travail obligatoire imposé par l'armée d'occupation, comme l'indique le site Marquillies Antan, tenu par un ancien conseiller municipal de la commune. C'est également de Wavrin, en mars 1915, qu'elle arrive à rejoindre Berck où s'est repliée l'Ecole Normale d'Arras, pour reprendre ses cours aux futures institutrices. 
Ce visage d'une Célestine Leroy patriote et pour le moins intrépide est retrouvé dans la lecture d'un article de Bruno Bethouard publié en 2006 dans Femmes et résistance en Belgique et en zone interdite. Classée par l'auteur dans les "Marie", des femmes  "professionnelles au verbe haut", l'enseignante est dépeinte comme n'hésitant pas dans ses cours durant l'occupation à prendre fait et cause pour la France libre. 

Un inventaire du fonds Célestine Leroy, conservé aux Archives Départementales du Pas de Calais sous les côtes 1J588 à 1J598 a été établi par le Comité d'Histoire du Haut Pays (62). 
Outre de nombreux documents articles, documents manuscrits ou dactylographiés préparatoires à ses publications, notes, comptes-rendus de réunions, on trouve dans ce fonds une multitude de petits feuillets rédigés par ses jeunes élèves-institutrices. 
Si Célestine Leroy gardait des liens avec d'anciennes élèves comme le signale J. Lestoquoy, ce sont des fiches rédigées par ses élèves mises intelligemment à contribution durant les vacances dans leurs villages. Leurs réponses alimentent les questionnaires des enquêtes préparatoires à l'Atlas Folklorique de la France, porté par le Musée National des Arts et des Traditions Populaires sous la direction de Georges-Henri Rivière. Des petites feuilles riches d'informations, sur les traditions du nouvel an ou des transports traditionnels par exemple...
Hélas on n'y trouve pas un riche dossier "chansons populaires"... mais c'est dans les dossiers de Célestine que se trouve le texte manuscrit et inédit de Marius Lateur Les carrettes à tchiens au Pays d'Artois. Ecrit en 1926, il est envoyé en 1951 à Célestine alors vice-présidente du Comité artésien de folklore. 
Egalement membre de la Société de Mythologie Française et rédactrice de son bulletin, Célestine Leroy y fait paraître en 1953 l'Atlas mythologique du Pas de Calais.

Agnès Martel  (Coremieu)