vendredi 30 août 2019

ROGER de Lens, accordéoniste

Au temps des précurseurs de l'accordéon populaire


Arthur Roget, dit ROGER de Lens
source : Du bouge au conservatoire

Il a fière allure Arthur, avec son Solari ! Louis Péguri et Jean Mag, qui ont publié cette photo dans leur livre Du bouge au Conservatoire, paru en 1905, affirment qu'il a été le professeur d'Alexandre Verschueren, père de Marceau plus connu sous le pseudonyme de V. Marceau.
Charles Verstraete est le premier à avoir donné la véritable identité de cet accordéoniste lensois, dans son ouvrage autobiographique et historique : De l'accordéon au trombone, 60 ans de musique et de souvenirs, paru en 2000 à compte d'auteur. Arthur Jean-Baptiste Roget est né à Lille en 1875, fils d'Arthur Joseph, chauffeur au chemin de fer, né à Haveluy en 1844 et Fidéline Leroy, née à Thiant en 1854. Lors de leur mariage, le père est domicilié à Lille rue du Long Pot depuis trois ans. Fidéline est sa troisième épouse, elle est tailleuse. Ils ont trois enfants : Fidéline, née à Lille en 1873, Arthur Jean-Baptiste et Jules Fortuné, né en 1880, qui deviendra professeur de musique, malgré la perte d'une phalange du pouce droit qui lui vaut d'être dispensé de service militaire.

La photo d'Arthur est censée avoir été prise en 1892, il aurait alors 17 ans, ce qui me semble peu crédible, Arthur paraît nettement plus âgé. En 1895 Arthur est exempté de conscription pour cause de bronchite chronique, il est alors domicilié rue Basse à Lens et exerce la profession de mineur. Il est représentant de commerce quand il se marie en 1900 à Lens avec Irma Boudon (1875-1952). Son père est parti sans laisser d'adresse et sa mère est cabaretière dans la même ville, peut-être place du Cantin comme le mentionne les auteurs Péguri et Mag ? Charles Verstraete nous dit que c'est vers 1900 qu'Alexandre, apprend l'accordéon avec Arthur, ce qui est plus vraisemblable.
En 1897, domicilié à Lens, rue de Lille, il est représentant de commerce. En 1899, à Lens, 12 rue de la Bataille, il se déclare musicien ambulant. En 1903 et au recensement de 1911, on le retrouve cabaretier/cafetier, 58 rue de Lille à Lens.
En 1912, Arthur Roget participe au concours de solistes organisé à Lille par la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais. Il obtient le 1er prix d'exécution, et le 2e prix de lecture, de la 1ère catégorie des accordéons français, son fils Elie est également récompensé avec un 2e prix dans la 3e catégorie, il vient d'avoir 17 ans.
Pendant la guerre il est réfugié à La Buissière, il retoune à Lens vers 1920, toujours rue de Lille. Il y meurt le 10 mai 1933.
Le couple a eu 5 enfants : Elie Arthur (1895-1924) accordéoniste et ouvrier de la mine ; Marceau (1897-1968) accordéoniste réputé, professeur de musique, chef de la Symphonie Ouvrière des accordéonistes d'Hénin Liétard et fondateur de la Symphonie Courcelloise d'accordéons. Il était le dépositaire des accordéons Roberti fabriqué à Lens ; Fortunée née en 1899 ; Arthur Joseph né en 1903 et Jean, mentionné par les auteurs du livre Du bouge au Conservatoire, mais dont je n'ai pas trouvé trace.

Christian Declerck
30 août 2019


Marceau ROGET et son fils René, vers 1930
collection personnelle


dimanche 28 juillet 2019

Marionnettes populaires

Mise à jour du 28/7/2019 : ajout d'un lien vers un recueil factice sur Gallica
Mise à jour du 22/12/2017 : photos
Mise à jour du 8/12/17 : lien vers la vidéo de France3 Lille et la page de la Voix du Nord



*****

Divertissement des ouvriers, les marionnettes à tringle sont les symboles d’une authentique culture populaire, celle de l’histoire industrielle de Lille et de Roubaix, lorsque les gens de peu s’en allaient « al’ comédie » puiser un peu de rêve et de gaieté. Vous découvrirez plus de soixante-dix comédiens de bois et leurs castelets et irez à la rencontre du fabuleux savoir-faire de ces montreurs de marionnettes.



toutes les infos ICI

L'exposition produite par le musée de l'Hospice Comtesse devait s'appeler Al'comédie,




mais le titre en français Héros de fil et de bois a été préféré.



L'expo qui rassemble, pour la première fois, des collections privées et publiques, a été réalisée avec le concours du Théâtre Louis Richard.
Un catalogue a été édité.


Alain Guillemin, co-commissaire de l'exposition

Christelle Massin, France3 Hauts de France

le catalogue de l'exposition, 152 pages





photos personnelles


****

Emile Raes (1882-1956), chansonnier, fondateur et président du Caveau Lillois, s'est souvenu des marionnettes de son enfance.


 
extrait du Recueil des Chansons et Pasquilles du Caveau Lillois, 1926
collection personnelle

Se chante sur l'air de L'habit d'min vieux grand père, de Desrousseaux



****

Sur Gallica un recueil de coupures de presse et de programmes concernant l'histoire des marionnettes en France ; sont cités : Gaston Baty, Jacques Chesnais, Lemercier de Neuville, Gaston Cony, Robert Desarthis, Geza Blattner, Marcel Temporal, le roubaisien Léopold Richard, etc…


source : Gallica


jeudi 11 juillet 2019

Cordéoneu

mise à jour du 11 juillet 2019 : ajout d'un lien d'une émission de radio Uylenspiegel

L'Accordéoneu

collection personnelle

Cette chanson fut créée et enregistrée en 1955 par le chanteur Bob Deschamps d'après une chanson plus ancienne dont les paroles et la musique avaient été recueillies par André Pletinckx, sur un arrangement musical de G. Rieding et éditée à Charleroi aux 100 000 chansons. C’est un mélange de flamand, de picard et de français, qui était utilisé aussi dans les chansons de Mi-Carême imprimées et vendues à Roubaix et Tourcoing à la fin du XIXe siècle. Voir l’excellente étude d’Elien Declercq sur l’histoire des migrants belges en France, revisitée à travers la chanson populaire (1870-1914). 

Plusieurs versions ont été enregistrées ensuite, d’abord par Andrex, puis par Raoul de Godewarsvelde et Edmond Tanière, mais la plus truculente est celle de Bob Deschamps  

Je pense que cette chanson a la même origine roubaisienne que les chansons étudiées par Elien Declercq. On a continué de la chanter parce qu’elle est intemporelle. La musique (et peut-être la chanson) était déjà utilisée pendant le carnaval de Dunkerque, voir sur cette page le « collectage » fait par Henri Girard avant 1900, pour composer son quadrille dunkerquois.




On m'a donné récemment une autre référence de son usage dans la région lilloise au début du XXe siècle, une feuille volante d'une chanson de carnaval publiée en 1905 : L'Utilité du Balai, chanson nouvelle, en patois de Marcq en Barœul, chantée par les Amis Réunis de l'Estaminet tenu par Henri Watelle, fabricant de Balais, sur l'air du Cordionneux. Cette chanson est conservée à la Bibliothèque de Lille, cote 44186/1905/19.

Christian Declerck


Voici les paroles originales :





I
Ze l'suis venir de Popimplûhûte
Pac' que z'étint toudis dir' à l'maizon
Qu'à Roubignou Minhir Flahute
Aim'à danser au son du Cordézon
Quans qu'i c'est mi c'est in bon muzicienne
Z'ai cru fair' mon z'av'nir avec en Roubizienne
Ze suis venir in Dimanz’ à dinner
Avec mon Cordézon pour zouer dinstous les Cab'rets

A Roubignou
Amuse vous
Brok ni quir et Trek en kir
Quant tu voulez prend’ du plaisir
N'betche zweek en ascouter
Quant tu voulez tertou's danser
Cordéoneu Mi c'est toudis Zwéyeux  )
Soir et matin ze fais danser les zins    )--bis

II
Ascoute bien un'fois mam'zelle
Quant tu vouley' çoisir un' amoureu
Tu l'fras zamais un choix plus belle
Quant tu prendeye un bel cordéoneu
Dins mon maison quand les éfants c'est braire
C'est print'ma cordézon et rad'min eu se taire
Dans mon semain'ze vas zamais travié
Z gangn'bien mon quinzain’ à zouer dans les cab'rets

A Roubignou...

III
Ze connais tout' les z'airs de France
Tu pou d'mander à mi s'que tu vouler
Quand ze l'étent'un nouvis danse
Faut né lontimps ou tout s' suite l'apperdez
In z'air walon' ou ben in z'air flaminte
Ze l'a d'ja dés méday's patavna tout m'vint'
A Roubignou c'est y co mi l'meyeur
C'est la sti décoré pou li rwé des cordéoneu

A Roubignou...




la partition


*****

Antoine Quaghebeur a récemment diffusé cette émission
sur le même thème de chansons franco/flamande, avec des collectages inédits 


mercredi 10 juillet 2019

Les cris de la rue à Lille à la fin du XIXe siècle

Après Le Garçon de Banque, roman lillois paru en feuilleton en 1891 dans Le Réveil du Nord et Papa Vienne édité en 1894, Alphonse Capon écrit un troisième roman de mœurs lilloises, Marie-Claire. En 1901, avec son ami et confrère le compositeur Emile Ratez, directeur du Conservatoire de Lille, il en tire un drame en 4 actes et 6 tableaux qui est représenté au Grand Théâtre de Lille. Le critique du Grand Echo du Nord, n'a pas apprécié et le fait savoir dans son compte rendu paru le 2 janvier 1902, mais dans sa critique on peut relever quelques louanges et informations sur le contenu de cette pièce qui a "une forte saveur lilloise", mais est "gâtée par l'inhabileté de certains interprètes à parler le patois local". On apprend également que "sur Marie-Claire, M. Ratez a écrit une partition de musique de scène intéressante. Il a fort habilement orchestré les vieux refrains lillois et les cris de la rue."
Que reste-t-il de cette musique ? probablement rien, comme pour la grande majorité de ces compositions de circonstance, surtout quand elles n'ont pas connu le succès.
Quelques années plus tard, Alphonse Capon publie plusieurs cris des rues, probablement ceux qu'il avait relevé/collecté à l'époque de la préparation de Marie-Claire, pour être intégré dans sa pièce. On découvre dans les pages du Grand Echo du Nord de 1912, les cris du marchand de mouron, du marchand de cirage, du marchand de quatre saisons, du rémouleur, du marchand de cartons et en août 1913 celui du marchand de glace.

Christian Declerck





source : Gallica



Alphonse Capon, né à Lille en 1855, poète, romancier, chroniqueur et folkloriste, est aussi musicien, 1er prix de chant du Conservatoire de Lille en 1878, il y est professeur de chant de 1898 à sa mort en 1930.
Nécrologie par Pierre Manaut, parue dans le Grand Echo du Nord
le 10/10/1930











Collection personnelle


samedi 1 juin 2019

Un cornemuseux dunkerquois ?

Ce tableau signé Alexandre-Louis Desmit (1812-1885), a été vendu aux enchères en 2006. On ne connaîtra sans doute jamais le nom de ce joueur de cornemuse, ni même s'il a existé. Mais si le cornemuseux n'est probablement pas dunkerquois, le peintre l'est.



Alexandre Louis Benjamin Desmit est né à Dunkerque le 27 novembre 1812, il y meurt le 3 mai 1885. Fils d"un négociant dunkerquois, il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1825 où il aurait remporté quatre médailles de 1831 à 1833. Il abandonne ensuite sa vocation de graveur et devient peintre, il expose ses œuvres au salon de Paris en 1839.
Il retourne à Dunkerque au début des années 1840. En 1851 il est embauché à l'Ecole de dessin comme adjoint du directeur, participant à toutes les initiatives pour dynamiser la vie culturelle locale. A partir de 1858, il enseigne le dessin au collège Notre Dame des Dunes et à ce titre il est l'initiateur artistique des peintres Henri Le Sidaner et Eugène Chigot. En 1883 il est nommé conservateur du musée de Dunkerque. Il continue d'enseigner à l'Ecole de dessin dont il est devenu le directeur en 1872. Il meurt célibataire dans sa maison au 30 rue de la Marine.

la rue de la Marine vers 1890
Seulement deux de ses œuvres, conservées au Musée des Beaux Arts, ont été sauvées des bombardements : le portrait du capitaine corsaire Pierre Pluckett (1839) et un portrait d'enfant (1840).
Un autre tableau de ce peintre a été proposé récemment à la vente à Amsterdam, celui-ci est daté de 1846, il reprend la même disposition, une chanteuse de profil et un(e) musicien(ne) (?) qui joue d'un luth (?), le catalogue nous donne sa dimension : 19,5 x 27 cm, et sa mise à prix : 600/800 €.




source : Dictionnaire Biographique Dunkerquois

lundi 13 mai 2019

Une famille de luthiers originaire d'Arras, les Pezé

Par Agnès Unterberger

© Musée de la Musique - Claude Germain


La production d'instruments à vent fabriqué par les Pezé, originaires du Pas-de-Calais, s'étend de la fin du XVIIIe siècle aux années 1850 environ. Indissociable du 6e arrondissement de Paris, elle s'inscrit dans une histoire musicale et artisanale ancienne. Entre l'Ancien Régime corporatiste et la libéralisation de l'artisanat, les changements de modes et les évolutions commerciales, la maison Pezé connaît plusieurs transformations successives durant cette période. Sans se limiter à la mention de cabrettes signées Pezé, cet article vise à donner une vue d'ensemble de la facture de cet atelier, en lien avec leurs fournisseurs, sous-traitants, confrères ou clients potentiels, et parmi eux d'hypothétiques Auvergnats ?

L'article est publié dans le Larigot, revue de l'Association des Collectionneurs d'Instruments de Musique à Vents
--> offre « adhésion découverte 1er semestre 2019 » incluant l'envoi du bulletin Larigot n°63.


*****

François Alexandre Pezé, facteur de clarinettes à Paris au début du XIXe sur le blog Clariboles et Cie