lundi 16 septembre 2024

Les Auvergnats du Nord, une « intelligente initiative » lilloise #1

 Une nouvelle amicale sous parrainage parisien 
 
En février 1929, des originaires du Massif central habitant Lille se rassemblent pour jeter les bases d’une amicale, Les Auvergnats du Nord. Le bureau est élu lors d’une deuxième réunion qui a lieu le 3 mars au Café de L’Écho du Nord, Grand Place (L’Auvergnat de Paris du 9 mars 1929).
 
Le Café du Pélican
 
Quels en sont les instigateurs ? À la tête de la société figurent des notabilités en majorité dans l’industrie et le négoce. La présidence est d’abord assurée par Alphonse Roux, industriel d’Haubourdin dont les ascendants sont Puydômois (près de Saint-Germain-Lembron) et spécialisé au début des années 1920 dans l’outillage pour la fabrication de parapluies. Le trésorier Jean Cibié, originaire d’Ytrac dans le Cantal, lui succède assez rapidement dans cette fonction au début des années trente et dirige l’amicale jusque dans l’après-guerre. Négociant en métaux à Lille, il fait prospérer ses affaires et crée en 1938 la chambre syndicale de démolition d’automobiles de France.
A gauche, portrait de Jean Cibié, président de l'amicale du Nord intégré aux "groupements parisiens" à la Une de L'Auvergnat de Paris du 10 juin 1933 (source Retro News)
 
Né à Drugeac, le secrétaire Pierre Bergeaud a également des attaches avec le Cantal aux alentours de Mauriac, tout comme le vice-président Auguste Fraignac, négociant de Roubaix issu d’une famille de chaudronniers du côté de Pleaux. La femme de ce dernier, née en Belgique, provient du même secteur près d’Ally. Ce tropisme géographique évoque l’émigration de nombreux ouvriers du métal au XIXe siècle depuis le pays de Salers vers le Nord de l’Europe, décrite en particulier par Marc Prival pour le cas des Pays-Bas  (Auvergnats et Limousins en migrance, éditions de la Montmarie, 2005, p. 226-237).
Fraignac a une prédilection pour le sport automobile dans lequel il s’est illustré en réalisant la première ascension du Puy-de-Dôme en 1905, aux commandes d’un véhicule de son invention. À cette époque il fait déjà partie d’une Ligue des Auvergnats du Nord, créée à Roubaix. Voir l’article ICI. Par sa désignation, ce premier groupement local s’inscrit dans la lignée de la Ligue auvergnate fondée à Paris en 1886 par Louis Bonnet, directeur de L’Auvergnat de Paris. 
 
À la fin des années 1920, le parrainage parisien est de nouveau convoqué pour placer Les Auvergnats du Nord sous de bons auspices, à la fois sur le plan médiatique, politique et musical. Plus de 40 ans après les débuts de la Ligue, c’est Louis Farges, ancien député radical du Cantal et ministre plénipotentiaire, qui a été choisi pour présider le banquet inaugural du 5 mai 1929 dans les salons de l’Hôtel Maury, rue du Court-Debout (L’Auvergnat de Paris du 27 avril 1929). Il représente un modèle de militantisme, lui qui a œuvré à Paris aux côtés de la génération pionnière pour l’émergence d’instances régionalistes et continue à plus de 70 ans à promouvoir son Cantal natal.  Cet héritage symbolique s’incarne également dans la personne de Louis Bonnet fils qui a repris la direction de la Ligue et du journal de son père en 1913, après la mort de celui-ci. Il est solennellement reçu à Lille le 3 novembre pour présider le deuxième banquet de la société. Plus de 200 convives y participent, parmi lesquels figurent en outre le conseiller municipal Brodel et des représentants d’autres groupes régionaux locaux.
 
plan de Lille 1930, source : Gallica
 
Les invités d’honneur sont aussi à chercher parmi les hommes politiques du moment. En 1930, le ministre du Travail Pierre Laval se joint à la fête annuelle organisée salle de l’Orphéon et présidée par l’avocat à la Cour de Paris Joseph Python, soutien de La Musette de Dunkerque avant la Grande guerre (voir le lien déjà cité). Cinq ans plus tard, c’est au tour de Paul Bastid, président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, député du Cantal et futur ministre du commerce du Front populaire, de se joindre aux réjouissances.
 

mardi 3 septembre 2024

Stage de danses flamandes 1975

 

collection personnelle

 En décembre 1975, peu avant de nous quitter pour d'autres horizons en janvier, Jean-Louis Montagut organise avec la MJC de Rosendael le 1er stage de danses flamandes de la région 59/62. Il a invité Jan Vandeputte, cornemuseux et facteur d'épinettes à Heestert (B), son frère, et un ami accordéoniste et leurs épouses pour nous enseigner les danses de base du répertoire de la tradition flamande.

collection Jean-Louis Montagut

 
animation du marché de Rosendael
 
Animation et distribution de tracts sur la place du marché de Rosendael par les musiciens du stage, Jan Vandeputte à la cornemuse.

Il nous restait quelques souvenirs et quelques images, mais récemment Benoit Lemiègre m'a contacté pour identification des personnes sur ses photos de cet évènement local. On y retrouve des musiciens connus et d'autres moins connus. Si vous les reconnaissez, n'hésitez pas à nous en faire part.

JL Montagut, M Lebreton, C Declerck, JJ Revillion, P Laneres, C Declercq

J-J Revillion et Michel Lebreton

chanteuses bretonnes inconnues

les mêmes dansant

un duo d'auvergnat

Annick Baudry et son frère François

Christine Outier et J.-L. Montagut + Annie Verhille et J.-P. Chantret

participants au stage, 2e à gauche : Mme Vandeputte

d'autres photos à venir

lundi 19 août 2024

Un accordéona électrique

Les 15 avril et 17 juin 1928 le Nord Maritime publie cette publicité : 

source : Retronews

"La Maison Vincent De Neuter invite sa nombreuse clientèle à venir entendre sa dernière création, le piano ACCORDEONA qui remplace avantageusement un orchestre Jazz-Band de 4 accordéonistes. Cet instrument est l'idéal. Avec lui le manque de musiciens modernes n'est pas à craindre. Cette innovation est exposée, rue Poincaré, 56, DUNKERQUE"
Cette annonce est complétée par un autre encart publicitaire, le 24 octobre de la même année : AVIS AUX CAFETIERS. La maison Vincent de Neuter, fabrique 9 rue du Nouvel Arsenal, fait savoir aux cafetiers qui possèdent un piano automatique qu'elle peut le moderniser en piano accordéona électrique, avec grande facilité de paiement. Elle est la seule maison qui soit outillée en machine électrique pour ce travail de nouveau genre. Disponible à vendre : 56 pianos automatiques, Jazz-Band, remis à neuf à partir de 1.200 francs ; pianos accordéona électrique à partir de 6.900 fr. ; 5 pianos orchestrions électriques ; 3 pianolas marque Ulfete ; un orgue marque Gasparini. Tous ces instruments sont garantis et vendus avec grande facilité de paiement. La maison Vincent de Neuter fait savoir qu'elle possède la fameuse machine enregistreuse universelle, fonctionnant à l'électricité pour les repiquages de cylindres. Repiquage de cylindres à partir de 175 francs ; accords et réparations de toutes marques de pianos. Le seul représentant pour les pianos accordéona dans la région. Qu'on se le dise !"
Je n'ai rien trouvé d'autre concernant ce mystérieux Accordéona, sauf ces deux annonces parues dans le Grand Echo du Nord :

Source : Gallica

Polydore Vincent de NEUTER est né à Lockeren (B)  le 31 mars 1892, fils de Jean Alphonse et Marie BONTINCK, il est cordonnier de l'armée belge quand il épouse, à Gravelines en 1917, Marie Eugénie SALOMONT née dans cette commune en 1897. En 1937, on le retrouve dans l'annuaire Ravet et Anceau, au 9 rue du Nouvel Arsenal (près de la place Calonne), il est fabricant de jeux. En 1938 il emménage à Rosendael, 26 rue Jules Degroote, où il fonde une fabrique de jouets en bois. Entreprise continuée par son fils Robert (1928-2022) et située à Coudekerque-Branche, elle fournissait en cadeaux et jouets notamment les comités d'entreprise pour la période de Noël. 

Pour la suite, voir cet article de La Voix du Nord du 21/12/2016




jeudi 8 août 2024

Visite dans le Westhoek

 Une cassette VHS retrouvée dans les archives de mon père. Je pense qu'on peut estimer la date grâce à l'affiche annonçant un concert bal "Le père Noël est un folkeux" à Saint Sylvestre Cappel, avec les groupes folks Smitlap et Harpe Diem, au début des années 2000, 2002 d'après une mention sur la cassette vidéo. 


Le fil conducteur semble être la recherche de la pratique de la langue flamande dans ce petit coin de France. On y aperçoit Raymond (1925-2005) et Marthe DECLERCK (1924-2009) accompagnés par Joël DEVOS, l'abbé Cyriel MOEYAERT (1920-2020) et Jean Noël Ternynck (1946-2017) accompagné par William SCHOTTE.

Diffusée sur la télévision néerlandaise AVRO 1.

une autre vidéo, même source, probablement des rushs TV vers 2002 de l'émission précédente



Cyriel Moeyaert

Joël Devos, Marthe et Raymond Declerck

Jean Noël Ternynck
 
William Schotte

affiche annonçant un concert/bal avec Smitlap et Harpe Diem

samedi 6 juillet 2024

Claquebois

mise en ligne le 23/4/2013
mise à jour le 16/12/2019, ajout d'un concert par Charles de Try à Cambrai
mise à jour le 20/5/2020, ajout des prestations d'Ernest Bonnay de Cambrai et une partition de son père
mise à jour le 6/7/2024, ajout d'infos famille Bonnay + Louise Nixaw

Un mystérieux instrument…



C’est du moins ainsi que j’ai considéré ce « xylophone » quand je l’ai trouvé en brocante en 2011 : les lames de bois me faisaient penser à un instrument exotique (Asie, Afrique ???), peut être ramené lors d’un voyage, alors que la table trapézoïdale qui le soutenait, en hêtre et orme étaient de toute évidence de fabrication nord européenne…  Et que dire des languettes de mousse expansée collées sous les lames sonores, d’allure « fin XXe siècle  ».
Bref, cet instrument me posait plus de questions qu’autre chose, surtout avec les notes de musique selon la notation française (do, ré , mi…) gravées sur chaque lame, qui ne faisaient pas très extra-européen.
Je l’ai donc exposé lors de la brocante musicale de Cappelle en Pévèle de 2012, et ai questionné un certain nombre de visiteurs, passionnés comme moi d’instruments de musique populaire, à qui ça ne disait rien non plus. L’un d’entre eux, Hervé GONIN, grand collectionneur d’instruments de musique traditionnelle du Monde me rappelait cependant dans les semaines qui suivaient pour me dire qu’il avait vu un instrument similaire au musée instrumental de Bruxelles, et qu’il y était appelé  « claquebois », ou «  bois et paille ». Je me ruais alors dans ma documentation, et me rendais alors compte de l’importance de ma découverte… Je tenais un instrument populaire répandu en Europe du Nord au XIXème siècle (Pays Bas, Tchéquie), qui avait disparu des mémoires.
Le démontage des lames et leur examen me confirmaient l’origine locale de la fabrication, puisque l’une d’entre elle portait le patronyme suivant : « JULES JOOS** », avec le même lettrage que les notes inscrites sur chaque lame de bois. Cette fois, il n’y avait plus de doute, il s’agissait bien d’un instrument en usage dans la région, le brocanteur m’ayant dit l’avoir trouvé dans un débarras de maison vers Maubeuge.
D’après César Snoeck, notaire à Gand au XIXe siècle, grand collectionneur d’instrument, et dont la partie des collections issue des anciens Pays-Bas est entrée au musée instrumental de Bruxelles : « l’instrument dans son état actuel a été en quelque sorte créé par un Polonais nommé Gusikow au moyen de perfectionnements successifs apportés à un instrument simple et populaire de son pays, le Jerova i Salamo, espèce de claquebois. Gusikow acquit sur son instrument un talent absolument prodigieux au point d’exciter l’admiration dans les principales villes de l’Europe qu’il parcourut de 1834 à 1837 en donnant des concerts. Ainsi se produisit-il à cette époque un véritable engouement pour le bois-et-paille ; tout le monde voulait en jouer et il était devenu un instrument de concert et de salon. Il est probable que les nombreux amateurs qui s’exercèrent ne réussirent pas comme Gusikow, car après 1840 le bois-et-paille est tombé dans l’oubli, et il est presque inconnu aujourd’hui » (ce texte date de 1894). C’est sans doute un instrument provenant de sa collection qui a permis l’identification de notre spécimen.
Il est clair que Gusikow n’a pas créé le bois-et-paille, ce type d’instrument étant connu de très longue date, et faisant même partie de la catégorie des instruments dits « primitifs », mais sa virtuosité l’a remis en lumière et aura créé au XIXème siècle un regain d’intérêt pour un instrument ancien dont notre exemplaire est un témoignage précieux. Parvenu jusqu’à nous en très bon état*, et avec ses deux mailloches en bois,  seuls les faisceaux de paille soutenant les lames sonores ayant  disparu en raison de leur fragilité. Ils ont pu être reconstitués et restaurés par mes soins avec l’aide des établissements Florimond DESPREZ qui m’ont fourni la paille de céréale nécessaire à cette restauration. Qu’ils en soient ici remerciés chaleureusement.

Jean Jacques Révillion †
6 avril 2013

* Il est plus que probable que les pieds qui portaient la table aient été sciés.
** Voir plus bas


cliquez pour agrandir




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Jules Delépierre
A cette découverte très intéressante je peux ajouter quelques informations concernant cet instrument dénommé parfois « claquebois » ou « bois et paille ».
Jules DELÉPIERRE, musicien et chef d'orchestre, né à Armentières en 1820, se produisait également sur ce genre d’instrument dans les années 1850 comme en témoigne cet article publié dans le Mémorial des Pyrénnées :
11 décembre 1852 : « Il y a quelques jours, dans un de nos salons où l’on se réunit fréquemment pour faire de la musique, on accueillit par de chaleureux bravos un artiste étranger, qui, sur un instrument de la facture  la plus simple, car il ne se compose que de brin de paille et de petits morceaux de bois, est parvenu, à force de persévérance et de travail, à produire de riches harmonies et à rendre, avec une puissance et une netteté admirables, les pages les plus brillantes des maîtres de l’art. Cet instrument nouveau est le Zilophone et l’artiste se nomme M. Delepierre. Qu’on se représente une série de minces planchettes de sapin, longitudinalement juxtaposées, attachées les unes aux autres par des cordes à violon et placées sur une petite table couverte de tubes de paille. L’artiste prend en main, deux batons semblables à des demi-baguettes de tambour, et, sur les touches de ce modeste clavier, vous l’entendez exécuter, avec une dextérité et une sonorité surprenantes, les variations les plus difficultueuses Thalberg, Mayseder, de Bériot. Les applaudissements bien mérités que M. Delepierre a obtenu dans cette réunion, l’ont engagé à se faire entendre en public, et nous apprenons qu’il organise une soirée musicale, qui doit avoir lieu prochainement, et dans laquelle il sera brillamment secondé, pour l’instrumentation et pour le chant, par l’élite de nos artistes et amateurs. Nous croyons que la sympathie et la curiosité ne lui feront pas défaut dans cette circonstance. »
Jules Delépierre aura plusieurs enfants qui deviendront des virtuoses violonistes, le premier, Jules Henri, né à Dunkerque en 1849, et surtout ses trois sœurs : Juliette (Douai, 1850 - San-Salvador, 1897), Julia (Bagnères de Bigorre, 1852 - Paris, 1926) et Jeanne (Cambrai, 1863 - ?). les deux premières se produisent à Londres en 1866 et en plus de leurs prestations sur le violon elles ajoutent l’instrument favori de leur père : « The Oxford theatre, Engagement of the talented Juliette and Julia Delepierre. Violinist to all the Northern Courts, aged respectively nine and thirteen years. Mlle Juliette will also perform a Fantasia on her extraordinary instrument called the Xilophone, composed of Bois et Paille [en français dans le texte]. They will appear Every Evening at Nine and Half-past Ten o'clock. » [The Anglo American Time]. Elles continueront de se produire dans toute l’Europe et en 1885 elles sont à Paris « Les demoiselles Delepierre, trois jolies petites jeunes filles, viennent de débuter aux Folies-Bergère, où elles ont obtenu un légitime succès. Rien de plus intéressant que de voir ces enfants jouer, sur des instrumenta ingrats comme le xylophone, des airs variés, hérissés de difficultés. » [Le Grelot], c’est certainement à cette époque qu’a été imprimée cette affiche conservée à la médiathèque de Chaumont.



Christian Declerck


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Jules Joos
Ce patronyme d’origine flamande étant assez rare en Hainaut, le signataire de l’instrument découvert par Jean-Jacques pourrait être celui qui était domicilié rue de l’Abattoir à Hautmont, près de Maubeuge, à la fin du XIXe siècle. Jules Joseph JOOS est né à Hautmont le 19 mars 1879, fils d’Aimé, lamineur aux Forges, et Thérèse VANACHTER. Il deviendra gendarme à cheval en Bretagne où il décède en 1961. Si son père est né aussi à Hautmont, en 1856, son grand-père, Fidèle JOOS est né en 1809 à Sinay, aujourd’hui Sinaai-Waas, petit village flamand situé entre Gand et Anvers, ce qui nous ramène au collectionneur gantois César SNOECK. Peut-on imaginer que cet instrument ou au moins le souvenir de cette pratique se soit transmis de père en fils et petit-fils tout au long de ce siècle ? et que l’instrument découvert « près de Maubeuge » soit en lien avec cette famille ?
Personnellement je crois qu’il y a de fortes chances pour que cela soit ainsi, il y a trop d’éléments qui se recoupent, outre les coïncidences généalogiques et géographiques, il y a aussi, par exemple, les notes marquées sur le bois qui ont été faites avec des lettres à frapper utilisées pour marquer le métal, dont on devait se servir dans les Forges et Fonderies de Hautmont.



Peut-être, pure hypothèse, est-ce Aimé qui a fabriqué cet instrument pour son fils et qui l’a marqué à son nom ?
Christian Declerck



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La famille BONNAY

Gallica
C'est au Théâtre également, soit aux fêtes de la Philharmonie, soit aux fêtes de l'Orphéon, qu'on pouvait entendre un instrument original, délaissé depuis, dénommé vulgairement « bois et paille », parce qu'il était composé de morceaux de bois de différentes dimensions, reliés par des cordelettes, et reposant sur des rouleaux de paille. Le tout était fixé sur une table de bois et se jouait avec des baguettes d'ébène. Le maniement en était- difficile, et peu s'y risquaient. Seuls, MM. Bonnay père et fils et M. de Try osèrent l'affronter. Notre bibliothécaire, M. Delannoy, qu'on ne prend jamais de court, a mis la main sur un numéro de la Gazette de Cambrai, du 15 avril 1865, où l'on publiait un article de la Gazette des Etrangers, que je ne puis m'empêcher de reproduire, à cause de la personnalité qui en fait l'objet : « Il vient d'arriver à Paris, un petit bonhomme bien extraordinaire qui, si je ne me trompe, va faire parler de lui et soulever des ouragans de curiosités. On en va parler avec rage et tout le monde voudra le voir et l'entendre. C'est un enfant de sept ans à peine, de la plus charmante physionomie, un petit virtuose d'une force singulière sur un instrument baroque, assez peu connu, qui s'appelle, je crois, le xylocordéon. Figurez-vous un clavier de bois de sapin, reposant sur des coussinets de paille; on frappe avec un petit marteau ces touches équilibrées, qui vibrent et donnent un son indéfinissable, mystérieux, vague, voilé, sonore cependant et d'une qualité toute spéciale : cela se rapproche du timbre de l'harmonica, ou plutôt encore de cet instrument composé de cloches de cristal, abandonné aujourd'hui et d'où l'on tire des sons par un frottement circulaire. Ce petit garçon se nomme Ernest Bonnay ; il a exécuté, hier, au concert du boulevard des Italiens, une grande fantaisie variée, avec une agilité, une justesse et un sentiment musical très remarquables. Il fait des cadences, les trilles avec une perfection rare ; cet enfant est plus qu'un virtuose, c'est un véritable artiste. Il paraissait hier pour la première fois devant le public de Paris où il est arrivé avant-hier. Il a eu un succès fou et on lui a fait bisser le strette de son morceau. » 
Dans le numéro du 9 mai, de la même année : « Le jeune Bonnay a eu l'honneur de se faire entendre à l'Elysée, devant son A. I. la princesse Mathilde et il a obtenu un magnifique succès. » 
De France, il s'en fut au Danemarck, où le suivit la faveur du public. « La Gazette d'Altona, cite encore le journal de Cambrai, dit qu'il a excité l'enthousiasme au plus haut point, au concert donné dans cette ville. Il en fut de même à Stzchec (Holstein), où son Altesse Louise, l'a mandé pour voir de plus près l'artiste en miniature et l'instrument qui secondait si bien son talent précoce. » 
C'est pour accompagner son jeune fils dans ses tournées artistiques que M. Bonnay quitta Cambrai, le 2 décembre 1865, et abandonna la direction de l'Orphéon Cambrésien en même temps que ses fonctions de professeur à l'Ecole de Musique.

Mémoires de la Société d’Emulation de Cambrai 18 décembre 1927

Emma Bonnay prend la succession de son frère après son décès : 1880, « Mlle Ernestine [sic] Bonnay, l’intéressante xilophoniste, que nous avons applaudie l’été dernier au Cirque et aux Folies Bergère, est sur le point de terminer sa brillante tournée en Amérique. Après avoir donné des concerts à Panama, Mexico, Cuba, Goyaquil, Lima, elle est arrivée à San Francisco, où elle est engagée au grand théâtre California jusqu’à la saison prochaine »

6 janvier 1884 : Mlle Bonnay, la remarquable xylophoniste qui obtenu, la semaine dernière, un si vif succès à la soirée musicale de la salle Hertz, donnée au profit de l’œuvre du patronage des apprentis, est, en ce moment libre d’engagement pour la saison qui va s’ouvrir. nous ne saurions trop recommander cette artiste de talent aux directeurs de concerts ou aux entrepreneurs de tournées en province et à l’étranger en quête d’un numéro original et tout à fair exceptionnel. Mlle Bonnay est, nous croyons, la seule femme à Paris jouant du xylophone, ce singulier et mélodique instrument composé de morceaux de bois et paille » 


Théodore Bonnay, né à Cambrai en 1819, est mort à Paris en 1904.
Ernest Bonnay, né à Cambrai en 1856,  meurt vers 1875 des suites d'un accident.
Jeanne Mathilde Emma Bonnay, née à Cambrai en 1851, est morte à Angoulême en 1931.


source : Gallica

Entre temps, Théodore fait aussi appel à une de ses élèves pour remplacer son fils : Louise NIXAW, qui parcourt également l'Europe pour des concerts remarqués entre 1876 et 1885 dont la presse se fait écho.

source : L'Echo des Jeunes (Gallica)

Je n'ai pas trouvé d'où vient ce pseudonyme NIXAW. Marie Louise PLOSSE, dite Nixaw, est née à Paris, 242 quai de Jemmapes, en 1862, fille de Julie et d'un père non dénommé. Elle est morte en 1942 et inhumé au cimetière de Tassin la Demi Lune (69).

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J'ai relevé cet article dans La Presse Orphénique du 6 mars 1870 :
Strasbourg, après un concert donné par la violoncelliste Elisa de Try, son père la rejoint sur scène. " Enfin, pour clôturer joyeusement la solennité, et à la demande générale, M. de Try a bien voulu consentir à présenter un instrument de fantaisie, d'origine germanique, et perfectionné par lui : ce sont des rouleaux de bois de sapin disposé sur d'autres rouleaux de paille et placés sur une table. M. de Try, armé de légères baguettes fort courtes, parvient à tirer de cet appareil rustique les sons les plus doux ; puis avec une prestigieuses adresse, il s'est livré aux caprices les plus fantastiques de la variation sur un thème de Mayseder. Quel est le nom français de cet instrument ? Tryphone, du nom de son propagateur, et voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de cette dénomination : Un jour M. de Try, honoré de l'amitié de Rossini, était allé dans son salon, montrer cet assemblage de touches si primitives, en présence de quelques intimes. Et le maëstro, ravi de l'originalité de ce clavier musical, de s'écrier : Mon cher de Try, vous Try… phonez admirablement. Aussitôt un assitant de répliquer : Eh bien ! que Tryphone soit désormais le nom de l'instrument. Et il en a été ainsi. Auguste Lippmann

Charles de Try est né à Bruxelles en 1819, il épouse Emilie Blervacq à Courtrai en 1843, il sera maître de chapelle de la cathédrale de Cambrai. Il meurt à Lambersart le 8 juin 1887.


dimanche 2 juin 2024

Patrice Heuguebart, retraité et chevalier

Smitlap 1984

« Hazebrouck est ma maison. » À 60 ans, Patrice Heuguebart a choisi d’en faire un pied-à-terre. Mais le directeur des affaires culturelles et de l’événementiel de la ville ne sera jamais bien loin. D’une parce qu’il habite au pied du mont Cassel ; de deux car l’homme n’a pas renoncé à l’action sociale et culturelle, au sein d’Arche et du collectif musical Smitlap. Retour en six dates sur le parcours foisonnant du « gamin du Nouveau-Monde ». Incontournable, tant il a compté pour la ville et ses habitants.

1963 
Patrice Heugeubart naît rue Pasteur, mais c’est à deux pas qu’il grandit. Deux frères, une sœur, des parents boulangers. « La rue Notre-Dame était un village en ville. De l’église au rond-point de la Mappemonde, une maison sur deux était un commerce. » Il hérite du sens de l’engagement, inscrit dans l’ADN de la famille. Grand-père communiste, mère à la Jeunesse ouvrière chrétienne. « De nature, j’étais actif. Mon handicap visuel a fait de moi un combattant. Le petit gros avec un œil de travers ne se laissait pas faire. Il m’a fallu prendre ma place », sourit-il. Scolarisé à Saint-Jacques, « qui m’a formé à la vie de groupe », il découvre en parallèle l’accordéon avec Roland Dewaele. « Je lui dois beaucoup sur mon parcours musical. Il m’a donné tous les outils de l’autonomie. »

1978
Une année déterminante. « Je suis figurant dans un spectacle sur l’abbé Lemire. Je rencontre Jean-Pierre Allossery (élu socialiste, président du centre socio-éducatif (CSE) et créateur d’Hazebrouck ville ouverte, ndlr). » Patrice Heuguebart se rapproche du CSE « comme petite main », décidé à « bénévoler ». « Je sentais implicitement les plaques tectoniques de Saint-Jacques (il y a été surveillant, ndlr) et de l’éducation populaire s’affronter. D’un autre côté, l’animateur socioculturel n’est que la version laïque du vicaire. »
Patrice Heuguebart, il y a « quelques » années avec les musiciens de Smitlap. Le groupe vient de fêter ses 40 ans.

1984
Partagé entre des saisons en village vacances à Bourg-Saint-Maurice, une carrière artistique au côté du comédien Jean-Marc Chotteau et sa vie hazebrouckoise, Patrice Heuguebart finit par rentrer au bercail. Un poste d’animateur est disponible au CSE. « C’est pour toi, me dit Jean-Pierre Allossery. Je n’ai pas hésité, on avait un matelas idéologique commun. » Le jeune animateur prendra la direction du centre quelques années plus tard. Il n’a pas trente ans. La gauche a perdu la mairie, Maurice Sergheraert (divers droite) est aux affaires : « Parmi les grandes satisfactions que j’ai eues, je retiens la capacité des élus de droite et de gauche à entretenir une dynamique positive autour du CSE et de Ville ouverte. »

1990 – 2010
Une forme d’âge d’or. Création de Folk en mai, des Beaux Dimanches du mont Noir, de Cassel cornemuses, à titre bénévole, d’une galerie d’exposition dans les murs du CSE, place Degroote, la labellisation du centre social par la CAF. Le CSE est sur tous les fronts, son directeur en première ligne. « On était porté par un contexte favorable », relate Patrice Heuguebart. Ville ouverte voit affluer des troupes aux propos acides, qui attirent la foule. De l’agit-prop qui bousculait les codes : « Je me souviens d’une compagnie qui promenait un cercueil dans les allées de la brocante, d’une douche aux parois opaques installée devant La Voix du Nord, sur la Grand-place. » En quittant le CSE, Patrice Heuguebart a pris ses distances avec le festival « éteint par les attentats de Nice en 2015 et le Covid ». Sans porter de jugement sur la perte de vitesse de l’événement : « Le "c’était mieux avant" m’agace prodigieusement, me désole aussi. »

2009 
Patrice Heuguebart retrouve Jean-Pierre Allossery… à la mairie. Il devient directeur des affaires culturelles, invite le bagad de Lann-Bihoué, Chanson plus bifluorée ou Richard Gotainer à la fête de la Musique, contribue à la création des Bouquinales, qui s’arrêteront, à son grand regret, en 2019, mais se poursuivent sous une autre forme. Sous le mandat de Bernard Debaecker, il hérite en outre de la casquette de chef de service événementiel, qu’il conserve après l’élection de Valentin Belleval : « J’ai aimé les rencontres tous azimuts facilitées par mon métier. »

2024
L’heure du départ, dans sa soixante et unième année. « C’est mon moment, j’ai perdu trop de gens à l’aube de la retraite. » Patrice Heuguebart a transmis le témoin à Yannick Kremer, directeur de la médiathèque, avec le sentiment d’avoir respecté sa devise : « Fidélité et loyauté. »

Marc Le Tellier
VdN 22/4/2024


Patrice Heuguebart fait chevalier dans l’ordre des palmes académiques
Patrice Heuguebart a fêté son départ en retraite en mairie d’Hazebrouck. À cette occasion, il a reçu l’insigne de chevalier dans l’ordre des palmes académiques.

Jeudi soir, aux Augustins, Patrice Heuguebart a fêté son départ en retraite qui sera effectif au 1er juillet, entouré par sa famille, ses amis et ses collègues, une réception à son image, ponctuée d’intermèdes musicaux. « Un nouveau livre avec des projets, des envies et des surprises à vivre va s’ouvrir », a-t-il déclaré.
Celui qui fut au service de l’éducation populaire pendant près de quarante ans, a reçu des mains d’Hervé Dufour, inspecteur de l’éducation nationale, l’insigne de chevalier dans l’ordre des palmes académiques : « Tous les projets pédagogiques et culturels de grande qualité que vous avez portés et dont ont pu bénéficier les enfants d’Hazebrouck et de sa périphérie, fait que l’Éducation Nationale reconnaît toute la valeur que vous incarnez. »

Valérie Baranek
VdN 31/5/2024

crédit : la Voix du Nord

VdN 2023

 

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