dimanche 24 janvier 2021

Les cornemuseux de la Saint-Druon

mis en ligne le 14/12/2009
mise à jour le 24/1/2021 : photo d'un des derniers bergers d'Artois à Rebreuve

Trad Magazine, n° 50, novembre 1996




Par Patrick Delaval

Un tableau
Ce tableau est un lavis coloré – tons bistre, gris-vert et rouge brique – rehaussé d’encre. Il porte en légende : « Procession de Saint-Druon, Patron des Bergers ». Il est signé et daté en bas à gauche : Ph.d.R. 1823. Ces initiales sont celles de Philibert Damiens Comte de Ranchicourt, né le 18 novembre 1781, décédé le 8 octobre 1825. Deux médailles l’avaient signalé lors des expositions de Douai en 1823 et 1825. Le château de Ranchicourt et le village ont été rattachés en 1791 à la commune de Rebreuve, située à quelques kilomètres de Bruay-Labuissière, sur la chaussée Brunehaut, ancienne voie romaine qui relie Arras à Thérouanne. Nous sommes donc en pleines collines d’Artois au début du XIXe siècle, et tous ceux qui ont collecté dans cette région comprendront l’importance de ce tableau : c’est la première fois qu’on découvre une preuve iconographique de la cornemuse dans le Pas-de-Calais pour cette période. La Piposo était attestée par de rares textes [1] citant l’Artois et le Boulonnais, et quelques mentions près de Lille… lire la suite ci-dessous
[1]
par exemple : dans le Lexique Saint-Polois d'Edmond EDMONT, Saint-Pol sur Ternoise, 1897 : "Piposo : substantif masculin, cornemuse, par extension joueur de cornemuse. A Ligny Saint Flochel : piposo : féminin, Ju d' pip' masculin."






Cliquez sur les images pour les agrandir


En écho : mai 1963 M. Hermant l'un des derniers bergers d'Artois, à Rebreuve
couverture de la revue des mineurs Bruits et Lumières n°20



samedi 23 janvier 2021

Quand Jérémie jouait de l'accordéon

Des Français, principalement des militaires, mais des réfugiés civils aussi, se trouvaient à Londres, pendant la guerre 39-45. Il y avait dans le nombre des Dunkerquois et des Dunkerquoises. Tous partagèrent avec la population londonienne les épreuves des attaques aériennes livrée par les Allemands et les difficultés qu'apporte la guerre dans la vie quotidienne. Mais il y avait, de temps à autre, de bons moments, notamment ceux que l'on passait dans les manifestations artistiques et dans les restaurants et cafés français de la capitale anglaise.

Jérémie joue chez Jacqueline


Marcelle Devynck, domiciliée à Saint-Pol-sur-Mer, a fait allusion dans un précédent article (La Voix du 26 mai) à un club où se retrouvaient le soir des Français et aussi des Canadiens francophones, à Londres. C'était Chez Jacqueline. Une ambiance chaleureuse y régnait. Les Dunkerquois affectionnaient cet endroit car l'un des leurs, Jérémie Barbry, y jouait de l'accordéon quand son service le lui permettait. Né en 1919 à Bray-Dunes, servant dans la Marine en Indochine, Jérémie avait participé à bord du croiseur La Motte-Picquet, à la bataille de Koh-Chang contre l'escadre siamoise, en janvier 1941, quand il rejoignit la France Libre en 1942. Chauffeur à l'Amirauté des FNFL à Londres, il était virtuose de l'accordéon, si bien qu'il joua dans les hôpitaux militaires pour distraire les soldats malades et blessés, donna des aubades au départ des bateaux partant en campagne et se fit entendre à plusieurs reprises à la BBC (*) ainsi que dans des concerts de la Croix-Rouge britannique et de la Fondation Saint-John des prisonniers de guerre.

Il tint aussi de petits rôles dans des spectacles de théâtre et de variétés. Ainsi, il joua au Théâtre Molière (association de théâtre français) dans l'Anglais tel qu'on le parle de Tristan Bernard et, pour l'Institut français du Royaume-Uni, dans Le Paquebot Tenacity de Charles Vildrac, avec des comédiens français dont Paul Bonifas, de la Comédie Française. Il fit de la figuration dans un film américain de la Warner Bros, Flight from Sin. et, le soir donc, il trouvait encore le temps de charmer à l'accordéon le public assemblé Chez Jacqueline.
 
Jérémie Barbry et son orchestre
à Londres
Jérémie rencontra en Angleterre une charmante Dunkerquoise qui avait fui l'enfer de mai-juin 1940 sur l'Emile-Deschamps, navire qui sauta sur une mine près de Margate, le 4 juin. La jeune fille fut parmi les rescapés recueillis par un navire anglais. A sa sortie de l'hôpital, elle travailla dans une manufacture d'équipement pour l'armée.
Jérémie et Marie-Jeanne Fichaux décidèrent de se marier à Londres. Ils passèrent leur lune de miel à Manchester en même temps qu'un autre couple franco-anglais celui-ci. Les photos des jeunes mariés parurent dans les journaux anglais. La famille s'agrandit de deux petites Dunkerquoises nées sur le sol anglais en 1943 et 1944, puis un garçon né, lui, après la guerre et le retour à Dunkerque.

Le papa travailla aux Messageries Maritimes jusqu'à son départ en préretraite en 1976. Hélas, il décéda en 1977. Les "vieux dunkerquois" n'ont pas oublié que dans les années 50-60, Jérémie joua de l'accordéon Aux Loisirs, établissement que sa famille exploitait place Voltaire à Rosendael. La piste de danse n'était jamais déserte le dimanche, dans ce café-dancing populaire que Jérémie animait avec une simplicité qui lui valait l'amitié de toute la clientèle.

Serge Blanckaert
La Voix du Nord, 7 juillet 1996



(*) Jérémie a rapporté les disques 78 tours de sa prestation en 1943, gravés par la BBC, j'ai eu copie de ces enregistrements inédits par René Steylaers, historien dunkerquois.

au programme :

de l'accordéon (je recherche l'origine des javas)
- Dansons la java
- La java des gens du Nord
- Marche des accordéonistes Lyonnais
- Paris reine du monde
- Sous les ponts de Paris

et deux chansons de marins
- Pique la baleine
- Hardi les gars, vire au guindeau



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Jacques Yvart, dans sa chanson Dans la vallée des roses, se souvient du bal à Jérémie


en concert au USA


jeudi 14 janvier 2021

Un chanteur flamand à Saint-Omer au XIVe siècle

A partir de 1314 la comtesse Mahaut d'Artois s'installe à Charenton le Pont, où elle fait agrandir le château : construction d'une grande salle et d'une tour crénelée. C'est de cette époque que date ce livre de compte rédigé par Hue de Thélu, conservé aux archives départementales du Pas-de-Calais à Dainville. L'inventaire publié en 1878, a relevé divers joueurs d'instruments de musique :

1320 : Compte d'Hue de Thélu pour l'hôtel de la comtesse Mahaut du 7 août à la Toussaint

- a Simon le trompeur qui apporta lettres à madame du mariage Teri de Hensebergue le xxiiiime jour d'aoust à Saint-Omer … viii s.

- a Jehane qui geue des orgues … xvi s.

- a Perrot menestrel mons. de Boulogne qui geue du frestel … x s.

- a Terion menestrel de viele mons. de Chastillon … viii s.

Dans l'exposition "Musiques maestro !" présentée à Arras en 2011 était exposé ce parchemin des comptes et la notice précisait : le 9 septembre "à Saint-Omer à un chanteur qui chanta devant madame [la comtesse] en flament".


Archives départementales du Pas-de-Calais, cote A 386
photo personnelle

Jules-Marie Richard dans son livre paru en 2014, page 91, Mahaut comtesse d'Artois et de Bourgogne (1302-1329) nous donne aussi cette mention, parmi celles de plusieurs ménestrels qui se produisent devant la comtesse, le chanteur est gratifié de 12 deniers soit un sol, les autres musiciens mentionnés plus haut sont nettement mieux rémunérés : entre 8 et 16 sols.

vendredi 1 janvier 2021

Adolphe Deprince, 1901-1995



Adolphe 9 ans
source : Charles Verstraete
Né "par accident" le 17 décembre 1901, à Malines (Belgique) chez sa grand-mère maternelle, il rentre à Roubaix dès janvier 1902. Il découvre l'accordéon auprès de son père, Emile né à Roubaix en 1872, qui joue du diatonique dans la Société des Joyeux Accordéonistes Roubaisiens. Adolphe en devient membre dès 1907. Son père l'encourage à apprendre le solfège et le piano au Conservatoire de Roubaix. En 1913 il apprend l'accordéon chromatique auprès de Lorion Perrin, dit P'tit Lorion. En 1921, pendant son service militaire au 110e RI, à Dunkerque, le chef de musique, le capitaine Eugène Hénon, découvre qu'il joue de l'accordéon et lui demande de jouer, lors d'un concert sur le kiosque d'Arras, la partie de flûte de la polka le Merle Blanc, mais le général Lacappelle n'apprécie pas l'instrument, il doit reprendre son saxophone. En 1924 à Calais, il épouse Adèle, fille de l'accordéoniste François Reubrecht et gérant du Café Moderne, rue des Thermes (voir plus bas) où il joue régulièrement. En 1932 il monte à Paris, invité par Fernando, accordéoniste chez Bousca, qui lui trouve du travail à Pigalle, à la Cigale en face du Cirque Médrano. Il n'y joue qu'une fois, le patron voulait un accordéoniste chanteur. Il trouve ensuite du travail aux Cascades, près du métro Anvers, c'est là qu'il compose pour la première fois, la mazurka Cascades. Puis il est demandé par les radios et fait ses premiers disques pour Parlophone, avec Fredo Gardoni son ami, qu'il remplace parfois dans le studio sans être mentionné sur les étiquettes "Un jour le directeur de Parlophone me fait écouter un disque de Gardoni, il me dit : voilà c'est comme ça qu'il faut jouer… et je ne pouvais pas lui dire que c'était moi qui l'avais fait". Il accompagne les innombrables chanteurs et chanteuses qui enregistrent chez Pathé Marconi, "quand il y a de l'accordéon, c'est moi" et joue aussi pour le cinéma, notamment dans La Belle Equipe, avec son ami d'enfance Marceau Verschueren, qui vient le rejoindre à Paris. Pendant l'occupation il joue dans les boîtes de nuit, de la musique à la demande. A la Libération il joue pour le grand bal sur la place de l'Hôtel de Ville puis il reprend le travail dans la brasserie Le Louis XIV, à la Porte Saint Martin, puis joue dans les guinguettes sur les bords de la Marne, Chez Max. La fin des brasseries avec orchestre et bal permanent après guerre, l'oblige à se reconvertir, il part sur les routes avec son orchestre pour proposer des bals. En 1948, il a l'idée de créer un numéro avec ses amis Louis Péguri, Médard Ferrero, V. Marceau et Deprince, ce sera Les Mousquetaires de l'Accordéon, avec un programme de musique classique : l'Ouverture de Sémiramis de Rossini, La Toccata de Vidor, etc. En 1970, après un infarctus, il est obliger d'arrêter les tournées, il se consacre alors aux concours d'accordéon. Le décès de son épouse en 1976 marque la fin de sa pratique musicale. Il meurt vingt ans plus tard le 26 novembre 1995 à Montreuil sous Bois.
Christian Declerck
31 décembre 2020


Adolphe (x) et ses parents, 58 rue de l'épeule
avec la casquette : P'tit Lorion
source : Charles Verstraete


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Adolphe Deprince, pionnier de « l'accordéon-musique », vient de mourir après avoir tout joué, des bals au music-hall, en passant par le cinéma. L'accordéon perd son Deprince.

Quand on lui demandait le secret de sa longévité, ses yeux se mettaient à pétiller: « J'ai toujours joué assis, jamais debout ». Adolphe Deprince, pionnier de « l'accordéon-musique », vient de mourir à son domicile de Montreuil-sous-Bois à 94 ans. Né en 1901, il est élevé à Roubaix où son père tient un café et dirige la clique municipale des accordéonistes. Très tôt, il lui met un accordéon entre les mains, mais l'encourage à prendre aussi des leçons de piano et de solfège. Il se lie avec un autre jeune prodige, Victor [sic] Marceau, l'ami de toute une vie. Dès les années 20, Deprince est musicien professionnel dans les brasseries : on ne vient pas pour danser mais pour écouter de la musique légère, voire des transcriptions classiques, à choisir sur un programme. A la fin des années 20, Deprince a déjà une belle réputation dans tout le Nord, Victor [re sic] Marceau le fait monter à Paris. Il est l'accordéoniste attitré de Pathé : quand les autres travaillent à l'oreille, «à la feuille», lui peut déchiffrer une partition à vue. Il accompagne les grands interprètes de chez Pathé. Sans parler des films : dans la Belle Équipe c'est lui qui joue lorsque Gabin chante Quand on s'promène au bord de l'eau.

Deprince s'installe à demeure au Balthazar, une brasserie près de la République. La radio le rend populaire, il signe une floppée de disques. Il distribue gratuitement ses compositions aux orchestres de bal en se payant sur les droits d'auteur. Evoquant les partitions de celui qu'il appelle le « Paganini de l'instrument », Marcel Azzola dit qu'elles sont peu jouées car sous leurs airs légers, elles exigent des doigts aguerris. En 1945, c'est Adolphe Deprince qui anime le bal de la Libération, place de l'Hôtel-de-Ville. La France est avide de fête. Avec son orchestre, il va sillonner le pays pour faire danser. Mais en même temps, il continue de défendre « l'accordéon musique » aux côtés de V. Marceau et d'un autre grand accordéoniste et pédagogue Médard Ferrerro : ils lancent un quatuor les Mousquetaires de l'accordéon qui impose dans les music-hall et en attraction des grands cinémas l'idée que l'accordéon peut être un instrument noble. Adolphe Deprince a arrêté les bals au début des années 70. Il continuait de présider les jurys de concours d'accordéon, capable de s'émerveiller des qualités de jeunes recrues, mais aussi de disqualifier le travail bâclé ou le manque de sentiment : «Il faut le dire, le plus important, c'est là», disait-il en se frappant le coeur. Avec Deprince, on est loin du folklore de l'instrument, les guinches à marlous, à putes, ou du milieu : acharné au travail, exigeant envers lui-même, ce vrai musicien a toujours été attaché à faire ressortir les qualités musicales de son instrument ; Jean Wiéner ou Georges Auric ne s'y trompaient pas qui le faisaient travailler pour leurs musiques de films.

Hélène HAZERA (1951-2026)

Libération, décembre 1995



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Entretien avec Hélène Hazera† 

France-Culture, 18 janvier1992

Avec Marcel Azzola et Yvette Horner

On y entend : Joyeux Canari (1951) ; Railway, valse (1938) ; Réveillon Java (1937) ; Après l'orage, polka (1951) ; Edelweiss, valse ; L'amour des hommes, par Fréhel ; Quand on s'promène au bord de l'eau, par Jean Gabin ; Jocelyne, fox-trot ; Ah ! Retrouver Paname, par Jeanne Chacun (1945) ; L'Ouverture de Sémiramis de Rossini, par Les Mousquetaires de l'Accordéon (enregistrement de travail) et Princesse Musette.

téléchargez ICI


une rencontre avec son ami Marcel Azzola (1992)





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un document rare, vers 1925

le Café Moderne à Calais
avec François Reubrecht fils à l'accordéon,
et au jazz, Adèle Reubrecht, épouse d'Adolphe
collection personnelle


Quelques exemples de ses compositions







Deprince et son orchestre, avec sa nièce Simone Bultiauw
source : Charles Verstraete

mardi 29 décembre 2020

La vie musicale populaire en Flandre française

publié le 4/6/2020
mise à jour le 29/12/2020, ajout d'un article  "catégoriser un rythme flamand"


Documents recueillis par André-Marie Despringre et publiés en 1983



La musique des rites calendaires
 Les douze jours
1 - Driekoningenlied / Cantique des rois mages (GO)
2 - Driekoningenlied / Cantique des rois mages (BA)
3 - 'T is nieuwjaaravond / C'est la veillée du nouvel an (Ste Marie CA)
4 - 'T vandage dertienavond / C'est aujourd'hui la veillée de l'Epiphanie (BA)
5 - Op de markt / Sur le marché (ME)

 Le Carnaval de Cassel (1976
6 - Tintamarre de carnaval
7 - Rythmes du réveil
8 - Chant du Reuze (harmonie municipale)
9 - Chant du Reuze (CA + HA)
10 - Lundi gras (harmonie)
11 - Vlaamse pot pourri (BO)

La musique d'agrément
12 - Vlaamse pot pourri (BO)
13 - Vlaamse pot pourri (BO)
14 - Vlaamse pot pourri (BO)
15 - 'T oude wuvege had een man / La vieille femme avait un mari (EE)
16 - 'K heb ik zo vele lieven / J'ai tant d'amoureux (EE)
17 - Dans maar vrouwtje / Danse petite dame (EE)
18 - 'K en hebben geen belde noch geen stoel / Je n'ai plus de lit ni de poële (EE)
19 - Alsik ik van Brussel kermisse / Ah moi qui vient de la kermesse de Bruxelles (HA)
20 - Sarelke, Sarelke, 'k heb het ik gezeid / Charles, petit Charles, je l'ai bien dit* (WI+ME)

La musique des rites saisonniers
 La cueillette du houblon
21 - En 't is al af, en d'hommel is af / Tout est cueilli, le houblon est cueilli (BO)
22 - En 't is al af / Tout est cueilli (ME)
23 - De snuifdoze en den kaffiepot / La boîte à prise et la cafetière (GO)
24 - Viva den kaffiepot / Vive la cafetière (ME)

 La moisson
25 - Keriole / Kyriole (appel) (ZE)

La musique du travail et de ses saints patrons
 La garde des vaches
26 - Peene Peene maai Lammens Koetjes / Et d'une pour Noord Peene (ZE)
27 - Drie koetjes de poten ebroken / Une vache vient de se casser les pattes (ZE)
28 - Je koe en zijn aan de schijte / Tes vaches ont la va-vite (HA)

 Saint Eloi
29 - Hooe Strooï de boer is in de rooi / Hooi Strooi est en peine pour trouver de l'argent (BO)

 A la ferme
30 - En 't van morgen vroeg op te staan / Demain il s'agit de se lever tôt (HO)

 Dans les rues
31 - Vershe plattjes / Des poissons frais (DU)
32 - Scharesliep, scharesliep / Le rémouleur (BO)
33 - Scharenlijpers, sharen messens om slijpen / Des ciseaux, des couteaux à aiguiser (BO)

 Le tissage
34 - Kadieke, kaddjakke (ME)
35 - 'T is van ikketak tiktaktierre / C'est le rikketakke (BO)
36 - O mijn god hierboven / Ô mon Dieu, d'ici en haut (GO)

 Sainte Anne
37 - En nuzen wagen is geladen / Et le chariot était chargé (BO)

La musique des rites calendaires
 Carnaval de Bailleul (1976)
38 - Lied van Gargantua / Chanson de Gargantua (BA)
39 - Musique de Bailleul

La musique d'agrément (suite) 
40 - Ah çà bonjour, mijn liefste dochter Katrien / Ah ça bonjour, ma fille préférée Catherine (GO)
41 - 'T was een keer een boer / Il y avait une fois un paysan (ES)
42 - En'k gingen lestmaal ann het jagen uit / Et dernièrement j'allais chasser (BA)
43 - Pierlala was naar Godsvelde gegaen / Pierlala était à Godewaersvelde (ME)
44 - Uit den oosten, uit des westen / En provenance d'est et d'ouest (EE)


les chanteurs :
BA, Bailleul : M. Dormieux - l'Harmonie Municipale - E. Schercousse
BO, Boeschèpe : M. Debruyne
CA, Cassel : H. Sansen (aussi HA) - Harmonie municipale
DU, Dunkerque : P. Jacquemet - Mme Renaud
EE, Eecke : M. Kerkhove
ES, Esquelbecq : V. Walline
GO, Godewaersvelde : A. Dagobert - A. Deturck - L. Dupont
HA, Hazebrouck : A. Davion
HO, Houtkerke : J. Bourry
ME, Meteren : D. Falghen
Ste Marie CA, Sainte Marie Cappel : E. Van Hee (aussi HA)
WI, Winnezeele : André Decreus (1907-1987) accordéoniste
ZE, Zermezeele : H. Bauden


Vous pouvez écouter ces collectages sur le site RADdO-Ethnodoc
ou me demander les fichiers







* à propos de cette chanson j'ai relevé cet article de 1911 du Nord Maritime :
« Manifestation mouvementée à Bergues – L’ex-équipe des « p’tits pois » réclame… La manifestation d’hier  – l’usine envahie. – l’Internationale et Chorle’t’che. - Depuis deux ans, existe à Bierne, près de Bergues, le long de la Colme, une fabrique de conserves. En ce moment de la saison l’usine embauche une centaine de femmes et enfants, pour l’écossage des petits pois. D’habitude, la direction de « La Semeuse » employait des gens du pays et complétait son chiffre nécessaire par des belges ; mais cette année, on embauche que des ouvrières du pays voisin. D’où, grand émoi parmi les journalières berguoises qui, d’un commun accord, décidèrent de manifester. Aussitôt dit, aussitôt fait. Drapeau tricolore en tête, une centaine de femmes et d’enfants, quittèrent Bergues vers 5 heures, et se rendirent à l’usine. En voyant à travers la grille, travailler les ouvrières belges, la colère déborda. D’une poussée, la grille fut ouverte et les manifestantes pénétrèrent dans la cour de l’usine. Prises de peur, les ouvrières belges s’enfuirent à travers champs et les nouvelles venues occupèrent les hangars, où, sur les claies étaient étendus des monts de petits pois. Une manifestante se détacha du groupe et là, le drapeau, sur la hanche, attendit les évènements. « J’y suis, j’y reste » avait-elle l’air de dire, imitant Mac-Mahon à Malakoff. Le directeur de l’usine téléphona à Bergues […] accompagné de quatre gendarmes à cheval arrivaient. Malgré l’arrivée des gendarmes le groupe de manifestantes ne bougea pas de la cour de l’usine et la maréchaussée attendit avec patience le bon vouloir des ouvrières. A tort ou à raison, le brigadier de gendarmerie voulut arrêter M. Arthur Barbier, de Bierne, qu’il accusait d’avoir provoqué le mouvement. Celui-ci, qui est chef de bande et embauche des ouvrières pour faire travailler en moisson, répondit que ce qui se passait ne le regardait pas. Il n’en fut pas moins appréhendé. Les choses se gâtèrent : une trentaine de femmes se détachèrent du groupe et, avec force horions, forcèrent les gendarmes à lâcher leur prisionnier.
Voulant éviter une bagarre, vu la surexitation extrême de quelques unes des manifestantes, le brigadier et ses hommes se contentèrent de barrer l’entrée de l’usine et stoïques, reçurent sans sourciller, une avalanche d’interpellations plus ou moins choisies. C’est grâce à leur sang froid que l’on n’eut pas à déplorer d’incident plus graves. Une demi-heure après les manifestantes quittèrent l’usine et reconduisirent Barbier à son domicile, à Bierne. Elles retournèrent ensuite devant l’usine, puis, le drapeau en tête, femmes et enfants prirent le chemin de Bergues, en entonnant l’Internationale. Sans doute, l’hymne révolutionnaire n’était pas encore assez connu, ni assez local, car bientôt, toutes en chœur, en suivant les bords verdoyants de la Colme attaquèrent avec ensemble un air flamand : « Chorle’t’che, Chorle’t’che… ». C’est en chantant que la colonne entra à Bergues, où de nombreux curieux attendaient au Pont Saint-Jean, cette arrivée sensationnelle. Il est vrai qu’à Bergues on n’est pas habitué à des manifestations de ce genre. Et puis ce n’était pas banal ! […] »


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CATÉGORISER UN RYTHME «FLAMAND » 

André-Marie DESPRINGRE 

(LACITO -CNRS) 

Résumé 

Le dilemme de l'artiste est d'un type tout à fait particulier : il doit pratiquer pour pouvoir mettre en œuvre sa compétence. Mais pratiquer a toujours un effet double : d'un côté cela le rend plus apte à réaliser tout ce qu'il est en train d'entreprendre ; d'un autre côté, à travers le phénomène de la formation des habitudes, il devient moins conscient de la façon dont il travaille (Bateson, 1977 : 178). 

Selon le psychologue américain Bruner (1991), « la culture donne forme à l'esprit » et il est remarquable que cet auteur place plus particulièrement les mythes et les récits au centre d'une nouvelle psycho-anthropologie de la cognition. L'étude des significations des multiples aspects d'une culture et d'une morphogenèse du sens lui semble ainsi essentielle au développement de la personnalité. Voilà une réaction bien légitime contre les excès d'une psychologie culturelle coupée de la réalité humaine et de sa propension à suivre les modèles naturalistes des neuro-biologistes. Cependant, dans cette manière d'envisager la cognition, la musique n'a pas encore droit de cité. La compréhension du monde de la musique n'appartiendrait-elle qu'aux musiciens et aux musicologues au sein d'un monde à part ? Les recherches scientifiques et cognitives sur la musique contribuent sans aucun doute à alimenter ce point de vue. 

Pour illustrer la question des relations entre musique, cognition et culture, je présenterai quelques résultats de mon expérience d'ethnomusicologue. Partant de l'hypothèse que la culture musicale des pays de France demeure fondamentale pour la formation des adultes et qu'il est donc important d'en étudier les systèmes, je présenterai les tenants et les aboutissants d'une étude rythmique que j'ai réalisée en Flandre française. Le processus de transformation qu'a subi la musique de cette aire géo-culturelle, au XXe siècle, s'explique tout d'abord par la double influence qui s'y exerce depuis des siècles : la romane, prépondérante au Sud et la germanique, au Nord. Dans quelle mesure ce contact de cultures a-t-il oblitéré l'existence même d'une musique flamande en France alors que, paradoxalement, ceux qui s'en réclament aujourd'hui croient s'y ressourcer ?. 


la suite :