Pendant presque tout l'été, mais principalement à certaines fêtes, comme celles de Saint-Jean, de Saint-Pierre et Saint-Paul, les enfants, dans notre Flandre, ont coutume de chanter ou de danser des rondes. Ces danses se pratiquent le soir, vers le coucher du soleil. Elles sont connues à Dunkerque sous le nom de Roozenhoed ou danses du chapeau de roses, parce qu'elles ont lieu sous une couronne et des guirlandes de fleurs, suspendues au milieu des rues, ainsi que cela se voit sur le dessin [ci-dessous] qui précède cette catégorie de chansons. Ces sortes de danses sont ordinairement accompagnées de jeux et même de pantomimes, qui leur donnent un aspect et un caractère particuliers. Les chansons intitulées: le Ruban ; le Char ; la Chasse ; le Petit Moine ; le Petit Paysan ; Rose ; l’Ânesse ; le Choix ; le Petit Moulin Vert ; le Petit Coffret, sont des rondes de ce genre. Dans la note qui accompagne chacune d'elles, nous avons cherché à indiquer leur caractère pantomimique.
le Roozenhoed d'après Orlando Norie
C'est ainsi qu'Edmond de Coussemaker nous présente ce chapitre et c'est tout ce qu'on en sait à son époque, vers 1850.
En 1863, Raymond de Bertand ajoute quelques détails supplémentaires : Nous avons fait le récit des jeux auxquels se livraient séparément les enfants des deux sexes. Maintenant, nous allons vous les montrer réunis dans une ronde joyeuse et folâtre. Figurez-vous suspendu par une corde qui passait d'une fenêtre de l'étage à celle de face un « roozenhoed », chapeau de roses, façonné en forme de couronne de cuisine, orné de toutes sortes de fleurs et de verdure. Eh bien ! sous le « roozenhoed », au centre duquel était suspendu un immense bouquet, filles et garçons venaient danser en rond, le dimanche après vêpres, et chanter des airs flamands, et spécialement le fameux « 't patertjes », le petit moine, en quatre couplets, au refrain :
Hei bazinne demey sy zée,
Hei bazinne demey
Pendant lequel un jeune homme embrassait une jeune fille une fois, puis trois fois au milieu du cercle. A son tour, celle-ci, restée seule, faisait le choix d'un ami et ainsi de suite.
A la chute du jour, l'assemblée choisissait un doyen et une doyenne de la fête. A l'un on décernait le bouquet, à l'autre le chapeau de roses, puis tous les enfants chantaient en choeur :
Veel geluk, myn dcken, myn deken,
Veel geluk, myn deken.
Beaucoup de bonheur, mon doyen, etc.
Alors, filles et garçons se prenaient par le bras, marchaient en ligne dans toute la largeur de la rue, sur trois, quatre, cinq et six rangs, parfois plus, et parcouraient la ville, leurs élus en tête de la bande, en chantant et en sautant à qui mieux mieux jusqu'à la cloche de dix heures, que l'on appelait de « groote moeder », la grand'mère, voulant exprimer par là que la bonne vieille conviait chacun au repos, et qu'il était temps de se séparer. Le dimanche suivant, les ébats recommençaient. Le doyen et la doyenne en titre en faisaient les frais ; ils fournissaient à la petite société un bouquet et un chapeau de roses. A propos de roses, tout ne l'était pas à ce jeu. Dans le nombre, on rencontrait des individus qui voulaient bien s'amuser, mais qui, leur tour venant, n'entendaient pas se constituer en dépenses. Ils refusaient nettement les dignités et leurs charges, et quand cela était entendu, la bande se déchaînait contre eux et chantait avec ironie :
Droog bruyt Will'y niet danssen, Neugt der uyt.
Ce qui équivaut à : Maigre fiancé, s'il ne veut pas danser, fout le dehors
De Bertrand ajoute qu'à partir des années 1815 à 1820, des chansons françaises s'introduisent dans les sociétés, les réunions comme aussi dans les danses du roozenhoed et finirent par remplacer les chants en flamands. Il fixe même à l'année 1828 pour le début de la disparition de ces danses au moins à Dunkerque, car, en 1860, on les entend encore à Bergues et à Bailleul, écrit-il.
Ces chansons ont été réveillées ces dernières années pour plusieurs groupes folks en Belgique et en France (voir ci-dessous), mais le contexte de leur utilisation n'est jamais mentionné. Ce sont des rondes enfantines qui tenaient leur origine dans des pratiques de la célébration de la Saint Jean, notamment en Belgique. Quelques exemples nous sont donnés par M. Gaidoz dans la Revue Archéologique en 1884 : A Anvers la ville paya, en 1404, trois gros pour une couronne suspendue, la veille de Saint-Jean, devant l'image de Notre-Dame, au pignon de la maison des échevins. A Bruxelles, ces jeux de couronnes furent interdits par le magistrat dans une ordonnance du 7 août 1435, parce qu'ils s'étaient tellement multipliés qu'il y en avait dans toutes les rues. […] A Louvain et à Tirlemont les enfants ont encore de nos jours, la coutume de faire à la Saint-Jean des berceaux de verdure devant les maisons et de suspendre des couronnes au milieu des rues.
S'il est précisé que ce sont des enfants qui pratiquent, c'est peut-être qu'auparavant c'étaient les adultes qui pratiquaient ces danses et, comme souvent, ce sont les enfants qui ont continué après que leurs parents aient abandonné la tradition.
Christian Declerck
février 2026
Merci à Marie-Christine Lambrecht qui a éveillé ma curiosité à ce sujet
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire