vendredi 20 août 2010

Bossu le violoneux et ses descendants

« La musique populaire des "Bossu" de Grand-Fort-Philippe

Quand en 1855, venant des Moeres, arriva à Grand-Fort-Philippe, Pierre Winocq Mené (1820-1892), violoniste, devenu bossu à la suite d’un accident de jeunesse, c’est plus d’un siècle de musique et danse populaires qui s’ouvrait dans la bourgade des pêcheurs, sous le signe des "Bossu".
Reprenant, au lieu-dit Bout d’Oye, un café attenant à un hangar, Pierre Winocq Mené y créa un petit bal de quartier. Il anima les ducasses, prit la tête des cortèges de mariage et fut bientôt connu sous le surnom de Bossu le violoneux.
Son fils Désiré (1853-1918) reprit le flambeau et son bal, situé sur la place de Grand-Fort, attira toute la jeunesse des environs.
Composant lui-même ses airs de danse, qu’un de ses fils écrivait en musique, il créait polkas et quadrilles. Au cours d’un bal, en hommage à une petite marchande de bonbons qui passait dans la salle et qui lui offrait une praline, il décida de dénommer sa dernière création musicale, un quadrille, Pralines.
Comme tout musicien, Désiré Mené était attiré par le jazz. En 1890, avec deux amis musiciens, il se rendit en Amérique, à Pittsburgh, à l’invitation du frère de ses deux amis, installés là-bas, M. Cortèse.


Pittsburgh vers 1890, Désiré Mené (à gauche) en compagnie des frères Cortese

Après s’être produit dans tous les endroits où l’on aime le jazz, y faisant entendre sa musique, dont Pralines, il revint à Grand-Fort-Philippe.
Ses enfants, Ernest, Julien, René, Pierre et Marie (qui épousera un fils Cortèse), tous musiciens, jouant de plusieurs instruments (Julien en pratiquait sept), l’aidaient au bal familial. A sa mort, sur sa demande, Désiré fut enterré avec sa trompette. La salle de bal fut vendue et devint un cinéma, exploité par M. Droussant.
Ernest, le fils aîné, reprit le café du Cheval Blanc et y fit danser ses clients. Le bal des Bossu était reparti. Aidé de son frère Julien, de Victor Fournier dit Malo, un voisin boulanger et musicien, d’Ernest Clercq, dit Lulutte, et d’autres, puis de ses enfants Hilarion, au piano, et Carmen, au violon, Ernest exploita durant de nombreuses années le Cheval Blanc.


Victor Fournier, Ernest Mené et Ernest Clercq
à Saint Dizier pendant la guerre

Julien revenu de la Grande Guerre avec une jambe en moins, décida de créer lui aussi un bal. Il acheta à Calais un baraquement, ancien hôpital militaire, et l’installa à côté de la mairie. En 1920, fut donc inauguré le bal créé par un quatrième "Bossu".
En 1925, qu’elle ne fut pas la stupeur des "Bossu" en entendant à la radio l’air de Pralines devenu Tiger Rag un morceau de jazz qui devint célèbre dans le monde, et qui était signé d’un certain La Rocca.
En 1938, le baraquement, devenu vétuste, fut remplacé, derrière la mairie, par un nouveau bâtiment, le Bal Maritime. Mais la guerre 39/45 survint et le bal ferma ses portes.
Cela n’empêche pas les enfants de Julien et Thérèse, ainsi que leur cousine Ginette (fille de Marie) de continuer la musique des "Bossu", au sein de la troupe théâtrale de Gravelines, au profit des prisonniers de guerre.
A la Libération, le Bal maritime prit un nouvel essor avec Julien père, ses fils Julien et Daniel (à l’accordéon), la cousine Ginette et son mari et Hilarion. Les soirées de gala, avec des accordéonistes célèbres (Aimable, Emile Prud’homme) restent gravées dans les mémoires.
Malgré son infirmité, Julien relança le carnaval avec cortège, géant et bal costumé. Sa fille Thérèse, en collaboration avec Auguste Finot, créa des chansons patoisantes pour chaque géant sacrifié dans les flammes "au bas des caillettes" : Zorro le roi du boulot, le célibataire Spoutnick, Fleur du Fort-Philippe et tant d’autres… encore fredonnées par d’anciens carnavaleux.
En 1969, se termima l’aventure du bal à Bossu. Le bal Maritime, qui avait servit de salle des fêtes municipale devint un grand magasin d’alimentation. La complainte du bal Bossu, de Thérèse et Auguste Finot, rappelle tristement l’odyssée des Bossu. […] »

R. L. dans La Voix du Nord du 8 décembre 1985.



Après la publication de cet article, j’ai rencontré Thérèse Mené, elle m’a raconté la même histoire, avec quelques détails supplémentaires et elle m’a chanté quatre chansons : La complainte du bal, l’histoire des Bossu, le retrousseur (de jupes…), et les surnoms du Fort-Ph'lip (publiée par l’association Traces, voir ici).

Les chansons sont ici

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mise à jour (4/1/2014)
Elle a "oublié" de préciser que l'auteur des paroles était Auguste "Gut" Finot (1920-2013), vous pouvez retrouver les paroles de ses chansons sur le livret qui accompagnait le DVD/CD publié en 2006 par l'association Gut Fy Not.
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Elle m’a aussi lu le texte d’une chanson écrite (et composée, mais la musique a disparu) par Jacques-Henri Dupuis, vers 1970, après la fermeture du Bal Maritime.

Au Bal Maritime

Au Bal Maritime à Grand Fort Philippe
Quand le vent du Nord fait craquer le ciel
Il fait bon venir dans l’ambiance intime
De cette arche en fête un peu irréelle
Il fait bon venir parmi les guirlandes
Et sous les soleils qui pendant au plafond
Les fille, les gars s’amusent en bandes
Et y a des marins des quatre horizons

Refrain
Y a du roulis, y a du tangage
Quand pour la valse nous embraquons
Les mains pirates s’en vont à la l’abordage
Le long des hanches y a de la conversation
C’est pas sorcier pour l’entrée en matière
Les yeux marins repèrent vite au loin
Les cœurs corsaires partent en croisière
Danser ça fait changer d’patelin.

Les yeux marins contiennent de l’aventure
On se sent des envies de voir du pays
Les belles captures que l’on assure
Quand samedi soir chacun sort et recommence la vie
A Grand Fort Philippe le Bal Maritime
Que l’on appelait aussi le bal Bossu
A vu célébrer ces fêtes ultimes
Comme tout ce qui fut chouette, il n’existe plus
A sa place il y a un libre service
Qui vend des chemises et des petites pois
La machine à rêve fallait que ça finisse
Notre temps vit selon d’autres lois

Quand on était bien, quand il y avait du tangage
Quand pour la valse nous embraquions
Joue contre joue c’était un beau voyage
De la gamberge au son de l’accordéon
Mais le vieux bal a dû fermer ses portes
Et l’aventure a baissé le pavois
La fête est morte, la vie emporte
Les souvenirs des bonheurs d’autrefois.

Au Bal Maritime à Grand Fort Philippe
Les gars de Gravelines, de Petit Fort
Parmi les petiotes qui s’émancipent
Tâtent le terrain et le feu qui dort
Il y a des odeurs de vin et de bière
Et l’accordéon saoule de triolets
Un mineur invite une dentelière
Et c’est un pêcheur qui prend le relais

Y a du roulis, y a du tangage
Quand pour la vase nous embarquons
Les vieux marins contiennent de l’aventure
Chaque samedi soir la vie commence
Les belles captures que l’on ceinture
On se sent des envies de voir du pays

C’est au bal Bossu, au Bal Maritime
Que le père Mené a fait gambiller
Des générations d’êtres anonymes
Et que ma chanson entend célébrer
Tous les Roméo et Juliette de légende
Ne sont rien auprès des couples heureux
Qui ont connu ici l’offre et la demande
Et qui ont fait souvent de vrais amoureux



mardi 3 août 2010

mises à jour

J'ai mis à jour les conférences de Renaat Van Craenenbroeck sur la danse flamande. J'ai supprimé l'écoute en direct, qui ne fonctionnaient plus et j'ai remplacé le fichier RS des danses d'épées, par un fichier Mediafire.

Idem pour la conférence de Damien Top sur Edmond de Coussemaker

J'ai ajouté une photo récente de Jacques Daudier alias Eddy Jura, ainsi que la liste de ses compositions.