lundi 19 août 2024

Un accordéona électrique

Les 15 avril et 17 juin 1928 le Nord Maritime publie cette publicité : 

source : Retronews

"La Maison Vincent De Neuter invite sa nombreuse clientèle à venir entendre sa dernière création, le piano ACCORDEONA qui remplace avantageusement un orchestre Jazz-Band de 4 accordéonistes. Cet instrument est l'idéal. Avec lui le manque de musiciens modernes n'est pas à craindre. Cette innovation est exposée, rue Poincaré, 56, DUNKERQUE"
Cette annonce est complétée par un autre encart publicitaire, le 24 octobre de la même année : AVIS AUX CAFETIERS. La maison Vincent de Neuter, fabrique 9 rue du Nouvel Arsenal, fait savoir aux cafetiers qui possèdent un piano automatique qu'elle peut le moderniser en piano accordéona électrique, avec grande facilité de paiement. Elle est la seule maison qui soit outillée en machine électrique pour ce travail de nouveau genre. Disponible à vendre : 56 pianos automatiques, Jazz-Band, remis à neuf à partir de 1.200 francs ; pianos accordéona électrique à partir de 6.900 fr. ; 5 pianos orchestrions électriques ; 3 pianolas marque Ulfete ; un orgue marque Gasparini. Tous ces instruments sont garantis et vendus avec grande facilité de paiement. La maison Vincent de Neuter fait savoir qu'elle possède la fameuse machine enregistreuse universelle, fonctionnant à l'électricité pour les repiquages de cylindres. Repiquage de cylindres à partir de 175 francs ; accords et réparations de toutes marques de pianos. Le seul représentant pour les pianos accordéona dans la région. Qu'on se le dise !"
Je n'ai rien trouvé d'autre concernant ce mystérieux Accordéona, sauf ces deux annonces parues dans le Grand Echo du Nord :

Source : Gallica

Polydore Vincent de NEUTER est né à Lockeren (B)  le 31 mars 1892, fils de Jean Alphonse et Marie BONTINCK, il est cordonnier de l'armée belge quand il épouse, à Gravelines en 1917, Marie Eugénie SALOMONT née dans cette commune en 1897. En 1937, on le retrouve dans l'annuaire Ravet et Anceau, au 9 rue du Nouvel Arsenal (près de la place Calonne), il est fabricant de jeux. En 1938 il emménage à Rosendael, 26 rue Jules Degroote, où il fonde une fabrique de jouets en bois. Entreprise continuée par son fils Robert (1928-2022) et située à Coudekerque-Branche, elle fournissait en cadeaux et jouets notamment les comités d'entreprise pour la période de Noël. 

Pour la suite, voir cet article de La Voix du Nord du 21/12/2016




jeudi 8 août 2024

Visite dans le Westhoek

 Une cassette VHS retrouvée dans les archives de mon père. Je pense qu'on peut estimer la date grâce à l'affiche annonçant un concert bal "Le père Noël est un folkeux" à Saint Sylvestre Cappel, avec les groupes folks Smitlap et Harpe Diem, au début des années 2000, 2002 d'après une mention sur la cassette vidéo. 


Le fil conducteur semble être la recherche de la pratique de la langue flamande dans ce petit coin de France. On y aperçoit Raymond (1925-2005) et Marthe DECLERCK (1924-2009) accompagnés par Joël DEVOS, l'abbé Cyriel MOEYAERT (1920-2020) et Jean Noël Ternynck (1946-2017) accompagné par William SCHOTTE.

Diffusée sur la télévision néerlandaise AVRO 1.

une autre vidéo, même source, probablement des rushs TV vers 2002 de l'émission précédente



Cyriel Moeyaert

Joël Devos, Marthe et Raymond Declerck

Jean Noël Ternynck
 
William Schotte

affiche annonçant un concert/bal avec Smitlap et Harpe Diem

samedi 6 juillet 2024

Claquebois

mise en ligne le 23/4/2013
mise à jour le 16/12/2019, ajout d'un concert par Charles de Try à Cambrai
mise à jour le 20/5/2020, ajout des prestations d'Ernest Bonnay de Cambrai et une partition de son père
mise à jour le 6/7/2024, ajout d'infos famille Bonnay + Louise Nixaw

Un mystérieux instrument…



C’est du moins ainsi que j’ai considéré ce « xylophone » quand je l’ai trouvé en brocante en 2011 : les lames de bois me faisaient penser à un instrument exotique (Asie, Afrique ???), peut être ramené lors d’un voyage, alors que la table trapézoïdale qui le soutenait, en hêtre et orme étaient de toute évidence de fabrication nord européenne…  Et que dire des languettes de mousse expansée collées sous les lames sonores, d’allure « fin XXe siècle  ».
Bref, cet instrument me posait plus de questions qu’autre chose, surtout avec les notes de musique selon la notation française (do, ré , mi…) gravées sur chaque lame, qui ne faisaient pas très extra-européen.
Je l’ai donc exposé lors de la brocante musicale de Cappelle en Pévèle de 2012, et ai questionné un certain nombre de visiteurs, passionnés comme moi d’instruments de musique populaire, à qui ça ne disait rien non plus. L’un d’entre eux, Hervé GONIN, grand collectionneur d’instruments de musique traditionnelle du Monde me rappelait cependant dans les semaines qui suivaient pour me dire qu’il avait vu un instrument similaire au musée instrumental de Bruxelles, et qu’il y était appelé  « claquebois », ou «  bois et paille ». Je me ruais alors dans ma documentation, et me rendais alors compte de l’importance de ma découverte… Je tenais un instrument populaire répandu en Europe du Nord au XIXème siècle (Pays Bas, Tchéquie), qui avait disparu des mémoires.
Le démontage des lames et leur examen me confirmaient l’origine locale de la fabrication, puisque l’une d’entre elle portait le patronyme suivant : « JULES JOOS** », avec le même lettrage que les notes inscrites sur chaque lame de bois. Cette fois, il n’y avait plus de doute, il s’agissait bien d’un instrument en usage dans la région, le brocanteur m’ayant dit l’avoir trouvé dans un débarras de maison vers Maubeuge.
D’après César Snoeck, notaire à Gand au XIXe siècle, grand collectionneur d’instrument, et dont la partie des collections issue des anciens Pays-Bas est entrée au musée instrumental de Bruxelles : « l’instrument dans son état actuel a été en quelque sorte créé par un Polonais nommé Gusikow au moyen de perfectionnements successifs apportés à un instrument simple et populaire de son pays, le Jerova i Salamo, espèce de claquebois. Gusikow acquit sur son instrument un talent absolument prodigieux au point d’exciter l’admiration dans les principales villes de l’Europe qu’il parcourut de 1834 à 1837 en donnant des concerts. Ainsi se produisit-il à cette époque un véritable engouement pour le bois-et-paille ; tout le monde voulait en jouer et il était devenu un instrument de concert et de salon. Il est probable que les nombreux amateurs qui s’exercèrent ne réussirent pas comme Gusikow, car après 1840 le bois-et-paille est tombé dans l’oubli, et il est presque inconnu aujourd’hui » (ce texte date de 1894). C’est sans doute un instrument provenant de sa collection qui a permis l’identification de notre spécimen.
Il est clair que Gusikow n’a pas créé le bois-et-paille, ce type d’instrument étant connu de très longue date, et faisant même partie de la catégorie des instruments dits « primitifs », mais sa virtuosité l’a remis en lumière et aura créé au XIXème siècle un regain d’intérêt pour un instrument ancien dont notre exemplaire est un témoignage précieux. Parvenu jusqu’à nous en très bon état*, et avec ses deux mailloches en bois,  seuls les faisceaux de paille soutenant les lames sonores ayant  disparu en raison de leur fragilité. Ils ont pu être reconstitués et restaurés par mes soins avec l’aide des établissements Florimond DESPREZ qui m’ont fourni la paille de céréale nécessaire à cette restauration. Qu’ils en soient ici remerciés chaleureusement.

Jean Jacques Révillion †
6 avril 2013

* Il est plus que probable que les pieds qui portaient la table aient été sciés.
** Voir plus bas


cliquez pour agrandir




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Jules Delépierre
A cette découverte très intéressante je peux ajouter quelques informations concernant cet instrument dénommé parfois « claquebois » ou « bois et paille ».
Jules DELÉPIERRE, musicien et chef d'orchestre, né à Armentières en 1820, se produisait également sur ce genre d’instrument dans les années 1850 comme en témoigne cet article publié dans le Mémorial des Pyrénnées :
11 décembre 1852 : « Il y a quelques jours, dans un de nos salons où l’on se réunit fréquemment pour faire de la musique, on accueillit par de chaleureux bravos un artiste étranger, qui, sur un instrument de la facture  la plus simple, car il ne se compose que de brin de paille et de petits morceaux de bois, est parvenu, à force de persévérance et de travail, à produire de riches harmonies et à rendre, avec une puissance et une netteté admirables, les pages les plus brillantes des maîtres de l’art. Cet instrument nouveau est le Zilophone et l’artiste se nomme M. Delepierre. Qu’on se représente une série de minces planchettes de sapin, longitudinalement juxtaposées, attachées les unes aux autres par des cordes à violon et placées sur une petite table couverte de tubes de paille. L’artiste prend en main, deux batons semblables à des demi-baguettes de tambour, et, sur les touches de ce modeste clavier, vous l’entendez exécuter, avec une dextérité et une sonorité surprenantes, les variations les plus difficultueuses Thalberg, Mayseder, de Bériot. Les applaudissements bien mérités que M. Delepierre a obtenu dans cette réunion, l’ont engagé à se faire entendre en public, et nous apprenons qu’il organise une soirée musicale, qui doit avoir lieu prochainement, et dans laquelle il sera brillamment secondé, pour l’instrumentation et pour le chant, par l’élite de nos artistes et amateurs. Nous croyons que la sympathie et la curiosité ne lui feront pas défaut dans cette circonstance. »
Jules Delépierre aura plusieurs enfants qui deviendront des virtuoses violonistes, le premier, Jules Henri, né à Dunkerque en 1849, et surtout ses trois sœurs : Juliette (Douai, 1850 - San-Salvador, 1897), Julia (Bagnères de Bigorre, 1852 - Paris, 1926) et Jeanne (Cambrai, 1863 - ?). les deux premières se produisent à Londres en 1866 et en plus de leurs prestations sur le violon elles ajoutent l’instrument favori de leur père : « The Oxford theatre, Engagement of the talented Juliette and Julia Delepierre. Violinist to all the Northern Courts, aged respectively nine and thirteen years. Mlle Juliette will also perform a Fantasia on her extraordinary instrument called the Xilophone, composed of Bois et Paille [en français dans le texte]. They will appear Every Evening at Nine and Half-past Ten o'clock. » [The Anglo American Time]. Elles continueront de se produire dans toute l’Europe et en 1885 elles sont à Paris « Les demoiselles Delepierre, trois jolies petites jeunes filles, viennent de débuter aux Folies-Bergère, où elles ont obtenu un légitime succès. Rien de plus intéressant que de voir ces enfants jouer, sur des instrumenta ingrats comme le xylophone, des airs variés, hérissés de difficultés. » [Le Grelot], c’est certainement à cette époque qu’a été imprimée cette affiche conservée à la médiathèque de Chaumont.



Christian Declerck


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Jules Joos
Ce patronyme d’origine flamande étant assez rare en Hainaut, le signataire de l’instrument découvert par Jean-Jacques pourrait être celui qui était domicilié rue de l’Abattoir à Hautmont, près de Maubeuge, à la fin du XIXe siècle. Jules Joseph JOOS est né à Hautmont le 19 mars 1879, fils d’Aimé, lamineur aux Forges, et Thérèse VANACHTER. Il deviendra gendarme à cheval en Bretagne où il décède en 1961. Si son père est né aussi à Hautmont, en 1856, son grand-père, Fidèle JOOS est né en 1809 à Sinay, aujourd’hui Sinaai-Waas, petit village flamand situé entre Gand et Anvers, ce qui nous ramène au collectionneur gantois César SNOECK. Peut-on imaginer que cet instrument ou au moins le souvenir de cette pratique se soit transmis de père en fils et petit-fils tout au long de ce siècle ? et que l’instrument découvert « près de Maubeuge » soit en lien avec cette famille ?
Personnellement je crois qu’il y a de fortes chances pour que cela soit ainsi, il y a trop d’éléments qui se recoupent, outre les coïncidences généalogiques et géographiques, il y a aussi, par exemple, les notes marquées sur le bois qui ont été faites avec des lettres à frapper utilisées pour marquer le métal, dont on devait se servir dans les Forges et Fonderies de Hautmont.



Peut-être, pure hypothèse, est-ce Aimé qui a fabriqué cet instrument pour son fils et qui l’a marqué à son nom ?
Christian Declerck



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La famille BONNAY

Gallica
C'est au Théâtre également, soit aux fêtes de la Philharmonie, soit aux fêtes de l'Orphéon, qu'on pouvait entendre un instrument original, délaissé depuis, dénommé vulgairement « bois et paille », parce qu'il était composé de morceaux de bois de différentes dimensions, reliés par des cordelettes, et reposant sur des rouleaux de paille. Le tout était fixé sur une table de bois et se jouait avec des baguettes d'ébène. Le maniement en était- difficile, et peu s'y risquaient. Seuls, MM. Bonnay père et fils et M. de Try osèrent l'affronter. Notre bibliothécaire, M. Delannoy, qu'on ne prend jamais de court, a mis la main sur un numéro de la Gazette de Cambrai, du 15 avril 1865, où l'on publiait un article de la Gazette des Etrangers, que je ne puis m'empêcher de reproduire, à cause de la personnalité qui en fait l'objet : « Il vient d'arriver à Paris, un petit bonhomme bien extraordinaire qui, si je ne me trompe, va faire parler de lui et soulever des ouragans de curiosités. On en va parler avec rage et tout le monde voudra le voir et l'entendre. C'est un enfant de sept ans à peine, de la plus charmante physionomie, un petit virtuose d'une force singulière sur un instrument baroque, assez peu connu, qui s'appelle, je crois, le xylocordéon. Figurez-vous un clavier de bois de sapin, reposant sur des coussinets de paille; on frappe avec un petit marteau ces touches équilibrées, qui vibrent et donnent un son indéfinissable, mystérieux, vague, voilé, sonore cependant et d'une qualité toute spéciale : cela se rapproche du timbre de l'harmonica, ou plutôt encore de cet instrument composé de cloches de cristal, abandonné aujourd'hui et d'où l'on tire des sons par un frottement circulaire. Ce petit garçon se nomme Ernest Bonnay ; il a exécuté, hier, au concert du boulevard des Italiens, une grande fantaisie variée, avec une agilité, une justesse et un sentiment musical très remarquables. Il fait des cadences, les trilles avec une perfection rare ; cet enfant est plus qu'un virtuose, c'est un véritable artiste. Il paraissait hier pour la première fois devant le public de Paris où il est arrivé avant-hier. Il a eu un succès fou et on lui a fait bisser le strette de son morceau. » 
Dans le numéro du 9 mai, de la même année : « Le jeune Bonnay a eu l'honneur de se faire entendre à l'Elysée, devant son A. I. la princesse Mathilde et il a obtenu un magnifique succès. » 
De France, il s'en fut au Danemarck, où le suivit la faveur du public. « La Gazette d'Altona, cite encore le journal de Cambrai, dit qu'il a excité l'enthousiasme au plus haut point, au concert donné dans cette ville. Il en fut de même à Stzchec (Holstein), où son Altesse Louise, l'a mandé pour voir de plus près l'artiste en miniature et l'instrument qui secondait si bien son talent précoce. » 
C'est pour accompagner son jeune fils dans ses tournées artistiques que M. Bonnay quitta Cambrai, le 2 décembre 1865, et abandonna la direction de l'Orphéon Cambrésien en même temps que ses fonctions de professeur à l'Ecole de Musique.

Mémoires de la Société d’Emulation de Cambrai 18 décembre 1927

Emma Bonnay prend la succession de son frère après son décès : 1880, « Mlle Ernestine [sic] Bonnay, l’intéressante xilophoniste, que nous avons applaudie l’été dernier au Cirque et aux Folies Bergère, est sur le point de terminer sa brillante tournée en Amérique. Après avoir donné des concerts à Panama, Mexico, Cuba, Goyaquil, Lima, elle est arrivée à San Francisco, où elle est engagée au grand théâtre California jusqu’à la saison prochaine »

6 janvier 1884 : Mlle Bonnay, la remarquable xylophoniste qui obtenu, la semaine dernière, un si vif succès à la soirée musicale de la salle Hertz, donnée au profit de l’œuvre du patronage des apprentis, est, en ce moment libre d’engagement pour la saison qui va s’ouvrir. nous ne saurions trop recommander cette artiste de talent aux directeurs de concerts ou aux entrepreneurs de tournées en province et à l’étranger en quête d’un numéro original et tout à fair exceptionnel. Mlle Bonnay est, nous croyons, la seule femme à Paris jouant du xylophone, ce singulier et mélodique instrument composé de morceaux de bois et paille » 


Théodore Bonnay, né à Cambrai en 1819, est mort à Paris en 1904.
Ernest Bonnay, né à Cambrai en 1856,  meurt vers 1875 des suites d'un accident.
Jeanne Mathilde Emma Bonnay, née à Cambrai en 1851, est morte à Angoulême en 1931.


source : Gallica

Entre temps, Théodore fait aussi appel à une de ses élèves pour remplacer son fils : Louise NIXAW, qui parcourt également l'Europe pour des concerts remarqués entre 1876 et 1885 dont la presse se fait écho.

source : L'Echo des Jeunes (Gallica)

Je n'ai pas trouvé d'où vient ce pseudonyme NIXAW. Marie Louise PLOSSE, dite Nixaw, est née à Paris, 242 quai de Jemmapes, en 1862, fille de Julie et d'un père non dénommé. Elle est morte en 1942 et inhumé au cimetière de Tassin la Demi Lune (69).

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J'ai relevé cet article dans La Presse Orphénique du 6 mars 1870 :
Strasbourg, après un concert donné par la violoncelliste Elisa de Try, son père la rejoint sur scène. " Enfin, pour clôturer joyeusement la solennité, et à la demande générale, M. de Try a bien voulu consentir à présenter un instrument de fantaisie, d'origine germanique, et perfectionné par lui : ce sont des rouleaux de bois de sapin disposé sur d'autres rouleaux de paille et placés sur une table. M. de Try, armé de légères baguettes fort courtes, parvient à tirer de cet appareil rustique les sons les plus doux ; puis avec une prestigieuses adresse, il s'est livré aux caprices les plus fantastiques de la variation sur un thème de Mayseder. Quel est le nom français de cet instrument ? Tryphone, du nom de son propagateur, et voici l'anecdote que l'on raconte au sujet de cette dénomination : Un jour M. de Try, honoré de l'amitié de Rossini, était allé dans son salon, montrer cet assemblage de touches si primitives, en présence de quelques intimes. Et le maëstro, ravi de l'originalité de ce clavier musical, de s'écrier : Mon cher de Try, vous Try… phonez admirablement. Aussitôt un assitant de répliquer : Eh bien ! que Tryphone soit désormais le nom de l'instrument. Et il en a été ainsi. Auguste Lippmann

Charles de Try est né à Bruxelles en 1819, il épouse Emilie Blervacq à Courtrai en 1843, il sera maître de chapelle de la cathédrale de Cambrai. Il meurt à Lambersart le 8 juin 1887.


dimanche 2 juin 2024

Patrice Heuguebart, retraité et chevalier

Smitlap 1984

« Hazebrouck est ma maison. » À 60 ans, Patrice Heuguebart a choisi d’en faire un pied-à-terre. Mais le directeur des affaires culturelles et de l’événementiel de la ville ne sera jamais bien loin. D’une parce qu’il habite au pied du mont Cassel ; de deux car l’homme n’a pas renoncé à l’action sociale et culturelle, au sein d’Arche et du collectif musical Smitlap. Retour en six dates sur le parcours foisonnant du « gamin du Nouveau-Monde ». Incontournable, tant il a compté pour la ville et ses habitants.

1963 
Patrice Heugeubart naît rue Pasteur, mais c’est à deux pas qu’il grandit. Deux frères, une sœur, des parents boulangers. « La rue Notre-Dame était un village en ville. De l’église au rond-point de la Mappemonde, une maison sur deux était un commerce. » Il hérite du sens de l’engagement, inscrit dans l’ADN de la famille. Grand-père communiste, mère à la Jeunesse ouvrière chrétienne. « De nature, j’étais actif. Mon handicap visuel a fait de moi un combattant. Le petit gros avec un œil de travers ne se laissait pas faire. Il m’a fallu prendre ma place », sourit-il. Scolarisé à Saint-Jacques, « qui m’a formé à la vie de groupe », il découvre en parallèle l’accordéon avec Roland Dewaele. « Je lui dois beaucoup sur mon parcours musical. Il m’a donné tous les outils de l’autonomie. »

1978
Une année déterminante. « Je suis figurant dans un spectacle sur l’abbé Lemire. Je rencontre Jean-Pierre Allossery (élu socialiste, président du centre socio-éducatif (CSE) et créateur d’Hazebrouck ville ouverte, ndlr). » Patrice Heuguebart se rapproche du CSE « comme petite main », décidé à « bénévoler ». « Je sentais implicitement les plaques tectoniques de Saint-Jacques (il y a été surveillant, ndlr) et de l’éducation populaire s’affronter. D’un autre côté, l’animateur socioculturel n’est que la version laïque du vicaire. »
Patrice Heuguebart, il y a « quelques » années avec les musiciens de Smitlap. Le groupe vient de fêter ses 40 ans.

1984
Partagé entre des saisons en village vacances à Bourg-Saint-Maurice, une carrière artistique au côté du comédien Jean-Marc Chotteau et sa vie hazebrouckoise, Patrice Heuguebart finit par rentrer au bercail. Un poste d’animateur est disponible au CSE. « C’est pour toi, me dit Jean-Pierre Allossery. Je n’ai pas hésité, on avait un matelas idéologique commun. » Le jeune animateur prendra la direction du centre quelques années plus tard. Il n’a pas trente ans. La gauche a perdu la mairie, Maurice Sergheraert (divers droite) est aux affaires : « Parmi les grandes satisfactions que j’ai eues, je retiens la capacité des élus de droite et de gauche à entretenir une dynamique positive autour du CSE et de Ville ouverte. »

1990 – 2010
Une forme d’âge d’or. Création de Folk en mai, des Beaux Dimanches du mont Noir, de Cassel cornemuses, à titre bénévole, d’une galerie d’exposition dans les murs du CSE, place Degroote, la labellisation du centre social par la CAF. Le CSE est sur tous les fronts, son directeur en première ligne. « On était porté par un contexte favorable », relate Patrice Heuguebart. Ville ouverte voit affluer des troupes aux propos acides, qui attirent la foule. De l’agit-prop qui bousculait les codes : « Je me souviens d’une compagnie qui promenait un cercueil dans les allées de la brocante, d’une douche aux parois opaques installée devant La Voix du Nord, sur la Grand-place. » En quittant le CSE, Patrice Heuguebart a pris ses distances avec le festival « éteint par les attentats de Nice en 2015 et le Covid ». Sans porter de jugement sur la perte de vitesse de l’événement : « Le "c’était mieux avant" m’agace prodigieusement, me désole aussi. »

2009 
Patrice Heuguebart retrouve Jean-Pierre Allossery… à la mairie. Il devient directeur des affaires culturelles, invite le bagad de Lann-Bihoué, Chanson plus bifluorée ou Richard Gotainer à la fête de la Musique, contribue à la création des Bouquinales, qui s’arrêteront, à son grand regret, en 2019, mais se poursuivent sous une autre forme. Sous le mandat de Bernard Debaecker, il hérite en outre de la casquette de chef de service événementiel, qu’il conserve après l’élection de Valentin Belleval : « J’ai aimé les rencontres tous azimuts facilitées par mon métier. »

2024
L’heure du départ, dans sa soixante et unième année. « C’est mon moment, j’ai perdu trop de gens à l’aube de la retraite. » Patrice Heuguebart a transmis le témoin à Yannick Kremer, directeur de la médiathèque, avec le sentiment d’avoir respecté sa devise : « Fidélité et loyauté. »

Marc Le Tellier
VdN 22/4/2024

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Patrice Heuguebart fait chevalier dans l’ordre des palmes académiques
Patrice Heuguebart a fêté son départ en retraite en mairie d’Hazebrouck. À cette occasion, il a reçu l’insigne de chevalier dans l’ordre des palmes académiques.

Jeudi soir, aux Augustins, Patrice Heuguebart a fêté son départ en retraite qui sera effectif au 1er juillet, entouré par sa famille, ses amis et ses collègues, une réception à son image, ponctuée d’intermèdes musicaux. « Un nouveau livre avec des projets, des envies et des surprises à vivre va s’ouvrir », a-t-il déclaré.
Celui qui fut au service de l’éducation populaire pendant près de quarante ans, a reçu des mains d’Hervé Dufour, inspecteur de l’éducation nationale, l’insigne de chevalier dans l’ordre des palmes académiques : « Tous les projets pédagogiques et culturels de grande qualité que vous avez portés et dont ont pu bénéficier les enfants d’Hazebrouck et de sa périphérie, fait que l’Éducation Nationale reconnaît toute la valeur que vous incarnez. »

Valérie Baranek
VdN 31/5/2024

crédit : la Voix du Nord

VdN 2023

 

La playlist video du groupe Smitlap

 


vendredi 24 mai 2024

Mariage à chabots ?

Des sabots... pour aller plus loin !

On peut s'interroger sur cette expression de mariage à chabots. Il serait facile de n'en faire qu'une manifestation burlesque ! 


Certes, L'mariach' à chabots du poète denaisien Jules Mousseron a tout de la farce ! Publié en 1904 dans le recueil Croquis au charbon (Moeurs et coutumes du pays minier), c'est l'histoire du mariage de Tiss' avec Lilique. Un mariage au rabais, la future belle-mère, avare comme pas deux, refuse de débourser pour la noce et les habits, comme le voudrait la coutume qui voit la famille de la mariée assurer les frais de noces. Qu'à cela ne tienne, le mariage a lieu, en sabots ! Cafougnette, rendu plus que gai par le repas bien arrosé, a ôté ses sabots pour danser. A la fin de la noce, quand il se rechausse, il ne voit pas qu'ils ont été remplis de ratatoule.
Si Jules Mousseron évoque le bruit de la noce chaussée de sabots du fait de l'avarice de la mère de Lilique (queu tapache !), le poète-chansonnier tourquennois Jules Watteeuw, dit Le Broutteux, en fait, lui, le coeur de son Mariach à chabots (publié dans ses Œuvres complètes en 1923) Le père de Mélie, sabotier de son état, décidant d'honorer conjointement sa fille et sa profession, veut des neuch' à chabots. Et de jubiler en entendant les invités claquant des sabots (Tcheu brut que l'mariach' de m' fille/Va faire aveuc ses sabots) ! Un clic, clac, clic, clos qui revient en ritournelle dans le refrain.

par Jules Watteeuw

On trouve encore en pays minier, des formes folkloriques de mariage à chabots qui paraissent inspirées par les textes des poètes patoisants comme ici à Bully les Mines

source

Un montage d'archives nous fait remonter à 1952, à Avion, où défile durant la ducasse, un mariach' à chabots. 


extrait de la vidéo

le violoneux de bistrot


A Aulnoy lez Valenciennes, en 1932, ce sont les fiancés qui optent pour les sabots pour leur mariage, rendant hommage, selon l'article cité "à nos pittoresques coutumes villageoises" :



Dans les trois cas, nous sommes assez loin, en voyant les costumes soignés et la chorégraphie des quadrilles, de la description faite par Marius Lateur des charivaris et mariages à chabots dans la commune d'Auchel, avant 1914 !

On peut penser qu'avec le temps, le traumatisme de la guerre 14-18, la réprobation sociale des "débordements" des sociétés de jeunesse et condamnations pour troubles à l'ordre public, les mariages à sabots, forme théatralisée des charivaris, intégrèrent le terrain folklorique pour disparaître peu à peu.
Alors, pour approcher ce que constituait l'ambiance des charivaris et mariages à sabots décrits par Marius Lateur, avec casseroles et chaudrons, on peut écouter les témoignages sonores collectés par Claudie Marcel-Dubois et Maguy Pichonnet-Andral, ethnomusicologues, entre 1953 et 1963.

un charivari bressan en 1961
source

Et aussi regarder deux scènes du film Faubourg Montmartre (1931), de Raymond Bernard. Ici, ce n'est pas Frédéric (Pierre Bertin), garçon du pays qui est l'objet de l'opprobre des villageois, mais Ginette (Gaby Morlay), fuyant Paris et le faubourg Montmartre.
 

Avec, en meneur de charivari cauchemardesque,  un Antonin Artaud exalté...


 
Agnès de Coérémieu



Ducasse de Gaudiempré, le rebond !


Il n'est pas rare d'entendre, quand on fait le repas du dimanche midi avec les restes d'un buffet servi lors d'une fête organisée le samedi soir, qu'on "fait rebond". C'est l'idée de prolonger la fête, même pour notre société devenue petite joueuse !
 
Les aînés le disaient encore, au siècle dernier. "Durs à la tâche", mais maîtres de leur temps. Les récoltes s'étalaient, et le travail faisant encore beaucoup appel à l'entraide, ils n'avaient pas le semencier ou l'industriel sur le dos, attendant la livraison selon un calendrier qu'il avait seul fixé. Ils s'arrêtaient pour de nombreuses fêtes et la ducasse du village n'était pas la moindre. Et bien sûr, comme on recevait à cette occasion à la maison pour partager la tarte et profiter des bals et réjouissances sur la place, il fallait bien rendre la politesse, et se déplacer aussi dans les ducasses alentour.
 
Le "rebond", voire le "raccroc", avait alors lieu le dimanche suivant la fête, histoire de continuer à s'amuser précise une informatrice de Célestine Leroy, habitant Hydrequent (arrière-pays boulonnais), dans les années 30. Quant à la ducasse, elle durait trois jours, commençant le dimanche pour terminer le mardi soir.
 
Comme nous indique la légende de la photo prise à Gaudiempré : 


 
Mais pourquoi  cet énigmatique "on ramasse les restes" ?
 
On l'a vu, la photographie attribuée à Constant Tétin est riche d'informations. Au premier rang, deux hommes paraissent "fermer" les côtés de la scène. L'homme moustachu dans la force de l'âge, rogné dans l'édition de La Voix du Nord, se révèle sur le cliché transmis à Christian. Il porte une hotte qu'il parait montrer volontairement à l'objectif. Faisant pendant sur la gauche, juste derrière Constant le violoneux, un autre gars, plus âgé lui aussi que le groupe de la jeunesse, pose de face. Un petit détail au niveau de l'emmanchure de sa veste sombre interroge et, au vu de la composition de la photo, ouvre l'hypothèse d'une possible bretelle. Un second porteur de hotte ? 
 
Deux porteurs de hotte ?

Les dossiers de Célestine Leroy permettent de comprendre la légende. D'une belle écriture anglaise, une informatrice lui rapporte la coutume d'el'cache à l' tarte, à Mont-Saint-Eloi, situé à une trentaine de kilomètres de Gaudiempré.

Le mardi, dernier jour de la ducasse, le dernier bal terminé, les jeunes gars du village se déguisaient, souvent en femmes, et défilaient dans les rues du village accompagnés, au son de bugle ou piston, de musique funèbre et de lamentations. Portant paniers ou hottes, avec à leur tête le chef de la jeunesse armé d'une pelle à pain, les cacheux (chasseurs, mais aussi chercheurs) d'tarte s'arrêtaient à chaque porte et réclamaient en chantant une part de tarte, dessert emblématique des ducasses de campagne, appelée selon les lieux tarte au papin, au liboulli, à l'prunes, à gros bord. Ils recevaient aussi les restes de ducasse, viande, fruits, parfois de l'argent. Chez les plus pauvres, on faisait le simulacre de mettre un peu de farine sur la pelle. Marquant l'échange, le don récolté s'accompagnait alors de musique pour faire danser les jeunes filles de la maison. 
La collecte était prétexte, le soir venu, à ripailles arrosées, entre jeunes. Célestine Leroy précisait que les bandes de cacheux d'tarte pouvaient encore arpenter le village le mercredi !
 
Dans les années 1960, le comité des fêtes de Mont Saint-Eloi faisait revivre les cacheux d'tarte :

source : Archives du Pas de Calais

C'est bien une cache à l' tarte qui est organisée à Gaudiempré en ce troisième jour de ducasse, et on peut imaginer à la vue des visages hilares des jeunes et des porteurs de hotte qu'ils escomptent beaucoup de la quête !
 
Jusqu'à la première guerre mondiale, les communautés villageoises et leurs sociétés de jeunes, n'étaient pas avares d'idées pour prolonger encore la fête communale, et "enterrer la ducasse".
 
A Hydrequent (62), le mardi soir, on "brûlait la ducasse". Un mannequin de paille était confectionné par la Jeunesse, le plus souvent à l'effigie d'un ou d'une habitant(e) du village, reconnaissable à un de ses attributs, ivrogne avec son litron, mauvaise langue avec son châle, etc… La nuit venue, le bonhomme, précédé d'un accordéoniste, était promené dans  le village par les jeunes chantant à tue-tête des Libera, particulièrement dans le secteur de la personne visée. Le spectacle changeait alors, l'accordéon se mettait à jouer des airs endiablés, on revenait sur la place où était encore installé le manège de ducasse. Hurlements, cris, on arrosait de pétrole le bonhomme, une ronde endiablée se constituait autour du mannequin qui flambait. Au raccroc, le dimanche suivant, on se promettait de remettre ça l'année suivante.
 
A Illies (62), le dernier soir, "on interrait ch' l'oche" (on enterrait l'os). Le plus boute-en-train des jeunes portait avec componction à travers le village un os de jambon décharné, symbole des jours de bombance de la ducasse. Il était accompagné d'un cortège de pleurs et de chants funèbres. L'enterrement avait lieu dans un champ, avant que le cortège ne parte se consoler au café.
 
On retrouve encore trace de ces simulacres d'enterrement, très comparables aux cérémoniels anciens  de fin de carnaval :
 
- à Biercée (Belgique), le dernier soir de ducasse de la tarte à la cerise


- ou dans cette commune non nommée de la région ICI

 
Il nous restera deux questions sans réponse. 
 
D'abord que tient le porteur de hotte de droite ? Il a fallu nous faire bien vite à l'idée qu'il ne s'agissait pas d'un sac de cornemuse, même si la posture du personnage nous faisait immanquablement penser au joueur de cornemuse du Repas de Noces de Peter Brueghel. Restait une hypothèse, rendue assez vraisemblable par le flou d'une extrémité de "l'objet". Celle d'un animal, ayant bougé durant le temps de pose. Un chien ? Il y a un chien couché aux pieds de Narcisse le violoneux. Un petit cochon noir à bouts de pattes blanches, comme les berkshire, introduit d'Angleterre au XIXème et croisé avec les races locales ? Parmi les attractions des ducasses de villages, il n'était pas rare que soit organisée une course aux petits cochons.  
 
Ensuite, que montre le jeune déluré situé entre porteur de hotte et grosse caisse ? Même en zoomant, impossible de trancher. La patte de l'animal, mais qui, alors, serait bien longue ? Un attribut symbolique, montré ostensiblement ? Faute de détails, difficile de répondre. 



Le beau cliché judicieusement envoyé par Eric à la Voix du Nord, par-delà le précieux souvenir de famille, témoignage d'une belle pratique photographique, nous aura invités, entraînés par le violon de Narcisse, à partager la gaité d'une ducasse artésienne, à la fin du XIXème siècle !
 
Agnès de Coérémieu