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lundi 29 janvier 2024

L'univers de la chanson ouvrière

L'univers de la chanson ouvrière 
dans l'agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing (1870–1914)

Elien Declercq, Lieven D’Hulst 
dans Revue du Nord 2010/2 (n° 385), pages 365 à 381




Conclusion :
L’univers de la chanson ouvrière dans le triangle industriel du Nord est solidement ancré dans les réalités socio-professionnelles des ouvriers français et migrants et montre que la littérature volante est non seulement le fruit de ces réalités, mais qu’elle les reconfigure selon des modèles culturels et littéraires spécifiques. Nous avons ainsi pu montrer les facteurs institutionnels et discursifs qui caractérisent la situation d’énonciation de la chanson ouvrière. Nous considérons donc le contexte social ou professionnel comme inséparable de l’énoncé. Parallèlement, la chanson ouvrière doit être mise en relation avec d’autres expressions populaires, telles que le théâtre de marionnettes. Le plus célèbre était sans doute celui de Louis Richard à Roubaix, le seul marionnettiste à avoir abandonné l’usine pour vivre de la marionnette. À part l’étude de Leroux & Guillemin (1997) A. Leroux & A. Guillemin, Al’ Comédie! Les marionnettes… sur le Théât’ Louis, le théâtre populaire demeure néanmoins un genre peu exploré à ce jour: peu de recherches ont été effectuées sur le répertoire des pièces représentées dans les petites salles de quartier et sur le monde des acteurs et des metteurs en scène ouvriers. Enfin, il conviendrait de se pencher davantage sur la contribution littéraire des migrants belges très largement présents dans les villes industrielles du Nord. C’est cette lacune que nous comptons pallier dans les années à venir.

jeudi 11 juillet 2019

Cordéoneu

mise à jour du 11 juillet 2019 : ajout d'un lien d'une émission de radio Uylenspiegel

L'Accordéoneu

collection personnelle

Cette chanson fut créée et enregistrée en 1955 par le chanteur Bob Deschamps d'après une chanson plus ancienne dont les paroles et la musique avaient été recueillies par André Pletinckx, sur un arrangement musical de G. Rieding et éditée à Charleroi aux 100 000 chansons. C’est un mélange de flamand, de picard et de français, qui était utilisé aussi dans les chansons de Mi-Carême imprimées et vendues à Roubaix et Tourcoing à la fin du XIXe siècle. Voir l’excellente étude d’Elien Declercq sur l’histoire des migrants belges en France, revisitée à travers la chanson populaire (1870-1914). 

Plusieurs versions ont été enregistrées ensuite, d’abord par Andrex, puis par Raoul de Godewarsvelde et Edmond Tanière, mais la plus truculente est celle de Bob Deschamps  

Je pense que cette chanson a la même origine roubaisienne que les chansons étudiées par Elien Declercq. On a continué de la chanter parce qu’elle est intemporelle. La musique (et peut-être la chanson) était déjà utilisée pendant le carnaval de Dunkerque, voir sur cette page le « collectage » fait par Henri Girard avant 1900, pour composer son quadrille dunkerquois.




On m'a donné récemment une autre référence de son usage dans la région lilloise au début du XXe siècle, une feuille volante d'une chanson de carnaval publiée en 1905 : L'Utilité du Balai, chanson nouvelle, en patois de Marcq en Barœul, chantée par les Amis Réunis de l'Estaminet tenu par Henri Watelle, fabricant de Balais, sur l'air du Cordionneux. Cette chanson est conservée à la Bibliothèque de Lille, cote 44186/1905/19.

Christian Declerck


Voici les paroles originales :





I
Ze l'suis venir de Popimplûhûte
Pac' que z'étint toudis dir' à l'maizon
Qu'à Roubignou Minhir Flahute
Aim'à danser au son du Cordézon
Quans qu'i c'est mi c'est in bon muzicienne
Z'ai cru fair' mon z'av'nir avec en Roubizienne
Ze suis venir in Dimanz’ à dinner
Avec mon Cordézon pour zouer dinstous les Cab'rets

A Roubignou
Amuse vous
Brok ni quir et Trek en kir
Quant tu voulez prend’ du plaisir
N'betche zweek en ascouter
Quant tu voulez tertou's danser
Cordéoneu Mi c'est toudis Zwéyeux  )
Soir et matin ze fais danser les zins    )--bis

II
Ascoute bien un'fois mam'zelle
Quant tu vouley' çoisir un' amoureu
Tu l'fras zamais un choix plus belle
Quant tu prendeye un bel cordéoneu
Dins mon maison quand les éfants c'est braire
C'est print'ma cordézon et rad'min eu se taire
Dans mon semain'ze vas zamais travié
Z gangn'bien mon quinzain’ à zouer dans les cab'rets

A Roubignou...

III
Ze connais tout' les z'airs de France
Tu pou d'mander à mi s'que tu vouler
Quand ze l'étent'un nouvis danse
Faut né lontimps ou tout s' suite l'apperdez
In z'air walon' ou ben in z'air flaminte
Ze l'a d'ja dés méday's patavna tout m'vint'
A Roubignou c'est y co mi l'meyeur
C'est la sti décoré pou li rwé des cordéoneu

A Roubignou...




la partition


*****

Antoine Quaghebeur a récemment diffusé cette émission
sur le même thème de chansons franco/flamande, avec des collectages inédits