dimanche 24 septembre 2023

Guillaume Le Blond, facteur d'instruments (1735-1796)

mise en ligne le 24/12/2021
mise à jour le 29/7/2022 : ajout de photos du cistre de Bruges
mise à jour le 9/9/2023 : ajout d'une photo du cistre de l'Hospice Comtesse
mise à jour le 24/9/2023 : ajout d'infos sur Pierre Glintz


musée de l'Hospice Comtesse, cistre 1777
expo Mondonville 2011
photo personnelle


Musée Gruuthuse, cistre 1777
photo personnelle

C'est par lui que tout a commencé. 

Patrick Delaval, chercheur et passionné de cistre, connaissait ce luthier dunkerquois par ses magnifiques instruments conservés dans plusieurs musées européens, mais la bibliographie était assez succincte sur les dates de naissance et décès, on savait seulement qu'il était actif à Dunkerque dans le dernier quart du XVIIIe siècle, grâce aux étiquettes de ses instruments. Patrick me demande si je peux aller à la bibliothèque de Dunkerque chercher des informations. Je n'ai rien trouvé à la bibliothèque, mais on me conseille d'aller à l'étage au dessus, aux Archives Municipales. Là non plus on ne connait pas ce luthier, heureusement l'archiviste, Jean-Luc Porhel, me suggère de chercher des mentions dans les registres, en commençant par la Capitation. Nous sommes en 1980 et c'est le début de recherches sur les musiciens à Dunkerque qui sont toujours en cours.

Guillaume Le Blond est né en Normandie, à côté du Hâvre, à Saint Laurent de Brèvedent le 27 novembre 1735, fils de Jacques et Catherine Le Petit. C'est sa présence comme témoin au décès, à Dunkerque le 17 février 1792, de son neveu Jean Jacques Leblonc [sic] qui m'a donné un début de piste pour localiser son baptême. Jacques est le fils du petit frère de Guillaume, Jacques Philippe, laboureur, né en 1745 au même village et qui, en 1783, est le parrain d'un enfant de Léopold Coffe (1750-1809), luthier à Dunkerque.


l'église de Saint Laurent de Brèvedent

Guillaume arrive à Dunkerque en 1764. Il se marie le 25 juin 1765 avec Marie Bernardine Colinion, née à Saint Omer en 1735. Il est alors domicilié rue Notre Dame. En 1769 il est au n°1 de la rue des Vieux Quartiers (actuelle rue Poincaré) cette maison a pu être située précisément grâce au recensement réalisé pour loger les troupes en 1772. Elle fait partie de la rangée de maisons accolées à l'église Saint Eloi, c'est la première, située sur l'angle sud de la façade.



Dans les registres de la Capitation, j'ai relevé les différents domiciles de Guillaume Le Blond de 1765 à 1795 : rue Notre Dame (1765-1769), 1 rue des Vieux Quartiers (1770-1772), à Rouen en 1773, rue du Quai (1774), rue de l'Eglise (1775-1778), rue Saint Eloi (1779-1789), rue Royale (1789-1790), marché aux Pommes (1790), rue de la Liberté (ex rue des Capucins (1795) et enfin à La Branche de Coudekerque lors de son décès le 30 mai 1796. Son épouse meurt en 1808, 9 place Jean Bart (ex place Dauphine).


d'après le plan de 1785
source : Gallica


Sa résidence à Rouen est attestée par trois documents. Un cistre conservé au Musée de Leipzig, porte une étiquette manuscrite : "fait par Le Blond à Rouen 1773". Une mention sur une partition d'un dépôt de musique et surtout un certificat de bonne vie et mœurs délivré par le magistrat de Dunkerque en juillet 1772 : Messieurs les maire et eschevins de la ville et terri­toire de Dunkerque. Supplie humblement Guillaume Leblond maître luthier demeurant en cette ville, disant que depuis en­viron huit ans il a fixé sa résidence en cette ville où pendant ce temps il y a exercé sa profession à la satisfaction du public et de ses supérieurs par la bonne conduite, que comme dans la vue d’un plus grand avantage dans l’exercice de sa proffession il desiroit changer de résidence pour la fixer dans celle de Rouen, dans cette circonstance pour d’autant plus surement y parvenir et faire librement son voyage il desireroit aussi a cet effet obtenir de votre authorité un certificat de bonne vie et mœurs, c’est le sujet de la présente requête. Accordé le 9 juillet 1772. Cette tentative de déménagement s'est vite terminée par un retour à Dunkerque, en 1774 il est mentionné rue du Quai dans le registre des Capitations. 

J'ai trouvé son acte de décès très récemment dans le premier registre des décès de Coudekerque-Branche, appelée à l'époque La Branche de Coudekerque, à noter que je suis pas le premier à l'identifier, car dans la marge du registre une mention manuscrite précise ses prénom et patronyme exacts :

Acte n°30, Guillaume Le Blond, du 12 prairial de l'an 4 (31 mai 1796) (source)

l’an quatrième de la république françoise une et indivisible le douze prairial neuf heures de matin sur la déclaration qu’il nous a été fait par Louis Wagois frippier en commune de dunkerque agé de soixante cinq an et marie anne Catoen agée de quarante cinq an résidant en la commune de Dunkerque du décès de gilome Leblon décédé en cette commune de la Branche de Coudekerque le jour d’hier sept heure de soir. nous françois Simon Boiberque agent municipal de la ditte commune nous nous sommes transporté au domicile du dit le Blond ou nous etant assuré de son décès les dit déclarant nous ont dit qu’il se nomais gillome Leblond, rentier de profession, agé de soixante ans, natif de duavre époux de Bernardinne Collignon et ont les dit déclarants signé avec nous le jour, mois et ans que dessus

Marianne Cotoon [Cattoen ?]  : Louis Wagon : Boibergue

Cette commune comprenait le territoire de Malo-les-Bains (appelée Visschermoere), celui de Rosendael et encerclait la ville de Dunkerque jusqu'à Petite Synthe. Si l'acte mentionne qu'il est domicilié à la Branche de Coudekerque, la localisation précise n'est pas aisée. Mais on sait que le hameau de Visschermoere, comptait peu d'habitants, seulement quelques maisons de pêcheur en bordure de plage ; que Rosendael avait souffert du siège de 1793 par le Duc d'York et était quasiment rasée. D'après Léonce Baron, la partie la plus peuplée, appelée Section B, se trouvait autour du cabaret Le Petit Steendam, au bord du canal de Furnes, c'est dans ce cabaret que se tenait les réunions du conseil municipal et il servait donc de mairie. On peut supposer que la maison de Guillaume Leblond se trouvait dans cette section, avec un accès facile à la ville par le pont de Furnes. La recherche future permettra peut-être de trouver un document plus précis.


extrait du cadastre de 1810
source : Archives départementales du Nord

Activités para musicales

Guillaume Le Blond tenait un dépôt de musique (à Dunkerque et Rouen) mentionné sur plusieurs partitions qui sont parvenues jusqu'à nous : Premier recueil d'ariettes, menuets et allemandes, arrangés pour le cistre ou guitare allemande, dédié à Madame la comtesse d'Aigremont, par M. Pollet, maître de musique à Lille en Flandre. Deuxième recueil d'ariettes, menuets et allemandes arrangés pour le cistre ou guitare allemande dédié à Madame la comtesse de Nicolson, par M. Pollet maître de musique [dépot à Rouen chez Mr Le Blond luthier]. Premier recueil d'ariettes des plus jolis opéras, avec accompagnement de cistre ou guitare allemande, arrangé par M. Pollet, maître de cistre. Six sonates des meilleurs auteurs arrangés pour le cistre ou guitarre allemande avec accompagnement de violon, dédié à M.*, par M. Pollet, maître de cistre à Paris.

L'esprit des journaux
françois et étranger 1775

Les comptes de l'église Saint Eloi contiennent plusieurs mentions de ses travaux sur les instruments de l'orchestre : en 1777, réparation d'un serpent et une basse pour 15 livres et 10 sols ; en 1781, raccommodage de deux serpents pour 7 livres ; en 1783, il vend un archet pour le violoncelle, 7 livres ; en 1785, 68 livres et 10 sols pour avoir monté et mis en état la contrebasse ; 1786, 36 livres pour avoir verni la contrebasse ; en 1789, 55 livres 9 sols pour la livraison de cordes pour la contrebasse depuis le 23 décembre 1787 jusqu'au 25 décembre 1789 ; idem en 1792, 51 livres et la dernière livraison de cordes pour la contrebasse et de papier rayé, 52 livres en 1793.


Les instruments 

Patrick Delaval a réalisé un inventaire des instruments fabriqués par Guillaume Le Blond conservés dans les musées et quelques collections privées :
- 1772 : un violoncelle fait à Dunkerque conservé par M. Deporre à Gand (R. Vannes)
- 1772 : un cistre fait à Dunkerque, conservé au musée de Leipzig, (catalogue du musée)
- 1773 : un cistre fait à Rouen, conservé au musée de Leipzig, (catalogue du musée)
- 1774 : un cistre-luth fait à Dunkerque conservé au Musée de la Musique à Paris
- vers 1775 : un cistre, attribué à Le Blond, conservé au musée de Leipzig, (catalogue du musée)
- 1777 : un cistre fait à Dunkerque conservé au Musée Instrumental de Bruxelles
- 1777 : un cistre fait à Dunkerque conservé à Bruxelles
- 1777, un cistre fait à Dunkerque par Le Blond, conservé au Musée de l'Hospice Comtesse à Lille
- 1777 : deux cistres fait à Dunkerque conservés au musée de Berlin
- 1777 : un cistre fait à Dunkerque conservé au Musée Gruuthuse à Bruges
- 1779 : deux cistres faits à Dunkerque conservés au Musée Instrumental de Bruxelles
- vers 1780, un cistre théorbé, attribué à Le Blond, conservé au musée de Leipzig, (catalogue du musée)
- vers 1780, un cistre conservé à Amsterdam au Rijksmuseum 
- 1789 : un cistre fait à Dunkerque mentionné par Stainer (1896)
- 1789 : un cistre fait à Dunkerque, propriété de R et M. Milland à Paris (R. Vannes)
- 1789 : un pardessus de viole fait à Dunkerque, conservé au musée de Berlin
- 1789 : un piano table fait à Londres, conservé au musée de Berlin
- 1792 : un piano table fait à Dunkerque, conservé au Musée Gruuthuse à Bruges
- sans date, un cistre vu en vente vers 1995 par M. Bissonnet, antiquaire à Paris
- sans date, un cistre fait par Le Blond conservé au musée de Stockholm
- sans date, une guitare marquetée, faite à Dunkerque, de la collection de César Snoeck à Renaix, achetée par le musée du Tsar à Moscou ?
- des violons, mentionnés, sans date ni localisation, par René Vannes

Christian Declerck
24 décembre 2021


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Dunkerque 3/11/1789


Complément sur son lien avec Pierre Glintz, ébéniste et sculpteur à Dunkerque avant 1800

Guillaume Le Blond est témoin à son premier mariage le 3 novembre 1789, un petit détail qui laisse supposer une relation professionnelle entre ces deux artisans du bois. Pierre (Petter) Glintz est né à Klagenfurt (Autriche actuelle) alors en Carinthie, le 19 mars 1746, fils de Pierre aussi ébéniste. Je ne sais quand il arrive à Dunkerque, il épouse Marie Jeanne Blanckaert (61 ans) en 1789, son épouse meurt avant 1795. L'année suivante il épouse une jeune femme de 28 ans, il en a 50, Isabelle Decoopman, originaire de Zegerscappel. Elle lui donnera 5 enfants dont l'aîné Pierre Joseph, sera le seul survivant. Né à Dunkerque en 1797, il sera facteur de pianos chez Pleyel et Wolff, comme nous l'indique la mention lors de l'attribution de la médaille de Ste Hélène en 1872 (il a été blessé à la bataille de Waterloo en 1815). Les naissances de ses frères et sœurs à Lille (1800, 1802) puis à Paris (1804) nous indiquent le parcours de son père pendant ces années troublées. Son père meurt en 1820 à Paris, 18 rue des Billettes, sa mère est morte à Villers-Cotterêts en 1830. Le fils se marie deux fois et sa première épouse, Jeanne Bisson (née à Châteauroux), lui donne trois enfants : Pierre (1819-1835), Clara (1821-1874) et Alexis (1828-1907), il meurt dans le 11e arrondissement de Paris, 9 rue de Charonne, en 1881.
 

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les instruments de Guillaume Le Blond

Photo © Claude Thériez
Musée de l'Hospice Comtesse/Ville de Lille



Musée de Leipzig


Musée de Stockholm

Rijksmuseum Amsterdam


cistre-luth
Musée de la musique à Paris


Musée Gruuthuse, Bruges, vers 1930
encadré : le piano G. Le Blond
C. P. collection personnelle

piano table ou square-piano
Musée Gruuthuse à Bruges
source : catalogue du musée
et photo personnelle

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Cistre Le Blond 1777, musée Gruuthuse
photos personnelles










dimanche 10 septembre 2023

Les fêtes de Lille en 1729

Le jeudi 29 septembre 1729 et les jours suivants, des fêtes sont données pour la naissance du dauphin le 4 septembre.

François-Casimir Pourchez, libraire et relieur, rue des Jésuites à Lille, [réalisa et] offrit un manuscrit au Magistrat de Lille. Refusé par ce dernier, ce manuscrit connut des propriétaires divers, dont le libraire L. Quarré-Reybourbon qui l’acheta à la fin du XIXe siècle et en fit l’objet d’une communication le 29 mars 1894 à la réunion des sociétés des Beaux-arts des départements 

La description de Louis Quarré-Reybourdon


ICI


Parmi ces aquarelles, deux nous intéressent plus particulièrement :


le bal au Gouvernement pour la riche bourgeoisie


et celle-ci


Façade du Griffon d'Or sur la Grand Place, décorée
par M. D'aubigny, fermier des vins et des bières de la ville
pour donner Concert pendant le feu d'artifice



On y trouve aussi mention d'un chant, avec notes, sur l'air du carillon du beffroi de la ville dont certains vers sont d'une crudité qui serait choquante à notre époque, dont nous ne reproduisons que quelques vers bachiques :
Viens-t-en, Pierrot, bon drille
Viens-t-en au cabaret,
Il nous faut, ventrebille,
Enivrer tout à fait

J'ai fait ces photos lors de l'exposition Mondonville et la musique à Lille de la Médiathèque Jean Lévy au printemps 2011.

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J'aime croire que parmi les musiciens représentés sur ces illustrations, on peut apercevoir un des membres de la famille Hanot. Ils sont présents à Lille à la même époque. 
Le père, Charles, joueur de violon à Dunkerque en 1710, puis musicien à Lille en 1754. Le fils aîné François Charles, maître de danse et compositeur, né à Dunkerque en 1697, il épouse Marie Hélène Alexandre à Lille en 1724, mort à Tournai en 1770 (voir plus bas) ; Charles Joseph, joueur de violon, maître de danse et hautbois assermenté de la ville de Lille, né à Lille en 1708, il épouse Jeanne Catherine Didier à Lille en 1728, il meurt à Lille en 1787.

Nous nous arrêtons un peu ici sur ce modeste compositeur flamand, parce que son œuvre témoigne de l'activité qui régnait en province, aux environs de 1740, dans le domaine de la musique instrumentale. François Hanot ou Annotte naquit à Dunkerque, le 10 juillet 1697, de Charles et de Marie Gallot, et non pas en 1720, ainsi que le prétend Fétis (1). Son acte de baptême, que nous reproduisons ci-dessous, lève toute incertitude sur le lieu de sa naissance, quoique l'acte de mariage de son frère cadet, Charles Joseph, le déclare, par erreur, natif de Lille, paroisse Saint-Élienne (2). Charles-Joseph était bien originaire de Lille, où il naquit le 22 avril 1708 ; en 1736, Charles-Joseph, qui exerçait la profession de « joueur de violon » et de « maître de danse », pouvait se prévaloir d'un emploi municipal, car il était « hautbois sermenté de la ville ». Il écrivit même des ballets destinés au théâtre de Lille, et, d'après L. Lefebvre, il joua probablement, avec son frère François, au concert de cette ville. Nous trouvons François Hanot installé à Lille en 1724, où, le 29 octobre de cette année, il épouse, en l'église Saint-Maurice, Marie-Hélène Alexandre (3). Mais, avant cette époque, il avait voyagé tant en France que dans les Pays-Bas, et avait enseigné le violon et la danse, à Mons et à Rouen. C'est ce qui résulte d'une délibération des Consaux de Tournai, en date du 30 janvier 1742, et aux termes de laquelle François Hanot se trouvait sollicité par plusieurs personnes de Tournai de venir fixer sa résidence dans celle ville « pour y fournir et instruire la jeunesse ainsi qu'il se flatte de l'avoir fait, tant en la dilte ville de Lille qu'avant, à Mons et à Rouen ». Ce document nous apprend, en outre, qu'il était à ce moment là « maître de danse et de violon, élably en la ville de Lille, pensionné entre autres des dames de Marquette pour y enseigner à danser aux demoiselles pensionnaires (4) ».

On rapprochera cette assertion du fait que, de 1718 à 1720, l'état des acteurs qui interprétèrent l'opéra français au théâtre de Lille mentionne, parmi les « choristes de la danse », un certain Hanot qui, vraisemblablement, se confond avec notre musicien. La délibération que nous visons plus haut dit encore que François Hanot est « maître des ballets qui se font dans les tragédies des collèges des RR. PP. Jésuites et Augustins » de Lille.

Hanot professait donc, dans diverses maisons d'éducation, le violon, la danse et les belles manières ; il trouvait, cependant, le temps de composer pour son instrument, car, vers 1740, il publiait à Lille son premier œuvre, Sei Sonate a flauto traversa o violino solo e basse continua, qu'il dédie à Louis, baron de Roll, d'Emmenholtz, etc., officier au régiment de Witmer. 

Alors que ni son père ni son frère cadet ne sollicitèrent le titre de « bourgeois », François Hanot acheta la bourgeoisie, le 7 avril 1744, ainsi qu'en témoigne le Registre aux Bourgeois de Lille , bien qu'à cette époque il fût fixé à Tournai. Faisant droit à sa requête de 1742, la ville de Tournai, en effet, lui accordait une pension de 200 florins au lieu de celle de 300 florins qu'il demandait ; il pouvait alors s'intituler : « Pensionné de la ville et cité de Tournay. » C'est là le titre qu'il prend sur son œuvre II, Six Sonates pour un violon seul ou flûte traversière avec la basse continue, qu'il met au jour en 1745, après avoir reçu, le 1er juillet, un privilège de douze ans pour des « Sonates, trios et autres pièces de musique instrumentale ». Hanot dédiait son nouvel ouvrage au comte de Saint-Génois, qui appartenait à une ancienne famille de Tournai, et qui, de 1721 à 1749, remplit diverses charges dans la magistrature de cette ville. En 1745, Saint-Génois était « Grand Prévôt de la ville et cité de Tournai » […]


(1). Son nom admet les orthographes les plus diverses, entre autres celles de Hannot et Hanno. — Voici son acte de baptême :

« L'an de grâce 1697, le dixième jour du mois de juillet, je soussigné, prêtre vicaire de cette paroisse de Dunkerque, ay baptisé François, fils légitime de Charles Annotte et de Marie Gallot, né ce matin à 5 heures. A été parrain François Louart, et marraine Marie Gallo qui n'a sçu écrire. » Signatures. [Extrait du Regislre des Actes de baptêmes de la Paroisse de Dunkerque, pendant l'année 1691.)

D'après L. Lefebvre, qui avait bien voulu nous communiquer d'intéressants renseignements sur les Hanot, le père de François-Charles était natif de Rivière, diocèse d'Arras, et sa mère, Marie Galot ou Gallot, native de Tiembronne, diocèse de Boulogne

(2). Cet acte, qui porte la date du 20 mai 1731, porte que François llauot est né à Lille, paroisse Saint-Etienne.

(3). Mariage Hanot François et Alexandre Marie-Hélène, 29 oct. 1724 [Etat civil de Lille].

(4). Registre des délibérations des Consaux. N° 259, f° 18vo. Délibération du 30 janvier 1742 (Arch. de la ville de Tournai). Le pensionnat des dames de Marquette se trouvait dans l'abbaye cistercienne de Marquette, à une lieue de Lille, abbaye fondée, en 1226, par la comtesse Jeanne de Flaxidxe ; il disparu lors de la Révolution.


L’école française de violon de Lully à Viotti, Lionel de La Laurencie, 1933 ; page 151



source


samedi 19 août 2023

MODAL, le média

La revue, d'abord appelée Plein Jeu crée par Les Musiciens Routiniers en 1980 qui devient Modal en 1981, puis reprise par la FAMDT en 1985, devient un site participatif.


C'est ICI


Ce site est composé de trois grandes parties. Vous pourrez, pour la première partie « actualité », soit lire les articles du moment, écouter des podcasts, visionner des vidéos, reportages, clips, etc. Vous trouverez dans une deuxième partie, la refonte du Portail du patrimoine oral, un outil déjà existant qui vous permet d’accéder à des archives sonores et audiovisuelles inédites, patrimoine immatériel collecté et rassemblé sous ce même outil et provenant d’une dizaine de structures contributrice·s. Enfin dans une troisième partie, « ressources », vous trouverez un tas de pépites disponibles en ligne, classées en six grandes catégories : culture/société, patrimoine, réseau, revue de presse, spectacle vivant, transmission. 

De part sa vocation collaborative, ce site sera en constante évolution, nourrit des actions et créations des un·e·s et des autres. On compte sur vous pour faire partie de l’aventure ?

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Modal, première époque

Modal, deuxième époque


vendredi 18 août 2023

P.-F. Muselet, cornemuseux du Boulonnais

mis en ligne le 14/12/2009
mise à jour le 18/8/2023




Pierre-François Muselet, cornemuseux du Boulonnais (1835-1915)

J’ai appris l’existence de Pierre François Muselet de mon grand-père maternel [Louis COUVOIS] qui me raconta un jour que son propre grand-père avait exercé, entre autres, le métier de berger et qu’il jouait de la cornemuse (mon grand-père appelait ça un "biniou"). C’est ainsi que j’ai appris avec stupéfaction que j’avais un ancêtre cornemuseux ! Après cette révélation je restai sur ma faim. Une visite à l’une des sœurs de mon grand-père me permit d’en savoir un peu plus.
J’ai bien dit "un peu" plus, ceux qui me voyaient déjà révéler l’existence d’un instrument complet en état de marche avec tout un répertoire soigneusement noté sur un carnet seront déçus ! Ce ne sont que quelques souvenirs de famille, mais ils confirment la pratique de la cornemuse dans le Boulonnais et le lien qui existait avec le métier de berger.
Pierre-François Muselet est né à Equihen (alors commune d’Outreau) le 23 novembre 1835. Durant sa vie il a pratiqué de nombreux métiers, non pas successivement, mais simultanément, selon les saisons et les occasions. Berger (une ferme située près de la fourche des routes d’Outreau et du Portel possédait des moutons), il savait aussi tondre les moutons et offrait ses services dans de nombreuses fermes, jusqu’au-delà de la Liane. Un jour, en revenant de tonte, il est même, paraît-il, tombé dans la rivière. Cette anecdote me fut racontée sur un ton entendu qui suggérait que notre berger n’était pas totalement sobre.
Son principal métier semble avoir été cordonnier et il proposait ses services un peu partout. Il savait également rempailler les chaises et occasionnellement, l’hiver, allait en mer pêcher le hareng. Pendant 35 des dernières années de sa vie il fut bedaud et faisait aussi office de fossoyeur.
Lorsqu’il était berger il jouait de la cornemuse et ma grand-tante se rappelle bien avoir entendu mentionner le terme de pipossa* dans sa famille. Il jouait entre autres pendant la messe de minuit avec d'autres bergers. Cela devait se passer dans les années 1860, puisqu’on sait que c’est la période pendant laquelle il a été berger, sans pouvoir donner plus de précisions.
Il y avait sur la place d’Equihen un débit de tabac tenu par un certain Fourquet à la réputation d’alcoolique. Ce Fourquet invitait souvent Pierre-François Muselet à venir jouer dans son café en échange d’un coup à boire. Ce que n’appréciait pas sa femme [Sophie Eléonore CAZIN], si bien qu’un jour, lassée de ces beuveries ; elle perça le sac de sa cornemuse pour qu’il ne puisse donc plus se faire inviter au café. Elle lui fit croire, dit-on, que c’était une souris qui avait fait le coup, mais il ne fut pas dupe ! Étant cordonnier il aurait bien pu réparer le sac, mais à partir d’ici l’histoire ne mentionne plus de cornemuse. Peut-être a-t-il préféré arrêter de jouer pour éviter d’autres scènes de ménage. Tant mieux pour son couple, tant pis pour nous qui recherchons les traces de cet instrument. Bref, à partir de ce jour, on ne sait plus rien de la cornemuse de grand-père Muselet. Personne n’a pu me dire ce qu’elle était devenue.

Patrice Gilbert (décembre 1992)

[Pierre François Muselet est décédé à Outreau (quartier d'Equihen) le 7 novembre 1915] généalogie


*Pipossa (pipe au sac) : Cornemuse des bergers boulonnais. Les bons joueurs de cet instrument deviennent rares. Autrefois, lors de la Saint-Jean d'été, à l'époque de la tondison des brebis, tous les bergers d'un village et des environs se réunissaient et formaient une espèce de concours où l'on pouvait juger le plus habile sonneur de pipossa.
In Curiosités de l'histoire du Pays Boulonnais, Ernest Deseille, 1884





Extrait de : Le patois Boulonnais comparé avec les patois du Nord de la France, par le chanoine Haigneré, paru dans les Mémoires de la Société Académique de l'arrondissement de Boulogne sur Mer en 1903


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En complément voici peut-être une piste sur un facteur de cornemuse ?
J'ai relevé le mariage de Pierre Marie Augustin BOUCHEZ, né à Desvres le 13 décembre 1805, il épouse Marie Josèphe Rosalie CROQUELOIS à Boulogne sur Mer le 29 avril 1830 et il déclare la profession de "tourneur luthier". Je n'ai pas trouvé de descendance, il est mort à Boulogne en 1887, 6 rue Damrémont, il est dit mécanicien. Son épouse était décédée l'année précédente 1 rue du Lalot. C.D.

samedi 22 juillet 2023

orchestrion Simoens-Lorez à Roubaix

mis en ligne le 8/1/2021
mise à jour le 11/1/2021 : ajout de 2 photos
mise à jour le 22 juillet 2023 : un orchestrion rescapé


L'usine Simoëns-Lorez, à Roubaix

Après 1918, ils étaient partout, chaque café, chaque estaminet en possédait. Ils faisaient le bonheur du patron et des clients, et le malheur du voisinage qui se plaignait du tapage nocturne. On les appelait piano automatique ou orchestrion. Les moins luxueux ont été détruits dès l'arrivée du gramophone et surtout de la radio. Celui-ci était vendu par Marceau Simoëns et Victor Lorez, associés à Roubaix dans les années 1919/1922. Le Musée d'Histoire et de la Vie Quotidienne de Saint-Martin en Campagne (76) en conserve un rare exemplaire en état de fonctionnement.


orchestrion Simoens-Lorez
l'air serait La chanson des échos qui à l'origine est une mazurka…


Un grand merci à Bastien Pochard, du Musée de Saint Martin en Campagne pour ces photos de l'orchestrion.

© T. Dion, Musée d'Histoire de la vie quotidienne


© T. Dion, Musée d'Histoire de la vie quotidienne


Le programme :
- Le train roulait, schottisch
- Minette en fête, polka
- Gosse d'amour, mazurka
- Mignon, valse
- La lune blanche, fox-trot
- Eléonore, polka
- Est-ce bien toi, valse
- Les baisers, fox-trot

Victor Lorez est né à Dunkerque, dans la rue des Passerelles, le 30 juillet 1882, fils de Gervais et Philomène China, originaires de Roubaix. Victor a été conducteur de chevaux, mais vers 1920 il s'associe avec un voisin, Louis Marceau Simoëns, ancien apprêteur en tissus, né à Roubaix le 14 octobre 1882, fils de Théophile et Marie Meurisse, originaires de Tournai (B). Marceau a probablement repris la fabrique de pianos mécaniques de son beau-frère Liévin Bailleul (voir ci-dessous). Les associés installent leur usine 70 rue Chanzy à Roubaix. Victor meurt en 1951 et Marceau en 1960, tous les deux à Roubaix.


pianos automatiques Le Merveilleux
source : Retronews


l'harmoniphone
Le Nord Maritime, 1921, source : Retronews


Un autre orchestrion a échappé à la destruction, merci à Mme Maryse A. pour les photos



le programme : 
- Marie-Anne, valse (Vandersoupel)
- Viyasix, polka (idem)
- Les Frissons, fox-trot (Demartini)
- Cunégonde, valse (idem)
- Bague d'Or, polka (idem)
- Fox de danari, fox-trot (Berruty)
- Tédy, mazurka, (Demartini)
- Parisis, valse (Vandersoupel)
- Polka rieuse, (Demartini)
- L'Océano, fox trot (Vandersoupel)

Avec des compositions d'Emile Vandersoupel, le jeune compositeur roubaisien qui participa au film "Sous les toits de Paris"


La fabrique Liévin Bailleul, à Roubaix, puis Lille

source : Médiathèque de Roubaix
La sœur de Marceau Simoëns, Laure Constance née à Roubaix en 1870, épouse Liévin Augustin Balliu, dit Bailleul, à Roubaix en 1891. Né à Roubaix en 1869, il est le fils de Pierre et Pélagie Janssens, nés en Belgique. En 1893 il est cabaretier, à l'Internationale, boulevard de Belfort à Roubaix. Au nom du Parti Ouvrier, il porte les revendications prolétariennes des ouvriers roubaisiens au député Emile Moreau. En 1892, militant collectiviste, il a été élu conseiller municipal et, pendant quelques années il est adjoint au maire de Roubaix, Henri Carette. En 1903 il crée une entreprise de fabrication de pianos automatiques à Roubaix, 46 rue des Fabricants. En 1909 il démissionne du conseil municipal pour se consacrer à son entreprise, qu'il déménage à Lille 239 rue du Faubourg de Roubaix. En 1921 il est domicilié 23 place Rihour à Lille. Il meurt à Roubaix le 1er août 1947.

Christian Declerck, 8 janvier 2021




Le Grand Echo du Nord
source : Gallica


Le Pompon, roi des pianos automatiques
Le Grand Echo du Nord 1921
source : Gallica


vendredi 14 juillet 2023

Le folk, instrument de la contre culture

Tout ce que l'on trouve sur ce blog tient son origine d'un mouvement national dont les débuts sont très bien racontés dans cette émission diffusée sur France Culture le 17 juin 2019.


photo : Dominique Lemaire


Le début des années 70 voit naître l’émergence d’un folk « à la française ». Avec leur message de retour à une expression populaire, simple, authentique, loin des artifices des médias de masse, des groupes de passionnés rebattent les cartes et propulsent les musiques de tradition orale dans le futur.
Avec eux, violons, vielles à roue, cornemuses reprennent du service, se remettent à sonner, s’électrifient, s’harmonisent et progressivement se frottent à la scène. Malgré les contradictions, les fondements d’une nouvelle utopie musicale sont posés.

Un documentaire de Péroline Barbet

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