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jeudi 4 décembre 2025

Chanter sur l'air de...

Merci à Maxou et Agnès de m'avoir transmis cette info : 

 

actes du colloque Usage et pratiques des timbres du Moyen Âge à nos jours

Sur tous les continents, à toutes les époques, d’innombrables poètes, experts ou amateurs, ont composé ou composent encore leurs vers en les chantant sur un air préexistant. Le mot timbre désigne ordinairement cet air connu ou supposé tel à partir duquel on écrit et l’on chante de nouvelles paroles, sur l’air de… Cette pratique, qui semble universelle, a engendré un foisonnement considérable de textes et de recueils, qui relèvent à la fois du corpus poétique (ce sont des vers) et du corpus musical (ils sont destinés au chant).
Attesté dès l’Antiquité tardive et utilisé au Moyen Âge dans le cadre de la centonisation, le principe est largement repris dans les siècles suivants où l’on parle de parodie, de contrafactum ou de vaudeville, ce dernier se constituant même en genre musical. La pratique est commune à toutes sortes de répertoires : des chants et cantiques populaires, des chansons spirituelles, des noëls, des messes. On la retrouve sur la scène des théâtres, dans les sociétés de caveaux, les goguettes, les cabarets de chansonniers. Elle inspire encore volontiers les chansons de soldats, les chants de manifestations, de résistances, les spots publicitaires, les banquets et autres cérémonies festives. Les motivations sont diverses : reprise d’un air à une époque où la question des droits d’auteur ne se posait pas, démarche didactique ou prosélyte sollicitant la mémoire collective, subversion parodique à visée politique, exploitation d’une chanson à succès dans une autre langue (l’exercice peut alors relever de la traduction, de la paraphrase poétique), etc. L’examen des diverses pratiques engage donc à réévaluer la pertinence d’oppositions courantes mais souvent discutables comme savant et populaire, écrit et oral, citadin et rural.
C’est un questionnement interdisciplinaire sur cet immense corpus qui inspire le présent ouvrage. Il apporte de nouveaux éclairages à la fois littéraires, historiques, musicologiques et anthropologiques sur ce procédé infiniment fécond, en remettant en question, le cas échéant, le caractère « mineur » des genres auxquels cette pratique a donné naissance, et sans jamais perdre de vue la dimension essentielle de performance. Sont envisagés notamment l’étude et la comparaison des sources (chansonniers édités ou manuscrits, recueils de la Bibliothèque bleue ou de colporteurs), la question des supports contemporains, les aspects sociaux (acteurs, lieux, interprètes, destinataires) et artistiques (écriture musicale, poétique), les relations avec les musiques de danse, les mécanismes intertextuels et intermusicaux, la place de ce type de productions poético-musicales dans la réflexion théorique littéraire, le sens qui se dégage de l’usage de timbres militants, prosélytes, confessionnels ou éducatifs, les réappropriations de timbres « anciens » dans leurs différents contextes, sacré ou profane, public ou privé, de rue ou spectaculaire.
Cet ouvrage, d’une envergure largement inédite, est le fruit de quatre journées de colloque tenues en 2021 et 2022 avec le concours des universités de Paris (Sorbonne Université, Paris Cité), Poitiers, Rouen, Reims et Tours. Il éclaire la diversité de ces corpus de manière interdisciplinaire, depuis les origines du phénomène à nos jours.
C'est ICI 
 
Retrouvez ce thème sur ce blog :

 

lundi 16 septembre 2024

Les Auvergnats du Nord, une « intelligente initiative » lilloise #2

Musique vivante et relais médiatiques

Les Auvergnats du Nord font aussi appel à des musiciens réputés de Paris qui contribuent à la publicité et au succès de leurs fêtes. François Guillaume est le premier à se produire avec son orchestre lors du banquet suivi d’un bal en mai 1929 (ci-contre : photo extraite du Grand Echo du Nord le 6 mai 1929, source Gallica). Ce « maître cabrettaire » d’origine cantalienne joue dans des amicales en Île de France, en particulier celle de Saint-Maur, ainsi qu’au sein de La Bourrée, société artistique affiliée à la Ligue auvergnate qui regroupe des danseurs et des chœurs en costumes.
Guillaume est rejoint à la fête lilloise du mois de novembre par Martin Cayla, « surnommé à juste titre le ‘roi de la cabrette’ » selon la presse locale, et le vielleux Sertin (L’Auvergnat de Paris du 9 novembre 1929) qui remplace Léon Guéniffet précédemment annoncé dans Le Grand Écho du Nord de la France (n° du 8 octobre).
 
 
GEdNF 4/11/1929, source Gallica

Guéniffet et Cayla sont au même titre que Guillaume des musiciens officiels de La Bourrée. Tous trois enregistrent des disques de musique instrumentale édités par ce label quelques mois plus tard, notamment La Bourrée de la Corrèze.
À la fin de l’année 1930, ce sont Henri Momboisse, « artiste incomparable de l’accordéon », et Marcel Bernard « qui joue de la cabrette avec art » qui prêtent leur concours à l’association du Nord, devenue la société amicale des originaires du Massif central (revue Minerva du 23 novembre 1930). On peut par exemple écouter le jeu de Momboisse dans la valse Lo Grondo, enregistrée sur disque Perfectaphone en 1929, en suivant le lien : ICI
 
 
Henri Momboisse

Cayla / Gueniffet / Bernard

Une formation plus complète réunit en 1933 Martin Cayla, sans doute à la cabrette, le vielleux Guéniffet, l’accordéoniste Géo Garrigoux et le jazz Brasseur. Ce dernier anime le banquet de la Ligue à Paris un mois plus tard en compagnie de ses camarades (L’Auvergnat de Paris du 25 novembre 1933). Garrigoux joue par ailleurs dans la capitale et en tournées avec Fredo Gardoni, l’une des stars du musette.
Exception notable à ce recrutement très parisien, le cabrettaire Émile Fruquière : domicilié à Ayrens dans le Cantal, « Milou » est un ancien camarade d’école de Jean Cibié que celui-ci fait venir spécialement au banquet de 1935 (Le Grand Écho du Nord de la France du 28 octobre 1935), mais aussi dans l’après-guerre.
     
La Presse 24/11/1951, source Gallica

Dans le même temps, l’animation musicale est partagée avec des amicalistes amateurs, encouragés à chanter de « vieilles chansons du terroir » et à danser les « traditionnelles bourrées » (L’Auvergnat de Paris du 27 avril 1929), danse qui ouvre le bal inaugural de l’amicale. Tandis que M. Garde chante en « langue du pays » au premier banquet, une chorale locale de jeunes gens dirigés par Mme Roux voit bientôt le jour. À l’instar des chœurs de La Bourrée, cette formation interprète des chants traditionnels tels que le Regret de Lisou et Lo Grondo en novembre 1929, ainsi que des compositions dont L’Hymne ou Chant en l’honneur de Louis Bonnet, chanté pour l’inauguration de la rue Louis Bonnet en 1927 à Paris.
 
Certaines interprétations bénéficient en plus d’une retransmission par TSF. La station Radio PTT Nord de Lille prévoit en effet de diffuser le concert donné salle de l’Orphéon avant le bal de l’amicale le 19 octobre 1930, vers 17 heures. Le programme de la matinée publié dans Le Grand Écho du Nord alterne musique instrumentale, poèmes et chant choral. Pour la partie musicale, c’est une bourrée à 3 temps qui doit inaugurer la séquence, Ten te redde (Tiens-toi droit) jouée par Henri Momboisse en solo à l’accordéon, mélodie enregistrée par ailleurs sous la marque Le Soleil, édition Martin Cayla (disque à saphir n° 54). Une série d’airs auvergnats interprété par Marcel Bernard à la cabrette doit suivre, ainsi qu’un duo des deux musiciens sur l’air de La Yoyette, marche célèbre du répertoire traditionnel.
Quant à la chorale, elle est attendue dans l’interprétation de la valse Lous esclops (Les sabots) puis de La Chanson des sept pays, créée en 1928 sur des paroles de Camille Gandilhon Gens-d’Armes, chroniqueur littéraire à L’Auvergnat de Paris, et une musique de Joseph Canteloube, musicien et directeur artistique de La Bourrée (Recueil de La Bourrée, 4e édition, p.16-18). Chaque couplet célèbre tour à tour les attraits de la Basse et Haute-Auvergne, du Gévaudan, Limousin, Quercy, Rouergue et Velay, noms des « anciens pays » correspondant aux départements intégrés à l’amicale.
Quel meilleur moyen de conclure, pour ces Auvergnats du Nord, que d’exalter leur solidarité sans frontières à travers ce refrain :
« Des bords du Lot à la Limagne,
De Brive au Puy,
Nous sommes fils de la Montagne ;
Et loin des puys,
Nous sentant frères,
Nous écoutons la voix du sang
Et nous chantons d’un même accent
Nos vieilles terres. »
 

 

Les Auvergnats du Nord, une « intelligente initiative » lilloise #1

 Une nouvelle amicale sous parrainage parisien 
 
En février 1929, des originaires du Massif central habitant Lille se rassemblent pour jeter les bases d’une amicale, Les Auvergnats du Nord. Le bureau est élu lors d’une deuxième réunion qui a lieu le 3 mars au Café de L’Écho du Nord, Grand Place (L’Auvergnat de Paris du 9 mars 1929).
 
Le Café du Pélican
 
Quels en sont les instigateurs ? À la tête de la société figurent des notabilités en majorité dans l’industrie et le négoce. La présidence est d’abord assurée par Alphonse Roux, industriel d’Haubourdin dont les ascendants sont Puydômois (près de Saint-Germain-Lembron) et spécialisé au début des années 1920 dans l’outillage pour la fabrication de parapluies. Le trésorier Jean Cibié, originaire d’Ytrac dans le Cantal, lui succède assez rapidement dans cette fonction au début des années trente et dirige l’amicale jusque dans l’après-guerre. Négociant en métaux à Lille, il fait prospérer ses affaires et crée en 1938 la chambre syndicale de démolition d’automobiles de France.
A gauche, portrait de Jean Cibié, président de l'amicale du Nord intégré aux "groupements parisiens" à la Une de L'Auvergnat de Paris du 10 juin 1933 (source Retro News)
 
Né à Drugeac, le secrétaire Pierre Bergeaud a également des attaches avec le Cantal aux alentours de Mauriac, tout comme le vice-président Auguste Fraignac, négociant de Roubaix issu d’une famille de chaudronniers du côté de Pleaux. La femme de ce dernier, née en Belgique, provient du même secteur près d’Ally. Ce tropisme géographique évoque l’émigration de nombreux ouvriers du métal au XIXe siècle depuis le pays de Salers vers le Nord de l’Europe, décrite en particulier par Marc Prival pour le cas des Pays-Bas  (Auvergnats et Limousins en migrance, éditions de la Montmarie, 2005, p. 226-237).
Fraignac a une prédilection pour le sport automobile dans lequel il s’est illustré en réalisant la première ascension du Puy-de-Dôme en 1905, aux commandes d’un véhicule de son invention. À cette époque il fait déjà partie d’une Ligue des Auvergnats du Nord, créée à Roubaix. Voir l’article ICI. Par sa désignation, ce premier groupement local s’inscrit dans la lignée de la Ligue auvergnate fondée à Paris en 1886 par Louis Bonnet, directeur de L’Auvergnat de Paris. 
 
À la fin des années 1920, le parrainage parisien est de nouveau convoqué pour placer Les Auvergnats du Nord sous de bons auspices, à la fois sur le plan médiatique, politique et musical. Plus de 40 ans après les débuts de la Ligue, c’est Louis Farges, ancien député radical du Cantal et ministre plénipotentiaire, qui a été choisi pour présider le banquet inaugural du 5 mai 1929 dans les salons de l’Hôtel Maury, rue du Court-Debout (L’Auvergnat de Paris du 27 avril 1929). Il représente un modèle de militantisme, lui qui a œuvré à Paris aux côtés de la génération pionnière pour l’émergence d’instances régionalistes et continue à plus de 70 ans à promouvoir son Cantal natal.  Cet héritage symbolique s’incarne également dans la personne de Louis Bonnet fils qui a repris la direction de la Ligue et du journal de son père en 1913, après la mort de celui-ci. Il est solennellement reçu à Lille le 3 novembre pour présider le deuxième banquet de la société. Plus de 200 convives y participent, parmi lesquels figurent en outre le conseiller municipal Brodel et des représentants d’autres groupes régionaux locaux.
 
plan de Lille 1930, source : Gallica
 
Les invités d’honneur sont aussi à chercher parmi les hommes politiques du moment. En 1930, le ministre du Travail Pierre Laval se joint à la fête annuelle organisée salle de l’Orphéon et présidée par l’avocat à la Cour de Paris Joseph Python, soutien de La Musette de Dunkerque avant la Grande guerre (voir le lien déjà cité). Cinq ans plus tard, c’est au tour de Paul Bastid, président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, député du Cantal et futur ministre du commerce du Front populaire, de se joindre aux réjouissances.
 

mardi 8 mars 2022

Bouscatel à Dunkerque

mise à jour le 5/3/2022 : ajout d'un article, une photo et un lien
mise à jour 16/9/2021 : ajout d'un lien vers la collection d'Eric Montbel
mise à jour 11 septembre 2019 : ajout d'une référence La Musette
mise en ligne : 2 mars 2016
 
source : Du bouge au conservatoire

Le musicien populaire est en visite chez les bourgeois dunkerquois comme en témoigne ces trois extraits de presse.

Le Nord Maritime
2 juillet 1912 : « Le banquet de la Musette – Il y a un an, les originaires du Massif Central, inauguraient par un magnifique banquet la fondation de leur société La Musette. Depuis le groupement a prospéré et le deuxième dîner de la Musette qui a eu lieu hier soir, dans les salons du casino, réunissait de nombreux invités. Autour de M. Bonhoure, sous préfet, qui avait accepté de présider cette fête […] Etienne Monnet*, président ; Boutaric, vice-président ; Bussière, secrétaire et Jallat, trésorier de la Musette […]. On entendit ensuite un virtuose jouer sur la musette des airs populaires d’Auvergne, l’orchestre du Casino exécuta la Ronde de la Musette de M. Burgairolles**, Mlle Jane Colombel la délicieuse divette détailla quelques chansons de son joli répertoire et M. Vaquier acheva de provoquer l’hilarité de l’assistance. Des invités ont encore chanté et dansé la Bourrée. Bref ce fut parfait »

collection personnelle


Compte-rendu plus précis "au pays" :
La Semaine Auvergnate (Archives du Cantal)
11 juillet 1912 : « […] c’est cette progression rapide [des membres] qui était fêtée dans un second banquet qui eut lieu au Casino de Malo les Bains, sous la présidence de M. Bonhoure, sous préfet, ancien secrétaire général du département du Puy de Dôme. Au côté de M. Bonhoure et de M. Etienne Monnet, l’aimable président de la Société, nous avons remarqué M. Terquem, maire de Dunkerque, les représentants de la Musette de Paris, Amédée Bussière, le sympathique secrétaire particulier du sous préfet de Dunkerque […]. Un virtuose, M. Bouscatel, joua sur une musette, durant le repas, des airs populaires d’Auvergne. […] M. Espinasse chanta en patois ; M. Tête se fit applaudir dans plusieurs chansonnette ; Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette, charma l’assistance, et M. Vaquier, le désopilant comique du Casino, provoqua son hilarité. Cette belle fête ne se termina que très tard dans la nuit, sur des airs de bourrées dansées élégamment par nos compatriotes. »

Merci à Olivier Durif de m'avoir communiqué ce document

Merci également à Agnès Unterberger pour deux articles complémentaires parus les 27 mars et le 3 juillet 1913 dans le même journal.
"Dans les salons du Café Franco-Russe [qui devint la Taverne Charles], la Musette de Dunkerque avait convié ses membres honoraires et actifs à une Poule d'Honneur offerte par son président M. Jalenques" sans mention de chants ni de cabrette en mars, mais on cite la présence de M. Eugène Lintilhac, sénateur du Cantal, en juillet "Point n'est besoin de dire avec quel charme vigoureux M. Lintilhac a glorifié sa chère Auvergne et avec quelle délicatesse il a remercié les amis dunkerquois de ses concitoyens. […] Et la fête s'est terminée par des chants. M. Lintyilhac a tenu le rôle de barde arverne et d'une voix vibrante a traduit magnifiquement le chant du pâtre qui enchante les solitudes du Massif […]"

Agnès me précise : "On peut écouter la "voix vibrante" d'Eugène Lintilhac sur un disque des Archives de la Parole (I.84), consultable en ligne sur Gallica-BnF. Cet enregistrement en "patois d'Auvergne" avait été réalisé un an plus tôt à Paris à la Sorbonne, le 2 juillet 1912, dans le cadre du projet du linguiste Ferdinand Brunot."


au pied du beffroi
la Taverne Franco-Russe


La Musette, revue artistique et littéraire des originaires du Massif central
Juillet-août-septembre 1912
[…] Le banquet est terminé, mais qu'entends-je ? Quelle émotion étreint tous les cœurs ! Des yeux se mouillent. Ces yeux étincellent. Quelle douce musique se fait entendre qui rappelle les libres espaces, les grandioses paysages des volcans morts et des sapins funèbres ! Au pays des carillons, c'est la musette, la douce musette de nos bergers qui vient demander droit de cité. Alors, c'est du délire, tout est oublié, le sérieux des situations, la gravité des fonctions et tout le monde danse la bourrée et l'auvergnate, martelées par le grand musettiste qu'est M. Bouscatel. N'a-t-on point même chanté en patois ? 
Enfin, Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette et M. Vaquier, le comique impayable du Casino, viennent clore cette fête qui fut en tous points cordiale et magnifique. Un Vieux Clermontois.


* Etienne Jean MONNET (1880-1926) et Léon Etienne MONNET (1886-1961), directeurs du Casino de Malo les Bains, sont nés à Clermont-Ferrant

** Georges BURGAIROLLES  (1856-1939)
Fils de Guillaume Auguste, officier d’administration, et petit-fils d’un contrebassiste apparenté à la famille de musiciens et chefs d’orchestre parisiens ARTUS. Il est chef d’orchestre au théâtre des Bouffes du Nord (1888) et aux Folies Parisiennes (1893) à Paris. De 1896 à 1913 il dirige l’orchestre du Théâtre-Concert des Variétés à Lille et, durant la saison balnéaire, l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains, dont il est aussi le directeur artistique. Très apprécié  à Dunkerque comme le précise la revue Paris Musical et Dramatique de 1906 : « Parmi les Casinos qui promettent d'offrir le plus d'attraction cette année, citons celui de Malo-les-Bains. Du reste, le nom de M. Burgairolles est à lui seul une garantie du succès, M. Burgairolles n'est pas, en effet, seulement un chef d'orchestre remarquable, mais il a au suprême degré ce que l'on peut appeler l'intelligence artistique et sait donner aux programmes un attrait vraiment surprenant, et plus que jamais les baigneurs de Malo-les-Bains trouveront cette année les distractions les plus variées. » Pendant son séjour il compose Jean-Bart (1906), marche et en 1912 La Ronde de la Musette, marche dédiée à l’association éponyme regroupant les Auvergnats de Dunkerque. Après la guerre, en 1920, il reprend la direction de l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains : « Le Kursaal n'étant plus utilisable, on songe à le reconstruire pour l'année prochaine. Le Casino, très fortement endommagé, a néanmoins ouvert ses portes. La superbe salle de spectacles, de même que les salons de jeux, sont très fréquentés. On applaudit en ce moment les vedettes parisiennes de nos meilleurs music-halls, qui sont renouvelées chaque vendredi. La direction a traité avec les tournées théâtrales les plus en vogue, à raison de deux par semaine. Un orchestre comprenant, entre autres musiciens, les solistes des Concerts Pasdeloup et de Monte-Carlo, sous la direction de M. Burgairolles, directeur artistique, donne des auditions très goûtées. ». C.D.

[extrait du Dictionnaire Biographique Dunkerquois, SDHA, 2015]


une page consacrée au roi de la cabrette

trois enregistrements de "musique ethnique" comme ils disent à la BNF

une émission sur France culture

Clément Bonhoure, sous-préfet, né à Limoges













jeudi 12 septembre 2019

On recherche un cabrettaire, en 1911, à Roubaix


Entre le 30 avril et le 6 novembre 1911 se tient à Roubaix l’exposition internationale du Nord de la France, que le président de la République Armand Fallières viendra visiter au début du mois de juillet. L’industrie, l’économie et les colonies sont à l’honneur des différents palais et pavillons, mais de nombreuses attractions et divertissements sont également proposés aux visiteurs (la médiathèque de Roubaix a mis en ligne une présentation complète du site de l’exposition).
À cette occasion, une petite annonce est passée dans L'Auvergnat de Paris, le journal de Louis Bonnet, fondateur de la Ligue auvergnate: "À l'Exposition de Roubaix, nos compatriotes MM. Delous et Poulzague, ont installé un village d'Auvergne, que visitent avec intérêt nos nombreux compatriotes du Nord. Une scène représente l'assassinat de Fualdès. MM. Delous et Poulzague désireraient engager un cabrettaire pour cinq mois. Leur écrire pour les conditions " (numéro du 27 mai). Il est difficile de situer ce village, non répertorié sur le plan officiel de l’exposition, contrairement au village flamand par exemple. En tout cas l’engagement d’un joueur de cabrette est prévu pour toute la durée de l’exposition ou presque, et montre qu’il ne s’agit pas d’une attraction ponctuelle. L’allusion à l’affaire Fualdès - assassinat célèbre d’un ancien procureur impérial à Rodez en 1817 - laisse supposer qu’il pourrait s’agir d’organisateurs d’origine aveyronnaise.

L'arrivée d'Armand Fallières
à l'exposition de Roubaix

À Roubaix existait à cette époque une Ligue Auvergnate du Nord, imitée bientôt par des Auvergnats résidant à Dunkerque. 


le Casino dirigé par M. Monnet
Ce même été 1911, au Grand Hôtel du Casino de Malo-les-Bains, ces derniers fondent une nouvelle société, La Musette de Dunkerque, placée sous les auspices d’Auvergnats de Paris et d’invités officiels locaux pour son banquet inaugural : "Les Auvergnats habitant Dunkerque, voulant imiter leurs compatriotes de Roubaix, qui ont déjà fondé la Ligue Auvergnate du Nord, ont créé une nouvelle Société, la Musette, et pour fêter sa naissance, la Musette de Dunkerque avait, dimanche, appelé à elle la Musette de Paris, qui était représentée par son président, M. Python, député du Puy-de-Dôme ; le poète Etienne Marcenac, M. Fournier, secrétaire général ; M. Giraudon, secrétaire-adjoint , M. Bataille, avocat à la Cour de Paris ; MM. Morel, Agénor Thénot, etc.
Le banquet était présidé par M. Bonhoure, sous-préfet de Dunkerque, ancien secrétaire général de la Préfecture du Puy-de-Dôme, ayant à ses côtés M. Etienne Monnet, président de la Société ; M. Terquem, maire de Dunkerque, l’intendant militaire, le receveur des Finances, M. Amédée Bussière, secrétaire du sous-préfet ; M. Jallat, négociant en vins ; MM. Espinasse, père et fils, M. Pallut, professeur, M. Boutaric, vétérinaire départemental, etc.
De nombreux toasts ont été prononcés, éloquents et enthousiastes ; Flamands et Auvergnats se sont salués et congratulés. Et la fête fut, en tous points, charmante.

salle de restaurant du Casino
Figaro-mode
On oublia pourtant de rappeler que la ville de Dunkerque avait été représentée à la Chambre des députés par un Auvergnat d’adoption et l’un des fidèles de la Ligue Auvergnate et de la Soupe aux Choux, le général Yung, qui s’était marié avec l’une des plus importantes propriétaires de l’arrondissement d’Issoire. Mais la Musette a pour excuse d’être composée de jeunes qui ne peuvent se rappeler les choses qu’ils n’ont pas connues, puisqu’elles sont déjà vieilles de quinze à vingt ans. Nous souhaitons longue vie à la Musette de Dunkerque. »
(L’Auvergnat de Paris du 22 juillet 1911)


septembre 2019

Complément d'info : la visite de Bouscatel à Dunkerque l'année suivante



lundi 13 mai 2019

Une famille de luthiers originaire d'Arras, les Pezé

Par Agnès Unterberger

© Musée de la Musique - Claude Germain


La production d'instruments à vent fabriqué par les Pezé, originaires du Pas-de-Calais, s'étend de la fin du XVIIIe siècle aux années 1850 environ. Indissociable du 6e arrondissement de Paris, elle s'inscrit dans une histoire musicale et artisanale ancienne. Entre l'Ancien Régime corporatiste et la libéralisation de l'artisanat, les changements de modes et les évolutions commerciales, la maison Pezé connaît plusieurs transformations successives durant cette période. Sans se limiter à la mention de cabrettes signées Pezé, cet article vise à donner une vue d'ensemble de la facture de cet atelier, en lien avec leurs fournisseurs, sous-traitants, confrères ou clients potentiels, et parmi eux d'hypothétiques Auvergnats ?

L'article est publié dans le Larigot, revue de l'Association des Collectionneurs d'Instruments de Musique à Vents
--> offre « adhésion découverte 1er semestre 2019 » incluant l'envoi du bulletin Larigot n°63.


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François Alexandre Pezé, facteur de clarinettes à Paris au début du XIXe sur le blog Clariboles et Cie