vendredi 20 septembre 2019

Marius LATEUR (1884-1961), folkloriste

Marius Lateur est né à Denain le 12 février 1884, dans une famille d'ouvriers mineurs. On le retrouve en 1887 à la fosse n°8 de Liévin, lieu de naissance de sa sœur Léocadie (1887-1966), ensuite la famille déménage à Avion où il demeure au moment de sa conscription en 1904. Pendant la guerre il est détaché à Monceau les Mines (Loire). En 1918, lors de son second mariage, il est employé, domicilié à Marles les Mines, ensuite il s'installe à Auchel, rue de Lozinghem, puis vers 1948 rue Raoul Briquet. Il meurt à Anzin en 1961.

d'autres infos ICI


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Marius Lateur a publié plusieurs articles dans la Revue de Folklore Français :


La Sainte Barbe, dans les régions minières de l'Artois (1934)






Chants de conscrits et de jeunes mineurs de l'Artois (1935)





Jeux au pays minier de l'Artois, I (1937)





Jeux au pays minier de l'Artois, II (1938)



Vieilles coutumes au village d'Outtersteene
et de ses environs dans les Flandres Françaises (1940)







en complément, une étude d'Alfred Demont publiée dans la même revue

La Sainte Catherine et la Saint Nicolas en Artois (1932)



jeudi 12 septembre 2019

On recherche un cabrettaire, en 1911, à Roubaix


Entre le 30 avril et le 6 novembre 1911 se tient à Roubaix l’exposition internationale du Nord de la France, que le président de la République Armand Fallières viendra visiter au début du mois de juillet. L’industrie, l’économie et les colonies sont à l’honneur des différents palais et pavillons, mais de nombreuses attractions et divertissements sont également proposés aux visiteurs (la médiathèque de Roubaix a mis en ligne une présentation complète du site de l’exposition).
À cette occasion, une petite annonce est passée dans L'Auvergnat de Paris, le journal de Louis Bonnet, fondateur de la Ligue auvergnate: "À l'Exposition de Roubaix, nos compatriotes MM. Delous et Poulzague, ont installé un village d'Auvergne, que visitent avec intérêt nos nombreux compatriotes du Nord. Une scène représente l'assassinat de Fualdès. MM. Delous et Poulzague désireraient engager un cabrettaire pour cinq mois. Leur écrire pour les conditions " (numéro du 27 mai). Il est difficile de situer ce village, non répertorié sur le plan officiel de l’exposition, contrairement au village flamand par exemple. En tout cas l’engagement d’un joueur de cabrette est prévu pour toute la durée de l’exposition ou presque, et montre qu’il ne s’agit pas d’une attraction ponctuelle. L’allusion à l’affaire Fualdès - assassinat célèbre d’un ancien procureur impérial à Rodez en 1817 - laisse supposer qu’il pourrait s’agir d’organisateurs d’origine aveyronnaise.

L'arrivée d'Armand Fallières
à l'exposition de Roubaix

À Roubaix existait à cette époque une Ligue Auvergnate du Nord, imitée bientôt par des Auvergnats résidant à Dunkerque. 


le Casino dirigé par M. Monnet
Ce même été 1911, au Grand Hôtel du Casino de Malo-les-Bains, ces derniers fondent une nouvelle société, La Musette de Dunkerque, placée sous les auspices d’Auvergnats de Paris et d’invités officiels locaux pour son banquet inaugural : "Les Auvergnats habitant Dunkerque, voulant imiter leurs compatriotes de Roubaix, qui ont déjà fondé la Ligue Auvergnate du Nord, ont créé une nouvelle Société, la Musette, et pour fêter sa naissance, la Musette de Dunkerque avait, dimanche, appelé à elle la Musette de Paris, qui était représentée par son président, M. Python, député du Puy-de-Dôme ; le poète Etienne Marcenac, M. Fournier, secrétaire général ; M. Giraudon, secrétaire-adjoint , M. Bataille, avocat à la Cour de Paris ; MM. Morel, Agénor Thénot, etc.
Le banquet était présidé par M. Bonhoure, sous-préfet de Dunkerque, ancien secrétaire général de la Préfecture du Puy-de-Dôme, ayant à ses côtés M. Etienne Monnet, président de la Société ; M. Terquem, maire de Dunkerque, l’intendant militaire, le receveur des Finances, M. Amédée Bussière, secrétaire du sous-préfet ; M. Jallat, négociant en vins ; MM. Espinasse, père et fils, M. Pallut, professeur, M. Boutaric, vétérinaire départemental, etc.
De nombreux toasts ont été prononcés, éloquents et enthousiastes ; Flamands et Auvergnats se sont salués et congratulés. Et la fête fut, en tous points, charmante.

salle de restaurant du Casino
Figaro-mode
On oublia pourtant de rappeler que la ville de Dunkerque avait été représentée à la Chambre des députés par un Auvergnat d’adoption et l’un des fidèles de la Ligue Auvergnate et de la Soupe aux Choux, le général Yung, qui s’était marié avec l’une des plus importantes propriétaires de l’arrondissement d’Issoire. Mais la Musette a pour excuse d’être composée de jeunes qui ne peuvent se rappeler les choses qu’ils n’ont pas connues, puisqu’elles sont déjà vieilles de quinze à vingt ans. Nous souhaitons longue vie à la Musette de Dunkerque. »
(L’Auvergnat de Paris du 22 juillet 1911)


septembre 2019

Complément d'info : la visite de Bouscatel à Dunkerque l'année suivante



mercredi 11 septembre 2019

Bouscatel à Dunkerque

mise à jour 11 septembre 2019 : ajout d'une référence La Musette
mise en ligne : 2 mars 2016


Antoine Bouscatel vers 1910
collection André Ricros

Le musicien populaire en visite chez les bourgeois dunkerquois comme en témoigne ces trois extraits de presse.

Le Nord Maritime
2 juillet 1912 : « Le banquet de la Musette – Il y a un an, les originaires du Massif Central, inauguraient par un magnifique banquet la fondation de leur société La Musette. Depuis le groupement a prospéré et le deuxième dîner de la Musette qui a eu lieu hier soir, dans les salons du casino, réunissait de nombreux invités. Autour de M. Bonhoure, sous préfet, qui avait accepté de présider cette fête […] Etienne Monnet*, président ; Boutaric, vice-président ; Bussière, secrétaire et Jallat, trésorier de la Musette […]. On entendit ensuite un virtuose jouer sur la musette des airs populaires d’Auvergne, l’orchestre du Casino exécuta la Ronde de la Musette de M. Burgairolles**, Mlle Jane Colombel la délicieuse divette détailla quelques chansons de son joli répertoire et M. Vaquier acheva de provoquer l’hilarité de l’assistance. Des invités ont encore chanté et dansé la Bourrée. Bref ce fut parfait »

collection personnelle


Compte-rendu plus précis "au pays" :
La Semaine Auvergnate
11 juillet 1912 : « […] c’est cette progression rapide [des membres] qui était fêtée dans un second banquet qui eut lieu au Casino de Malo les Bains, sous la présidence de M. Bonhoure, sous préfet, ancien secrétaire général du département du Puy de Dôme. Au côté de M. Bonhoure et de M. Etienne Monnet, l’aimable président de la Société, nous avons remarqué M. Terquem, maire de Dunkerque, les représentants de la Musette de Paris, Amédée Bussière, le sympathique secrétaire particulier du sous préfet de Dunkerque […]. Un virtuose, M. Bouscatel, joua sur une musette, durant le repas, des airs populaires d’Auvergne. […] M. Espinasse chanta en patois ; M. Tête se fit applaudir dans plusieurs chansonnette ; Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette, charma l’assistance, et M. Vaquier, le désopilant comique du Casino, provoqua son hilarité. Cette belle fête ne se termina que très tard dans la nuit, sur des airs de bourrées dansées élégamment par nos compatriotes. »

Merci à Olivier Durif de m'avoir communiqué ce document


La Musette, revue artistique et littéraire des originaires du Massif central
Juillet-août-septembre 1912
[…] Le banquet est terminé, mais qu'entends-je ? Quelle émotion étreint tous les cœurs ! Des yeux se mouillent. Ces yeux étincellent. Quelle douce musique se fait entendre qui rappelle les libres espaces, les grandioses paysages des volcans morts et des sapins funèbres ! Au pays des carillons, c'est la musette, la douce musette de nos bergers qui vient demander droit de cité. Alors, c'est du délire, tout est oublié, le sérieux des situations, la gravité des fonctions et tout le monde danse la bourrée et l'auvergnate, martelées par le grand musettiste qu'est M. Bouscatel. N'a-t-on point même chanté en patois ? 
Enfin, Mlle Jane Colombel, la délicieuse divette et M. Vaquier.le comique impayable du Casino, viennent clore cette fête qui fut en tous points cordiale et magnifique. Un Vieux Clermontois.


* Etienne Jean MONNET (1880-1926) et Léon Etienne MONNET (1886-1961), directeurs du Casino de Malo les Bains, sont nés à Clermont-Ferrant

** Georges BURGAIROLLES  (1856-1939)
Fils de Guillaume Auguste, officier d’administration, et petit-fils d’un contrebassiste apparenté à la famille de musiciens et chefs d’orchestre parisiens ARTUS. Il est chef d’orchestre au théâtre des Bouffes du Nord (1888) et aux Folies Parisiennes (1893) à Paris. De 1896 à 1913 il dirige l’orchestre du Théâtre-Concert des Variétés à Lille et, durant la saison balnéaire, l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains, dont il est aussi le directeur artistique. Très apprécié  à Dunkerque comme le précise la revue Paris Musical et Dramatique de 1906 : « Parmi les Casinos qui promettent d'offrir le plus d'attraction cette année, citons celui de Malo-les-Bains. Du reste, le nom de M. Burgairolles est à lui seul une garantie du succès, M. Burgairolles n'est pas, en effet, seulement un chef d'orchestre remarquable, mais il a au suprême degré ce que l'on peut appeler l'intelligence artistique et sait donner aux programmes un attrait vraiment surprenant, et plus que jamais les baigneurs de Malo-les-Bains trouveront cette année les distractions les plus variées. » Pendant son séjour il compose Jean-Bart (1906), marche et en 1912 La Ronde de la Musette, marche dédiée à l’association éponyme regroupant les Auvergnats de Dunkerque. Après la guerre, en 1920, il reprend la direction de l’orchestre du Casino de Malo-les-Bains : « Le Kursaal n'étant plus utilisable, on songe à le reconstruire pour l'année prochaine. Le Casino, très fortement endommagé, a néanmoins ouvert ses portes. La superbe salle de spectacles, de même que les salons de jeux, sont très fréquentés. On applaudit en ce moment les vedettes parisiennes de nos meilleurs music-halls, qui sont renouvelées chaque vendredi. La direction a traité avec les tournées théâtrales les plus en vogue, à raison de deux par semaine. Un orchestre comprenant, entre autres musiciens, les solistes des Concerts Pasdeloup et de Monte-Carlo, sous la direction de M. Burgairolles, directeur artistique, donne des auditions très goûtées. ». C.D.

[extrait du Dictionnaire Biographique Dunkerquois, SDHA, 2015]


une page consacrée au roi de la cabrette

trois enregistrements de "musique ethnique" comme ils disent à la BNF

une émission sur France culture

Clément Bonhoure, sous-préfet, né à Limoges

jeudi 5 septembre 2019

La marche des mille, par François Gasnault

Une publication en ligne qui retrace les précédents, la genèse et les conséquences de cet événement folk/trad de 1989.
De nombreux musiciens de la région 59/62 y ont participé.

Sommaire
- Une image animée mais muette
- Racines…
- Revues des troupes avant le défilé
- "folk" ou "trad" ; une communauté de sons
- Les commémorations du Bicentenaire de la Révolution française
- Genèse
- Une polémique, des répétitions : faire ou ne pas faire communauté
- La "gouderie" : défilé-parade, opéra-ballet
- … ou marche pour le roi de Prusse ?
- Répliquer, amplifier : une foucade ministérielle
- Tropismes événementiel contre visée institutionnelle
- "Musiques arrachées des montagne" : un projet fédérateur ?
- Un "grand événement" dans la tourmente des lutes d'appareil
- La cause de la professionnalisation
- Plus vraiment populaires, jamais légitimes…



la revue est disponible ICI

La marche des mille aussi sur France Culture (avec la participation de Patrice Heuguebart)


la Marche des Mille



interview de Jean Paul Goude par Eric Montbel
Trad Magazine n°2, janvier/février 1989
ICI


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un clin d'œil régional :

parmi les évènements précurseurs,
cette garden-party dans le jardin du palais de l'Elysée
où l'ont reconnait des membres du groupe Haeghedoorn





vendredi 30 août 2019

ROGER de Lens, accordéoniste

Au temps des précurseurs de l'accordéon populaire


Arthur Roget, dit ROGER de Lens
source : Du bouge au conservatoire

Il a fière allure Arthur, avec son Solari ! Louis Péguri et Jean Mag, qui ont publié cette photo dans leur livre Du bouge au Conservatoire, paru en 1905, affirment qu'il a été le professeur d'Alexandre Verschueren, père de Marceau plus connu sous le pseudonyme de V. Marceau.
Charles Verstraete est le premier a avoir donner la véritable identité de cet accordéoniste lensois, dans son ouvrage autobiographique et historique : De l'accordéon au trombone, 60 ans de musique et de souvenirs, paru en 2000 à compte d'auteur. Arthur Jean-Baptiste Roget est né à Lille en 1875, fils d'Arthur Joseph, chauffeur au chemin de fer, né à Haveluy en 1844 et Fidéline Leroy, née à Thiant en 1854. Lors de leur mariage, le père est domicilié à Lille rue du Long Pot depuis trois ans. Fidéline est sa troisième épouse, elle est tailleuse. Ils ont trois enfants : Fidéline, née à Lille en 1873, Arthur Jean-Baptiste et Jules Fortuné, né en 1880, qui deviendra professeur de musique, malgré la perte d'une phalange du pouce droit qui lui vaut d'être dispensé de service militaire.

La photo d'Arthur est censée avoir été prise en 1892, il aurait alors 17 ans, ce qui me semble peu crédible, Arthur paraît nettement plus âgé. En 1895 Arthur est exempté de conscription pour cause de bronchite chronique, il est alors domicilié rue Basse à Lens et exerce la profession de mineur. Il est représentant de commerce quand il se marie en 1900 à Lens avec Irma Boudon (1875-1952). Son père est parti sans laisser d'adresse et sa mère est cabaretière dans la même ville, peut-être place du Cantin comme le mentionne les auteurs Péguri et Mag ? Charles Verstraete nous dit que c'est vers 1900 qu'Alexandre, apprend l'accordéon avec Arthur, ce qui est plus vraisemblable.
En 1897, domicilié à Lens, rue de Lille, il est représentant de commerce. En 1899, à Lens, 12 rue de la Bataille, il se déclare musicien ambulant. En 1903 et au recensement de 1911, on le retrouve cabaretier/cafetier, 58 rue de Lille à Lens.
En 1912, Arthur Roget participe au concours de solistes organisé à Lille par la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas-de-Calais. Il obtient le 1er prix d'exécution, et le 2e prix de lecture, de la 1ère catégorie des accordéons français, son fils Elie est également récompensé avec un 2e prix dans la 3e catégorie, il vient d'avoir 17 ans.
Pendant la guerre il est réfugié à La Buissière, il retoune à Lens vers 1920, toujours rue de Lille. Il y meurt le 10 mai 1933.
Le couple a eu 5 enfants : Elie Arthur (1895-1924) accordéoniste et ouvrier de la mine ; Marceau (1897-1968) accordéoniste réputé, professeur de musique, chef de la Symphonie Ouvrière des accordéonistes d'Hénin Liétard et fondateur de la Symphonie Courcelloise d'accordéons. Il était le dépositaire des accordéons Roberti fabriqué à Lens ; Fortunée née en 1899 ; Arthur Joseph né en 1903 et Jean, mentionné par les auteurs du livre Du bouge au Conservatoire, mais dont je n'ai pas trouvé trace.

Christian Declerck


Marceau ROGET et son fils René, vers 1930
collection personnelle


dimanche 28 juillet 2019

Marionnettes populaires

Mise à jour du 28/7/2019 : ajout d'un lien vers un recueil factice sur Gallica
Mise à jour du 22/12/2017 : photos
Mise à jour du 8/12/17 : lien vers la vidéo de France3 Lille et la page de la Voix du Nord



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Divertissement des ouvriers, les marionnettes à tringle sont les symboles d’une authentique culture populaire, celle de l’histoire industrielle de Lille et de Roubaix, lorsque les gens de peu s’en allaient « al’ comédie » puiser un peu de rêve et de gaieté. Vous découvrirez plus de soixante-dix comédiens de bois et leurs castelets et irez à la rencontre du fabuleux savoir-faire de ces montreurs de marionnettes.



toutes les infos ICI

L'exposition produite par le musée de l'Hospice Comtesse devait s'appeler Al'comédie,




mais le titre en français Héros de fil et de bois a été préféré.



L'expo qui rassemble, pour la première fois, des collections privées et publiques, a été réalisée avec le concours du Théâtre Louis Richard.
Un catalogue a été édité.


Alain Guillemin, co-commissaire de l'exposition

Christelle Massin, France3 Hauts de France

le catalogue de l'exposition, 152 pages





photos personnelles


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Emile Raes (1882-1956), chansonnier, fondateur et président du Caveau Lillois, s'est souvenu des marionnettes de son enfance.


 
extrait du Recueil des Chansons et Pasquilles du Caveau Lillois, 1926
collection personnelle

Se chante sur l'air de L'habit d'min vieux grand père, de Desrousseaux



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Sur Gallica un recueil de coupures de presse et de programmes concernant l'histoire des marionnettes en France ; sont cités : Gaston Baty, Jacques Chesnais, Lemercier de Neuville, Gaston Cony, Robert Desarthis, Geza Blattner, etc…


source : Gallica


jeudi 11 juillet 2019

Cordéoneu

mise à jour du 11 juillet 2019 : ajout d'un lien d'une émission de radio Uylenspiegel

L'Accordéoneu

collection personnelle

Cette chanson fut créée et enregistrée en 1955 par le chanteur Bob Deschamps d'après une chanson plus ancienne dont les paroles et la musique avaient été recueillies par André Pletinckx, sur un arrangement musical de G. Rieding et éditée à Charleroi aux 100 000 chansons. C’est un mélange de flamand, de picard et de français, qui était utilisé aussi dans les chansons de Mi-Carême imprimées et vendues à Roubaix et Tourcoing à la fin du XIXe siècle. Voir l’excellente étude d’Elien Declercq sur l’histoire des migrants belges en France, revisitée à travers la chanson populaire (1870-1914). 

Plusieurs versions ont été enregistrées ensuite, d’abord par Andrex, puis par Raoul de Godewarsvelde et Edmond Tanière, mais la plus truculente est celle de Bob Deschamps  

Je pense que cette chanson a la même origine roubaisienne que les chansons étudiées par Elien Declercq. On a continué de la chanter parce qu’elle est intemporelle. La musique (et peut-être la chanson) était déjà utilisée pendant le carnaval de Dunkerque, voir sur cette page le « collectage » fait par Henri Girard avant 1900, pour composer son quadrille dunkerquois.




On m'a donné récemment une autre référence de son usage dans la région lilloise au début du XXe siècle, une feuille volante d'une chanson de carnaval publiée en 1905 : L'Utilité du Balai, chanson nouvelle, en patois de Marcq en Barœul, chantée par les Amis Réunis de l'Estaminet tenu par Henri Watelle, fabricant de Balais, sur l'air du Codionneux. Cette chanson est conservée à la Bibliothèque de Lille, cote 44186/1905/19.

Christian Declerck


Voici les paroles originales :





I
Ze l'suis venir de Popimplûhûte
Pac' que z'étint toudis dir' à l'maizon
Qu'à Roubignou Minhir Flahute
Aim'à danser au son du Cordézon
Quans qu'i c'est mi c'est in bon muzicienne
Z'ai cru fair' mon z'av'nir avec en Roubizienne
Ze suis venir in Dimanz’ à dinner
Avec mon Cordézon pour zouer dinstous les Cab'rets

A Roubignou
Amuse vous
Brok ni quir et Trek en kir
Quant tu voulez prend’ du plaisir
N'betche zweek en ascouter
Quant tu voulez tertou's danser
Cordéoneu Mi c'est toudis Zwéyeux  )
Soir et matin ze fais danser les zins    )--bis

II
Ascoute bien un'fois mam'zelle
Quant tu vouley' çoisir un' amoureu
Tu l'fras zamais un choix plus belle
Quant tu prendeye un bel cordéoneu
Dins mon maison quand les éfants c'est braire
C'est print'ma cordézon et rad'min eu se taire
Dans mon semain'ze vas zamais travié
Z gangn'bien mon quinzain’ à zouer dans les cab'rets

A Roubignou...

III
Ze connais tout' les z'airs de France
Tu pou d'mander à mi s'que tu vouler
Quand ze l'étent'un nouvis danse
Faut né lontimps ou tout s' suite l'apperdez
In z'air walon' ou ben in z'air flaminte
Ze l'a d'ja dés méday's patavna tout m'vint'
A Roubignou c'est y co mi l'meyeur
C'est la sti décoré pou li rwé des cordéoneu

A Roubignou...




la partition


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Antoine Quaghebeur a récemment diffusé cette émission
sur le même thème de chansons franco/flamande, avec des collectages inédits 


mercredi 10 juillet 2019

Les cris de la rue à Lille à la fin du XIXe siècle

Après Le Garçon de Banque, roman lillois paru en feuilleton en 1891 dans Le Réveil du Nord et Papa Vienne édité en 1894, Alphonse Capon écrit un troisième roman de mœurs lilloises, Marie-Claire. En 1901, avec son ami et confrère le compositeur Emile Ratez, directeur du Conservatoire de Lille, il en tire un drame en 4 actes et 6 tableaux qui est représenté au Grand Théâtre de Lille. Le critique du Grand Echo du Nord, n'a pas apprécié et le fait savoir dans son compte rendu paru le 2 janvier 1902, mais dans sa critique on peut relever quelques louanges et informations sur le contenu de cette pièce qui a "une forte saveur lilloise", mais est "gâtée par l'inhabileté de certains interprètes à parler le patois local". On apprend également que "sur Marie-Claire, M. Ratez a écrit une partition de musique de scène intéressante. Il a fort habilement orchestré les vieux refrains lillois et les cris de la rue."
Que reste-t-il de cette musique ? probablement rien, comme pour la grande majorité de ces compositions de circonstance, surtout quand elles n'ont pas connu le succès.
Quelques années plus tard, Alphonse Capon publie plusieurs cris des rues, probablement ceux qu'il avait relevé/collecté à l'époque de la préparation de Marie-Claire, pour être intégré dans sa pièce. On découvre dans les pages du Grand Echo du Nord de 1912, les cris du marchand de mouron, du marchand de cirage, du marchand de quatre saisons, du rémouleur, du marchand de cartons et en août 1913 celui du marchand de glace.

Christian Declerck





source : Gallica



Alphonse Capon, né à Lille en 1855, poète, romancier, chroniqueur et folkloriste, est aussi musicien, 1er prix de chant du Conservatoire de Lille en 1878, il y est professeur de chant de 1898 à sa mort en 1930.
Nécrologie par Pierre Manaut, parue dans le Grand Echo du Nord
le 10/10/1930











Collection personnelle


samedi 1 juin 2019

Un cornemuseux dunkerquois ?

Ce tableau signé Alexandre-Louis Desmit (1812-1885), a été vendu aux enchères en 2006. On ne connaîtra sans doute jamais le nom de ce joueur de cornemuse, ni même s'il a existé. Mais si le cornemuseux n'est probablement pas dunkerquois, le peintre l'est.



Alexandre Louis Benjamin Desmit est né à Dunkerque le 27 novembre 1812, il y meurt le 3 mai 1885. Fils d"un négociant dunkerquois, il entre à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1825 où il aurait remporté quatre médailles de 1831 à 1833. Il abandonne ensuite sa vocation de graveur et devient peintre, il expose ses œuvres au salon de Paris en 1839.
Il retourne à Dunkerque au début des années 1840. En 1851 il est embauché à l'Ecole de dessin comme adjoint du directeur, participant à toutes les initiatives pour dynamiser la vie culturelle locale. A partir de 1858, il enseigne le dessin au collège Notre Dame des Dunes et à ce titre il est l'initiateur artistique des peintres Henri Le Sidaner et Eugène Chigot. En 1883 il est nommé conservateur du musée de Dunkerque. Il continue d'enseigner à l'Ecole de dessin dont il est devenu le directeur en 1872. Il meurt célibataire dans sa maison au 30 rue de la Marine.

la rue de la Marine vers 1890
Seulement deux de ses œuvres, conservées au Musée des Beaux Arts, ont été sauvées des bombardements : le portrait du capitaine corsaire Pierre Pluckett (1839) et un portrait d'enfant (1840).
Un autre tableau de ce peintre a été proposé récemment à la vente à Amsterdam, celui-ci est daté de 1846, il reprend la même disposition, une chanteuse de profil et un(e) musicien(ne) (?) qui joue d'un luth (?), le catalogue nous donne sa dimension : 19,5 x 27 cm, et sa mise à prix : 600/800 €.




source : Dictionnaire Biographique Dunkerquois

lundi 13 mai 2019

Une famille de luthiers originaire d'Arras, les Pezé

Par Agnès Unterberger

© Musée de la Musique - Claude Germain


La production d'instruments à vent fabriqué par les Pezé, originaires du Pas-de-Calais, s'étend de la fin du XVIIIe siècle aux années 1850 environ. Indissociable du 6e arrondissement de Paris, elle s'inscrit dans une histoire musicale et artisanale ancienne. Entre l'Ancien Régime corporatiste et la libéralisation de l'artisanat, les changements de modes et les évolutions commerciales, la maison Pezé connaît plusieurs transformations successives durant cette période. Sans se limiter à la mention de cabrettes signées Pezé, cet article vise à donner une vue d'ensemble de la facture de cet atelier, en lien avec leurs fournisseurs, sous-traitants, confrères ou clients potentiels, et parmi eux d'hypothétiques Auvergnats ?

L'article est publié dans le Larigot, revue de l'Association des Collectionneurs d'Instruments de Musique à Vents
--> offre « adhésion découverte 1er semestre 2019 » incluant l'envoi du bulletin Larigot n°63.


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François Alexandre Pezé, facteur de clarinettes à Paris au début du XIXe sur le blog Clariboles et Cie

mardi 30 avril 2019

Une pétition pour sauver le musée de Dunkerque

mise à jour le 3 mai 2019 : article de La Voix du Nord
mise à jour le 6 mai 2019 : communiqué de R Vandromme

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communiqué de Roch Vandromme
Premier objectif atteint ! Transparence attendue.
Il n’aura fallu qu’une semaine à notre pétition en ligne pour que la municipalité abandonne enfin son projet « Ocean Link », auquel elle s’accrochait depuis 4 ans !
Dans un article paru dans La Voix du Nord du 3 mai dernier, l’adjoint à la culture, Michel Tomasek, regrette que la ville ait dû se résigner à abandonner ce projet, parce qu’il ne correspondait pas « aux exigences des Musées de France ». On y apprend également que les pistes de la Banque de France et de la Chambre de Commerce ont été « étudiées puis écartées », et que « l’hypothèse la plus plausible aujourd’hui serait de construire un ensemble muséal sur le môle 1, qui inclurait le chai à vin ». Il nous promet également « des réunions publiques pour présenter le projet, mais une fois que le lieu aura été choisi ».
Ce nouveau projet sur le môle 1 a certes le mérite de donner une destination au magnifique chai à vin, et il est certainement plus dans l’air du temps ! Mais il présente l’inconvénient d’être éloigné et isolé du centre-ville. Cela ne favorisera pas sa fréquentation, même avec un système de navettes.
Si L’avancée est certaine, il ne s’agit que d’une annonce, rien n’est encore acté.
D’autre part, question transparence, le compte n’y est pas. Au sujet des pistes écartées, il semble que pour la CCI, la municipalité ne souhaiterait pas intervenir dans sa vente en vue d’un programme immobilier. Et la Banque de France n’aurait pas, pour ce qui a filtré, les accès nécessaires… On aimerait en être certain. On aimerait aussi connaître les estimations du coût des pistes écartées par rapport au nouveau projet retenu. Rappelons pour le « fun » que Michel Tomasek déplore le « coût très élevé » du stockage des œuvres en région parisienne. Aurait-il oublié que c’est la conséquence directe de sa décision de fermer le musée de manière si précipitée ?
Nous maintenons notre pétition exigeant une transparence réelle avant toute réunion publique
Roch Vandromme, le 5 mai 2019

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La pétition a fait bouger les choses, Michel Tomasek, adjoint à la Culture et au Patrimoine, a répondu à Estelle Jolivet de La Voix du Nord ICI





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Fermé depuis avril 2015, son avenir est au plus sombre, nous écrit Roch Vandromme qui suit de près les négociations et projets et qui est à l'initiative de cette pétition en ligne : ICI
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Quelques pistes pour réfléchir ensemble au devenir du MBA.
Préambule
En 2015, la municipalité a décidé de déplacer les collections du MBA pour transformer le bâtiment qui les abritait en médiathèque. Dans le même temps elle a annoncé que le nouveau MBA occuperait le bâtiment Ocean-Link, propriété de la CUD, situé à côté du musée portuaire, dans l’idée de créer un pôle patrimonial. Le Musée portuaire n’est ni opposé ni favorable à ce choix ; il n’en a d’ailleurs jamais été demandeur, tout en reconnaissant que la création d’un pôle muséal sur le quai de la Citadelle pourrait améliorer la fréquentation des deux entités. Si le MBA devait s’installer dans Ocean-Link, le Musée portuaire serait ouvert à une convention en ce qui concerne l’accueil-billetterie et éventuellement un auditorium, une boutique et une cafétaria communs. Pour le reste, les deux entités, musée portuaire et MBA, doivent rester de par leur statut (associatif et public), histoire et objectifs différents, deux entités distinctes.
Le choix Ocean Link ?
L’espace disponible dans le bâtiment choisi est nettement inférieur à celui de l’ancien bâtiment du musée. Le problème des réserves est également à prendre en compte : il est impossible de les envisager à cet endroit (sous-sol inondable ; aucune place) La CUD a commandité une étude de faisabilité. Il serait judicieux d’en faire connaître les résultats. Si ce choix est maintenu, quel pourcentage des collections pourra être montré ? Y aura-t-il place pour des expositions temporaires, qui jouent un grand rôle dans la vie d’un musée ? D’autre part, les bâtiments de France sont-ils favorables à une élévation du bâtiment actuel pour dégager de l’espace ? (Le PSC est en cours d’écriture).
Et nous, désirons-nous l’enlaidissement du beau quai de la Citadelle ?
Autres possibilités dont on a entendu parler :
- La Banque de France et le rectorat.
Le bâtiment de la BdF sera un jour ou l’autre mis en vente ; celui du rectorat appartient déjà à la ville. Cette solution mérite vraiment d’être étudiée (Espaces intérieurs qui semblent convenir, intérêt architectural entre Reconstruction et XVIIIème siècle, situation centrale). Nous aurions ainsi un pôle historique et patrimonial avec l’église Saint-Eloi, renforçant l’attractivité touristique du centre-ville et ayant une bonne visibilité pour les Dunkerquois.
- La Chambre de Commerce et d’Industrie.
Ce bâtiment, apparemment assez vaste, mais plus à l’écart, serait de par sa localisation, plus difficile à faire vivre. Il serait également à désamianter. Mais ces deux possibilités ne semblent pas retenir l’attention de la municipalité, qui, jusqu’à nouvel ordre, n’a pas manifesté son intention d’exercer son droit de préemption.
- Construction d’un nouveau bâtiment sur le môle 1, jouxtant le chais à vin. Y a-t-il d’autres projets envisagés ? Nous n’en savons rien.
Le coût de l’opération.
Le choix de la municipalité de déménager le musée a déjà engendré des frais pour le déplacement et la mise en réserve des œuvres en divers endroits parfois éloignés. Ces frais sont à mettre sur le compte de la médiathèque et ne doivent en aucun cas être mis au passif du MBA.
Information des habitants
Il serait souhaitable qu’une véritable information soit donnée par la municipalité et la CUD. On nous promet une réunion publique, mais elle risque fort d’être la présentation d’un projet déjà ficelé.
S’il y a un réel souci de démocratie, il est grand temps de faire circuler dès maintenant les informations !
Roch Vandromme (Mars-Avril 2019)

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Pourtant les besoins existent, un musée n'est pas simplement un lieu d'exposition, c'est aussi et surtout un lieu action culturelle. Des exemples concrets ? j'ai bénéficié de son soutien à plusieurs reprises depuis le début de mes recherches.


échantillon des 45 instruments de la collection du Musée

Le grand hommel
Mon premier contact avec le musée s'est fait après la parution d'un article dans la presse locale, présentant la collection d'instruments de musique, principalement exotiques, tout juste déballée par la nouvelle conservatrice Laurence Le Cieux. Je l'ai contactée immédiatement et j'ai reçu un accueil bienveillant et attentif, la conservatrice m'a demandé si l'on pouvait identifier les autres instruments de cette collection méconnue. J'ai fait appel à Patrick Delaval et Jean-Jacques Révillion et nous nous sommes rendus plusieurs jours dans les locaux du musée où une pièce avait été mise à notre disposition avec les instruments, en vrac sur la table, les règlements de manipulation n'étaient pas encore ce qu'ils sont. On a pu les manipuler et remplir des fiches pour préparer un catalogue qui n'a jamais vu le jour du fait du départ de la conservatrice. Une conférence sur l'épinette du Nord a même été donnée par Patrick et moi-même dans le musée, le public n'était pas très nombreux, hélas.
Plus d'infos ICI

Concert de l'ensemble Beffrois
Nouvelle conservatrice, Aude Cordonnier, et nouveau personnel, Sophie Warlop nouvelle attachée de conservation qui fait appel à moi pour un concert de notre groupe, précédé d'une visite de l'exposition consacrée à la musique et ses représentations dans les œuvres du musée.
Plus d'infos et enregistrement ICI


Le violon Plumerel
Un collectionneur privé m'avait contacté pour la vente d'un violon d'enfant fait par un luthier dunkerquois, François Plumerel. Le prix demandé, s'il était tout à fait raisonnable pour la rareté de l'instrument, m'a fait décliner son offre, mais j'ai transmis sa demande au musée et après quelques péripéties, la ville a accepté de prendre en charge l'achat de l'instrument. Le musée a dû demander l'accord de l'expert des musées de France, ce qu'il a obtenu.




Vivre la musique à Dunkerque au XIXe siècle
En 2015, j'ai été sollicité par le directeur du Conservatoire de musique et de danse de Dunkerque, Régis Kerkhove, pour une exposition à partir de ma collection de partitions de musique dunkerquoises. Le partenariat avec l'ESÄ ayant révélé quelques tensions j'ai pu retrouver une certaine sérénité grâce à l'aide de Sophie Warlop, devenue entre temps directrice des musées, et aussi avec l'aide de toute l'équipe du musée, notamment Claude Steen-Guélen et Myriam Morlion.
Un extrait du concert donné lors de l'expo ICI

vernissage de l'expo à la BULCO
photo : Maira Marques Coutinho


Tout ceci pour dire que le Musée des Beaux Arts de Dunkerque a un rôle majeur dans la réalisation de projets culturels et qu'il doit continuer à jouer ce rôle dans des locaux à la hauteur de ses collections et de ses ambitions.

Christian Declerck

PS : n'oubliez pas de signer la pétition