jeudi 12 mai 2016

Jean-Jacques Révillion - Elève toi donc belle

« Elève toi donc Belle », Chants traditionnels du Nord de la France. 
Jean-Jacques Révillion, Mabidon et autres compagnons




Ce CD autoproduit à 1000 exemplaires il y a plus de 10 ans (2005) étant désormais épuisé, j’ai proposé à Christian DECLERCK de le publier sur le blog mémoire du folk en Nord Pas de Calais. Je n’envisage pas en effet de réédition, et on peut considérer qu’il fait désormais partie de l’histoire de la musique traditionnelle régionale.*
Chanter a toujours été pour moi un plaisir et une pratique qui faisait partie de mon quotidien. Enfant, j’ai le souvenir des réunions de familles, mariages, banquets où à la fin du repas, un ancien se levait et entonnait « sa » chanson. Devenu louveteau, le chant faisait partie de la vie en camp, lors des randonnées ou veillées. Adolescent, quand j’ai commencé à jouer de la guitare avec les copains , j’ai chanté Brassens, Hugues Aufray, les yéyés, Graeme Alwright. Puis j’ai découvert le folksong, la guitare américaine.



Au lycée, j’ai fait la rencontre de Christophe Declercq, qui passait ses vacances en Bretagne et m’a fait découvrir le folk français naissant, avec Alan Stivell et le folkclub parisien Le Bourdon.
En 1973, notre bac en poche, on a commencé à fréquenter les folk clubs qui démarraient sur Lille : Les Arts et Métiers, la MJC Marx Dormoy. On y a rencontré Michel Lebreton, Philippe Margat, avec qui on a fondé un groupe qui allait devenir MABIDON (1974).
C’est avec eux que j’ai commencé à chanter les chansons de la région, avec le « Canteloube », accessible dans toutes les bonnes bibliothèques, et qui mettait à notre disposition un répertoire du Nord Pas-de-Calais Picardie dans son anthologie des chansons populaires de France (où il omettait systématiquement de citer ses sources, pouvant laisser croire qu’il en était lui même  le collecteur…)
C’est à cette époque que des  chansons comme Voici la Saint Jean ou La belle est en jardin d’amour ont intégré mon répertoire. Par la suite, l’orientation prise par MABIDON vers la pratique exclusive du bal folk, le manque de demande du public pour du concert, des problèmes de voix aussi, tout cela a abouti à une mise en sommeil de mes prestations de chanteur, à part quelques chansons à danser interprétées en bal.



En 1996, j’ai participé à l’aventure des Musiciens routiniers du Nord Pas de Calais, qui a regroupé, sous la houlette de Philippe Cheval et Patrice Heuguebart une quinzaine de musiciens pour un concert centré sur la musique régionale. J’y étais sollicité en tant que violoneux et chanteur, et j’y ai retrouvé le plaisir de chanter en public. La Bière, Le petit ramoneur viennent de cette expérience  qui a donné lieu à 3 ou 4 concerts, mais dont malheureusement il ne reste aucune trace enregistrée…
Mais ça m’a donné l’envie de continuer à travailler un répertoire de chants de nos régions septentrionales à partir des collectages réalisés du XIXe siècle à nos jours. Alexandre Desrousseaux, Durieux et Bruyelle sont devenus des livres de chevet, ainsi que les collectes de l’association Marie Grauette, du Boulonnais Michel Lefèvre, mes collectes personnelles, tout cela constitue un fonds important que quasi personne n’interprète…



En 2000 et 2001 j’ai été invité par Bernard Boulanger pour présenter ce travail à la Fête de la Piposa, cette association de Sailly sur la Lys bien connue des amateurs de musique traditionnelle. A la descente de scène, on m’a dit « tu devrais en faire un disque », l’idée a fait son chemin, j’ai commencé à travailler à ce projet avec l’aide, pour les arrangements, de Stéphane Couturier et Julien Biget, j’ai sollicité mes potes musiciens de Mabidon, bien sûr, ainsi que Patrice Heuguebart. On a travaillé artisanalement, en prenant du temps, l’enregistrement s’est fait « à la maison » grâce au studio mobile et à la patience de Mike Varlet. La première séance d’enregistrement a eu lieu le 4 janvier 2003, la dernière le 5 juillet 2004, juste avant que MABIDON ne fête ses 30 ans d’existence à l’estaminet des Damoiselles.
Le concert pour la  sortie du CD « élève toi donc belle » a eu lieu le 1er avril 2005 lors de la fête de la Piposa.



Ont participé à la réalisation de cet enregistrement :
- Jean-Jacques Révillion (chant, violon, cistre, bouzouki, guimbarde)
- Julien Biget (guitare, bouzouki, arrangements)
- Philippe Cheval (cornemuse)
- Stéphane Couturier (guitares, arrangements)
- Christophe Declercq (violon)
- Didier Demarcq (accordéons diatoniques)
- Charles Duytschaever (batterie)
- Patrice Heuguebart (accordéon chromatique)
- Benoit Laloyaux (conception graphique pochette et livret)
- Marc Lequenne (Aquarelle de couverture)
- Mike Varlet (prise de son et mixage)
- « Foon mastering center » (mastering)


Le 10 mai 2016
Jean-Jacques Révillion

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01 - La bière (Alexandre Desrousseaux)
02 - Un jour à la promenade (trad.)
03 - Le galion d'Espagne / En attendant mieux (trad./JJR)
04 - Le petit ramoneur (trad.)
05 - Elève toi donc belle (trad.)
06 - L'assassinat (Georges Brassens)
07 - Gambrinus (Jean-Jacques Révillion)
08 - Jésus s'habille en pauvre (trad.)
09 - Voici la saint Jean (trad.)
10 - La belle est en jardin d'amour (trad.)
11 - Berceuse / Alfred le chien (trad/JJR)
12 - Mon père m'envoie t'à l'herbe (trad.)
13 - Les trois demoiselles / La mandoline (trad./trad.)
14 - La belle aperçoit une barque (trad.)
15 - Le chemin d'Emblise / La rue de l'égalité (JJR/JJR)
16 - Le voyage à Maurice (trad.)
17 - Tiens tiens tiens voilà Jean qui vient (trad.)

Télécharger

* Pour ceux qui restent attachés à l’objet « disque » plutôt qu’à la musique dématérialisée téléchargeable sur internet, le volume 2, C’était bien, est toujours en vente et disponible auprès de l’auteur de cet article à cette adresse.



jeudi 5 mai 2016

Étudier, interpréter, valoriser les chansons anciennes

Journée d'étude-atelier organisée par Sophie-Anne Leterrier à l'Université d'Artois, avec la collaboration de Brigitte Buffard-Moret, le 28 juin 2016, Maison de la recherche et Maison de l'étudiant, Université d'Artois, Arras.




Dans le cadre du projet Musicarchives, réponse à l'appel à projet 2014 "Pratiques interculturelles dans les processus de patrimonialisation" du Ministère de la Culture et de la Communication : 
Archives de musiques populaires en Nord-Pas-de-Calais
Partenaires : Laboratoire Centre de recherche et d'études Histoire et sociétés (CREHS),université d'Artois • Centre régional des lettres et du livre Nord-Pas de Calais • Archives départementales du Pas-de-Calais
Coordonnatrice scientifique : Sophie-Anne Leterrier, université d'Artois.

Le domaine de la chanson est vaste et divers, segmenté en territoires bien distincts : les termes de « chanson populaire », « folklorique », « traditionnelle », de « chanson française », renvoient chacun à des époques et à des espaces spécifiques. La chanson dite traditionnelle concerne en général des espaces ruraux et des temps anciens, tandis que le « chanson française » désigne un secteur de l’industrie musicale porté, depuis les années 1950, par des auteurs, des compositeurs, et surtout des interprètes populaires au sens des mass-media. Cette segmentation du monde de la chanson résulte de l’évolution des pratiques culturelles : le passage de chansons sur timbre, souvent anonymes, partagées, écrites dans et pour des communautés locales, à des chansons régies par le droit d’auteur, insérées dans des circuits commerciaux, de diffusion beaucoup plus large, portées par des interprètes connus. Mais cette segmentation doit aussi quelques choses aux divisions du savoir en disciplines. 
L’intérêt scientifique pour les chansons comme forme de littérature, d’art ou d’archive, plonge dans le XIXsiècle. Il est d’abord porté par l’enthousiasme « romantique » pour les formes d’art populaire, le « mythe du peuple » en général. L’approche scientifique de l’histoire et des formes des chansons est approfondie depuis la troisième République par des hommes de lettres (Julien Tiersot), des médiévistes, des philologues. Depuis, l’étude des chansons anciennes a été largement renouvelée par l’engagement de nouveaux acteurs : collecteurs, artistes, chercheurs, militants. Le développement des mouvements régionalistes dans les années 1960 et 1970 lui a donné un nouveau souffle.
Certains se sont intéressés aux chansons sous l’angle linguistique (étude des différents dialectes, compréhension historique et ethnographique issue de ces corpus). D’autres ont donné une nouvelle vie à la tradition en composant et en jouant des chansons d’aujourd’hui en dialectes, ou en écrivant des textes contemporains sur des mélodies d’autrefois. Le caractère hybride des chansons (du texte chanté, de la poésie populaire) se prête à ces métamorphoses. Dans certaines régions de France, par exemple en Bretagne, en Occitanie, en Corse, les publications, les interprétations, sont nombreuses ; il existe des ouvrages de référence, des équipes de recherche instituées sur ce sujet. Dans d’autres (notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais), le terrain est encore en friche, et malgré des initiatives dispersées, il reste beaucoup à faire. L’intérêt pour les chansons anciennes engage aujourd’hui des acteurs très variés : des institutions patrimoniales qui gèrent des collections imprimées ou des fonds sonores, des équipes qui valorisent les chansons en les publiant, en les diffusant, en les contextualisant, des chercheurs (littéraires, ethnologues, musicologues, historiens...), des enseignants, des interprètes.

Le but de notre journée d’étude est de confronter ces acteurs, pour partager les expériences, pour procéder à une sorte d’état de lieux mais aussi pour présenter des initiatives nouvelles d’étude, d’analyse comme de valorisation.

Programme :

9H Sophie-Anne Leterrier : Introduction et présentation de la journée

9H30 Marlène Belly : La chanson traditionnelle : définition et passages dans le temps et dans les autres genres via la question des timbres.

10H Claude RibouillaultAnecdotique et daté / universel et intemporel ? Chansons traditionnelles et chansonniers sur l’air de…
10H30 discussion et pause café
11H Michel ColleuTrois siècles de compositions populaires d’un milieu social : les chants décrivant la vie des gens de mer .
11H30 Maxou Heintzen : la fin des complaintes criminelles
12H discussion
12H30-14H pause déjeuner
14H Philippe Martel : Collecteurs du XIXe en territoire occitan
14H30 François Gasnault : Chanson traditionnelle et milieux revivalistes : chronique discontinue d'une appropriation
15H Jean-Pierre Bertrand : Faut-il poursuivre le catalogage des répertoires chansonniers ?
15H30 discussion
16H Hervé Dréan : Histoire d'une collecte (La Roche Bernard, Haute Bretagne 1975-2016)
16H30 Philippe Boulfroy : collecter et interpréter les chansons picardes, l'expérience d'Ach'teure
17H Florence Launay et Françoise de Fanti : le travail du duo Tintorela
17H40 Discussion et conclusions par Brigitte Buffard-Moret

Salle de spectacle – Maison de l’étudiant (rue Raoul François)

18h-19h Audition de chansons en dialecte de Lille, recueillies dans le cadre du projet de recherche
Musicarchives.
Interprètes : Marie-Hélène Boulaire, Vincent Chevallier, Béatrice Coton, Hervé Diéval, Judith Fages,
Bruno Richardot, Marie-Madeleine Vaillant, Jean-Claude Vanfleteren


Entrée libre